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Compendium 2000 des programmes correctionnels efficaces

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CHAPITRE 4

Évaluation des délinquants : Enjeux et considérations d'ordre général

JAMES BONTA11


L'évaluation des délinquants figure parmi les activités les plus importantes dans le domaine correctionnel. Une évaluation exacte facilite le classement équitable, efficient et éthique des délinquants. Par contre, une évaluation inexacte peut avoir des conséquences graves. Par exemple, on peut placer un détenu dans un établisse-ment qui ne correspond pas au niveau de sécurité qui devrait lui être attribué et il s'en évade; une Commission des libérations conditionnelles fait l'erreur de mettre en liberté un délinquant qui, croyait-on, ne présentait aucun danger; un agent de libération conditionnelle ne se rend pas compte que la situation d'un délinquant en liberté conditionnelle se détériore. Ce sont là quelques exemples qui montrent l'importance de l'évaluation des délinquants.

En général, l'évaluation des délinquants porte sur des questions relatives à la sécurité et à la libération. Il ne fait aucun doute que l'évaluation du risque est très importante pour les services correctionnels, mais on sait également qu'elle a un lien non négligeable avec l'efficacité du traitement. C'est là un fait nouveau. On a toujours évalué les délinquants avant de leur offrir un traitement, mais on a rarement considéré l'évaluation aux fins du traitement en regard du risque. Habituellement, ce genre d'évaluation se faisait en fonction de la détermination des besoins du délinquant. On constate aujourd'hui que de plus en plus d'intervenants estiment que l'évaluation du délinquant con-cerne non seulement la sécurité, mais aussi la réadaptation du délinquant.

Ce chapitre donne un aperçu des connaissances sur l'évaluation du risque. Notre étude va au-delà de la prévision du risque de récidive pour le délinquant; nous verrons également l'évaluation du risque et des besoins sur laquelle repose un traitement efficace. Nous commencerons par examiner comment notre compréhension du comportement criminel influe sur notre façon d'évaluer les délinquants. Après avoir passé en revue différentes explications du comportement criminel, nous verrons que la recherche semble s'orienter vers la théorie «personnalité générale et perspectives socio-psychologiques». Cette théorie nous amène à plusieurs idées et pratiques utiles. Non seulement elle accroît l'exactitude prédictive, mais elle met également en lumière la pertinence des facteurs de risque dynamiques ou besoins criminogènes. La détermination de ces facteurs est cruciale pour les évaluations dont le but est d'améliorer le traitement des délinquants.

NOTRE OPINION AU SUJET DES DÉLINQUANTS INFLUE SUR NOS MÉTHODES D'ÉVALUATION

Tout le monde, ou presque, a son idée sur les raisons qui poussent certaines personnes à enfreindre la loi et ces explications font l'objet d'intéressantes conversations en société. Par ailleurs, il y a des personnes qui consacrent leur carrière à expliquer le comportement criminel. Les criminologues, sociologues, psychiatres et psychologues s'interrogent sur les causes de la criminalité et ils formulent des théories du comportement criminel. Ils cherchent ensuite des preuves pour étayer leurs théories. Les conclusions tirées des recherches sont utilisées pour modifier les théories, voire parfois les réfuter.

Tous les ouvrages d'introduction à la criminologie renferment de nombreuses théories ou explications du comportement criminel. Pour notre propos, il est inutile d'examiner chacune de ces théories et les preuves qui les sous-tendent. La plupart des théories du comportement criminel peuvent être groupées en trois grandes perspectives. En outre, chacune de ces perspectives donne lieu à des approches très différentes en matière d'évaluation des délinquants (et de traitement). Retenir la théorie qui donne les meilleures pratiques d'évaluation constitue un objectif très important.

Les trois grandes perspectives du comportement criminel sont les suivantes :

  • sociologique;
  • psychopathologique;
  • personnalité générale et socio-psychologique.

Perspective sociologique

Du point de vue sociologique, la criminalité s'explique par des facteurs sociaux, politiques et économiques. La pauvreté, le manque de travail et de possibilités éducatives, et des préjugés systémiques à l'égard des groupes minoritaires sont par exemple à l'origine des frustrations et des incitations qui poussent à commettre des actes criminels. Selon cette perspective, quelle que soit la forme qu'elle prenne, c'est la société qui cause la criminalité. Autrement dit, la société est largement responsable de la criminalité; pour combattre celle-ci, il faut donc modifier les conditions sociales, politiques et économiques dans lesquelles évoluent les membres de la société.

Perspective psychopathologique

Les théories psychopathologiques offrent une perspective presque contraire. Selon elles, les gens commettent des actes criminals parce qu'ils ont des difficultés d'ordre psychologique ou émotif. La cause de la criminalité se trouve chez l'individu même, qui est atteint d'une «maladie» ou qui souffre d'une lacune quelconque, et non dans la société. Les individus enfreignent les lois et les normes sociales parce qu'ils souffrent d'une névrose ou répondent à des voix intérieures. Leur niveau de testostérone est peut-être trop élevé, ce qui les amène à commettre des infractions d'ordre sexuel, ou encore ils sont victimes d'un trouble neurologique qui les empêche de contrôler leur comportement violent. Pour les tenants des théories psychopathologiques, il importe peu que l'individu soit pauvre ou non, qu'il fasse partie d'une minorité ethnique ou d'un groupe ayant peu d'influence sur le plan politique; cette détresse et ces maladies ne sont pas influencées par les facteurs économiques, sociaux et politiques.

