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Compendium 2000 des programmes correctionnels efficaces

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CHAPITRE 20

Les pratiques correctionnelles qui sont efficaces auprès des délinquantes

KELLEY BLANCHETTE1


Jusqu'à récemment, on ne savait pas vraiment en quoi consistaient les services correctionnels efficaces pour les femmes. Compte tenu de l'absence de travaux de recherche pouvant guider les stratégies d'intervention, on offrait aux délinquantes des «mesures correctionnelles pensées après coup». Par conséquent, les services correctionnels qui leur étaient destinés étaient manifestement de moins bonne qualité, moins variés et moins nombreux que ceux qui étaient offerts aux hommes (Ross & Fabiano, 1985). Encore aujourd'hui, certains auteurs font remarquer que les établissements qui accueillent les délinquantes et les services qu'on leur offre dérivent des modèles des services correctionnels destinés aux hommes (Chesney-Lind, 1997; Garcia-Coll, Miller, Fields & Mathews, 1997).

Le système correctionnel fédéral s'est penché sur ce problème. Au Canada, la dernière décennie a vu naître une nouvelle philosophie des services correctionnels destinés aux femmes. En bref, cette nouvelle philosophie établit des normes de pratique qui sont fondées sur des travaux de recherche axés sur la situation particulière des délinquantes. De plus, on a modifié pratiquement tous les aspects du processus correctionnel post-sentenciel pour les adapter aux besoins des femmes et à leurs capacités. Mentionnons entre autres comme changements, la décentralisation et la restructuration du milieu correctionnel (Politiques et services en construction, 1992), et la création d'une stratégie des programmes distincte pour les femmes (Programme des femmes purgeant une peine fédérale, 1994; Bureau de la Sous-commissaire pour les femmes, 2000).

Les conséquences de cette «nouvelle philosophie» seront examinées plus en détail tout au long de ce chapitre. Nous présenterons d'abord un bref historique des services correctionnels destinées aux femmes dans le système fédéral canadien. Nous analyserons ensuite les questions se rapportant à l'évaluation des délinquantes ainsi que les caractéristiques des programmes efficaces pour les femmes, en nous concentrant explicitement sur les principes du risque, des besoins et de la réceptivité. Enfin, nous terminerons par une très brève analyse des facteurs qui sont particulièrement importants pour l'évaluation des programmes correctionnels destinés aux femmes.

Bien que les connaissances sur les services correctionnels efficaces destinés aux délinquantes ne soient pas encore aussi étendues que celles que nous possédons sur les délinquants, les chercheurs et les praticiens ont travaillé assidûment pour combler cette lacune. Bref, l'image des «mesures pensées après coup» pour les délinquantes se dissipe lentement. Les connaissances fondées sur la recherche à propos de ce qui constitue des pratiques correctionnelles efficaces auprès des délinquantes commencent à s'accumuler, et elles constituent le fondement du présent chapitre.

ÉVOLUTION DES SERVICES CORRECTIONNELS OFFERTS AUX FEMMES AU CANADA

Le premier établissement correctionnel fédéral canadien pour femmes, la Prison des femmes, a ouvert ses portes en 1934, à Kingston, en Ontario. Moins de quatre ans après son ouverture, la Commission Archambault a été la première de nombreuses commissions à en recommander la fermeture (Arbour, 1996; Vachon, 1994). On a critiqué cet établissement à de nombreuses reprises pour de multiples raisons : mesures de sécurité trop sévères, programmes mal adaptés aux femmes, incapacité de répondre aux besoins des femmes autochtones et des femmes francophones. Entre 1938 et 1990, au moins quinze rapports du gouvernement ont fait état de graves lacunes dans les services offerts aux délinquantes (Arbour, 1996). La Prison des femmes était la seule prison fédérale pour les délinquantes.2 Cette situation était à l'origine de nombreuses préoccupations; un grand nombre de femmes purgeant une peine fédérale étaient isolées de leur famille et de leur réseau de soutien social, et elles avaient donc plus de difficulté à se préparer pour leur mise en liberté et leur réinsertion dans la collectivité. Malgré ces préoccupations, la Prison des femmes est demeurée le seul établissement correctionnel fédéral canadien pour les femmes pendant plus d'un demi-siècle. La dernière délinquante a été transférée de la Prison en mai, et l'établissement a fermé officiellement ses portes le 6 juillet 2000.

Heureusement, les pratiques correctionnelles utilisées avec les délinquantes ont changé considérablement au cours de la dernière décennie. Les progrès qui ont été accomplis peuvent être attribués en grande partie aux recommandations formulées par le Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale (1990). On a constitué ce groupe d'étude à la fin des années 1980 pour qu'il se penche sur les préoccupations de longue date à propos du traitement inéquitable des délinquantes. Son mandat était d'élaborer une stratégie globale pour la gestion des femmes purgeant une peine fédérale.

La recherche et les consultations entreprises par le Groupe d'étude ont été principalement de nature qualitative; on a procédé à des sondages auprès du personnel et des délinquantes et on a fait un examen approfondi de la documentation sur le sujet. C'était la première fois dans l'histoire du Service correctionnel du Canada (SCC) que, pour l'élaboration d'orientations stratégiques, on accordait autant d'importance à ce que les délinquantes avaient à dire (Stableforth, 1999). Le Groupe d'étude a publié son rapport, La création de choix, en 1990. On y présentait une nouvelle définition des services correctionnels efficaces pour les délinquantes, définition qu'on avait établie après avoir consulté un grand nombre de praticiens du domaine correctionnel et d'organismes gouverne-mentaux et non gouvernementaux. La création de choix a été et est encore considérée comme une étape décisive dans l'adoption d'une approche axée sur les femmes dans le secteur correctionnel.

Se fondant sur cinq grands principes, le Groupe d'étude a proposé une approche holistique pour les services correctionnels destinés aux femmes :

  • pouvoir contrôler sa vie,
  • choix valables et responsables,
  • respect et dignité,
  • environnement de soutien,
  • responsabilité partagée.

Ces principes ont mené à la formulation de recommandations visant à remplacer la Prison des femmes par quatre établissements régionaux et un pavillon de ressourcement pour les délinquantes autochtones. Le Groupe d'étude a recommandé que ces établissements soient aménagés et gérés selon un modèle de vie communautaire : les délinquantes seraient logées dans des maisons et auraient la responsabilité de la préparation des repas, de la lessive et de l'entretien ménager, et de leurs périodes de loisirs. Le Groupe d'étude a aussi demandé qu'on conçoive des interventions adaptées aux femmes, notamment des traitements pour les femmes ayant été victimes de violence et un programme mère-enfant. Enfin, il a fortement suggéré qu'on mette en place une stratégie efficace pour les services correctionnels communautaires et qu'on augmente les ressources et les réseaux de soutien.

Bien que certains dissidents maintiennent que le SCC a mal interprété les recommandations du Groupe d'étude (par exemple, Hannah-Moffat, 1995), d'autres sont d'avis que le Service a mis en place un concept fondamentalement distinct de services correctionnels efficaces pour les délinquantes (Stableforth, 1999). Conformément aux propositions du Groupe d'étude, le SCC a ouvert cinq nouveaux établissements pour les femmes purgeant une peine fédérale, tel que mentionné plus haut.

En accord avec les recommandations du Groupe d'étude, on a modifié les opérations et les programmes, tant au sein des établissements que dans la collectivité. La création d'une Stratégie des programmes à l'intention des délinquantes (Programme des femmes purgeant une peine fédérale, 1994; Bureau de la Sous-commissaire pour les femmes, 2000), en particulier, a permis aux délinquantes de suivre des programmes conçus expressément pour répondre à leurs besoins et à leurs modes d'apprentissage. Ainsi, on a instauré dans chaque établissement régional un programme mère-enfant, qui permet aux jeunes enfants d'habiter avec leur mère à temps plein, et aux enfants plus âgés de venir passer des périodes de temps avec elle. Reconnaissant les besoins diversifiés des délinquantes dans le domaine de la santé mentale, on a mis en place une Stratégie en matière de santé mentale axée sur les femmes (Laishes, 1997). En outre, à la fin de 1999, on a adopté une Stratégie d'intervention intensive (SII). Cette stratégie comprend plusieurs volets qui visent à améliorer la sécurité du public et la prestation des services aux délinquantes à sécurité maximale et aux femmes qui ont des besoins spéciaux, tout en mettant l'accent sur les interventions, les programmes et les traitements intensifs.

On a établi une Stratégie communautaire à l'intention des femmes en liberté sous condition (Secteur des délinquantes, 1998). Cette stratégie prévoit différentes solutions pour loger les délinquantes dans la collectivité après leur mise en liberté : centres correctionnels communautaires, centres résidentiels communautaires, appartements satellites, placements dans une maison privée, centres de jour où les délinquantes sont tenues de se présenter. Jusqu'à présent, la stratégie est appliquée avec succès au niveau régional.

La recherche est la pierre angulaire des progrès qui ont été réalisés dans le système correctionnel fédéral canadien pour les femmes. Heureusement, on s'aperçoit de plus en plus qu'il importe de tenir compte des particularités des femmes. Les enquêteurs admettent qu'il est important d'utiliser plusieurs méthodes pour la collecte et l'analyse des données. Bien qu'on reconnaisse toujours la valeur de la recherche empirique, il est également nécessaire, dans le contexte des services correctionnels destinés aux délinquantes, d'effectuer des études qualitatives et de tenir compte des opinions des délinquantes et du personnel. De plus, le Service consulte régulièrement des partenaires de la collectivité, des groupes de défense des droits et des spécialistes de l'extérieur dans le domaine des délinquantes. Par conséquent, les études sur les délinquantes sont de plus en plus nombreuses et fondées sur des principes plus féministes.

Dans le domaine de l'évaluation des programmes correctionnels, les chercheurs sont plus sensibles aux limites méthodologiques communes à la plupart des études sur les délinquantes. Parmi les problèmes, mentionnons la population faible et dispersée des femmes purgeant une peine fédérale et l'absence d'une théorie des programmes adaptée aux femmes. On peut cependant atténuer les effets de ce genre de problèmes en tenant compte du contexte et des opinions des participantes, en utilisant plusieurs méthodes différentes, et en se penchant sur des questions de structure et d'environnement, comme le soutien à la gestion des programmes.

