Histoire de CORCAN et de l'évolution des ateliers industriels dans les prisons

Introduction

Atelier de chaussures à l'Établissement de Dorchester, vers 1925.

Atelier de chaussures à l'Établissement de Dorchester, vers 1925.

Les ateliers industriels dans les prisons au Canada existent depuis aussi longtemps que les pénitenciers, peut être même plus longtemps. Dans les années 1830, les questions relatives aux crimes et aux châtiments ont commencé à faire leur chemin dans l'esprit de la population d'un Haut Canada en développement. Il était évident qu'il fallait un système pénal sous une forme ou une autre, car il fallait un meilleur système que celui des prisons locales qui existait à cette époque.

Les gouvernements de l'époque croyaient fermement que le fait qu'un détenu travaillait dur contribuait de façon importante à sa réadaptation et lui permettait d'acquérir les habitudes nécessaires à la réussite de son retour dans la société. À mesure que l'on construisait de nouveaux pénitenciers partout au pays, on réservait dans chacun un espace aux ateliers pour les détenus. On a également établi des fermes à plusieurs endroits afin d'approvisionner les établissements en nourriture et d'offrir des possibilités de travail pour les détenus.

En 1853, le Pénitencier de Kingston est terminé, en grande partie, grâce au travail d'une main d'œuvre carcérale. À l'époque, le travail était jugé essentiel au fonctionnement d'un pénitencier. Leurs administrateurs pensaient qu'il faisait partie intégrante de la vie en milieu carcéral, tant à des fins de punition que de réadaptation. Le Pénitencier de Kingston devint un grand centre d'activité industrielle dans la région. La main d'œuvre était « vendue » à des entreprises d'ébénisterie et de taille de pierres. L'agriculture était pratiquée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des murs.

Dans son ouvrage de 1842 intitulé American Notes for General Circulation, Charles Dickens commente ses voyages en Amérique du Nord. Il a formulé l'observation suivante à l'égard du Pénitencier de Kingston lorsqu'il s'est arrêté dans cette ville.

« La prison ici est admirable, elle est gérée adéquatement et avec sagesse, et est extrêmement bien réglementée sous tous les aspects. Les hommes travaillent comme cordonniers, cordiers, forgerons, tailleurs, charpentiers et tailleurs de pierre; ils participent également à la construction d'une nouvelle prison, déjà très avancée. Les prisonnières s'occupent quant à elles des travaux d'aiguille. » [traduction]

Il n'est pas étonnant de constater que c'est autour du pénitencier qu'a commencé la controverse au sujet des ateliers industriels en milieu carcéral. Les gens de métier dans la région craignaient non seulement la perte de clients face à cette main d'œuvre carcérale, mais également la perte du statut social et le ralentissement du développement économique dans la région.

Durant la deuxième moitié du 19e siècle et le début du 20e siècle, la construction de pénitenciers se poursuit à vive allure. En plus de la construction elle même, des ateliers sont rapidement mis en place pour employer les détenus dans diverses industries, y compris l'agriculture, la charpenterie, les ateliers d'usinage, la réparation d'automobiles, le taillage de pierres, la cordonnerie et l'impression. Toutefois, l'opposition aux ateliers industriels dans les prisons force graduellement les pénitenciers à arrêter de « concurrencer » les entreprises privées, et leurs produits sont vendus à un ensemble de clients plus restreint.

À mesure que le système correctionnel évolue, on ne voit plus le travail comme un châtiment, et on accorde une plus grande importance à la formation professionnelle et à « l'industrie en tant que moyen de réadaptation ». Dès 1951, les ateliers des pénitenciers sont étroitement liés à la formation professionnelle. Cela découle en partie de la décision de se concentrer moins sur la vente et sur la réduction des coûts et en partie de l'influence croissante du travail social et de la psychologie dans le système carcéral. En 1966, le Conseil du Trésor approuve un plan visant à donner la priorité à la formation sur l'activité industrielle et à fusionner les deux secteurs. Malheureusement, le plan ne contient pas de disposition concernant la commercialisation des produits et, dans les années qui suivent, l'expérience de la formation professionnelle est jugée décevante.

La création de CORCAN

La déception à l'égard de la formation professionnelle a forcé le Service correctionnel du Canada (SCC) à réexaminer le rôle des ateliers industriels dans les prisons. Une série de rapports du SCC préconisait l'augmentation de l'utilisation des produits pénitentiaires par le gouvernement, l'augmentation du volume d'activités de relations publiques concernant les ateliers industriels dans les prisons, et des conditions de travail plus réalistes au sein des ateliers dans les prisons. En 1980, la marque de fabrique CORCAN voit le jour.

