Pre-1920 : De la punition à la pénitence

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Des débuts difficiles

Le Canada devient un pays en 1867, lors de la signature de la Constitution. Pourtant son histoire correctionnelle remonte bien plus loin. Aux débuts, tout est question de crime et de châtiment. Les personnes qui enfreignent la loi subissent de lourdes conséquences, souvent en public. Elles peuvent être flagellées (fouettées) ou marquées au fer rouge (flétrissure). Elles peuvent aussi être mises au pilori, dans des cadres de bois avec des ouvertures pour la tête et les bras ou pour les bras et les jambes, et exposées sur la place publique pendant des heures ou des jours entiers. Dans d'autres cas, les prisonniers sont tout simplement expulsés, bannis et transportés vers d'autres pays où ils sont abandonnés à leur sort.

Les attitudes changent

Vers la fin du 19e siècle, de nouvelles idées sur les services correctionnels se forment en Angleterre, et un peu plus tard aux États-Unis. Elles prennent ensuite racine au Canada. L'un des grands concepts nés de cette époque est celui des maisons pénitentiaires : des endroits où l'on isole les prisonniers des autres membres de la société afin qu'ils puissent penser à leurs gestes et peut-être changer. Le « pénitencier provincial du Haut-Canada », situé à Kingston, en Ontario, est le premier établissement du genre, accueillant six premiers détenus le 1er juin 1835. D'autres seront bientôt construits, d'abord à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en 1841, puis à Halifax, en Nouvelle-Écosse, en 1844. Avec Kingston, ce seront les premiers pénitenciers fédéraux après la confédération. (Les pénitenciers fédéraux sont gérés par le gouvernement fédéral et abritent des délinquants dont les peines sont supérieures à deux ans. Les peines de moins de deux ans sont purgées dans un pénitencier provincial.)

Plusieurs pénitenciers fédéraux sont construits entre 1867 et 1920, notamment au Québec (Saint-Vincent-de-Paul), au Manitoba (l'actuel établissement Stony Mountain), en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick (pénitencier de Dorchester), en Alberta et en Saskatchewan.

Asiles et pénitenciers

Les asiles sont établis en même temps que les pénitenciers. En 1865, le gouvernement du Haut-Canada œuvre l'hôpital Rockwood à proximité du pénitencier de Kingston, et les détenus souffrant de problèmes mentaux y sont transférés. Douze ans plus tard, l'hôpital est converti en asile provincial, et les quelques détenus qui s'y trouvent encore retournent au pénitencier. Pendant nombre d'années, le diagnostic des personnes souffrant de troubles de santé mentale se fait au hasard. Certains directeurs de prison et inspecteurs sont d'avis que de 15 à 25 % des détenus du pénitencier de Kingston sont fous. En 1940, des psychiatres avancent que tous les criminels sont déséquilibrés et qu'il faudrait convertir les prisons en hôpitaux psychiatriques. Pendant plusieurs décennies, les criminels aliénés vont et viennent entre leurs cellules, l'infirmerie et les asiles provinciaux, et ce jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Ils sont confinés, mais ne reçoivent aucun traitement.

Une nation se forme

Il s'agit d'une époque de rassemblement et d'extension. La vision de ce que pourrait être le Canada commence à se concrétiser. Le Bas-Canada et le Haut-Canada s'unissent. En 1857, la reine Victoria nomme Ottawa la capitale du Canada. C'est un choix diplomatique, la ville étant située à mi-chemin entre Montréal et Kingston, les deux principaux centres à l'époque. Le 1er juillet 1867, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique est signé à Charlottetown, unissant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Québec et l'Ontario pour former le Dominion du Canada.

Les chemins de fer deviennent rapidement les artères vitales du pays, s'étendant vers l'est jusqu'aux Maritimes et se rendant dès 1885 en Colombie-Britannique. (Cette province s'était jointe à la confédération canadienne en 1871.) Au tournant du 20e siècle, les chemins de fer transportent des groupes d'immigrants qui s'installent dans les Prairies. En 1905, le Canada compte deux nouvelles provinces : la Saskatchewan et l'Alberta.

