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Compendium 2000 des programmes correctionnels efficaces

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CHAPITRE 1

Définir les programmes correctionnels

JAMES MCGUIRE1


À la suite des conclusions de vastes études ayant porté sur le traitement des délinquants, lesquelles sont présentées et débattues dans ce Compendium, on a récemment constaté une croissance considérable de l'intérêt manifesté à l'égard des programmes élaborés à l'intention des délinquants. Ce n'est pas d'hier que l'on a recours à des interventions pouvant être qualifiées de programmes. Certains exemples datent d'aussi loin que les années 1940. Toutefois, ce n'est probablement que vers 1975 que cette sphère d'activité a véritable-ment connu un essor. Dans ce chapitre, nous examinerons ce que signifie le terme «programme» pour les employés et les chercheurs du milieu correctionnel. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il est difficile de formuler une définition claire et incontestable du concept de «programme correctionnel» de manière à ce que de tels programmes se démarquent nettement de toute autre forme d'activités menées auprès de personnes condamnées par un tribunal pénal. D'une certaine façon, cet aspect n'est pas si important. Ce qui est toutefois beaucoup plus important au sujet des interventions menées auprès des délinquants, c'est qu'il devrait être possible de préciser le type d'intervention effectué afin de pouvoir orienter la démarche, de procéder à une évaluation et de permettre aux autres intervenants de tirer un apprentissage des résultats obtenus.

UN INTÉRÊT CROISSANT POUR LES PROGRAMMES

Dans un premier temps, il serait également utile de situer l'exercice dans un contexte global. Lorsque l'on observe la façon dont les programmes correctionnels sont mis en œuvre de nos jours, tant en établissement qu'au sein de la collectivité, on constate qu'un objectif commun se dégage. Dans ce contexte élargi, les programmes correctionnels ne sont qu'une des diverses initiatives mises en place par de nombreux organismes et services ayant des buts en commun. Ces buts gravitent autour de la volonté de générer des changements chez les participants à ces programmes. L'acquisition de connaissances ou de techniques ou l'amélioration de la santé sont des exemples de changements qui peuvent être souhaités. Dans l'optique des services pénaux, les changements sont rattachés au concept de correction, c'est-à-dire, faire en sorte qu'une personne ayant un comportement délinquant ou antisocial devienne plus respectueuse des lois ou adopte un comportement prosocial.

Pour y parvenir, il faut exploiter des méthodes qui se chevauchent, inévitablement et parfois de façon considérable, en conjonction avec des méthodes relevant d'autres domaines. Les services correctionnels font partie de nombreux autres organismes publics qui offrent des services à la collectivité dont ils font partie. En raison de ce rôle, ils entretiennent de nombreux liens professionnels avec d'autres organismes. En outre, chacun des organismes regroupe un personnel dont les antécédents, les qualifications et les perspectives sont différentes. Les établissements de détention ne comptent pas que des gardiens ou des agents de correction responsables de questions de sécurité et de gestion, on y trouve également des enseignants, des travailleurs sociaux, des agents de probation, des psychologues et des spécialistes des soins psychiatriques, pour ne nommer que ceux-ci. Par conséquent, quels que soient les objectifs visés et la catégorie de professionnels qui prédomine, la plupart des organismes publics font appel à divers types de spécialistes. On constate ainsi qu'il est difficile de tracer clairement les limites, non seulement entre les rôles joués par les divers corps professionnels mais également entre les diverses activités offertes aux utilisateurs des services de ces organismes.

De même, comme dans le cas de nombreux autres organismes, les services correctionnels tentent de desservir simultanément deux clientèles principales (au minimum). Le but déclaré publiquement des services correctionnels est d'assurer la sécurité de la collectivité en exerçant un contrôle -- par la détention ou par d'autres moyens -- sur des individus ayant causé du tort à d'autres personnes. À moins que l'incarcération soit perçue comme une forme d'«entreposage» (ce que peu de gens ayant une connaissance historique de ce contexte soutiendraient de façon rationnelle), il faut alors également tenir compte des besoins des détenus. Ces deux tâches sont intimement reliées, ce qui soulève des questions fondamentales à l'égard de l'exécution des programmes correctionnels. Il faut ici se rendre compte que contrairement à ce qui se passe au sein d'autres organismes prestataires de services, l'usage de la contrainte et le fait que ces individus soient dans la vaste majorité des cas maintenus contre leur gré dans un certain environnement a pour effet de créer une dynamique tout à fait différente quant au mode d'exécution des programmes. Bien entendu, nous savons tous qu'il est faux de croire au mythe voulant que toute personne qui participe, en apparence de façon volontaire, à des programmes scolaires, de bien-être ou de santé le fait toujours de son plein gré. Dans le milieu correctionnel, une certaine forme de restriction de la liberté, même minimale, fait partie intégrante de presque toutes les méthodes qui y sont employées. En fait, cette condition préalable régit de nombreux autres aspects de l'interaction entre les détenus et le personnel professionnel, y compris l'exécution de programmes.

