Services correctionnels pour les Autochtones

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Les gangs autochtones
Rapport présenté au Service correctionnel du Canada sur les membres des gangs de jeunes Autochtones dans le système correctionnel fédéral

Produit par Ovide W. Mercredi
Octobre 2000

Table des matières

  1. INTRODUCTION
  2. PERSPECTIVES HISTORIQUES
  3. LE DÉFI DES SERVICES CORRECTIONNELS
  4. L'ÉTIQUETAGE
  5. LES PROGRAMMES ADAPTÉS
  6. LES AÎNÉS ET LEUR INTERVENTION
  7. DES PROGRAMMES DISTINCTS À L'INTENTION DES MEMBRES DE « GANGS DE JEUNES AUTOCHTONES »
  8. LA RESPONSABILITÉ ET L'AUTORITÉ DES AUTOCHTONES
  9. CONCLUSIONS
  10. RÉSUMÉ DES RECOMMANDATIONS

A. INTRODUCTION

Le Service correctionnel du Canada (SCC) a conclu avec l'auteur du présent rapport un contrat en vue de l'examen des besoins en matière de programmes des « membres de gangs de jeunes Autochtones » au sein du système correctionnel fédéral et de la présentation de recommandations sur ce sujet et sur l'orientation à prendre.

L'auteur a été aidé dans sa démarche par l'Aîné Arvol Looking Horse et un employé du SCC, M. Darrell Phillips, qui a organisé notre itinéraire et a fait en sorte que nous suivions le protocole des établissements fédéraux.

Des réunions et autres activités ont eu lieu avec des détenus autochtones, des directeurs d'établissement, des gestionnaires, des agents de programmes et des Aînés aux établissements d'Edmonton, de Bowden, de Drumheller, de Stony Mountain et de Rockwood, au pénitencier de la Saskatchewan, à l'établissement Riverbend et au centre de ressourcement Stan Daniels.

Nous avons également pris part à des réunions avec d'autres personnes dont certaines s'occupent de sécurité, de politique ou de programmes, ainsi qu'avec des Autochtones qui travaillent dans le domaine correctionnel mais qui ne sont pas des fonctionnaires fédéraux ou provinciaux. Nous avons aussi rencontré certains membres de « gangs de jeunes Autochtones » incarcérés aux centres de détention provisoire de Winnipeg (Manitoba).

Le contenu de ce rapport repose sur les observations verbales des délinquants autochtones et des Aînés, qui ont librement exprimé leurs opinions et leurs espoirs. Compte tenu de la nature des visites et du peu de temps passé dans chaque établissement, l'auteur ne fait aucun commentaire sur les points forts ou les lacunes des établissements. De toute façon, son mandat était de déterminer les mesures en place pour répondre aux besoins en matière de programmes d'une population carcérale donnée et de recommander d'autres initiatives possibles.

Soucieux de ne pas paraître présomptueux en suggérant de nouveaux programmes d'instruction ou de croissance personnelle ou de nouveaux modèles de guérison, l'auteur présentera plutôt ses constatations et proposera une approche sur la manière de faire face aux enjeux actuels et de relever les défis futurs pour le SCC et les Autochtones.

Si les recommandations présentées dans ce rapport s'avèrent utiles et contribuent à améliorer la situation des délinquants autochtones sous responsabilité fédérale, il faut en attribuer le mérite à toutes les personnes, délinquants autochtones, Aînés, directeurs d'établissement, décideurs et autres, dont les opinions ont aidé l'auteur à énoncer les points de vue présentés dans ce rapport. L'auteur assume toutefois pleine responsabilité si celui-ci ne produit pas de résultats constructifs.

Il suffit d'examiner les différentes questions qui se posent dans le système correctionnel, en rapport avec l'émergence de groupes organisés de délinquants, pour se rendre vite compte qu'on ne peut se pencher sur les problèmes et défis associés aux membres de « gangs de jeunes Autochtones » dans le système carcéral fédéral sans tenir compte de la population générale. Les responsables des établissements ont eu tendance à se concentrer sur les questions de sécurité et de violence au sein des établissements. L'auteur passe sous silence les questions de sécurité étant donné que son mandat portait sur un sujet plus précis, soit les services et programmes destinés à un groupe particulier de délinquants autochtones. Cela ne veut pas dire que les recommandations faites par le Groupe de travail sur la sécurité ne concernent pas la situation actuelle. D'ailleurs, la sécurité du milieu correctionnel touche clairement la politique et les programmes et ne se limite pas aux mesures de sécurité. Les approches futures proposées dans ce rapport devront peut-être miser davantage sur la relation entre la guérison et la sécurité. Après tout, la lutte contre la violence n'est pas seulement le devoir du citoyen mais aussi celui de l'État. Tant qu'on aura recours à la force réciproque ou à la violence pour combattre la violence en établissement, il sera impossible de créer un environnement correctionnel sûr.

Dans le présent rapport, la place du « membre d'un gang » dans les établissements correctionnels n'est pas considérée comme une question qui doit faire l'objet d'une politique distincte. Au contraire, tout en reconnaissant qu'il pourrait être justifié de préconiser un traitement différent, comme un programme spécifique de désengagement ou de désaffiliation, il serait recommandé de traiter tous les délinquants autochtones avec justice, équité et respect en leur accordant le même accès que les autres délinquants aux possibilités offertes. Comme l'a signalé un sage Aîné, il n'y a qu'une Terre, et nous devons tous y vivre.

B. PERSPECTIVES HISTORIQUES

Plus d'un siècle de colonisation et de dislocation virtuelle des traditions, cultures et institutions indigènes ont miné les sociétés et cultures des Premières nations. Le Canada a déployé des efforts déterminés pour réduire les droits et libertés des Autochtones. Il est de toute évidence directement responsable, en raison de ses lois et politiques passées et actuelles (qui ont chassé les Autochtones de leurs terres et territoires), du démantèlement des économies et institutions d'autosuffisance et d'autonomie gouvernementale des Autochtones.

L'étendue des problèmes sociaux qui s'abattent maintenant sur les premiers peuples ne devrait étonner personne, y compris les gouvernements provinciaux, qui ont joué un rôle de premier plan dans la diminution des droits territoriaux et les économies tribales des Autochtones. Depuis plus d'un siècle, la destruction des coutumes, des traditions, de la spiritualité et des institutions sociales autochtones (p. ex., la cellule familiale), qui réussissaient à maintenir l'ordre et la paix dans les sociétés indigènes, a affaibli la capacité inhérente des Autochtones de régler efficacement les problèmes sociaux, de répondre à leurs besoins et de s'occuper de leur développement.

De nos jours, les sociétés et cultures indigènes ne correspondent pas à ce que la plupart des décideurs considèrent comme « des peuples en transition » qui ont besoin des « outils de la société moderne » pour survivre dans l'économie mondiale. Au contraire, les Premières nations sont dans un état de crise, leur mode de vie étant de plus en plus menacé et marginalisé au Canada. À bien des égards, les peuples indigènes et leurs cultures constituent une « espèce menacée d'extinction » qui est devenue victime de la perte de l'habitat (c. à d., la terre) qui soutenait leur mode de vie et qui leur aurait garanti un avenir dynamique pour croître et se développer « comme peuple ». Autrement dit, la survie des Autochtones comme groupe distinct est plus menacée aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a 50 ans. Comme l'a signalé la Commission royale d'enquête sur les peuples autochtones, le seul véritable espoir de survie réside dans le rétablissement et la mise en valeur des cultures autochtones distinctes et de nations dotées de terres et de ressources propices à la croissance et au progrès des leurs.

