Examen de la documentation sur les délinquantes sexuelles

La documentation sur les délinquants sexuels s'accroît alors que l'information sur les délinquantes sexuelles est clairement déficiente. La plupart des travaux en ce domaine proviennent de trois des programmes les plus importants établis pour les délinquantes sexuelles au Missouri, au Minnesota et au Kentucky.

Désintéressement général à l'égard des infractions sexuelles commises par des femmes

Pour diverses raisons sociales, les mauvais traitements sexuels infligés par les femmes demeurent généralement cachés. Certains chercheurs ont découvert que l'incidence des contacts sexuels entre des femmes et des garçons est beaucoup plus élevée que ne l'estime la documentation clinique (Condy, Templer Brown et Veaco, 1987). En dépit du fait que la société se préoccupe de plus en plus de l'agression sexuelle, plusieurs raisons pourraient faire que l'on parle moins des cas de mauvais traitements sexuels infligés par des femmes à des enfants ou à des adultes. La société a toujours perçu les femmes comme des nourricières non violentes. Les femmes en général, et surtout les mères, ont plus de latitude pour toucher les enfants que les hommes (Marvasti, 1986). Par conséquent, un homme qui touche un enfant de la même manière que le fait une femme peut être plus facilement perçu comme un agresseur (Plummer, 1981). En outre, les infractions sexuelles commises par des femmes sont souvent de nature incestueuse et les enfants peuvent hésiter à dénoncer un contact sexuel avec un parent dont ils dépendent (Groth, 1979). Les travailleurs du domaine de la santé sont souvent incapables de déceler les cas d'inceste entre l'enfant et la mère car cette dernière accompagne souvent l'enfant au bureau du médecin. Cela peut empêcher de dépister les mauvais traitements sexuels infligés à l'enfant (Elliott et Peterson, 1993). La profession médicale prend à contrecoeur conscience du fait que les femmes peuvent en fait infliger de mauvais traitements sexuels. (Wilkins, 1990; Krug, 1989).

L'exploitation sexuelle d'adolescents et d'hommes adultes par des femmes peut aussi demeurer inaperçue sur le plan juridique. En général, on estime qu'il est physiquement impossible pour les hommes d'être victimes de mauvais traitements sexuels de la part des femmes et le mythe selon lequel seules les femmes sont victimes d'agression sexuelle n'a que tout récemment été remis en question. Sarrel et Masters (1982) ont apporté des preuves qui contredisent la croyance selon laquelle il est impossible pour des hommes d'avoir des réactions sexuelles lorsqu'ils sont soumis à une atteinte aux moeurs par des femmes. Ils présentent 11 cas où des femmes ont agi de cette façon à l'égard d'un homme, dont il ressort qu'une réaction sexuelle est possible chez l'homme lorsqu'il se trouve dans divers états émotifs dont la colère et la terreur. Brown, Hull et Panesis (1984) signalent 13 cas où des femmes ont été arrêtées pour le viol de victimes féminines et masculines au Massachusetts entre 1974 et 1978, et sept cas de plus survenus entre 1980 et 1981. Par ailleurs, Petrovich et Templer (1984) soulignent qu'une partie des détenus d'un échantillon choisi dans un pénitencier à sécurité moyenne ont fait l'objet d'atteinte aux moeurs par des hommes ou des femmes lorsqu'ils avaient entre 16 et 54 ans.

Une autre raison pour laquelle les agressions sexuelles des femmes à l'égard des hommes pourraient passer davantage inaperçues est que ces derniers, en règle générale, hésitent à dénoncer ces agressions (Elliot et Briere, 1994). Cela tient surtout au déni et à la honte de leur victimisation chez les hommes. Par conséquent, l'agression sexuelle d'un homme par une femme ne sera probablement pas déclarée en raison de conséquences sociales réelles ou perçues (Williams, 1995).

Prévalence de la délinquance sexuelle chez les femmes

En raison d'une sous-estimation possible de la délinquance sexuelle chez les femmes, il est difficile d'évaluer le problème avec exactitude. La perception générale veut que les infractions sexuelles soient commises par des hommes à l'égard de femmes ou d'enfants et, jusqu'à présent, la plupart des enquêteurs estiment que la majorité des délinquants sexuels sont des hommes. De nombreux chercheurs considèrent que les estimations de la prévalence de la délinquance sexuelle chez les femmes effectuées par Finkelhor et Russell (1984) sont les plus exactes jusqu'à présent. D'après leur évaluation provisoire, une proportion allant jusqu'à 13 % des cas de mauvais traitements infligés à des femmes et 24 % des cas de mauvais traitements infligés à des hommes pourraient être attribuables à des femmes agissant seules ou avec un partenaire. Graham (non publié) confirme la justesse des estimations de Finkelhor et Russell (1984) en indiquant que 24,62 % des délinquants sexuels inclus dans son étude avaient été l'objet d'agression sexuelle de la part d'une femme. En outre, selon Finkelhor et Russell (1984), environ 6 % des cas de mauvais traitements sexuels où les victimes sont des femmes et 14 % des cas où les victimes sont des hommes seraient attribuables à des femmes agissant seules.

