Résultats : Caractéristiques des délinquantes

Âge au moment de la perpétration de l'infraction

On a examiné un certain nombre de caractéristiques, en particulier l'âge de la délinquante au moment de la perpétration de la première infraction, les antécédents de mauvais traitements, le statut socio-économique, le niveau de scolarité, la toxicomanie et le degré de violence en cause. Des données ont été recueillies sur l'âge de toutes les délinquantes au moment de leur première infraction sexuelle; la moyenne d'âge se situait à 33 ans et l'écart type, à 9,7. L'une des délinquantes avait commis sa première infraction à l'âge de 17 ans. Aucune, semble-t-il, n'a commencé à commettre des infractions dans l'enfance. Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec circonspection, car les données dans les dossiers sont fondées sur les déclarations des intéressées au sujet de leurs comportements violents précoces. La moyenne d'âge de l'échantillon semble un peu plus élevée que les normes décrites dans la documentation (Brown et coll., 1984).

Antécédents de mauvais traitements

Des renseignements sur les antécédents de mauvais traitements des délinquantes étaient disponibles dans 11 des 19 cas. De ces 11 délinquantes, 55 % (6) avaient fait l'objet de mauvais traitements sexuels dans le passé tandis qu'un autre 36 % (4) avaient été victimes de violence verbale et physique ou de cruauté mentale. En d'autres termes, 91 % (10 sur 11) avaient été victimes de violence. Dans 4 des 6 cas où il y avait eu victimisation sexuelle, d'autres mauvais traitements physiques, verbaux ou psychologiques ont été décrits. Dans 4 cas, la délinquante a commencé ses activités sexuelles au tout début de l'adolescence. Bien que d'après certains chercheurs la victimisation sexuelle soit un élément commun des antécédents des délinquantes sexuelles (Mathews et coll., 1989, Atkinson, 1995), seulement la moitié des délinquantes visées par la présente étude ont déclaré avoir subi de mauvais traitements sexuels dans le passé. Toutefois, plus de 90 % ont révélé avoir été victimes d'une forme quelconque de violence pendant leur vie.

Statut socio-économique

On considère qu'un statut socio-économique peu élevé est l'une des caractéristiques des délinquantes sexuelles (Mathews, et coll., 1989). Dans la présente étude, le statut socio-économique peu élevé correspondait à une situation où le principal soutien provenait des prestatiosn d'assistance sociale et où l'emploi était sporadique ou inexistant. On a obtenu des données sur le statut socio-économique dans 9 des 19 cas. De ces 9 délinquantes, presque 90 % (8) ont été cotées comme ayant un faible statut socio-économique, ce qui est conforme aux données présentées par Mathews et coll., 1989.

Niveau de scolarité

Mathews et coll. (1989) ont conclu que les délinquantes sexuelles ont souvent un bas niveau de scolarité. D'après les renseignements disponibles sur 9 des délinquantes sexuelles, le niveau de scolarité se situait entre la 5e et la 11e année. Aucune n'avait fait d'études postsecondaires et certaines avaient poursuivi leurs études pendant leur incarcération.

Toxicomanie

Les délinquantes sexuelles ont souvent des problèmes de toxicomanie (Mathews et coll., 1989). Conformément à ces conclusions, 12 des 13 délinquantes avaient en effet des problèmes de toxicomanie. Dans 6 cas, aucun renseignements sur ce sujet n'a été fourni.

