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Compendium 2000 des programmes correctionnels efficaces

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CHAPITRE 6

Obstacles à l'efficacité des programmes correctionnels

PAUL GENDREAU, CLAIRE GOGGIN et PAULA SMITH1


Même si l'on dispose maintenant d'importants éléments d'information sur «ce qui fonctionne» relativement à l'évaluation du délinquant et aux pratiques de traitement, des sondages récents indiquent que très peu de programmes répondent aux critères des pratiques exemplaires. Ce chapitre décrit plusieurs obstacles à l'emploi des meilleures pratiques, y compris le «théoréticisme» et le manque de transfert d'expertise.

D'énormes progrès ont été faits dans les connaissances relatives aux services correctionnels (voir Andrews & Bonta, 1998; Cullen & Gendreau, 2000) depuis que Martinson déclarait ironiquement, au milieu des années 1970, que «rien ne marchait» (Martinson, 1976).

Les spécialistes du secteur correctionnel bien informés peuvent maintenant affirmer, avec un degré raisonnable de confiance, que les plus solides prédicteurs du comportement criminel et les plus utiles mesures du risque ont été déterminés. Qui plus est, on sait maintenant quels types de programmes de «traitement» entraînent les plus fortes baisses de récidive. Même si cet état de choses est satisfaisant et constitue un précieux tremplin pour établir des politiques proactives à l'intention des gestionnaires correctionnels, la triste réalité est que de nombreuses pratiques représentatives du milieu correctionnel ressemblent peu à ce qui, à notre connaissance, «fonctionne» (Gendreau & Goggin, 2000; Gendreau, Paparozzi, Little & Goddard, 1993). Une récente méta-analyse (Andrews, Dowden & Gendreau, 1999) signale que seulement 13 % des 374 évaluations de programmes de traitement destinés aux délinquants qui ont été publiées étaient fondées sur le principe du traitement axés sur les effets (c.-à-d., des traitements comportementaux ciblant les besoins criminogènes des délinquants à risque élevé). Cette proportion de 13 % représente une baisse par rapport aux 20 % enregistrés dans des études menées il y a une dizaine d'années à peine. Si l'on considère les travaux publiés à la norme d'aujourd'hui, on y trouve des renseignements sur des programmes non structurés axés sur les besoins douteux (p. ex., manque d'adaptation) des délinquants à faible risque ou sur des programmes fondés sur des concepts simplistes de «méthode dure» (p. ex., surveillance électronique, camps de type militaire). Pour aggraver les choses, de nombreux programmes sont dispensés en milieu carcéral, où il est difficile d'obtenir des changements comportementaux.

Si telle est la situation des études dans les ouvrages publiés sur le sujet, qu'en est-il du «monde réel» ? Certains envisage le pire, selon eux, il n'existe pratiquement pas d'interventions correctionnelles efficaces sur le terrain (Lab & Whitehead, 1990). Gendreau et Goggin (2000) se sont efforcés de vérifier cette affirmation de Lab et Whitehead en évaluant la qualité de programmes correctionnels de traitement «sur le terrain» au moyen du Répertoire d'évaluation des programmes correctionnels, ou REPC (Gendreau & Andrews, 1996; cet instrument sera bientôt révisé sous le nom de REPC-2000). Malheureusement, la grande majorité des programmes n'ont pas obtenu la «note de passage». Les principales faiblesses incluaient des évaluations inadéquates, des traitements non précisés, le manque de personnel adéquatement qualifié et formé, et le fait que les responsables des programmes n'étaient pas au courant des travaux sur «ce qui fonctionne» (Gendreau & Goggin, 2000).

Les facteurs à l'origine des scénarios susmentionnés sont évidents. De nombreux décideurs et gestionnaires correctionnels, particulièrement aux États-Unis, ont pris à cœur l'affirmation de Martinson (1976) et ils ont adhéré au retour aux sanctions comme s'il s'agissait d'un nouveau Saint-Graal répondant à leur quête. Le contexte socio-politique de l'époque était sans doute propice à l'adoption du point de vue proposé par Martinson (Cullen & Gendreau, 1989). D'autres ont soutenu que le système correctionnel est simplement une entreprise à but lucratif (Shichor, 1995) où il n'existe aucune motivation à réduire le taux de criminalité au moyen de traitements, et qu'il est plus facile d'obtenir des résultats tangibles en construisant des établissements supplémentaires et en assurant leur fonctionnement. De plus, certains pontes, décideurs et politiciens tiennent pour acquis que l'opinion publique est en faveur d'une politique punitive -- une impression qui n'est d'ailleurs pas confirmée par les données (Cullen, Fisher & Applegate, 2000) -- ce qui justifierait davantage le recours à des stratégies de rigueur.