Perspective socio-psychologique et de la personnalité en général

Cette perspective met l'accent sur l'apprentissage des attitudes, émotions et comportements qui mènent à une conduite criminelle. Le centre d'intérêt demeure l'individu (comme dans les thèses psychopathologiques), mais dans ce cas, c'est l'apprentissage de la personne qui expliquent la criminalité. Ce n'est pas tellement que le délinquant est «malade», mais qu'il est exposé à des situations qui récompensent et encouragent le comportement antisocial. Ainsi, un enfant qui grandit dans un foyer où les parents ferment les yeux sur les comportements agressifs et hostiles, affichent des attitudes antisociales et n'incitent pas l'enfant à avoir des activités prosociales (p. ex., l'école) et des amis convenables, apprend à avoir un comportement antisocial.

Chacune des trois perspectives nous amène à nous intéresser à des facteurs différents pour comprendre le comportement criminel. Par conséquent, elles suggèrent ce qui devrait être évalué chez les délinquants. Le Tableau 4.1 montre comment les différentes perspectives proposent certaines variables à évaluer. Par exemple, la perspective sociologique met l'accent sur l'évaluation de la situation sociale (classe sociale, situation économique, etc.). De leur côté, les modèles psychopathologiques mettent l'accent sur l'évaluation de l'inconfort psychologique et de la pathologie (p. ex., sentiment d'anxiété, troubles de la pensée). Enfin, la perspective socio-psychologique et de la personnalité en général indique une vaste gamme de facteurs interpersonnels (soutien des pairs et de la famile qui favorise la criminalité), personnels (emploi, toxicomanie, attitudes procriminelles) et sociaux (climat favorisant la criminalité dans le quartier).

TABLEAU 4.1 Liens entre la théorie et l'évaluation des délinquants

.

Perspective théorique

Exemple de caractéristiques évaluées
.
Sociologique Situation sociale (p. ex., âge, sexe)
Origine raciale et ethnique
Situation financière
.

Psychopathologique

Inconfort psychologique (p. ex., angoisse)

Estime de soi

Pensées bizarres
.

Socio-psychologique et personnalité en general

Appui du comportement par l'entourage

Instabilité dans l'emploi

Attitudes antisociales

Personnalité antisociale

Toxicomanie

Antécédents de comportement antisocial
Quartier à taux de criminalité élevé
.

Voici quelques observations générales qui découlent de la réflexion sur l'évaluation en regard de ces diverses perspectives. Premièrement, selon le modèle théorique utilisé, le nombre des variables considérées comme importantes diffère. La perspective sociologique fait ressortir relativement peu de variables pour l'évaluation. Dans l'ensemble, les évaluations de la situation sociale suffisent. Il s'agit de poser quelques questions au sujet de la situation financière et sociale et de l'origine ethnique, et l'évaluation est terminée. Les deux autres perspectives tiennent compte de beaucoup plus de variables. Le modèle de la perspective socio-psychologique et de la personnalité en général est particulièrement exhaustif, car il prend en compte les facteurs sociaux et situationnels en plus des variables psychologiques.

Deuxièmement, la perspective sociologique accorde moins d'importance à la pertinence des caractéristiques individuelles. Cette pondération différente des variables individuelles et des grandes variables sociales distingue la perspective sociologique des deux autres points de vue théoriques. Les théories de la psychopathologie, de la perspective socio-psychologique et de la personnalité en général accordent beaucoup d'attention aux pensées et aux sentiments des individus. Dans les théories sociologiques, les motivations individuelles, les pensées et les émotions sont rarement évoquées.

Finalement, les facteurs considérés comme importants dans la perspective sociologique de la criminalité sont surtout des facteurs statiques. Quand on se concentre sur ces facteurs, l'idée que les gens peuvent changer ne mérite pas tellement d'être examinée et la réadaptation du délinquant est considérée comme une activité mineure. On ne peut pas changer sa race ou son groupe ethnique, ni passer de la pauvreté à la richesse sans gagner à la loterie. Comme il est pratiquement impossible de changer ces facteurs socio-économiques, on peut difficilement en faire des objectifs de traitement.

À ce stade-ci, le lecteur se sentira peut-être un peu confus. Quelle théorie devrait être retenue pour orienter les activités d'évaluation des délinquants ? Comme il a été précisé antérieurement, l'évaluation des preuves qui étayent les théories est un élément crucial dans le choix d'une théorie. Un moyen simple et explicite d'évaluer une perspective théorique est de voir si les facteurs qu'elle établit sont véritablement liés au comportement criminel. Par exemple, la situation financière, l'ethnie, la «nervosité» et la fréquentation d'amis criminels sont-ils des facteurs liés au comportement criminel d'un individu ?

PREUVES QUI SOUS-TEN DENT LES THÉORIES DU COMPORTEMENT CRIMINEL

Le Tableau 4.2 résume les conclusions tirées de deux analyses bibliographiques sur la prévision du comportement criminel. L'une porte sur les délinquants en général (Gendreau, Little & Goggin, 1996), l'autre, sur les délinquants atteints de troubles mentaux (Bonta, Law & Hanson, 1998). Les auteurs des deux analyses ont utilisé le r statistique (coefficient de corrélation de Pearson) pour mesurer les liens entre deux variables. Un r d'une valeur zéro indique qu'il n'y a pas de lien entre la variable et la récidive. Un r de 1,0 indique un lien parfait, c'est-à-dire une chose qui ne se produit que lorsque l'expérimentateur commet une erreur de calcul. Parfois, le r est négatif, ce qui signifie que le lien va dans le sens contraire. Par exemple, un r de -0,19 pour les «troubles mentaux» indique que le fait d'être atteint d'un trouble mental est associé à une récidive moins grande. Lorsque le r est inférieur à 0,10, le lien est considéré comme étant assez faible. Cependant, des valeurs r qui dépassent 0,10 peuvent avoir une signification pratique.