Violence gratuite

En règle générale, les infractions commises par des délinquantes sexuelles ne comportent pas le recours à la violence (Marvasti, 1986; Johnson et Shrier, 1987). Dans le présent échantillon, la violence ou son absence n'ont été notées que dans 10 cas. Dans 7 cas, la délinquante avait frappé ou battu la victime, l'avait maltraitée, l'avait battue avec des bouteilles et un morceau de bois, l'avait immobilisée pendant les rapports sexuels, l'avait menacée avec un couteau, ou l'avait tuée. Dans 3 cas, la délinquante n'avait pas eu recours à la violence gratuite pendant l'agression sexuelle. Dans les 9 autres cas, il était difficile de savoir si l'agression avait compris le recours à la violence car les données n'étaient pas claires ou n'étaient pas disponibles. Par conséquent, dans 7 des 10 cas sur lesquels des renseignements étaient disponibles, les délinquantes avaient eu recours à la violence lors de la perpétration de l'infraction. Ainsi, dans le cas d'un échantillon de délinquantes sexuelles détenues sous responsabilité fédérale, le recours à la violence était une caractéristique commune, ce qui contredit les données obtenues dans d'autres contextes.

Typologie

Au cours de cette étude, on a examiné dans quelle mesure les profils de ces délinquantes correspondent à la typologie des délinquantes sexuelles établie par Mathews et coll. (1989), soit «contrainte par un homme», «instructrice/ amante» et «prédisposée». Selon l'hypothèse émise, la plupart des femmes doivent se classer dans la catégorie «contrainte par un homme» (Mathews et coll., 1989; Knopp et Lackey, 1987). Dans 18 des 19 cas, il y avait des renseignements sur l'existence de codélinquants. De ces 18 femmes, 90 % (16) avaient agi avec un codélinquant et 10 % (2) avaient agi seules. Chaque cas sera examiné indépendamment afin de déterminer dans quelle mesure ces délinquantes correspondent à un type donné.

Instructrice/amante

Seulement une des deux femmes qui ont commis leurs infractions seules, la délinquante no 9, correspond au type «instructrice/ amante». Ce type recherche une interaction sexuelle aimante avec la victime, qui est généralement un adolescent. Elle ne sait pas qu'elle fait du tort à la victime, car la relation semble mutuellement satisfaisante. Le passé de la délinquante révèle une relation distante avec le père (Mathews et coll., 1989). Toutes ces caractéristiques sont présentes dans le cas de la délinquante no 9.

La colère comme motif

La délinquante no 5, l'autre femme ayant agi seule, ne correspond à aucun des types établis par Mathews et coll. (1989). Elle a agressé un homme adulte. La typologie établie fait abstraction de ce type d'infraction, qui ressemblerait davantage, pour ce qui est de la typologie, à celles commises par les agresseurs sexuels motivés par la colère.

Contrainte ou accompagnée par un homme

Quatorze des 16 femmes ayant un codélinquant ont commis leur(s) infraction(s) de concert avec un homme. Les deux autres femmes ont été coaccusées pour les mêmes incidents, mais l'insuffisance des renseignements fournis ne permet pas de le confirmer. Dans le cas de 11 des 14 femmes qui ont commis leur infraction avec un homme, il s'agissait de leur mari ou conjoint de fait. En ce qui concerne les trois autres femmes qui avaient des codélinquants, l'une d'elle a commis ses infractions avec son ex-mari (le père de ses enfants) et avec son conjoint de fait. Dans le cas de la deuxième, (la délinquante no 13) un ami et le mari de la délinquante ont été coaccusés. La troisième a commis des agressions très violentes contre ses victimes alors qu'elle était en compagnie de quatre hommes. Ce type de cas est rarement présenté dans la documentation.

Par définition, les délinquantes «contraintes par un homme» commettent des agressions sexuelles de concert avec un homme, principalement parce qu'elles en ont peur de celui-ci (Mathews et coll., 1989). Il est tentant de classer toutes les délinquantes qui ont commis des infractions avec un homme dans la catégorie «contraintes par un homme». Toutefois, un examen plus minutieux des cas révèle que cette catégorisation ne correspond pas exactement à leurs motifs ou à leur comportement. Dans le cas de 5 des 14 femmes ayant commis un infraction de concert avec un homme, les renseignements disponibles étaient insuffisants pour les classer selon la typologie de Mathews et coll. (1989). D'après les renseignements contenus dans les dossiers, seulement 4 des 9 autres femmes peuvent être classées dans la catégorie «contrainte par un homme». La première est une délinquante qui, au moment où les infractions ont été commises, avait un conjoint de fait qui lui infligeait de mauvais traitements. Elle semblait très dépendante à l'égard de son mari et était décrite comme étant timide et manquant d'assurance. De plus, la victime de l'agression sexuelle était une jeune fille. Rien n'indique que cette délinquante ait commis ces agressions de son propre chef. Par conséquent, elle y a probablement participé parce qu'elle y était contrainte par son mari ou parce que celui-ci a exercé des pressions sur elle.