Bien que cela soit rare, il est évident que les femmes sont, en puissance et en réalité, capables de commettre des agressions sexuelles à l'égard enfants et d'adultes. En 1991, le Dr Fred Mathews a fait remarquer que les délinquantes sexuelles constituent un groupe important dont il vaut la peine de s'occuper. Il déclare :

[traduction]

[en supposant qu'environ 10 % de ceux qui portent atteinte à la pudeur d'un enfant soient des femmes]... s'il est vrai, que comme une étude l'a indiqué, un Canadien sur sept et une Canadienne sur quatre ont été victimes de mauvais traitements sexuels dans l'enfance, cela équivaut à environ 5 millions de personnes. Dix pour cent de ce chiffre signifierait que 500 000 Canadiens ont été l'objet de mauvais traitements sexuels infligés par des filles ou des femmes; et s'il s'agit de un pour cent, il s'agirait de 50 000 personnes. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ce chiffre ne me semble pas insignifiant (Globe & Mail, 30 octobre 1991, pp. A1-A2).»

Vu que les délinquantes sexuelles constituent un groupe dont on parle peu mais qui est important, les chercheurs doivent se pencher davantage sur leur développement et leur comportement criminel, afin de recommander des stratégies d'intervention pertinentes avant et après l'incarcération.

Fillettes et adolescentes auteurs d'infractions sexuelles

Bien peu de recherches aient été effectuées au sujet des fillettes et adolescentes auteurs d'infractions sexuelles. Ces recherches pourraient cependant permettre de mieux comprendre l'évolution menant à la délinquance sexuelle chez les femmes adultes (Fehrenbach et Monastersky, 1988). Bien que, d'après certains chercheurs, la délinquance sexuelle chez les femmes a tendance à se manifester à l'âge adulte et non pas pendant l'enfance ou l'adolescence (Wolfe, 1985; McCarty, 1986), d'autres chercheurs ont décrit des fillettes et des adolescentes qui ont commis des agressions sexuelles (Mathews, 1987b, Mathews, 1987c, Mathews 1987d; Fehrenbach et Monastersky, 1988; Johnson, 1989; Higgs, Canavan, et Meyer, 1992). Johnson (1989) a décrit le comportement de treize délinquantes sexuelles âgées de quatre à treize ans. La corrélation entre le fait d'avoir commis des agressions sexuelles et celui d'en avoir été victime était totale. Par contre, Johnson (1988) a conclu que 49 % des garçons ayant commis des infractions sexuelles avaient été victimes eux-mêmes de mauvais traitements. Des résultats semblables au sujet de fillettes ayant commis des agressions sexuelles ont été obtenus par Knopp et Lackey (1987) au cours d'une enquête auprès de 44 personnes engagées dans le traitement des délinquantes sexuelles aux états-Unis. En effet, l'étude révèle que parmi les 41 participants ayant traité des délinquantes sexuelles, 15 avaient traité des petites filles de moins de 11 ans. À nouveau, toutes les délinquantes sexuelles dont on a étudié le cas avaient été victimes d'agression sexuelle.

On a aussi examiné des cas où des adolescentes ont commis des infractions sexuelles. Knopp et Lackey (1987) ont examiné 44 personnes chargées de traiter les délinquantes sexuelles et ont constaté que 35 avaient traité des délinquantes âgées de 11 à 17 ans. Mathews, (1987b, 1987c, 1987d) dans son groupe d'adolescentes délinquantes sexuelles au Minnesota, et Higgs et coll. (1992) présentent des études de cas individuels. En outre, Fehrenbach et Monastersky (1988) ont signalé que les délinquantes sexuelles visées par leur étude avaient été victimes de mauvais traitements sexuels à un très jeune âge.