La surreprésentation des Autochtones dans le système de justice pénale au Canada n'est qu'un des nombreux indicateurs de la difficulté à se tailler une place au soleil au Canada. L'émergence des gangs de jeunes Autochtones et la crainte et la menace qu'ils constituent pour les autorités de contrôle social canadiennes ne sont qu'un reflet des énormes défis que les Autochtones doivent relever pour tenter de survivre « comme Canadiens ».

Les difficultés que connaît le Service correctionnel du Canada dans sa gestion des délinquants autochtones incarcérés dans ses divers établissements ne sont rien comparées à l'énorme tâche à laquelle font face les Autochtones et leurs dirigeants pour répondre aux besoins immédiats de leur peuple. En outre, les gouvernements canadiens semblent toujours nier leurs obligations de répondre de manière équitable aux griefs et aspirations des Autochtones.

Il n'est pas impossible de trouver des solutions de rechange réalistes pour les jeunes Autochtones qui appartiennent à des gangs dans l'Ouest canadien, mais cela doit tout d'abord devenir un but pour tous les intéressés. Le Canada, la « terre de nos aïeux », doit permettre aux Autochtones de redevenir à nouveau forts dans la terre de leurs aïeux. Peut-on raisonnablement l'espérer? Il le faut. Autrement, les solutions honnêtes que nous cherchons seront enfouies dans un autre siècle de négligence et d'injustice de la part du Canada à l'égard des premiers peuples de ce pays.

IL EST RECOMMANDÉ :

  1. Que tous les employés du SCC, à tous les niveaux, soient tenus de suivre les cours voulus pour comprendre le contexte historique des DÉFIS auxquels sont actuellement confrontées les sociétés autochtones;
  2. Que ces cours d'histoire soient élaborés en collaboration avec les responsables des programmes d'études autochtones offerts dans plusieurs établissements de haut savoir ainsi qu'avec les dirigeants autochtones du domaine de l'éducation;
  3. Que ce nouveau programme de cours fasse partie du perfectionnement professionnel du personnel du SCC et qu'il soit considéré comme une exigence fondamentale pour les travailleurs qui entrent en contact avec les délinquants autochtones et pour les responsables de l'élaboration des politiques touchant les programmes et services correctionnels.

C. LE DÉFI DES SERVICES CORRECTIONNELS

Pour le Service correctionnel du Canada, la surreprésentation des Autochtones au sein des établissements correctionnels n'est plus uniquement une question de sécurité et de bonne gestion de ces établissements. Elle oblige les décideurs et les gardiens à réexaminer les pratiques correctionnelles en vigueur dans le but de changer non seulement les délinquants mais aussi les établissements.

Quels nouveaux buts le Service correctionnel du Canada devrait-il poursuivre en ce qui a trait aux délinquants autochtones?

Pour comprendre en quoi doivent consister les nouveaux buts, les responsables du système correctionnel fédéral doivent accepter qu'un changement dans la condition de vie des Autochtones est à la fois justifié et depuis trop longtemps attendu. La baisse des taux de récidive et d'incarcération des délinquants autochtones doit être considérée comme un élément d'une stratégie nationale visant à améliorer les possibilités socio-économiques des Autochtones qui vivent dans les villes, les petites municipalités, les villages, les collectivités et les réserves.

En quoi devraient consister les nouveaux buts du Service correctionnel du Canada à l'égard du délinquant autochtone qui fait partie d'un gang de jeunes?

Pour savoir comment répondre aux besoins des gangs de jeunes détenus et les aider, et pour éclairer la politique et les pratiques correctionnelles, il faudra examiner les stéréotypes sociaux traditionnels au sujet des gangs et éviter de se baser sur les attitudes et réactions traditionnelles à la culture carcérale.

Dans ce rapport, nous répondons à ces deux questions indissociables d'un point de vue autochtone. Les réponses seront inspirées de l'expérience de l'auteur et basées sur l'information et les connaissances acquises, durant cet examen, de la politique et des pratiques actuelles à l'égard des délinquants autochtones, dont certains appartiennent à des gangs de jeunes.

IL EST RECOMMANDÉ :

  1. Que l'on s'emploie à élaborer une « politique sur les gangs de jeunes Autochtones », dans un délai déterminé, avec la participation véritable de membres « actifs » et d'« anciens » membres de ces gangs, dans le cadre d'une initiative mixte à laquelle participent le SCC et les dirigeants autochtones;
  2. Que la nouvelle politique exhaustive sur les services correctionnels destinés aux Autochtones soit mise en oeuvre de façon à satisfaire aux besoins et aux aspirations de tous les délinquants autochtones incarcérés dans des établissements fédéraux, et que cela inclue le recours à des approches communautaires comme solution de rechange au système correctionnel actuel centré sur les pénitenciers;
  3. Que les organisations nationales des Autochtones coordonnent cette approche des services correctionnels destinés aux Autochtones en créant un forum ou un mécanisme national chargé d'élaborer une politique et une stratégie sur les services correctionnels destinés aux Autochtones devant en définitive régler le problème de la surreprésentation des Autochtones dans les établissements correctionnels.

D. L'ÉTIQUETAGE

Les membres actuels et les anciens membres de gangs de jeunes Autochtones en prison sont indignés par la pratique répandue dans les établissements qui consiste à compartimenter les délinquants autochtones et qui aboutit à deux grandes catégories : ceux qui appartiennent à un gang et ceux qui n'y appartiennent pas. Ils estiment que cela donne aux autorités carcérales le pouvoir de faire preuve d'encore plus de discrimination que celle que représente «  le racisme en établissement » dirigé contre les délinquants autochtones.

Un grand nombre de ces derniers se sont plaints du manque de programmes convenables et de la façon discriminatoire dont l'accès aux programmes peut être accordé ou refusé comme forme de récompense ou de punition. Les membres de gangs autochtones considèrent l'accès aux programmes et l'exécution de ceux-ci, qui sont en fait discrétionnaires et qui varient d'un établissement à l'autre, comme un double obstacle pour eux. Ils estiment en effet être exposés deux fois à une forme de traitement discriminatoire, la première fois en tant que délinquants autochtones et la seconde, comme membres réels ou présumés d'un gang de jeunes Autochtones.

Les détenus autochtones placés dans des établissements correctionnels ou de détention provisoire voient tous de la même façon leur place sur la voie menant à la mise en liberté. Selon eux, ils risquent davantage que les autres délinquants d'être incarcérés plus longtemps et d'être les derniers qu'on envisage de transférer à des établissements à sécurité minimale ou moyenne. Le Service correctionnel du Canada doit examiner comment et pourquoi les délinquants autochtones, qui forment la majorité de la population carcérale de certains établissements à sécurité maximale, ne constituent que la minorité (comme c'est le cas dans la plupart des établissements fédéraux de l'Ouest du Canada) de celle des établissements à sécurité moyenne ou minimale.

Est-ce que cela traduit une pratique discriminatoire, comme le soutiennent les délinquants autochtones? Ces derniers ne sont pas non plus très optimistes quant à leurs possibilités d'obtenir une mise en liberté à court terme, un placement dans un établissement communautaire, voire la libération conditionnelle. Ce problème du « premier arrivé dernier sorti » va au coeur même de la crédibilité de tout le système de mise en liberté. Il faudrait se pencher sur la situation et y remédier.

C'est ce cheminement inégal, entre le pénitencier et la liberté, qui détermine chez le délinquant autochtone sa compréhension de sa place particulière dans le système correctionnel fédéral. Cela rejoint le sentiment d'aliénation que les Autochtones ressentent au Canada en ce qui a trait aux récompenses et punitions en général et à la façon dont la richesse est distribuée pour avantager uniquement certains citoyens. Pour les membres de gangs autochtones, cela représente un double obstacle et cela les fait désespérer d'obtenir un traitement équitable.

