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Compendium 2000 des programmes correctionnels efficaces

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CHAPITRE 11

Méthodes de traitement et d'intervention avec les familles

CLAUDIO VIOLATO, MARK GENUIS et ELIZABETH ODDONE-PAOLUCCI1


Ce chapitre porte principalement sur les programmes de traitement et d’intervention en usage dans les services correctionnels. Il donne aussi un aperçu des diverses théories des causes, et notamment des théories de la criminalité et de la famille ainsi que des théories sociale et psychologique. Les programmes d’intervention sont axés sur la prévention tertiaire, plus particulièrement en ce qui concerne les jeunes déjà condamnés pour des crimes, l’objectif étant de réduire le taux de criminalité.2

LES THÉORIES DE LA CRIMINALITÉ

La théorie de la régulation sociale

Les tenants de la théorie de la régulation sociale posent comme principe que la socialisation est un processus suivant lequel les personnes établissent des liens avec leur famille, leur école et la loi (Hirschi, 1969). Selon cette théorie, la conformité s’explique par la socialisation et le lien d’appartenance qui se développe entre la personne et la société (Wiatrowski et al., 1981). La socialisation est un processus suivant lequel la personne établit avec la société un rapport qui mène à une certaine forme de maîtrise personnelle. Ce lien d’appartenance se compose de quatre éléments principaux : l’attachement, la motivation, l’engagement personnel et la confiance. Plus le lien d’appartenance est fort, moins la personne risque d’adopter un comportement criminel. La théorie du contrôle social insiste sur l’importance de l’attachement aux valeurs traditionnelles, qui ont une influence prépondérante sur la prévention de la criminalité chez les jeunes, l’érosion de cet attachement étant un facteur susceptible d’entraîner un comportement criminel.

La théorie de la sous-culture

Selon la théorie de la sous-culture, la socialisation de la personne fait en sorte qu’elle en vient à violer la loi à la suite du contact avec des influences déviantes, qui finissent par être assimilées. Plus un jeune fréquente de jeunes criminels de son âge, plus il est possible que s’établisse une association différentielle avec eux et donc avec des définitions pouvant conduire à la criminalité. Les variables le plus souvent reprises dans les formulations sur la sous-culture sont la fréquentation de criminels et l’attitude favorable des pairs envers la criminalité. Par conséquent, si des actes criminels sont commis conformément aux valeurs et aux attitudes acquises des pairs, les personnes dont les amis approuvent ce genre d’actes illégaux devraient en principe afficher ce type de comportement.

Segrave et Hastad (1985) ont constaté l’existence d’une association positive entre le comportement criminel et la fréquentation de criminels ainsi que l’attitude favorable des pairs envers la criminalité. Ils ont observé un lien entre la fréquentation d’amis criminels et la perpétration d’actes criminels, peu importe le degré d’attachement ou les attitudes traditionnelles à l’égard des femmes et plus particulièrement des hommes. Dans ses conclusions, Williamson (1978) remet en question le pouvoir apparemment irrépressible de l’influence des pairs; selon lui, le manque d’activités adaptées aux jeunes est un facteur déterminant de la criminalité.

La théorie du capital social

Selon l’un des postulats de la théorie du capital social (Brennan, Huizinga & Elliott, 1978), les taux de criminalité les plus élevés s’observent chez les personnes qui appartiennent aux couches socio-économiques inférieures. Selon ce postulat, les personnes considèrent qu’elles n’ont qu’un accès limité aux possibilités de réussite légitimes. La tendance aux écarts de conduite est encore plus forte lorsque les personnes acceptent et assimilent les objectifs de réussite proposés par la culture, tout en constatant que les moyens légitimes de les réaliser sont extrêmement limités pour elles. C’est pourquoi les criminels considèrent, plus que leurs contemporains des classes moyenne ou supérieure, qu’ils ne peuvent pas atteindre aussi facilement leurs objectifs. Cette théorie pose aussi comme postulat que ces membres de la société sont «contraints» d’adopter un comportement déviant pour atteindre des objectifs qui ne leur sont pas accessibles par les voies légitimes.

La théorie du milieu familial

La théorie du milieu familial repose sur deux notions de base, soit d’une part l’apprentissage dans la famille, et plus particulièrement l’apprentissage par l’imitation, l’éducation des enfants et les relations familiales dysfonctionnelles, et d’autre part le manque de liens affectifs, surtout entre les parents et les enfants (Henggeler, 1998).

