Guide à l'intention des candidats bénévoles
Manuel de formation 2002
Droits d'auteur - Service correctionnel du Canada
No. de cat. JS82-102/2002F
ISBN 0-662-87503-6
Remerciements
Nous aimerions remercier plusieurs personnes pour le temps et le travail qu'elles ont consacrés à la préparation de ce guide.
L'un des premiers à reconnaître la nécessité d'uniformiser la formation de bénévoles d'une région à l'autre fut M. Hugh Kirkegaard, pasteur. C'est également lui qui, jusqu'à récemment, a dirigé le projet Cercles de soutien et de responsabilité, devenu par la suite un programme national canadien. Son expérience transparaît tout au long du présent document.
Evan Heise, David Dyck et Andrew McWhinnie ont également apporté leur pierre à l'édifice : en qualité de consultants régionaux, ils ont rédigé chacun de larges portions de ce manuel, qui a pris forme grâce à leurs conseils. Enfin, nous tenons à remercier M. David Molzahn, pasteur, qui a pris la direction nationale de l'initiative des Cercles de soutien et de responsabilité à l'automne de 2000 et auquel on doit l'achèvement du projet dans sa forme actuelle.
Nous remercions du fond du cœur chacune de ces personnes et tous ceux et celles qui, d'un bout à l'autre du pays, ont contribué de bien d'autres manières à la multiplication des Cercles de soutien et de responsabilité.
Introduction
Objet et historique de ce manuel
Ce manuel intitulé Cercles de soutien et de responsabilité : Guide de formation des candidats bénévoles, est le premier du genre. Il s'appuie sur le guide des opérations produit par le Comité central mennonite de l'Ontario et le Service correctionnel du Canada (1996, révisé en 2000) et sur le travail de l'Équipe consultative pour victimes et survivants reliée à l'initiative de Winnipeg.
Les cercles de soutien et de responsabilité (CSR)Note de bas de page 1 constituent une solution novatrice à un problème social complexe. Le présent guide vise à faciliter la formation de bénévoles désireux de faire partie d'un "cercle" de soutien et de responsabilité à l'appui d'un délinquant sexuel dont le mandat est arrivé à expiration. Il s'agit en outre d'une première ébauche de rapport sur les travaux et les réflexions des nombreuses personnes qui ont contribué, d'un bout à l'autre du Canada, à cette initiative relativement nouvelle. L'idée de ce guide est née lorsqu'on a reconnu la nécessité de rendre la démarche et les normes d'initiation et de formation des candidats bénévoles et des professionnels plus cohérentes.
Ce Guide témoigne également de la réussite des cercles de soutien et de responsabilité (CSR). En fait, l'expansion rapide des CSR démontre clairement que ce programme est devenu un mouvement populaire étroitement lié à des organismes communautaires d'un bout à l'autre du pays.
Il est également important de reconnaître qu'aucun guide n'est en mesure de rendre justice au caractère essentiel d'un tel mouvement ni aux connaissances que les gens acquièrent lorsqu'ils se réunissent en communauté de la sorte. Ainsi, le présent guide vise à donner des renseignements sur la mise sur pied d'un cercle de soutien et de responsabilité. Il ressort clairement de son contenu que l'apprentissage est un processus continu.
Depuis trois ans, l'Aumônerie du Service correctionnel du Canada (SCC) joue un rôle de premier plan dans ce mouvement en pleine éclosion en misant sur les CSR pour aider les collectivités à répondre aux besoins des délinquants sexuels à risque élevé. Au départ, on a créé un poste contractuel pour la promotion et l'expansion des CSR par le canal d'un réseau national d'aumôneries communautaires.
À l'automne de 1998, les personnes s'intéressant aux CSR sont venues de tous les coins du pays à Crieff Hills (Ontario) pour une série de réunions. Le financement de démarrage des projets CSR, ainsi que les besoins en formation et en ressources de soutien, ont été au centre des discussions. Le présent guide, avec ses modules de formation et ses suggestions de démarches de formation, a été élaboré pour donner suite à ces discussions et pour répondre aux besoins définis au cours des années précédentes.
On recommande de miser sur l'apprentissage par l'expérience dans la planification des séances de formation fondées sur les modules présentés dans ce guide. Les jeux de rôles, les discussions en groupe et les exercices interactifs jouent un rôle important dans ce mode de formation. Pour plus d'information, veuillez vous reporter à l'annexe A (L'apprentissage chez les adultes) et à l'annexe B (Le cycle de l'apprentissage par l'expérience).
