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Compendium 2000 des programmes correctionnels efficaces

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CHAPITRE 17

L'évaluation et le traitement des délinquants sexuels

WILLIAM L. MARSHALL1 et SHARON WILLIAMS2


PRÉVALENCE DE LA DÉLINQUANCE SEXUELLE

La prévalence réelle de la délinquance sexuelle ne peut qu'être estimée. Il est clair, par exemple, que de nombreuses victimes d'infractions sexuelles ne les signalent pas à la police et que, bien trop souvent, elles n'en parlent à personne (Koss & Harvey, 1991; Russell, 1984, 1986). Le Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (1984) avait donné un compte rendu des résultats des enquêtes nationales canadiennes. Il avait noté qu'une femme sur deux et un homme sur trois déclaraient avoir fait l'objet d'une forme ou d'une autre d'abus sexuels au cours de leur vie et que 70 % des hommes et 62 % des femmes affirmaient que cela s'est produit avant qu'ils n'aient atteint l'âge de la puberté. Il est donc urgent d'élaborer une stratégie sociale complète pour affronter ce très grave problème social.

L'un des aspects de cette stratégie devrait comprendre non seulement le traitement des délinquants reconnus, mais aussi des moyens de comprendre leur comportement, de déterminer quelles caractéristiques le traitement doit viser à modifier et comment évaluer ces caractéristiques, et de produire une base actuarielle pour estimer les risques de récidive et la réaction au traitement. Bien sûr, si un traitement est appliqué, il faut aussi en évaluer l'efficacité. C'est ce que nous examinons dans ce chapitre.

Depuis 26 ans, le Service correctionnel du Canada (SCC) est à l'avant-garde de l'élaboration de méthodes d'évaluation et de traitement des délinquants sexuels incarcérés. Au cours des dix dernières années, le SCC a élargi et perfectionné ses programmes relatifs à la délinquance sexuelle, de sorte qu'il finance aujourd'hui de nombreux programmes de traitement en établissement et de programmes de suivi dans la collectivité pour les délinquants sexuels libérés. Même si une grande partie de ce qui suit se base sur des travaux de recherche et de développement réalisés au sein du SCC, nous avons également tiré parti des données, des observations et des théories de différents chercheurs et cliniciens du monde. Pour la plus grande part, les programmes qui ont proliféré dans toutes les sociétés occidentales ces dix dernières années se fondaient sur le modèle cognitivo-comportemental et de prévention de la rechute mis au point en Amérique du Nord (voir des exemples de tels programmes dans Marshall, Fernandez, Hudson & Ward, 1998). C'est également l'approche adoptée par le SCC depuis la première application systématique du traitement des délinquants sexuels en 1973. Nous nous concentrerons donc principalement sur ce modèle, tout en reconnaissant la valeur de différents médicaments utilisés pour la réadaptation des délinquants sexuels, à titre de mesures d'appoint.

Lorsqu'ils envisagent le traitement, les behaviouristes-cognitivistes attachés à la forme initiale de prévention de la rechute soutiennent que la délinquance sexuelle ne peut pas être «guérie», mais que le délinquant peut apprendre à «contrôler» ses tendances. Dans une certaine mesure, il s'agit d'une question qui relève davantage de la sémantique que du principe. Par exemple, si un délinquant sexuel suit un traitement après lequel il ne commet plus jamais d'infractions, est-il raisonnable de dire qu'il n'a fait que contrôler ses pulsions déviantes, surtout si rien ne prouve qu'il a encore de telles pulsions et qu'il nie lui-même leur existence ? Les notions de «guérison» et de «contrôle» comportent un mélange de perspectives médicales et correctionnelles. Par ailleurs, dans le langage de la recherche sur le processus d'apprentissage, sur lequel les modèles cognitivistes et de prévention de la rechute sont censés se fonder, on dirait, dans le cas du client hypothétique mentionné ci-dessus, que les pulsions déviantes se sont éteintes pour être remplacées par des pulsions prosociales. Une analyse de l'apprentissage montrerait que tant le délinquant que ses surveillants devraient faire preuve de prudence au moment de sa libération puisqu'on peut s'attendre à un retour spontané des comportements souvent pratiqués. Toutefois, la même analyse montrerait aussi que dès l'établissement d'un ensemble concurrent de comportements (p. ex., fréquentation prosociale, relations et comportements consensuels adultes), il est possible au client et à ses surveillants de relâcher leur vigilance. Même si le SCC utilise cette approche avec des résultats positifs dans la gestion des délinquants sexuels libérés, les partisans de la prévention de la rechute (comme Marques, 1984; Pithers, 1990) et ceux qui considèrent que le traitement est inefficace (Quinsey, 1996) favorisent une surveillance postcarcérale beaucoup plus serrée pendant une période pouvant atteindre 10 ans. Rien ne prouve cependant qu'une telle surveillance réduit les risques de récidive. En fait, il y a même des raisons de croire qu'une surveillance très stricte peut annuler les avantages du traitement (Marshall, Anderson & Fernandez, 1999).

MÉTHODES DE MESURE

Les mesures constituent un élément critique de tout programme. Les évaluations sont effectuées pour diverses raisons et les types de mesures choisies devraient se fonder tant sur ce qu'on sait du problème en cause (en l'occurrence, la délinquance sexuelle) que sur les raisons pour lesquelles on procède à des tests. En milieu carcéral, l'évaluation des délinquants sexuels peut servir à déterminer leurs besoins de traitement; leurs besoins de sécurité; les effets du traitement; et les risques de récidive après la libération. Des évaluations complètes de ce genre peuvent constituer la base de toutes les décisions ci-dessus sauf, bien sûr, qu'il est nécessaire de répéter l'évaluation après le traitement pour déterminer dans quelle mesure les objectifs visés ont été atteints. Dans la collectivité, les questions pourraient être les mêmes, bien qu'on espère que les évaluations effectuées en milieu carcéral pourront fournir la plupart des renseignements recherchés, si elles sont assez récentes. De plus, une évaluation pourrait faire partie des programmes communautaires pour aider à déterminer si un délinquant est prêt à revenir dans sa famille ou dans un autre milieu où il aurait accès à des victimes.

Il est certain qu'au cours des 30 dernières années, on s'est écarté, dans le domaine de l'évaluation et du traitement, des aspects strictement sexuels de la délinquance sexuelle pour s'attacher davantage à des éléments sociaux et cognitifs. Ce changement d'optique n'a pas toujours été motivé par les résultats de la recherche. Il découlait souvent d'intuitions cliniques qui étaient empiriquement évaluées par la suite ou de développements survenus dans d'autres domaines. On trouve un exemple de cette dernière situation dans la décision d'examiner la pertinence pour les délinquants sexuels des déficits d'intimité, après la prise en compte de ces problèmes dans le traitement de différents autres troubles. Les approches adoptées ces dernières années dans l'évaluation et le traitement des délinquants sexuels visaient à maintenir une base empirique permettant de rajuster les programmes en fonction des nouveaux renseignements recueillis.

Lorsqu'ils planifient l'évaluation, les cliniciens devraient se soucier avant tout de la détermination des domaines à évaluer. Une fois que les objectifs de l'évaluation sont connus, on peut rechercher les mesures qui conviennent le mieux à chacun.

