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Projet sur l'incidence des services d'aumônerie du Service correctionnel du Canada*
Rapport sur les services religieux et spirituels
Direction de l'aumônerie
Octobre 2007
* L'équipe de gestion de l'aumônerie est responsable pour la réalisation des recommandations du Rapport sur les services religieux et spirituels.
Table des matières
Principales observations et constatations
Annexe B Programmes et initiatives de l'Aumônerie
Le Rapport sur les services religieux et spirituels est le rapport final du Projet sur l'incidence des services d'aumônerie et il fait suite au Rapport sur la pastorale (2004) et au Rapport du Secteur de l'engagement communautaire (2006). En plus de permettre d'élaborer un cadre d'évaluation pour l'Aumônerie du SCC, le Projet vise à répondre à deux questions : Quelle est l'incidence des services offerts et comment renforcer l'incidence de ces services?
Le Rapport sur les services religieux et spirituels est le résultat de plus de 200 entrevues personnelles tenues avec des détenus, des membres du personnel, des bénévoles et des administrateurs dans quatorze établissements des cinq régions du SCC. Les principales observations et constatations proviennent des entrevues réalisées par les équipes qui se sont rendues sur place. Huit recommandations sont formulées pour répondre à la deuxième question du Projet : comment renforcer l'incidence des services religieux et spirituels au sein de l'Aumônerie du SCC?
Aux fins du rapport, l'expression « célébrations religieuses » se rapporte aux activités de culte offertes par un aumônier en établissement, un membre du clergé dans la collectivité, un bénévole ou un guide ou conseiller spirituel d'un groupe confessionnel minoritaire, alors que l'expression « activités ou services de type religieux ou spirituel » a trait aux activités et « programmes » reliés à la spiritualité offerts par l'entremise de l'équipe de l'Aumônerie dans un établissement (ou une aumônerie dans la collectivité).
Quatre-vingt-dix pour cent des détenus interrogés ont dit qu'ils étaient très satisfaits des célébrations religieuses offertes dans leur établissement. Ils ont affirmé que les célébrations à la chapelle ont une incidence positive sur eux qui s'est traduite par leur épanouissement personnel et spirituel, l'amélioration de leur bien-être émotionnel et un changement de comportement positif.
Même si le taux de satisfaction des détenus qui assistent aux célébrations religieuses est très élevé, le rapport reconnaît que de quinze à vingt pour cent seulement des détenus assistent régulièrement à ces célébrations. Les personnes interrogées ont donné plusieurs raisons pour expliquer pourquoi plus de détenus n'y assistent pas, et l'on espère que les équipes de l'Aumônerie en établissement chercheront à étendre la portée des services qu'elles assurent à la chapelle dans le cadre de leur processus de planification de la pastorale.
Le rapport fait état de la modification du paysage religieux de l'environnement carcéral. Bien que la majorité des délinquants déclarent toujours qu'ils sont catholiques ou protestants, le pourcentage de ceux qui ont déclaré « aucune religion » et « non chrétiens » a augmenté au cours des dernières décennies. Les aumôniers interrogés ont affirmé qu'ils accueillent les détenus « non religieux » aux services qu'ils offrent. De plus, en raison de la réalité actuelle du pluralisme religieux, des contrats de services ont été conclus avec des groupes confessionnels non chrétiens dans les cinq régions. Les détenus qui ont accès à ces services en sont extrêmement satisfaits, mais ils aimeraient recevoir plus souvent la visite de leurs conseillers ou guides.
Les aumôniers estiment que les célébrations religieuses constituent un élément essentiel de leur plan de pastorale. Les aumôniers, les bénévoles et les guides des groupes confessionnels minoritaires consacrent beaucoup de temps à la planification, à la préparation et à la prestation des célébrations. En outre, le rapport souligne le taux élevé de participation du « groupe d'utilisateurs » – les détenus qui assistent aux célébrations, ce qui a une incidence positive sur eux. Le rapport comprend plusieurs de leurs suggestions visant à accroître l'incidence des célébrations offertes.
D'après l'une des constatations du rapport, l'Aumônerie offre une gamme étendue de services et d'activités qui se classent sous les rubriques suivantes : compétences cognitives, religion, méditation, conscience de soi, créativité, rencontres personnelles, relations, émotions, rétablissement, épanouissement personnel et approche communautaire. Une liste exhaustive des activités qui s'offrent actuellement dans les établissements figure à l'annexe B.
Pourtant, la plupart des membres du personnel et des détenus interrogés ne connaissaient pas la portée des activités et des services disponibles. L'adoption d'une méthode de communication et de promotion de ceux-ci pourrait permettre à un plus grand nombre d'y d'avoir accès, et au personnel d'y orienter plus de détenus.
Comme il est mentionné plus haut dans le cas des célébrations religieuses, ceux qui se prévalent des activités non liturgiques sont très satisfaits des initiatives qui, selon eux, ont une incidence positive sur eux. Les divers volets des activités sont parfois offerts pendant la journée en semaine; toutefois, la plupart ont lieu le soir lorsque les détenus ne travaillent pas et que des bénévoles sont disponibles pour les appuyer. Le rapport fait état du rôle important que jouent les bénévoles dans le succès des services de type religieux et spirituel.
Le rapport fait aussi mention de questions comme l'échange d'information entre les aumôniers et le personnel, l'évaluation permanente de ce qu'offre l'Aumônerie et le ressourcement.
Le rapport sur les services religieux et spirituels présente huit recommandations pour donner suite aux principales constatations qui y sont formulées. On espère que ces recommandations renforceront l'incidence des services religieux et spirituels offerts par l'Aumônerie du SCC.
Les aumôniers œuvrent dans le système pénitentiaire canadien depuis la création de celui-ci. Dans son livre intitulé Un passé plein d'avenir 1, le chanoine Tom James fait remarquer que l'aumônier était celui qui, après le directeur d'établissement, jouait le rôle le plus important pendant les premières années du Service. En fait, le concept même de pénitencier s'inspirait du principe des Quakers, selon lequel les prisons devaient être des endroits où les délinquants se réconciliaient avec leur Dieu et se repentaient de leurs actes devant leur Créateur. Dans le contexte chrétien, le mandat spirituel de l'aumônerie remonte au Nouveau Testament, lorsque le Christ a dit : « J'étais en prison et vous êtes venus à moi » (Matthieu 25 :36). D'autres groupes confessionnels estiment aussi qu'ils ont l'obligation spirituelle de rendre visite à ceux qui sont incarcérés.
Reflet du paysage religieux de la société canadienne de l'époque, l'Aumônerie a d'abord été une entreprise conjointe des Églises protestante et catholique . Même si le Canada est devenu plus diversifié sur le plan religieux au fil des ans, la majorité de ses citoyens considèrent encore la religion protestante ou la religion catholique romaine comme leur religion (données du recensement de 2001), tout comme la majorité de la population carcérale du SCC. Toutefois, le SCC fait face actuellement à un milieu religieux et spirituel plus complexe, où il doit répondre aux besoins de nombreuses confessions religieuses. Afin de pouvoir satisfaire les besoins religieux, le SCC a demandé aux représentants des divers groupes confessionnels de créer un organisme consultatif – le Comité interconfessionnel (CI). Ce Comité a été constitué en 1968 pour assurer la liaison entre le SCC, par l'entremise du directeur général de l'Aumônerie, et les groupes confessionnels. Son principal rôle consiste :
à conseiller le SCC, à collaborer au recrutement, à la sélection et à l'évaluation, à apporter son soutien aux aumôniers ainsi qu'à faciliter la liaison entre, d'une part, le SCC et, d'autre part, les Églises et les autres groupes confessionnels 2.
Le CI cherche à inciter les groupes confessionnels à participer à la pastorale en milieu correctionnel en favorisant l'éducation et la sensibilisation aux besoins des délinquants, des ex-détenus, des victimes, du personnel et des familles. Il collabore avec le SCC et conseille celui-ci au sujet de questions religieuses comme les éléments dont ont besoin les délinquants pour pratiquer leur foi, les besoins en matière de régime alimentaire et les questions de principe générales, entre autres. Les détails du partenariat entre le SCC et le CI ont été établis dans un Protocole d'entente , qui a été renouvelé en 2000 .
Au début des années 80, le Rapport Carcajou a présenté une description et une analyse de l'Aumônerie au SCC. Les auteurs ont cherché à démontrer la valeur de l'Aumônerie ainsi que son impact sur les délinquants, la famille des délinquants, le personnel et les groupes confessionnels. L'une de ses recommandations les plus remarquables portait sur la modification du statut des aumôniers d'établissement pour qu'ils deviennent des agents contractuels représentant leurs groupes confessionnels au lieu d'être des employés du SCC nommés pour une période indéterminée.
L'Aumônerie tient son mandat actuel de diverses sources, entre autres, la Charte canadienne des droits et libertés ; la Déclaration universelle des droits de l'Homme (1948); la Loi canadienne sur les droits de la personne (1977); la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC); l' Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus (Nations Unies); le Protocole d'entente entre le Comité interconfessionnel de l'aumônerie et le Service correctionnel du Canada (2007) et les textes sacrés.