Comme on peut le voir au Tableau 4.2, les facteurs considérés comme importants dans les théories sociologique et psychopathologique de la criminalité figuraient parmi les prédicteurs les plus faibles. Il en était ainsi, peu importe le type d'échantillon de délinquants. Dans certains cas (p. ex., situation socio-économique, détresse personnelle), les corrélations étaient extrêmement faibles.

La conclusion générale que l'on peut tirer du Tableau 4.2 est que les preuves militent davantage en faveur de la perspective de la personnalité générale et de l'apprentissage social du comporte-ment criminel que des deux autres orientations théoriques. Il faut souligner également que trois des meilleurs prédicteurs (compagnons criminels, personnalité antisociale et attitudes antisociales) sont potentiellement modifiables ou dynamiques. Cela est particulièrement important pour le traitement, car ces variables peuvent servir d'objectifs dans les programmes de réadaptation. Les preuves présentées au Tableau 4.2 ne sont absolument pas les seules qui viennent étayer la perspective de la personnalité générale et de l'apprentissage social.2

TABLEAU 4.2 Prédicteurs de la récidive criminelle (r)

.
Perspective théorique/ Prédicteur
Délinquants en général
Délinquants atteints de
troubles mentaux
.
Sociologique
Situation socio-économique
0,06
0,00
Sexe
0,10
0,11
Race
0,13
-0,01
Âge
0,15
0,15
.
Psychopathologique
Détresse personnelle
0,05
-0,04
Fonctionnement intellectuel
0,07
0,01
Troubles mentaux
NS
-0,19
.
Personnalité en general et apprentissage social
Antécédents criminels
0,18
0,23
Compagnons criminels
0,21
NS
Personnalité antisociale
0,18
0,18
Attitudes antisociales
0,18
NS
.
NS = Non spécifié.    

DÉFIS D'ORDRE TECHNIQUE LIÉS À L'ÉVALUATION DES DÉLINQUANTS

Toute théorie pouvant être défendue sur le plan empirique peut indiquer quels facteurs sont importants, mais la théorie ne nous indique pas les meilleurs moyens à utiliser pour évaluer ces facteurs. La façon d'évaluer les caractéristiques des délinquants constitue un problème de mesure technique. Dans la plupart des situations où l'évaluation du délinquant joue un rôle, le défi sous-jacent consiste à prévoir exactement le comportement criminel du client. Il existe deux approches générales pour prévoir le comportement criminel des délinquants (c.-à-d., la récidive). L'une des approches, que l'on appelle souvent la méthode clinique, fait appel aux jugements subjectifs et professionnels pour évaluer les variables considérées comme importantes par la théorie. L'autre est plus objective et laisse moins de place à l'interprétation subjective. C'est ce que l'on appelle la méthode actuarielle parce qu'elle oblige à effectuer une estimation du risque qui est basée sur des données statistiques.

Pour ilustrer la différence entre les approches, prenons la variable des attitudes antisociales. Celles-ci peuvent être évaluées de différentes manières. On peut chercher des preuves d'attitudes antisociales durant une conversation avec le délinquant (méthode clinique) ou on peut administrer un test papier-crayon sur les attitudes antisociales (méthode actuarielle). Dans le premier cas, il faut des compétences et une expérience professionnelle pour déceler et noter des manifestations d'attitudes antisociales. L'interviewer peut varier ses questions selon le délinquant. Le problème ici, c'est que la façon dont l'information est recueillie peut influer sur les réponses et, par conséquent, compromettre la fiabilité de l'évaluation des attitudes antisociales. Dans le cas du test papier-crayon, l'évaluation se fait de façon standard. On pose exactement les mêmes questions aux délinquants et les réponses sont consignées exactement de la même manière pour tout le monde.

Dans la réalité, les deux méthodes sont souvent utilisées ensemble. Cela dit, la recherche laisse cependant voir que l'on peut accorder plus de crédibilité à l'une des deux approches. Les études comparant les méthodes cliniques aux méthodes actuarielles utilisées pour prévoir le comportement criminel, ou n'importe quel autre comportement, révèlent habituellement que les évaluations basées sur l'approche objective tendent à être plus exactes (Grove & Meehl, 1996). Qu'entendons-nous par «plus exactes» ? Tout travail de prévision mène à quatre résultats (voir le Tableau 4.3). On peut prévoir qu'une chose va se produire, et elle se produit effectivement (cellules A et D). Ainsi, une Commission des libérations conditionnelles peut prévoir qu'un délinquant est dangereux, et ce dernier commettra effectivement un crime avec violence (cellule A). Ou encore, la Commission peut prévoir qu'un délinquant ne présentera pas de risque pour le public, et il s'avère que ce dernier réussit sa réinsertion sociale (cellule D). On peut aussi faire des erreurs (cellules B et C). Par exemple, on peut refuser la libération conditionnelle à quelqu'un qui, comme on le constate au moment du suivi, ne commet aucun nouveau crime (cellule B) ou encore on accorde une libération conditionnele à un délinquant qui récidive avec violence (cellule C).

TABLEAU 4.3 Le travail de prévision

.
 
Récidive réelle

Prévision

Oui
Non
.

Récidive

A
B
Pas de récidive
C
D
.