Mesures applicables au traitement

Plusieurs instruments ont été élaborés pour mesurer les principaux facteurs intervenant dans le traitement des délinquants sexuels. Le Tableau 17.1 présente une liste de ces facteurs et quelques-unes des mesures utilisées pour les évaluer.

TABLEAU 17.1 Mesures applicables au traitement

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Facteurs Mesures Auteurs
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Distorsions cognitives Abel's Child Molester Cognitions Scale Abel et al., 1989
Molest Scale (Échelle d'agression) Bumby, 1996
Rape Scale (Échelle de viol) Bumby, 1996
Rape Myth Acceptance Scale Burt, 1980
Hostility Toward Women Scale Check, 1985
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Empathie Empathie pour les enfants Hanson & Scott, 1995
Empathie pour les femmes Hanson & Scott, 1995
Child Molester Empathy Measure Fernandez et al., 1999
Rapist Empathy Measure Fernandez & Marshall, 1999
Interpersonal Reactivity Test Davis, 1983
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Fonctionnement social Social Self-esteem Inventory Lawson et al., 1979
Résolution de problèmes D'Zurilla & Goldfried, 1971
Social Support Inventory Flannery & Wieman, 1989
.. Assertivité Social Response Inventory Keltner et al., 1981
Rathus Assestiveness Scale Rathus, 1973
. Colère Inventaire d'hostilité Buss-Durkee Buss & Durkee, 1957
State-Trait Anger Expression Inventory Spielberger, 1988
. Anxiété Questionnaire sur l'anxiété chronique et réactionnelle Spielberger et al., 1970
Fear of Negative Evaluations Scale Watson & Friend, 1969
Social Avoidance and Distress Scale Watson & Friend, 1969
. Relations UCLA Loneliness Scale Russell et al., 1980
Miller's Social Intimacy Scale Miller & Lefcourt, 1982
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Intérêt sexuel Clarke Sexual History Questionnaire Langevin, 1983
Inventaire sexuel multiphasique Nichols & Molinder, 1984
Laws Card Sort Laws, 1986
Wilson Sex Fantasy Questionnaire Wilson, 1978
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Psychopathie Échelle de la psychopathie révisée Hare, 1991
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Prévention de la rechute Procédure d'auto-surveillance McDonald & Pithers, 1989
STEP Measures of Offence Chain Beckett et al., 1994
Situational Competency Test Miner et al., 1989
Coping Inventory for Stressful Situations Endler & Parker, 1990
Sex as a Coping Strategy Cortoni & Marshall, 1996
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Récidive Inventaire du niveau de service – révisé Andrews & Bonta, 1995
Guide d'évaluation du risque de violence Harris et al., 1993
Minnesota Sex Offender Screening Tool Epperson et al., 1995
Évaluation rapide du risque de récidive sexuelle Hanson, 1997
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Attrait social Marlow-Crowne Social Desirability Scale Crowne & Marlow, 1960
Paulhaus Balanced Inventory of Desirable Responding Paulhaus, 1991
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TRAITEMENT

Modèle conceptuel

Le premier élément à noter au sujet du traitement des délinquants sexuels est que la thérapie de groupe est l'approche privilégiée (Hall, 1995). Borduin, Henggeler, Blaske et Stein (1990) ont prouvé que ce mode de traitement est de loin plus efficace que la thérapie individuelle dans le cas des délinquants sexuels. Dans cette étude, cependant, le taux de récidive constaté dans le cas de la thérapie individuelle est élevé (75 %), ce qui nous porte à considérer les résultats avec un certain scepticisme. On ne peut néanmoins pas douter de l'efficacité supérieure de la thérapie de groupe, qui permet de traiter bien plus de clients dans le même laps de temps.

Réceptivité

Milieu de traitement

Même si certains auteurs estiment que le traitement dans la collectivité est supérieur au traitement en prison, il ne semble exister aucune raison qui justifie un choix plutôt que l'autre. La stratégie nationale décrite par Williams, Marcoux-Galarneau, Malcolm, Motiuk, Deurloo, Holden et Smiley (1996) comporte une gamme d'interventions harmonisées commençant en milieu carcéral à un niveau d'intensité correspondant aux risques et aux besoins et se poursuivant dans la collectivité sous forme d'interventions d'appoint moins intenses, mais tout aussi importantes. Il semble raisonnable d'administrer la phase la plus intensive du traitement pendant que le délinquant est incarcéré, puis de maintenir l'acquis après sa réinsertion dans la collectivité. Cette stratégie assure en outre une thérapie d'entretien plus structurée aux délinquants sexuels qui courent des risques importants à la libération et peut comprendre un séjour surveillé dans un foyer de transition.

On considère qu'un petit nombre de délinquants sexuels ont des déficiences intellectuelles, tandis que d'autres sont atteints de troubles psychiatriques identifiables comme la schizophrénie et la dépression ou encore de troubles d'apprentissage. Parmi les délinquants sexuels à faible risque, le processus de vieillissement peut s'accompagner de déficiences de la mémoire, de troubles d'élocution reliés à des accidents cérébrovasculaires et à une baisse générale de l'aptitude à apprendre et à retenir de nouvelles informations. Ces déficits nécessitent l'adoption d'une approche plus lente, plus concrète et plus simple des connaissances faisant partie du traitement. Boer et al. (1995) ont décrit un programme permettant de présenter de l'information et des jeux de rôles d'une manière compatible avec ces difficultés de réceptivité. Dans la région du Canada atlantique, le programme Challenge permet aux délinquants sexuels ayant des difficultés d'apprentissage de ce genre d'assimiler l'information à un rythme qui leur convient.

Contre-indications

Les délinquants souffrant de troubles psychiatriques aigus sont exclus de la plupart des programmes parce qu'ils sont peu susceptibles de profiter du traitement et qu'ils risquent de déranger considérablement les autres. Toutefois, dès que leur maladie est contrôlée (p. ex., à l'aide de médicaments), ils devraient être autorisés à suivre un programme de traitement approprié. Leur chaîne d'infractions devrait comprendre les stimulus idiosyncrasiques internes ou externes qui font peut-être partie du processus de rechute.

Pour l'ensemble des délinquants sexuels, des difficultés de gestion peuvent surgir en cours de traitement. Ces difficultés peuvent comprendre le refus de participer, des indiscrétions ou des comportements perturbateurs au cours des séances de thérapie de groupe. Il faudrait déployer tous les efforts possibles pour amener le délinquant à participer au processus de traitement. Toutefois, si le counseling individuel, la confrontation avec les pairs ou, en dernier recours, un contrat de comportement sont inefficaces, il faudrait donner la priorité aux besoins du groupe et non pas à ceux de l'individu. L'exclusion de la thérapie peut être nécessaire en cas de perturbations persistantes ou d'autres problèmes semblables. Dans certains programmes, les thérapeutes ont pour tactique de retirer le client perturbateur des séances de groupe et de lui offrit un traitement individuel destiné à réduire la crainte d'aborder certains sujets devant un grand nombre de personnes. Rien ne prouve cependant qu'une thérapie individuelle favorise le changement chez les délinquants sexuels, sans compter que l'accès au traitement individuel peut décourager le délinquant de discuter de questions critiques au cours des séances de groupe.