En janvier 2001, les représentants de la Direction de l'aumônerie et de la Direction des évaluations et des examens (DEE) se sont réunis à la demande de l'Aumônerie du SCC pour une séance de remue-méninges, de réflexion et de dialogue d'une durée de deux jours afin d'amorcer l'élaboration d'un cadre stratégique pour la responsabilisation et l'évaluation des services de l'Aumônerie. Les consultations initiales ont révélé que la portée et le champ d'action de l'Aumônerie sont considérables et complexes. En février 2001, la DEE a présenté à l'équipe de gestion de l'Aumônerie (EGA) quelques réflexions initiales au sujet d'un cadre d'évaluation du rendement.
Au printemps 2001, le directeur général de l'Aumônerie a présenté une « Analyse de cas de l'Aumônerie » au Comité de direction du SCC. Le contexte de la proposition y est présenté en introduction :
Un leadership spirituel implique la mise en œuvre d'une vision de compassion, de bonté et de beauté. Le personnel de l'Aumônerie s'efforce de réaliser cette vision dans le milieu correctionnel, c'est-à-dire qu'il essaie d'assurer une présence compatissante aux prisonniers, de contribuer à façonner la Mission du SCC et à favoriser la compréhension de ce à quoi peut ressembler la justice réparatrice. Cette présence est dynamique et en évolution. Elle se reflète dans diverses situations d'où ressort un engagement profond à l'égard des valeurs. La présente proposition vise à améliorer l'efficacité de la mission de l'Aumônerie 3.
L'analyse de cas présentait certains buts du processus dans lequel l'Aumônerie commençait à s'engager, entre autres :
- a conception d'un cadre destiné à en faire connaître clairement la vision et à renouveler celle-ci;
- la mise au point de stratégies efficaces de mise en œuvre de ce cadre;
- la détermination et la communication de son impact d'une manière responsable, qui facilitera l'examen et l'évaluation;
- une contribution effective à la présentation de rapports tant au SCC qu'aux groupes confessionnels.
La conviction qu'il est nécessaire de concevoir une façon de faire part de l'impact de l'Aumônerie qui respecte à la fois le professionnalisme du ministère pastoral et l'engagement du Conseil du Trésor et du SCC à l'égard d'une gestion axée sur les résultats est au cœur de ce processus.
Il n'est pas facile de mesurer ou d'évaluer la foi et la spiritualité. Dans les groupes confessionnels, nombreux sont ceux qui n'acceptent pas facilement d'adopter une mentalité axée sur les résultats. Depuis août 2002, la direction de l'Aumônerie s'assure la participation du personnel de l'Aumônerie et celle des groupes confessionnels à la définition des fondements d'un processus d'évaluation qui cherche à mieux comprendre l'impact de l'Aumônerie sur les délinquants, la famille de ces derniers et le personnel, tant en établissement que dans la collectivité. Par l'intermédiaire de leurs représentants au CI, les groupes confessionnels ont émis des réserves au sujet de l'initiative. Le CI se préoccupait du fait que le processus mettrait trop l'accent sur les aspects quantitatifs, et pas assez sur les aspects qualitatifs de l'Aumônerie et qu'il n'en saisirait pas l'essence, qui trouve son application dans les relations entre les aumôniers et les délinquants qu'ils servent et accompagnent. Il y a eu un dialogue permanent entre l'Aumônerie, l'Évaluation du rendement et le CI pour faire en sorte que l'évaluation saisisse réellement cet élément essentiel de la réalité de l'Aumônerie. L'Aumônerie a amorcé ce processus d'évaluation dans l'espoir de renouveler sa vision et de continuer à envisager de nouveaux moyens de faire honneur à sa tradition vivante.
Le rapport sur les services religieux et spirituels est le rapport final du Projet sur l'incidence des services d'aumônerie. Les deux premiers rapports étaient le Rapport sur la pastorale (2004) et le Rapport du Secteur de l'engagement communautaire (2006).
Les services religieux et spirituels 4 constituent des éléments essentiels de l'énoncé de travail de l'aumônier. Depuis la création du SCC, des aumôniers ont offert des services du culte religieux. En fait, si l'on demandait à la plupart des détenus et des membres du personnel quel est le rôle principal de l'aumônier, ils répondraient probablement qu'il consiste à offrir des célébrations religieuses dans la chapelle. Cette fonction était au cœur même de l'approche « pénitentiaire » des services correctionnels. Au fil des ans, toutefois, l'Aumônerie a étendu la portée de ses services en ajoutant une foule d'activités, généralement avec l'appui de bénévoles. Le présent rapport vise à répondre à deux questions fondamentales :
1) Quelle est l'incidence des services de type religieux et spirituels offerts par l'Aumônerie du SCC?
2) Comment renforcer l'incidence des services de type religieux et spirituels de l'Aumônerie du SCC ?
Lorsque les intervenants et l'Équipe de direction de l'Aumônerie du SCC auront fait connaître leur réaction au rapport, un plan d'action sera élaboré pour donner suite aux principales constatations et recommandations.
Les données ont été recueillies au moyen d'entrevues structurées avec des membres du personnel clés des établissements et des délinquants.
La sélection des établissements était fondée sur les critères suivants : l'établissement devait représenter les cinq régions et le spectre des activités du SCC, y compris tous les niveaux de sécurité et les établissements pour les délinquantes 5.
Pour l'application de ces critères, des équipes d'évaluation ont visité les établissements suivants:
Pacifique Établissement de Mission, Établissement du Pacifique, Établissement de la vallée du Fraser
Prairies Centre psychiatrique régional, Pénitencier de la Saskatchewan, Programme Next Step
Ontario Établissement Grand Valley, Établissement Fenbrook
Québec Établissement Montée Saint-Francois, Centre fédéral de formation, programme de médiation entre la victime et le délinquant
Atlantique Établissement de l'Atlantique, Établissement de Springhill, « Turnings », Aumônerie communautaire de Halifax
Des pairs aumôniers ont été nommés pour participer aux visites des établissements. Ces aumôniers ont été choisis dans une région autre que la région évaluée. Les pairs aumôniers étaient les suivants :
Rosemary Redshaw (Ontario)
Peter Huish (Québec)
Greg Frazer (Atlantique)
Deborah Tanasiecuk (Prairies)
Wendy Murchy (Pacifique)
L'équipe a tenu plus de 200 entrevues avec des détenus, des membres du personnel, des aumôniers, des bénévoles et des administrateurs du SCC.
Le corps du présent rapport contient les principales observations et constatations tirées des entrevues, des questionnaires et des dialogues dans les cinq régions.
SERVICES DE L'AUMÔNERIE ET PRIORITÉS DU SCC
Les services et les programmes de l'Aumônerie contribuent à la transition en toute sécurité des délinquants dans la collectivité et peuvent effectivement préparer les délinquants en vue du moment où ils seront de nouveau appelés à interagir avec les gens dans la collectivité. La plupart des programmes et des services de l'Aumônerie bénéficient du soutien de bénévoles de la collectivité, et les délinquants sont accompagnés dans leur cheminement par ces derniers. Ensemble, ils se retrouvent dans un contexte social positif : les bénévoles sont pour les délinquants des exemples de ce que peut être un bon citoyen, et les délinquants ont l'occasion d'avoir de saines relations avec des personnes qui vivent dans la collectivité. Par ailleurs, ces milliers de bénévoles appartenant à divers groupes confessionnels représentent un moyen efficace de faire connaître au monde extérieur le travail accompli par le SCC.
L'aumônerie communautaire, quant à elle, sert de pont entre l'établissement et la collectivité. Elle complète un continuum de soins qui commence dans le milieu carcéral. L'aumônerie communautaire et l'ensemble des groupes confessionnels favorisent souvent le retour en toute sécurité des délinquants au sein de la société. L'Aumônerie, par l'intermédiaire de ses services et de ses programmes religieux, aident les délinquants dans les dimensions cognitive, comportementale et spirituelle de leur être. Et de par la volonté de ses praticiens de transformer la vie des délinquants et de favoriser leur mieux-être, l'Aumônerie contribue à la sécurité des délinquants et des membres du personnel dans les établissements du SCC. L'apport des bénévoles est d'ailleurs souligné dans le site Web du SCC par le commissaire lui-même : « Vous avez une réelle influence sur la vie des délinquants auprès desquels vous travaillez et votre soutien à leur réinsertion sociale réussie est un élément essentiel des efforts que fait le SCC pour accroître la sécurité publique. Que ce soit dans le cadre des programmes correctionnels, des activités d'un groupe religieux, d'un comité consultatif ou d'une des nombreuses activités bénévoles, votre apport et votre expertise sont grandement appréciés. »
L'Aumônerie, grâce à ses services et à ses programmes religieux, assiste le SCC dans l'accomplissement de sa mission, qui consiste à contribuer à la sécurité publique et à encourager les délinquants à devenir de bons citoyens dans une atmosphère de sécurité et de respect mutuel. Ses services et ses programmes sont, en outre, le reflet des cinq valeurs fondamentales de l'organisation. En effet, les groupes confessionnels, les bénévoles et les aumôniers sont résolus à assurer la dignité de toutes les personnes auxquelles ils ont affaire. Aussi se fonde-t-on sur le principe selon lequel les délinquants ont le potentiel de grandir et de devenir des citoyens qui contribuent à la société.