La situation se complique lorsque différentes personnes n'accordent pas la même importance aux divers types de prévisions et d'erreurs. Ainsi, on peut très bien craindre de faire une erreur et de voir un délinquant commettre une nouvelle infraction avec violence. Pour minimiser ce genre d'erreur, il faudrait prévoir que tous les délinquants vont commettre un autre crime. Bien sûr, on aurait raison et on engloberait tous ceux qui pourraient agir de manière dangereuse (cellule A) et il n'y aurait personne dans la cellule C. Mais à quel prix ? Des études révèlent qu'un nombre élevé de délinquants ne récidivent pas (cellule B). Pour certaines personnes, le nombre de délinquants dans la cellule B constitue un problème mineur («sauver une victime suffit»). Pour d'autres (comme les défenseurs des libertés civiles, les gestionnaires financiers), cela constitue un problème social et économique grave. Les délinquants dans la cellule B se voient privés de liberté et sont inutilement incarcérés, et ce, à grands frais.

En général, il est préférable de considérer l'exactitude prédictive en fonction des proportions globales de prévisions exactes et d'erreurs. Ainsi, nous devons savoir comment les chiffres sont répartis dans les quatre cellules pour véritablement comprendre nos prévisions. Nous devons aussi accepter la réalité, à savoir qu'aucun instrument de prévision n'est parfait. Nous pouvons continuer à chercher à maximiser nos prévisions tout en réduisant au minimum nos erreurs, mais il faut prendre soin de ne pas surestimer notre capacité de faire des prévisions. D'après notre analyse des approches cliniques et actuarielles en matière d'évaluation des délinquants, les méthodes actuarielles de mesure des caractéristiques des délinquants et de leurs situations constitueraient notre point de départ pour améliorer l'exactitude prédictive.

Malheureusement, il n'est pas aussi facile qu'il puisse sembler de mesurer de manière actuarielle et objective des facteurs théoriquement pertinents. Tout instrument de mesure comporte une marge d'erreur. Même la bonne vieille règle que vous possédez depuis l'école primaire n'est pas exacte à 100 %. Lorsqu'il s'agit d'évaluer des facteurs humains, la marge d'erreur est infiniment plus grande que les erreurs associées aux instruments mécaniques comme les règles, les balances, etc. Voilà une raison pour laquelle on ne peut jamais faire de prévisions parfaites.

L'une des façons de restreindre les erreurs de mesure est d'utiliser des méthodes différentes pour évaluer un même facteur. Revenons à l'exemple des attitudes antisociales. On peut mesurer cette variable à l'aide d'un test papier-crayon et en effectuant une entrevue personnelle structurée. L'entrevue structurée n'est pas une entrevue clinique ouverte. Il s'agit d'une méthode observable et claire permettant de poser des questions et de consigner les réponses. En outre, les résultats d'une entrevue structurée peuvent être quantifiés et leur validité évaluée.

Lorsqu'on utilise plus d'une méthode d'évaluation, les problèmes associés à l'une ou l'autre des méthodes sont contrebalancés par l'autre méthode. Dans le cas des tests papier-crayon, par exemple, on ne sait pas toujours si le délinquant a bien compris les questions et s'il était motivé à dire la vérité. Dans une entrevue, l'interviewer peut vérifier si le délinquant a compris les questions etdéterminer son intérêt et sa motivation. En outre, un problème que posent même les entrevues structurées est que l'interviewer dispose toujours d'une certaine discrétion pour apporter de légers changements aux questions, et donc influer sur les résultats, alors que le test papier-crayon ne permet pas de modifier les questions. Les recherches ont montré que l'utilisation de plusieurs méthodes d'évaluation d'une caractéristique en particulier d'un délinquant accroît sensiblement l'exactitude prédictive globale. Ces constatations de recherches se traduisent facilement dans la pratique, et l'on voit clairement que les meilleures pratiques correctionnelles sont celles qui sont basées sur l'utilisation de plusieurs méthodes (p. ex., questionnaires, entrevues et observations directes du comportement).

La première façon d'améliorer l'exactitude prédictive consiste à utiliser plusieurs méthodes objectives pour évaluer des facteurs théoriquement pertinents. La seconde est de combiner des facteurs individuels pour former des mesures plus exhaustives d'évaluation des délinquants. La combinaison des facteurs peut se faire de deux manières. La plus simple, appelée la méthode Burgess, est d'attribuer une cote de 1 si le facteur est présent, et de 0 si le facteur est absent. On peut donc avoir une série de points ou de facteurs dans une échelle, qui sont simplement cotés (0 ou 1) et ensuite totalisés pour obtenir une cote globale. L'autre méthode est basée sur des techniques statistiques poussées servant à attribuer différents coefficients de pondération aux facteurs. Par exemple, le sexe peut être considéré comme un facteur ayant plus d'importance que le niveau d'anxiété. Par conséquent, le fait d'être un homme peut mériter une cote de 4, et un niveau élevé d'anxiété une cote de 1. L'Inventaire du niveau de service -- révisé est un exemple d'instrument d'évaluation des délinquants basé sur la méthode Burgess, tandis que l'Échelle du risque et des besoins du Wisconsin est un exemple de la méthode de pondération. Selon les recherches, aucune des deux méthodes n'est supérieure à l'autre.