Dans le domaine des outils statistiques, la recherche est de plus en plus adaptée au sexe des participants. On reconnaît aujourd'hui qu'il est important d'avoir des échantillons composés uniquement de délinquantes pour concevoir des instruments de classement distincts et particuliers pour les femmes. Bien que ces efforts exigent des ressources considérables, ils s'avèrent essentiels si l'on veut offrir un traitement équitable aux les femmes qui ont des démêlés avec la justice.

Au cours de la dernière décennie, le Service a fait des progrès considérables dans le traitement des femmes purgeant une peine fédérale. L'environnement correctionnel a changé sur les plans de la structure et des principes. On offre maintenant des programmes innovateurs axés sur les femmes et on utilise de nouveles méthodes de recherche pour évaluer ces programmes. De même, on s'efforce de concevoir de nouveaux outils statistiques qui tiennent compte des caractéristiques propres aux délinquantes.

On reconnaît toutefois que les paramètres des pratiques correctionnelles efficaces auprès des délinquantes ne sont pas encore extrêmement bien définis, et les chercheurs continuent de se pencher sur la question. Les études prospectives démontreront avec plus de certitude en quoi consistent les «pratiques correctionnelles efficaces» destinées aux délinquantes, tout en reconnaissant l'hétérogénéité de ce groupe.

PROGRAMMES CORRECTIONNELS EFFICACES POUR LES FEMMES

Bien qu'on ait porté plus d'attention, récemment, aux questions liées aux délinquantes, certains prétendent qu'on «[traduction] ne sait encore que peu de choses sur les éléments de programme qui donnent des résultats positifs comme l'indépendance économique et sociale, la réunion des familes et la réduction des démêlés avec le système de justice pénale» (Koons, Burrow, Morash & Bynum, 1997, p. 513). Peut-être parce que la très grande majorité des délinquants sont des hommes, les services destinés aux délinquantes ont toujours été modelés sur les services offerts aux hommes. En conséquence, les chercheurs qui se sont penchés sur la capacité des programmes de répondre aux besoins des délinquantes ont conclu que les traitements pour les femmes étaient à la fois inappropriés et trop peu nombreux (Dauvergne-Latimer, 1995; Gray, Mays & Stohr, 1995; Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale, 1990). Il importe cependant de souligner que les études de programmes effectuées après la mise en application complète du modèle de services correctionnels axé sur les femmes du SCC sont plus encourageantes (Blanchette & Eldjupovic-Guzina, 1998; Dowden & Blanchette, 1999).

Les études sur les interventions correctionnelles adaptées aux femmes sont essentielles car la loi du Canada exige qu'il y ait des programmes distincts pour les délinquantes. L'article 77 de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC; 1992) stipule que le Service correctionnel du Canada doit notamment, en ce qui concerne les délinquantes, leur offrir des programmes adaptés à leurs besoins spécifiques et consulter régulièrement, à cet égard, les organisations féminines compétentes ainsi que toute personne ou groupe ayant la compétence et l'expérience appropriées.

Dans le rapport de la Commission d'enquête sur certains événements survenus à la Prison des femmes (1996), madame la juge Arbour a également souligné que les femmes avaient des besoins variés en matière de traitement et que le Service se devait de répondre à ces besoins. Le rapport de la Commission d'enquête a ravivé la volonté d'adhérer plus rigoureusement aux idées exprimées dans La création de choix.

Les programmes correctionnels destinés aux délinquantes ne sont donc plus seulement «adaptés aux femmes», mais bien «axés sur les femmes». Bien que cette nouvelle approche soit plus acceptable pour les féministes, Bloom (1998) a fait remarquer pertinemment «[traduction] qu'il est souvent difici le de comprendre comment les services eficaces qui sont axés sur les femmes difèrent des services eficaces en général» (p. 32). Des résultats d'études laissent croire que les principes fondamentaux des interventions qui s'avèrent efficaces auprès des hommes s'appliquent également aux femmes (Dowden & Andrews, 1999). Par ailleurs, d'autres résultats donnent à penser qu'il faudrait appliquer des paramètres additionnels ou particuliers pour optimiser les traitements correctionnels destinés aux femmes (Austin, Bloom & Donahue, 1992; Bloom, 1998; Covington, 1998a, 1998b; Doherty, 1998). Ainsi, lorsqu'on parle de pratiques efficaces auprès des délinquantes, il faut tenir compte des éléments qui sont semblables à ceux des traitements offerts aux hommes, ainsi que des éléments qui sont propres aux femmes et qui s'ajoutent au modèle régulier des traitements donnés aux hommes.

Évaluation

Pour apparier les besoins des femmes aux ressources de traitement, il faut procéder à une évaluation individualisée. Au Canada, cette évaluation est effectuée au moment de l'admission, dans le cadre du processus d'Évaluation initiale des délinquants (EID) (Motiuk, 1997). L'EID est un processus intégré qui fait appel à plusieurs méthodes. On l'a conçue dans l'intention de disposer d'un outil d'évaluation pragmatique, d'utilisation facile, ayant une bonne validité prédictive. En outre, le processus d'évaluation repose sur plusieurs méthodes, ce qui permet d'obtenir des données qualitatives et des données quantitatives (Motiuk & Blanchette, 1998). Par conséquent, le processus d'EID peut être utilisé avec diverses populations de délinquants.3 Les renseignements qu'on obtient grâce à ce processus sont entrés dans un système informatisé (Système de gestion des détenus, SGD) et alimentent la base de données électronique sur l'ensemble de la population carcérale sous responsabilité fédérale. L'EID fournit donc à la fois des renseignements individuels et des renseignements globaux (p. ex., le profil de la population d'un établissement).

Pour offrir des programmes correctionnels efficaces, il est nécessaire de faire des évaluations de groupe et des évaluations individuelles. En conséquence, la plupart des chercheurs du domaine correctionnel s'entendent sur le fait que les traitements correctionnels efficaces sont liés aux principes du risque, des besoins et de la réceptivité. Bien qu'il y ait une bonne quantité de preuves empiriques qui appuient ces principes (Andrews, Zinger et al., 1990; Andrews & Bonta, 1998; voir aussi Andrews, chapitre 2 dans ce Compendium), ces preuves sont fondées en grande partie sur des échantillons de délinquants de sexe masculin. Par conséquent, certains auteurs doutent qu'elles puissent s'appliquer aussi aux femmes (Hannah-Moffat, 1999; Hannah-Moffat & Shaw, 2000; Kendall, 1998).

Principe du risque

Selon le principe du risque, le traitement doit être fonction du niveau de risque que présente un délinquant. Il faut donc offrir des services intensifs aux délinquants qui présentent le risque le plus élevé, alors que les délinquants à faible risque s'en tirent mieux avec des interventions minimales ou sans intervention. Comme nous l'avons mentionné, bien qu'il y ait une abondance de preuves empiriques qui appuient le principe du risque (Andrews, 1989; Andrews & Bonta, 1998; Andrews, Bonta & Hoge, 1990; Andrews, Zinger et al., 1990), les travaux sont fondés presque entièrement sur des échantillons de délinquants. En conséquence, certains auteurs prétendent que le concept du risque dépend du sexe et de la race et qu'on ne devrait pas l'appliquer à des groupes minoritaires (Hannah-Moffat, 1999).

Dans une méta-analyse4 effectuée récemment par Dowden et Andrews (1999), les auteurs ont examiné la validité du principe du risque chez les délinquantes. Les études examinées répondaient aux critères suivants :

  • elles portaient en majorité ou entièrement sur des femmes,
  • elles comportaient une période de suivi,
  • elles comparaient des délinquants qui avaient reçu un traitement à un groupe témoin qui n'avait pas été soumis à des interventions,
  • elles renfermaient une mesure de la récidive (nouvelle condamnation, nouvelle arrestation, échec de la libération conditionnelle).

Dowden et Andrews ont examiné le principe du risque en codant les études selon qu'elles traitaient des délinquantes à risque élevé ou à faible risque. Les groupes de traitement étaient classés à risque élevé «[traduction] si la majorité des parti cipa ntes de l'étude étaient déjà dans le système de justice au moment de l'étude ou avaient déjà commis une infraction pénale» (p. 442). Par ailleurs, les groupes de traitement composés de personnes n'ayant commis aucune infraction pénale ou ayant fait l'objet d'une mesure de déjudiciarisation étaient classés à faible risque.

Les résultats ont révélé que les services de traitement étaient plus efficaces avec les délinquants à risque élevé. Les données (45 ampleurs de l'effet) ont montré qu'il y a eu une réduction de la récidive de 19 % pour les groupes à risque élevé, mais que le traitement n'a eu aucun effet chez les groupes à faible risque. De plus, lorsque les auteurs ont examiné les études qui portaient sur des groupes composés exclusivement de femmes (plutôt que d'une majorité de femmes), cet effet était encore plus prononcé, et ils ont observé une réduction de la récidive de 24 % dans le groupe à risque élevé. Les auteurs ont donc conclu que ces données appuient l'importance du principe du risque pour les interventions efficaces auprès des délinquantes.

Bien que l'étude de Dowden et Andrews nous apporte des éclaircissements sur l'application du principe du risque aux femmes, il faut aussi mentionner certaines limites. Rappelons que le principe du risque consiste à apparier le niveau de service au niveau de risque. Toutefois, Dowden et Andrews n'ont pas tenu compte de tous les éléments dans leur méta-analyse, puisqu'ils n'ont pas parlé de l'ampleur du traitement. Ils ont simplement comparé la réduction de la récidive entre les groupes ayant reçu un traitement et les groupes n'ayant pas été traités. De plus, on peut remettre en question le classement des études selon deux catégories : risque élevé et faible risque. Les personnes étant déjà impliquées dans le système de justice pénale (groupes à risque élevé) sont beaucoup plus susceptibles de connaître une réduction de la récidive que les personnes présentant un faible risque parce qu'elles ont un taux d'infraction de base plus élevé au départ.