Il y a toutefois chevauchement sur plusieurs plans et à divers degrés entre les programmes correctionnels et d'autres types d'interventions visant le même but essentiel, c'est-à-dire inciter le sujet à procéder à des changements à partir de choix personnels. On parle ici d'éducation, dont le but consiste généralement à aider les personnes à acquérir des connaissances et à s'informer, de formation, où le sujet reçoit un soutien lui permettant de développer des techniques manuelles ou cognitives qu'il peut ensuite appliquer en milieu de travail et également de thérapie, une démarche qui vise généralement à remédier à des troubles émotifs et à traiter les symptômes de troubles mentaux. Dans le meilleur des cas, la combinaison de ces trois procédés permet de dégager de nouveaux modes de raisonnement et de résolution de problèmes applicables à diverses situations et d'exposer fréquemment le sujet à des réalités et à des comportements différents. En élargissant le raisonnement et en examinant comment cette démarche pourrait être perçue dans un contexte culturel non occidental, on constate aussi des similitudes avec les procédés de guérison. Il est donc pratiquement impossible de définir chacun de ces domaines d'une manière simple, satisfaisante et mutuellement exclusive.

Pendant un certain temps, les organisations chargées d'assurer l'éducation et la formation ont été habituées à penser qu'il faut procéder régulièrement de la même façon pour atteindre les objectifs associés à un apprentissage donné. Mises à l'essai et éprouvées, ces méthodes se sont révélées efficaces pour atteindre les objectifs visés, au point où elles ont été consacrées comme des modèles et intégrées dans des manuels ou des guides. C'est sur ce principe qu'est fondé le concept du curriculum (contenu).

Récemment, des examens à grande échelle ayant porté sur l'efficacité des thérapies psychologiques ont donné naissance à une tendance axée sur l'uniformisation et la manualisation des procédures à suivre (Dobson & Craig, 1998; Nathan & Gorman, 1998). Il s'agissait en partie de procéder systématiquement à l'évaluation d'interventions dans un cadre de recherche soigneusement contrôlé. Cette démarche avait aussi pour but de permettre à d'autres praticiens de reproduire les «pratiques exemplaires» relevées grâce à ce travail. Dans certains exemples de besoins cliniques, il se peut qu'une approche uniformisée ne permette pas de personnaliser une intervention psychothérapeutique en fonction des besoins du sujet. Néanmoins, pour ce qui est des types de problèmes éprouvés par de nombreux clients, il a été possible d'élaborer des traitements d'origine empirique, dont les composantes peuvent être décrites en détail dans les manuels de thérapie d'accompagnement.

Une vision semblable a progressivement fait son chemin au sein des services correctionnels, où elle jouit aujourd'hui d'une certaine reconnaissance.

TYPES ET NIVEAUX D'INTERVENTION

On discute beaucoup du concept de programme en milieu correctionnel et il donne lieu à diverses interprétations selon les gens. Pour parfaire légèrement ce concept, il pourrait être utile d'examiner tout d'abord diverses approches adoptées en matière de prévention du crime, ainsi que le travail d'intervention qui pourrait être planifié et exécuté en regard de chacune d'elles. Pour ce faire, on peut utiliser la distinction entre les stratégies de prévention du crime primaire, secondaire et tertiaire établie par Tolan, Guerra et Hammond (1994).

La prévention primaire est fondée sur deux approches distinctes. La prévention des situations vise à limiter les occasions de commettre un crime, en ayant par exemple recours à des mesures de sécurité accrues, à des patrouilles de police, à la surveillance vidéo, au renforcement de la cible et au réaménagement des zones résidentielles et commerciales (Eck, 1997; McGuire, 2000; Pease, 1994). Des interventions de ce type sont parfois qualifiées de «programmes». On pense ici, entre autres, aux programmes de surveillance de quartier (Sherman, 1997).

La prévention par le développement comporte la prestation de services à des familles et à des enfants vivant, par exemple, dans des quartiers défavorisés sur le plan socio-économique, ceci dans le but de réduire les problèmes à long terme, comme la délinquance, le décrochage, les troubles de santé mentale et la toxicomanie. Les programmes de prévention par le développement ont beaucoup de potentiels (Yoshikawa, 1994). Certains, comme le Perry Preschool Project, se sont avérés très rentables à long terme, au fil des périodes de suivi (Schweinhart, Barnes & Weikart, 1993).

La prévention secondaire vise les groupes à risque connus. On pense ici aux délinquants potentiels -- violence en milieu scolaire, troubles de comportement, résidents de foyers pour enfants (Kaufman, 1985). Dans certains cas où les tendances à la délinquance et aux comportements antisociaux sont évidentes, les efforts sont orientés sur la prévention de la délinquance juvénile. Dans d'autres situations, il peut s'agir de mesures de prévention à grande échelle visant à prévenir l'adhésion à des gangs ou la consommation de drogue au sein d'un établissement scolaire (Gottfredson, 1997).

La prévention tertiaire (Gendreau & Andrews, 1991) s'adresse aux délinquants jugés qui ont déjà été reconnus coupables de crimes. L'objectif consiste alors à réduire le taux de récidive. Ceci ressort du domaine des services correctionnels et forme l'objet du présent chapitre. Il faut toutefois noter que les services correctionnels ne doivent pas se préoccuper uniquement de prévention tertiaire. Ainsi, des équipes de jeunes intervenants peuvent être appelées à participer à des programmes gérés par plusieurs organismes à des fins de prévention secondaire.

CONCEPT DE BASE ET DÉFINITIONS

Dans une certaine mesure, la définition d'un programme correctionnel dépend en partie de notre vision de la fonction des services correctionnels dans la société. Cela soulève des questions philosophiques épineuses sur la nature de la justice et de l'ordre social, qui se situent hors du contexte de ce chapitre. Il ne faut toutefois jamais perdre de vue que ces questions sont interdépendantes.