Principales observations et constatations
Première constatation – Les détenus qui participent aux célébrations religieuses et aux activités de l'Aumônerie ont exprimé un taux élevé de satisfaction.
Données provenant des délinquants
À la question sur leur taux de satisfaction à l'égard des célébrations religieuses, 90 % des détenus ont accordé une note de cinq sur cinq. Les personnes interrogées ont également indiqué qu'elles étaient très satisfaites des activités de l'Aumônerie auxquels elles avaient participé. À quelques exceptions près, elles étaient satisfaites de leur contenu et de leur exécution et des connaissances qu'elles avaient acquises grâce à leur participation à ces activités.
Lorsqu'on leur a demandé d'évaluer l'utilité des divers éléments des célébrations, à quelques exceptions près, les participants ont accordé la cote la plus élevée à la musique (1 = le moins utile; 5 = le plus utile). La musique joue un rôle essentiel dans la plupart des célébrations religieuses en milieu carcéral, qu'il s'agisse de chant collectif, de musique spéciale, de chant en solo, de musique instrumentale en solo, d'accompagnement musical, de chorales ou de bandes audio ou vidéo préenregistrées. La plupart des chapelles mettent des hymnaires et des livres de chants à la disposition des détenus pour les chants en groupe; d'autres utilisent des rétroprojections et des présentations en PowerPoint de la musique sur un écran ou un mur dans la chapelle.
Les participants aux célébrations religieuses ont également attribué une cote élevée à d'autres éléments. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes interrogées ont accordé aux homélies 6, aux prières, à l'Eucharistie (la Messe) et à la lecture des Écritures une cote oscillant entre quatre et cinq (sur cinq). Un répondant a dit que les « [célébrations] sont le point central de mon incarcération » . Un autre a indiqué que « je passe une meilleure semaine lorsque je participe à une célébrations religieuses ».
Lorsque l'équipe a demandé aux délinquants des groupes confessionnels inoritaires d'évaluer leur niveau de satisfaction à l'égard de la qualité des services de type religieux et spirituels disponibles, quatre-vingt-dix pour cent ont répondu qu'ils étaient extrêmement satisfaits.
Lorsque les interviewers ont demandé aux détenus pourquoi ils assistaient au culte, leurs réponses ont été les suivantes :
- professer ma foi;
- rendre un culte à Dieu;
- croître spirituellement;
- faire partie d'une communauté;
- apporter la guérison dans ma vie;
- donner un sens à ma vie;
- m'aider à me sentir lié à mon passé;
- m'aider à accepter les gens et à leur pardonner;
- m'aider à sortir de l'environnement négatif et à entrer dans un environnement positif.
Les délinquants ont souvent mentionné qu'ils apprécient la façon dont les aumôniers président les célébrations - ils les dirigent de façon « excellente » - et ils ont fait état en particulier de l'incidence positive de l'homélie sur eux.
Données provenant des aumôniers en établissement
Les aumôniers et ceux qui assurent des services avec eux planifient, préparent, dirigent et gèrent les célébrations et les activités d'une manière compétente et professionnelle.
À titre de gestionnaire des services de type religieux et spirituels offerts dans l'établissement, les aumôniers assument la responsabilité ultime de tous les services et activités à la chapelle. Ils recrutent, filtrent, forment, gèrent et évaluent les bénévoles qui dirigent ou accompagnent les délinquants et collaborent avec les dirigeants religieux de la collectivité qui assurent des services à des groupes particuliers.
La célébration hebdomadaire à la chapelle dirigée par l'aumônier constitue une partie essentielle du plan pastoral. Les aumôniers interrogés ont dit qu'ils consacraient, en moyenne, trois heures chaque semaine à la préparation des célébrations liturgiques dans la chapelle. Ils ont indiqué qu'ils faisaient appel à de nombreuses ressources au cours de cette préparation, notamment des commentaires, des livres de piété et de théologie, des best-sellers courants, l'Internet et des enregistrements audio et vidéo.
Bien que la nature qualitative de la spiritualité empêche d'obtenir des mesures quantifiables, les aumôniers chrétiens ont dit qu'ils désirent atteindre les objectifs suivants dans leurs célébrations religieuses :
- Apporter une nourriture spirituelle par la parole et les sacrements
- Présenter la consolation et le défi de l'Évangile de manière à tenir compte des différences culturelles et des lacunes possibles dans leur éducation religieuse parmi les détenus
- Offrir aux délinquantes un endroit sûr où elles peuvent professer leur foi et être réconfortées dans leur cheminement avec Dieu.
- Les aider à trouver la guérison, la plénitude, l'encouragement et l'espoir en milieu carcéral.
- Communiquer avec les détenus au moyen des messages de l'Évangile et les aider à les mettre en pratique dans leur vie
- Prendre conscience de la présence de Dieu
- Offrir une expérience de la communauté chrétienne
- Donner une voix spirituelle à ceux qui n'en ont pas
- Respecter tous les points de vue
Un aumônier a indiqué que les bénévoles offrent un point de vue du christianisme. Par conséquent, il essaie d'établir un bon équilibre entre des points de vue divergents dans ses homélies : Je mets l'accent dans mes enseignements publics et mes célébrations sur l'inclusivité, la tolérance, la justice réparatrice, l'amour, la réflexion et la prise de décision individuelle dans le but de faire un choix . J'essaie de contester certaines notions préconçues de la pensée chrétienne.
Dans bien des établissements, la célébration religieuse hebdomadaire tenue dans la chapelle est complétée par d'autres offices religieux dirigés par des bénévoles ou des aumôniers contractuels des groupes confessionnels minoritaires. Les fournisseurs et les participants de ces traditions ont aussi participé aux interviews dans les établissements visités.
Les aumôniers offrent également d'autres célébrations liturgiques, notamment lors des fêtes du calendrier liturgique (Noël, Pâques, etc.), des services commémoratifs, des funérailles, des mariages, des services à la chapelle pour le personnel, la Journée de la justice dans les prisons, la Semaine de la justice réparatrice, les offices religieux familiaux et les événements œcuméniques.
Les interviewers ont demandé aux personnes qui présentent les activités de l'Aumônerie de formuler des commentaires sur les incidences qu'ils ont observées chez les participants. (Vois leur rétroaction à la page 16.)
« Lieux sacrés »
On a fait remarquer que les termes désignant les « lieux sacrés » varient. La plupart sont encore appelé « chapelle ». Même si ce nom a des racines chrétiennes, aucun des détenus non chrétiens ou des représentants des autres groupes confessionnels interrogés n'a désapprouvé l'utilisation du mot « chapelle ». Les autres noms utilisés pour désigner ces lieux étaient « centre de spiritualité » et « lieux sacrés ».
Même si le taux de satisfaction avec le culte était élevé, les détenus ont également relevé l'importance du « lieu de la chapelle » même. Un détenu a fait remarquer : « La chapelle est un sanctuaire au milieu de l'établissement ». Un autre a dit « c'est la Suisse, un lieu neutre où tous les délinquants peuvent se réunir sans crainte. Je me sens en sécurité dans la chapelle ».
Un administrateur d'un établissement a également reconnu la valeur de la chapelle. Il a dit que « la chapelle au milieu de notre établissement nous rappelle l'importance de la spiritualité. C'est un endroit où les détenus ne sont pas reconnus par leur étiquette. Elle constitue un lieu de rencontre entre les détenus et les bénévoles. Elle est aussi un lieu sacré de tranquillité et de consolation pour les détenus et le personnel ».
Deuxième constatation – La participation des détenus aux célébrations religieuses est un facteur clé.
Les célébrations religieuses permettent non seulement aux détenus de rétablir un lien avec leur groupe confessionnel, mais aussi de participer à des activités publiques comme les suivantes :
- diriger des prières
- lire les Écritures
- diriger la musique
- jouer d'un instrument musical
- chanter dans une chorale /un groupe de chanteurs
- aider à la distribution de la Communion
- participer aux sermons-échanges
- préparer et servir du café et des collations
- offrir des témoignages
- partager de la poésie
- donner des réponses verbales à l'homélie
En participant activement de ces façons, beaucoup de détenus affrontent les peurs qu'ils ont connues dans leur vie. Une délinquante a dit « je ne pouvais jamais parler en public. Maintenant, grâce à mon expérience à la chapelle, je me rends compte que je peux le faire ». Une autre a dit que sa participation publique l'aidait à améliorer son estime de soi : « je suis demeurée silencieuse toute ma vie parce que je croyais que je n'avais rien d'important à dire. Je ne le crois plus maintenant ».
Les célébrations à la chapelle, ainsi que la participation aux activités de l'Aumônerie, permettent aux détenus de s'exprimer dans un groupe. Ils ont ainsi davantage confiance en eux et renforcent leur capacité de prendre la parole aux réunions d'autres groupes auxquelles ils participent dans le cadre de leur plan correctionnel. Cependant, la majorité des détenus ne participe pas aux célébrations religieuses. Les aumôniers interrogés ont dit que de quinze à vingt pour cent seulement des détenus de leur établissement y assistaient.