Dans l'étude de Gendreau et al. (1996), les valeurs rdépassaient souvent 0,30 lorsque les facteurs de risque étaient combinés avec d'autres instruments d'évaluation des délinquants plus généraux. L'amélioration est particulièrement marquée lorsque les facteurs proviennent de domaines différents. C'est ce à quoi l'on s'attend avec la théorie de la personnalité en général et socio-psychologique. Selon cette théorie, il existe de nombreux facteurs qui sont source de comportement criminel. Des antécédents de comportement criminel, des compagnons criminels, des attitudes et une personnalité antisociales, une famille dysfonctionnele et la toxicomanie figurent parmi certains des facteurs les plus importants. Par conséquent, les instruments d'évaluation devraient mesurer ces différents domaines et non simplement se concentrer sur un ou deux domaines. Certains instruments d'évaluation des délinquants sont assez précis et ne portent que sur un ou deux domaines. L'Échelle d'information statistique sur la récidive, par exemple, est très fortement pondérée pour les facteurs d'antécédents criminels. La Psychopathy Checklist -- Revised (Liste de contrôle de la psychopathie -- révisée) mesure la personnalité et le mode de vie criminel. Ces instruments donnent une exactitude prédictive relativement bonne. Cependant, comme ils sont fortement statiques, cela restreint leur utilité dans d'autres pratiques correctionnelles importantes comme le traitement.

Enfin, les prévisions sont beaucoup plus exactes si l'on applique des évaluations multiméthodes à différents domaines ou facteurs liés au comportement criminel et si l'on combine ensuite ces domaines. Une étude de Andrews, Wormith et Kiessling (1985) a fourni des preuves indéniables de l'amélioration des prévisions résultant d'un échantillonnage basé sur plusieurs méthodes et domaines. On a administré une batterie de tests d'évaluation à des adultes probationnaires pour mesurer différents domaines à l'aide de plusieurs méthodes de mesure. Les auteurs ont constaté que la corrélation (r) des attitudes antisociales et de la récidive était de 0,46 lorsqu'on utilisait le test papier-crayon, et de 0,63 lorsque le test était jumelé à une entrevue structurée. Lorsque les résultats ont été combinés à d'autres domaines (p. ex., personnalité antisociale, antécédents criminels, âge), la corrélation (plus précisément la corrélation canonique) atteignait 0,74.

UTILISATION DÉLIBÉRÉE DE FACTEURS PERTINENTS

Évaluation du risque

Après avoir décidé d'utiliser l'approche actuarielle pour évaluer les caractéristiques théoriques pertinentes, conscients également de la valeur des techniques d'évaluation multiméthodes et sur plusieurs domaines, il nous faut maintenant voir pourquoi nous effectuons l'évaluation. En introduction à ce chapitre, nous avons vu que l'un des objectifs visés est l'évaluation du risque de récidive. Bien que cette évaluation soit de toute évidence importante pour décider de la mise en liberté d'un délinquant ou de son niveau de sécurité, elle a également des répercussions sur la planification du traitement.

Le Tableau 4.4 renferme trois exemples de situations possibles lorsque des programmes de traitement sont administrés à des délinquants qui présentent des niveaux de risque différents. À noter qu'aucun des exemples ne montre une réduction de la récidive lorsque le traitement est donné aux délinquants à faible risque. À vrai dire, la tendance indique plutôt le contraire chez ces derniers. On constate une réduction de la récidive lorsque des traitements intensifs sont donnés à des délinquants à risque élevé. Les constatations illustrées au Tableau 4.4 reflètent les résultats de presque 300 tests de cet effet «traitement en fonction du risque» (Andrews & Bonta, 1998). Ce résultat général est ce que l'on appelle le principe du risque associé à l'efficacité du traitement, c'est-à-dire que pour réduire la récidive, il faut administrer des traitements intensifs aux délinquants qui présentent plus de risques.3

Comme le montre le Tableau 4.4, les évaluations du risque sont importantes pour autre chose que les décisions concernant la mise en liberté et les classifications de sécurité. Elles peuvent servir à éclairer les responsables qui doivent décider à quels délinquants il faut donner un traitement. Le principe du risque est particulièrement révélateur pour les cliniciens et les responsables des traitements à qui on a enseigné des techniques thérapeutiques convenant aux clients qui possèdent de bonnes aptitudes verbales, de réflexion et sociales. Bien que les thérapies axées sur le «verbal» et les relations puissent être utiles pour beaucoup de gens, elles ne sont pas très efficaces avec le délinquant type. Beaucoup de délinquants n'ont pas les aptitudes verbales et la capacité de réflexion que nécessitent ces techniques de counseling. Par conséquent, lorsque les thérapeutes appliquent ce genre de thérapies sans succès, ils imputent en général la faute à «la résistance» et à «l'absence de motivation» du client plutôt qu'à la technique utilisée.

TABLEAU 4.4 Taux de récidive (%) en fonction de l'intensité du traitement et du risque que présente le délinquant

.
 
Intensité du traitement
Étude
Niveau du risqué
Faible
Élevée
.
Andrews & Kiessling (1980)
Faible
12
17
 
Élevé
58
31
.
Bonta, Wallace-Capretta & Rooney (1999)
Faible
14
32
 
Élevé
51
31
.
Andrews & Friesen (1985)
Faible
12
29
 
Élevé
92
25
.

Certains observateurs reprochent depuis longtemps aux thérapeutes des milieux correctionnel et judiciaire de préférer le client jeune, sociable, intelligent, attrayant et à faible risque au client à risque élevé qui a vraiment besoin de leurs services. Il n'est pas étonnant que de nombreux thérapeutes préfèrent conseiller la première catégorie de clients. Cette description du client privilégié correspond également à la description du délinquant à faible risque. Certes, il est plus agréable de conseiller ce type de personnes. En outre, certaines de nos idées préconçues au sujet des criminels nous poussent facilement à rejeter tout tentative de traiter les délinquants à risque plus élevé («c'est un psychopathe», «c'est un criminel endurci, il ne changera jamais»). Les recherches semblent toutefois indiquer que le client à risque élevé peut profiter encore plus du traitement que le délinquant à faible risque. Heureusement, on commence à se rendre compte dans tout le domaine correctionnel de l'importance de cibler les délinquants à risque élevé puisque de plus en plus de démarches de traitement visent ce groupe.