En ce qui a trait à la section précédente, les organismes de justice pénale ont presque toujours comme priorité d'assurer la sécurité de la collectivité. Par conséquent, lorsque des personnes sont prises en charge par le système de justice pénale en tant que délinquants jugés, le principe de base de toute intervention à leur endroit consiste à leur permettre de réintégrer la société sans risque de récidive. Sur le plan de l'éthique, on pourrait faire valoir que les services correctionnels ne devraient se préoccuper, en principe, que de ces enjeux.

Un examen de la documentation révèle que le terme «programme» est utilisé dans trois sens distincts, bien qu'interreliés.

Première définition

Les types d'interventions qualifiés de programmes peuvent être employés à n'importe lequel des échelons susmentionnés (primaire, secondaire ou tertiaire). On se limitera ici à la prévention tertiaire, à laquelle ont recours la plupart des organismes de services correctionnels. Dans ce contexte, un programme type est un ensemble circonscrit d'activités ayant un objectif précis et comportant un certain nombre d'éléments interreliés. Au sens strict, on peut définir un programme correctionnel comme une série planifiée de possibilités d'apprentissage présentées à des délinquants jugés, et ayant pour objectif général de réduire le risque de récidive. Dans une perspective comportementale, l'adoption d'une approche constructive est un facteur intrinsèque. On peut ainsi réduire les comportements non désirés en appliquant des méthodes de renforcement positif ainsi que des techniques éprouvées. Comme l'a indiqué Gendreau (1996), les mesures de renforcement positif devraient être appliquées dans un ratio qui n'est pas inférieur à 4:1 par rapport aux mesures punitives.

Cette définition suppose qu'un programme vise un objectif précis, lequel peut être énoncé clairement par les concepteurs, les utilisateurs et les évaluateurs du programme et, dans la mesure du possible, par les participants. Il peut aussi y avoir des buts intermédiaires qui, en pratique, sont éloignés de l'objectif principal, qui est de réduire le risque de récidive. Toutefois, il est nécessaire d'expliquer la nature des liens entre les buts dans les documents relatifs au programme. Le programme doit comporter une série précise d'activités; on peut parler de plan (série de séances et calendrier), c'est-à-dire une représentation concrète des activités nécessaires pour atteindre les objectifs du programme. Le programme doit être cohérent, c'est-à-dire qu'il doit être démontré que les activités prévues contribuent à l'atteinte des objectifs, tant sur le plan théorique (le programme est fondé sur un modèle éprouvé) qu'empirique (son efficacité a été démontrée, en globalité ou à partir de ses composantes).

Au premier coup d'œil, cela peut sembler très dogmatique. Il est regrettable de constater que certains employés associent faussement le concept de programme à un mécanisme ayant pour but de lessiver le cerveau des détenus, ou encore à une forme d'apprentissage programmé consistant à élaborer des textes et des logiciels interactifs dans une optique d'acquisition de connaissances. Les méthodes conçues à de telles fins pourraient constituer des volets de certains types d'interventions. Il faudrait alors les dissocier de ce qu'on qualifie habituellement de programmes correctionnels.

En dehors du contexte correctionnel, c'est probablement le curriculum propre au milieu de l'enseignement qui se rapproche le plus de ce concept. Le curriculum comporte habituellement un objectif (p. ex., aider les étudiants à apprendre une langue, jusqu'à un certain niveau). Des activités, des méthodes et du matériel sont ainsi mis au point pour favoriser l'atteinte de l'objectif. Un lien clair et démontrable existe entre le curriculum et l'objectif visé et certaines procédures sont élaborées dans le but de contrôler et d'évaluer le taux de réussite.

Deuxième définition

Dans le domaine correctionnel, on prête un second sens, plus vaste et moins figé, au terme programme. Par exemple, on qualifie aussi de programmes les activités de mentorat auprès des jeunes délinquants ou les communautés thérapeutiques pour les délinquants toxicomanes. Si l'on s'en tient à la première définition, le mot programme est inapproprié. Pourtant, dans ces deux cas, il est possible de préciser les objectifs et de définir le déroulement sur le plan opérationnel. Par conséquent, si l'on peut décrire adéquatement les activités organisées pour les participants de façon à ce que d'autres praticiens puissent les adopter et les reproduire, il est donc acceptable d'appliquer le terme programme à ces interventions.

Les activités telles le mentorat, la surveillance intensive ou les épreuves physiques ne font pas l'objet d'une planification minutieuse et l'on ne s'attend pas à pouvoir mesurer les progrès des participants, ce qui constitue une caractéristique centrale des programmes répondant à la première définition. Des changements individuels peuvent survenir mais il n'existe aucune structure explicite ou séquence prédéfinie permettant de mesurer le progrès du participant, comme c'est le cas, par exemple, dans le cadre d'un programme d'habiletés.

La flexibilité de la nomenclature peut prêter à confusion. On peut aussi retrouver des activités de mentorat dans un établissement pour jeunes, dans le cadre d'activités structurées qui répondent aux critères de la première définition. Le même scénario peut s'appliquer aux communautés thérapeutiques. Il est donc très difficile de définir les limites de ce qui peut constituer un programme correctionnel.