Où commence cet étiquetage? On peut facilement voir qu'il résulte en grande partie d'une auto identification. Lorsqu'une personne décide de se joindre à une organisation comme les Manitoba Warriors, elle adopte par le fait même une étiquette. Toutefois, une autre forme d'étiquetage survient lorsqu'un groupe de ce genre se livre à des activités criminelles. L'utilisation par la société d'étiquettes comme le mot « gang » suppose une définition culturelle qui n'est ni positive ni souhaitable.

Lorsque les membres d'un groupe comme les Manitoba Warriors ou Indian Posse se livrent à des activités criminelles, on leur applique automatiquement ces définitions sociales. Peu importe pour le grand public que ces groupes n'aient ni la structure ni la culture de leadership des gangs de Blancs ou qu'ils n'aient pas la capacité de se livrer à des activités de crime organisé. Après tout, le public et les élus considèrent la criminalité comme une activité offensante qu'il faut contrôler sinon réprimer. Essentiellement, les gangs de jeunes Autochtones sont devenues, en adoptant elles-mêmes une étiquette, l'ennemi qu'il faut combattre avec la pleine force de la loi et des mécanismes d'application.

Le Service correctionnel du Canada doit réexaminer sa pratique d'étiqueter les membres de gangs. L'approche adoptée par la police et les tribunaux, qui consiste à considérer les membres de gangs autochtones comme les membres d'une organisation criminelle constitue une réaction à la peur que les gangs suscitent dans le public ainsi qu'aux pressions exercées par les élus blancs, avec l'aide des médias des Blancs, en vue de présenter les jeunes Autochtones comme des criminels dangereux et violents.

L'empressement à adopter les étiquettes de la police et des tribunaux ne devrait pas colorer l'évaluation de la nature véritable du crime et du délinquant. Il faudrait en fait réexaminer la pratique consistant à adopter les critères de la police, les conclusions des tribunaux et le principe de la culpabilité par association en vue de tracer un profil plus réaliste et objectif de la nature des gangs de jeunes Autochtones et de déterminer leur importance pour la mission des établissements correctionnels.

Un problème lié à l'utilisation de l'étiquette « membre du gang X » est sa subjectivité, sa rigidité et sa finalité. Les gens changent, les situations changent. On adhère à un groupe, puis on y renonce. Il n'en est pas ainsi des étiquettes, qui continuent à être utilisées sans jamais être modifiées une fois attribuées. Celui qui appose l'étiquette devient le préposé à une liste fictive qui sert à répondre aux besoins du système de justice. Il ne fait aucun doute qu'il y a bel et bien des membres d'organisations considérées par la société comme des « gangs de jeunes Autochtones ». Mais ni la police, ni les tribunaux, ni les agents de correction ne peuvent affirmer avec certitude qui est un membre actif de la bande, qui n'est qu'une simple connaissance ou un ami d'un membre actif, ni même qui s'est dissocié complètement du groupe.

Comment l'étiquetage contribue-t-il à réaliser la mission correctionnelle qui consiste à éduquer, à former, à aider ou à transformer des individus pour qu'ils deviennent des membres actifs de la société? Dans la mesure où elle entraîne un traitement discriminatoire et empêche d'aider les délinquants à transformer leur vie, avec l'appui du Service correctionnel du Canada, cette pratique n'est pas productive, elle est même improductive. L'étiquetage contribue à consacrer une culture carcérale selon laquelle on ne peut rien faire pour aider « ces genres » de délinquants.

IL EST RECOMMANDÉ :

  1. Que l'on réexamine la pratique consistant à étiqueter des Autochtones « membres de gangs de jeunes » et qu'on la remplace par un autre système de classement qui ne consacre ni n'encourage le maintien de stéréotypes ni n'entraîne un traitement discriminatoire à l'égard de certains délinquants;
  2. Que l'on saisisse que la nature véritable de la pratique actuelle consistant à punir « l'appartenance » à un gang est une mesure punitive destinée à décourager l'appartenance à des gangs qui est plus susceptible de susciter une résistance que d'atteindre son objectif;
  3. Que le SCC élabore une autre stratégie en vue du désengagement des gangs, basée sur le pouvoir de la bienveillance et sur l'encouragement que constitue l'offre de possibilités réelles comme les deux principales raisons d'encourager et d'aider les membres de gangs de jeunes Autochtones à adopter des modes de vie nouveaux et plus constructifs.

E. LES PROGRAMMES ADAPTÉS

À l'exception des interventions des Aînés, la plupart des programmes offerts actuellement dans le système correctionnel sont conçus par des personnes qui ne sont pas des Autochtones et basés sur les valeurs et la culture de la société dominante. L'orientation d'un grand nombre de ces programmes traduit les tendances et réalisations de différentes écoles de pensée en criminologie, sociologie, psychologie, psychiatrie et pédagogie, qui ne correspondent pas nécessairement aux réalités autochtones. On s'attend à ce que les délinquants autochtones se conforment à ces moyens de corriger leurs comportements négatifs ou antisociaux.

Dans la tentative de trouver des réponses ou des solutions au problème de la surreprésentation des Autochtones dans les pénitenciers, on n'accorde pas le même degré d'importance à la question des relations raciales, à l'oppression des peuples autochtones, au rôle de l'assimilation, à l'incidence de la pauvreté, à l'importance de l'autodétermination des Autochtones, à la relation de ces derniers avec la terre et aux problèmes sociaux qui existent dans les collectivités autochtones.

L'approche dite professionnelle, ancrée dans la culture non autochtone, est inadéquate non seulement pour évaluer les individus, mais aussi pour les aider à régler leurs problèmes personnels en vue de se rétablir ou d'accomplir des progrès. Le fait est que les modèles d'évaluation et la langue des professionnels ne contribuent aucunement à transformer les vies. Dans bien des cas, ils ne font que démoraliser l'initiative individuelle de réforme personnelle et consacrer un système qui tend à forcer les délinquants autochtones à purger toute leur peine sans espoir de réadaptation, de croissance personnelle ou de développement.

Il suffit d'écouter les doléances des Autochtones pour comprendre qu'ils n'espèrent ni n'attendent rien d'un système fondé sur la sagesse de professionnels qui, dans la plupart des cas, n'ont personnellement guère ou pas de contacts avec les Autochtones et leurs collectivités.

En plus de mettre en question l'à propos des programmes du SCC pour Autochtones, on met en doute la possibilité pour ces derniers d'accéder à ceux-ci. En ce qui concerne les évaluations faites en vue de l'obtention d'un transfèrement ou d'autres privilèges accordés aux finissants de ces programmes de base, il y a aussi lieu de se demander si les Autochtones obtiennent la même reconnaissance et les mêmes récompenses que les autres participants à ces programmes de base. Cela ne veut pas dire que ceux-ci ne sont d'aucune utilité. Au contraire, la plupart des délinquants autochtones qui ont exprimé une opinion à ce sujet ont dit avoir retiré des bienfaits personnels de leur participation à un ou plusieurs programmes de base, comme celui sur la maîtrise de la colère.

Qui est l'enseignant? Qui est le guérisseur? Il s'agit là de questions importantes dont il faut tenir compte pour tout changement de politique future. On s'est, par exemple, opposé à la pratique employée dans certains établissements qui consiste à promouvoir d'anciens gardes à des postes d'instructeurs ou d'enseignants. Il est indispensable d'avoir du personnel qualifié et ayant reçu la formation voulue sur l'exécution des programmes de base pour favoriser l'apprentissage et la guérison découlant de la participation à ces programmes.

Il faudrait aussi recruter davantage d'Autochtones qualifiés et ayant suivi la formation voulue comme enseignants et guérisseurs (p. ex., conseillers et autres spécialistes), ce qui, exception faite des Aînés et de leurs assistants, n'est pas le cas. Cela révèle l'existence d'un grave problème non seulement d'équité en matière d'emploi, mais aussi d'équité raciale au travail à l'échelle du SCC. Il est difficile de nier la réalité qui inclut un pourcentage élevé de délinquants autochtones dans les établissements correctionnels de l'Ouest et la situation minoritaire dans laquelle se trouvent les employés autochtones à l'échelle du Service.