Évaluation des besoins

L'une des dérivations importantes de la théorie socio-psychologique et de la personnalité en général est que bon nombre des facteurs jugés marquants sont dynamiques ou changeables. Une personne peut changer d'attitudes et d'amis, trouver ou perdre un emploi, cesser de consommer des drogues ou de trop boire, et ainsi de suite. Il est même possible de changer les traits d'une personnalité anti-sociale si l'on prend celle-ci dans un sens très général plutôt que dans le sens étroit d'un diagnostic de psychopathie. Cette vision de la personnalité antisociale appuie les tentatives de changer une myriade d'attributs dynamiques des délinquants comme la recherche de sensations fortes, l'impulsivité et l'égocentrisme.

En ce qui concerne l'évaluation des délinquants, la théorie souligne l'importance d'évaluer objectivement et systématiquement les facteurs de risque dynamiques. Des études documentaires révèlent que les facteurs de risque dynamiques permettent de prévoir la récidive aussi bien que les facteurs de risque statiques (Gendreau et al., 1996). Qui plus est, des changements dans les facteurs de risque dynamiques ont été liés à des changements dans la récidive. Le Tableau 4.5 illustre les résultats d'une étude effectuée par Andrews et Wormith (1984) dans laquelle on a mesuré à plus d'une reprise les attitudes antisociales de probationnaires. Il faut noter, par exemple, que chez les délinquants qui ont obtenu un faible score pour les attitudes antisociales au début de la période de probation, et qui ont obtenu un score plus élevé lors du deuxième test, le taux de récidive a augmenté (passant de 10, à 20 et à 67 % dans l'échelle supérieure). De même, dans le cas où les attitudes antisociales ont diminué, on a constaté une tendance à la réduction de la récidive.

TABLEAU 4.5 Taux de récidive (%) en fonction des changements dans les attitudes antisociales

.
 
Risque à la fin
Risque au début
Faible
Moyen
Élevé
.
Faible
10
20
67
Moyen
10
37
57
Élevé
7
43
40
.

On appelle aussi les facteurs de risque dynamiques les besoins criminogènes. Il s'agit des besoins qui, lorsqu'ils sont changés chez les délinquants, sont liés à des changements sur le plan de la récidive. Le principe du besoin en réadaptation exige de cibler les besoins criminogènes dans les programmes de traitement. Dans le contexte de l'évaluation, il est extrêmement important de mesurer les besoins criminogènes pour déterminer les services de traitement et pour assurer une surveillance active des délinquants.

Il existe des preuves convaincantes du fait que les interventions qui ciblent les besoins criminogènes sont associées à une baisse de la récidive (Andrews & Bonta, 1998). La majorité des délinquants au Canada font l'objet d'une surveillance dans la collectivité et presque tous les détenus sont un jour ou l'autre mis en liberté. Le public et le personnel de correction s'attendent à ce que, lorsque les délinquants sont libérés et qu'ils font l'objet d'une surveillance dans la collectivité, le risque qu'ils posent pour la sécurité du public soit géré efficacement. Pour atteindre cet objectif de réduction du risque, les travailleurs des services correctionnels doivent s'intéresser aux besoins criminogènes des délinquants. Pour recommander la libération d'un détenu, le personnel des établissements doit faire la preuve d'une réduction des besoins criminogènes mesurés. Nous disposons à l'heure actuelle de programmes d'intervention raisonnablement efficaces et d'instruments d'évaluation qui permettent de constater avec une certaine fiabilité les changements dans les facteurs de risque dynamiques. Certains des instruments d'évaluation s'appliquent spécifiquement à un besoin criminogène en particulier (p. ex., les mesures de la toxicomanie ou des attitudes antisociales) tandis que d'autres consistent en des évaluations plus générales du risque et des besoins du délinquant (p. ex., l'Inventaire du niveau de service -- révisé; Andrews & Bonta 1995).

Il est encore plus important d'observer les facteurs de risque dynamiques dans le cas des délinquants sous surveillance dans la collectivité. Les agents de probation et de libération conditionnelle doivent être attentifs à l'amélioration et à la détérioration de l'état du délinquant. Les surveilants communautaires remarquent facile-ment des changements marqués dans l'état d'un délinquant. Les changements plus subtils et graduels sont toutefois plus difficiles à détecter. Le recours à des jugements professionnels subjectifs du changement est difficile à défendre quand il existe des outils d'évaluation objectifs et à fondement empirique. Cela est particulièrement vrai lorsque le personnel de correction peut administrer nombre de ces instruments après une brève formation. En effet, il n'est pas nécessaire de faire appel aux psychologues et aux psychiatres pour administrer des instruments d'évaluation du risque et des besoins ou un grand nombre des tests papier-crayon d'évaluation des besoins criminogènes.

En résumé, des progrès remarquables ont été réalisés dans le domaine de l'évaluation du risque et des besoins criminogènes. L'une des plus importantes percées au cours des 20 dernières années est qu'on a reconnu l'importance des facteurs de risque dynamiques tant pour la planification du traitement que pour la surveillance des délinquants. L'évaluation systématique et la réévaluation des facteurs de risque dynamiques des délinquants devraient être obligatoires dans tous les systèmes correctionnels. C'est la seule façon raisonnable de surveiller l'efficacité des services offerts aux délinquants et de leur surveillance.