Troisième définition

En partant d'un point de vue encore plus vaste, MacKenzie (1997) a divisé les interventions dans le domaine de la justice pénale en six groupes qui se chevauchent :

  • La neutralisation -- Le fait d'enlever au délinquant la capacité de commettre des infractions, ce qui se fait habituellement au moyen de mesures de détention (incarcération).
  • La dissuasion -- Les sanctions punitives qui, en causant de la douleur ou de l'inconfort, peuvent dissuader les délinquants qui en font l'objet (dissuasion individualisée) ou les autres délinquants et les membres de la population en general de commettre des infractions (dissuasion générale). Pour dissuader, on a surtout recours à la restriction de la liberté, mais aussi à d'autres mesures, comme les camps correctionnels de type militaire.
  • La réadaptation -- Traitement ou autres formes d'interventions auxiliaires visant à amener le délinquant à changer sa façon de penser, ses sentiments ou son comportement.
  • Mesures de contrôle dans la collectivité -- Suivi, surveillance et autres méthodes permettant d'observer étroitement le comportement et les activités du délinquant de manière à ce qu'il n'ait pas l'occasion de commettre des infractions.
  • Structure, discipline et défi -- Activités exigeantes sur le plan physique (et parfois mental) conçues dans le but d'influencer positivement l'attitude de la personne ou de la dissuader de commettre de nouveau un acte criminel.
  • Mesures conjuguées de réadaptation et de contrôle -- Une combinaison de méthodes de traitement, de surveillance et de restriction de la liberté, en vue de forcer la personne à respecter les règles.

Cela peut constituer une troisième définition du terme «programme». Toutefois, il est important de faire la distinction entre les aspects précédents, qui constituent les structures du système de justice pénale et qui découlent directement de mesures judiciaires, et les efforts déployés par d'autres organismes correctionnels pour implanter ces éléments de changement actif dans le contexte propre à ces situations. Bien que la majorité de la population s'attende à ce que toute sentence d'un tribunal agisse sur le délinquant, peu d'éléments soutiennent cette thèse. L'examen des données concernant les répercussions de la détermination de la peine sur la récidive, fondé sur les statistiques criminelles officielles et la comparaison entre les taux projetés et réels de récidive pour de grands échantillons, démontre que la peine en soi n'influe pas sur le résultat (McGuire, 1998). Andrews (1995) a donc pu soutenir que la peine n'est que la condition de départ d'une intervention fondée sur les programmes d'intervention.

Nous pouvons également nous demander si les mesures punitives et la dissuasion peuvent être considérées comme des programmes. Aux yeux du profane, la justice pénale a pour raison d'être de punir les délinquants pour l'infraction commise (Walker, 1991). On peut illustrer la punition de manière métaphorique en comparant ce type de correction à une radiation cosmique dans le domaine de la physique, c'est-à-dire à un phénomène envahissant et omniprésent. Dans cette perspective, la sanction peut inclure des mesures punitives additionnelles ou plus sévères. Ce type d'intervention peut alors être utilisé de manière expérimentale dans le cadre d'études de recherche sur le milieu correctionnel (Lipsey, 1992; Sherman, 1988). Pourtant, lorsque le personnel de correction, les praticiens ou les chercheurs parlent de programmes correctionnels, leurs propos renvoient rarement à des innovations de ce type. Ils ont plutôt tendance à faire référence à des activités de nature psychoéducative, thérapeutique ou liée à des objectifs et à des méthodes de formation et d'acquisition de compétences, ce qui correspond à la première de nos trois définitions.

Ainsi, l'élément central de la définition d'un programme n'est peut-être pas lié aux composantes externes et directement observables décrites précédemment. Il pourrait s'agir plutôt du mécanisme de changement proposé, soit l'élément du programme qui est présumé permettre de réduire le risque de récidive (mais de préférence qui a fait ses preuves à cet égard). Ceci correspond au but ultime visé par le concepteur du programme et l'organisme. Sur le plan punitif, ce mécanisme prendrait (théoriquement) la forme d'un inconfort découlant d'une perte de liberté, de mesures de privation générales imposées par la vie en prison ou d'exigences physiques propres à un camp correctionnel de type militaire. Dans le cadre d'un programme axé sur les compétences cognitives et interpersonnelles, il serait alors question d'acquérir de nouvelles aptitudes permettant d'analyser et de résoudre des problèmes ou d'interagir avec d'autres personnes. Pour une communauté thérapeutique, la démarche serait axée sur une resocialisation graduelle et sur la croissance personnelle dans un contexte où les interactions quotidiennes avec d'autres personnes favoriseraient l'éclosion de nouveaux comportements, de nouveaux sentiments et de nouveles convictions. Cependant, tous ces concepts présentent des variantes considérables d'un type de programmes à un autre et les chevauchements qui les caractérisent sont trop nombreux pour qu'ils puissent être utilisés comme des balises utiles aux fins de la formulation de définitions.

DIVERSITÉ DES PROGRAMMES DESTINÉS AUX DÉLINQUANTS

Une des difficultés les plus courantes lorsqu'on essaie de définir les programmes en se fondant sur la littérature sur le sujet est le fait que les programmes sont souvent décrits de façon vague et imbriquée, et parfois de manière incompatible. Le même programme peut être défini en des termes différents selon l'aspect que l'on veut faire ressortir. De plus, les analystes, y compris les méta-analystes, élaborent immanquablement leurs propres systèmes de classifications ou de codage lorsqu'ils regroupent les programmes pour comparer l'ampleur de l'effet. On pourrait tout simplement définir un programme d'apprentissage des relations interpersonnelles dans ces termes. On pourrait tout autant faire appel aux termes acquisition de compétences, comportement ou cognitif, selon l'aspect qui ressort le plus aux yeux de l'analyste. Le programme en question pourrait aussi, en regard des fonctions propres aux services correctionnels, se retrouver plutôt sous des rubriques telles que diversion ou surveillance intensive.