Les visites des sites n'ont pas révélé que l'établissement imposait des barrières empêchant les détenus de participer aux célébrations religieuses; aucune des personnes interrogées n'a soutenu que c'était le cas. Les mesures d'isolement total prises dans l'établissement peuvent empêcher des détenus de participer aux célébrations de temps à autre, mais elles sont relativement rares dans la plupart des établissements. Par conséquent, qu'est-ce qui empêche de quatre-vingt à quatre-vingt-cinq pour cent des détenus d'assister aux célébrations à la chapelle 7?
Certains détenus hésitaient à émettre des hypothèses sur la motivation des autres détenus; ils ont plutôt choisi de se concentrer sur leur propre implication. Or, leurs réponses étaient instructives :
- Les détenus ont leurs propres barrières internes en dépit de la politique de la porte ouverte.
- La pression des pairs et les stéréotypes négatifs accolés à ceux qui fréquentent la chapelle : « L'Église s'adresse aux vieilles dames ». « On est considéré comme faible si l'on va à l'église ».
- Le manque de connaissances sur les activités de la chapelle.
1Chanoine Tom James, Un passé plein d'avenir : l'aumônerie en milieu pénitentiaire, adaptation française par Gérard Mailhot, Ottawa, Service correctionnel du Canada, 1990.
2Protocole d'entente , 1 er mai 2000, p. 3.
3 Rév. Chris Carr, Analyse de cas de l'Aumônerie , août 2001, p. xx.
4 Certains mots figurant dans le présent rapport ont une signification distincte lorsqu'ils sont utilisés dans les cercles de l'Aumônerie. Cela peut porter à confusion dans le contexte de la terminologie gouvernementale. L'ensemble du travail ou des activités des aumôniers chrétiens fait partie de leur « ministère », mais pour des raisons de clarté, nous utiliserons dans le présent rapport les expressions « services d'aumônerie », « services religieux » et(ou) « services spirituels » de façon à inclure les activités non liturgiques et non chrétiens, y compris des « programmes » propres à l'Aumônerie. La prière et la liturgie organisées dans la chapelle sont désignées traditionnellement sous le nom de « services du culte » ou simplement de « services »; dans le présent rapport, on utilisera les expressions « célébration religieuse » ou « prière collective ».
5 L'objectif initial de la sélection des établissements était de recueillir des données sur les services de l'Aumônerie offerts dans les établissements et dans la collectivité. À cette fin, l'équipe d'évaluation a visité un certain nombre de ministères communautaires. Elle a constaté que les aumôneries communautaires visités offraient des services généraux fondés sur les besoins des délinquants et de leur famille, mais non des « programmes » particuliers (comme ceux figurant à l'annexe B). Par conséquent, les constatations du présent rapport portent uniquement sur les services de l'Aumônerie offerts dans les établissements du SCC. Les programmes de l'aumônerie communautaire en général sont couverts dans le rapport sur l'engagement de la collectivité (2006).
- Certains détenus ne quittent pas l'unité parce qu'ils se sentent intimidés ou qu'ils ont peur d'autres détenus.
- Certains détenus sont gênés et ne se sentent pas à l'aise dans un groupe.
- Ils sont dérangés dans leur routine.
- Ils ont leurs propres problèmes.
- Le « code du détenu ».
- Certains détenus ne veulent pas être associés aux délinquants sexuels.
- La perception de la chapelle comme étant un prolongement des pensionnats pour les autochtones
- La télévision
- Les visites
- Les loisirs
De toute évidence, il y a de nombreux facteurs personnels et émotionnels qui empêchent les détenus de participer aux offices. Bon nombre des délinquants et des délinquantes qui le font doivent franchir ces barrières internes et externes avant d'entrer dans la chapelle ou le centre de spiritualité .
Les équipes qui ont visité les établissements ont remarqué que les personnes qui assistaient aux célébrations religieuses étaient généralement plus âgées que la moyenne de l'établissement. Les aumôniers et d'autres dirigeants des célébrations doivent trouver des façons créatrices d'attirer les détenus plus jeunes s'ils veulent étendre la portée de leurs services. Il s'agit également du défi que doivent relever les dirigeants et les guides religieux et spirituels dans la société en général!
Troisième constatation – Les détenus ont indiqué que leur participation aux célébrations à la chapelle et aux activités religieuses avait une incidence positive sur eux.
L'une des principales questions posées pendant cette étape du Projet sur l'incidence des services d'aumônerie était la suivante : « Quelle est l'incidence des services de type religieux et spirituels? » Il est difficile de répondre à cette question 6. Comme il est mentionné dans l'introduction plus haut, il est difficile de mesurer et de quantifier la spiritualité. Elle est rarement prévisible et toujours personnelle.
Données provenant des délinquants – Incidence des offices et des programmes
Les répondants ont signalé un certain nombre de façons dont les services et les activités de l'Aumônerie avaient une incidence sur eux, notamment les suivantes :
- Épanouissement personnel – Une détenue a dit : « Cela m'aide à comprendre des choses à mon sujet que je ne connaissais avant » . Une autre a dit : « Cela m'aide à rester positive et concentrée et me donne un but dans la vie ». La plupart des détenus interrogés ont indiqué que leur participation aux célébrations et aux activités religieuses les aidait à déterminer les aspects de leur vie sur lesquels ils devaient concentrer leur attention. Pour bon nombre d'entre eux, il en a résulté un épanouissement personnel important. Certaines personnes interrogées ont indiqué comment leur participation avait changé leur perception d'elles-mêmes : « Cela m'a beaucoup aidé de m'ouvrir et de voir les autres s'ouvrir parce que je peux maintenant regarder la vie d'un bon œil et non d'un mauvais œil ».
- Développement spirituel – Un sous-directeur a formulé l'observation suivante: « La chapelle est une oasis au milieu de l'établissement. C'est un lieu de renforcement spirituel et un endroit sûr ». Beaucoup de détenus ont fait état du rôle positif que jouent les services d'Aumônerie dans le développement de leur foi. Certains renouaient avec les traditions religieuses et spirituelles de leur passé tandis que d'autres ont indiqué que leur cheminement dans la foi avait commencé en prison. Certaines des initiatives ont aidé les détenus dans leur cheminement spirituel et leur ont fait prendre davantage conscience de Dieu et de la nature de la foi. Selon les entrevues, le développement spirituel a été facilité grâce à l'enseignement et au mentorat de l'aumônier ou du conseiller spirituel, à la participation personnelle aux célébrations, à l'interaction avec les bénévoles ainsi qu'à l'étude et à la réflexion personnelles.
- Communauté – Cela confère un sentiment d'appartenance à un groupe. La présence de bénévoles permet d'établir un lien avec le monde extérieur. Un participant a dit : « ces célébrations offrent un environnement sécuritaire et une chance de nouer des relations avec les bénévoles et nous aident à nous développer sur le plan spirituel et à devenir meilleurs ». Un autre détenu a indiqué qu'il participait aux célébrations dans la chapelle parce qu'il avait toujours assisté au culte pendant sa vie et que cela lui permettait d'assurer la continuité avec son passé religieux. Certains détenus ont fait état du rôle de la « communauté » à la chapelle d'agir comme antidote à l'aspect négatif de la collectivité qu'ils rencontrent dans le reste de la prison. « Je ne peux pas croire que je suis en prison. Lorsque je vais à la chapelle, il y a une atmosphère d'amour, d'acceptation et d'encouragement. Je le vis pour la première fois de mon existence », a dit un détenu .
- Bien-être émotionnel – Beaucoup de détenus ont parlé de l'incidence des célébrations religieuses sur leur bien-être émotionnel : ils améliorent leur confiance en soi et leur estime de soi, leur permettent de se sentir plus pacifiques, plus patients, plus heureux et plus libres en eux-mêmes. Une détenue a résumé l'incidence des services sur elle de la façon suivante : « Je ne suis plus autant en colère, et il s'agit du résultat direct de ma participation aux offices de la chapelle ». Un autre a indiqué : « Je peux passer les journées sans ressentir de la haine ». Lorsqu'on leur a demandé de déterminer l'incidence des activités de type religieux et spirituel sur eux, certains des participants ont indiqué la façon dont la participation à celles-ci avait changé leur point de vue : « Cela m'a permis de rendre davantage de comptes dans ma vie ». D'autres ont fait état de la manière dont les activités les avaient aidés à voir les autres différemment, qu'il s'agisse des autres détenus, de leur famille ou du personnel. Ils en sont venus à considérer les gens d'une façon différente : « ce cours m'a enseigné à aimer les autres », a dit un participant.
- Questions relatives au comportement – Les personnes interrogées ont fait état de changements de comportement résultant directement de leur participation à des services de l'Aumônerie. Ces changements consistaient à mieux traiter les autres, à ne pas voir le mal chez tout le monde, à apprendre à s'exprimer devant un groupe et à prendre davantage conscience de la façon dont leur comportement avait un effet sur eux et les personnes qui les entourent. La participation a également aidé certains à mieux faire face à la vie en milieu carcéral : « Le cours m'a aidé à comprendre comment la violence sexuelle peut me rendre dysfonctionnel en milieu carcéral et à faire face à cette situation. » Un autre a dit : « je ne lutte plus tant bien que mal contre la violence comme je le faisais ».