La dénégation ou l'absence de motivation peuvent constituer des critères d'exclusion. Toutefois, d'après les Normes et lignes directrices relatives à la prestation de services aux délinquants sexuels du SCC (Williams et al., 1996), la dénégation devrait être considérée comme un objectif de traitement. On peut renforcer la motivation et s'occuper des problèmes de dénégation dans le cadre de la composante relative aux distorsions cognitives. La création d'une alliance thérapeutique peut également réduire le degré de dénégation. Quoi qu'il en soit, il a été établi (Hanson & Bussière, 1998) que la dénégation n'accroît pas le risque de récidive sexuelle.

Choix du moment

Les chercheurs ne s'entendent pas tous sur ce qu'est le meilleur moment pour offrir des programmes de traitement aux délinquants sexuels. Certains estiment que le traitement devrait être administré juste avant la mise en liberté. Pour d'autres, il faudrait l'offrir le plus tôt possible afin de profiter de la motivation et d'un souvenir plus vif de l'infraction et de ses effets sur toutes les personnes affectées. Souvent, le choix du moment dépend surtout de la disponibilité des services de traitement. En faisant correspondre le risque et le besoin à l'intensité du traitement, les ressources peuvent être affectées aux programmes qui desservent les populations les plus nombreuses. Comme les programmes très intensifs sont longs et coûteux et comprennent de nombreux modules, leur liste d'attente peut être longue. Il faut donc choisir très soigneusement les clients dont le risque et les besoins correspondent le mieux à un traitement à haute intensité. Il conviendrait cependant de faire un effort pour s'occuper du problème des délinquants condamnés à de très longues peines d'emprisonnement, qui sont peu susceptibles de participer à un programme complet pendant des années.

Ordre de participation aux différents programmes

Pendant que les délinquants sexuels à risque élevé attendent de recevoir un traitement spécialisé, ils peuvent suivre des programmes axés sur les schémas de pensée, l'impulsivité, le rattrapage scolaire, les compétences professionnelles, les abus d'alcool et de drogue, ou encore sur la violence familiale. Ces programmes peuvent les préparer en abordant des questions thérapeutiques générales comme le processus de groupe, la confidentialité, la confiance et la transparence et en les exposant à des stratégies particulières comme l'enregistrement vidéo. Les principes d'apprentissage tels que les comportements concurrents, le renforcement immédiat, la généralisation et les médiateurs cognitifs sont transférables d'un programme de traitement à un autre. Leur introduction anticipée peut donc réduire le temps nécessaire pour aborder ces questions aux premiers stades du processus de groupe. Toutefois, dans le cas des délinquants à risque moyen et faible, l'accès à des programmes d'appoint ne devrait pas passer avant le traitement spécialisé de la délinquance sexuelle.

Applications spéciales

Les femmes ne représentent qu'un très faible pourcentage (0,3 %) de la population totale des délinquants sexuels sous responsabilité fédérale du Canada et ne récidivent pas souvent (3,8 % sur 6 ans). Une récente étude de Kleinknecht, Williams et Nicholaichuk (1999) n'a retrouvé que 70 délinquantes sexuelles qui avaient purgé des peines de deux ans ou plus entre 1972 et 1998. Il y a cependant eu un accroissement de cette population dans les 30 dernières années. Au cours de la dernière décennie, l'adoption d'une définition élargie de l'agression sexuelle (toute forme de contact sexuel non consensuel) a entraîné un accroissement des poursuites intentées contre des femmes.

Atkinson (1995) estime que l'évaluation des délinquantes sexuelles peut se fonder sur l'auto-déclaration, les renseignements obtenus de tiers et les tests psychologiques, ainsi que sur des outils actuariels conçus pour prédire d'une façon générale les risques de récidive et de violence. Toutefois, l'application à des femmes de telles mesures spécifiquement conçues pour des hommes est d'une valeur douteuse. Les délinquantes sexuelles sont plus susceptibles que les hommes d'être des co-accusées; elles s'en prennent le plus souvent à des enfants de sexe féminin de leur propre famille (Mathews, Mathews & Speltz, 1993; McCarty, 1986; Syed & Williams, 1996), ce qui dénote des caractéristiques davantage axées sur les motivations que sur les infractions.

Kleinknecht et al. (1999), qui ont répertorié toutes les délinquantes sexuelles incarcérées depuis 1972, ont constaté que leurs principales caractéristiques correspondaient d'une façon générale à celles de l'ensemble des délinquantes. Elles ne sont pas très instruites, ont peu ou pas d'antécédents professionnels et sont souvent alcooliques ou toxicomanes. La majorité d'entre elles avaient également été elles-mêmes victimes de violence psychologique, physique et sexuelle. Beaucoup avaient une estime de soi diminuée, un manque d'assurance, des problèmes de relations et des troubles mentaux tels que la dépression, le syndrome de stress post-traumatique et des troubles de l'alimentation. Parmi celles qui avaient des antécédents criminels, la plupart avaient commis des infractions en cherchant à obtenir de l'argent pour se procurer de la drogue ou d'autres infractions associées à la drogue ou à la prostitution.

Dans le cas des récidivistes ayant des antécédents d'agression sexuelle sur des enfants ou des adultes qui ne font pas partie de la famille et qui décrivent des fantasmes déviants, le traitement devrait être axé sur le contrôle des fantasmes, la sensibilisation au traumatisme que subissent les victimes ainsi que sur le renforcement de l'estime de soi, les aptitudes sociales et la gestion de la colère et des pulsions. Dans beaucoup de cas, cependant, l'intervention est concentrée en premier sur les troubles mentaux, le rattrapage scolaire, les compétences professionnelles, la violence familiale et la toxicomanie. La détermination de l'enchaînement des comportements qui aboutit à la délinquance sexuelle est essentielle parce qu'elle permet des interventions plus adaptées avant que ne se produise une rechute. À l'heure actuelle, comme le nombre de délinquantes sexuelles détenues à chaque endroit est extrêmement bas, il est difficile de recourir à la thérapie de groupe. Par conséquent, lorsqu'une délinquante sexuelle a besoin d'un traitement particulier, il est probable qu'il s'agira d'une thérapie individualisée.

Les délinquants sexuels autochtones représentent 12 % des admissions dans les établissements fédéraux et 19 % des admissions dans les établissements provinciaux, alors que les Autochtones ne forment que 2,5 % de la population du Canada. En 1996, selon le Système de gestion des détenus, 17 % des délinquants sexuels sous responsabilité fédérale étaient des Autochtones et le plus fort pourcentage se trouvait dans la région des Prairies.