Selon la première variante de la théorie du milieu familial, ce sont les parents qui donnent l’exemple du comportement dysfonctionnel et criminel. Dans ces familles, l’un des parents, ou les deux, est un criminel et transmet ses valeurs à ses enfants. De plus, ces parents ont de la difficulté à élever leurs enfants et imposent la discipline par la violence, les châtiments et les mauvais traitements. Leurs enfants ont rarement des exemples de maîtrise de soi, de mesure et de raisonnement moral. Il y a quatre aspects de la criminalité chez les parents qui ont négligé de donner à leurs enfants de la discipline, une surveillance adéquate des comportements, des moyens efficaces de faire face aux imprévus et des techniques appropriées de résolution de problèmes et de situations difficiles.

La deuxième variante de la théorie du milieu familial se rapporte à la difficulté endémique des relations parents-enfants. On croit que les rapports négatifs provoquent un sentiment de rejet chez les enfants ainsi que l’irresponsabilité, le mépris des conséquences, des comportements impulsifs et l’incapacité de tirer des leçons de l’expérience. Dans une étude longitudinale d’une durée de 5 ans qui a porté sur 102 délinquants et un suivi de 10 ans de plus de 700 jeunes contrevenants, Stott (1982) a constaté que 93 % des actes criminels étaient attribuables à «la rupture du lien afectif entre les parents et les enfants» (p. 318). L’adolescent avait acquis un sentiment d’insécurité dans ses relations familiales en raison de la menace de rejet, de la perte du parent préféré sans qu’il soit remplacé, d’une mère sur laquelle il ne pouvait compter et de la crainte de perdrele parent préféré.

Dans la théorie du milieu familial, d’autres facteurs peuvent aussi aggraver le stress : la maladie, un décès, le chômage, le délaissement, la pauvreté et diverses difficultés liées à la vie courante. Ces facteurs de stress engendrent la discorde, qui à son tour met en péril l’existence même de la famille et conduit à des réactions d’urgence mal adaptées, comme la criminalité.

Synthèse des théories de la criminalité

Le Tableau 11.1 présente la synthèse des principales théories de la criminalité et une évaluation de leur validité relative. On peut voir que la théorie du milieu familial est celle qui semble la plus valide en raison des données et des preuves actuellement disponibles, qui semblent très solides. Par contre, la théorie du capital social est celle qui semble la moins valide.

TABLEAU 11.1 Synthèse des principales théories de la criminalité et évaluation de leur validité relative d'après les données actuellement disponibles

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Théorie Explication Validité
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Théorie de la régulation sociale

La criminalité est due à des caractéristiques individuelles qui peuvent être innées, développées ou acquises (p. ex., des troubles génétiques, des problèmes psychiatriques, des difficultés d’apprentissage).

Cette théorie s’appuie sur des preuves solides, mais certains détracteurs affirment qu’elle ne suffit pas à elle seule à expliquer entièrement l’origine de la criminalité.

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Théorie de la sous-culture

La criminalité se manifeste lorsque la personne n’arrive pas à se socialiser et à accepter les valeurs de la famille, de l’école, de la loi et de la morale. La socialisation des jeunes les incite à violer la loi parce qu’ils sont exposés à des influences déviantes, qu’ils assimilent.

Des preuves permettent d’établir un lien entre le comportement criminel et la fréquentation de criminels ainsi que l’attitude favorable des pairs envers la criminalité. Ces facteurs sont probablement des antécédents de la criminalité plutôt que ses causes.

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Théorie du capital social

La criminalité est due à la pauvreté chronique et à l’appartenance à un milieu socio-économique inférieur.

Il existe un lien certain entre la pauvreté et la acriminalité, mais il s’agit probablement d’une corrélation plutôt que d’une cause.

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Théorie du milieu familial

Les enfants acquièrent un comportement criminel dysfonctionnel de leurs parents ou sous l’influence de difficultés endémiques des relations parents-enfants qui engendrent une pathologie du développement comme la criminalité.

Ce point de vue correspond à l’une des causes les plus couramment reconnues de la criminalité, mais il nécessite encore d’importantes recherches empiriques.