De nombreuses recherches sur l'évaluation s'intéressent aujourd'hui à l'amélioration des instruments de mesure des besoins criminogènes et à l'évaluation des facteurs de risque dynamiques chez des sous-groupes de délinquants. Par exemple, la recherche sur les facteurs de risque dynamiques chez les délinquants sexuels fait actuellement l'objet d'études (Hanson & Harris, 1998). D'autres groupes de délinquants devraient faire l'objet d'évaluations plus spécialisées, comme les délinquantes, les conjoints violents et les délinquants atteints de troubles mentaux. Bien que la plupart des recherches sur l'évaluation des délinquants portent sur l'évaluation du risque et des besoins criminogènes, on commence maintenant à faire de la recherche sur l'évaluation de la réceptivité du délinquant.

Évaluation des facteurs de réceptivité

Notre façon de tirer des leçons des expériences de vie dépend en partie de certains facteurs cognitifs, socio-personnels et liés à la personnalité. Ces facteurs peuvent être des facteurs de risque ou des besoins criminogènes chez les délinquants, mais cela n'est pas nécessairement le cas. Ils influent toutefois sur la réceptivité d'une personne aux efforts déployés pour l'aider à changer d'attitude, de mentalité et de comportement. Ces facteurs de réceptivité jouent un rôle important dans le choix du type et du mode de traitement qui sera le plus utile pour opérer un changement. Voici quelques exemples de ces facteurs de réceptivité qui aideront à comprendre cette notion.

Notre premier exemple est tiré du domaine cognitif. Les êtres humains diffèrent les uns des autres quant à leurs modes de pensée (p. ex., concret ou abstrait, impulsif ou réfléchi) et leur intelligence générale. Ces deux dimensions ne constituent pas des facteurs de risque marqués (voir le Tableau 4.2). Cependant, elles sont très importantes pour ce qui est de l'apprentissage de nouveaux modes de pensée et comportements. Elles influent sur la facilité d'apprentissage d'un individu et sa capacité de profiter d'une instruction. Deux délinquants peuvent présenter le même risque de récidive et les mêmes besoins criminogènes, mais leur niveau et leur style cognitifs peuvent différer. Un saura s'exprimer et saisira rapidement des idées complexes, tandis que l'autre sera moins doué sur le plan des compétences cognitives. Les objectifs du traitement sont identiques, mais les facteurs de réceptivité cognitive du client influeront sur la manière dont ces objectifs seront atteints. Pour le client ayant une plus grande faculté cognitive, un programme fortement axé sur les aptitudes verbales et qui nécessite une capacité de raisonnement abstrait peut s'avérer efficace. Cependant, la même approche pourrait être très difficile pour le délinquant aux facultés cognitives plus rudimentaires.

On peut aussi prendre un exemple tiré du domaine de la personnalité, à savoir l'anxiété réactionnelle. Une fois de plus, il s'agit d'un facteur de réceptivité qui n'est lié au risque ou au besoin criminogène. Les niveaux d'anxiété ne sont pas de bons prédicteurs de la récidive, et il n'y a pas de relation entre une diminution de l'anxiété et une réduction de la récidive. Pourtant, le niveau d'anxiété du délinquant pourrait avoir des répercussions sur le choix du traitement. Par exemple, un programme de maîtrise de la colère peut très bien être efficace dans un groupe composé de personnes relativement peu anxieuses. Mais pour les clients qui sont extrêmement anxieux dans les situations sociales, il serait préférable d'organiser des séances individualisées.

Certains facteurs de risque et de besoins criminogènes peuvent comporter des caractéristiques de réceptivité. Par exemple, les délinquants considérés comme ayant une personnalité antisociale ne sont pas seulement des délinquants à risque plus élevé et ayant de nombreux facteurs criminogènes, mais leur manque d'empathie et leur anxiété nécessitent une intervention fortement structurée. Leur nature énergique et agitée exige un mode de traitement actif et stimulant. Les discussions en classe et les lectures ne constituent pas dans leur cas le mode d'intervention privilégié.

Il existe des mesures objectives de la personnalité antisociale, un des meilleurs instruments validés étant l'Échelle de psychopathie de Hare. Malheureusement, parce que cet instrument est souvent employé pour diagnostiquer la psychopathie, il ne se prête pas à la planification du traitement. Un diagnostic de psychopathie est souvent considéré comme un signe qu'il est impossible de traiter le délinquant. C'est pourquoi, on ne déploie guère d'efforts pour traiter des délinquants «psychopathes», malgré l'absence de preuves concluantes de l'inefficacité d'interventions théoriquement pertinentes. En outre, il n'y a pas de recherche sur le rôle de la psychopathie ou de la personnalité antisociale en tant que facteur de réceptivité.

Les psychologues ont mis au point des mesures fiables et valides des facteurs de réceptivité. Il existe de nombreuses et d'excellentes mesures de la capacité intellectuelle (p. ex., l'Échelle d'intelligence de Wechsler), de l'anxiété (p. ex., le Questionnaire sur l'anxiété chronique et réactionnelle de Spielberger) et de la maturité interpersonnelle (p. ex., l'Échelle Jesness - Niveau I). Il faudrait cependant concevoir de bons instruments de mesure de l'impulsivité, de l'empathie et de la maîtrise de soi, pour n'en nommer que quelques-uns. Comme on peut le constater, il reste encore beaucoup à faire.