Soulignons toutefois que le classement des délinquantes dans des groupes «à risque élevé» et «à faible risque» continuera de présenter des difficultés dans les études prospectives. Les outils de classement selon le risque, qui sont conçus en fonction d'échantillons composés d'hommes, perdent de leur validité et de leur fiabilité lorsqu'on les applique à des femmes (Blanchette, 1996; Bonta, Pang & Wallace-Capretta, 1995; Hann & Harman, 1989; Salekin, Rogers & Sewell, 1997).

Le principal instrument d'évaluation du risque qu'utilise le SCC avant la mise en liberté est l'Échelle d'information statistique sur la récidive (Échelle d'ISR) (Nuffield, 1982). On l'utilise principalement pour la prise de décision en matière de libération conditionnelle au Canada. Le score obtenu sur l'Échelle d'ISR donne une estimation des probabilités qu'un individu récidive dans les trois ans qui suivent sa mise en liberté. On obtient ce score en additionnant simplement les scores associés aux 15 éléments; le score total peut aller de -30 (risque très élevé) à +27 (risque très faible). On a montré que les scores de l'Échelle d'ISR permettent de prévoir de façon exacte l'issue de la mise en liberté chez les délinquants non autochtones de sexe masculin (Hann & Harman, 1988; Motiuk & Porporino, 1989). Bien que des études donnent à penser que l'Échelle d'ISR permet de prévoir dans une certaine mesure le risque de récidive lié à la mise en liberté chez les femmes, sa capacité de prévision est beaucoup moins grande que pour les hommes (Blanchette, 1996; Bonta et al., 1995; Hann & Harman, 1989). Compte tenu de ces résultats, on n'a pas recours à l'Échelle d'ISR actuellement pour évaluer le risque chez les délinquantes.

Dans le cadre de l'évaluation du risque que présentent les délinquants, on évalue systématiquement la «psychopathie». La psychopathie désigne de nombreux traits affectifs, inter-personnels et comportementaux associés à une absence marquée de compassion et à un manque d'intégrité personnelle. L'Échelle de psychopathie révisée (PCL-R; Hare, 1991) est actuellement l'outil de mesure le plus généralement accepté. Elle consiste en 20 éléments qui sont cotés sur une échelle de trois points en fonction d'une entrevue semi-dirigée avec le délinquant et des renseignements tirés des dossiers de l'établissement. On fait une addition pour obtenir un score total et les scores de deux sous-échelles. La première sous-échelle (facteur 1) se rapporte à des caractéristiques interpersonnelles et affectives, et est associée à l'insensibilité, à l'égoïsme et à l'absence de remords. La deuxième sous-échelle (facteur 2) se rapporte à des caractéristiques de comportement qui sont le signe «d'un mode de vie instable et antisocial chronique».

Les scores moyens obtenus par des échantillons de femmes sont généralement plus faibles que ceux des échantillons d'hommes. La prévalence de la psychopathie chez les délinquantes, selon le score obtenu sur la PCL-R dans cinq études, se situe entre 11 % et à 31 % (Mailloux, 1999), le taux moyen étant de 16 % (Salekin et al., 1997). Habituellement, le taux de prévalence dans les échantillons d'hommes s'étend de 25 % à 30 % (Hare, 1991), bien qu'on ait déjà obtenu comme résultat une proportion de 11 % (Simourd & Hoge, 2000).

Le concept de la psychopathie a été élaboré et défini en grande partie selon les caractéristiques d'échantillons composés de délinquants de sexe masculin. La recherche sur l'utilisation de la PCL-R avec des délinquantes a montré qu'il existe certaines différences dues au sexe dans la structure des facteurs, l'écart étant plus apparent dans les questions du facteur 2 (comportement) (Salekin et al., 1997). En outre, on a remis en question la possibilité d'appliquer aux femmes certains éléments de l'Échelle, comme le sens exagéré de sa propre valeur, le refus d'accepter la responsabilité de ses actes, la révocation de la mise en liberté sous condition, et la délinquance juvénile (Salekin, Rogers, Ustad & Sewell, 1998).

Jusqu'à présent, seulement deux études publiées ont examiné l'utilité prédictive de la PCL-R avec les délinquantes. Les résultats de l'une de ces études ont révélé que cette Échelle constitue un prédicteur relativement faible de la récidive chez les délinquantes (Salekin et al., 1998). Par ailleurs, après avoir étudié un échantillon de 80 femmes mises en liberté, Loucks et Zamble (1999) prétendent que «[traduction] la psychopathie est aussi importante pour la prévision de la récidive générale chez les femmes ayant commis une infraction grave que chez les hommes dans la même situation» (p. 28). Dans l'ensemble, la recherche donne à penser qu'il n'y a pas encore suffisamment de preuves pour appuyer l'utilisation de la PCL-R pour l'évaluation clinique du risque chez les délinquantes.

Pour évaluer le risque que présentent les délinquants, on a aussi recours à l'Inventaire du niveau de service révisé (INS-R; Andrews & Bonta, 1995). Fondé sur la théorie de l'apprentissage social, l'INS-R consiste en 54 éléments qui mesurent les domaines suivants de risque et de besoins : antécédents criminels, instruction et emploi, aspect financier, vie familiale et conjugale, logement, loisirs, fréquentations, problèmes d'alcool ou de drogue, vie personnelle et affective, attitudes. L'évaluation est faite au moyen d'une entrevue semi-dirigée avec les délinquants et de l'examen des dossiers des établissements. On attribue à chaque réponse un score de 1 ou 0, selon qu'il existe ou non un facteur de risque ou de besoin. On additionne ensuite tous les scores pour obtenir un score composite; un score élevé indique un risque élevé de récidive et la nécessité d'appliquer des interventions correctionnelles.

L'INS-R est probablement l'outil d'évaluation du risque qui a fait l'objet du plus grand nombre d'études en Amérique du Nord. L'Inventaire original (Andrews, 1982) a été conçu à l'aide d'un échantillon composé en grande partie de délinquants de sexe masculin. Cependant, on a établi les normes en fonction d'un grand échantillon composé d'hommes et de femmes (n = 1 414 femmes) (Andrews & Bonta, 1995). De plus, un nombre croissant de preuves empiriques montrent l'exactitude prédictive de l'INS-R chez les délinquantes (Coulson, Ilacqua, Nutbrown, Giulekas & Cudjoe, 1996; Gendreau, Goggin & Smith, 1999; Rettinger, 1998; McConnell, 1996).

Les études qui appuient l'utilité prédictive de l'INS-R (et de son prédécesseur, l'INS) sont fondées principalement sur des échantillons de délinquants et de probationnaires sous responsabilité provinciale. Une étude portant sur un échantillon de délinquants sous responsabilité fédérale a révélé que l'INS possédait de bonnes propriétés psychométriques (Loza & Simourd, 1994). Avec un échantillon de 161 délinquants de sexe masculin, les auteurs ont constaté que l'INS possédait des propriétés psychométriques acceptables et montrait une validité convergente avec des outils de mesure de facteurs criminogènes pertinents (Échelle d'ISR, PCL-R). Par ailleurs, bien que les résultats de cette étude nous permettent de justifier l'utilisation de l'INS avec les délinquants sous responsabilité fédérale, en raison de ses propriétés psycho-métriques, l'utilité de cet outil en tant que mesure de prévision du risque pour cette population n'a pas été examinée.

Jusqu'à présent, aucune étude sur l'efficacité de l'INS ou de l'INS-R avec les délinquantes sous responsabilité fédérale n'a été publiée. Dans un ouvrage non publié, McConnell (1996) a vérifié la valeur prédictive de l'INS auprès d'un échantillon (n = 50) de femmes purgeant une peine fédérale. L'auteure a consulté les dossiers des délinquantes afin de calculer un score rétroactivement et a défini la récidive comme une condamnation pour une infraction commise dans les trois ans suivant la mise en liberté. Même si le score total expliquait une proportion impressionnante (36 %) des réussites ou des échecs de la mise en liberté, des analyses subséquentes ont révélé que seulement deux (antécédents criminels, fréquentations) des dix sous-échelles de l'INS contribuaient de façon significative à la prévision de la récidive. Il faudra faire d'autres études avec des échantillons de délinquantes sous responsabilité fédérale avant de pouvoir tirer des conclusions solides sur les propriétés psychométriques de cet outil et sur son utilité en tant que mesure de prévision du risque.

L'Échelle des variables historiques, cliniques et de gestion du risque (HCR-20; Webster, Douglas, Eaves & Hart, 1997; Webster, Eaves, Douglas & Wintrup, 1995) est un instrument d'évaluation du risque de violence qui comporte vingt questions et qui étale les marqueurs du risque dans le passé, le présent et l'avenir. Les dix variables historiques (H) permettent d'examiner les comportements et le fonctionnement du délinquant dans le passé; elles sont statiques ou immuables. Les cinq variables cliniques (C) correspondent à des éléments actuels et dynamiques liés à la violence. Enfin, les cinq éléments de gestion du risque (R) se rattachent à l'avenir, se concentrant sur les facteurs conjoncturels futurs qui peuvent aggraver ou atténuer le risque (Douglas, 1999).

Il s'avère que la HCR-20 possède des propriétés psycho-métriques solides, et les résultats d'études ont montré qu'elle était un outil valable pour la prévision du risque chez les hommes et les femmes. Toutefois, la grande majorité de ces études portaient sur des échantillons provenant de milieux psychiatriques civils (Douglas, Ogloff & Nicholls, 1997; Douglas, Ogloff, Nicholls & Grant, 1999; Klassen, 1996; Nicholls, Ogloff & Douglas, 1997; Ross, Hart & Webster, cité dans Douglas, 1999) ou composés de personnes bénéficiant de services de psychiatrie légale (Belfrage, 1998; Dernevik, 1998; Douglas et al., 1998; Grann, Belfrage & Tengström, 2000).