Comment peut-on résoudre ce paradoxe? C'est-à-dire, y aura-t-il jamais concordance entre les travaux d'évaluation sur «ce qui fonctionne» et la pratique correctionnelle réelle ? Ne soyons pas naïfs; ceux qui s'attendaient à ce qu'en Amérique du Nord la politique sociale en général et le système correctionnel en particulier se fonde essentiellement sur les résultats d'expériences objectives, valides et répétées (selon le principe de la «société qui expérimente», Campbell, 1969) se sont avérés extrêmement crédules (Gendreau & Ross, 1987). Mais est-il exagéré de s'attendre à ce que, malgré la puissance d'idéologies politiques de bon sens, les médias, et la prédilection, propre à l'Amérique du Nord, pour le règne des forces du marché, nous puissions aspirer à une corrélation au moins modeste entre une évidence expérimentale solide et les politiques correctionnelles ? Selon nous, non. Si nous pouvions faire en sorte que le taux de corrélation entre l'évidence et les politiques se situe ne serait-ce qu'entre 20 et 40 %, cela signifierait que les politiques correctionnelles seraient plus rationnelles et rentables. Cela permettrait également d'écarter la succession de solutions miracles ou «panacées» que nous nous sommes prescrites si volontiers (Gendreau, 1999; Gendreau & Ross, 1979). Ainsi, afin de nous rapprocher des idéaux de la société qui expérimente, nous devons nous pencher sur les questions suivantes.

CE QU'IL FAUT FAIRE

Les principaux obstacles comprennent le théoréticisme adopté par les chercheurs et les décideurs, les difficultés liées au transfert d'expertise des spécialistes aux gestionnaires et aux praticiens, et le manque de programmes de formation adéquats (Gendreau, 1996).

Théoréticisme

Le théoréticisme suppose l'acceptation ou le rejet du savoir relatif aux valeurs et aux expériences d'une personne : c'est l'intuitionnisme. (Andrews & Bonta, 1998; Gendreau, 1995). Les méthodes d'enquête reposant sur le positivisme et le raisonnement inductif sont dénigrées. De plus, le théoréticisme se trouve compliqué par l'existence d'une gamme confuse de systèmes des valeurs parfois déconcertants dans les différentes disciplines (p. ex., criminologie, économie, droit, gestion, psychiatrie, psychologie, travail social et sociologie) et professions (universitaires, administrateurs, cliniciens et police) qui se font concurrence dans le domaine de la justice pénale pour une hégémonie intellectuelle (Gendreau & Ross, 1979). Le théoréticisme se caractérise par un profond anti-intellectualisme qui prend la forme d'un manque d'intérêt et/ou de respect à l'égard d'autres sources du savoir et on peut l'interpréter comme fonctionnant de trois façons : passion du paradigme et ethnocentrisme, destruction de la connaissance et le syndrome de gestion MBA (Gendreau, 1999; Latessa & Holsinger, 1998).

Passion du paradigme et ethnocentrisme

La passion du paradigme renvoie aux réalités du monde de travail, qui peuvent souvent être très limitées. En premier lieu, notre formation est, par nécessité, étroitement spécialisée. La plupart d'entre nous n'ont des contacts qu'avec un très petit nombre de collègues dont le milieu social et la formation sont essentiellement les mêmes que les nôtres. Notre milieu de travail soumet souvent nos vies professionnelles à des filtres. Par exemple, nous travaillons dans un milieu où tous nos collègues ont une forte orientation behavioriste; nous avons alors rarement l'occasion d'affronter des points de vue différents sur la nature humaine. Adopter des idées et des activités contraires à ce qui est considéré comme en vogue recevra peu de renforcement.

L'ethnocentrisme se développe à partir de la passion du paradigme. C'est-à-dire que, une fois que nous tombons dans le piège de croire que les limites de notre discipline et le contexte socio-politique dans lequel nous vivons définissent de façon adéquate l'ordre des choses, il ne reste qu'un petit pas à faire pour admettre tacitement que notre réalité est vraiment supérieure à celle des autres.