La deuxième délinquante peut aussi être classée dans la catégorie «contrainte par un homme». Elle était victime de violence conjugale au moment de la perpétration des infractions, avait peu d'estime de soi et ne se sentait pas à la hauteur, était toxicomane et alcoolique et victimisait sa propre fille. Ces éléments semblent caractéristiques de la délinquante «contrainte par un homme».

La troisième délinquante peut également être classée dans la catégorie «contrainte par un homme», ayant commis de concert avec son mari des infractions contre deux enfants. Elle a également été décrite comme passive et facilement manipulée et dominée.

Enfin, la quatrième délinquante semble également entrer dans la catégorie «contrainte par un homme». Sa victime était sa fille; en outre, elle était alcoolique et avait une très faible estime de soi. Il est tout à fait possible que ses infractions aient découlé d'un sentiment d'impuissance dans sa relation avec son mari.

Toutefois, les cinq autres femmes qui ont commis des infractions de concert avec des hommes, pour diverses raisons, ne correspondent pas au type «contrainte par un homme». Bien que l'une d'elle ait agressé sexuellement son fils et sa fille en compagnie de son mari, elle ne semble pas avoir les caractéristiques de la délinquante «contrainte par un homme». Rien ne prouve qu'elle était victimisée par le coaccusé. Par conséquent, rien ne prouve qu'elle ait participé aux agressions parce qu'elle y a été forcée par son mari. En outre, elle a eu recours à la violence contre ses victimes. Ce comportement n'est pas typique d'une délinquante «contrainte par un homme». Elle pourrait plus facilement être classée dans la catégorie «accompagnée par un homme».

La deuxième délinquante dans ce groupe a commis des infractions sexuelles avec son ex-mari et son conjoint de fait actuel contre ses trois enfants. Elle avait été victime dans l'enfance de mauvais traitements physiques et psychologiques graves et aussi d'agression sexuelle. Rien dans les renseignements assez succincts sur ce cas n'indique clairement qu'elle ait été forcée par un homme à agresser ses enfants sexuellement.

Même si elle a commis ses infractions de concert avec 2 hommes, la troisième délinquante dans ce groupe ne peut être classée dans la catégorie «contrainte par un homme» et ce, pour diverses raisons. D'abord, elle était le principal agresseur. En fait, c'est elle qui a pris l'initiative de l'agression sexuelle dont a fait l'objet la victime, elle l'a mutilée et elle a commis des voies de fait sur sa personne. La délinquante non seulement savait parfaitement ce qu'elle faisait, mais semble avoir pris les choses en main. La typologie de Mathews et coll. (1989) ne comprend pas les délinquantes sexuelles qui commettent une infraction accompagnée de violence contre une femme non membre de la famille et qui jouent un rôle égal à celui de leurs codélinquants et parfois encore plus grand.

Comme dans le cas de la troisième délinquante, la quatrième savait parfaitement ce qu'elle faisait lorsqu'elle a décidé de commettre une agression sexuelle. Elle a commis en compagnie de 4 hommes des agressions très violentes sur 2 victimes de sexe féminin. Au lieu d'être elle-même victimisée ou d'aider les victimes, cette délinquante a non seulement participé aux agressions mais en a pris l'initiative. On trouve rarement ce degré de violence dans la documentation. À nouveau, Mathews et coll. (1989) n'ont pas bien cerné ce type de délinquante sexuelle.