Entre 1995 et 1997, le Comité consultatif autochtone (SCC) et le Comité national sur la stratégie concernant les délinquants sexuels ont convenu d'assurer un traitement particulier aux détenus autochtones, comme l'impose la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (article 81). Les programmes destinés à ces délinquants visent à appliquer le modèle cognitivocomportemental dans un contexte spirituel approprié. À cette fin, on recourt dans la mesure du possible à des Aînés spirituels et à des animateurs autochtones. En outre, on donne plus d'importance à des aspects particuliers, comme les expériences vécues dans les pensionnats, l'abandon par les parents et l'alcoolisme. Dans les programmes décrits par Buller (1997) et par Ellerby et Stonechild (1998), on attribue à la «guérison» due aux enseignements, aux rituels et aux cérémonies autant de poids qu'aux modules faisant partie intégrante du traitement «occidental» : sensibilisation au traumatisme des victimes, développement d'aptitudes à la communication, gestion de la colère et des émotions, contrôle de l'excitation et des fantasmes déviants et stratégies de prévention de la rechute. Ces programmes ont des taux d'acceptation et de rétention élevés et suscitent en général des réactions positives. Des données préliminaires permettent de croire que les délinquants sexuels autochtones qui suivent cette forme de traitement ont des taux de récidive semblables à ceux des délinquants sexuels non autochtones.

CARACTÉRISTIQUES DU TRAITEMENT

Caractéristiques des thérapeutes

Les seuls éléments dont on dispose actuellement au sujet de l'influence des caractéristiques des thérapeutes qui s'occupent du traitement des délinquants sexuels proviennent de deux études réalisées en Angleterre par Beech et ses collaborateurs (Beech, 1999; Beech & Fordham, 1997). Ces chercheurs ont constaté, dans les programmes mis en œuvre en milieu tant communautaire que carcéral, que les thérapeutes qui traitent leurs clients avec respect, qui les stimulent tout en les appuyant et qui manifestent de l'empathie envers eux provoquent des changements de comportement de loin plus importants que ne le font les thérapeutes plus autoritaires, plus agressifs ou moins empathiques. L'importance des caractéristiques des thérapeutes ou de leur façon de procéder ne peut pas être négligée. Il semble pourtant que ce soit une caractéristique du traitement des délinquants sexuels à laquelle on ne s'intéresse pas encore assez. Le Service britannique des prisons et des chercheurs canadiens ont entrepris un projet conjoint destiné à étudier l'influence tant des comportements des thérapeutes que de la réceptivité des clients sur l'efficacité du traitement des délinquants sexuels (Marshall et al., 1999). Jusqu'ici, cette étude a démontré que certaines caractéristiques du thérapeute, qui peuvent être déterminées d'une manière sûre (Mulloy, Serran & Marshall, 1999), sont en corrélation avec des changements bénéfiques d'éléments visés du comportement, des pensées et des sentiments des clients (Fernandez et al., 1999).

Il importe de noter que la norme des thérapeutes est nécessairement liée à la façon dont les programmes de traitement fonctionnent. Si l'on considère que le traitement consiste en un ensemble d'éléments psycho-éducatifs et que le fonctionnement de chaque élément est prescrit en détail et doit être rigoureusement suivi, on peut facilement concevoir qu'un tel traitement soit administré par un personnel aux qualifications limitées, ce qui ne serait pas le cas d'un traitement axé sur la mise en œuvre de différents processus. L'administration de la seconde forme de traitement nécessite une plus grande compétence thérapeutique et de plus vastes connaissances psychologiques de base, particulièrement dans le cas du processus de groupe, qu'on ne peut s'attendre à trouver chez des responsables de l'administration pénitentiaire, même s'ils ont reçu une formation spécialisée.

Mode d'administration du traitement

La plupart des programmes de traitement des délinquants sexuels d'Amérique du Nord, de Grande-Bretagne, d'Australie et de Nouvelle-Zélande se basent sur le modèle cognitivo-comportemental comprenant des stratégies de prévention de la rechute. Les modèles de ce type se prêtent à la spécification des procédures de traitement. De fait, l'avènement de la thérapie du comportement (qui a précédé la thérapie cognitivo-comportementale) se caractérisait tant par le rejet de tout ce qui était identifié à la psychothérapie traditionnelle que par la détermination à adopter des méthodes scientifiques. Cette dernière caractéristique a donné lieu à un effort visant à spécifier des procédures et à un rejet correspondant -- quoique regrettable en rétrospective -- du souci du processus (c.-à-d., de la façon d'administrer le traitement, y compris les compétences du thérapeute et la participation efficace des clients). Ce n'est que récemment qu'on s'est préoccupé des variables de processus et de leur influence dans les publications cognitivo-comportementales (Schaap, Bennun, Schindler & Hoogduin, 1993).

Les décisions concernant l'influence du processus sur l'efficacité du traitement ont des effets directs sur les décisions relatives au mode d'administration du traitement. Le fait d'attribuer à celui-ci un caractère psycho-éducatif n'est pas nécessairement assimilable à l'adoption d'un modèle cognitivo-comportemental, même si cela n'exclut pas l'application d'une approche davantage axée sur le processus. La thérapie peut être cognitivo-comportementale et les procédures peuvent être généralement spécifiées même si l'on insiste quand même sur le processus. Une approche fondée sur des éléments psycho-éducatifs limite non seulement l'influence des caractéristiques du thérapeute et du processus de groupe, mais aussi la participation pleine et entière des clients ainsi que la possibilité des groupes ouverts ou à composition variable.

Les groupes ouverts permettent aux clients de suivre le programme à leur propre rythme : quand il y en a un qui finit, un autre le remplace. Cela signifie que ces groupes se composent, à tout moment, de clients qui peuvent en être à des stades différents du traitement. Cette façon de procéder exclut en pratique la possibilité d'appliquer le programme sous forme d'un ensemble d'éléments psycho-éducatifs et impose au thérapeute de se concentrer davantage sur le processus d'administration du traitement et sur les changements de comportement des clients. Ce mode de fonctionnement a des avantages. Par exemple, les listes d'attente sont plus flexibles et il est possible d'accueillir sans délai les clients qui ont besoin d'un traitement immédiat. De plus, dans ce concept de groupes ouverts, les participants les plus anciens peuvent aider les clients les plus récents puisqu'ils ont déjà franchi les premières étapes du programme. Cela aide le thérapeute à déterminer la mesure dans laquelle ces participants ont vraiment assimilé les questions abordées aux premières étapes. Enfin, les groupes ouverts permettent à chaque client de poursuivre le traitement jusqu'à ce qu'il ait atteint tous ses objectifs. Toutefois, les thérapeutes ne se sentent pas tous à l'aise dans la structure un peu relâchée des groupes ouverts, sans compter que, pour le moment, il n'existe pas d'éléments déterminants permettant de faire un choix clair entre les groupes ouverts et fermés. Il ne faut pas perdre de vue en outre qu'il est possible aux clients, dans les groupes ouverts, de passer un temps excessif en traitement, ce qui occasionne un gaspillage de ressources. Certains thérapeutes ont de la difficulté à laisser un client quitter un groupe ouvert tant qu'ils ne sont pas certains qu'il a presque atteint la perfection dans chaque domaine important. Ce facteur, qui s'ajoute à la réticence qu'ont les clients à quitter le groupe, peut souvent réduire considérablement le roulement des clients, ce qui, une fois de plus, représente un gaspillage de ressources.