À titre d'exemple, Palmer (1996) a pris connaissance d'une vaste gamme d'études ayant porté sur le traitement de délinquants, ce qui incluait à l'époque 9 méta-analyses et 23 ouvrages narratifs. Son travail a ainsi permis de dégager une diversité considérable d'interventions correctionnelles : confrontation; stratégie globale de prévention de la délinquance; service social individuel; les stratégies de prévention de la délinquance employées par les organismes sociaux ou les institutions sociétales; diversion; épreuves physiques; restitution; counseling et thérapie de groupe; counseling et thérapie individuelle; intervention en milieu familial; formation professionnelle; emploi; formation pédagogique; approche comportementale ou cognitive (ou une combinaison des deux); dynamique de la vie; approches multimodales; mesures de probation ou de mise en liberté sous condition; et surveillance intensive (mesure de probation, de suivi ou de mise en liberté sous condition) (Palmer, 1996, p. 134-135). Comme l'a constaté Palmer, il existe des différences systématiques entre les effets de ces divers types d'interventions, et ce, même après avoir tenu compte de la portée variable de certaines de ces interventions.

Il faut en outre tenir compte du fait que, selon le programme, ces interventions peuvent être employées séparément ou en con-jonction. Palmer établit une distinction entre les catégories de programmes -- tels les différents types d'intervention susmentionnés -- et les éléments de programme, qui constituent davantage les composantes fondamentales des interventions. Si un programme ne contenait qu'un seul de ces éléments, il s'agirait d'un programme unimodal. Toutefois, un programme combiné ou multimodal regroupant plusieurs de ces éléments est beaucoup plus commun. Puisqu'il est largement reconnu que le comportement criminel est associé à de nombreux facteurs (Farrington, 1996), il n'est pas du tout surprenant de constater que les méta-analyses fassent régulièrement état de programmes réunissant plusieurs méthodes et étant axés sur plusieurs objectifs (p. ex., Lipsey, 1992).

Dans le sillage de cette thématique, Palmer (1996) a également tenté d'établir une distinction entre les aspects programmatiques et non programmatiques des interventions. Dans le premier cas, on fait référence à toutes les catégories et à tous les types de composantes de programmes susmentionnés. Dans le second, on parle de facteurs qui sont souvent considérés d'emblée comme essentiels au succès d'un programme et qui sont beaucoup plus difficiles à préciser. Ces facteurs comprennent notamment les caractéristiques propres au personnel et aux délinquants, les facteurs qui régissent l'interaction entre le personnel et la clientèle et les aspects propres à l'environnement physique où les programmes sont administrés. Bien qu'il ne s'agisse pas de composantes propres à la définition de la plupart des programmes, on reconnaît toutefois que tous ces facteurs peuvent grandement contribuer à déterminer les résultats d'un programme. L'importance de tels facteurs a été examinée en détail par d'autres auteurs, y compris Andrews (1995), Gendreau (1996) et Lösel (1995).

Paramètres liés à la variation des programmes

Voici certains des principaux paramètres à considérer en ce qui a trait aux variations qui caractérisent les programmes correctionnels.

Modèle théorique

Les programmes diffèrent selon qu'ils reposent sur un modèle fondé sur les causes de la criminalité ou sur le changement personnel. Bien que les programmes qui remportent le plus de succès s'appuient sur des modèles d'apprentissage cognitif ou social, il existe beaucoup d'autres modèles dont l'ampleur de l'effet va de modeste à important.

Cibles de traitement (besoins criminogènes)

Pour réduire le risque de récidive, il est essentiel que les programmes mettent l'accent sur les aspects du fonctionnement de la personne qui sont liés aux actes criminels. Les programmes varient selon le nombre et l'importance des cibles et l'intensité de degré d'interrelation. Ils sont parfois définis selon des facteurs de risque favorisant la criminalité (Andrews, 1995), comme des déficiences cognitives ou sociales, des problèmes de toxicomanie, l'impulsivité ou des attitudes antisociales. Dans d'autres cas, les programmes sont reliés à divers types d'infractions. C'est notamment le cas des programmes destinés à contrer le cambriolage, le vol de voiture ou la violence.

Dosage

Les programmes varient aussi selon le nombre et la durée des rencontres entre le personnel et le participant, l'intensité des rencontres au fil du programme et le calendrier d'exécution de celui-ci. Compte tenu du principe du risque, on pourrait s'attendre à ce qu'il y ait un lien entre le niveau de risque que présente une personne et l'intensité du programme auquel elle est affectée. Or, ce lien n'est toujours linéaire. Par exemple, les toxicomanes représentant un risque élevé de récidive peuvent nécessité d'être exposés à plusieurs dimensions du programme.

Milieu de justice pénale

De toute évidence, le lieu d'exécution des programmes, c'est-àdire en établissement ou dans la collectivité, est l'aspect qui ressort le plus à première vue. La majorité des recherches révèlent que c'est dans le second cas que l'ampleur de l'effet est le plus notable. Les programmes varient aussi selon le genre d'organisme qui en assure l'exécution, le moment de la peine où ils sont donnés et l'accès aux autres services pendant son déroulement.

Contexte de la détermination de la peine

La nature de la peine imposée peut influer directement sur l'exécution du programme ainsi que sur le degré de contrôle que peut exercer le personnel correctionnel et qu'elle a des conséquences potentielles sur le niveau de participation des délinquants.