Jusqu'à présent, seulement deux études ont été publiées sur l'utilisation de l'Échelle des variables historiques, cliniques et de gesti on du risque avec des échantillons de délinquants ordinaires (Belfrage, Fransson & Strand, 2000; Douglas & Webster, 1999). Récemment, Belfrage et al. (2000) ont montré que la HCR-20 pouvait permettre de prévoir la violence en établissement, à l'aide d'un échantillon de 41 délinquants de sexe masculin détenus dans des prisons à sécurité maximale de la Suède. Douglas et Webster (1999) ont étudié cet outil à l'aide d'un échantillon de 75 délinquants à sécurité maximale de sexe masculin, au Canada. Les données de leur recherche postdictive appuient fortement le recours à la HCR-20 pour évaluer ou classer le risque de violence. Dans l'ensemble, les résultats de ces études confirment l'utilité de cet outil pour la prévision du risque (en particulier, du risque associé à la violence) chez les délinquants à sécurité maximale de sexe masculin. Rien ne laisse croire, pour l'instant, que l'outil serait aussi valable pour mesurer le risque des détenues.

Le Guide d'évaluation du risque de violence (Violence Risk Appraisal Guide (VRAG); Harris, Rice & Quinsey, 1993) a été conçu pour la prévision du risque de récidive avec violence chez les délinquants souffrant de troubles mentaux. L'échantillon original était composé de 618 hommes qui avaient été admis dans un établissement psychiatrique à sécurité maximale entre 1965 et 1980. Le Guide comporte 12 éléments et mesure divers facteurs de risque statiques comme les données démographiques, l'enfance, les antécédents criminels, et les renseignements sur la victime. On fait une pondération, puis on additionne les résultats pour obtenir un score composite, qui peut aller de -27 à +35; les scores plus élevés correspondent à de fortes probabilités de récidive avec violence.

Comme pour la HCR-20, les études qui confirment la validité du Guide sont fondées en grande partie sur des échantillons de délinquants de sexe masculin provenant de milieux psychiatriques (Grann et al., 2000; Rice & Harris, 1997). D'autres études ont montré que cet outil possède de bonnes propriétés psychométriques (Loza & Dhaliwal, 1997) et une bonne efficacité prédictive avec des échantillons de délinquants sexuels (Bélanger & Earls, cité dans Quinsey, Harris, Rice & Cormier, 1998) et de délinquants violents (Kroner & Mills, 1997). Cependant, encore une fois, toutes les données à l'appui se rapportent à des échantillons d'hommes. Pour l'heure, le Guide n'est donc pas un instrument approprié pour la prévision et le classement du risque chez les délinquantes.

En résumé, les outils d'évaluation du risque qui ont fait l'objet du plus grand nombre de recherches et qui sont le plus couramment utilisés avec les populations de délinquants au Canada sont l'Échelle d'ISR (Nuffield, 1982), la PCL-R (Hare, 1991), l'INS-R (Andrews & Bonta, 1995), la HCR-20 (Webster et al., 1995) et le VRAG (Harris et al., 1993). Malheureusement, il n'y a pas suffisamment de preuves qui justifient que nous utilisions ces outils avec les femmes purgeant une peine fédérale. Ainsi, les réserves que nous avons exprimées à propos de la méthode utilisée par Dowden et Andrews (1999) pour classer leur échantillon selon le risque continuent d'exister. Ces limites sont la conséquence de la pénurie de données empiriques pertinentes sur les délinquantes.

Bien que Dowden et Andrews (1999) aient apporté une contribution préliminaire à la recherche sur l'applicabilité du principe du risque aux délinquantes, d'autres études empiriques seront nécessaires pour confirmer leurs conclusions. Il nous faut espérer que dans les études qui seront effectuées sur les délinquantes, deux éléments cruciaux seront pris en considération. D'abord, les études prospectives devront renfermer une description détaillée des groupes de traitement, ce qui permettra aux auteurs de méta-analyses de mieux coder l'intensité du traitement (qu'on appelle aussi «niveau»). Ensuite, il faudra utiliser un outil d'évaluation du risque qui donne des résultats solides si l'on veut classer les délinquantes sous responsabilité fédérale dans les groupes «faible risque», «risque moyen» ou «risque élevé».

Comme nous venons de le voir, il sera nécessaire de vérifier la fiabilité et la validité des outils d'évaluation du risque existants si on veut les appliquer aux femmes. Cependant, il serait encore plus judicieux d'élaborer un modèle d'évaluation du risque s'appliquant expressément aux femmes. Une étude effectuée récemment a montré que les facteurs de risque des femmes diffèrent considérablement de ceux qui sont associés aux hommes. De même, on a observé que l'utilisation d'instruments d'évaluation du risque différents (selon les sexes) améliorait les prévisions sur la récidive, en particulier chez les femmes (Funk, 1999).

Principe des besoins

Le principe des besoins établit une distinction entre les facteurs criminogènes et les facteurs non criminogènes. Andrews et Bonta (1998) en donnent une définition très claire : «[traduction] Les facteurs criminogènes constituent un sous-ensemble du niveau de risque que présente un délinquant. Il s'agit d'éléments dynamiques qui, lorsqu'ils sont modifiés, entraînent une modification des probabilités de récidive. Quant aux facteurs non criminogènes, ils sont aussi dynamiques et modifiables, mais leur modification n'est pas nécessairement associée à un changement dans la récidive» (p. 243). Il est donc clair que les facteurs criminogènes sont un sous-ensemble du risque, alors que les facteurs non criminogènes ne le sont pas. Toutefois, certains auteurs prétendent qu'il existe un glissement entre les concepts de risque et de facteurs criminogènes (Hannah-Moffat & Shaw, 2000, p. 58; voir aussi Société Elizabeth Fry, 1998). Plus précisément, il y a chevauchement entre le risque et les facteurs criminogènes.

Selon le principe des besoins, si l'on veut réduire la récidive, il faut que les services de traitement répondent aux besoins liés aux facteurs criminogènes. Voici les domaines que les interventions devraient viser : attitudes et sentiments antisociaux, fréquentation d'individus antisociaux, faible maîtrise de soi, faible autonomie ou habileté à résoudre des problèmes, problèmes de toxicomanie, manque d'instruction ou de formation professionnelle, absence de liens familiaux ou relations familiales dysfonctionnelles, mauvais usage des périodes de loisirs (Andrews & Bonta, 1998; Motiuk, 1997). En se fondant sur un grand nombre d'études (Andrews et al., 1990; Andrews & Bonta, 1998; Andrews, Dowden & Gendreau, 1999; Lösel, 1995), on considère maintenant ces facteurs dynamiques comme des facteurs criminogènes. Cependant, l'applicabilité du principe des besoins aux femmes a été mise en doute dans les ouvrages correctionnels, encore une fois parce que les études sont fondées sur des échantillons de délinquants de sexe masculin.

Ce n'est pas le principe des besoins en soi qui est mis en cause; le débat est plutôt axé sur la nature des facteurs qui sont criminogènes pour les femmes. Après avoir examiné les ouvrages sur la question, Howden-Windell et Clark (1999) ont conclu «[traduction] qu'il apparaît évident, d'après les données empiriques, que les facteurs criminogènes associés aux délinquants de sexe masculin sont pertinents pour les délinquantes, mais que leur niveau d'importance et la nature de la corrélation peuvent différer.» Certaines études appuient cette affirmation (Dowden & Andrews, 1999; Direction de la recherche, 2000; Simourd & Andrews, 1994), bien que la solidité de la preuve varie selon le facteur dynamique dont il est question.

Dans une étude récente, la Direction de la recherche du SCC (2000) a montré que plusieurs facteurs dynamiques, évalués au moment de l'admission, permettent de prévoir la récidive chez les délinquantes mises en liberté. Toutes les délinquantes ayant subi le processus d'EID et ayant été mises en liberté avant décembre 1997 ont été incluses dans l'échantillon représentatif (n = 420). La période de suivi moyenne était d'environ un an, s'étendant d'une journée à 3,5 ans. Les facteurs dynamiques évalués durant le processus d'EID sont les suivants : emploi et instruction, relations familiales et conjugales, fréquentations, toxicomanie, attitudes, fonctionnement dans la collectivité, orientation personnelle et affective. Les analyses ont révélé une relation constante entre la cote attribuée au niveau de besoins et le taux de récidive. Comme on pouvait s'y attendre, les femmes présentant des besoins plus élevés étaient plus susceptibles de récidiver que celles qui présentaient des besoins plus faibles, et ceci pour les sept domaines de besoins. Ces constatations donnent à croire que les sept facteurs dynamiques évalués lors de l'évaluation initiale peuvent être classés comme des facteurs criminogènes pour les délinquantes. Toutefois, pour certains facteurs, cette conclusion n'a pas été corroborée par d'autres études. Quant aux autres facteurs, les peu nombreuses études qui ont été réalisées à ce sujet sont contradictoires.

Il y a bien quelques études qui ont examiné la relation entre les besoins en matière d'éducation ou d'emploi et la récidive chez les délinquantes, mais les résultats de ces études sont parfois incompatibles. À l'aide d'un grand échantillon de délinquantes (n = 441), Rettinger (1998) a constaté que l'instruction ou l'emploi constituait un facteur important dans la prévision de la récidive. De même, dans leur méta-analyse sur les corrélations entre les facteurs de risque et la délinquance féminine (n = 34 ampleurs de l'effet), Simourd et Andrews (1994) ont observé que les «difficultés d'apprentissage» étaient modérément ou fortement liées à la délinquance chez les filles. Par ailleurs, dans une méta-analyse effectuée récemment, Dowden et Andrews (1999) ont remarqué que les programmes axés sur l'éducation ou le travail (n = 7 ampleurs de l'effet) pour les délinquantes avaient une corrélation négative non significative avec la réduction de la récidive. Enfin, à l'aide d'un grand échantillon représentatif (n = 136) de délinquantes sous responsabilité fédérale, Bonta et al. (1995) ont montré que l'emploi n'était pas lié de façon significative à la récidive. Ainsi, bien qu'il y ait des données qui laissent croire que les variables de l'instruction et de l'emploi permettent de prévoir la récidive dans des échantillons de délinquants de sexe masculin (Gendreau, Goggin & Gray, 2000), on n'est pas encore certain que ce facteur de risque soit criminogène pour les femmes.