On a également fait part à l'auteur de vues bien senties au sujet de l'opportunité d'avoir des programmes correspondant aux vues des Autochtones sur la guérison, le rétablissement et la transformation personnelle menant à la croissance et au développement. Le SCC doit recruter des éducateurs autochtones et avoir recours à des établissements d'éducation autochtones pour l'aider à concevoir et à offrir des programmes d'instruction et de guérison qui sont adaptés et efficaces sur le plan culturel.

Les éducateurs autochtones s'inspirent actuellement de l'histoire et des traditions des sociétés autochtones pour comprendre et régler un grand nombre des problèmes sociaux et économiques que connaissent les membres des Premières nations. Le SCC aurait grandement intérêt à faire appel, à tous les niveaux, à leurs vastes connaissances et expérience dans le domaine de l'éducation et de la guérison ou du mieux-être, pour répondre aux besoins et aux aspirations des délinquants autochtones.

Les experts autochtones des domaines de l'éducation et de la guérison comprennent la valeur des connaissances traditionnelles. Ils jugent indispensable, pour favoriser le développement et le progrès personnels des Autochtones, de faire activement participer ces derniers à une démarche d'éducation holistique et à un processus de guérison et de rétablissement personnels. Il ne suffit pas d'offrir aux victimes de placements en foyer d'accueil, d'adoptions, de violence physique ou sexuelle, d'alcoolisme ou de toxicomanie une éducation ou des habiletés professionnelles pour les préparer à une nouvelle vie « EN DEHORS ». Il faut tout d'abord les aider à guérir « EN DEDANS ».

On peut adapter des programmes qui combinent l'instruction et la guérison pour offrir aux détenus autochtones l'éducation qui les amènera à transformer leur vie par l'autodétermination, la croissance personnelle et la capacité de se prendre en main. Les sujets des nouveaux programmes que pourraient élaborer les éducateurs et les guérisseurs autochtones incluent, par exemple, l'histoire des Autochtones, la découverte de soi par la culture et l'histoire, la maîtrise traditionnelle de la colère, la résolution des conflits, la lutte contre les toxicomanies, la lutte contre le racisme, la détermination de soi, les possibilités d'emploi et la transformation du mode de vie.

Les établissements d'enseignement et centres de guérison autochtones peuvent aider à élaborer des programmes adaptés sur le plan culturel au sein des établissements correctionnels fédéraux.

Plutôt que de préserver le statu quo en ce qui a trait aux programmes de base, le SCC doit inviter les éducateurs autochtones qualifiés et les établissements d'enseignement, comme les collèges communautaires et les centres de guérison autochtones, à contribuer à l'élaboration et à l'exécution de nouveaux programmes de base qui répondront aux besoins véritables des délinquants autochtones et les renforceront dans leur cheminement en vue de transformer leur vie.

IL EST RECOMMANDÉ :

  1. Que le SCC commence à faire participer activement les établissements d'enseignement et de guérison autochtones du Canada à l'élaboration et à l'exécution de programmes d'enseignement et de counseling destinés aux délinquants autochtones qui sont adaptés à la réalité culturelle de ces derniers et qui répondent mieux à leurs besoins et à leurs aspirations de croissance et de développement personnels;
  2. Que, dans la mesure du possible, l'enseignement et la guérison des délinquants autochtones soient confiés à des Autochtones qui possèdent le savoir et l'expérience nécessaires pour répondre aux besoins et aux attentes sur les plans de l'instruction et de la guérison des Autochtones;
  3. Que le SCC conclue avec des établissements d'enseignement et de guérison autochtones des contrats en vue de l'exécution de programmes mieux adaptés et prévoyant la participation et la responsabilité de la collectivité autochtone, qui n'existent actuellement pas dans les programmes de base offerts par le SCC.

F. LES AÎNÉS ET LEUR INTERVENTION

Une des grandes réformes opérées par le SCC a été de faire appel aux Aînés des collectivités autochtones et de leur demander d'aider les délinquants autochtones à remédier à leurs problèmes et difficultés personnels. Cette initiative, relativement nouvelle, a grandement contribué à la mission de réadaptation du SCC. Mais, comme pour toute initiative nouvelle, l'intervention des Aînés n'a pas été sans difficultés, surtout quand on sait que « les manières et la spiritualité traditionnelles » ne sont pas et ne peuvent jamais être un « programme », encore moins un programme offert de 9 à 5. Cela ne peut pas non plus être synchronisé avec les mesures de sécurité et déplacements dans les établissements.

Le rôle et l'intervention des Aînés exigent une liberté que les établissements correctionnels, en raison de leur nature et de leur culture, sont incapables d'accorder. Les questions liées au rôle des Aînés sont intimement liées au conflit traditionnel entre les forces de l'assimilation et la résistance déterminée d'un peuple. Si, pour une raison quelconque, les Aînés croient qu'on compromet leurs croyances, cérémonies et travail, ils seront portés à simplement abandonner la partie plutôt que de changer leur façon de faire.

Il importe peu aux peuples traditionnels qu'une « autorité » exige que leurs traditions et leur spiritualité se conforment aux exigences des établissements correctionnels. Comme l'histoire le démontre, les Aînés ont survécu aux efforts déployés par le passé par les Églises et le Parlement du Canada en vue de considérer comme illégales et malveillantes leurs méthodes traditionnelles. Ils n'accepteront pas de plein gré de présenter leur intervention comme un « programme du SCC ».

Il est important pour les décideurs et les gestionnaires des services correctionnels de comprendre que le rôle et l'intervention des Aînés ne constituent pas un programme du SCC. Ce rôle et cette intervention sont distincts et doivent pouvoir s'exercer indépendamment des programmes de base du Service correctionnel. On ne peut pas non plus s'attendre à ce que les Aînés ou leurs assistants deviennent des serviteurs de la Couronne fédérale. Toute tentative d'intégrer leur travail ou de déterminer ou de contrôler leur intervention sera confrontée à la résistance et la désapprobation. On ne peut pas définir les Aînés et leur intervention comme on le fait pour le rôle d'un travailleur correctionnel ou d'un agent de correction, qui peut facilement être défini et classifié. À cet égard, le SCC doit s'adapter aux méthodes traditionnelles plutôt que de tenter de redéfinir l'intervention des Aînés dans des manuels sur la politique ou les opérations.

Beaucoup de membres actifs de gangs de jeunes Autochtones manifestent un respect pour leurs racines. Par leur intervention, les Aînés peuvent les aider à transformer leur identité. D'ailleurs, les membres qui ont volontairement quitté leur gang ont affirmé publiquement que leur désir et leur détermination à trouver un autre mode de vie les avait poussés à prendre cette décision. Ils choisissent le mode de vie traditionnel.

Que font les Aînés? Qu'est-ce que les cérémonies accomplissent? En quoi consiste le mode de vie traditionnel? Les Aînés ne sont pas les seuls qui devraient connaître les réponses à ces questions. Cette connaissance est offerte par l'entremise des Aînés et de leurs assistants à tous ceux qui veulent découvrir le savoir et la spiritualité traditionnels.

Il n'est pas facile d'opter pour le mode de vie traditionnel, qui n'est pas fait pour tous. Le mode de vie traditionnel est difficile parce qu'il faut s'engager à transformer sa vie. Les deux codes de conduite fondamentaux sont, par exemple, de reconnaître l'omniprésence du Créateur dans sa vie et de vivre de manière productive et responsable. L'alcool, les drogues et la violence n'ont pas leur place dans ce mode de vie.