Outre les caractéristiques cognitives et de la personnalité, il est possible que des facteurs démographiques et personnels, comme le sexe et l'origine ethnique, influent également sur la réceptivité. Les délinquantes réagissent peut-être mieux à un type d'intervention centré davantage sur les femmes. Les délinquants autochtones profiteraient peut-être d'un programme offert par des conseillers autochtones et des Aînés. Bien qu'il ne soit pas nécessaire d'avoir des mesures d'évaluation des caractéristiques personnelles et démographiques, il faudrait mener des recherches sur les modalités de traitement les plus efficaces d'après les facteurs du sexe et de l'origine ethnique.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

La recherche sur l'évaluation des délinquants est un domaine à la fois palpitant et prometteur. Des progrès remarquables ont été réalisés dans l'élaboration d'instruments d'évaluation des délinquants et rien ne laisse croire que ces progrès seront ralentis prochainement. La liste des réalisations enregistrées au cours des deux dernières décennies est impressionnante et mérite d'être examinée :

 

  1. Reconnaissance de plus en plus grande d'un modèle théorique du comportement criminel appuyé par des preuves empiriques et ayant des répercussions pratiques.
  • La perspective de la socio-psychologie et de la personnalité en général est appuyée par d'importantes preuves empiriques et a permis d'établir certains des facteurs pertinents pour l'évaluation. Ce modèle théorique met l'accent sur l'importance des facteurs de risque statiques et dynamiques qui font le pont entre l'évaluation du délinquant et le traitement.
  1. Recours moins fréquent aux jugements professionnels et utilisation des approches objectives et empiriques pour l'évaluation des délinquants.
  • Les cliniciens et les autres spécialistes reconnaissent qu'ils peuvent mieux prévoir la récidive criminelle s'ils utilisent des instruments d'évaluation objectifs. Cela ne veut pas dire que le jugement clinique et professionnel doit être abandonné. Il y aura toujours des cas où l'expérience professionnelle sera utile. En outre, le processus décisionnel des spécialistes peut être plus observable et faire l'objet d'une validation empirique. La conception d'instruments d'évaluation clinique structurés comme le HCR-20 est un exemple d'amélioration qui peut être apportée aux évaluations cliniques.
  1. Acceptation du fait que l'on ne pourra jamais prévoir avec perfection le comportement criminel.
  • Pendant longtemps, beaucoup s'attendaient à ce que les méthodes des sciences sociales réussissent à établir des techniques d'évaluation qui permettraient de faire des prévisions presque parfaites. En réalité, les prévisions sont bien loin de la perfection. Même les meileurs instruments utilisés aujourd'hui donnent des taux élevés d'erreur. Cependant, on améliore constamment ces instruments, et seul l'optimiste débridé et mal informé peut s'attendre à ce que l'on ait un jour un instrument d'évaluation du risque qui soit sans faille. Accepter la complexité du comportement humain et les erreurs inhérentes associées à sa mesure est libérateur. Nous ne sommes plus rivés à de faux espoirs et à des attentes irréalistes.
  1. Classement des facteurs de risque.
  • La méta-analyse de la documentation sur la prévision de la récidive a permis d'établir un véritable menu de facteurs de risque associés au comportement criminel. Nous n'avons jamais eu une telle compilation des éléments qui devraient être évalués. Fait encore plus important, nous disposons pour la première fois d'une échelle des facteurs de risque qui nous amène à nous concentrer sur l'évaluation des caractéristiques les plus importantes du délinquant.
  1. Découverte de l'importance des facteurs de risque dynamiques.
  • Le fait de limiter nos évaluations du risque à des facteurs statiques nous a empêchés de concevoir des programmes de réadaptation efficaces. Les facteurs de risque dynamiques ou besoins criminogènes ouvrent la porte à la conception et à l'évaluation de programmes de traitement. Connaître les facteurs de risque dynamiques est égale-ment utile pour assurer la surveillance et le contrôle des délinquants.
  1. Combinaison des facteurs de risque statiques et dynamiques et instruments d'évaluation du risque et des besoins.
  • L'ajout de données sur les risques dynamiques aux mesures des risques statiques s'est révélé fort avantageux. Nous ne faisons plus seulement une évaluation du risque à des fins de mise en liberté et de classification de sécurité, ce qui était l'objectif principal des instruments d'évaluation des risques statiques. En tenant compte aussi des facteurs de risque dynamiques et en évaluant le risque et les besoins, nous avons conservé notre exactitude prédictive tout en nous donnant la possibilité de planifier les traitements et d'évaluer les changements chez le délinquant.

La liste des réalisations est véritablement impressionnante. Pourtant, il reste beaucoup à faire. Nous devons poursuivre la recherche pour déceler des facteurs pertinents sur le plan théorique et concevoir des mesures pour évaluer ces facteurs. Même si nos instruments de prévision ne seront jamais parfaits, il y a encore beaucoup de place à l'amélioration de l'exactitude prédictive. La recherche sur l'évaluation des facteurs de réceptivité et sur les facteurs de besoins et de risque spécifiques à certains groupes de délinquants (p. ex., les délinquants sexuels) doit devenir une priorité plus importante. Néanmoins, nous sommes toujours sur notre lancée et nous devons poursuivre les améliorations afin que le système correctionnel soit un système plus efficace et plus humain.


1 Solliciteur général du Canada

2 Pour un examen plus complet des preuves, on peut se reporter à l'ouvrage de Andrews et Bonta (1998).

3 On trouvera une analyse plus détaillée du principe du risque dans d'autres chapitres de ce Compendium.


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