Les femmes prisonnières au Canada : les premières années

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Fin d'une ère, la fermeture du la prison des femmes de Kingston

L'histoire de la prison des femmes est inextricablement liée au passé. De bien des façons, sa construction a représenté le prolongement de ce passé.

En 1835, près de cent ans avant l'ouverture de la prison des femmes, les trois premières femmes sont arrivées au pénitencier de Kingston, juste de l'autre côté de la rue par rapport au futur site de la prison des femmes. Susan Turner, Hannah Downes et Hannah Baglen, toutes trois purgeant des peines d'une ou deux années pour larcin, ont été logées temporairement à l'hôpital de la prison jusqu'à ce qu'une installation séparée puisse être trouvée. Ce n'est qu'en 1839 qu'elles ont été déménagées dans une partie de l'aile nord, alors désignée comme la première prison des femmes du Canada.

Les détenues étaient rarement en contact avec leurs homologues masculins. Même si plusieurs bébés sont nés entre ces murs, ils avaient été conçus avant que la mère ne soit admise en prison. Dans certains cas, les mères ont pu garder leur bébé dans leur cellule, d'habitude le temps nécessaire à leur sevrage, après quoi l'enfant était envoyé dans un orphelinat ou chez les membres de la famille.

Des détenues du pénitencier de Kingston, au tournant du siècle.
Des détenues du pénitencier de Kingston,
au tournant du siècle.

Les conditions que devaient endurer les femmes étaient semblables à celles que subissaient les hommes ou pires. Leurs quartiers étaient froids, humides et infestés de punaises. La punition pour les infractions aux règlements dans les premières années comportait des coups de fouet et le placement dans une « boîte », conteneur qui ressemblait à un cercueil et qui avait des trous d'air; la femme était forcée de s'y tenir debout, le dos voûté, plusieurs heures d'affilée. Les femmes, tout comme les hommes détenus, pouvaient aussi être enchaînées, immergées dans l'eau glacée, mises dans une cellule noire ou nourries uniquement au pain et à l'eau. Telle fut la situation pendant de nombreuses années. Selon la surveillante Mary Leahy, en 1881, parmi la quinzaine de détenues, plusieurs ont passé un total de 14 jours en réclusion solitaire, nourries uniquement au pain et à l'eau.

Bien que leur nombre ait été comparativement petit, les prisonnières du pénitencier de Kingston avaient rarement assez d'espace; au fur et à mesure que leur nombre augmentait, elles étaient déplacées plusieurs fois dans la prison. En 1858, le directeur a indiqué que, faute de cellules, huit femmes avaient été forcées de dormir dans le corridor. En 1867, dans son rapport annuel, l'inspecteur préconisait fermement la construction d'une prison adéquate pour les femmes à l'extérieur des murs du pénitencier de Kingston.

Le bloc de cellules nord-ouest, au pénitencier de Kingston, a abrité les détenues de 1913 à 1934.
Le bloc de cellules nord-ouest,
au pénitencier de Kingston,
a abrité les détenues de 1913 à 1934.

Il est regrettable qu'aucune mesure n'ait été prise et que les conditions des femmes en prison soient demeurées mauvaises. Il n'y avait pas suffisamment d'activités productives pour les femmes et elles se limitaient d'ordinaire à des activités « féminines » : fabrication de vêtements pour les détenus et autres travaux de fil et d'aiguille. En 1872, la surveillante Leahy indiquait dans son rapport que les femmes détenues avaient confectionné, entre autres choses, 201 tabliers, 34 capelines, 406 taies d'oreiller et 1 480 paires de chaussettes.

En 1889, l'inspecteur James G. Moylan, parlant de la section des femmes du pénitencier de Kingston, déclarait : « J'ai toujours pensé que cette partie du pénitencier ne convenait pas à l'usage qu'on en fait. Outre sa proximité contestable avec la prison des hommes, les cellules étaient sous terre dans un compartiment sombre et infect, ce qui était suffisant pour recommander un changement. »

En 1909, on a trouvé une solution partielle : une nouvelle prison distincte pour les femmes serait construite, mais ces femmes seraient quand même logées dans les murs du pénitencier de Kingston. En février 1913, les hommes détenus avaient terminé la construction du bloc de cellules nord-ouest et les femmes détenues emménagèrent dans leurs nouveaux quartiers : 32 cellules avec un seul lit et deux cellules doubles pour les malades.

L'année suivante, la Commission royale sur les pénitenciers, ayant fait des commentaires favorables au sujet du nouveau bâtiment, affirmait néanmoins que «…les intérêts de toutes les personnes concernées seraient mieux servis si ces quelques détenues étaient transférées dans une institution pour femmes. Il est peut-être possible, comme on l'a proposé ailleurs dans ce rapport, relativement à certaines autres classes, que des arrangements soient pris avec les autorités provinciales pour la garde de toutes les femmes contrevenantes. »

En 1934, après 99 années, les femmes étaient enfin transférées du pénitencier de Kingston dans une institution distincte — de l'autre côté de la rue — derrière la résidence de la directrice et dans la nouvelle prison des femmes. Elles étaient toujours aussi loin de leur foyer et ce n'était certainement pas ce que plusieurs avaient espéré.