Données provenant des aumôniers – incidence des célébrations religieuses et des activités de pastorale
Les interviewers ont demandé aux personnes qui exécutent les activités de l'Aumônerie de formuler des observations sur les incidences qu'ils avaient observées chez les participants. Voici leur rétroaction :
- Les détenus sont très positifs au sujet du cours sur le deuil et la perte. Ils disent qu'il les aidera à faire face aux problèmes à l'avenir. J'ai constaté qu'ils étaient comme des éponges qui absorbent le matériel et excellent à poser des questions et à donner leur opinion.
- Nous voyons des vies changées, des personnes qui adoptent un mode de vie nouveau et positif.
- Pour certains, ce groupe suffit à faire disparaître leur colère, leur embarras et leur douleur. Pour d'autres, il les aide à définir les questions pour qu'ils puissent recourir à une assistance professionnelle.
- Les participants sont devenus plus confiants en eux et ils trouvent des façons originales d'affronter les conflits et de vivre une existence plus pacifique.
- Il peut être difficile pour certains détenus de bénéficier de la guérison et de se laisser prendre en charge. Cette activité modérée leur permet de savoir qu'ils ont une valeur et d'améliorer leur estime de soi.
- Ma spécialité consiste à faire disparaître la douleur physique de mes clients. Grâce à la prière, la douleur issue d'affections chroniques ou aiguës s'apaise complètement ou est guérie plus rapidement que d'habitude. Par conséquent, mes clients dans l'établissement sont moins tributaires des médicaments antidouleur qu'ils le seraient sans les traitements.
- Après leur mise en liberté, deux détenus participants ont établi des liens avec notre Église, où nous les aidons dans leur processus de réinsertion sociale. Cela est extrêmement encourageant.
- Les liens noués avec des personnes de l'extérieur aident le participant à se sentir normal et contribue à sa réinsertion sociale.
- On a observé des changements positifs concernant l'attitude, la responsabilisation, le défoulement et certaines applications réelles faites et suivies par les participants.
Lorsqu'on a demandé à un aumônier de formuler des commentaires sur l'incidence des services de pastorale sur les délinquants, il a fait le résumé suivant : « Nous ne maîtrisons pas les résultats, mais je crois que beaucoup d'entre eux sont plus résolus à faire ressortir leurs meilleurs points forts [c'est-à-dire, leur] moi plus éclairé, moins compulsif, axé sur la collectivité et sur la justice, prosocial, autodifférencié et individualisé ». Cependant, la plupart des aumôniers conviendraient également que le cheminement se caractérise par des « hauts et des bas » et reconnaissent que certains détenus utilisent à mauvais escient l'expression et la participation religieuses pour atteindre leurs propres fins.
Suggestions pour renforcer l'incidence
À la question « avez-vous des suggestions à formuler pour améliorer les services de l'Aumônerie dans l'établissement? », certains délinquants hésitaient à donner leur opinion, même s'ils étaient très satisfaits. Voici certaines des suggestions que les participants aux activités de l'Aumônerie ont formulées :
- plus de chants, de chants en solo et de groupes musicaux de l'extérieur;
- plus de lectures publiques;
- plus de publicité;
- plus de conférenciers invités, de témoignages de personnes qui ont changé leur vie;
- des liturgies moins structurées;
- plus de monde qui assiste au culte;
- plus de bénévoles;
- célébrations œcuméniques en commun;
- danse et musique, troupes de théâtre;
- plus de célébrations religieuses auxquelles les familles pourraient participer;
- « J'aimerais qu'il y ait moins des mêmes vieux hymnes religieux qui ne mènent qu'à une participation monotone « de type mantra »;
- « Les détenus ne devraient pas être autorisés à venir pour le café et les aliments gratuits sans participer au culte ».
- « En tant que bouddhiste, j'aimerais avoir plus de temps ».
- Moins d'aliments : « Cela enlève le sens réel de la raison pour laquelle nous sommes réunis ».
- « Le fait que les détenus entrent et sortent pour fumer pendant l'office est trop distrayant ».
Même si certaines de ces suggestions ont trait aux questions locales, elles s'appliquent aussi à tous ceux qui dirigent les célébrations religieuses : aumôniers, conseillers religieux et bénévoles qui assurent des services de type religieux et spirituel.
Quatrième constatation – Les services d'Aumônerie dans les cinq régions constituent diverses expressions du paysage religieux actuel, notamment les expressions non chrétiennes et non religieuses.
Comme en témoigne le livre de Tom James, Un passé plein d'avenir, les traditions religieuses catholique et protestante ont joué un rôle primordial dans le développement historique des célébrations et des activités religieuses au sein du Service correctionnel du Canada. Dans la plupart des établissements, il y a un aumônier catholique et un aumônier protestant. Cette réalité continue de refléter la confession religieuse déclarée par les détenus, dont soixante-six pour cent se disent chrétiens 7.
Pourtant, il y a deux nouvelles réalités qui sont apparues au cours des vingt-cinq dernières années. La première est l'émergence de la catégorie « sans religion ». D'après les données du recensement, dans la population canadienne en général, la catégorie de ceux qui n'appartiennent à aucune confession religieuse officielle a enregistré la hausse la plus forte. Étant donné cette tendance, beaucoup de détenus ne connaissent pas une religion officielle au moment de leur incarcération. Cependant, il y a beaucoup de personnes qui ne s'identifient pas à une religion, mais qui croient au spirituel.
Il s'agit de savoir comment les services de pastorale répondent aux besoins de ces détenus. L'Aumônerie a-t-elle un rôle à jouer auprès de ceux qui croient au spirituel, mais qui ne sont pas religieux? Quels genres de services répondraient aux besoins de ces personnes? Les aumôniers indiquent qu'ils offrent des services de la pastorale aux détenus correspondant à ce profil, en grande partie dans le cadre du counseling pastoral et du soutien personnalisés. Les aumôniers accueillent avec plaisir les personnes « sans foi » qui participent à leurs célébrations et leurs activités religieuses. Un détenu a dit : « L'Aumônerie est un lieu où l'on ne porte pas de jugement sur qui que ce soit qui veut participer aux offices. Même si je ne crois pas en Dieu, j'aime assister aux célébrations avec les autres. On y trouve une atmosphère positive et je m'y sens très à l'aise ».
Certains aumôniers explorent des activités créatives pour intéresser les détenus non religieux, notamment la méditation, des ateliers sur les valeurs et des cours sur des thèmes « non religieux » comme l'art d'être parent, la gestion de l'argent, le deuil et la perte, la philosophie et la communication non violente. Les visites dans les établissements ont montré clairement que pour continuer de répondre aux besoins spirituels des détenus, l'Aumônerie doit continuer d'explorer des façons d'établir des liens avec les « détenus non religieux ».
L'autre nouvelle réalité est le pluralisme religieux. Tout comme dans la société canadienne, bon nombre des détenus d'aujourd'hui ont des antécédents culturels et religieux divers. Comment l'Aumônerie assure-t-elle des services pour répondre aux besoins de ces personnes?
Les services religieux sont offerts dans le cadre du Protocole d'entente entre le Comité interconfessionnel (CI) de l'Aumônerie et le SCC. Le CI a été créé au milieu des années 60, à une époque où « interconfessionnel » désignait un comité composé de représentants des diverses confessions chrétiennes. Maintenant, le CI se compose de personnes de nombreuses confessions religieuses en plus des confessions chrétiennes. Dans les établissements d'aujourd'hui, il y a des détenus bouddhistes, musulmans, sikhs, wiccains, juifs, autochtones et hindous qui restent en contact avec leurs traditions et leurs confessions religieuses.
Dans toutes les régions, l'Aumônerie vise à établir des liens entre les confessions religieuses des détenus et leurs groupes confessionnels dans la collectivité. Elle y arrive en grande partie en concluant des contrats de services avec un guide ou un conseiller spirituel de confessions religieuses non chrétiennes. Ces contrats se limitent généralement à un nombre limité d'heures. Pourtant l'Ontario a conclu un contrat pour obtenir les services d'un imam musulman qui agit comme membre de l'équipe de l'Aumônerie dans un établissement et qui offre en même temps des services aux détenus musulmans dans d'autres établissements de la région. De plus, un imam à contrat assure des services dans tous les établissements de la région du Québec.
Les équipes qui ont visité les établissements ont interrogé des détenus ainsi que des guides et conseillers spirituels sous contrat de confessions non chrétiennes. La plupart des détenus sont très satisfaits des services qu'ils reçoivent. Ils ont indiqué que la possibilité d'assister à des offices religieux de leur confession a une incidence positive sur eux, car cela leur permet de professer leur foi et de maintenir un lien avec leur groupe confessionnel. La préoccupation commune des détenus et des fournisseurs de services religieux avait trait au nombre d'heures prévues au contrat conclu avec le SCC. Selon les participants aux entrevues, le fait que la plupart des guides et conseillers spirituels desservent plusieurs établissements dans une région donnée et le fait que la nature limitée de leur contrat ne leur permet pas de se rendre assez souvent dans les établissements. Les entrepreneurs non chrétiens ont également indiqué que le nombre d'heures prévues dans les contrats limitait l'incidence des services qu'ils assuraient.
Malgré cette source constante de frustration pour les fournisseurs de services et les détenus, les détenus de ces confessions religieuses ont dit que ces liens avaient une incidence extrêmement positive sur eux.