Fehrenbach et Monastersky (1988) présentent un contraste intéressant à la notion selon laquelle les délinquantes sexuelles agissent souvent de concert avec des hommes. En examinant un échantillon de délinquantes sexuelles adolescentes, ils ont indiqué que, contrairement aux délinquantes sexuelles adultes, elles ont tendance à agir sans y être contraintes par un coagresseur masculin. Comme l'ont fait les auteurs d'autres études sur les délinquantes sexuelles, Fehrenbach et Monastersky (1988) ont fait une mise en garde contre l'application à d'autres populations de conclusions générales tirées sur leurs échantillon. Il est évident qu'il faut effectuer plus de recherche dans ce domaine afin de mieux comprendre les processus qui jouent dans le développement de déviations sexuelles chez les femmes. La documentation la plus récente suggère fortement que le fait d'avoir été elle-même victime d'agression sexuelle joue un rôle important dans le développement de la délinquante sexuelle.

Délinquantes sexulles incarcérées

Bien qu'au moins un chercheur soit d'avis que les délinquantes sexuelles sont généralement psychotiques (O'Connor, 1987), un nombre plus grand de documents rejette cette affirmation (Wolfe, 1985; Marvasti, 1986; Grier, Clark et Stoner, 1993). Les délinquantes sexuelles sont souvent jeunes, âgées d'environ 17 à 24 ans (Brown et coll. 1984), ont un statut socio-économique peu élevé et un bas niveau d'instruction (Mathews, Mathews et Speltz, 1989). Elles tendent aussi généralement à nier leur comportement ou à en réduire l'importance (Wolfe, 1985) et ont des problèmes de toxicomanie (Mathews et coll., 1989). Ces conclusions sont généralement semblables à celles qui découlent de la recherche sur les délinquants sexuels.

Infractions

Les femmes sont capables d'infliger différentes sortes de mauvais traitements et ce, à différentes victimes. Travin, Cullen et Protter (1990) catégorisent les infractions des délinquantes sexuelles selon qu'il y a ou non un contact physique. En général, les infractions comportent la plupart du temps un contact physique (Knopp et Lackey, 1987). Très peu de chercheurs ont étudié des cas où des femmes commettent des infractions telles que l'exhibitionnisme et le fétichisme, mais quelques études ont décrit de tels cas (Grob, 1985; Hollender, Brown et Roback, 1977; Zavitzianos, 1971). Par ailleurs, il est assez rare que les délinquantes sexuelles usent de violence à l'égard de leurs victimes (Marvasti, 1986; Johnson et Shrier, 1987).

Laury (1992) discute d'une forme rare d'infraction où des femmes travaillant dans le secteur de la santé exploitent sexuellement des patients de sexe masculin. Il indique, même si cette sorte de mauvais traitements est rare, les professionnels de la santé ne peuvent pas en en faire abstraction.

Typologie

En raison d'une pénurie de recherches, il n'y a pas de théories bien formulées sur les infractions des délinquantes sexuelles. Une des grandes difficultés à laquelle est confrontée la recherche sur les délinquantes sexuelles tient à la petite taille des échantillons. Les chercheurs ont tenté de mettre au point des typologies de délinquance sexuelle chez les femmes en se fondant sur les caractéristiques observables de ces délinquantes et de leurs infractions. En général, les études ont porté sur des cas individuels. Par exemple, Faller (1987) a classé les délinquantes sexuelles selon les catégories suivantes : chef de famille monoparentale, relations incestueuses multiples, psychotique, adolescente, et agression à l'extérieur d'une situation de garde. McCarty (1986) a catégorisé les délinquantes sexuelles en tant que coagresseurs, complices ou agresseurs indépendants. En outre, Sarrel et Masters (1982) ont suggéré une classification des délinquantes sexuelles selon qu'elles ont commis une agression entraînant le recours à la force, en tant que gardienne d'enfants, dans une situation incestueuse, et en tant que femme dominante. Faller (1987), McCarty (1986) et Sarrel et Masters (1982) ont classifié les délinquantes sexuelles en fonction des caractéristiques de leur infraction, mais Mathews et coll. (1989) ont élaboré une typologie des délinquantes sexuelles dont les catégories sont : instructrice amante, contrainte par un homme, et prédisposée; ces catégories sont fondées sur les motifs qui ont poussé les délinquantes à commettre une agression sexuelle. Atkinson (1995) estime que cette typologie est la plus utile de celles qui ont été décrites.