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Bien des variables sont associées à la criminologie et plusieurs théories servent à l’expliquer. Compte tenu des innombrables explications et variables, il faudra certainement trouver des modèles de causes complexes pour définir les facteurs qui sont à l’origine de la criminalité. Les résultats de ces études complexes pourraient faire la preuve de la nature et de la causalité multi-dimensionnelles de la criminalité et donc confirmer la valeur du modèle de comportement socio-écologique. C’est pourquoi un modèle valable de la criminalité doit tenir compte des multiples voies sur lesquelles s’ouvrent les principaux systèmes dans lesquels vivent les jeunes, et plus particulièrement la famille.

MÉTHODES DE TRAITEMENT ET D'INTERVENTION

Rôle des services de santé mentale

Le caractère multidimensionnel de la criminalité exige l’intervention d’un grand nombre d’organismes. Comme les professionnels de la santé mentale possèdent des connaissances dans le domaine de l’organisation familiale et des méthodes de traitement du comportement, ils peuvent apporter une contribution fort appréciable à l’effort de réduction de la violence chez les adolescents. Beaucoup de délinquants peuvent aussi bénéficier des traitements fournis par des professionnels d’autres catégories (psychiatres et psychologues en pratique privée, personnel hospitalier, conseillers et psychologues). Néanmoins, il est certain que les services de santé mentale doivent s’occuper davantage des délinquants.

Le Graphique 11.1 représente ce que serait une relation idéale entre les services de santé publique (santé mentale) et le système de justice pénale dans le domaine de la lutte contre la criminalité. Les stratégies en matière de santé publique visent à comprendre, réduire et prévenir les facteurs de risque de comportement criminel, et non seulement à réagir aux épisodes ponctuels. Cette méthode d’intervention s’appuie sur des modèles multi-institutionnels et multidisciplinaires qui visent à modifier le comportement, les connaissances et les attitudes. Les médias, les établissements de soins de santé, les écoles publiques, les entreprises et les foires sur la santé sont tous des moyens d’éducation, d’information et d’intervention. À partir du moment où la criminalité est considérée comme un problème de santé, il devient possible de trouver des moyens d’intervention efficaces.

Graphique 11.1 Rapport idéal entre les services de santé publique et le système de justice pénale en vue de la prévention de la criminalité*

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*Adapté de Prothow-Stith & Spivak (1992), p. 807

Quiconque souhaite reproduire un programme donné dans son aire de compétence doit avoir la certitude que sa clientèle sera semblable à celle qui était visée à l’origine par l’intervention. Il faut aussi prendre bien soin de s’assurer de la disponibilité des ressources et des services des praticiens appropriés. Dans le cas contraire, la mise en œuvre du programme peut échouer, et on risque même de nuire à la clientèle visée.

Souvent, dans les discussions sur les interventions, on arrive à la conclusion qu’il n’y a rien à faire avec les délinquants. Cette perception incorrecte des effets des interventions constitue un obstacle majeur à la mise en œuvre et au succès des programmes d’intervention. Si les praticiens et les politiciens sont convaincus qu’il n’y a rien à faire, la volonté de mettre en place des services efficaces à l’intention des délinquants finit par disparaître et les problèmes restent entiers.

INTERVENTION AUPRÈS DES FAMILLES DES DÉLINQUANTS

Selon l’une des hypothèses de base de la thérapie familiale, les problèmes sont étroitement liés aux interactions familiales dysfonctionnelles; par conséquent, le traitement doit viser à améliorer les relations familiales qui sont à l’origine des problèmes.

La formation du comportement parental et la thérapie fonctionnelle de la famille sont les deux méthodes les plus prometteuses pour le traitement des familles des délinquants. L’objectif de la formation du comportement parental consiste à aider les parents à contrôler avec soin le comportement des enfants, à renforcer constamment les comportements positifs et à châtier (p. ex., en supprimant des privilèges) les comportements négatifs (Henggeler, 1998). Jusqu’à maintenant, ces méthodes se sont révélées plus efficaces avec les adolescents.

Conformément à la théorie du milieu familial, la thérapie fonctionnelle de la famille suppose que la criminalité est le reflet d’interactions mal adaptées au sein de la famille. Cette méthode de traitement fait appel à diverses techniques, comme la promesse d’une récompense liée à une performance et l’initiation des membres de la famille aux principes de la communication. À l’heure actuelle, ce genre d’intervention s’avère le plus efficace avec les jeunes contrevenants qui ont un comportement modérément marginal.