Les origines des cercles de soutien et de responsabilité
Les nouvelles dispositions législatives adoptées en 1994 ont posé un dilemme. En effet, dans deux incidents séparés, un groupe confessionnel a répondu aux besoins de la collectivité, du SCC et des délinquants jugés à risque de récidive le plus élevé dans le cadre de ce qui est devenu le programme des « cercles de soutien et de responsabilité » (CSR).
Le dilemme résidait dans le fait qu'un délinquant était incarcéré jusqu'au dernier jour de sa peine (ou date d'expiration de son mandat), sans qu'aucun mécanisme de soutien ou d'encadrement ne soit prévu dans la collectivité pour favoriser sa réinsertion sociale dans les meilleures conditions de sécurité. Dans les deux cas, le délinquant concerné avait eu affaire à des bénévoles ou avait participé à un programme relevant d'un groupe confessionnel. Les CSR sont nés de cette tradition d'intervention des groupes confessionnels en milieu carcéral.
Au début de 1994, le pasteur/directeur d'une aumônerie située dans le centre de Hamilton du nom de Harry Nigh a reçu l'appel d'un psychologue de prison au sujet d'un délinquant qui considérait le pasteur comme l'un de ses rares amis dans la collectivité. Les deux hommes s'étaient liés d'amitié plus de dix ans auparavant dans le cadre d'un programme de visite à la prison. Le pasteur était conscient du fait qu'il ne suffirait pas à lui seul à répondre aux besoins du délinquant une fois mis en liberté. C'est pourquoi il a réuni quelques personnes qui connaissaient le délinquant et leur a demandé leur aide pour le soutenir.
À sa mise en liberté, le délinquant s'est heurté à la colère des hommes : les médias et la population étaient si hostiles que ses besoins s'en sont trouvés exacerbés. Le pasteur a alors demandé à quelques bénévoles de plus de se joindre au groupe de soutien et a invité une femme membre du comité de surveillance de quartier à en faire autant. Cette dernière avait pour mission de veiller à ce que le soutien fourni au délinquant soit responsable et contribue à la sécurité de la collectivité.
Au cours de ces six premiers mois, un aumônier communautaire du Service correctionnel communautaire à Toronto, le pasteur Hugh Kirkegaard, a suivi de près la situation à Hamilton. Plus tard cette année-là, un autre cas du genre s'est présenté à Toronto : un criminel notoire mis en liberté dans une collectivité située en périphérie de Toronto, où une église et quelques partenaires du mouvement des Alcooliques Anonymes étaient prêts à l'accueillir et à l'aider à se réintégrer dans la société. Mais, sous l'effet de la tension montant dans cette collectivité plus petite, conjugué à ses besoins médicaux particuliers, le délinquant a dû déménager à Toronto quelques jours plus tard. Le bénévole du groupe confessionnel qui travaillait auprès de ce délinquant a alors appelé l'aumônier à l'aide.
Là encore, les besoins personnels du délinquant et les exigences que lui imposaient la collectivité et le tribunal étaient tels qu'il a fallu mobiliser plusieurs bénévoles. L'aumônier, qui avait suivi de près ce qui se passait à Hamilton, a tiré parti de ses contacts avec divers groupes confessionnels pour mettre sur pied un groupe de personnes bien décidées à aider le délinquant à sortir de l'ornière.
Au cours des mois qui ont suivi, l'aumônier et le pasteur de Hamilton ont comparé leurs notes et réfléchi à leurs expériences communes, pour s'apercevoir que les interventions de ce genre calmaient les angoisses de leurs concitoyens et que les ex-délinquants s'adaptaient alors d'autant mieux à leur collectivité. Ces derniers ne retombaient pas dans des comportements dangereux, loin de là, et se réintégraient plutôt dans la société en tant que citoyens respectueux des lois.
D'autres voix se sont jointes aux leurs, dont plusieurs membres des groupes de soutien et quelques autres personnes œuvrant auprès des délinquants sexuels et des victimes d'agressions sexuelles. Ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de programme des CSR est le fruit de ces premières expériences et réflexions.