Ainsi, nous avons vu la perplexité se peindre sur les visages de psychologues à qui l'on suggérait qu'ils devraient suivre les articles publiés dans des revues de criminologie. Ils n'étaient apparemment pas conscients du fait que certaines théories des domaines de la criminologie ou de la sociologie (p. ex., l'association différentielle) puissent avoir quelque chose d'utile pour la prévision du comportement criminel et le traitement des délinquants. En examinant certaines informations présentées à l'American Psychological Association's Commission on Violence and Youth, le premier auteur a été frappé par le fait que les psychologues qui s'occupaient de jeunes délinquants semblaient tout ignorer des travaux qui concernent les délinquants adultes. De même, les évaluateurs des traitements pour toxicomanes n'étaient pas au courant, à quelques exceptions près, des recherches du domaine correctionnel (Gendreau, 1995). Il s'agit là d'une situation regrettable, étant donné que les prédicteurs du comportement antisocial et les principes d'un traitement efficace sont très voisins chez les jeunes délinquants et chez les délinquants adultes et qu'il est difficile de distinguer entre la clientèle du système de justice pénale et celle des services pour toxicomanes.

Ces exemples peuvent également être considérés comme des manifestations d'une forme subtile d'ethnocentrisme. Comme exemple d'ethnocentrisme encore plus flagrant, on peut citer le fait que certaines revues américaines sur l'efficacité des traitements ne renvoient presque jamais aux travaux de recherche effectués dans des pays étrangers où différentes approches du «problème de la criminalité» ont été mises en œuvre (p. ex., incarcération réduite). Malheureusement, il y a eu des cas où des travaux étrangers ont fait l'objet de remarques désobligeantes (ou pire, n'ont pas été cités) dans le but, probablement, d'appuyer les politiques en vigueur (c.-à-d., châtiment plutôt que réadaptation) (voir Gendreau, Smith & Goggin, 2001).

La passion du paradigme et l'ethnocentrisme peuvent mener à des conséquences anti-intellectuelles pouvant atteindre des proportions incroyables. Ainsi, l'une des caractéristiques des stratégies de traitement inefficaces est le recours à des programmes de «sanctions intelligentes» (Gendreau et al., 1993). On aurait pu s'attendre à ce que les concepteurs et les évaluateurs de programmes prêtent attention aux nombreux travaux de recherche expérimentale sur la modification du comportement humain et le châtiment, ainsi qu'à la recherche socio-psychologique sur la persuasion et la coercition, qui fournissent une justification convaincante du caractère inefficace des programmes punitifs. Il existe, en tout, environ 30 000 ouvrages et articles concernant ces deux domaines. Dans tous les travaux sur les programmes punitifs, il n'y en a que deux à avoir jamais été cités (Gendreau, 1996).

Destruction de la connaissance

La destruction de la connaissance consiste en une tentative délibérée et consciente d'ignorer ou de rejeter les résultats concurrents. C'est là un problème de longue date signalé dans les ouvrages portant sur la prévision du comportement criminel et le traitement des délinquants (Andrews & Wormith, 1989), qui résulte du fait que le soutien sous-jacent à des projets de prévision et de traitement provient de conceptualisations psychobiologiques du comporte-ment plutôt que des perspectives d'une structure sociale privilégiées par la sociologie et la criminologie. Les perspectives psycho-biologiques ont été ridiculisées pour des raisons morales et professionnelles. Certains criminologues (p. ex., Gibbons, 1986) ont prétendu que les perspectives psychobiologiques avaient pour conséquence la répression et la terreur. Hirschi et Hindelang (1977) ont remarqué que la cause première du rejet de disciplines telles que la psychologie était, essentiellement, la protection de la profession des sociologues.

Les promoteurs de la destruction de la connaissance ont avancé, pour soutenir le point de vue antiprévision et antitraitement (voir Andrews & Bonta, 1998), bon nombre d'arguments qui globalement peuvent être classés en deux grandes catégories (Gendreau, 1995). Les arguments du premier type concernent la méthodologie et leurs tenants affirment que toute étude sur la prévision ou le traitement peut facilement être remise en question parce qu'elle repose sur une théorie imparfaite, qu'elle n'exclut pas d'autres explications des résultats, qu'elle contient d'éventuelles erreurs dans la mesure des variables et que les effets enregistrés ne sont pas suffisamment importants ou résultent d'acrobaties statistiques. Les arguments du deuxième type ont un caractère plus idéologique et ils peuvent prendre l'une des trois formes suivantes : les problèmes sociaux sont insolubles, et ceux qui croient pouvoir les résoudre vivent dans un monde chimérique et utopique; un traitement suppose un monopole des valeurs et il demande plus de contrôle que de liberté absolue; les résultats concernant l'efficacité d'un traitement obtenus aujourd'hui ne seront pas valables dans l'avenir en raison des changements dans le contexte social. Il est clair qu'aucune étude ne peut sortir indemne de telles critiques. Les arguments visant la destruction de la connaissance l'emporteront toujours.

