Profil des autochtones incarcérées dans un établissement fédéral

image d'un aigle

La délinquante autochtone typique a 27 ans, compte neuf années de scolarité, est célibataire et a deux ou trois enfants. Son instruction et ses aptitudes à l'emploi sont limitées. Elle est généralement en chômage quand elle commet son délit.

Les facteurs qui peuvent détériorer la vie de la femme autochtone sont variés : installation dans un centre urbain (où elle connaît l'isolement et la solitude); alcoolisme et violence dans la maison familiale; aide et supervision insuffisantes dans la famille; manque de ressources (argent); possibilités insuffisantes d'avoir des interactions positives avec les autres.

La délinquante autochtone a généralement consommé de la drogue et de l'alcool dans son jeune âge. Souvent, elle a commis des infractions quand elle était une jeune fille; et comme elle n'a pas fait l'objet d'interventions adéquates, elle continue d'en commettre, devenue adulte. La délinquante autochtone a généralement cessé de fréquenter l'école quand elle était peu avancée en âge, pour se tenir avec des amis, enfants de la rue. Elle continue de consommer de la drogue et de l'alcool; sa dépendance l'amène à se prostituer. Influencée par ses fréquentations, entraînée par ses habitudes de vie, et jeune de rue de plus en plus livrée à elle-même, elle commet des délits plus graves (vols, agressions ou meurtres, par exemple).

La délinquante autochtone a quitté le foyer familial parce qu'elle y connaissait la violence (comme victime ou témoin) et que la vie y était insupportable; ou parce qu'elle devait s'y soumettre à des conditions si rigides qu'elle a préféré partir pour devenir plus indépendante; ou parce qu'elle s'est laissée entraînée par des amis pour qui consommer de la drogue, boire de l'alcool et faire la fête étaient des habitudes de vie. Il arrive que la délinquante autochtone se prostitue pour se procurer l'argent dont elle a besoin, parce qu'elle n'est pas assez instruite ou formée pour occuper un emploi. La délinquante autochtone peut être victime de racisme, de stéréotypes ou de discrimination fondée sur la race ou la couleur. La violence marque sa vie dans les rues, où elle continue de subir des actes de violence sexuelle, des mauvais traitements affectifs, des sévices. Il y a de grandes chances pour qu'elle connaisse une relation de violence. Cette relation génère habituellement des enfants; les difficultés sociales, émotives et économiques se perpétuent donc, et des familles malsaines continuent de succéder à des familles malsaines.

Selon une étude régionale effectuée en 1989 par l'Ontario Native Women's Association, huit femmes autochtones sur dix subissent de mauvais traitements (on constaterait sans doute à peu près la même chose dans les autres régions du pays). En 1991, le rapport du Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale (« La création de choix ») nous apprenait que 68 % des femmes autochtones incarcérées dans un établissement fédéral que l'on avait interrogées affirmaient avoir souffert de sévices et que 54 % déclaraient avoir été victimes d'un ou plusieurs actes de violence sexuelle. En 1995, une étude des services sociaux de la Saskatchewan montrait qu'au moins 57 % des femmes qui utilisaient les abris pour les victimes de mauvais traitements en milieu familial étaient d'origine autochtone, bien que les bénéficiaires de ces abris ne représentaient que 11 % de la population féminine.

Parmi les causes de la violence dans les collectivités autochtones, il y a la toxicomanie, l'alcoolisme, les problèmes économiques, les comportements appris, les effets de la fréquentation des pensionnats, la perte de la substance originelle de la culture autochtone et la disparition de valeurs traditionnelles.

Un pourcentage élevé des femmes autochtones reconnues coupables de délits ont enfreint la loi alors qu'elles étaient sous l'emprise de la drogue ou de l'alcool. Par ailleurs, la consommation de drogue ou d'alcool est souvent liée aux sévices, à la violence psychologique ou aux mauvais traitements affectifs que ces femmes ont subis et dont on a négligé les effets. Pour que les femmes autochtones cessent de faire front de cette façon nuisible aux problèmes liés aux comportements dysfonctionnels dont elles ont souffert, il faut qu'on s'occupe des mauvais traitements dont elles ont été victimes et de leurs effets.