Définition du cercle de soutien et de responsabilité
L'Aumônerie du SCC définit un cercle de soutien et de responsabilité comme étant
un groupe surtout confessionnel d'environ quatre à sept bénévoles de la collectivité*, qui s'engage à améliorer la sécurité publique en soutenant la réinsertion sociale d'une personne qui a été maintenue en incarcération jusqu'à l'expiration de son mandat à cause de ses antécédents de crimes sexuels, en établissant avec elle une « alliance », en ayant avec elle des rencontres, et en l'accompagnant dans sa vie quotidienne. (*ou plus si besoin en est)
Énoncé de mission et valeurs fondamentales
Les Cercles de soutien et de responsabilité (CSR) visent à réduire considérablement le risque de victimisation sexuelle des membres de la collectivité. Pour ce faire, les CSR aident les délinquants à se réinsérer dans la collectivité et à mener une vie responsable et productive. Voici les valeurs fondamentales sur lesquelles est fondée cette initiative et qui continuent de nous inspirer dans la poursuite de notre mission :
- Nous affirmons que c'est à la collectivité qu'incombe la responsabilité de la réparation sécuritaire à l'égard des victimes et de leur guérison de même que de la réinsertion sociale « sans risque » des délinquants sexuels.
- Nous croyons en un Dieu d'amour et de réconciliation qui nous appelle à être des agents de guérison.
- Nous reconnaissons la peine continue des victimes d'agressions sexuelles et leur besoin de guérir.
- Nous cherchons à « recréer une collectivité » responsable, sécuritaire, saine et donneuse de vie en collaboration avec des ex-délinquants.
- Nous acceptons l'appel à une hospitalité totale, partageant nos vies les uns avec les autres dans la collectivité et prenant des risques au service de l'amour.
La justice réparatrice et les cercles de soutien et de responsabilité
Les CSR se situent dans le droit fil des principes de la justice réparatrice. Bénévoles et coordonnateurs prennent sérieusement les besoins et les préoccupations des victimes, de la collectivité et des délinquants. Le rétablissement de la paix dans la collectivité suppose que la protection de la population et des victimes potentielles soit assurée. Et pour améliorer véritablement la sécurité publique, l'ordre doit être rétabli dans la collectivité. C'est là l'une des principales raisons d'être des CSR.
Dernièrement, Howard Zehr (Winchester, Angleterre, avril 2001) a proposé une définition de ce qu'est la justice réparatrice et de ce qu'elle n'est pas.
La justice réparatrice est :
- une redéfinition des rôles au sein du système de justice pénale, les victimes de crime occupant une place centrale;
- une approche particulièrement indiquée pour les crimes graves, comme les interventions auprès des libérés conditionnels sous responsabilité fédérale;
- une approche indiquée pour les délits mineurs, mais qui convient encore mieux pour les crimes graves où les besoins des victimes sont comparables et sont plus urgents;
- une tentative en vue de remédier aux causes du crime en répondant aux besoins qui en résultent. Cette tentative est fondée sur deux principes fondamentaux :
- Préjudice - La justice réparatrice vise à réparer le préjudice causé par le crime en répondant aux besoins des victimes et en tenant le délinquant responsable du mal qu'il a fait.
- Mobilisation - La justice réparatrice mobilise les victimes, les délinquants et la collectivité aux fins de la réparation du préjudice causé par le crime.
La justice réparatrice n'est pas :
- le pardon ni la réconciliation, bien qu'elle puisse permettre d'y accéder;
- la médiation, parce que la médiation implique une certaine égalité morale entre les parties, qui n'existe habituellement pas entre victimes et délinquants. Simultanément, les programmes de dialogue entre victimes et délinquants (souvent appelés médiation ou réconciliation entre la victime et le délinquant) ouvrent une porte à la justice réparatrice, offrent un moyen de favoriser la guérison ou le rétablissement de l'équilibre;
- un programme ni un avant-projet - c'est une philosophie, une boussole, non une carte;
- une mode passagère ni un mythe - elle est profondément ancrée dans l'histoire culturelle et religieuse de l'immense majorité des sociétés du monde entier;
- le contraire de la justice rétributive - le contraste est trompeur. Les deux approches sont fondées sur le principe selon lequel les délinquants doivent quelque chose et que les victimes ont droit à la réparation. L'optique est différente : la justice rétributive parle de douleur, tandis que la justice réparatrice parle de guérison. Le système judiciaire a toujours sa raison d'être et doit être considéré comme étant un continuum. Il est également vrai que les démarches de réparation ne sont pas aussi clémentes ni aisées qu'on le pense, et que les tribunaux et l'appareil judiciaire ne sont aussi sévères ou durs qu'on le dit. Changer d'optique veut dire changer les questions et les catégories en cause.