Le syndrome de gestion MBA

La dernière forme que peut prendre le théoréticisme est le syndrome de gestion MBA (maîtrise en administration des affaires) dans le système de la justice pénale (Gendreau, Goggin & Smith, 2000). Au fil des ans, au sein du gouvernement en général et du système de justice pénale en particulier, nous avons été témoins de l'apparition d'une nouvelle génération d'administrateurs correctionnels de haut niveau qui sont des généralistes possédant très peu ou pas de formation dans les professions d'«aide» et n'ayant aucune formation en prévision et en traitement du comportement criminel (Gendreau et al., 2000). Il semble que la compétence fondamentale requise aujourd'hui des administrateurs soit une expérience générale de la gestion. Avoir un soutien politique ne nuit pas non plus. Et parmi les administrateurs de cette nouvelle espèce, il est rare que ceux, peu nombreux, qui connaissent bien les questions correctionnelles demeurent longtemps dans leur poste.

Selon nous, la devise «rien ne fonctionne» a également contribué à la formation du syndrome de gestion MBA. Struckoff (1978) a fait preuve de prescience lorsqu'il prédisait que, sous l'effet de la conviction que «rien ne fonctionne», les systèmes correctionnels non dotés de spécialistes bien formés deviendraient fondamentalement frauduleux. La notion de réadaptation étant rejetée, ils se trouveraient sous la gouverne d'administrateurs sans connaissances spéciales, sensibles à des caprices politiques quant à l'adoption des dernières panacées. Heureusement, au Canada, le Service correctionnel fédéral n'a pas été la proie de tels changements insidieux (Gendreau et al., 2000, p. 53).

Même si le théoréticisme est une abomination aux yeux des tenants de l'empirisme, on trouvera peut-être un remède dans ce qui, apparemment, constitue deux autres obstacles. Il s'agit des questions du transfert d'expertise et de la formation.

Transfert d'expertise

Le transfert d'expertise consiste à fournir l'information nécessaire à ceux qui en ont le plus besoin. Malheureusement, les données à cet égard indiquent qu'habituellement une telle information ne parvient pas aux praticiens. On pourrait citer comme exemple typique le cas des programmes de traitement des toxicomanies; en effet, il a été signalé que ni les politiques en matière de gestion, ni le processus de décision clinique n'étaient fondés sur des articles publiés dans des périodiques professionnels (Backer, David & Soucy, 1995). Si les praticiens reçoivent une information qui influe sur leur approche du traitement, c'est le plus souvent à l'occasion d'ateliers et, même à ce moment-là, un pourcentage relativement petit de ces praticiens en tirent profit. Nous avons l'impression que ce problème ne concerne pas uniquement les programmes pour toxicomanes.

Il y a lieu, malgré tout, d'avoir un minimum d'espoir. Les responsables de programmes, les formateurs et les décideurs ont maintenant à leur disposition quelques mesures et stratégies d'intervention permettant de mieux effectuer un transfert d'expertise (Backer et al., 1995; Backer, Liberman & Kuehnel, 1986). Andrews et Gendreau, ainsi que d'autres auteurs de ce Compendium, ont participé à un transfert d'expertise, au niveau de l'organisation et au niveau des praticiens, dans des établissements, des bureaux de libération conditionnelle, des lieux où sont dispensés des services correctionnels communautaires et en collaborant avec les responsables de l'élaboration des politiques. En 1979, nous avons décrit nos 19 premières tentatives de transfert d'expertise (Gendreau & Andrews, 1979); actuellement, nos dossiers contiennent plusieurs douzaines d'études de cas. Les lignes directrices qui suivent reposent sur notre appréciation rétrospective et subjective des conditions liées à des tentatives de transfert d'expertise réussies. Le succès, qui se traduisait en l'occurrence par le fait qu'un nouveau programme fonctionnait toujours deux ans après notre intervention ayant pour but le transfert d'expertise,2 survenait lorsque :