La meilleure façon de comprendre l'intervention des Aînés est de participer à une cérémonie. Celle-ci permet d'expliquer, de comprendre et d'appliquer un grand nombre des valeurs fondamentales de la vie traditionnelle. L'observation et une connaissance théorique des méthodes traditionnelles sont utiles pour prendre conscience de celles ci, mais seule la pratique permet de saisir l'essentiel de ce mode de vie. On ne peut donc pas s'attendre à ce que tout le monde sache ce que les Aînés font et ce que les cérémonies accomplissent.

Le mode de vie traditionnel, comme le montre le contenu du présent rapport, consiste en un code de conduite. Il s'agit d'un ensemble de convictions et d'enseignements qui aident à bien vivre sa vie. Permettez-moi d'expliquer succinctement, dans une langue que le SCC comprendra, pourquoi l'intervention des Aînés est si importante pour réaliser la mission consistant à changer ou à transformer les « criminels » en citoyens productifs. Le savoir traditionnel ne consiste pas uniquement en un ensemble de bonnes valeurs humaines sur la manière de se comporter et de traiter les autres avec respect et dignité. Voici certains des enseignements des peuples traditionnels :

  1. La non-violence est un devoir personnel et un mode de vie;
  2. La bonté est une force et un mode de vie;
  3. L'honnêteté est la vérité et un mode de vie;
  4. Le partage aide à découvrir le pouvoir d'action et est un mode de vie;
  5. La responsabilité personnelle nous élève et est un mode de vie;
  6. Le pardon de soi est un acte d'amour et un mode de vie;
  7. La bienveillance envers soi et envers les autres est spirituelle et est un mode de vie.

L'intervention des Aînés ne se limite pas à cela. Une conscience de soi et des autres plus profonde est au coeur d'un grand nombre des enseignements et cérémonies. Il y a aussi des enseignements axés sur les besoins spirituels de l'humanité. Ce que d'autres appellent la « spiritualité », les Aînés considèrent comme leur principale obligation : la prière universelle.

L'intervention des Aînés n'est pas facile, et les règles et lignes directrices du système et des établissements correctionnels ne servent parfois qu'à la compliquer. Non seulement cette situation est-elle regrettable, elle doit être examinée et changée de façon à faciliter et à appuyer le travail important qu'accomplissent les Aînés.

Cette brève description des Aînés et de leur intervention permet clairement de voir le lien entre celle ci et l'Énoncé de mission du SCC. Il est encore plus encourageant de voir qu'un si grand nombre de délinquants autochtones veulent découvrir le mode de vie traditionnel. Leur participation à une cérémonie les amène à évaluer leur vie et les aide à en construire une meilleure sans les examens, tests ou évaluations habituels qu'utilisent les spécialistes ou autres intervenants du système correctionnel. Pour les nombreux délinquants qui choisissent cette voie difficile, celle ci deviendra avec le temps et la pratique un choix authentique et une véritable seconde chance.

IL EST RECOMMANDÉ :

  1. Que les mesures de sécurité ou punitives du système correctionnel ne compromettent pas l'accès aux Aînés étant donné que, d'après leur système de croyances, les Aînés doivent traiter tous les êtres humains avec justice et équité;
  2. Que le SCC ne considère pas les Aînés et leur intervention simplement comme un autre programme de base étant donné que cela ne fait pas entrer en ligne de compte tout l'impact des cérémonies et du système de croyances traditionnelles sur la vie des individus et des groupes;
  3. Que les travailleurs, dans les établissements correctionnels, soient plus conscients du rôle des Aînés et de leurs assistants et les encouragent davantage.

G. DES PROGRAMMES DISTINCTS À L'INTENTION DES MEMBRES DE GANGS DE JEUNES AUTOCHTONES

On a demandé aux membres des gangs de jeunes Autochtones incarcérés dans des établissements fédéraux de l'Ouest du Canada s'ils voulaient avoir des programmes distincts.

Pour exécuter son contrat, l'auteur a demandé à rencontrer les dirigeants et membres de gangs de jeunes Autochtones. Vu le climat qui entoure ces gangs dans les établissements correctionnels, il n'était pas facile pour eux de le faire. Ils risquaient ainsi de perpétuer un système d'étiquetage qui les préoccupe énormément. Nous avons longuement discuté de cette question au cours des réunions de groupe. Plusieurs participants ont dit que ce processus, commencé par la police municipale et précisé par les préposés à l'évaluation initiale en établissement, leur était injuste. Certains ont dit n'avoir jamais été membres de gangs tandis que d'autres ont dit s'être volontairement dissociés de ces groupes.

Les participants ont également dit être victimes d'un « double obstacle » du fait qu'on leur refusait la possibilité d'obtenir un transfèrement ou une mise en liberté, de participer à des programmes, de recevoir des visiteurs ou de participer à des cérémonies traditionnelles simplement parce qu'ils étaient encore des membres actifs de leur bande. La plupart des délinquants autochtones qui ont participé aux réunions avec l'auteur estimaient être traités injustement, en ce qui concerne la répartition ou l'attribution des programmes et d'autres possibilités, précisément à cause de leur appartenance à une bande. Par conséquent, la plupart des participants avaient horreur d'être distingués ou séparés de la population générale. Le fait d'être considéré comme un chef ou un membre actif d'un gang entraîne la perte de possibilités strictement en raison de ce qui semble être et peut fort bien être une décision de démanteler les gangs.

Vu cette situation et le refus de tolérer l'appartenance à des gangs en établissement, on peut difficilement s'attendre à ce que les membres de gangs de jeunes Autochtones conçoivent des approches ou programmes « spéciaux » pour eux-mêmes. Cela pourrait également expliquer en partie leur hésitation à participer à des réunions avec l'auteur.

Il faudrait se pencher sur ces allégations puisque les délinquants autochtones semblent croire que c'est ainsi que le système correctionnel fonctionne à l'heure actuelle.

Une autre plainte importante parce qu'elle influe sur la possibilité d'obtenir une mise en liberté anticipée est le fait que la participation à des programmes de base ne semble pas procurer le même « avantage » aux délinquants autochtones. D'après ces derniers, l'administration récompense les autres délinquants qui suivent ces programmes, surtout en leur accordant des transfèrements à des établissements communautaires ou à sécurité moyenne ou minimale. On a, par exemple, souvent répété, en ce qui concerne les services de libération conditionnelle, « à quoi cela sert de suivre tous ces programmes » parce que, d'après les délinquants autochtones, on ne semble pas tenir compte de leurs initiatives en vue de se réformer. Autrement dit, les délinquants autochtones croient être traités injustement et pensent que les prisonniers « blancs » bénéficient d'un traitement préférentiel. Si cette plainte est fondée, le SCC risque de faire l'objet d'une plainte de discrimination en vertu de la Loi sur les droits de la personne.

Cela pousse à mettre en question l'objet même des programmes de base. Ces programmes visent-ils la croissance personnelle et la prise de conscience et le développement de soi? Ou font-ils partie d'un régime d'attribution de chances aux délinquants qui font l'effort de transformer leur vie? À l'instar des autres délinquants, beaucoup de délinquants autochtones suivent ces programmes pour différentes raisons, par exemple, pour combattre l'ennui ou pour accroître leurs chances d'obtenir la libération conditionnelle.

Quelle est la position officielle du SCC sur les programmes de base? S'ils sont offerts simplement pour favoriser le développement et la guérison personnels, il faudrait que cela soit bien précisé et compris de tous. Par contre, s'ils sont liés à l'obtention de possibilités de transfèrement et de mise en liberté, il faudrait l'indiquer. Autrement dit, la politique sur les programmes de base offerts en établissement doit être transparente et ne pas donner l'impression d'accorder un traitement préférentiel à certains ou d'être employée par l'administration ou les services de libération conditionnelle comme méthode de récompense ou de punition à moins que cela ne soit bien énoncé.

