Limites et utilité de l'étude

Malgré la petite taille de l'échantillon (19 délinquantes) et l'absence de renseignements de qualité sur tous les cas, la présente étude constitue le premier examen de délinquantes sexuelles détenues sous la responsabilité du Service correctionnel du Canada.

Un nombre important de conclusions se dégagent de cette étude, laquelle s'ajoute utilement à la documentation limitée qui existe sur les délinquantes sexuelles. L'examen des études de cas donne une idée aussi complète que possible des circonstances entourant les infractions et des programmes de traitement.

L'étude permet aussi de confirmer un certain nombre d'idées courantes sur les caractéristiques des délinquantes sexuelles et en remet d'autres en question. Comme on pouvait s'y attendre, les femmes composant l'échantillon avaient un statut socio-économique peu élevé, un bas niveau de scolarité et des problèmes de toxicomanie. En outre, elles étaient un peu plus âgées que prévu et avaient souvent des antécédents de mauvais traitement. L'une des conclusions de l'étude va nettement à l'encontre de la croyance selon laquelle les délinquantes sexuelles sont rarement violentes (Marvasti, 1986; Johnson et Shrier, 1987). En effet, 72 pour cent des délinquantes sexuelles ont usé de violence excessive à l'égard de leur victime. Il est important de reconnaître que cette population de délinquantes existe.

En tentant de classifier les femmes selon la typologie de Mathews et coll. (1987), soit «contrainte par un homme», «instructrice/ amante» et «prédisposée», il est devenu évident que le nombre de celles entrant dans la catégorie «contrainte par un homme» n'était pas aussi important que prévu. Bien qu'un grand nombre des femmes aient commis leurs infractions de concert avec des hommes, elles n'ont pas, semble-t-il, été contraintes de le faire. Selon la typologie préliminaire de Mathews et coll. (1987), cinq des femmes semblaient entrer dans la catégorie «accompagnée d'un homme» plutôt que dans celle «contrainte par un homme». En se fondant sur la présente étude, on recommande que les catégories «membre de la famille» et «non membre de la famille» soient ajoutées à celles décrites par Mathews et coll. (1989).

En outre, certaines des femmes ont commis des infractions violentes de leur propre chef ou en compagnie d'hommes contre des victimes «non conventionnelles». Mathews et coll. (1989) ont eu tendance à négliger cette population, dont la présente étude fait nettement ressortir l'existence. À la suite de leur reconnaissance en tant que groupe distinct, il faudra répondre à leurs besoins de traitement particuliers. En outre, cette reconnaissance pourrait encourager les victimes à signaler les agressions qu'elles ont subies. Il est à espérer que la société autant et les professionnels de la santé seront plus sensibilisés au fait que les victimes d'agression sexuelle peuvent être non seulement des connaissances et des inconnus, mais des membres de la famille.

Traitement

Un examen des programmes de traitement offerts aux délinquantes sexuelles révèle qu'il il y a lieu de porter une attention particulière à l'établissement de programmes axés sur leurs besoins. Il faut mettre au point d'autres programmes portant sur le comportement qui est à l'origine des infractions sexuelles.

Instructrice / Aimante

Atkinson (1995) a recommandé des interventions particulières pour chacun des types décrits par Mathews et coll. (1989). Le type «instructrice/ amante», dont il n'y a qu'un exemple dans notre échantillon, a besoin de se pencher sur ses problèmes dans les domaines suivants : distorsions cognitives, empathie à l'égard de la victime, confiance en soi et aptitudes sociales. L'auteur décrit ce groupe comme présentant un faible risque de récidive et exigeant une surveillance moins intensive.

Prédisposée

Dans le cas des délinquantes dites «prédisposées», il faut traiter les répercussions des mauvais traitements sexuels subis dans l'enfance et les fantasmes sexuels déviants. On recommande un traitement intensif, mais sans donner de détails. Il porterait probablement, entre autres, sur les distorsions cognitives, l'empathie à l'égard de la victime, la maîtrise de la colère et les aptitudes sociales. Il conviendrait sans doute de l'assurer sous forme de traitement de groupe en milieu résidentiel à raison de séances quotidiennes échelonnées sur une période de 5 à 8 mois. Il pourrait aussi être jugé utile de suivre l'évolution du contenu des fantasmes et du reconditionnement orgasmique. Les cas de dissociation exigeraient un traitement individualisé. Seulement une des délinquantes dans notre échantillon correspondait aux critères établis pour ce type.