Précision

Les programmes varient selon qu'ils visent un objectif précis ou non. Si certains programmes ciblent un problème bien particulier (p. ex., la gestion de la colère), d'autres, à l'inverse, ont des objectifs très vastes buts et des cibles de traitement très variés. Visant plusieurs cibles et fondés sur différentes méthodes, les programmes multimodaux, dont l'efficacité a été démontrée lors des examens de grande envergure, sont habituellement considérés comme de puissants catalyseurs.

Gamme de programmes

Un même établissement peut offrir toute une gamme de pro-grammes. Des organismes de services correctionnels, comme le Service correctionnel du Canada, ont mis en place une typologie de programmes fondés sur plusieurs des aspects susmentionnés (voir ci-après). Les principes de planification correctionnelle peuvent guider le choix des programmes les mieux indiqués pour un détenu, en commençant par des programmes génériques, vastes et multimodaux pour passer ensuite à des programmes ayant une cible de traitement précise. Sur le plan conceptuel, de tels programmes peuvent être organisés de manière hiérarchique pour permettre aux gestionnaires et aux prestataires d'avoir une vue d'ensemble de tous les services offerts dans le milieu donné.

D'autres différences caractérisent également les programmes. Ainsi, les programmes peuvent s'adresser à des individus ou à des groupes. Par souci d'économies et en raison d'autres avantages liés à la planification d'activités axées sur la mise en commun et la collaboration, la majorité des programmes existants sont conçus pour des groupes.

POPULATION CIBLÉE

Il est également important de se demander qui doit participer au programme. Cela peut sembler évident : le délinquant à qui l'on a prescrit le programme. Toutefois, on pourrait avancer que plus une personne reçoit des appuis en provenance de personnes qui lui présenteront différents aspects de son environnement social, plus elle est en mesure de changer. Le dossier Aggression Replacement Training préparé par Goldstein et al., (Goldstein, Glick, Carthan & Blancero, 1994) vient appuyer cette théorie. L'ampleur de l'effet devient beaucoup plus percutante lorsque chaque participant au programme choisit d'inclure une personne qui faisait partie de son univers social. De tels effets peuvent être intensifiés davantage lorsque de plus en plus de paramètres sont mis à profit pour favoriser la modification d'un comportement. La thérapie multisystémique, qui préconise une programmation simultanée aux niveaux du sujet, de la famille et de l'école (Hengeller, Schoenwald, Borduin, Rowland & Cunningham, 1998) a produit quelques ampleurs de l'effet les plus probantes consignées à ce jour (Borduin, Mann, Cone & Hengeller, 1995).2

STRATÉGIES PROPRES AUX PROGRAMMES CORRECTIONNELS

Il existe aujourd'hui une très grande variété de programmes correctionnels dont la quantité et la diversité augmentent sans cesse. À l'heure actuelle, c'est au sein du Service correctionnel du Canada (SCC) que l'on trouve la plus vaste gamme de programmes correctionnels. L'intérêt grandissant constaté à l'échelle internationale à l'égard des programmes correctionnels est en grande partie attribuable aux initiatives prises par le Service. Le programme de raisonnement et de réadaptation, probablement le programme d'intervention le plus connu et le plus répandu dans ce domaine, est maintenant appliqué dans de nombreux pays. Ce programme, qui comprend 35 séances de groupe de deux heures chacune, a été administré en établissement et en milieu de probation. D'autres programmes plus intensifs ont depuis été élaborés. C'est le cas, par exemple, du Programme pour délinquants violents, du SCC, qui comporte 120 séances de deux heures chacune. Dans un autre registre, mentionnons le Programme d'entraide des délinquantes, administré à l'établissement d'Edmonton pour femmes, qui offre des services de soutien sur appel aux détenues, par exemple, pour les aider à gérer des situations de crise. Le personnel et les bénévoles participent au préalable à un programme de formation de 17 séances avant de pouvoir offrir leur soutien dans le cadre de ce programme.

Au Royaume-Uni, l'intérêt pour les programmes correctionnels a pris de l'ampleur au cours des dernières années. Un certain nombre de programmes axés sur le développement des aptitudes cognitives ont d'ailleurs été approuvés aux fins d'application en milieu carcéral. Il s'agit du Programme de raisonnement et de réadaptation, du Programme amélioré d'accroissement de la capacité de raisonnement (20 séances), et du programme Formation à la résolution de problèmes et comportement criminel (30 séances), qui engage le délinquant dans une analyse de ses propres actions criminelles. Ces interventions, tout comme d'autres types de programmes axés sur le développement d'aptitudes à la communication et sur la lutte à la toxicomanie, ont été évalués par un Comité d'accréditation indépendant chargé d'élaborer un ensemble de critères uniformes. Ces critères sont conçus pour faire en sorte que les programmes répondent aux normes établies à partir des recherches empiriques rendues possibles grâce à l'examen de méta-analyses.

En matière de justice pénale, un processus semblable est actuellement mis en place dans la collectivité à l'égard des services offerts aux adultes (probation) et aux jeunes délinquants. L'unité Home Office's Probation a conçu un certain nombre de programmes Pathfinders. Il s'agit de programmes préliminaires élaborés en vue d'une éventuelle accréditation en bonne et due forme. Les programmes conçus jusqu'à présent portent sur une grande variété de problèmes de délinquance et de modes d'exécution : intervention individuelle en milieu de probation, toxicomanie, conduite responsable, violence en milieu familial, infractions sexuelles et infractions commises par des femmes. D'autres programmes en cours d'élaboration portent sur les techniques de survie de base, la réadaptation des détenus, le service communautaire et l'inclusion dans les sentences de mesures de probation assorties d'exigences supplémentaires.