Cinquième constatation – L'Aumônerie offre une gamme étendue de services et d'activités. Toutefois, elle doit envisager des stratégies de communication efficaces pour promouvoir ses services de pastorale auprès des délinquants, du personnel et des administrateurs.
Comme il a été mentionné dans l'introduction, l'Aumônerie était reconnue pendant les premières années de son histoire pour la prestation de célébrations religieuses, qui constituait une fonction clé dans l'établissement. Afin de répondre aux besoins des délinquants, l'Aumônerie offre également depuis plusieurs années d'autres activités et services 8. Les aumôniers en établissement offrent ces initiatives de concert avec les bénévoles et les dirigeants de diverses confessions religieuses. Certains portent directement sur des questions de foi et de spiritualité tandis que d'autres sont plus holistiques.
Les « programmes » à la chapelle portent sur bon nombre des questions ci-dessous 9 :
- Groupes cognitifs – Solutions de rechange à la violence, communication non violente
- Groupes d'étude religieuse – étude de la Bible, Alpha, catéchisme catholique
- Méditation – Exercices de méditation en groupe comme le Tai Chi, Taizé
- Conscience de soi – Choix; arbre de la personnalité, Ennéagramme
- Créativité – théâtre, confection de courtepointe, mouvement créatif, leçons de musique
- Accompagnement – M2W2, direction spirituelle, counseling pastoral
- Relations – counseling de couple, art d'être parent; limites
- Émotions – deuil et perte; guérir du passé, pardon
- Rétablissement– A.A.; rétablissement après le traumatisme causé par un deuil
- Liaison avec la collectivité – opération Arbre de Noël; Angel Tree
- Épanouissement personnel – Pratiques de guérison Reiki; gestion de l'argent
Ces initiatives peuvent servir de fonction complémentaire au plan correctionnel du détenu. Toutefois, si les membres du personnel ne savent pas qu'elles existent, ils ne peuvent pas aiguiller les délinquants vers celles-ci. De plus, si les délinquants ne le savent pas non plus, ils n'y auront pas recours d'eux-mêmes. Par conséquent, il est essentiel que les équipes de l'Aumônerie élaborent une stratégie de communication. Un administrateur du SCC a dit que « l' Aumônerie est le secret le mieux gardé du SCC ». L'Aumônerie doit trouver des façons de faire connaître ses services de pastorale avec plus d'efficacité.
Les aumôniers doivent s'assurer, par exemple, d'assister aux séances d'orientation des délinquants et du personnel afin de leur faire connaître les groupes auxquels ceux-là peuvent participer. Ils peuvent aussi présenter régulièrement des exposés au personnel, en particulier les agents de gestion des cas. Les profils susmentionnés pourraient figurer dans l'exposé sur les services de l'Aumônerie présenté au personnel et aux délinquants. Ils pourraient également aider le personnel à orienter efficacement les détenus.
Lorsque les équipes qui ont visité les établissements ont demandé aux aumôniers et à ceux qui dirigent les activités de fournir des brochures décrivant leur travail, seulement vingt pour cent ont pu produire des documents écrits. Une brochure ou un autre document contribuerait dans une grande mesure à informer leurs clients en milieu carcéral sur leurs activités et leurs initiatives.
Alors que la plupart des aumôniers interrogés ont pu résumer les services qu'ils offrent, présenter leurs buts et leurs objectifs, leurs stratégies et les incidences escomptées, ils n'avaient pas de profil des éléments des activités qu'ils offrent. Un profil des activités et des services de la pastorale peut aider les délinquants et le personnel à comprendre la nature de chaque initiative, ses buts et objectifs, ses stratégies et les résultats prévus.
Sixième constatation – Les programmes et les services de l'Aumônerie sont offerts le jour, le soir et pendant les week-ends.
Les visites des établissements ont permis de constater qu'il n'y a pas de formule universelle quant au moment où les services de l'Aumônerie doivent être offerts. Certains des éléments étaient offerts le jour, le matin ou l'après-midi, tandis que d'autres l'étaient en soirée et pendant les week-ends.
Chaque équipe de l'Aumônerie décide ce qui fonctionne le mieux dans son établissement, compte tenu du niveau de sécurité et des besoins de celui-ci, de son plan pastoral et de la disponibilité des ressources.
Les détenus qui participent aux activités de l'Aumônerie pendant la journée sont souvent payés pour le faire à titre de « programme ». Cela incite davantage les détenus à y participer. De plus, ils ne sont pas pénalisés s'ils y ont accès. Toutefois, les programmes de base sont offerts pendant la journée, et certains établissements ne veulent pas que les activités de l'Aumônerie livrent concurrence aux programmes de base. Selon la politique actuelle de la plupart des établissements, les programmes de base doivent toujours avoir préséance sur les autres activités ou services. Les aumôniers souscrivent à cette politique. Cependant, selon les aumôniers, il faut tenir compte de deux aspects. Beaucoup de détenus ne participent pas aux programmes de base ou ne travaillent pas. De plus, certains détenus attendent que les programmes de base commencent. Les activités de l'Aumônerie pourraient être une solution de rechange dans leur cas. Un administrateur du SCC a dit que « les activités de l'Aumônerie peuvent servir de porte d'entrée aux programmes de base. Ils préparent les détenus au travail qui les attend ». Il y a des établissements, p. ex. l'Établissement Grand Valley en Ontario, où la majorité des activités de l'Aumônerie ont lieu pendant le jour. Cet établissement considère les activités de type religieux et spirituel comme un élément essentiel de leur stratégie correctionnelle. Donc, les services de l'Aumônerie ne doivent pas être considérés comme des concurrents mais plutôt comme un complément des programmes de base du SCC.
La plupart des activités de la pastorale sont offerts pendant la soirée. Les placements à l'extérieur et les programmes correctionnels des détenus ont lieu le jour. Par conséquent, les détenus sont libres le soir de participer à des activités comme les loisirs, les visites et les événements à la chapelle. Également, comme la plupart des bénévoles travaillent le jour, ils sont disponibles pour se rendre dans les établissements en soirée. Selon les visites des établissements, les soirées semblent être le moment préféré pour l'exécution des activités de l'Aumônerie.
Certains éléments sont offerts pendant les week-ends, surtout ceux qui exigent des périodes intensives prolongées. Il convient mieux d'offrir les programmes comme le Programme de solution de rechange à la violence et les séances de thérapie collective Kairos-Marathon pendant le week-end.
Le plan pastoral plan de l'équipe de l'Aumônerie devrait prévoir des périodes suffisantes pour permettre de répondre aux besoins particuliers des fournisseurs de services et des détenus. Ces périodes devraient être examinées lorsque l'équipe de l'Aumônerie procède à son examen annuel des services pastoraux.
Septième constatation – Les bénévoles jouent un rôle primordial dans l'exécution des célébrations et des activités de l'Aumônerie. Les détenus, les aumôniers et les établissements accordent beaucoup de valeur à leur participation.
Les bénévoles contribuent dans une grande mesure au succès des services de l'Aumônerie depuis de nombreuses années. Ils leur consacrent ensemble des milliers d'heures chaque semaine. Bon nombre d'entre eux travaillent à l'intérieur ou à l'extérieur de leur domicile pendant le jour, puis ils quittent leur maison le soir pour être avec les détenus. Ils le font sans être rémunérés et sans attendre quelque récompense que ce soit. Les établissements et l'équipe de l'Aumônerie assurent une orientation et une formation aux bénévoles pour qu'ils se sentent en sécurité et qu'ils agissent de manière appropriée dans l'établissement.
Les aumôniers reconnaissent la valeur des bénévoles. Lorsque l'équipe qui a visité les établissements leur a demandé de décrire le rôle des bénévoles en milieu carcéral, les aumôniers ont donné les réponses suivantes :
- Les bénévoles apportent fondamentalement aux détenus la confirmation que la collectivité extérieure ne les a pas oubliés et que les bénévoles s'emploient à ouvrir la porte aux délinquants lorsqu'ils sont mis en liberté.
- Les bénévoles sont des mentors et des modèles de comportement pour les détenus. « Bon nombre de ces derniers n'ont jamais connu de modèles positifs de citoyenneté et de foi ». Ils trouvent difficile de croire qu'une personne quitte sa famille pour leur rendre visite alors qu'ils se sentent souvent rejetés par la société.
- Les bénévoles exécutent et appuient les activités, aident aux offices, s'assoient avec les délinquants et les délinquantes, jouent de leur instrument de musique, ont des entretiens individuels avec les détenus et remplacent l'aumônier lorsque celui-ci n'est pas disponible. « En fait, nous serions perdus sans nos bénévoles ».
De même, les détenus sont très conscients du rôle essentiel que jouent les bénévoles en milieu carcéral. Ils comptent sur eux pour qu'ils leur fassent connaître le point de vue de la collectivité et du monde. Comme ils se sentent souvent abandonnés par leurs communautés et leur famille, les bénévoles leur apportent l'espoir que quelqu'un s'occupera encore d'eux.
Un aumônier a fait état du défi auquel il fait face en faisant remarquer que presque tous les bénévoles de l'Aumônerie sont âgés de cinquante ans ou plus. Il a dit à quel point il est difficile de recruter des bénévoles plus jeunes et il se demandait si l'Aumônerie pourrait poursuivre ses activités dans vingt ans si elle ne réussit pas mieux à recruter des bénévoles plus jeunes.