Wade et al. (1977) ont décrit et évalué un programme intensif d’intervention pour les crises familiales. Les stratégies d’intervention comportent cinq volets :

  1. L’acheminement immédiat du cas afin de tirer profit de la motivation associée à la situation de crise familiale;
  2. Des services d’intervention intensifs mais d’une durée déterminée dans la famille du jeune délinquant;
  3. Une intervention qui considère la famille comme un système dont le fonctionnement était mal adapté;
  4. Des équipes de conseillers des deux sexes et de la meme origine ethnique que la famille;
  5. L’intervention d’organismes et de spécialistes auxiliaires, au besoin. La moitié des 153 familles ayant fait l’objet d’une intervention thérapeutique au cours d’une période de deux ans avaient vécu un événement perturbateur comme un divorce, une séparation, un remariage, une adoption ou la mort d’un parent naturel.

Le programme a été considéré efficace tant en ce qui concerne les données sur la récidive que les données relatives à l’atteinte des objectifs (Wade et al., 1977). Après un an, le taux de récidive était faible (14,75 %) et un seul des 66 adolescents ayant suivi le traitement a dû comparaître devant le tribunal au cours de la période de suivi d’un an. On a aussi évalué certains objectifs et on a constaté une amélioration substantielle, notamment en ce qui concerne la communication familiale, l’assiduité à l’école, la diminution du nombre de fugues et l’acceptation des responsabilités familiales.

Dans le cadre d’un programme de préservation de la famille intitulé Homebuilders, Haapala et Kinney (1988) ont observé que 87 % des personnes appartenant à un groupe de délinquants à risque élevé avaient pu éviter un placement hors de leur foyer pendant la période de 12 mois suivant le début de leur participation au programme. Ce programme était composé de divers types de traitements, comme le changement du comportement dans le milieu naturel, la théorie de l’intervention en situation d’urgence, la thérapie axée sur le sujet, la clarification des valeurs, l’initiation à l’affirmation de soi et la thérapie à effets multiples. Le programme ayant évolué durant une période de 15 ans, d’autres types de traitements ont été ajoutés, comme la thérapie rationnelle émotive. Ce programme a eu tellement de succès qu’en 1987 il existait déjà 28 programmes d’État inspirés du modèle Homebuilders, mis sur pied dans l’État de Washington en 1974.

Au cours des dix dernières années, il est devenu de plus en plus évident que le traitement de choix pour la majorité des délinquants était la thérapie familiale (Gordon & Arbuthnot, 1988). Les spécialistes exercent souvent en pratique privée et leurs honoraires sont très élevés. C’est pourquoi on fait de plus en plus souvent appel à des paraprofessionnels comme des praticiens de l’action sociale individualisée, des enseignants, des ministres du culte, des agents de probation, des étudiants, des parents et des bénévoles. Comme les services des paraprofessionnels sont beaucoup moins coûteux, il est possible d’élargir les interventions axées sur la famille. Dans une analyse bibliographique systématique comparant l’efficacité des paraprofessionnels à celle des professionnels, Gordon et Arbuthnot sont arrivés à la conclusion que les paraprofessionnels obtenaient des résultats égaux ou supérieurs à ceux des professionnels. À la lumière de ces résultats positifs, il faudrait certainement envisager le recours encore plus fréquent aux services des paraprofessionnels.

Programmes offerts dans la collectivité

Bien qu’on insiste de plus en plus sur l’importance d’inclure dans les programmes de traitement les membres de la famille du délinquant, dans bien des cas il serait irréaliste d’envisager cette possibilité. De toute évidence, il y a place pour un programme efficace qui pourrait être offert dans la collectivité, mais qui ne nécessiterait pas l’intervention directe de la famille du délinquant.

L’expression générale «programmes offerts dans la collectivité» englobe un très grand nombre d’activités et de projets, comme le placement des délinquants dans des foyers individuels, la création de foyers de groupe pour délinquants, la création de centres communautaires offrant des activités sportives, récréatives et culturelles ainsi que des projets de travaux publics (élagage des arbres, ramassage des déchets, entretien des terrains de jeux, etc.). D’autres programmes sont axés sur l’acquisition d’aptitudes : formation professionnelle et placement, tutorat et rattrapage scolaire. Les programmes de soutien social comprennent le système de jumelage ainsi que des groupes de discussion et d’entraide. Enfin, les mesures de prévention communautaires comprennent les campagnes dans les médias ainsi que l’élaboration et la mise en œuvre programmes d’information dans les écoles.

