1920–1939 : Dans l'adversité

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Un système sous la loupe

Durant la première partie du 20e siècle, le système pénitentiaire canadien fait l'objet d'une attention accrue. Un nombre croissant de groupes s'intéressent aux prisons, et les gouvernements cherchent des moyens d'améliorer les conditions et de faciliter la réadaptation des délinquants.

Au début des années 1920, le Comité Biggar, Nickle et Draper, établi par le ministère de la Justice, propose d'apporter plusieurs modifications aux règlements pénitentiaires. Ces modifications sont considérées comme plutôt radicales par certains. Par exemple, le Comité suggère que les détenus soient payés un modeste salaire pour leur travail (fragmentation de pierres, extraction en carrière, taillage de pierres, agriculture, transformation de métaux, menuiserie, confection de vêtements et fabrication de briques). Il propose en outre que l'on améliore les bibliothèques des prisons et les services d'enseignement et que l'on confine moins souvent les détenus dans leur cellule.

Une société en détresse

La Crise de 1929 éprouve fortement les Canadiens. En 1933, plus du quart des travailleurs avaient perdu leur emploi. Les familles doivent renoncer à leur confort et sont dépouillées de leurs biens, voire de leur domicile. Il n'est donc pas surprenant que durant ces années de désespoir, il y ait une montée du crime. Les nouveaux délinquants affluent dans les prisons canadiennes..

Malgré tout, la compassion règne. En plus des efforts déployés par certains groupes comme la Prisoners' Aid Association et l'Armée du Salut (à l'œuvre dans les prisons canadiennes depuis 1882), un nouvel organisme visant à faciliter la réadaptation et la réinsertion des détenus voit le jour. Il s'agit de la Société John Howard , fondée par le révérend J. Dinnage Hobden et nommée en l'honneur de cet artisan reconnu de la réforme carcérale en Grande-Bretagne au 19e siècle. En 1939, la première division de la Société Elizabeth Fry, un organisme offrant des services aux femmes détenues et nommé en l'honneur d'une autre personne qui a milité pour la réforme des prisons et les droits des détenus en Angleterre, est mise en place au Canada.

Une nouvelle vision

Vers la fin des années 1930, il y a de nouveaux appels en faveur d'une réforme des prisons. La première prison pour femmes œuvre ses portes à Kingston en 1934, séparant enfin les femmes détenues des hommes. En 1936, une commission royale est chargée d'examiner minutieusement le système pénitentiaire. Le rapport Archambault, rendu public en 1938, contient un grand nombre de recommandations qui influenceront la révision de la Loi sur les pénitenciers. Toutefois, les événements sur la scène mondiale retardent la mise en œuvre de ces changements durant plusieurs années.

Des hauts et des bas

Les années 1920 sont prospères pour le Canada et les Canadiens. Les salaires sont à la hausse, le taux de chômage est faible, et les souvenirs de la Première Guerre mondiale commencent lentement à s'estomper.

Le krach boursier d'octobre 1929 vient changer la situation du jour au lendemain. Un grand nombre de facteurs ont contribué à cet effondrement du marché : le ralentissement économique, la surévaluation des sociétés et la faiblesse de la réglementation des pratiques et affaires financières. Le krach, peu importe ses causes, a des répercussions graves et durables. Ce n'est que vers la fin des années 1930 que les pays commencent à s'en remettre. Dans l'intervalle, les années de dépression seront difficiles pour tout le monde.

Des années difficiles

Durant la Grande Crise, la valeur des biens s'effondre. Les entreprises ont de la difficulté à générer des profits, et les travailleurs, à gagner leur pain, surtout dans les secteurs primaires comme l'agriculture et l'exploitation minière et forestière. Les chiffres sont éloquents. En 1929, les entreprises avaient rapporté des profits de 396 millions de dollars. En 1933, elles essuient des pertes totales s'élevant à 98 millions de dollars.

L'année 1933 marque un point tournant. La situation commence à s'améliorer progressivement par la suite, mais il faudra attendre la fin de la décennie pour en arriver à un rétablissement complet.

Durant les années 1930, en réponse à la souffrance et à la pauvreté générales causées par la Grande Crise, le gouvernement commence à créer des programmes comme l'assurance-maladie et l'assurance-emploi, créant ainsi ce que l'on appelle maintenant le « filet de sécurité social ».

Le rapport Archambault

La population carcérale a grossi durant la Grande Crise, mais il n'y a pas d'argent pour agrandir les établissements existants ou en ouvrir d'autres. Malgré certains travaux de construction, la surpopulation cause de graves tensions, menant à de véritables émeutes. Le premier soulèvement a lieu à Kingston en 1932 et dure six jours. Au cours des cinq prochaines années, il y en aura 15 autres dans des pénitenciers de tout le pays.

Il fallait agir, et Agnes Macphail, la première femme élue député au Canada, a beaucoup d'idées. Dès son élection en 1922, elle devient une grande défenseure de la réforme du système pénitentiaire canadien.

Elle préconise notamment la création d'une commission indépendante des libérations conditionnelles et la possibilité pour tous les délinquants d'obtenir une mise en liberté sous condition. En 1935, à la suite d'un changement de gouvernement, une commission royale est chargée d'étudier la question des pénitenciers du pays.

Sous tous les angles

La commission royale, nommée la Commission Archambault en l'honneur du juge Joseph Archambault qui la préside, étudie attentivement presque tous les aspects du système correctionnel canadien.

Elle publie en 1938 un rapport substantiel et rigoureux qui confirme en grande partie ce que disait Agnes Macphail depuis des années en ce qui concerne les conditions en prison et l'importance de la libération conditionnelle.

Parmi les grandes constatations contenues dans le rapport, on apprend que plus de 70 % des détenus sont récidivistes. Tous les intéressés estiment qu'il serait possible de réduire ce nombre en prenant des mesures efficaces en vue de la réadaptation des détenus.

M. Archambault et ses collègues recommandent finalement la création d'une véritable commission carcérale ayant pleins pouvoirs sur la gestion des pénitenciers et la possibilité d'agir comme commission fédérale indépendante en matière de libérations conditionnelles.

Le monde fait intrusion

Après de vastes débats sur la mise en œuvre des recommandations du rapport Archambault et la rédaction d'une nouvelle version de la Loi sur les pénitenciers, l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale fait que les changements pourtant si imminents ne se réalisent pas.