Les groupes fermés, dans lesquels les clients commencent tous au même moment, abordent ensemble les mêmes éléments du programme et finissent en même temps, se prêtent beaucoup plus à une approche psycho-éducative guidée par un manuel de traitement détailé. Cette formule réduit clairement l'incertitude du thérapeute, garantit l'uniformité dans tous les milieux et peut mettre certains clients plus à l'aise. De plus, tous les clients finissent nécessairement dans un laps de temps raisonnable, même si certains doivent recommencer tout le programme quand on juge qu'ils ont besoin d'un traitement plus long. Les inconvénients des groupes fermés sont essentiellement les avantages inversés des groupes ouverts.

Il y a trois dimensions de la thérapie de groupe des délinquants sexuels qui peuvent varier : l'approche peut être psycho-éducative ou plus psychothérapeutique; elle peut comporter des éléments discrets dont les procédures sont spécifiées en détail, ou peut simplement avoir des objectifs déterminés et être plus ou moins axée sur le processus; ou les groupes peuvent être ouverts ou fermés. Il n'existe pas actuellement de conclusions probantes favorisant nettement l'un ou l'autre de ces choix. Il semble donc que les préférences du thérapeute constituent le facteur décisif à cet égard.

Niveau de traitement

Il est à la fois inutile et très coûteux d'offrir le même niveau de traitement à tous les délinquants sexuels. Même si cela semble évident, le SCC compte parmi les rares administrations pénitentiaires qui modulent l'intensité et la durée du traitement en fonction des besoins des clients. Le SCC s'efforce avec raison de faire correspondre les besoins des délinquants à l'intensité du traitement. Pour répondre aux besoins d'une population hétérogène de délinquants sexuels, Williams et al. (1996) ont élaboré une Stratégie nationale de traitement des délinquants sexuels sous la responsabilité du Service correctionnel du Canada. Cette stratégie se base sur l'évaluation spécialisée ainsi que sur l'évaluation initiale des délinquants sexuels pour déterminer le risque, le besoin et les facteurs de réceptivité de chacun. Des évaluations approfondies permettent de définir trois niveaux de besoin : élevé, moyen et faible.

Les délinquants à niveau de besoin élevé doivent consacrer plus de temps à chacun des objectifs de traitement pour atteindre un niveau de fonctionnement acceptable. De plus, ils ont presque toujours besoin de programmes complémentaires en sus du traitement spécifique pour délinquants sexuels (p. ex., aptitudes cognitives, vivre sans violence, toxicomanie). Les délinquants à niveau de besoin moyen doivent passer un peu moins de temps dans des programmes moins intensifs pour délinquants sexuels et peuvent résider dans des établissements d'un niveau de sécurité moindre. Ils nécessitent également moins de programmes complémentaires. Les délinquants à faible niveau de besoin nécessitent des programmes moins intensifs pour délinquants sexuels et un minimum de programmes complémentaires.

Pour préparer tous les délinquants sexuels incarcérés au traitement et pour faciliter leur placement dans des établissements d'un niveau de sécurité correspondant à leurs besoins, il convient de leur faire suivre le traitement préparatoire au Centre d'orientation. Depuis janvier 1997, il y a un tel Centre à l'établissement Millhaven en Ontario (Ontario Regional Induction Centre). Grâce à ce Centre, la plupart des délinquants à faible niveau de besoin ont pu être placés dans des établissements à sécurité minimale, tandis que les délinquants à niveau de besoin moyen et élevé étaient placés dans des établissements à sécurité moyenne pouvant mieux répondre à leurs besoins.

Parallèlement à la détermination de la l'intensité du traitement nécessaire aux différents délinquants, il faut établir leur niveau hebdomadaire optimal de participation au traitement. Selon Williams et al., les délinquants à besoin élevé devraient passer 6 à 8 mois en traitement et assister toutes les semaines à 5 séances de 3 heures. Il y a lieu de noter qu'il n'existe pas de preuve permet-tant de trancher cette question, mais il est possible qu'un tel programme soit excessif et peut-être nuisible. La participation des délinquants et des thérapeutes au traitement est une expérience exigeante sur le plan émotif : probablement à la quatrième et sûrement à la cinquième séance de la semaine, les deux sont au mieux fatigués et au pire exténués sur le plan émotif. En fait, s'ils ne l'étaient pas, on pourrait en conclure que le traitement ne suscite peut-être pas les réactions émotives qu'ont croit nécessaires pour enraciner, plus que d'une façon superficielle, les changements souhaités d'attitudes, de croyances, de perceptions et de comportements. Le traitement pourrait par conséquent se révéler plus efficace s'il était limité à 3 séances de 3 heures par semaine. Bien sûr, la durée totale pourrait être plus longue, mais il devrait être possible d'atteindre des niveaux de changement acceptables chez les délinquants à besoin élevé en l'espace de 6 à 8 mois. Dans le cas des délinquants à besoin moyen, Williams et al. recommandent 10 heures par semaine pendant 4 à 5 mois. Encore une fois, nous manquons de preuves à cet égard, mais l'expérience à l'établissement de Bath, en Ontario, porte à croire que 2 séances hebdomadaires de 3 heures pour 4 mois suffisent pour réaliser des gains satisfaisants. Dans le cas des délinquants à faible niveau de besoin, Williams et al. recommandent 5 heures par semaine pendant 8 à 12 semaines, ce qui semble satisfaisant. Ces durées ne concernent que les programmes spécifiques pour délinquants sexuels. Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, ceux-ci devraient participer à d'autres programmes pour remédier à d'autres caractéristiques problématiques de leur comportement.

Choix du moment

Beaucoup de délinquants sexuels doivent, après la fin du programme de traitement qui leur a été imposé, attendre des mois sinon des années avant d'être jugés prêts à réintégrer la société. Cela signifie qu'au moins la plupart des délinquants ayant un niveau de besoin moyen et élevé vont rester en prison pendant un certain temps après avoir terminé de façon satisfaisante leur programme de traitement. Pour certains, cette situation implique de suivre à nouveau le même programme ou un programme semblable. Dans le cas des délinquants à besoin élevé, cela devrait entraîner le passage à un programme conçu pour les besoins moyens, tandis que les délinquants à niveau de besoin moyen passeraient à un programme à sécurité minimale. Les programme d'entretien (souvent appelés à tort «programmes de prévention de la rechute») peuvent répondre aux besoins des délinquants qui ont fini leur traitement, mais qui ne peuvent pas passer au niveau suivant ou qui n'ont besoin que d'un programme d'entretien. Ces programmes devraient viser à produire des améliorations dans les domaines qui, d'après le rapport du programme précédent, avaient besoin de plus d'efforts et à préciser les plans de prévention de la rechute et les plans de mise en liberté. D'après Williams et al., une séance de 3 heures toutes les deux semaines devrait suffire, les délinquants continuant à suivre le traitement jusqu'à ce qu'il soit évident qu'ils n'en tirent plus aucun avantage.