À propos de la nécessité de miser davantage sur la justice réparatrice face au crime, Susan Sharpe note : « [traduction] loin de nous l'idée que l'appareil judiciaire doit être remplacé. Le procès devant un tribunal joue un rôle essentiel et donne des résultats hors de la portée des approches réparatrices. Mais cela ne signifie pas pour autant que la justice doive être rétributive.
La justice, dans n'importe quel système, devrait concilier le mieux possible responsabilité et humanité » (italiques nôtres)Note de bas de page 2 .
Les remarques de Susan Sharpe reflètent bien la vision sous-jacente aux CSR : les cercles sont autant de tentatives en vue d'initier des citoyens ordinaires à l'art de concilier responsabilité et humanité. Un CSR est une initiative émanant d'une collectivité, qui est prise en mains par des bénévoles issus de cette collectivité. Bon nombre de ces bénévoles - mais pas tous – font partie d'un groupe confessionnel. Ces groupes confessionnels sont autant de réserves naturelles de bénévoles.
Les citoyens bénévoles ont à leur actif toutes sortes de compétences et de l'expérience dans des domaines très divers, et beaucoup ont également déjà travaillé auprès de personnes marginalisées. Pour améliorer la sécurité communautaire, il est primordial d'instaurer un milieu de vie dans lequel l'ex-délinquant se sent bien entouré et soutenu, dans le respect des principes de la responsabilité, de la réparation et de la guérison.
Ordinogramme de formation et de création d'un CSR
On trouvera à la page 12 un schéma de principe sur les processus recommandés pour le recrutement, la sélection et la formation de bénévoles, et pour la création et le maintien d'un cercle. Le processus de formation qui suit l'initiation comprend deux phases structurées en une série de modules. On trouvera également dans ce guide des explications détaillées sur les objectifs et les éléments de l'initiation et des deux phases de la formation. Le volume complémentaire intitulé Cercles de soutien et de responsabilité - Guide d'élaboration des politiques et des programmes contient des explications détaillées sur les objectifs et les éléments du processus de création des cercles.Note de bas de page 3
Vous constaterez que l'ordinogramme prévoit plusieurs points de SORTIE tout au long du processus de formation du candidat bénévole et de création d'un cercle, chacun correspondant à un stade précis auquel on demande au candidat bénévole s'il veut poursuivre le programme. Dans la négative, il peut abandonner le programme à tout moment et à n'importe quel stade de sa formation ou de la création d'un cercle.
En outre, ces points de SORTIE sont autant d'occasions pour le coordonnateur local de rejeter une candidature qui ne convient pas. Par exemple, il peut décider de rejeter la candidature d'une personne qui minimise la gravité des infractions sexuelles ou de la violence à l'endroit des femmes et des enfants au point de trahir davantage qu'une simple ignorance en la matière.
Le processus de formation des candidats et de création d'un cercle est donc, en soi, un mécanisme de sélection des bénévoles qui conviennent.
Participation aux séances de formation
La participation à six des sept modules de formation d'une demi-journée chacun qui correspond à l'initiation au CSR, à l'atelier de base et à l'atelier de formation avancée est généralement considérée comme étant obligatoire. On s'attend à ce que les bénévoles rattrapent toute séance manquée. On peut faire des exceptions au cas par cas. Il est fortement recommandé de tenir un registre des présences.
Notes de bas de page
- Note de bas de page 1
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Pour faciliter la lecture du présent document, l’appellation « cercles de soutien et de responsabilité » et l’acronyme correspondant « CSR » sont interchangeables.
- Note de bas de page 2
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Sharpe, S. (1998), Restorative justice: A vision for healing and change, Edmonton ( Alberta), Canada, Edmonton Victim-Offender Mediation Society.
- Note de bas de page 3
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Ce volume complémentaire sur l’élaboration des politiques et des programmes n’est pas encore disponible. Sa publication est prévue pour l'automne 2002. Pour plus de précisions, veuillez consulter votre expert-conseil régional ou le coordonnateur local de l’initiative.
- Date de modification :
- 2007-07-11