Les membres du personnel des établissements savent gré aux bénévoles de ce qu'ils apportent à l'établissement. L'un d'eux à dit : « je ne peux tout simplement pas croire au dévouement dont font preuve les bénévoles en quittant leur domicile semaine après semaine pour se rendre en prison et travailler avec ces personnes que la plus grande partie de la société a abandonnées ».
Huitième constatation – L'« échange d'information » entre les aumôniers et les l'établissements continue d'être un problème pour les aumôniers, le personnel du CSC et les administrateurs.
Le premier rapport du Projet sur l'incidence des services d'aumônerie, le Rapport sur la pastorale (août 2004) a défini le besoin pour l'Aumônerie d'examiner la question de l'« échange d'information » entre les aumôniers et l'établissement. Le rapport a déclenché un débat national sur la question, qui a donné lieu à des lignes directrices pour l'échange d'information.
Malgré ces efforts, les visites des établissements ont révélé qu'il s'agit toujours d'un problème aux yeux des aumôniers et du personnel du SCC.
Bon nombre des détenus interrogés au sujet des services de l'Aumônerie ont établi un lien entre leur efficacité et le fait que les aumôniers ne remplissent pas de rapports sur les services assurés aux individus. Un détenu a dit : « nous participons aux programmes de l'Aumônerie pour nous-mêmes. Il n'y a pas de cerceau dans lequel il faut sauter, pas de “bons points”, pas de rapport à la fin. Nous y participons parce que nous voulons y participer pour nous-mêmes. C'est pourquoi ils sont efficaces. Nous nous sentons libres de nous exprimer sans qu'un rapport soit versé à notre dossier et ressorti dix ans plus tard ».
Les aumôniers sont au courant de cette dynamique. Bon nombre d'entre eux refusent de consigner en dossier tout ce qui transpire entre eux et un détenu, que l'événement se produise dans le contexte d'une activité à la chapelle, d'une célébration religieuse ou d'une rencontre individuelle. Même si les aumôniers considéreraient une menace à la sécurité du détenu ou de l'établissement comme une exception, la plupart d'entre eux souscrivent encore au principe de la confidentialité.
Les établissements reconnaissent également la valeur de ce principe. Un administrateur a affirmé qu'il doit toujours y avoir un endroit où les détenus peuvent venir sans craindre une évaluation ou une observation approfondie, nonobstant les questions de sécurité. Comme leurs autres libertés ont été restreintes, ils doivent pouvoir venir à un endroit ou consulter une personne qui respectera la confidentialité. Cet administrateur croit que l'Aumônerie est cet endroit essentiel et que des rapports écrits et l'échange d'information en compromettraient l'efficacité. Ce principe a été affirmé par bon nombre des administrateurs du SCC interrogés.
Même si ce point de vue emporte l'adhésion presque générale, certains détenus interrogés aimeraient que le SCC reconnaisse les efforts considérables qu'ils font avec l'Aumônerie. De plus, certains agents de libération conditionnelle en établissement ont exprimé le désir de savoir, à tout le moins, si les détenus dont ils ont la charge avaient participé à des activités à la chapelle.
Un solution possible serait que les aumôniers inscrivent des « profils de programme » dans le Système de gestion des délinquants (SGD). Ils pourraient rédiger une description de chaque activité qu'ils offrent et inclure un énoncé des objectifs et des résultats escomptés. De plus, ils pourraient inscrire une entrée dans le registre des interventions du détenu pour indiquer qu'il a terminé avec succès l'activité. Cette proposition répondrait au besoin de confidentialité tout en reconnaissant le succès du détenu. Elle donnerait aussi au personnel les renseignements dont on a besoin pour connaître les objectifs de l'activité.
Comme cette suggestion prête à controverse, les aumôniers, les délinquants ainsi que le personnel et les administrateurs du SCC devront tenir une discussion approfondie à cet égard.
Neuvième constatation – Souvent, il n'y a pas d'évaluation officielle des activités de l'Aumônerie
Même si le présent rapport reconnaît que les services de type religieux et spirituel sont un moyen efficace pour exercer une incidence positive sur les détenus, la plupart des activités de pastorale n'ont pas de volet évaluation. Les équipes qui ont visité les établissements ont remarqué que la majorité des activités et services offerts par l'Aumônerie n'étaient pas évalués en permanence.
Pour permettre d'évaluer de manière appropriée l'efficacité des services fournis, il faut qu'une évaluation régulière et efficace ait lieu. Les participants à chaque initiative entreprise sous l'égide de l'Aumônerie devraient fournir une rétroaction réfléchie pour permettre au fournisseur de service de déterminer s'il atteint les objectifs de l'initiative et d'apporter des ajustements s'il y a lieu pour consultation future.
L'équipe de l'Aumônerie en établissement devrait se réunir au moins une fois par année avec les fournisseurs de service pour déterminer si les objectifs ont été atteints pour l'année. De plus, cela permettrait aux aumôniers et aux bénévoles de discuter les questions, les calendriers et les possibilités de formation permanente des bénévoles, de replacer chaque activité dans le contexte du plan pastoral de l'équipe pour l'année à venir. La plupart des aumôniers apprécient les divers services offerts sous la supervision, mais certains ont fait remarquer qu'ils préféreraient ne pas offrir certaines activités qui existent depuis longtemps qui, à leur avis, ont perdu leur efficacité.
Une évaluation annuelle garantira également à l'aumônier régional que le plan pastoral de l'équipe de l'Aumônerie reste conforme aux objectifs énoncés.
Dixième constatation – L'Aumônerie en établissement manque souvent de ressources et(ou) de ressources financières suffisantes pour payer les honoraires des invités, le matériel musical, les instruments, les livres, etc.
Certains établissements que les équipes ont visités manquaient de ressources en ce qui concerne les services disponibles de l'Aumônerie 10. Cela limite la capacité des aumôniers de planifier et de mettre en œuvre de nouvelles activités et de maintenir et d'évaluer les activités existantes, et c'était particulièrement évident là où un seul aumônier assurait les services de la pastorale.
Comme il est mentionné plus haut, les attentes à l'égard des aumôniers ont augmenté depuis quelques années. Les aumôniers d'aujourd'hui doivent gérer et assurer des services inconnus par le passé. Dans un établissement relativement important visité, il n'y avait qu'un aumônier en établissement. De plus, il devait assumer la responsabilité supplémentaire d'être le coordonnateur des bénévoles en établissement. Dans ces circonstances, il devient difficile, sinon impossible, pour l'aumônier d'offrir les services pastoraux et de gérer les activités à la chapelle. En essayant de respecter l' é noncé de travail des aumôniers contractuels , l'aumônier peut en venir à souffrir d'épuisement professionnel.
Bon nombre des aumôniers interrogés ont dit qu'ils n'avaient pas les ressources financières nécessaires pour appuyer les services de pastorale qu'ils coordonnent.
Certains, mais pas la totalité, des aumôniers régionaux disposent d'un fonds pour l'achat de fournitures et le paiement des ressources nécessaires pour appuyer l'aumônier dans les établissements. Certaines équipes doivent s'en remettre entièrement à la bonne volonté de leurs établissements. Toutefois, beaucoup d'établissements qui fournissent des fournitures de bureau, des photocopies, des ordinateurs, des locaux à bureau et du café à l'Aumônerie n'ont pas de budget pour les autres frais comme les honoraires des invités, les instruments de musique, les chaînes audiophoniques, les chandelles, les livres religieux et le matériel.
Un aumônier a dit : « j'ai l'impression d'être un mendiant. L'établissement est formidable, mais il ne peut pas en faire plus. Lorsqu'il manque d'argent dans l'établissement, j'achète parfois le café moi-même. C'est plus facile que d'embêter les gens. L'argent n'est pas là. Où puis-je l'obtenir? »
Les équipes de l'Aumônerie devraient examiner cette question avec leur aumônier régional et l'établissement dans le cadre de l'évaluation de leur plan pastoral annuel.
Selon le Protocole d'entente entre le Comité interconfessionnel de l'aumônerie et le Service correctionnel du Canada , le ratio actuel pour la prestation des services est d'un aumônier pour 150 à 200 détenus, un ratio qui, d'après les équipes qui ont visité les établissements, est dépassé considérablement dans certains établissements visités.
Il est important que l'aumônier régional, ainsi que les administrateurs des établissements et régionaux, examinent les ressources de l'Aumônerie dans chaque établissement pour déterminer leur opportunité.
1. Que les aumôniers régionaux examinent les contrats actuels qu'ils ont conclus avec les dirigeants des groupes confessionnels minoritaires pour déterminer si le nombre actuel d'heures visées par les contrats répond aux besoins des détenus qu'ils desservent.
2. Que chaque équipe de l'Aumônerie conçoive une méthode pour promouvoir la gamme des célébrations liturgiques et des activités de la pastorale offertes aux détenus et au personnel.
3. Que chaque équipe de l'Aumônerie inscrive les « profils des programmes » sur ses initiatives dans le Système de gestion des délinquants (SGD).