Colérique-impulsive

Une autre femme qui a également agi seule, agressant d'une façon colérique et impulsive un adulte de sexe masculin, pourrait aussi suivre utilement un traitement portant sur bon nombre des mêmes questions : les mauvais traitements qu'elle-même a subis, les distorsions cognitives, l'empathie et la maîtrise de la colère. L'excitation déviante et le manque d'aptitudes sociales sont des éléments dont la présence est moins probable dans ce cas.

Accompagnée / Contrainte par un homme

Atkinson (1995) utilise la typologie de Mathews et coll. (1989) à laquelle ne correspondent que la moitié de l'échantillon sur lequel porte la présente étude. Les délinquantes qui ont été véritablement contraintes par un homme peuvent avoir besoin de peu de thérapie si elles expriment des remords, souhaitent améliorer leur relation avec leur(s) victime(s) et mettre fin à leur relation avec leur agresseur. L'intervention devrait cependant viser à accroître l'estime de soi et à favoriser l'affirmation de soi, et porter sur la maîtrise de la colère et le choix d'un partenaire masculin plus convenable. La thérapie familiale/ conjugale pourrait aussi donner des résultats positifs. Les programmes examinés par Atkinson varient considérablement. Certains, tels que ceux de Clark (Atkinson, 1995, p. 9) portent non seulement sur l'empathie à l'égard de la victime, la réparation du tort qui lui a été causé et la mise au point d'un plan de prévention des rechutes, mais aussi sur le déni, la minimisation et la responsabilisation. Larson et Maison (1995) s'inscrivent contre les approches axées sur l'affrontement et les objectifs, préconisant plutôt une approche plus holistique et rogérienne fondée sur le véritable respect, l'acceptation et l'amour. Ces questions sont les mêmes que celles que sur lesquelles porte l'intervention auprès des délinquants sexuels. Les thérapeutes utilisent des méthodes différentes et nombre d'entre eux préfèrent établir lentement une alliance thérapeutique ou la compassion plutôt que l'affrontement favorise l'établissement d'une bonne relation de travail entre le thérapeute et le délinquant. Les programmes à l'intention des délinquants sexuels portent généralement, entre autres, sur les distorsions cognitives, la victimisation, l'empathie à l'égard de la victime et l'amélioration des aptitudes sociales (affirmation de soi, relations interpersonnelles) et visent à amener le délinquant à mieux maîtriser son excitation déviante. L'établissement de la chaîne des événements qui mènent à la perpétration d'une infraction et l'élaboration d'un plan de prévention des rechutes sont des composantes importantes de ces programmes.

Il semble raisonnable de croire que les délinquantes «accompagnées par un homme» ont besoin de se pencher sur les questions de distorsions cognitives, d'empathie, de maîtrise des fantasmes/ de l'excitation et de maîtrise de la colère, de victimisation et de sensibilisation au traumatisme subi par les victimes. On croit qu'elles présentent un risque plus élevé car elles agissent d'une façon plus autonome que celles qui sont contraintes par un homme. Les questions d'affirmation de soi et de relation (dépendance) pourraient être considérées comme moins problématiques que dans le cas des délinquantes contraintes par un homme. Bien que les séances de groupe puissent être la forme d'intervention thérapeutique préférée pour les hommes comme pour les femmes, elle peut présenter des problèmes d'organisation.

Dans les établissements régionaux, le nombre peu élevé de délinquantes sexuelles peut rendre la thérapie de groupe impossible. En outre, le niveau de risque et les besoins varient d'une femme à l'autre. Les délinquantes qui entrent dans la catégorie présentant le risque le plus faible soit, «instructrice/ amante», ne devraient probablement pas faire partie d'un groupe de délinquantes plus agressives qui présentent un risque plus élevé. Toutefois, on pourrait regrouper des délinquantes de divers types dont le niveau de risque et les besoins sont semblables. Un petit nombre de délinquantes peuvent être empêchées de participer à un groupe pour des raisons de sécurité. En pareil cas, même si une thérapie de groupe est préférable, il faudra leur assurer une thérapie individuelle.

Il est essentiel de mettre au point des programmes pertinents pour ce groupe de délinquantes peu nombreux, mais qui retient beaucoup l'attention. Il sera utile d'établir une stratégie d'évaluation appropriée comprenant un suivi à long terme afin d'aider à déterminer la meilleure méthode d'intervention auprès de ce groupe.