Instructrice/amante

Le type «instructrice amante» est une femme adulte qui entreprend l'exploitation sexuelle d'un adolescent, généralement un garçon. Elle a beaucoup de difficulté à reconnaître que son comportement est criminel et ne ressent aucune hostilité à l'égard de sa victime. Elle est en position de force en raison du pouvoir que lui confère son âge et son rôle dans la vie de l'adolescent. L'instructrice amante recherche une expression sexuelle aimante dans ses interactions avec la victime. Elle croit que ses faveurs sexuelles constituent un acte de bonté à l'égard de sa victime et qu'il s'agit d'une expression positive d'amour.

Habituellement, l'instructrice amante a été victime de violence psychologique et verbale grave dans l'enfance. Son milieu familial a probablement été dysfonctionnel, et son père était distant avec elle et lui infligeait de mauvais traitements verbaux et physiques. Elle a presque toujours été une victime d'agression sexuelle extrafamiliale dans l'adolescence. Souvent, dans ses relations avec ses amants, l'instructrice amante a subi de mauvais traitements sexuels.

L'instructrice amante a tendance à être sur la défensive et à nier la réalité de ses actes. En outre, elle minimise l'impact négatif de ses actions sur sa victime. Ses actions peuvent être l'expression de sa colère. De plus, ce type de délinquante est souvent toxicomane ou alcoolique.

Contrainte/accompagnée par un homme

Dans le cas de la délinquante dite «contrainte par un homme», celui-ci l'a incitée à participer à l'agression sexuelle. En général, la victime est la fille de la délinquante. Dans un couple, ce type de femme généralement joue le rôle traditionnel de femme au foyer, mère et épouse, et son conjoint, celui de «gagne-pain». Les délinquantes sexuelles «contraintes par un homme» craignent leur mari et se sentent impuissantes dans leurs relations interpersonnelles. Elles sont souvent menacées de châtiments physiques par leur partenaire. Elles finissent par participer à l'exploitation sexuelle que leur partenaire avait déjà infligée seul.

Les caractéristiques de ces délinquantes comprennent notamment : niveau faible à moyen de capacité intellectuelle, passivité, manque d'assurance, colère et tendances antisociales, faible estime de soi et difficulté à croire qu'elles peuvent être aimées. En plus d'une surdépendance dans leur relation, ces femmes ont aussi tendance à avoir des problèmes liés à l'alcoolisme ou la toxicomanie. Dans une classification des délinquantes sexuelles qu'il avait établie auparavant, Mathews (1987) a fait une distinction entre les délinquantes «contraintes par un homme» et celles «accompagnées par un homme». Celles qui sont «contraintes par un homme» hésitent à participer à l'agression, mais ont peur d'être punies, tandis que celles qui sont «accompagnées par un homme» en général y participent plus activement.

Prédisposée

Les délinquantes sexuelles dites «prédisposées» s'engagent de leur propre chef dans l'agression sexuelle. Elles ont elles-mêmes été victimes d'agressions sexuelles graves dans l'enfance. En outre, elles ont généralement subi de mauvais traitements de la part de leur famille, d'étrangers et de connaissances pendant toute leur vie. Les délinquantes «prédisposées» proviennent de familles où l'exploitation sexuelle est chose courante depuis des générations. Leurs victimes sont généralement des membres de la famille, souvent leurs propres enfants. En plus d'être l'objet d'agression sexuelle, les victimes de ces délinquantes sont souvent aussi maltraitées physiquement et négligées par elles.

Bien qu'il arrive qu'elles s'échappent de cette situation d'exploitation sexuelle pendant l'adolescence, ces délinquantes peuvent rarement avoir des relations sexuelles saines. Elles ont plutôt tendance à choisir des partenaires masculins abusifs. Ces femmes peuvent aussi entretenir des fantasmes sadiques qui peuvent être déclenchés par la colère. Cette colère peut provenir de l'inquiétude qu'elles ressentent au sujet de leur capacité de se maîtriser face à leurs pulsions. Les délinquantes «prédisposées» commettent souvent des infractions de nature violente à l'égard de jeunes victimes (de moins de six ans). Ces délinquantes ont également de tendances chroniques au suicide et à l'autodestruction.

Les délinquantes sexuelles «prédisposées» souffrent «d'un manque d'estime de soi, de passivité, de colère excessive et de comportements impulsifs accompagnés de ce que l'on pourrait appeler une psychopathologie (p. ex., méfiance extrême, angoisse, nervosité, pensée non objective, sentiment de persécution et dépendance à l'égard de drogues, d'alcool, de nourriture ou relations dépendantes avec des hommes)» (p. 39, Mathews et coll., 1989).