À la fin des années 1980, le SCC commence à étudier la possibilité de créer un organisme de service spécial (OSS) pour gérer les ateliers industriels dans les prisons. Ainsi, CORCAN devient un OSS en 1992. Les avantages sont évidents : une comptabilité analytique plus transparente, une gestion financière plus proche de celle d'une entreprise, un moyen plus facile de former des coentreprises avec le secteur privé, une plus grande capacité de répondre aux exigences et aux besoins du marché, et la possibilité de faire acquérir aux délinquants des compétences répondant mieux aux normes du secteur privé.

Durant les vingt ans qui ont suivi la création de l'OSS, CORCAN a été en mesure d'accroître de façon marquée les possibilités de formation pour les délinquants dans 39 ateliers et exploitations partout au pays, y compris dans la collectivité. Chaque jour, 2 000 délinquants travaillent dans les ateliers de CORCAN, et, au cours d'une année, plus de 4 000 délinquants profitent des possibilités de formation en cours d'emploi de CORCAN. La réussite des activités commerciales a créé des surplus qui ont été réinvestis dans l'achat d'immobilisations ou dans des possibilités de formation professionnelle pour les délinquants.

CORCAN continue d'employer des délinquants dans le cadre d'activités de construction, principalement pour le SCC, de production de meubles destinés à l'utilisation à l'interne ou à la revente, de fabrication de vêtements et d'articles de literie pour les détenus et d'autres activités en établissement, comme on le faisait dans le cadre du programme d'ateliers industriels dans les pénitenciers il y a plus de 170 ans.

Au fil des ans, de nouvelles activités et de nouvelles gammes de produits se sont ajoutées. Celles-ci permettent de s'assurer que CORCAN continue d'accroître le nombre de délinquants qui profitent du programme, tout en veillant à ce que la formation et l'expérience de travail fournies soient pertinentes par rapport au marché du travail d'aujourd'hui.

Acquisition de compétences relatives à l'employabilité

CORCAN axe la formation sur l'acquisition de compétences, d'attitudes et de comportements généraux comme la résolution de problèmes, la communication et l'esprit d'équipe — des compétences qu'il est facile d'appliquer à pratiquement toutes les formes d'emploi. Les délinquants acquièrent également d'importantes compétences spécialisées (par exemple la soudure) quand ils occupent un emploi chez CORCAN.

Les surveillants des travaux jouent un rôle crucial dans l'acquisition de ces compétences relatives à l'employabilité. Les instructeurs de CORCAN sont experts dans leur domaine, et nombre d'entre eux sont des compagnons d'apprentissage. En travaillant directement avec les délinquants en milieu de travail, ils servent de modèles et ont une influence profonde. Les délinquants stagiaires adoptent les comportements de leurs instructeurs et les appliquent dans le cadre de leur travail. Par conséquent, les comportements sont intégrés en tant qu'expérience, plutôt qu'en tant que concept abstrait appris en classe. Travailler chez CORCAN offre l'occasion de mettre en pratique et d'assimiler les compétences acquises dans d'autres programmes correctionnels (p. ex. maîtrise de la colère, cours théoriques).

Main-d'œuvre assidue

En 2010 2011, CORCAN a offert plus de 2 000 postes de stagiaires à des délinquants au sein de ses 39 lieux de travail, y compris dans la collectivité. Comme le placement moyen dure environ six mois, à peu près 4 000 délinquants ont participé aux activités de CORCAN tout au long de l'année. Ces délinquants ont généré une valeur de près de 60 millions de dollars en produits et services cette année.

En 1995, des chercheurs du SCC ont constaté que les participants au programme CORCAN risquaient moins d'être réincarcérés après leur mise en liberté, par rapport à la moyenne nationale, et que ceux qui vivent maintenant dans la collectivité sont mieux préparés pour trouver un emploi et, chose plus importante, ont plus de succès dans la recherche d'un emploi. On a également constaté que le soutien à l'emploi dans la collectivité pour les délinquants libérés, comme les projets en milieu de travail « Work Site » de CORCAN, réduit considérablement les taux de récidive chez les délinquants qui peuvent trouver un emploi dans les six mois suivant leur libération.

Marchés et clients de CORCAN

CORCAN fait traditionnellement affaire avec les ministères fédéraux. Des ministères comme le Service correctionnel, la Défense nationale et Travaux publics et Services gouvernementaux Canada ont toujours acheté le gros des produits de CORCAN.

Ces dernières années, CORCAN a adopté une ligne de produits plus diversifiée et a commencé à vendre ses produits et ses services à un plus grand nombre de ministères. En outre, il a entrepris d'explorer de nouveaux marchés de façon plus systématique. Il a accompli cette tâche avec l'aide d'un nombre croissant de partenaires du secteur privé.