Pour ce qui est des relations familiales, même lorsqu'on examine les nombreuses études portant sur des délinquants de sexe masculin, on constate que les recherches sont «loin d'éclaircir la relation de causalité qui peut exister entre la vie familiale et la criminalité chez les adultes» (Oddone Paolucci, Violato & Schofield, 1998; p. 20). Toutefois, certains auteurs ont laissé entendre que les questions familiales doivent être ciblées dans les traitements offerts aux délinquantes en particulier (Austin et al., 1992; Bloom, 1998; Programme des femmes purgeant une peine fédérale; cité dans Hannah-Moffat, 1997). Des études effectuées récemment appuient cette affirmation. Après un examen des ouvrages sur la question, Leischied, Cummings, Van Brunschot, Cunningham et Saunders (2000) ont constaté que le processus familial et la dynamique familiale dysfonctionnels contribuent à provoquer et à maintenir des comportements agressifs chez les adolescentes. Dans leur méta-analyse, Dowden et Andrews (1999) ont remarqué que les programmes axés sur les processus familiaux (n = 9 ampleurs de l'effet) donnaient les meilleurs résultats quant à la réduction de la récidive dans les échantillons de femmes. Simourd et Andrews (1994) ont observé une corrélation modérée entre les mauvaises relations parents-enfants (attachement et supervision) et la délinquance chez les adolescentes. Cependant, les mêmes auteurs n'ont remarqué aucune association significative entre la structure familiale ou les problèmes parentaux et la criminalité.

Dans l'une des rares études portant sur les variables familiales en tant que facteurs criminogènes chez les délinquantes, Bonta et al. (1995) ont constaté que le fait d'avoir des personnes à sa charge n'était pas associé à l'issue de la mise en liberté, mais que les mères seules avaient un taux de récidive beaucoup plus élevé que les femmes ayant un partenaire. Les résultats de l'étude de Rettinger (1998) ont confirmé que le fait d'être parent n'était pas associé à la récidive; contrairement aux conclusions de Bonta et al., les données n'ont montré aucune association entre la monoparentalité et la récidive. Par ailleurs, toujours selon l'étude de Rettinger, les conflits familiaux ou conjugaux permettaient de prévoir la récidive avec violence. Ces résultats n'ont pas été confirmés par les données présentées par Loucks et Zamble (1999); se fondant sur un échantillon de 80 délinquantes sous responsabilité fédérale qui avaient été mises en liberté, les auteurs ont constaté que la cohésion de la famille ne contribuait pas à la prévision de la récidive.

Il n'y a pas de consensus sur le fait que les variables liées à la famille constituent un facteur criminogène important pour les femmes. Peut-être les résultats contradictoires des études peuvent-ils être attribués à l'utilisation de définitions et de mesures différentes pour le concept «relations conjugales et familiales». Cependant, malgré les différences entre les conclusions des études, le plus grand nombre de preuves laissent croire que les variables liées à la famille pourraient bien être un facteur criminogène chez les femmes et que cette question mérite d'être examinée dans d'autres études.

Le facteur dynamique des fréquentations antisociales est habituellement considéré parmi les plus forts prédicteurs de la récidive, et donc comme une cible prioritaire pour les traitements (Andrews & Bonta, 1998; Andrews et al., 1999; Andrews, Zinger et al., 1990). Bien que la majorité des preuves soit fondée sur des échantillons de délinquants de sexe masculin, on peut considérer que les études sur les délinquantes s'avèrent concluantes : les fréquentations antisociales représentent un facteur criminogène important pour les femmes. Dowden et Andrews (1999) ont constaté une forte association positive entre les programmes correctionnels offerts aux femmes dans ce domaine et la réduction de la récidive. De même, Simourd et Andrews (1994) ont observé que les attitudes ou les pairs antisociaux constituaient le plus grand facteur de risque pour les adolescentes. Se fondant sur un échantillon de 81 délinquantes sous responsabilité fédérale qui avaient été mises en liberté, Blanchette et Motiuk (1995) ont montré que la fréquentation de criminels était un prédicteur puissant de la récidive avec violence. Rettinger (1998) a obtenu les mêmes résultats avec un échantillon plus grand (n = 441) de délinquantes purgeant une peine provinciale.

On considère aussi que les attitudes antisociales sont parmi les facteurs que l'on doit cibler en priorité pour réduire la récidive chez les délinquants (Andrews & Bonta, 1998; Andrews et al., 1999; Andrews, Zinger et al., 1990). Les attitudes antisociales sont plus fréquentes chez les délinquants que chez les délinquantes (Motiuk, 1997). Par ailleurs, la recherche montre que ce facteur dynamique permet de faire une distinction entre les délinquantes selon leur cote de sécurité (Blanchette, 1997a) et qu'il est criminogène par nature, indépendamment du sexe des délinquants. Les résultats de la méta-analyse de Simourd et Andrews (1994) ont révélé que les attitudes antisociales (et les pairs antisociaux) constituent le facteur de risque le plus important pour les adolescentes. Dowden et Andrews (1999) ont montré qu'avec les traitements qui ciblent les attitudes antisociales, on obtient une réduction importante de la récidive avec les échantillons de femmes. Enfin, l'étude de Rettinger (1998) a montré que les attitudes et les pairs antisociaux permettent de prévoir la récidive avec violence chez les délinquantes.

La relation entre la toxicomanie et la criminalité est bien documentée : les deux tiers des délinquants environ ont un problème de toxicomanie (Boland, Henderson & Baker, 1998). Dans une étude récente, Weekes, Moser et Langevin (1998; cité dans Dowden & Brown, en cours de révision) ont conclu qu'il y a constamment une association positive entre la toxicomanie et diverses formes de criminalité générale et de criminalité avec violence. Cette conclusion vient appuyer les résultats d'autres études et les arguments théoriques selon lesquels la toxicomanie est un facteur criminogène (Andrews & Bonta, 1998; Andrews, Zinger et al., 1990). Toutefois, il n'existe pas de consensus dans les ouvrages quant à savoir si la toxicomanie constitue un facteur criminogène pour les délinquantes.

Dans une étude fondée sur un grand échantillon de délinquants adultes (1 030 hommes et 500 femmes), McClellan, Farabee et Crouch (1997) ont conclu que les problèmes de toxicomanie permettaient davantage de prévoir la criminalité chez les femmes que chez les hommes. Rettinger (1998) a constaté que la toxicomanie était un prédicteur de la récidive générale et de la récidive avec violence chez les délinquantes. De même, les résultats d'une étude de Dowden et Blanchette (1999) ont révélé que les délinquantes ayant suivi un programme de traitement contre la toxicomanie risquaient beaucoup moins de récidiver que celles qui n'en avaient pas suivi.

Il apparaît toutefois que, pour chaque étude qui détermine que la toxicomanie est un facteur criminogène pour les femmes, il y en ait une autre qui contredit cette conclusion. Ainsi, les résultats de la méta-analyse de Dowden et Andrews (1999) laissaient entendre que la toxicomanie n'était pas un facteur pertinent à cibler dans les traitements destinées aux délinquantes (n = 5 ampleurs de l'effet). De même, Bonta et al. (1995) ont constaté que la toxicomanie n'était pas un prédicteur de la récidive après la mise en liberté dans leur échantillon de délinquantes sous responsabilité fédérale. Dans une méta-analyse effectuée récemment sur le rôle de la toxicomanie dans la prévision de la récidive, Dowden et Brown (en cours de révision) ont conclu que l'abus d'alcool était un faible prédicteur, tandis que la consommation de drogue était un prédicteur modéré pour les délinquantes (n = 7 ampleurs de l'effet). Cependant, Loucks et Zamble (1999) ont constaté que la consommation de drogue n'était pas un prédicteur significatif de la récidive dans leur échantillon (n = 80) de délinquantes mises en liberté.

Par ailleurs, Blanchette (1996) a constaté que si l'on modifie la définition ou méthode de mesure de la notion de «problème de toxicomanie», les résultats ne sont pas les mêmes. Ainsi, avec un échantillon de 76 femmes purgeant une peine fédérale, les analyses ont révélé que le fait de répondre aux critères diagnostiques associés à la toxicomanie n'était pas un prédicteur de la récidive; cependant, lorsqu'on définissait la variable différemment, c'està-dire si on la considérait comme la consommation d'alcool ou de drogue avant la perpétration de l'infraction, alors elle était un prédicteur de la récidive. Ces résultats donnent à penser que, parmi les délinquantes qui répondent aux critères diagnostiques associés à la toxicomanie ou aux troubles de la dépendance, il y a un sous-ensemble de femmes pour qui ce facteur est criminogène. Pour les autres, le problème de toxicomanie ne constitue pas un facteur criminogène.

Les mesures du fonctionnement dans la collectivité sont les loisirs, le logement, les finances, le soutien, la conduite personnelle et la santé. Selon une méta-analyse récente, l'appui que donne la recherche au fonctionnement dans la collectivité en tant que facteur criminogène est tout au plus modéré (Gates, Dowden & Brown, 1998). Les auteurs ont pris en considération 20 études qui ont produit 79 ampleurs de l'effet relativement aux variables liées au fonctionnement dans la collectivité. L'ampleur de l'effet moyenne pondérée obtenue était de 0,10.5 La majorité des ampleurs de l'effet étaient fondées sur des études portant sur des hommes; cependant, le second auteur a réparti les données selon les sexes et a trouvé 12 ampleurs de l'effet dans des études portant exclusivement sur des délinquantes. L'ampleur de l'effet moyenne pondérée pour les femmes était de 0,09 (Dowden, 15 août 2000, communication personnelle).

Bien qu'il n'y ait pas de preuves évidentes que le domaine du fonctionnement dans la collectivité constitue un facteur criminogène pour les femmes, il y a de fortes possibilités que des sous-composantes de ce domaine soient des cibles valables pour les traitements. Ainsi, Gates, Dowden et Brown (1998) ont montré que les «loisirs» ont produit une très forte ampleur de l'effet (0,24). Rettinger (1998) a constaté que le «logement» était un fort prédicteur de la récidive générale et de la récidive avec violence dans son échantillon de 441 délinquantes sous responsabilité provinciale. Malheureusement, il n'y a pas encore suffisamment de données empiriques pour renforcer ces conclusions ou pour examiner l'utilité prédictive d'autres sous-composantes de ce domaine chez les femmes.