Victimes

Les victimes des délinquantes sexuelles sont plus souvent des femmes que des hommes (Mathews et coll., 1989, Faller 1987, Brown et coll., 1984). En outre, les victimes sont généralement des enfants connus de l'agresseur (Wakefield et Underwager, 1991; Knopp et Lackey, 1987; Brown et coll., 1984; Elliot, 1993). Un grand nombre des victimes sont les propres enfants de la délinquante (Lukianowicz, 1972; Faller, 1987; Allen, 1990). En règle générale, les documents sur l'inceste mère-enfant présentent des études de cas individuels (Wahl, 1960; Shengold, 1980; Margolis 1984; McCarty, 1986; Marvasti, 1986; Banning, 1989; Lawson, 1991). Bien que Chasnoff, Burns, Schnoll, Burns, Chisum et Kyle-Spore (1986) aient signalé des cas d'inceste maternel-néonatal, on croit généralement que les victimes des délinquantes sexuelles sont rarement des nourrissons. L'étude de Chasnoff et coll. (1986) signale trois cas de mauvais traitements sexuels infligés par des femmes participant à un programme de traitement de la toxicomanie à l'intention de femmes et de leurs nourrissons.

Traitement

À l'heure actuelle, les principaux programmes de traitement des délinquantes sexuelles se trouvent au Minnesota. En 1984, un programme de traitement pour délinquantes sexuelles a été mis sur pied par la Minnesota Correctional Facility à Shakopee en raison du nombre croissant de femmes incarcérées pour des crimes sexuels. Le programme original comprenait des séances intensives de psychothérapie de groupe et d'autres séances de thérapie pour les couples et la famille. Plus tard, un séminaire intensif de deux jours sur l'apprentissage sexuel (répété deux fois par année) a été ajouté. En outre, on a ajouté un groupe de soutien hebdomadaire, des groupes d'éducation sexuelle de dix semaines, des séances intensives de traitement de deux jours, la formation du personnel des prisons ainsi qu'une composante de recherches intensives comprenant l'évaluation du programme et l'analyse de cas. Le programme offre aussi des services externes par l'entremise des pratiques privées des thérapeutes participant au programme. Ces services sont offerts aux délinquantes sexuelles et aux femmes qui craignent de commettre un crime sexuel. Souvent, ils constituent un programme de suivi pour les femmes qui sont sorties de prison (Mathews, 1987g).

En mai 1995, un autre programme intitulé Genesis II a été mis en place à Minneapolis quelques mois seulement après la mise en oeuvre du programme à l'établissement correctionnel pour les femmes. Ce programme offre aux délinquantes sexuelles un traitement en consultation externe. La force motrice de ce programme provient du fait que le système judiciaire recommande aux femmes qui ont été reconnues coupables de crimes sexuels mais n'ont pas été incarcérées, de s'y inscrire. En outre, les travailleurs sociaux de la Protection de l'enfance et les thérapeutes privés recommandent également aux femmes qui ont admis avoir commis des agressions sexuelles ou que l'on soupçonne de tels actes de s'y inscrire. Dans la plupart des cas, les victimes de ces femmes étaient leurs propres enfants (Mathews, 1987g).

La durée de la participation au programme dépend des objectifs du traitement; la moyenne est d'environ quinze mois. La majorité des femmes qui participent au programme de traitement des délinquantes sexuelles suivent également le traitement de jour complet offert par Genesis II. Dans le cadre de ce programme, les femmes viennent avec leurs enfants d'âge préscolaire six heures par jour pendant une période de huit à douze mois. Ce traitement de jour donne aux participantes l'occasion de suivre des séances additionnelles de thérapie individuelle et de groupe, des cours d'acquisition de compétences psychosociales, des cours sur l'art d'être parent, des cours d'éducation des adultes et de sexualité, et leur permet de se prévaloir de services de garderie développementale (Mathews, 1987g).

Les objectifs généraux du traitement offert dans le cadre de Genesis II comprennent notamment : la capacité d'assumer la responsabilité de son comportement sexuel abusif, de comprendre la victime et d'éprouver de l'empathie à son égard, de prendre conscience de ses propres processus émotionnels et psychologiques qui ont mené au comportement agressif et de trouver une manière de combler ses propres besoins sexuels et interpersonnels sans victimiser les autres (Mathews, 1987g). Le traitement des délinquants sexuels comporte également ces objectifs.

Toutefois, il est nécessaire d'établir des programmes mieux adaptés aux besoins des délinquantes sexuelles. Parmi les besoins spéciaux de ces dernières, on trouve l'acceptation de leur propre sexualité, l'atténuation de la honte et, parfois, la lutte contre la dépendance à l'égard des hommes (Mathews, 1987e, 1987f).