OBJECTIFS DU TRAITEMENT

Williams et al. (1996) et Hanson et Harris (1998) ont décrit un certain nombre d'objectifs qu'un programme complet de traitement des délinquants sexuels devrait viser. Ils comprennent ce qui suit : distorsions cognitives, empathie et sensibilisation au préjudice subi par les victimes, fonctionnement social et relations, préférences sexuelles déviantes, ainsi que la connaissance de l'enchaînement des événements aboutissant aux comportements criminels et des méthodes de prévention efficaces. Ce dernier élément porte le nom de «prévention de la rechute» (Laws, 1989). Marshall et al. (1999) ont fait la distinction entre ce qu'ils appellent les objectifs de traitement «axés sur l'infraction» et les objectifs «reliés à l'infraction». Ces derniers comprennent, entre autres, la gestion de la colère, la toxicomanie, les aptitudes cognitives et la résolution des différends. Les objectifs liés à l'infraction sont déterminés sur une base individuelle lors de l'évaluation initiale et les délinquants sont orientés vers les programmes appropriés. Ces objectifs sont importants, mais comme les programmes offerts par le SCC permettent de s'en occuper, il n'est pas nécessaire de les inclure dans les programmes conçus pour les délinquants sexuels.

Distorsions cognitives

Les distorsions cognitives qui comportent les attitudes, les croyances et les perceptions, qui sont considérées comme d'importantes bases du comportement sexuel déviant, constituent des objectifs de traitement raisonnables (Ward et al., 1997). Hanson et Harris (1998) ont signalé que des attitudes stables qui justifient des crimes sexuels permettent de prédire la récidive sexuelle (r = 0,37). D'autres ont constaté que l'acceptation de la violence interpersonnelle, le conservatisme sexuel et l'hostilité envers les femmes sont reliés à l'accomplissement de la violence (Malamuth, Heavey & Linz, 1993; Marshall & Hambley, 1996).

Au départ, chaque délinquant est tenu de divulguer son ou ses infractions, c'est-à-dire de donner le détail de l'enchaînement des événements, des pensées et des sentiments qui l'ont mené à l'infraction et des actes qui lui sont reprochés. Le thérapeute interroge le délinquant pour obtenir plus de détails et fournit un modèle pour permettre aux autres membres du groupe de faire ressortir les distorsions évidentes, d'une façon ferme mais bienveillante. Le thérapeute devrait disposer d'une documentation officielle sur le crime pour pouvoir interroger le délinquant en connaissance de cause.

Stimulation de l'empathie

Marshall et Fernandez (2000) et Pithers (1994) ont décrit les procédures typiques utilisées pour stimuler l'empathie chez les délinquants sexuels. L'objectif dans ce cas est de sensibiliser les délinquants au mal qu'ils ont fait. Les données recueillies portent à croire que la majorité des délinquants sexuels ne sont pas en général dépourvus d'empathie, mais qu'ils réfrènent plutôt leur empathie envers leur victime. Par conséquent, le traitement consiste initialement à les aider à comprendre le mal que l'agression sexuelle cause en général aux victimes, puis à transférer cette compréhension à leur victime particulière. L'utilisation de matériel didactique, comme des films et des vidéos des victimes (réels ou simulés), faisant état de leur détresse et de leurs difficultés ou encore des déclarations des victimes encourage l'acceptation d'une perception plus exacte du mal découlant des actes commis. Le thérapeute demande ensuite à chaque délinquant soit de décrire le mal souffert par la victime soit d'écrire une lettre hypothétique que la victime lui aurait adressée pour parler de ce qu'il/elle ressent. En demandant au délinquant de recommencer sa lettre jusqu'à ce que le groupe convienne qu'elle reflète avec une précision raisonnable le préjudice probable causé, le thérapeute le sensibilise au mal qu'il a fait. Il pourrait ensuite lui demander d'écrire une réponse hypothétique à la victime l'informant qu'il assume la responsabilité de l'infraction, exprimant son regret pour le mal causé et reconnaissant la peine ressentie par la victime.

Fonctionnement social

Les lacunes en matière de relations interpersonnelles, de confiance en soi, d'assertivité et d'empathie sont considérées comme des facteurs criminogènes parce qu'elles influent sur l'aptitude du délinquant sexuel à établir et à entretenir les relations prosociales nécessaires pour surmonter l'isolement, la solitude et des relations mal adaptées qui peuvent l'amener à s'attaquer à une victime (Marshall, Anderson & Fernandez, 1999).

Marshall, Bryce, Hudson, Ward et Moth (1996) ont décrit des procédures destinées à améliorer le comportement dans l'intimité et à réduire la solitude émotive. Des facteurs tels que l'assertivité, la communication, l'attitude envers les autres, la jalousie, la sexualité humaine et la capacité d'être seul font l'objet de discussions en groupe et, s'il y a lieu, de jeux de rôles. Marshall et al. (1996) ont démontré que ces procédures permettent de donner aux délinquants sexuels les aptitudes nécessaires pour satisfaire leurs besoins d'intimité en milieu prosocial.

De même, les thérapeutes recourent à différentes tactiques pour stimuler la confiance en soi. Le contexte dans lequel la thérapie a lieu semble influer sur l'estime de soi que ressentent les délinquants sexuels. Il a été démontré que le rattrapage scolaire, l'intensification des contacts sociaux et les activités agréables programmées renforcent l'estime de soi (Marshall, Anderson & Champagne, 1996). Des procédures particulières conçues spécialement pour chaque délinquant peuvent aussi jouer un role important pour rehausser l'estime de soi. Il y a lieu de noter qu'une plus grande estime de soi facilite les changements dans tous les autres aspects du traitement (Marshall et al., 1997), y compris la réduction des préférences sexuelles déviantes (Marshall, 1997).

Préférences sexuelles déviantes

Les préférences sexuelles déviantes sont ordinairement associées à un risque accru de récidive (Hanson & Harris, 1998). À cause de cette association, l'excitation déviante est considérée comme un facteur criminogène.

La thérapie par aversion aux chocs électriques, très courante dans les années 1970 et encore utilisée dans certains programmes, a été délaissée par la plupart des cliniciens. Quinsey et Earls (1990) ont trouvé ce fait bizarre parce qu'aucun facteur empirique ne justifiait l'abandon de la thérapie aux chocs électriques. Le recours à cette technique pose cependant d'importants problèmes pratiques et éthiques, qui ont probablement joué un rôle déterminant dans ce cas. Par ailleurs, la thérapie par aversion olfactive est encore utilisée, mais les praticiens qui y recourent ne sont pas très nombreux. Elle consiste à associer une odeur nauséabonde aux fantaisies déviantes. Les chercheurs ne s'entendent pas sur l'efficacité pratique de ces procédures et sur les moyens de maintenir les fantaisies appropriées. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ces techniques ne constituent qu'un aspect d'un programme de traitement complet axé sur la restructuration cognitive, le renforcement des attitudes et des stratégies de prévention de la rechute. Dans la thérapie de sensibilisation cachée, on associe les images ou les fantaisies érotiques à des pensées ou des conséquences aversives.

Le reconditionnement masturbatoire amène le client à substituer des fantaisies sexuelles appropriées aux pensées déviantes durant la masturbation menant à un orgasme. Le traitement par satiété consiste à évoquer de façon répétée des images déviantes pendant la période réfractaire post-orgasmique, jusqu'à ce que le sujet parvienne à une réduction de l'excitation découlant de stimulus sexuels déviants.

En plus des méthodes comportementales exposées ci-dessus, différents médicaments ont été utilisés avec succès pour accroître le contrôle des tendances déviantes. Toutefois, ils ne constituent pas un traitement efficace en soi, mais un moyen d'appoint dans le cadre d'un programme complet de traitement cognitivocomportemental.