Une nation est appelée

À l'aube du nouveau siècle se pointent de nouvelles possibilités. En 1901, Guglielmo Marconi reçoit le premier message radio transatlantique à St. John's, Terre-Neuve, inaugurant ainsi l'âge des télécommunications. Tous les progrès ne sont toutefois pas également positifs : en 1912, le soi-disant insubmersible Titanic sombre dans l'Atlantique après avoir heurté un iceberg au large de Terre-Neuve.

En 1914, les événements en Europe amènent l'Angleterre à déclarer la guerre à l'Allemagne. Le Canada s'engage sans hésitation dans le conflit. Pendant la guerre (1914-1918) survient le pire accident de l'histoire canadienne : l'explosion, le 6 décembre 1917, d'un navire français rempli de munitions dans le port de Halifax. Deux milles personnes sont tuées. La guerre est difficile et dure plus longtemps qu'on ne l'avait imaginé. Afin d'appuyer l'effort de guerre, le gouvernement fédéral introduit l'impôt sur le revenu comme mesure temporaire de financement.

Pour gagner les élections fédérales de 1918, le premier ministre, Robert Borden, rédige la Loi des élections en temps de guerre, qui accorde le droit de vote aux femmes. Pour être admissible à ce droit, les femmes doivent être des sujets britanniques, être âgées d'au moins 21 ans et être la femme, la veuve, la mère, la sœur ou la fille d'un homme ou d'une femme qui a déjà fait partie des forces armées canadiennes.

Le facteur humain

L'ouverture du pénitencier de Kingston en 1835 marquait le début d'un nouvel âge des services correctionnels. C'était la première fois que l'on adoptait une véritable approche institutionnelle fondée sur des principes.

Pourtant, la situation ne change pas du jour au lendemain. Pendant nombre d'années, les prisons restent des endroits cruels et malsains. Le régime alimentaire des détenus se limite souvent au pain et à l'eau, un régime punitif. Il est interdit aux détenus de se parler, de se regarder ou de se faire des signes. Les cellules sont petites et mal équipées. Les gardiens de prison n'ont aucune formation structurée. Les premières années, le pénitencier est une sorte d'attrait touristique recevant des visiteurs payants – dont Charles Dickens, qui décrira la prison comme étant gérée « adéquatement et avec sagesse ». Toutefois, ce que Dickens et le reste du public voient n'est pas un reflet fidèle de la réalité. Malgré les meilleures intentions, le pénitencier est un lieu de violence et d'oppression.

Le premier directeur de la prison, Henry Smith, est à l'origine des problèmes des premières années. Smith abuse du fouet, même pour une époque où il s'agit d'une mesure disciplinaire acceptée. Des femmes et des enfants qui n'ont parfois que huit ans sont flagellés. Smith punit aussi les détenus en les enchaînant, en imposant l'isolement cellulaire et un régime au pain et à l'eau, en les plaçant dans des cellules sans lumière, en les submergeant dans l'eau, en leur faisant porter des poids de 35 livres ou en les emprisonnant dans la « boîte » – un cercueil à la verticale. En 1848, le député George Brown dirige une enquête qui met à jour les agissements de Smith. Il produit un document de 300 pages dans lequel il relève des activités pouvant donner lieu à 11 accusations au criminel sous 121 chefs d'accusation. D'abord suspendu, Smith sera congédié, après 14 ans comme directeur de la prison, par le gouverneur général, lord Elgin.

Des partisans du changement

Tandis que l'on commence à remettre en question les conditions de vie dans les prisons canadiennes, des groupes se penchent sur la vie après l'incarcération. Plus particulièrement, la Prisoners' Aid Association de Toronto, fondée dans les années 1870, soutient que s'ils n'obtiennent pas de l'aide pour se trouver du travail, un logement, de la nourriture et des vêtements, un grand nombre d'ex prisonniers risquent de retourner en prison.

Les efforts de l'association mènent à la ratification de la première convention pénale du Canada en 1891. Elle traite de la ségrégation des détenus de sexe féminin et masculin, de la création de tribunaux spéciaux pour les jeunes, de la réforme des systèmes correctionnels canadiens et de la mise en liberté sous condition.

Ces points seront repris dans plusieurs rapports préparés par des commissions royales au fil des décennies. Certaines recommandations seront mises en œuvre avant 1920, notamment l'adoption de la Loi des libérations conditionnelles en 1899 et la création du Dominion Parole Office en 1905.