Les services correctionnels des États-Unis ont eux aussi mis sur pied des programmes d'intervention très diversifiés, notamment les programmes Aggression Replacement Training (Goldstein et al., 1994) et Multi-Systemic Therapy (Hengeller et al., 1998) à l'intention des jeunes délinquants et Amity et Vista (Wexler, Graham, Koronowski & Lowe, 1995), deux programmes qui s'adressent aux délinquants toxicomanes et qui comprennent une thérapie en établissement suivie d'interventions au sein de la collectivité. Contrairement au Canada, et plus récemment au Royaume-Uni, les États-Unis n'ont toujours pas de stratégie nationale intégrée de mise en œuvre de programmes, et ce, malgré la portée et la diversité de leurs services et organismes correctionnels. Fondée principalement sur des recherches menées aux États-Unis, l'étude réalisée par Mackenzie (1997) constitue une source des plus précieuses puisqu'elle porte sur une très vaste gamme de programmes de prévention de type tertiaire mis en œuvre par des organismes de services correctionnels.

PROTECTION DE L'INTÉGRITÉ DES PROGRAMMES

Peu importe à quel point les programmes sont bien définis et avec quel soin leurs composantes sont assemblées, on considère maintenant certains éléments comme essentiels à leur bonne prestation. Lipsey (1992) a relevé des différences marquées en ce qui concerne l'efficacité des programmes surveillés de près et ceux qui ne le sont pas. Moncher et Prinz (1991) ont découvert que l'intégrité en matière de prestation de programme revêtait une importance fondamentale dans le domaine des soins de santé mentale. Dans la même foulée, Hollin (1995) a expliqué l'importance de l'intégrité dans l'exécution de programmes liés au comportement et dans le traitement des délinquants en général.

Ainsi, tous les spécialistes reconnaissent maintenant qu'il est essentiel que les programmes soient offerts tels qu'ils sont planifiés. Il faut avoir en place un processus pour surveiller l'exécution des programmes et pour donner une rétroaction aux gestionnaires de programmes et aux consultants externes. On sait que le maintien de l'intégrité des programmes dépend de la qualité de la formation donné au personnel, de l'affectation des ressources suffisantes, de la communication efficace entre les concepteurs, les gestionnaires, et les agents de prestation de programmes, des moyens de surveillance et de la possibilité de mesurer le taux de participation et le changement au fil du temps.

Parallèlement, bon nombre de ces tâches seront plus faciles à exécuter lorsque les manuels sont clairement présentés ou que d'autre matériel connexe vienne appuyer le programme. Il est également important que des objectifs soient énoncés clairement pour l'ensemble du programme et chacune de ses composantes. C'est la base sur laquelle reposent d'autres aspects du travail. Le personnel qui offre le programme doit pouvoir visualiser le contenu obligatoire des séances, sinon leur qualité de prestation risque de se détériorer. Durant la formation, le personnel devrait s'exercer à donner le programme et avoir l'occasion d'être observé par les formateurs. En outre, il doit y avoir des critères de competence clairement établis concernant les agents de prestation de pro-grammes. Tous ces éléments sont le produit de la définition de base du programme et de ses objectifs énoncée par les planificateurs. Peu importe la nature du programme, il est primordial de bien définir ces éléments pour que le programme puisse être donné de façon précise et fonctionnelle.

PROCESSUS D'ACCRÉDITATION

Éclairés par le volume croissant d'études sur le résultat des traitements offerts aux délinquants, les services correctionnels de plusieurs pays cherchent à établir des programmes d'intervention solidement validés et des méthodes permettant d'en surveiller l'application. Bon nombre de services ont choisi de mettre au point un processus d'accréditation des programmes dans le dessein de réduire la récidive.

Le modèle adopté par le Royaume-Uni prévoit le recrutement, par les établissements et les services de probation, de comités externes indépendants formés d'experts en la matière. Les programmes jugés appropriés à des fins d'accréditation et d'exécution dans les établissements de justice pénale sont soumis à l'examen de ce comité. Le dossier doit inclure des copies de tous les documents pertinents, notamment un énoncé du fondement théorique du programme, ainsi que les manuels servant à la tenue des sessions et à la formation du personnel, des outils d'évaluation et tout autre matériel jugé pertinent. Tous ces éléments sont évalués par le comité en fonction de critères d'accréditation prédéterminés définissant les exigences minimales d'approbation d'un programme (HM Prison Service, 1999; Home Office, 1999). L'un de ces critères prévoit la conformité à chacune des spécifications suivantes :