Enfin, même si elle a parfois commis ses infractions en compagnie de son mari, cette délinquante entrerait plutôt dans la catégorie «prédisposée». Elle a agressé ses enfants de sa propre initiative et elle a continué de leur infliger de mauvais traitements sexuels très violents pendant une longue période. Plus tard, elle a entraîné son mari à participer à ces agressions sexuelles. En outre, elle a infligé à ses victimes de mauvais traitements physiques et elle les as négligées. La cinquième délinquante avait subi de très mauvais traitements dans l'enfance. Ces éléments sont caractéristiques d'une délinquante dite «prédisposée».

Pour résumer, seulement une des 11 femmes sur lesquelles il y avait suffisamment de renseignements, correspond à la catégorie «instructrice/ amante» et une pourrait être classifiée comme «colérique/ impulsive». Quatre étaient du type «contrainte par un homme». Toutefois, 5 de ces délinquantes entraient dans une catégorie plus ancienne élaborée par Mathews (1987), «accompagnée par un homme». Une des cinq délinquantes entrait à la fois dans les deux catégories, «prédisposée» et «accompagnée par un homme». Les délinquantes «accompagnées par un homme» commettent des infractions de concert avec un homme et y participent plus activement que celles qui sont «contraintes par un homme». Il semble important de maintenir la distinction faite par Mathews (1987) entre «contrainte par un homme» et «accompagnée par un homme».

Donc, dans le cas de ce groupe de délinquantes sous responsabilité fédérale, les deux plus importantes catégories étaient «contrainte par un homme» (4) et «accompagnée par un homme» (5). Les deux autres délinquantes pourraient être classées dans les catégories «instructrice/ amante» (1) et «colérique/ impulsive» (1).

Victimes

Le quatrième objectif de cette étude était de déterminer si les victimes de cet échantillon de délinquantes sexuelles étaient généralement les filles des délinquantes, conclusion à laquelle sont souvent arrivés divers chercheurs (Mathews et coll., 1989; Faller, 1987). Selon les données recueillies sur le nombre de victimes par délinquante, il n'y avait qu'une seule victime dans sept cas, mais deux dans cinq cas, trois dans un cas, quatre dans deux cas, et six dans un cas. En d'autres termes, dans les 16 cas où il y avait des renseignements sur les victimes, un peu moins de la moitié ne concernaient qu'une victime et les autres, plusieurs victimes. Le nombre moyen de victimes par délinquante était 2,44. Il n'y avait pas de renseignements sur les victimes de l'une des délinquantes de l'échantillon (la délinquante no 4). Dans le cas de 15 des 44 victimes dont il a été question, il n'y avait pas d'information sur le sexe des victimes. Quant aux 29 autres victimes, 19 étaient de sexe féminin et 10 de sexe masculin; il y avait donc presque deux fois plus de victimes de sexe féminin que de sexe masculin, ce qui est conforme aux résultats des recherches précédentes.

On croit que les délinquantes sexuelles agressent surtout leurs propres enfants ou des enfants qu'elles connaissent bien (Mathews et coll., 1989; Faller, 1987). En effet, 25 des 33 victimes (76 %) dans cet échantillon (lorsqu'il y avait des renseignements) étaient soit les enfants de la délinquante, soit des enfants ayant un lien de famille avec elle, et 80 % de ces victimes étaient les propres enfants de la délinquante. Dans les cas où le sexe des victimes était connu, sept étaient les fils des délinquantes et neuf les filles de ces dernières. Il n'y avait pas d'information sur le sexe de quatre des victimes. Parmi les cinq enfants victimes qui avaient un lien de famille avec la délinquante, un était un beau-fils, trois étaient des nièces et un était un neveu.

Quatre des délinquantes rencensées avaient agressé huit victimes adolescentes ou adultes. Toutes étaient pour elles des inconnues ou des connaissances et sept étaient de sexe féminin. En ce qui concerne cet échantillon de délinquantes sexuelles, il est relativement rare que les victimes ne soient pas des membres de la famille (24 %).