En ce qui a trait à l'attribution de privilèges ou de possibilités, les délinquants autochtones croient qu'on n'accorde pas autant de poids aux Aînés et à leur intervention qu'aux programmes standard offerts en établissement. Ce traitement présumé de second ordre serait plus manifeste dans les décisions prises par certains membres de la Commission nationale des libérations conditionnelles qui n'acceptent ou ne comprennent pas les évaluations faites par les Aînés ou qui ne leur accordent peut-être pas leur pleine valeur. Il se peut que les lignes directrices ou normes de la CNLC ne permettent pas vraiment d'évaluer le travail que les Aînés accomplissent auprès des délinquants autochtones.

L'adoption dans certains établissements du régime des audiences avec l'aide d'un Aîné peut à long terme aider à combattre l'impression que l'administration ou la Commission des libérations conditionnelles accorde plus de poids à l'opinion des spécialistes qu'à celle des Aînés et à leur intervention. Cette question n'est bien sûr par " purement " de nature correctionnelle; la façon dont on rejette sommairement dans certains cas les vues, opinions ou évaluations des Aînés peut fort bien contribuer à dévaloriser et à miner les Aînés et leur travail.

On a aussi signalé que l'accès aux Aînés était refusé pour cause d'appartenance à un gang. Quand on comprend le travail des Aînés, on se rend compte que cela est tout à fait contraire à leur optique puisqu'ils n'imposent aucune condition préalable à ceux qui demandent leur aide. Ils ne portent aucun jugement ni ne font aucune discrimination à l'égard de certaines catégories de détenus.

L'expression « Toutes mes relations », qu'on entend dans certaines cérémonies, traduit la globalité et l'unité de la vie. Dans le contexte canadien, cela signifie que nous sommes tous égaux aux yeux du Créateur.

Autrement dit, il serait impossible pour les Aînés de refuser aux chefs et membres de gangs de jeunes Autochtones l'accès ou la participation à leurs cercles, leurs travaux de guérison ou toute cérémonie. La seule forme de tolérance zéro qui existe dans la pensée traditionnelle est le refus d'accepter qu'une personne ne puisse être sauvée. Les méthodes traditionnelles transmettent le message que la spiritualité peut transformer l'être le plus vil ou le plus ignoble.

Qu'est-ce que cela signifie pour les gestionnaires et administrateurs du SCC? Cela veut dire que le principe voulant qu'on refuse l'accès à des programmes de base aux membres de gangs ne peut pas s'appliquer dans le cas des Aînés. Il faut garder à l'esprit qu'après s'être engagé à adopter un mode de vie traditionnel, il faut faire certains choix personnels. La consommation d'alcool ou de drogues est, par exemple, incompatible avec un cheminement vers un mode de vie traditionnel. La violence et le crime n'ont pas non plus de place dans un mode de vie traditionnel.

Tout délinquant autochtone peut avoir la chance de vivre ce mode de vie, sans être obligé au préalable de renoncer à son appartenance à un gang. Ce choix d'un mode de vie différent se manifeste au fur et à mesure qu'il progresse sur la voie de la connaissance et de la spiritualité traditionnelle. On peut essayer de faire semblant, mais cela ne dure pas éternellement. Il s'agit d'un choix personnel, sans conditions préalables. Chacun vient comme il est, mais s'il applique les enseignements dans sa vie quotidienne, il sera transformé. Sa vie s'améliorera au fur et à mesure de sa transformation en un être humain autonome, sûr de lui même et responsable. Les Aînés savent que ce message de transformation est la promesse que le Créateur a faite aux premiers peuples lorsque les cérémonies leur ont été données il y a très très longtemps. Cette croyance est ancrée dans l'idée que l'ignorance peut être remplacée par une connaissance éclairée de soi en union avec le reste de la création.

Qui au SCC peut refuser l'accès à cette connaissance et à ce mode de vie? Qui au SCC peut comprendre les Aînés et leur intervention en en faisant simplement un autre programme? Il ne s'agit pas là de questions purement théoriques. En réalité, les réponses fournies par le SCC peuvent entraîner un réexamen complet par les Aînés de leur rôle et de leur place dans les établissements correctionnels.

Une autre préoccupation exprimée à l'auteur avait trait à l'utilisation courante du « TROU » pour contrôler le comportement des délinquants. On lui a signalé de nombreux cas de recours à cette prétendue mesure de sécurité. Qu'on s'en serve comme mode de châtiment, de correction du comportement ou de dissuasion, il est faux de croire qu'une mesure de sécurité aussi sévère puisse transformer un seul délinquant autochtone rebelle pour l'amener vers une vie plus constructive ou productive. Utilisée comme outil pour combattre la violence chez les détenus ou punir les Autochtones pour leur participation à des gangs de jeunes, cette méthode échouera misérablement, tout comme les politiques policières à la dure n'ont pas réussi à dissuader les jeunes Autochtones de se joindre à des gangs. Il est clair que cette tactique de lutte contre les gangs employée par le SCC ne fera qu'aggraver les problèmes pour le système correctionnel, surtout si le puissant instrument que constitue la sécurité devient le seul moyen employé par l'administration pour s'occuper des gangs de jeunes Autochtones dans les divers établissements. Non seulement cette façon de procéder serait-elle malavisée, elle servirait à consacrer plutôt qu'à décourager l'appartenance à des gangs ou l'activité de celles ci.

Les modèles centrés sur une sécurité forte et le châtiment ne sont pas efficaces auprès des populations autochtones. L'opposition des Autochtones à des méthodes policières ou de sécurité très sévères s'explique psychologiquement. Dans la mémoire collective des sociétés autochtones, les méthodes fortes employées par la société des Blancs ont toujours été accueillies de la même manière, par la résistance. Pour le SCC, le choix est clair : trouver des méthodes favorables au dialogue et des possibilités réelles de contribuer au mieux-être et à la transformation personnelle plutôt que de construire une forteresse de résistance et d'animosité.

Il se peut qu'en d'autres temps et d'autres lieux, l'auteur ait accueilli différemment l'idée d'offrir des programmes distincts aux membres de gangs de jeunes Autochtones, surtout si cette distinction pouvait avoir des résultats positifs pour ces derniers. Toutefois, il sera clairement impossible de s'occuper des problèmes propres à ce groupe de détenus sans se concentrer sur leurs organisations dans un but de prévention, d'intervention et de transformation. Pour cette raison, il faudrait lancer des initiatives spéciales axées sur le dialogue et les communications en plus de mettre en place de nouveaux programmes axés sur des modes de vie de rechange. L'élaboration de ces approches nouvelles doit être basée sur un modèle participatif pour garantir la consultation et la participation des populations de détenus concernées.

IL EST RECOMMANDÉ :

  1. Que la question de l'appartenance à des gangs soit considérée comme une question concernant les programmes plutôt qu'une question de sécurité pour donner aux membres de gangs de jeunes Autochtones une chance égale de répondre à leurs besoins d'instruction ou de guérison avec la population générale ou séparément (s'ils le veulent) en tant que membres du même gang, sans avoir à craindre un traitement discriminatoire de la part du système correctionnel;
  2. Que les membres des gangs de jeunes Autochtones qui décident volontairement et ouvertement de se dissocier des gangs aient l'occasion de participer à de nouveaux programmes (qui restent à élaborer) conçus pour eux et avec eux afin de renforcer leurs choix et engagements personnels en faveur de modes de vie nouveaux et améliorés;
  3. Qu'un nouveau programme soit élaboré avec la participation des dirigeants autochtones et des membres de gangs de jeunes Autochtones en vue de transformer les gangs en groupes dont les buts et objectifs ne sont plus liés à l'activité criminelle, mais plutôt à des solutions aux problèmes dans la société qui les ont poussés vers la criminalité comme la pauvreté, le racisme et l'inégalité des chances;
  4. Que tous les délinquants autochtones, indépendamment de leur appartenance à une organisation, aient accès aux programmes de base actuels ou à l'intervention des Aînés.
  5. H. LA RESPONSABILITÉ ET L'AUTORITÉ DES AUTOCHTONES

    Nous présenterons dans ce rapport des principes nouveaux qui pourraient être développés avec la participation active des Autochtones en vue de l'élaboration et de la mise en oeuvre de politiques, projets ou programmes axés sur les questions liées à l'existence et à l'incarcération de gangs de jeunes Autochtones dans les provinces de l'Ouest.