Le projet de prévention de la violence du Health Promotion Program for Urban Youth (programme de promotion de la santé des jeunes en milieu urbain) (Prothrow-Stith, Spivak & Hausman, 1987) a été conçu afin de réduire la fréquence des comportements criminels et les risques sociaux et médicaux connexes auxquels sont exposés les adolescents dans la collectivité. Ce programme vise à modifier les comportements individuels au moyen de la communication et de l’information sur les risques. En collaboration avec de nombreuses personnes appartenant à différents services du milieu thérapeutique, on a élaboré un cours qui est devenu un instrument de base à l’intention des classes de santé de secondaire 4. Le programme contribue à la valeur de l’éducation en proposant comme objectif de réduire la criminalité dans un milieu qui compte parmi les plus exigeants pour les adolescents, c’est-à-dire l’école publique.

Dans un autre programme communautaire innovateur, O’Donnell et al. (1979) ont utilisé un «système de jumelage» dans lequel des paraprofessionnels adultes sont jumelés à des délinquants désignés par les autorités des écoles publiques en raison de leur comportement et de leurs difficultés scolaires. La principale tâche des paraprofessionnels consistait à aider les adolescents à corriger leurs problèmes de comportement et à améliorer leur assiduité et leur rendement scolaire, au moyen de l’organisation des contingences et de renforcements comme le sentiment de fierté, le soutien social et l’argent. L’objectif premier de ce système de jumelage consistait toutefois à prévenir et à corriger les comportements criminels. Tous les sujets ayant participé au programme avaient commis des actes criminels graves.

Les résultats de l’étude de O’Donnell et al. ont montré que dans le groupe des 335 délinquants ayant participé au système de jumelage, il y a eu 22,3 % de moins d’arrestations après trois ans que dans un groupe témoin. Le taux global d’arrestations a été de 20,7 %, tandis que le taux global variait de 10,8 à 81 % si l’on tenait compte des antécédents récents en matière d’infraction, du sexe et de la nature des crimes commis. L’étude ne contenait pas de données sur l’assiduité et le rendement scolaire, O’Donnell et coll. ayant évalué le succès du système de jumelage uniquement en fonction des taux de nouvelles arrestations.

Beaucoup d’autres programmes offerts dans la collectivité ont montré qu’il était possible de réduire les taux des nouvelles arrestations et d’améliorer de manière générale la conduite et le comportement des jeunes contrevenants. Walter et Mills (1989), par exemple, ont décrit un programme efficace qui consistait à procurer un emploi aux délinquants, qui étaient ensuite suivis par leur employeur et des spécialistes. Henggeler (1989) a décrit un certain nombre de programmes offerts dans la collectivité, comme des projets de travaux publics, des foyers de groupe et des cours de formation professionnelle qui se sont avérés efficaces auprès des jeunes contrevenants. Enfin, Fabiano et al. (1990) ont décrit des programmes d’acquisition d’aptitudes (connaissances et aptitudes sociales) qui ont permis de réduire le taux de récidive chez les délinquants; Quigley et al. (1992) tentent de mettre en place à Terre-Neuve un programme d’acquisition de compétences professionnelles assisté par ordinateur pour les délinquants dans le but de réduire les taux de récidive.

Interventions multisystémiques

Le principe fondamental des interventions multisystémiques consiste à reconnaître qu’il existe de nombreux déterminants du comportement antisocial. Dans cette perspective, le contexte d’intervention se compose des différents systèmes de la vie de l’adolescent, soit notamment sa famille, ses semblables et son école. La thérapie multisystémique est une des méthodes d’intervention. Ce type d’intervention, axée sur la famille, met l’accent sur les variables cognitives de l’adolescent et sur les relations que sa famille et lui entretiennent avec les systèmes extrafamiliaux. Jusqu’à maintenant, plusieurs études ont montré que la thérapie multisystémique permet de modifier les inter-actions familiales qui sont associées à la criminalité, d’espacer les rapports que le jeune entretient avec ses pairs déviants et de réduire le taux global des problèmes de comportement de l’adolescent.

La psychothérapie axée sur l’emploi est une autre forme d’intervention multisystémique suivant laquelle le thérapeute offre une psychothérapie intensive tout en aidant le client à acquérir de l’instruction et à obtenir un emploi. Des études de suivi ont montré que les adolescents qui suivent cette thérapie avaient une meilleure adaptation sociale à la vie familiale, du succès au travail et moins de difficultés avec la loi que les garçons des groupes de comparaison (Henggeler, 1998).