  • Nous étions tournés vers l'action et nous travaillions aux côtés des membres du personnel jusqu'à ce que ceux-ci se sentent suffisamment à l'aise pour prendre le relais.
  • L'organisme avait à sa tête un administrateur principal qui se faisait le champion des nouvelles initiatives (sinon, nous avons identifié une telle personne et nous avons nourri son intérêt).
  • Nous avons mis tout en œuvre pour que les valeurs sociopolitiques et les valeurs des programmes de l'organisme soient en accord avec celles que nous avions adoptées (en tant qu'agents de changement).
  • Les nouvelles initiatives étaient rentables et durables.

De telles activités ne suffisent toutefois pas à elles seules à garantir le transfert d'expertise. Pour pouvoir directement apporter des changements à la prestation des services, il faut que les connaissances soient disponibles en premier lieu. La seule façon d'y parvenir consiste à assumer continuellement la tâche épuisante d'organiser de nombreux ateliers, de présenter des exposés lors de conférences ouvertes à d'autres que des universitaires, d'encourager une couverture médiatique responsable (et d'apparaître dans les médias), publier des articles dans des bulletins d'information et faire appel à des associations professionnelles pour qu'elles exercent une pression en vue de changements au sein des bureaucraties gouvernementales, des organismes du secteur privé et du corps politique.

Formation

Il existe très peu de programmes de formation pour les gens qui s'intéressent au traitement des délinquants. Aux États-Unis, aucun institut de formation de niveau national ne se spécialise dans le traitement, même si, à l'occasion, on fait appel à contrat à des experts en la matière. Au Canada, les instituts de formation de ce genre sont inconnus. Des universités américaines offrent plusieurs programmes de formation dans les domaines du droit et de la psychologie, mais lorsque nous avons consulté les plus récentes lignes directrices de l'American Psychological Association concernant la formation des diplômés, nous n'avons trouvé que quelques possibilités de formation poussée en matière de travail clinique dans le domaine correctionnel.

Cependant, une action même limitée peut avoir une incidence mesurable. Par exemple, la mise en œuvre d'un seul programme et/ou le travail de deux ou de trois personnes peuvent avoir des effets significatifs. Il y a quelques années, Andrews et Gendreau (1976) avaient lancé un programme de formation pour le secteur correctionnel au niveau du baccalauréat et certains diplômés ont entrepris de travailler sur le terrain. Des psychologues ont récemment mis sur pied des programmes de médecine légale, de droit et d'administration des services correctionnels en Ontario et en Colombie-Britannique (Simourd & Wormith, 1995). Nous retirons déjà des avantages de ces programmes aux niveaux clinique et scientifique. Au cours des cinq dernières années, le nombre de communications concernant la justice pénale présentées lors des conférences annuelles de la Société canadienne de psychologie a augmenté de façon considérable, et certains des psychologues de la nouvelle génération considèrent toujours comme une priorité d'apporter leur contribution à la recherche et à la pratique cliniques.

Le Ministère de la Justice de la Nouvelle-Zélande a mis en œuvre une recommandation (Gendreau & Simpson, 1986) d'établir des liens entre le gouvernement et les universités pour le financement de la formation en psychologie correctionnelle. Il n'est pas étonnant que ces progrès, accompagnés du leadership éclairé des psychologues du même Ministère, coïncide avec le fait que la psychologie correctionnelle est une discipline en plein épanouissement dans ce pays et que les données qu'elle fournit ont une incidence sur les politiques en matière de justice pénale. Enfin, les recherches et la pratique ayant trait à la réadaptation commencent à fleurir en Allemagne et en Grande-Bretagne grâce au travail mené par quelques psychologues de valeur spécialisés dans ce domaine (p. ex., Farrington, Hollin, Lösel, McGuire & Thornton).

Pour terminer, nous sommes impressionnés par le fait que la plupart des fournisseurs de services sont enthousiastes à l'idée de perfectionner leurs compétences cliniques. Nous devons tout faire pour leur en donner la possibilité, car des changements sont souhaitables à ce niveau-là si nous voulons promouvoir des pratiques correctionnelles plus efficaces.


1 Université du Nouveau-Brunswick, Centre for Criminal Justice Studies

2 Pour une description plus précise des facteurs qui entrent en jeu dans ce domaine, voir Gendreau, Goggin et Smith (1999).


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