    Le Service correctionnel du Canada doit reconnaître, en vue d'élaborer la prochaine politique, l'importance de faire participer activement les dirigeants, Aînés et collectivités autochtones à la direction et à l'appui des démarches menées par les Autochtones pour reprendre en main les membres de gangs de jeunes et les orienter vers un autre mode de vie. Cette reconnaissance de l'autorité et de la responsabilité des Autochtones contribuera à amener les Autochtones à assumer la responsabilité de la prestation des services correctionnels et de la prévention de la criminalité chez les jeunes au sein de leur collectivité.

    Une des grandes questions dont il faut s'occuper immédiatement est l'absence de soutien et de programmes communautaires à l'intention des délinquants autochtones qui obtiennent leur mise en liberté. Malheureusement, en raison de la multitude de questions auxquelles sont confrontées les collectivités autochtones, y compris tout un éventail de besoins et de problèmes sociaux liés à une extrême pauvreté, les dirigeants des populations autochtones n'ont guère de temps ou de ressources pour s'occuper des questions qui importent aux délinquants autochtones.

    Cette absence d'intervention de la part de la collectivité autochtone est parfois considérée comme un manque d'intérêt ou de souci pour les besoins de ceux qui sortent des établissements correctionnels. Une collectivité qui est incapable, faute de revenus, de satisfaire aux besoins fondamentaux de nourriture, de logement ou de revenu ne peut clairement pas répondre aux besoins de ses membres qui, à leur sortie de prison, retrouvent chez eux exactement la même situation qui a contribué à leur incarcération. Lorsque le taux de chômage est extrêmement élevé, une collectivité ne peut manifestement pas offrir d'emplois quand il n'y en a pas pour un grand nombre de ses membres. D'ailleurs, tout programme correctionnel offert par le gouvernement fédéral à l'échelon communautaire est restreint et mené généralement à titre de projet pilote. Compte tenu des niveaux de financement actuels, même la stratégie des centres de guérison ne peut pas satisfaire au grand besoin de services correctionnels communautaires qui existe actuellement dans toutes les collectivités autochtones.

    Les pouvoirs publics et les tribunaux semblent se rendre compte du fait qu'on ne peut pas utiliser dans les collectivités autochtones l'approche carcérale de la prévention du crime. Mais les réformes sont toujours loin à l'horizon, sans guère d'espoir que des services correctionnels communautaires remplacent le système carcéral. Tout espoir de voir les Autochtones prendre en main les services correctionnels est contrarié par la façon, basée sur le statu quo, d'envisager la participation des Autochtones au domaine correctionnel. Ce ne sont pas les Autochtones qui sont malades et ont besoin d'être incarcérés pour leurs crimes, c'est plutôt le système de justice pénale et tout le système correctionnel qui sont malades. Un système dysfonctionnel ne peut pas favoriser la guérison de qui que ce soit, et encore moins des Autochtones qui sont victimisés par le système de justice canadien.

    Les gouvernements doivent faire preuve de respect à l'égard des Autochtones. Ces derniers doivent disposer des ressources humaines et financières nécessaires pour améliorer leur qualité de vie.

    Dans le domaine correctionnel, pour permettre aux Autochtones de s'occuper des problèmes liés à la criminalité et aux services correctionnels pour adolescents et adultes, il faut que le Service correctionnel du Canada reconnaisse leur autorité en tant que peuple autonome. En outre, cette prise de responsabilité nécessitera l'affectation des ressources financières nécessaires pour créer des initiatives et approches axées sur la guérison plutôt que simplement sur l'incarcération. Les nations autochtones et leurs dirigeants ont la compétence inhérente de transformer leurs peuples et leurs collectivités en les extirpant d'une situation de pauvreté oppressive pour leur permettre de jouir d'un niveau de vie élevé.

    Dans le secteur correctionnel, à condition de disposer des ressources voulues, les dirigeants autochtones et leurs collectivités seront en mesure de fournir aux délinquants autochtones qui retournent dans la société toute l'aide voulue pour refaire leur vie.

    La mission d'atténuation de la criminalité dans les collectivités autochtones ne peut pas être dictée par les gouvernements non autochtones ou leurs agents de contrôle social comme la police et les établissements correctionnels. Il faut reconnaître et accepter l'autorité et la responsabilité des nations autochtones comme condition préalable et comme impératif pratique à la recherche de solutions durables qui ont jusqu'à maintenant échappé au système de justice pénale.

    Pour beaucoup de dirigeants autochtones, le système de justice pénale ressemble au régime des pensionnats. Celui-ci visait à soustraire les enfants autochtones à l'influence de leur famille, de leurs parents, de leur collectivité et de leur culture. Les tribunaux et les établissements correctionnels isolent les jeunes et les adultes autochtones tout comme le gouvernement fédéral et les Églises l'ont fait avec les enfants autochtones en les plaçant autrefois dans des pensionnats et des écoles industrielles. De nos jours, des jeunes, des hommes et des femmes autochtones sont enfermés dans des pénitenciers fédéraux et privés du confort et de l'influence de leur famille, de leur collectivité et de leur culture.

    Comment guérit-on quelqu'un en prison? Comment l'aide-t-on à s'amender et à aller vers le droit chemin? Peut-on vraiment aider ou guérir un Autochtone qui a été incarcéré dans un établissement comme un pénitencier et qui a beaucoup de « bagage » qui remonte à l'expérience des pensionnats (la sienne ou celle de ses parents) ou des organismes d'aide à l'enfance? Le pouvoir et le contrôle que la société non autochtone a exercés dans les pensionnats et les organismes d'aide à l'enfance sont simplement remplacés par les établissements correctionnels. Un environnement oppressif et de contrôle ne peut guère favoriser la guérison et la transformation personnelle.

    Qu'on laisse aux Autochtones et à leurs dirigeants le soin de trouver des solutions véritables aux problèmes que les autres ont causés dans leur tentative malavisée d'assimiler les Autochtones. Les législateurs et décideurs qui sont eux-mêmes captifs de leur propre société ne peuvent probablement pas connaître et comprendre la situation des sociétés autochtones et encore moins offrir aux délinquants autochtones un véritable espoir de changement ou de transformation. Pour cette raison et pour d'autres encore, comme une incompréhension entre les groupes raciaux, il est clair que les collectivités autochtones et leurs dirigeants doivent contribuer davantage à déterminer et à exécuter les programmes et services dont ont besoin les Autochtones dans les établissements correctionnels partout au Canada.