En 1996, toutes proportions gardées, les enfants autochtones canadiens de moins de 15 ans étaient deux fois plus nombreux que les autres personnes de leur groupe d'âge à vivre avec un seul parent : près du tiers d'entre eux connaissaient une situation de monoparentalité.

Monoparentalité et taux de pauvreté élevé vont généralement de pair; aussi est-il probable que les familles autochtones vivent sous le seuil de la pauvreté et soient davantage exposées, pour cette raison, au danger de voir certains de leurs membres perpétrer des délits. Le stress économique des familles autochtones s'aggrave du fait qu'elles s'occupent généralement de leurs parents et grands-parents; par exemple, 22 % des femmes âgées autochtones vivent avec leur famille (seulement 4 % des femmes âgées non autochtones sont dans cette situation). La famille est très importante chez les Autochtones. Les femmes autochtones qui bénéficient de l'appui de leur famille et de la collectivité s'en tirent généralement beaucoup mieux que les autres.

Beaucoup de parents autochtones n'ont pas de compétences parentales parce qu'ils ont vécu dans des pensionnats. En effet, avant 1970, il arrivait parfois qu'on éloigne les enfants de leur foyer ou de leurs parents et qu'on les place dans des pensionnats gérés par des communautés religieuses. Dans ces pensionnats, de nombreux enfants ont été victimes de mauvais traitements psychologiques, de violence sexuelle ou de sévices. De plus, les enfants ne pouvaient pas parler leur langue, ni vivre selon leur culture, leur croyance et leurs valeurs spirituelles, dans ces maisons d'éducation. Ils étaient isolés de leur famille et de leur collectivité; bon nombre d'entre eux ne retournaient dans leur foyer qu'une fois l'adolescente atteinte.

La fréquentation des pensionnats a eu des effets négatifs non seulement sur les pensionnaires, mais aussi sur les autres membres de leur foyer parce qu'elle empêchait les familles de remplir leur fonction d'éducation et s'opposait à la création de liens affectifs entre les pensionnaires et leurs parents. En outre, une grande partie des pensionnaires n'ont pas été soignés pour les mauvais traitements qu'ils ont subis Dans les années 1960 et 1970, une autre pratique avait cours : on confiait des enfants autochtones à des non Autochtones qui les adoptaient ou leur offraient une famille d'accueil; nombreux sont les enfants qui ont été placés ainsi. Beaucoup d'entre eux ont été victimes de mauvais traitements affectifs, de violence psychologique ou d'agressions sexuelles. Ces événements passés négatifs ont encore des effets sur beaucoup de familles et collectivités autochtones; ils en auront sur beaucoup d'autres générations, tant que les collectivités ne guériront pas, tant que les familles ne recommenceront pas à jouer leur rôle parental traditionnel.

Les efforts faits pour amener les foyers et les collectivités autochtones à adopter les valeurs et les comportements dominants de la société européenne influent négativement sur les pratiques spirituelles, ancestrales et culturelles des Autochtones. Beaucoup de familles autochtones s'installent dans les centres urbains, où elles espèrent s'instruire, travailler et se loger plus convenablement. Mais souvent elles ne sont pas adaptées à la société non autochtone et il leur est très difficile de survivre au milieu d'une population urbaine. Ces familles ont besoin de ressources et de services accueillants, respectueux, capables de les soutenir, pour les aider à s'intégrer à la société. Elles ont besoin qu'on les aide à déterminer qui elles sont, à accepter leur culture et leurs traditions, à travailler à leur rétablissement, pour remporter leur combat contre la toxicomanie et l'alcoolisme, deux dépendances qui souvent marquent leur vie tous les jours. Si on répondait à ce besoin, il y aurait moins d'Autochtones en contradiction avec la loi.

Document établi par Norma Green (08.29.00) à partir d'observations personnelles et d'informations tirées des rapports suivants : « Profile of Aboriginal Women in Saskatchewan », « La création de choix » et « Empowering Our Communities ».