Le traitement de défense de l’enfant est une autre forme d’intervention multisystémique qui fait appel à des paraprofessionnels (p. ex., des étudiants de niveau universitaire ou collégial) qui servent d’agents d’intervention auprès des jeunes contrevenants. Ces non-professionnels ont recours à des techniques de contrat de comportement et de défense de l’enfant pour faire des interventions dans plusieurs domaines où les sujets éprouvent des difficultés (p. ex., avec leurs pairs, dans leur famille, à l’école). Les résultats préliminaires permettent de croire que cette méthode est très prometteuse (Gordon & Arbuthnot, 1988).

Pour être efficaces, les traitements de la criminalité doivent tenir compte des nombreux déterminants du comportement antisocial de l’adolescent. Les trois méthodes d’intervention décrites ci-dessous portent sur les caractéristiques individuelles et systémiques, sont pragmatiques et axées sur les problèmes, peuvent être appliquées dans différents milieux de la collectivité et sont aussi souples et intensives que les situations l’exigent.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Pour conclure, nous présentons au Tableau 11.2 une synthèse des méthodes de traitement et d’intervention et un commentaire sur leur efficacité. Comme on peut le constater, les interventions en milieu familial et les interventions multisystémiques sont celles qui sont le plus efficaces.

TABLEAU 11.2 Synthèse des méthodes de traitement et d'intervention pour les délinquants et leur efficacité relative

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Traitement ou intervention Description Efficacité
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Intervention auprès de la famille

Comme les familles des délinquants sont souvent dysfonctionnelles, cette méthode vise à corriger cette situation, à améliorer les rapports familiaux et à réduire la récidive.

Les interventions bien exécutées et dont la validité est reconnue se révèlent très efficaces et permettent d’atteindre la majorité des objectifs visés. Malheureusement, certaines familles de délinquants refusent tout simplement de participer aux programmes offerts.

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Programmes offerts dans la collectivité

Ces programmes comprennent de nombreux projets et activités comme des foyers de groupe, des travaux publics, des cours de formation professionnelle et de rattrapage scolaire, des activités dans les centres communautaires, etc.

Ces programmes produisent des résultats inégaux. Leur succès dépend dans une grande mesure de leur nature, des besoins des jeunes contrevenants et des ressources affectées au programme.

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Intervention multisystémique

Les principaux types d’intervention sont la thérapie multisystémique (axée sur la famille), la psychothérapie axée sur l’emploi et le traitement de défense de l’enfant. Il s’agit de méthodes de traitement générales qui interviennent à plusieurs niveaux de l’écologie du jeune contrevenant (école, famille, pairs, etc.).

Les études préliminaires indiquent que les programmes intensifs bien exécutés produisent des résultats prometteurs. D’autres recherches seront toutefois nécessaires pour démontrer leur efficacité.

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Au milieu des années 1970, les chercheurs et les responsables des politiques en sont venus à douter de l’efficacité des traitements correctionnels en général. Depuis cette époque cependant, les recherches et les études des résultats ont montré que beaucoup de programmes soigneusement conçus et exécutés étaient efficaces. Les interventions multisystémiques et les interventions axées sur la famille sont probablement celles qui semblent le plus fructueuses et prometteuses. D’autres interventions, comme les programmes de déjudiciarisation, les programmes offerts dans la collectivité et même certains programmes offerts dans les établissements, ont produit des résultats intéressants. Certains de ces programmes peuvent toutefois être très coûteux parce qu’ils nécessitent la participation intensive de spécialistes qui doivent garder un contact direct avec le délinquant, sa famille, ses pairs, etc. Pour éviter cet obstacle, on a de plus en plus tendance à recourir aux services de paraprofessionnels qui travaillent sous la supervision de spécialistes. De plus, des études et évaluations des résultats ont montré que les paraprofessionnels sont généralement aussi efficaces, voire plus, que les spécialistes quand il s’agit de traiter les délinquants (Gordon & Arbuthnot, 1988).

Comme le montre la description des programmes donnée ci-dessus, il existe une vaste gamme d’interventions qui ont été appliquées avec succès aux délinquants. Pour en assurer l’efficacité, il faut établir les besoins particuliers de chaque délinquant et choisir ensuite le programme qui convient le mieux à ces besoins. Les interventions choisies sans tenir compte des besoins du délinquant risquent de mener à l’échec.


1 Fondation nationale de recherche et d'éducation de la famille

2 Pour plus de détails sur la prévention tertiaire, voir le chapitre 1, Définition des programmes correctionnels, par James McGuire.


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