  1. Modèle de changement -- Il faut expliquer clairement, éléments à l'appui, comment le modèle sur lequel est fondé le programme permettra d'influer sur les facteurs associés au comportement délinquant.
  2. Facteurs de risque dynamiques -- Le matériel du programme doit exposer les facteurs précisés dans le modèle à l'égard du comportement visé et qui permettront, suite à un changement, de réduire le risque de récidive. Le contenu du programme devrait refléter ces objectifs.
  3. Portée des objectifs -- Selon les examens ayant porté sur des recherches, ce sont les programmes multimodaux comportant divers objectifs de traitement qui ont produit la plus importante ampleur des effets. Les manuels de programmes précisent la portée appropriée applicable aux objectifs ainsi que la nature de leurs liens.
  4. Efficacité des méthodes -- Les méthodes de changement utilisées dans le programme doivent être soutenues de façon empirique quant à leur efficacité et être coordonnées de façon appropriée.
  5. Programmes axés sur les compétences -- Des programmes axés sur l'acquisition de compétences qui permettront aux délinquants d'éviter toute activité criminelle ont produit une ampleur des effets plus élevée dans les études portant sur les résultats. Ces compétences devraient avoir des liens explicites avec le risque de récidive et sa réduction.
  6. Intensité, intervale et durée -- Le nombre d'heures d'interaction, le mode d'exécution des séances et la durée totale du programme doivent être planifiés de façon appropriée en fonction des objectifs et du contenu du programme et du risque que représentent les groupes ciblés.
  7. Sélection des délinquants -- Il importe de décrire de façon claire et explicite la clientèle ciblée par le programme. Des procédures réalistes approuvées par tous les intervenants concernés devraient être adoptées à l'égard de la sélection et, s'il y a lieu, de l'exclusion de sujets jugés non appropriés.
  8. Engagement et participation -- Ces critères ont trait à la réceptivité. Il faut ici expliquer comment ces aspects seront abordés et comment les délinquants seront encouragés et motivés à prendre part au programme et à s'engager en ce sens.
  9. Gestion de cas -- Dans un établissement carcéral, chaque détenu est jumelé à un agent qui a la responsabilité d'assurer le suivi de son plan de détention. Dans un contexte de probation, le délinquant est encadré par un gestionnaire de cas. Pour être efficaces, les programmes doivent être interreliés et des lignes directrices doivent être communiquées à l'égard de leur mise en œuvre au sein du service.
  10. Suivi des activités -- Pour assurer la bonne marche du programme et l'intégrité des méthodes de traitement, il faut prévoir des procédures permettant de recueillir des données de suivi sur la qualité de l'exécution et mettre en place des systèmes d'examen de ces données et des mécanismes d'intervention fondés sur l'information ainsi recueillie.
  11. Évaluation -- La documentation relative au programme devrait comprendre une structure et des outils d'évaluation de l'exécution du programme dans son ensemble et de l'impact du programme à court et à long terme.

À l'égard de chacun des critères, on peut appliquer les cotes suivantes : 0 (non atteint), 1 (atteint partielement) ou 2 (atteint entièrement). Certains des critères susmentionnés (éléments 1, 2, 7, 9, 10 et 11) sont obligatoires. Autrement dit, il est essentiel de satisfaire entièrement à ces exigences. Pour être accrédité, un programme doit obtenir un score minimum de 19 points sur 22, y compris des notes parfaites pour tous les éléments obligatoires.

En plus de l'accréditation du programme, les différentes unités des services correctionnels (les établissements, les bureaux de probation ou les autres unités) doivent également répondre aux critères d'accréditation des unités opérationnelles. Ce processus vise à certifier les programmes et l'intégrité du traitement dans l'unité. Il doit y avoir en place des systèmes de collecte de l'information, et les données recueillies doivent être exposées dans le rapport annuel de vérification de l'unité. Ces rapports sont soigneusement examinés par le personnel de l'organisme de services correctionnels et par les membres du comité d'accréditation indépendant.

Lipton, Thornton, McGuire, Porporino et Hollin (2000) ont décrit l'implantation d'un tel processus au sein des services correctionnels de l'Angleterre et du Pays de Galles depuis 1996. Comme on l'a mentionné précédemment, un certain nombre de programmes axés sur le développement des aptitudes cognitives ont été approuvés à des fins de prestation de services en milieu carcéral et ces programmes sont en fait utilisés dans plus de 60 d'établissements. En 1999, un processus parallèle a été mis en place pour des services de probation sous la supervision d'un nouveau comité conjoint d'accréditation des programmes en établissement de détention et en milieu de probation. Des méthodes semblables ont été adoptées en Écosse (qui gère ses propres services correctionnels) et, lors de la rédaction de ce document, d'autres pays envisageaient également l'implantation de telles méthodes.

MISE EN OEUVRE ET PRESTATION DES PROGRAMMES

Il est clair que la réorganisation des services correctionnels dans un cadre de prestation étendue de programmes est une entreprise colossale. Ce chapitre n'a pas pour objet d'exposer l'inertie considérable constatée au sein de grandes organisations ni d'aborder les principaux enjeux dont il faudrait débattre pour que les méthodes en place fassent l'objet de changements constructifs.

Plusieurs auteurs ont élaboré des lignes directrices utiles pour orienter la mise en œuvre et la prestation des programmes. En examinant le contexte général de la mise en œuvre des nouveaux programmes dans des organismes, Bernfeld, Blase et Fixsen (1990) ont préconisé l'adoption d'une approche fondée sur des systèmes à niveaux multiples, qui comporte une analyse à quatre niveaux distincts, bien qu'interreliés, soit ceux du client; du programme, de l'organisme et de la société. Les programmes ne devraient pas être perçus de façon isolée mais plutôt comme faisant partie d'un tout interactif, dynamique et évolutif. Employant des termes différents pour traiter des mêmes questions et problèmes, Harris et Smith (1996) se sont penchés sur la façon de mettre en œuvre les dernières découvertes en matière de programmes au sein des services correctionnels communautaires. Plus récemment, Gendreau, Goggin et Smith (1999) ont établi une série de principes systématisés pour orienter tout le processus de mise en œuvre des programmes.


1 University of Liverpool, Royaume Uni

2 Il a été démontré que même dans le cadre de programmes de prévention du crime où l'on tient compte du contexte, les interventions sont plus efficaces lorsque l'on fait appel à des ressources provenant de la collectivité (McGuire, 2000).


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