Avec un échantillon de 420 délinquantes sous responsabilité fédérale qui avaient été mises en liberté, la Direction de la recherche du SCC (2000) a montré qu'il existait une forte corrélation entre une mesure globale de l'orientation personnelle et affective (évaluée à l'admission) et la récidive. Durant la période de suivi moyenne d'une année après la mise en liberté, 11 % des femmes qu'on avait évaluées comme n'ayant aucune difficulté ont été réincarcérées, alors que les chiffres étaient de 22 % et de 34 % respectivement pour les femmes qu'on avait évaluées comme ayant certaines difficultés ou de grandes difficultés. Ces constatations ont été appuyées en partie6 par Robinson, Porporino et Beal (1998), bien que les auteurs aient souligné que «la documentation sur les facteurs liés aux besoins personnels et affectifs a encore aujourd'hui une portée limitée, parti culièrement en ce qui concerne les prédicteurs de la récidive» (p. 77). L'absence de documentation est encore plus aiguë lorsqu'on parle des études portant sur les femmes. On dispose de peu de preuves qui nous permettent d'affirmer quelles composantes des besoins personnels et affectifs, le cas échéant, sont de nature criminogène. Malgré cela, Dowden et Andrews (1999) ont montré que les programmes qui visent à modifier les pensées antisociales et à augmenter la maîtrise de soi chez les femmes (n = 8 ampleurs de l'effet) réduisaient la récidive, en moyenne de 32 %. De même, des chercheurs ont trouvé qu'un outil de mesure des pensées antisociales -- le Psychological Inventory of Criminal Thinking Styles (PICTS) -- réussissait à prévoir, de façon modérée, l'adaptation à l'établissement et l'issue de la mise en liberté pour les délinquantes (Walters & Elliott, 1999).

Il apparaît évident, d'après l'examen des sept facteurs dynamiques que nous venons de faire, qu'il n'y a pas suffisamment d'études prédictives qui ont été faites avec des échantillons de délinquantes. De plus, les résultats des peu nombreuses études dont nous disposons sont souvent contradictoires; par conséquent, ils ne nous permettent pas de déterminer quels facteurs particuliers sont criminogènes pour les délinquantes. Bien qu'il y ait des preuves convaincantes qu'il faut viser à atténuer les facteurs «pairs antisociaux» et «attitudes antisociales» dans les traitements destinées aux femmes, on n'a pas encore établi avec certitude que d'autres facteurs dynamiques -- instruction et emploi, relations conjugales et familiales, toxicomanie, fonctionnement dans la collectivité, orientation personnelle et affective -- sont des facteurs criminogènes.

Plusieurs auteurs ont laissé entendre que d'autres facteurs sont criminogènes pour les délinquantes, mais il faudra d'autres études pour confirmer la relation entre ces variables et la récidive (Programme des femmes purgeant une peine fédérale, 1994; cité dans Hannah-Moffat, 1997; Jackson & Stearns, 1995; Koons et al., 1997; Leschied, Cummings, Van Brunschot, Cunningham & Saunders, 2000). Les facteurs dynamiques qu'on qualifie habituellement de facteurs criminogènes chez les femmes peuvent généralement être classés dans le domaine des «besoins personnels et affectifs» et incluent la faible estime de soi, la victimisation dans le passé et le présent, et l'automutilation ou les tentatives de suicide.

Se fondant sur des échantillons composés d'hommes, la plupart des auteurs d'études empiriques jugent que l'estime de soi n'est pas un facteur criminogène (Andrews & Bonta, 1998; Andrews et al., 1990; Gendreau, Little & Goggin, 1996). Cependant, une étude qualitative effectuée par d'autres chercheurs a montré que l'estime de soi était un facteur prometteur comme cible des traitements destinés aux délinquantes (Koons et al., 1997). Bien qu'il y ait peu de données empiriques pertinentes s'appliquant particulièrement aux femmes, il existe certaines preuves qui appuient les résultats de Koons et de ses collègues. Dans leur méta-analyse sur les corrélations, Simourd et Andrews (1994) ont trouvé une ampleur de l'effet de 0,10 pour les femmes et de 0,09 pour les hommes (n = 14 études chacun) pour un facteur appelé «problèmes personnels». Cependant, on ne peut pas appliquer entièrement ces résultats à la recherche sur l'estime de soi, puisque le facteur «problèmes personnels» inclut aussi des corrélations se rapportant à l'anxiété et à la psychopathologie. Larivière (1999) a recensé plusieurs études dans lesquelles on établissait une corrélation entre l'estime de soi et les actes de violence contre des victimes plus faibles et vulnérables (comme dans la violence à l'égard de la conjointe ou d'un enfant). En outre, il a cité six études qui ont établi une relation entre la faible estime de soi chez les femmes et les actes de violence à l'égard d'enfants (5 études) et la négligence (1 étude).

L'étude faite par Larivière lui-même (1999) appuie aussi cette position. À l'aide de techniques méta-analytiques, il a examine 39 études contenant 80 ampleurs de l'effet se rapportant à l'estime de soi. Les résultats ont révélé un effet global significatif (r = -0,17), ce qui indique une forte association entre l'estime de soi et le comportement antisocial (délinquance générale, agressivité et violence). En outre, l'ampleur de l'effet faisait plus que doubler (r = -0,38) lorsqu'on s'intéressait uniquement aux délinquantes (n = 13 études). Larivière soutient que cette constatation n'est pas étonnante, puisque les femmes ont tendance à ressentir plus de culpabilité devant leurs comportements criminels et agressifs, à ressentir plus d'anxiété devant le tort qu'eles ont causé, et à accorder moins de soutien au recours à la violence (Campbell, 1995; cité dans Larivière, 1999). L'auteur fait toutefois une mise en garde : les échantillons de femmes étudiés dans la méta-analyse contenaient un grand nombre de sujets qui avaient commis des actes de violence à l'égard d'enfants, ce qui a pu augmenter l'ampleur de l'effet. Néanmoins, ces résultats ont une grande importance pour le traitement des délinquantes, en particulier celles qui ont été condamnées pour négligence ou violence à l'égard d'enfants.

Par rapport aux délinquants, une plus grande proportion de délinquantes disent avoir été victimes de mauvais traitements (McClellan et al., 1997). On ne peut plus contester aujourd'hui qu'il existe une forte corrélation entre les mauvais traitements subis par une personne et son comportement criminel (Howden-Windell & Clark, 1999), la grande majorité des délinquantes ayant été violentées à un moment ou l'autre de leur vie (Blanchette, 1996; Owen & Bloom, 1995; Shaw, 1991a; 1991b). Dans une étude menée en 1990, 82 % des délinquantes canadiennes ont déclaré avoir déjà été victimes de mauvais traitements (Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale, 1990). De plus, par rapport à la population générale des femmes et aux délinquants, les délinquantes sont plus susceptibles d'avoir été victimes d'actes de violence, de crimes sexuels et d'inceste, commis par de nombreux agresseurs, et pendant une longue période (Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale, 1990).

L'incidence extrêmement élevée de la violence qu'a mise au jour le Groupe d'étude a été confirmée par des études canadiennes indépendantes. Tien, Lamb, Bond, Gillstrom et Paris (1993) ont constaté que 81 % de leur échantillon de délinquantes étaient victimes d'une forme de violence (sexuelle, physique ou psychologique) dans leur relation actuelle. Plus récemment, ces constatations ont été appuyées par Bonta et al. (1995); 61 % de leur échantillon de délinquantes sous responsabilité fédérale ont dit avoir été victimes de violence physique dans le passé, et 54 % de violence sexuelle. De même, dans l'échantillon de délinquantes sous responsabilité fédérale de l'étude de Blanchette (1996), 61 % des femmes avaient été victimes de mauvais traitements durant l'enfance, et 59 % à l'âge adulte. Des données sur des échantilons de délinquantes aux États-Unis sont comparables; environ 60 % des femmes ont dit avoir été victimes de mauvais traitements durant l'enfance, et environ 75 % à l'âge adulte (McClellan et al., 1997). Il y a donc un lien évident et bien documenté entre la victimisation, dans l'enfance et à l'âge adulte, et le comportement criminel des femmes. Cependant, la nature exacte de cette relation reste vague.

Bien que les résultats d'une étude de Koons et al. (1997) donnent à penser que la victimisation des délinquantes doit constituer une cible importante des traitements qui leur sont destinés, les auteurs ne suggèrent pas nécessairement que la «victimisation» est un facteur criminogène. Loucks (1995) a examiné la nature de l'association entre la victimisation et le comportement antisocial dans un échantillon de femmes purgeant une peine fédérale (n = 100). Les résultats de son étude ont révélé que la violence sexuelle subie avant l'adolescence était en corrélation positive avec les condamnations à l'établissement et la violence (criminelle et en établissement), pendant que la violence physique subie après l'adolescence était en corrélation positive avec les condamnations à l'établissement et la violence criminelle. Cependant, lorsqu'on intégrait les variables liées à la victimisation dans une équation de prévision avec d'autres variables, leur valeur était négligeable.

Dans une enquête sur les prédicteurs de la récidive chez les femmes purgeant une peine fédérale au Canada, Bonta et al. (1995) ont signalé que la victimisation n'était pas un facteur de prévision statistiquement significatif, sauf en ce qui concerne la violence physique subie à l'âge adulte; les femmes qui avaient été victimes de ce type de violence étaient moins susceptibles de récidiver que les autres. Ces constatations ont été appuyées par Blanchette (1996), qui, en tenant compte de la période à risque dans la collectivité, n'a remarqué aucune relation entre la victimisation et la récidive, indépendamment de la définition utilisée pour la «récidive».7 Comme dans les conclusions de Bonta et al., on a noté une association négative (r = -0,24) entre la victimisation à l'âge adulte et la récidive (nouvelle condamnation) criminelle; la corrélation était presque statistiquement significative. Enfin, les résultats présentés par Rettinger (1998) donnent aussi à croire que la victimisation n'est pas un facteur qui permet de prévoir statistiquement la récidive ou la récidive avec violence chez les délinquantes.