Prévention de la rechute

La prévention de la rechute constitue le cadre déterminant de la plupart des programmes de traitement des délinquants sexuels. Elle attribue non seulement la responsabilité au délinquant du comporte-ment reproché, mais elle situe ce comportement comme dernier chaînon d'une suite de comportements, dont certains peuvent paraître inoffensifs (Pithers, 1990). Cette suite peut comprendre de mauvais choix, de même que des comportements que Ward (1999) a qualifiés d'«automatiques». En aidant le délinquant à reconnaître les choix qui ont mené à l'infraction, on l'aide à trouver un ensemble plus adapté de méthodes prosociales lui permettant de faire face aux situations dites «à risque élevé».

En outre, divers facteurs de risque (p. ex., humeur dépressive, problèmes de relations, utilisation de substances intoxicantes) et situations risquées qui pourraient favoriser la récidive sont examinés. Le délinquant est alors tenu de dresser des plans pour éviter chaque facteur de risque ou pour l'affronter si nécessaire. Il est averti qu'il doit être vigilant une fois qu'il aura réintégré la société pour éviter de récidiver. Les plans de prévention de la rechute ont pour but de faciliter ce processus, de même qu'un ensemble de signaux d'avertissement émis par le délinquant, qui comprennent des caractéristiques tant internes qu'externes de son comportement indiquant qu'il revient aux schémas de comportement qui précèdent ordinairement une agression.

EFFICACITÉ DU TRAITEMENT

La détermination de la valeur du traitement revêt plusieurs aspects, même si la façon la plus courante de mesurer cette valeur dans le cas des délinquants sexuels consiste à évaluer la réduction du taux de récidive après l'élargissement. Bien que cet indice soit très important, il faut se rendre compte que, même s'il y a réduction de la récidive, un programme de traitement n'est pas très utile si peu de candidats y participent ou si la plupart l'abandonnent ou encore y restent sans changer de comportement. Par conséquent, le rejet du traitement, l'abandon du programme et l'absence de changement sont des indices pertinents de l'utilité d'un programme. On peut considérer que ces variables sont toutes des caractéristiques de la participation au traitement.

Participation

Abel, Mittleman, Becker, Rathner et Rouleau (1988) ont signalé que 34,9 % de leurs clients avaient décroché dans les trois premières semaines du traitement. L'une des principales raisons de ce taux élevé de décrochage était l'absence de motifs les incitant à poursuivre le traitement. Les motifs d'incitation qu'ont les clients du SCC (c.-à-d., probabilité moindre d'une libération conditionnelle pour défaut de participer utilement au traitement) pourraient donc expliquer le taux de décrochage relativement faible qui caractérise les programmes du SCC. Ces chercheurs ont également noté que la majorité des décrocheurs couraient un plus grand risque de récidive. Le programme d'évaluation de la Californie (Marques, 1984) a enregistré des taux élevés de refus. Chose curieuse, cependant, l'évaluation des résultats a révélé que le taux de récidive des délinquants qui avaient refusé le traitement n'était que très peu ou pas du tout supérieur à celui des délinquants qui s'étaient portés volontaires pour suivre le traitement.

Dans les établissements pénitentiaires canadiens, les délinquants sexuels savent bien que le refus de participer au traitement ou le retrait en cours de route entraînent le plus souvent le refus de la libération conditionnelle. Il n'est donc pas surprenant de constater que, dans les établissements du SCC, le nombre de délinquants sexuels qui refusent une offre de traitement, qui se retirent d'un programme ou qui ne manifestent pas un niveau raisonnable de réceptivité au traitement est relativement petit.

RÉSULTATS DU TRAITEMENT

L'évaluation des résultats revêt deux aspects. Dans le premier, on détermine si les participants ont atteint ou non les objectifs de traitement. À cette fin, on évalue les changements qui se sont produits dans les mesures pré-traitement et post-traitement du fonctionnement pour chacun des objectifs (ou des éléments) du traitement. Si un programme vise à renforcer l'estime de soi, à corriger des distorsions cognitives, à augmenter l'empathie, à améliorer les aptitudes sociales et les relations, à éliminer les préférences sexuelles déviantes et à engendrer des plans clairs de prévention des chaînes d'infractions et de rechute, alors les mesures de ces objectifs doivent refléter des changements. Même si cela est clairement vrai pour chaque participant, il faut également prouver que le programme dans son ensemble atteint ses objectifs.

Les thérapeutes doivent d'abord démontrer que les procédures et le processus qu'ils utilisent provoquent ordinairement les changements anticipés. Autrement, il serait injuste de tenir des délinquants responsables s'ils n'ont pas atteint les objectifs attendus. Une série d'études a montré que les procédures exposées ci-dessus produisent les changements souhaités de l'estime de soi, de l'empathie, de la dénégation, de la minimisation, de la solitude et de l'intimité. Par ailleurs, plusieurs études ont abouti à des conclusions plutôt pessimistes quant à l'efficacité générale des procédures visant à combattre les préférences sexuelles déviantes. Toutefois, certains rapports provisoires suggèrent que ces préférences peuvent changer sous l'effet d'autres caractéristiques d'un programme d'ensemble qui ne vise pas particulièrement ces préférences elles-mêmes (Marshall, 1997). Il faudra cependant reproduire les expériences sur lesquelles ces rapports se fondent avant d'aboutir à des conclusions fermes à ce sujet.

Études sur la récidive

L'une des difficultés auxquelles doivent faire face les chercheurs qui tentent d'évaluer l'efficacité des programmes de traitement réside dans le fait qu'à la base, le taux de récidive des délinquants sexuels est peu élevé. Comme Barbaree (1997) l'a signalé, ce faible taux de base accroît la probabilité de rejeter à tort l'hypothèse que le traitement a des effets bénéfiques, simplement parce que nous ne disposons pas de la puissance statistique nécessaire pour déceler les effets réels. Par ailleurs, Quinsey et ses collègues (1993) se sont inquiétés de la possibilité que nous puissions nous empresser de conclure qu'un traitement est efficace alors que des études bien conçues pourraient par la suite révéler qu'il n'en était rien. Jusqu'ici, on n'a pas réussi à trouver le meilleur moyen de régler ces problèmes.

Une solution possible à ce problème de faible taux de base consisterait à compter le nombre de victimes des récidivistes plutôt que la récidive elle-même. Ainsi, Marshall et Barbaree (1988) ont noté qu'en moyenne, les récidivistes sexuels ont chacun deux victimes. Si l'on adoptait le nombre de victimes comme indice d'échec, on doublerait le taux de base par rapport à la simple récidive, ce qui donnerait plus de latitude pour démontrer l'existence d'effet dus au traitement. Le nombre de victimes constitue en outre un indice ayant une plus grande signification sociale puisque la réduction du nombre d'innocents agressés par des délinquants sexuels constitue vraisemblablement le véritable objectif du traitement.