    IL EST RECOMMANDÉ :

    1. Que le SCC entame un dialogue avec toutes les grandes organisations autochtones territoriales, provinciales et nationales dans le but de mettre en place des lois, politiques, programmes, services, établissements et stratégies sensibles aux besoins, aux aspirations et au développement des délinquants autochtones et de leurs collectivités et comportant une obligation de rendre compte à ces égards;
    2. Que le SCC mette à la disposition des organisations autochtones nationales les ressources humaines et financières nécessaires pour leur permettre de participer activement et efficacement à l'élaboration avec lui d'une politique et de stratégies relatives aux services correctionnels pour Autochtones visant à répondre aux besoins de développement et de mieux-être des délinquants autochtones et à réduire considérablement la surreprésentation de ces derniers dans le système correctionnel fédéral à l'échelle du Canada;
    3. Que le présent rapport et des documents et renseignements connexes du SCC servent de fondement au dialogue entre l'Assemblée des Premières Nations, le Ralliement national des Métis, le Congrès des peuples autochtones, Pauktuutit, l'Association des femmes autochtones du Canada et l'Association des femmes métisses du Canada;
    4. Que la nouvelle commissaire du Service correctionnel fasse de ces recommandations en vue de l'élaboration de perspectives et d'approches autochtones des services correctionnels une de ses grandes priorités immédiates.

    I. CONCLUSIONS

    Il n'y a pas de conclusions, mais simplement un point de vue et une approche en vue de trouver des solutions aux graves problèmes de justice sociale dont ni le Canada ni les peuples autochtones ne se sont jusqu'à maintenant convenablement occupés.

    J. RÉSUMÉ DES RECOMMANDATIONS

    1. Que tous les employés du SCC, à tous les niveaux, soient tenus de suivre les cours voulus pour comprendre le contexte historique des DÉFIS auxquels sont actuellement confrontées les sociétés autochtones;
    2. Que ces cours d'histoire soient élaborés en collaboration avec les responsables des programmes d'études autochtones offerts dans plusieurs établissements de haut savoir ainsi qu'avec les dirigeants autochtones du domaine de l'éducation;
    3. Que ce nouveau programme de cours fasse partie du perfectionnement professionnel du personnel du SCC et qu'il soit considéré comme une exigence fondamentale pour les travailleurs qui entrent en contact avec les délinquants autochtones et pour les responsables de l'élaboration des politiques touchant les programmes et services correctionnels;
    4. Que l'on s'emploie à élaborer une « politique sur les gangs de jeunes Autochtones » dans un délai déterminé, avec la participation véritable de membres « actifs » et d'« anciens » membres de ces gangs, dans le cadre d'une initiative mixte à laquelle participent le SCC et les dirigeants autochtones;
    5. Que la nouvelle politique exhaustive sur les services correctionnels destinés aux Autochtones soit mise en oeuvre de façon à satisfaire aux besoins et aux aspirations de tous les délinquants autochtones incarcérés dans des établissements fédéraux, et que cela inclue le recours à des approches communautaires comme solution de rechange au système correctionnel actuel centré sur les pénitenciers;
    6. Que les organisations nationales des Autochtones coordonnent cette approche des services correctionnels destinés aux Autochtones en créant un forum ou mécanisme national chargé d'élaborer une politique et une stratégie sur les services correctionnels destinés aux Autochtones devant en définitive régler le problème de la surreprésentation des Autochtones dans les établissements correctionnels;
    7. Que l'on réexamine la pratique consistant à étiqueter des Autochtones « membres de gangs de jeunes » et qu'on la remplace par un autre système de classement qui ne consacre ni n'encourage le maintien de stéréotypes ni n'entraîne un traitement discriminatoire à l'égard de certains délinquants;
    8. Que l'on saisisse que la nature véritable de la pratique actuelle consistant à punir « l'appartenance » à une bande est une mesure punitive destinée à décourager l'appartenance à des gangs qui est plus susceptible de susciter une résistance que d'atteindre son objectif;
    9. Que le SCC élabore une autre stratégie en vue du désengagement des gangs, basée sur le pouvoir de la bienveillance et sur l'encouragement que constitue l'offre de possibilités réelles comme les deux principales raisons d'encourager et d'aider les membres de gangs de jeunes Autochtones à adopter des modes de vie nouveaux et plus constructifs;
    10. Que le SCC commence à faire activement participer les établissements d'enseignement et de guérison autochtones du Canada à l'élaboration et à l'exécution de programmes d'enseignement et de counseling destinés aux délinquants autochtones qui sont adaptés à la réalité culturelle de ces derniers et qui répondent mieux à leurs besoins et aspirations de croissance et de développement personnels;
    11. Que, dans la mesure du possible, l'enseignement et la guérison des délinquants autochtones soient confiés à des Autochtones qui possèdent le savoir et l'expérience nécessaires pour répondre aux besoins et aux attentes sur les plans de l'instruction et de la guérison des Autochtones;
    12. Que le SCC conclue avec des établissements d'enseignement et de guérison autochtones des contrats en vue de l'exécution de programmes mieux adaptés et prévoyant la participation et la responsabilité de la collectivité autochtone, qui n'existent actuellement pas dans les programmes de base offerts par le SCC;
    13. Que les mesures de sécurité ou punitives du système correctionnel ne compromettent pas l'accès aux Aînés étant donné que, d'après leur système de croyances, les Aînés doivent traiter tous les êtres humains avec justice et équité;
    14. Que le SCC ne considère pas les Aînés et leur intervention simplement comme un autre programme de base étant donné que cela ne fait pas entrer en ligne de compte tout l'impact des cérémonies et du système de croyances traditionnelles sur la vie des individus et des groupes;
    15. Que les travailleurs, dans les établissements correctionnels, soient plus conscients du rôle des Aînés et de leurs assistants et les encouragent davantage;
    16. Que la question de l'appartenance à des gangs soit considérée comme une question concernant les programmes plutôt qu'une question de sécurité pour donner aux membres de gangs de jeunes Autochtones une chance égale de répondre à leurs besoins d'instruction ou de guérison avec la population générale ou séparément (s'ils le veulent) en tant que membres du même gang, sans avoir à craindre un traitement discriminatoire de la part du système correctionnel;
    17. Que les membres des gangs de jeunes Autochtones qui décident volontairement et ouvertement de se dissocier des gangs aient l'occasion de participer à de nouveaux programmes (qui restent à élaborer) conçus pour eux et avec eux afin de renforcer leurs choix et engagements personnels en faveur de modes de vie nouveaux et améliorés;
    18. Qu'un nouveau programme soit élaboré avec la participation des dirigeants autochtones et des membres de gangs de jeunes Autochtones en vue de transformer les gangs en groupes dont les buts et objectifs ne sont plus liés à l'activité criminelle, mais plutôt à des solutions aux problèmes dans la société qui les ont poussés vers la criminalité comme la pauvreté, le racisme et l'inégalité des chances;
    19. Que tous les délinquants autochtones, indépendamment de leur appartenance à une organisation, aient accès aux programmes de base actuels ou à l'intervention des Aînés;
    20. Que le SCC entame un dialogue avec toutes les grandes organisations autochtones territoriales, provinciales et nationales dans le but de mettre en place des lois, politiques, programmes, services, établissements et stratégies sensibles aux besoins, aux aspirations et au développement des délinquants autochtones et de leurs collectivités et comportant une obligation de rendre compte à ces égards;
    21. Que le SCC mette à la disposition des organisations autochtones nationales les ressources humaines et financières nécessaires pour leur permettre de participer activement et efficacement à l'élaboration avec lui d'une politique et de stratégies relatives aux services correctionnels pour Autochtones visant à répondre aux besoins de développement et de mieux-être des délinquants autochtones et à réduire considérablement la surreprésentation de ces derniers dans le système correctionnel fédéral à l'échelle du Canada;
    22. Que le présent rapport et des documents et renseignements connexes du SCC servent de fondement au dialogue entre l'Assemblée des Premières Nations, le Ralliement national des Métis, le Congrès des peuples autochtones, Pauktuutit, l'Association des femmes autochtones du Canada et l'Association des femmes métisses du Canada;
    23. Que la nouvelle commissaire du Service correctionnel fasse de ces recommandations en vue de l'élaboration de perspectives et d'approches autochtones des services correctionnels une de ses grandes priorités immédiates.