Prises dans l'ensemble, les études effectuées jusqu'à présent nous laissent croire que la victimisation n'est pas un facteur criminogène. Malgré cela, étant donné le nombre très élevé de délinquantes ayant été victimes de mauvais traitements, les fournisseurs de services devraient tenir compte de cet élément. De nombreuses femmes souffrent de symptômes post-traumatiques qui peuvent les empêcher de réaliser des progrès dans l'atténuation de leurs facteurs de risque. Au Canada, on a reconnu cette situation et on a intégré les programmes pour les victimes de mauvais traitements ou de traumatismes aux programmes de base8 offerts aux femmes purgeant une peine fédérale.

Les femmes incarcérées, beaucoup plus souvent que les femmes en général, les hommes en général et les hommes incarcérés, ont des problèmes de santé mentale, notamment un taux plus élevé de dépression, de tentatives de suicide et d'automutilation (Blanchette, 1996; Blanchette, 1997b; Loucks & Zamble, 1994). Selon des études sur les délinquantes sous responsabilité fédérale au Canada, environ 54 à 59 % d'entre elles ont commis des actes d'automutilation -- se frapper la tête contre un mur, se couper, s'infliger des brûlures ou des entailles (Heney, 1990; Loucks, 1995). Le taux de tentatives de suicide chez les femmes purgeant une peine fédérale serait de 48 % (Loucks & Zamble, 1994), et irait de 20 à 71 % selon le niveau de sécurité (Blanchette, 1997b).

Avec un échantillon de 100 délinquantes sous responsabilité fédérale, Loucks (1995) a examiné la relation entre l'automutilation et le comportement criminel. Elle a utilisé une définition étendue de l'automutilation : toute action délibérée entraînant une blessure physique. Elle n'a pas établi de distinction entre les actes commis avec l'intention de se suicider et les actes commis pour d'autres motifs (p. ex., pour attirer l'attention). Les résultats ont révélé que 54 % des femmes ont dit s'être mutilées au moins une fois dans leur vie. De plus, il y avait une corrélation positive entre l'automutilation et les condamnations pour une infraction pénale (r = 0,25) et pour une infraction pénale avec violence (r = 0,24).

Bien que les études de prévision dans ce domaine ne soient pas nombreuses, celles qui ont été faites donnent à penser que l'automutilation ou les tentatives de suicide constituent un facteur de nature criminogène. Bonta et al. (1995) ont constaté que l'automutilation permettait de prévoir la récidive générale (nouvelles condamnations ou révocations de la libération conditionnelle) dans un échantillon de délinquantes sous responsabilité fédérale; 78 % des femmes ayant commis des actes d'automutilation ont récidivé, par rapport à 25 % des autres femmes. Blanchette et Motiuk (1995) ont constaté que les tentatives de suicide constituaient un prédicteur puissant de la récidive avec violence (r = 0,47; p<0,001) dans un échantillon de 81 femmes purgeant une peine fédérale. Des analyses statistiques ont révélé en outre que, conjointement avec deux autres variables (attentes au sujet de l'incarcération, fréquentations), les tentatives de suicide expliquaient 45 % des écarts dans la récidive avec violence. On en est arrivé à cette même conclusion dans une étude effectuée auprès d'un plus grand échantillon de délinquantes sous responsabilité provinciale (n = 441); l'automutilation permettait de prévoir la récidive avec violence (Rettinger, 1998).

Il apparaît, d'après notre examen de la documentation que, comme l'ont suggéré Dowden et Andrews (1999), le principe des besoins s'applique aux délinquantes. On peut toutefois se demander si les facteurs criminogènes traditionnels9 s'appliquent aussi aux femmes ou si les femmes ont des facteurs criminogènes qui leur sont propres. La recherche donne à penser que ces deux affirmations sont vraies : certains facteurs dynamiques traditionnels, comme les attitudes et les fréquentations antisociales, sont des facteurs criminogènes pour les femmes, mais il y a aussi des preuves que les femmes ont des facteurs criminogènes particuliers, comme la propension à l'automutilation ou aux tentatives de suicide. Les études prospectives de prévision sur l'estime de soi permettront de déterminer avec plus de certitude s'il s'agit là d'un facteur criminogène propre aux délinquantes.

Principe de la réceptivité

Selon le principe de la réceptivité, il faut offrir les services de traitement dans un style et selon un mode qui sont adaptés aux capacités et aux modes d'apprentissage des délinquants (Andrews & Bonta, 1998). Les considérations relatives à la réceptivité sont à la fois générales et particulières.

Le principe général de la réceptivité se rattache aux grandes stratégies de traitement (et à leurs fondements théoriques). Selon ce principe, les approches les plus efficaces pour amener les délinquants à changer sont la théorie du comportement, l'apprentissage social et la théorie cognitivo-comportementale. Dans les ouvrages généraux portant sur le domaine correctionnel, il y a beaucoup de preuves qui appuient ce principe général (Andrews, Zinger et al., 1990; Izzo & Ross, 1990; Lösel, 1995). Bien qu'on se soit penché sur des échantillons d'hommes dans la plupart des études, il y a aussi des données préliminaires qui indiquent que ces approches sont très efficaces dans les interventions correctionnelles destinées aux femmes (Austin et al., 1992; Dowden & Andrews, 1999).

Les facteurs particuliers de la réceptivité se rapportent aux caractéristiques individuelles des délinquants, comme le niveau d'instruction ou d'alphabétisation, la santé mentale, l'anxiété interpersonnelle, la race et le sexe. En examinant ces facteurs particuliers, on est plus en mesure d'adapter les services de traitement aux délinquants. Prendergast, Wellisch et Falkin (1995) ont souligné l'importance de ces facteurs : «[traduction] pour que les délinquantes obtiennent les services dont eles ont besoin, il faut non seulement qu'on puisse leur ofrir ces services, mais aussi que les programmes nous permettent de déterminer les besoins des clientes et de les apparier aux services pertinents» (p. 252).

Il est important de tenir compte des caractéristiques démographiques et des antécédents des délinquantes pour leur offrir des programmes qui soient adaptés aux femmes. Certains auteurs ont laissé entendre qu'il est essentiel de comprendre les expériences de vie propres aux femmes, le contexte dans lequel elles vivent, et leur cheminement vers la criminalité si l'on veut concevoir et offrir des programmes adaptés aux femmes (Bloom, 1998; Chesney-Lind, 1998, Covington, 1998b). Toutefois, cela étant dit, d'autres ont fait remarquer qu'il n'existe pas de procédure ou d'instrument universel pour déterminer les besoins des femmes, pas plus qu'il n'existe de méthode généralement acceptée qui soit fondée sur la théorie pour apparier les clients aux programmes et aux services (Prendergast, Wellisch et Falkin, 1995, p. 252). Ainsi, bien que peu de chercheurs contesteraient le fait qu'il faut concevoir et exécuter les programmes destinés aux femmes en fonction des questions qui leur sont propres, il n'y a pas encore d'études empiriques quantitatives qui ont examiné le sexe comme un facteur particulier de la réceptivité.

Un nombre croissant de rapports théoriques et de preuves qualitatives nous laissent croire que l'adhésion à des principes particuliers en matière de programmes augmente l'efficacité des traitements destinés aux délinquantes. Dans son rapport, le Groupe d'étude sur les femmes purgeant une pei ne fédérale (1990) a proposé cinq principes de base qui devraient guider l'élaboration des programmes correctionnels destinés aux femmes : pouvoir contrôler sa vie, choix valables et responsables, respect et dignité, environnement de soutien, responsabilité partagée.

  • Pouvoir contrôler sa vie : on doit aider les femmes à mieux comprendre leur situation personnelle et à reconnaître leurs points forts; on doit les inciter et les aider à poser des gestes positifs qui leur permettront de contrôler davantage leur vie. Des études indépendantes ont montré qu'en prenant leur vie en main, les femmes acquièrent des compétences et deviennent plus autonomes (Austin et al., 1992; Blanchette & Eldjupovic-Guzina, 1998).
  • Choix valables et responsables : il faut donner aux femmes des options qui leur permettront d'effectuer des choix responsables qui se rattachent à leurs besoins, à leurs expériences passées, à leur culture, à leurs valeurs, à leur spiritualité, à leurs habiletés et à leurs aptitudes. La dépendance (à l'alcool, à la drogue, aux hommes, à l'aide financière) a privé de nombreuses femmes purgeant une peine fédérale de la possibilité ou de la capacité de faire des choix responsables dans leur vie (Blanchette & Eldjupovic-Guzina, 1998; Bureau de la sous-commissaire pour les femmes, 2000).
  • Respect et dignité : il doit y avoir un respect mutuel entre les délinquantes, entre les membres du personnel, et entre ces deux groupes. On prévoit que la nouvelle philosophie des services correctionnels pour femmes favorisera le respect et la dignité grâce à la sécurité active et au modèle de vie communautaire. Ainsi, les intervenants de première ligne, qui travaillent avec les femmes pour établir et atteindre les objectifs de traite-ment, ont remplacé les «agents de correction». Ces initiatives constituent des progrès importants, puisqu'on a laissé entendre que les femmes sont plus orientées vers les relations et qu'on doit tenir compte de cette caractéristique dans les traitements qu'on leur offre (Covington, 1998a; Garcia et al., 1997).
  • Environnement de soutien : il faut créer un environnement de soutien pour promouvoir la santé physique et psychologique et le développement personnel des délinquantes. La Stratégie des programmes correctionnels du SCC souligne l'importance d'un environnement positif pour toutes les délinquantes.
  • Responsabilité partagée : tous les paliers de gouvernement, les intervenants du milieu correctionnel, les organismes bénévoles, le monde des affaires, le secteur privé et les membres de la collectivité ont un rôle à jouer dans la création de réseaux de soutien et la continuité des services offerts aux femmes purgeant une peine fédérale.