La déclaration de Quinsey et de ses collègues selon laquelle seule une étude à plan aléatoire peut démontrer l'efficacité (ou le manque d'efficacité) du traitement des délinquants sexuels correspond au souci de ne pas surestimer la valeur du traitement. Pour cela, il faudrait répartir au hasard les délinquants sexuels souhaitant participer au traitement entre deux groupes, dont l'un recevrait le traitement et l'autre pas. Comme Marshall (1993) ainsi que Marshall et Pithers (1994) l'ont noté, quand la libération conditionnelle dépend d'une participation satisfaisante au traitement (comme c'est le cas des délinquants sexuels dans les établissements du SCC), il est évident qu'aucun délinquant n'accepterait délibérément de se porter volontaire pour participer à une telle étude. Cela n'enlève rien à la valeur d'une étude du traitement idéal, mais il importe de signaler les restrictions pratiques qui s'opposent à la mise en œuvre d'une telle étude dans les établissements du SCC.

Par ailleurs, le Canada est l'un des rares pays du monde où il est possible de mener des études sur les résultats du traitement des délinquants sexuels, parce que toutes les personnes accusées ou déclarées coupables d'une infraction criminelle sont fichées dans notre base de données nationale (Centre d'information de la police canadienne). Il n'y a que quelques autres pays qui mettent à la disposition de leurs chercheurs des données aussi exactes et complètes sur la récidive (la Grande-Bretagne et la Nouvelle-Zélande semblent également avoir des bases de données semblables). Aux États-Unis, par suite des difficultés qu'il y a à accéder à des renseignements sur la récidive qui se produit en dehors des frontières de l'État où est administré chaque programme de traitement, la plupart sinon toutes les études des résultats des traitements souffrent d'importants défauts. Dans toutes les études américaines parues jusqu'ici, le taux de récidive est presque certainement incomplet. Par exemple, dans le rapport le plus récent de Marques (1998, communication personnelle) sur son évaluation des résultats du traitement de certains délinquants sexuels dans les prisons californiennes, seuls 6 % des auteurs de viol qui ont refusé le traitement sont identifiés comme récidivistes. À la lumière des données de récidive provenant d'autres pays, y compris le Canada, ce taux de base semble tellement bas qu'il en est absurde. Par conséquent, il est impossible de savoir si les données correspondantes présentées au sujet des groupes de volontaires traités et non traités reflètent vraiment des différences réelles entre les deux groupes.

Par suite de ces différents problèmes dont souffrent les études des résultats de traitement, nous avons décidé de nous limiter aux données des études réalisées au Canada ainsi que d'une étude néo-zélandaise. Le Tableau 17.2 présente les taux de récidive comparatifs tirés de ces études. Nous n'avons choisi, parmi ces dernières, que celles qui avaient un groupe témoin raisonnablement apparié de délinquants sexuels non traités et qui comportaient une évaluation statistique des différences entre les sujets traités et non traités. Les études ayant abouti à des résultats négatifs sont celles qui n'ont mis en lumière aucun avantage significatif du traitement, contrairement aux études ayant abouti à des résultats positifs, qui ont établi l'existence d'avantages statistiquement significatifs. Par exemple, dans l'étude du service de consultation externe de la Kingston Sexual Behaviour Clinic (KSBC), les délinquants non traités étaient ceux qui avaient avoué avoir commis l'infraction dont ils avaient été accusés et qui souhaitaient suivre un traitement, mais qui vivaient trop loin de la KSBC pour assister régulièrement aux séances de thérapie. Dans le cas des programmes en établissement, les échantillons de commodité se composent de délinquants sexuels non traités relevés dans les archives puis appariés aux membres traités de l'échantillon, sur la base de variables relatives aux antécédents d'agression sexuelle et aux caractéristiques démographiques. Le recours aux échantillons de commodité réduit la rigueur méthodologique des études, mais, compte tenu des restrictions pratiques notées précédemment au sujet des études idéales, nous croyons que cette façon de procéder fournit la meilleure base possible pour se prononcer sur l'efficacité du traitement. À cet égard, nous laissons au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions sur l'efficacité (ou le manque d'efficacité) du traitement des délinquants sexuels en examinant les données du Tableau 17.2 ou les rapports eux-mêmes dans leur version originale.

TABLEAU 17.2 Études sur les résultats du traitement

.
 
Traités*
Non traités
.
A. Études ayant abouti à des conclusions négatives
. Rice et al., 1991
38
31
. Hanson et al., 1993
44
38
. Marques (communication personnelle, mars 1998)
. Violeurs (volontaires)
11
18
. Violeurs (non volontaires)
6
. Agresseurs d'enfants (volontaires)
11
13
. Agresseurs d'enfants (non volontaires)
15
.
B. Études ayant abouti à des conclusions positives
. Marshall & Barbaree, 1988**
. Agresseurs d'enfants
. Victimes de sexe féminin
18
43
. Victimes de sexe masculin
13
43
. Auteurs d'actes incestueux
8
22
. Looman et al., 1998
. Avant 1989 (infractions les plus graves)
28
52
. Après 1989 (infractions les moins graves)
7
25
. Nicholaichuk et al., 1998
. Violeurs
14
42
. Agresseurs d'enfants
18
62
. Bakker et al., 1998
. Agresseurs d'enfants
8
21
. Proulx et al., 1998
. Agresseurs d'enfants
6
33
. Violeurs
39
71
.
*
Tous les chiffres représentent des taux de récidive sexuelle arrondis à l'unité la plus proche.
** Toutes les données des études de Marshall sont tirées de dossiers combinés officiels et non officiels.
. . . . .
.
.

 

Comme on pourra le constater à l'examen du Tableau 17.2, certains rapports signalent des échecs, mais la majorité font état du succès des traitements. Marshall, Anderson et Fernandez (1999) présentent des analyses détaillées de ce qu'ils considèrent comme de graves inconvénients des programmes qui n'ont pas produit de résultats positifs. Il y a lieu de noter que jusqu'ici, la plupart des chercheurs se sont surtout préoccupés des caractéristiques des clients ainsi que du contenu, de la durée et de l'intensité du traitement en essayant d'expliquer les raisons pour lesquelles certains programmes sont efficaces, tandis que d'autres ne le sont pas. Les caractéristiques ou le comportement des thérapeutes, leurs relations avec les clients et la participation de ceux-ci au processus de traitement ont été complètement négligés comme facteurs potentiels pouvant influer sur l'efficacité du traitement des délinquants sexuels. Il s'agit pourtant d'éléments importants sur lesquels les chercheurs devraient d'urgence porter leur attention.

Dans une certaine mesure, il est incomplet de déterminer les avantages du traitement uniquement en fonction de la réduction du nombre de futures victimes. Bien sûr, cela devrait constituer notre principal souci, mais nous devons en même temps faire preuve de responsabilité sur le plan financier. Autrement dit, il pourrait être possible d'administrer un traitement efficace, dont le coût irait au-delà de ce que la société est disposée à payer en contrepartie des avantages de tels programmes. C'est particulièrement le cas si la réduction de la récidive est statistiquement significative, mais pas particulièrement remarquable.

Même si, dans l'ensemble, les données actuelement disponibles ne démontrent pas d'une façon assez convaincante pour tous les lecteurs les avantages du traitement des délinquants sexuels, nous avons tendance à croire que, pour le moins, ces données suscitent l'optimisme quant à la valeur du traitement.


1 Queen's University, Department of Psychology

2 Service correctionnel du Canada


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