4. Que les aumôniers en établissement prennent des dispositions pour inscrire la réussite d'un volet d'une activité à la chapelle dans le registre des interventions d'un détenu (avec l'approbation de ce dernier).
5. Que chaque équipe de l'Aumônerie crée une stratégie de recrutement de bénévoles pour attirer de nouveaux bénévoles afin d'assurer la participation durable et le leadership religieux des groupes confessionnels dans le cadre de ses initiatives.
6. Que chaque équipe de l'Aumônerie procède à un examen annuel des célébrations liturgiques et les autres activités dans le cadre de leur travail.
7. Que dans le plan pastoral au cours de l'examen annuel de son plan pastoral avec l'aumônier régional et le sous-directeur ou le directeur adjoint des Programmes correctionnels chaque équipe de l'Aumônerie détermine s'il y a assez de ressources pour répondre aux besoins de l'établissement énoncés.
8. Que les aumôniers régionaux communiquent les conclusions et les recommandations du présent rapport au cours d'une réunion des aumôniers dans leur région.
Le Rapport sur les services religieux et spirituels visait à présenter l'incidence des services de type religieux et spirituel sur les délinquants. Fondé sur plus de deux cents entrevues et quatorze visites sur place, il a permis de décrire un système servant à offrir des services d'Aumônerie divers et dynamiques qui semblent avoir une incidence considérable sur les détenus de tout le Canada. Les recommandations ci-dessus présentent certaines suggestions pour le renforcement des initiatives de l'Aumônerie pour de nombreuses années à venir. Nous espérons que l'application de ces recommandations par l'Aumônerie permettra de rendre son travail encore plus efficace.
ANNEXE A - GLOSSAIRE DES TERMES
- L'incidence sert, dans le présent rapport, à indiquer l'effet que les services de l'Aumônerie ont sur les individus. L'incidence peut se faire sentir, entre autres, sur le développement spirituel, le changement de comportement et la capacité accrue de faire face à la vie en société. L'« incidence » se rapporte non seulement à la compréhension plus approfondie de ses croyances religieuses ou spirituelles, mais aussi à l'application de cette compréhension de manière vivifiante.
- Le plan pastoral est un outil de planification pour le ministère de l'Aumônerie. Son point de départ est la question posée par l'équipe de pastorale : « Qui sommes-nous? » Pour répondre à cette question, le plan propose un énoncé de mission, des principes directeurs et des valeurs. À partir du macroniveau, il passe à des façons stratégiques d'actualiser les valeurs philosophiques et théologiques. Il procède à une « évaluation des besoins » fondée sur le contexte pastoral, puis vise à répondre aux besoins d'une manière systématique, en utilisant toutes les ressources de l'équipe de pastorale, dont les aumôniers, le clergé dans la collectivité et les bénévoles. Un plan pastoral efficace repose sur la reddition de comptes, la souplesse l'évaluation et la communication.
- Les services religieux , aux fins du présent rapport, ont trait à l'ensemble des célébrations liturgiques offertes par un aumônier ou une équipe d'aumôniers en établissement, un guide spirituel d'un groupe confessionnel minoritaire, un membre du clergé dans la collectivité ou un bénévole.
- Les services de type spirituel se rapportent aux groupes, aux services ou aux initiatives animés par l'Aumônerie dans l'établissement ou la collectivité. Il n'est pas nécessaire que l'aumônier de l'établissement assure les services; un bénévole, un dirigeant d'un groupe confessionnel ou un membre du clergé dans la collectivité peut s'en charger. Il ne faut pas confondre ces services ou activités avec les « programmes de base » offerts par le personnel du SCC et les entrepreneurs.
- L' évaluation qualitative « vise à découvrir la signification d'une expérience humaine et à communiquer cette compréhension au lecteur. Pour y arriver, on utilise la narration plutôt que des chiffres, en supposant que les mots évoquent l'expérience humaine qui s'y rattache » 13. La plupart des études qualitatives font appel aux entretiens de face à face pour établir une signification. Cela encourage le chercheur à amener la personne interrogée à approfondir une question. Ce genre de recherche convient assez bien à l'évaluation de quelque chose d'aussi non quantifiable que la spiritualité.
- L'expression présence visible est utilisée dans l' Énoncé de travail des aumôniers contractuels . Il décrit la dimension qualitative de la présence de l'aumônier, et non uniquement l'aspect quantitatif. On peut déterminer ce dernier en vérifiant la feuille à signer qui confirme le nombre d'heures effectuées. Toutefois la présence visible est moins concrète, et elle a trait au concept théologique de l'incarnation du divin dans le ministère et les services pastoraux offerts.
ANNEXE B - PROGRAMMES ET INITIATIVES DE L'AUMÔNERIE 14
Groupes d'étude de la Bible et autres groupes d'étude
Étude de la Bible en inuit
Étude de la Bible en milieu de semaine
Étude de la Bible au moyen de cours par correspondance
Étude de la Bible en chinois
Catéchisme catholique
Étude du « grand livre » des AA
École biblique Chakam
Étude de la Next Step Men's Bible
Exploration biblique
Cours dirigé et discussion
Correspondance
Programme de correspondance
Deuil et perte
Atelier sur le deuil et la perte
Rétablissement après le traumatisme causé par un deuil (EMDR)
Programme d'accompanement après un deuil ou une perte
Groupes dirigés par des organismes externes
New Life Prison Ministry
Salvation Army Chapel Fellowship
Prison Fellowship Bible Study
Robertson Fellowship Ministry
Catholic Charities
Salvation Army Community Assistance
Fraternité des prisons
Keteri House Prison Ministry
Guérion /pardon
Guérison de nos émotions
Maisons de guérison
Pratiques de guérison Reiki
Cours sur le pardon
Gestion du stress à la suite d'un incident critique pour les délinquants et le personnel
Méditation
Méditation et Tai Chi
Programme de relaxation
T.M.I. Group
Musique et expression créatrice
Chorale de la chapelle
Leçons de doigté
Concerts
Guitar Jack's music ministry
Projet de confection de courtepointe
LifeSavers Drama Company
Appréciation/application de la musique
Groupe d'improvisation
Liaison avec la collectivité
Opération Arbre de Noël
Angel Tree
Relations
Le mariage est-il pour moi? Comment puis-je avoir une relation durable?
Cours sur l'art d'être parent
Fool-proofing your life – La sagesse nécessaire pour démêler vos relations les plus difficiles
Limites
Activités ou sujets spéciaux
Conférenciers spéciaux
Argent et biens
Trois collectivités – un espoir
Développement spirituel / épanouissement personnel
Alpha
Comment faire des choix que vous ne regretterez pas
Les mensonges que le femmes croient et la vérité qui les libère
Faire soi-même ce que l'on préconise
Sept habitudes des gens très efficaces
Ennéagramme
Purpose Driven Life
Getting a grip on the Basics
Direction spirituelle
Thérapie collective Kairos-Marathon
A Life worth living
Si Tu Faisais La Paix (en français)
Personnel
Solitude du personnel
Gestion du stress à la suite d'un incident critique pour le personnel
Soutien/Accompagnement
M2W2
A.A.
Entrée libre (en français)
Cercles de soutien et de responsabilité
Face to Face
Questions relatives à la violence
Programme de solution de rechange à la violence
Offices dirigés par des groupes confessionnels précis
Liturgies catholiques
Groupe bouddhiste
Groupe de prière musulman de Juma
Prières Taize
Wiccan Lodge
Prière catholique
6Selon M. Tom O'Connor, chercheur de l'Oregon, l'une des incidences les plus importantes de la participation des détenus aux célébrations religieuses pourrait être le simple résultat des choix individuels que font les détenus qui se joignent à un groupe comme le groupe de la chapelle ou qui participent à un programme de type spirituel. Il indique que cela crée un sentiment d'appartenance à un groupe prosocial qui se traduit souvent par un changement social et comportemental. Dans leur article intitulé « A Model for Churches and Ex-offenders » (1998), O'Connor, Ryan et Parikh présentent des données selon lesquelles la participation d'ex-détenus à un programme confessionnel a réduit considérablement leur niveau de besoin, leur risque de récidive et leur taux de récidive réel.
7 Selon le profil des délinquants par religion dans le Système de gestion des délinquants
8Aux fins du présent rapport, veuillez noter la définition à l'annexe A.
9 Une liste des programmes offerts dans les établissements visités figure à l'annexe B.
10 Les services de l'Aumônerie sont assurés dans le cadre de contrats conclus avec les groupes confessionnels. Un aumônier qui offre des services pendant 37,5 heures par semaine est considéré dans le présent rapport comme un aumônier d'établissement; un aumônier qui assure des services pendant quelques heures dans le cadre d'un contrat est considéré comme offrant des services limités.
11 Vandecreek et coll., Research in Pastoral Care and Counselling (1994)
Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, mais de programmes et d'initiatives offerts dans les établissements représentatifs visités. Si vous avez besoin de plus de renseignements sur les programmes et services ci-dessous, veuillez contacter l'Aumônerie de l'AC.
13Une « homélie » est une réflexion ou un sermon fondé généralement sur un texte de la Bible ou un concept théologique.
14Bien entendu, on pourrait poser la même question dans la société en général, mais la présente étude porte sur la population carcérale.