Comme nous l'avons déjà mentionné, les cinq principes de base devant guider les traitements offerts aux femmes ont été élaborés principalement à partir des conclusions d'une étude qualitative. Ces principes ont été acceptés en tant qu'éléments de réceptivité propres aux femmes et ils sont intégrés dans la pratique courante avec les délinquantes sous responsabilité fédérale. Il faut espérer que des données quantitatives viendront corroborer leur efficacité dans les traitements destinés aux délinquantes.

On a proposé d'autres facteurs relatifs à la réceptivité dans les programmes pour femmes, par exemple, l'embauche d'employés ayant des origines ethniques diverses (Austin et al., 1992), et la présence d'un certain nombre d'ex-délinquantes venues appuyer les professionnels, pour que les délinquantes aient plusieurs modèles. Au Canada, il est particulièrement important d'embaucher du personnel et des animateurs de programmes autochtones pour l'exécution des programmes destinés aux femmes. Bien que les Autochtones représentent moins de 3 % de la population canadienne, plus de 20 % des détenues sont d'origine autochtone. Par rapport aux non-Autochtones, les délinquants autochtones sont plus jeunes et moins instruits, ils présentent un risque plus élevé et ils ont des besoins plus grands en matière de traitement (Finn, Trevethan, Carrière & Kowalski, 1999). Il faut tenir compte de tous ces éléments si l'on veut optimiser l'efficacité des traitements.

L'élément le plus important de la réceptivité propre aux femmes est peut-être qu'il nous faut reconnaître que égalité ne signifie pas identité. Pour que les interventions soient le plus efficaces possible, le système correctionnel doit offrir des services qui répondent aux besoins et aux modes d'apprentissage particuliers des femmes. Les traitements doivent être complets, axés sur les femmes et de nature holistique. Les interventions doivent être bien coordonnées, et il doit y avoir un continuum de soins et de ressources afin de faciliter la transition entre l'établissement correctionnel et la collectivité.

ÉVALUATION DES PROGRAMMES

Beaucoup d'auteurs ont fait remarquer qu'il n'existe pas de données solides sur les résultats des programmes offerts aux délinquantes, aussi bien au Canada (Kendall, 1998) qu'aux États-Unis (Austin et al., 1992; Koons et al., 1997). Les stratégies d'élaboration de programmes devraient toujours comporter un volet d'évaluation; ainsi, la collecte de données liées à l'efficacité du traitement ferait partie intégrante du programme. De plus, si l'on obtient régulièrement des données sur le processus et les répercussions, on pourra améliorer constamment le contenu des programmes et les méthodes de prestation des services.

L'évaluation des programmes pour délinquantes présente des difficultés particulières. Les questions relatives aux femmes s'inscrivent dans un contexte très visible. Il n'existe pas de théorie des programmes axée sur les femmes, et les chercheurs continuent de s'interroger sur la meilleure méthode à utiliser dans les études d'évaluation. Le fait que la population des femmes purgeant une peine fédérale est petite, hétérogène et géographiquement dispersée constitue un autre facteur qui empêche de recueillir des données qualitatives et quantitatives.

Il nous faut adopter des méthodes novatrices pour atténuer les inconvénients que présente l'évaluation des services offerts aux délinquantes. Comme nous l'avons mentionné au début du chapitre, il faut tenir compte du contexte dans lequel vivent les femmes et de leurs opinions, utiliser plusieurs méthodes, et nous pencher sur les questions de structure ou d'environnement, comme le soutien à la gestion. Pour la recherche quantitative qui fait appel à des mesures normalisées, il est crucial qu'il existe des données normatives et des données de validité se rapportant aux délinquantes.

Il est particulièrement important d'évaluer les nouvelles approches et les nouveaux programmes destinés aux délinquantes afin de mesurer leur succès par rapport aux programmes plus traditionnels, qui ont été conçus principalement pour les hommes. Malgré les obstacles supplémentaires qui se présentent dans l'évaluation des services offerts aux délinquantes, les chercheurs et les praticiens continuent d'améliorer les stratégies d'élaboration et de prestation de services.

CONCLUSIONS

Le Canada connaît aujourd'hui une ère nouvelle dans le domaine des services correctionnels pour les femmes. Le SCC possède maintenant de bonnes données descriptives sur la population des délinquantes; ces données sont mises à jour de façon régulière. Pour tenir compte des niveaux de risque plus faibles, des besoins particuliers et des questions liées à la réceptivité des délinquantes, on a mis en place des politiques et des méthodes de planification stratégique axées sur les femmes. Le SCC a commencé à utiliser des méthodes de traitement et de classement distinctes pour les femmes; l'habitude d'offrir des services s'appliquant également aux hommes et aux femmes se dissipe. Comme le prévoit l'article 77 de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, il n'est plus acceptable de ne pas tenir compte des particularités des femmes.

Au niveau fédéral, la nouvelle philosophie des services correctionnels pour les femmes est déjà opérationnelle. Le programme mère-enfant et le programme d'entraide des délinquantes10 ne sont que deux exemples de la façon dont le système s'adapte pour répondre aux besoins particuliers des femmes. Grâce à la fermeture de la Prison des femmes et à la construction des établissements régionaux, on a commencé à répondre aux besoins liés à la diversité linguistique et culturelle de la petite population de femmes purgeant une peine fédérale. Les logements fondés sur le modèle de vie communautaire qu'offrent les établissements régionaux constituent la première étape de la réconciliation de l'incompatibilité entre un système de justice qui favorise inévitablement la dépendance et les délinquantes qui ont besoin de devenir plus indépendantes.

Bien que les progrès aient été rapides et substantiels, on peut encore améliorer l'efficacité des services correctionnels destinés aux délinquantes. Cette amélioration découlera d'une évaluation rigoureuse (notamment d'une analyse coûts-avantages) des nouveaux programmes axés sur les femmes. Austin et ses collègues (1992) ont observé le même genre de lacune aux États-Unis, où, selon eux, il n'y a pas d'information sur l'efficacité à long terme des stratégies de traitement correctionnelles pour les femmes (p. 21).

Il existe bien quelques preuves préliminaires à propos des facteurs criminogènes des délinquantes; toutefois, il faudra beaucoup plus d'études sur le sujet avant que nous puissions tirer des conclusions déterminantes. Il importe de souligner que de nombreuses femmes ont aussi des besoins qui ne sont pas liés à des facteurs criminogènes, mais qui peuvent les empêcher de participer de façon active à des programmes correctionnels. Comme nous l'avons vu, les questions de victimisation constituent des cibles importantes pour les traitements à cet égard. Dans les programmes de traitement offerts dans la collectivité, il s'avère particulièrement important de tenir compte des facteurs non criminogènes. Par exemple, l'absence de moyen de transport ou de services de garde pour les enfants peut empêcher les femmes de participer à des programmes qui visent à atténuer leurs facteurs criminogènes. Il faut donc prendre en considération les facteurs non criminogènes lorsqu'on élabore des programmes destinés aux délinquantes dans la collectivité (Bloom, 1998).

Pour conclure, un examen des résultats d'études nous montre que les qualités des programmes efficaces en général sont aussi les qualités des programmes efficaces pour les femmes. Les programmes doivent respecter les principes du risque, des besoins et de la réceptivité. Il y a cependant plusieurs obstacles. D'abord, nous n'avons aucune preuve concluante qu'un outil statistique soit capable de prévoir le risque que présentent les délinquantes sous responsabilité fédérale ou provinciale. Ensuite, la nature criminogène de nombreux facteurs reste à préciser. Enfin, il faudra faire d'autres études pour examiner la question du sexe en tant que facteur lié à la réceptivité.

Il est absolument essentiel de reconnaître les particularités des délinquantes. Bien qu'il y ait de nombreuses ressemblances entre les caractéristiques sociales des délinquants et des délinquantes, il existe aussi des différences considérables dont on doit continuer de tenir compte pour la conception d'interventions correctionnelles axées sur les femmes.


1 Service correctionnel du Canada

2 Depuis 1972, le gouvernement fédéral conclut des ententes d'échange de services (EES) avec les provinces. Ces ententes permettent aux délinquantes sous responsabilité fédérale, sous certaines conditions, de purger leur peine dans un établissement provincial.

3 Bien qu'on utilise l'EID au moment de l'admission, soulignons qu'il existe aussi, pour les délinquantes sous surveillance dans la collectivité, un processus d'évaluation qui porte sur plusieurs éléments, soit la réévaluation du potentiel de réinsertion sociale.

4 La méta-analyse est une méthode statistique qui permet de regrouper les données de nombreuses études et d'obtenir ainsi un résultat «moyen».

5 Une ampleur de l'effet globale de 0,10 se traduit par une réduction approximative de 10 % de la récidive dans les groupes ayant reçu un traitement.

6 Certaines composantes du domaine personnel et affectif ont été considérées comme des facteurs criminogènes (p. ex., maîtrise de soi, lacunes au niveau des aptitudes à la résolution de problèmes, manque d'aptitudes interpersonnelles), alors que d'autres ne l'ont pas été (p. ex., aptitude mentale, problèmes de santé mentale).

7 On a utilisé diverses définitions de la «récidive» : réincarcération pour tout motif, révocation pour manquement aux conditions, condamnation pour nouvelle infraction pénale, condamnation pour nouvelle infraction pénale avec violence.

8 Les programmes de base sont des interventions prioritaires qui doivent être offertes aux délinquantes sur une grande échelle dans les établissements et dans la collectivité. La Stratégie des programmes correctionnels prévoit quatre programmes de base pour les femmes : acquisition de compétences psychosociales (aptitudes cognitives, maîtrise de la colère, compétences parentales), alphabétisation et éducation permanente, lutte contre la toxicomanie, et programmes pour les victimes de mauvais traitements ou de traumatismes.

9 Les facteurs criminogènes traditionnels sont ceux qui sont fondés en grande partie sur des études effectuées avec des échantillons de délinquants de sexe masculin : emploi et instruction, relations conjugales et familiales, fréquentations, toxicomanie, attitudes, fonctionnement dans la collectivité, orientation personnelle et affective.

10 Pour plus de renseignements sur le programme d'entraide entre délinquantes, voir Blanchette, K. & Eldjupovic-Guzina, G. (1998).


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