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Programmes pour les délinquantes

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Les Femmes Purgeant Une Peine De Longue Durée: Analyse Des Recherches

Étapes d'une peine de longue durée

NVoyons tout d'abord l'utilité de distinguer des étapes dans l'expérience des femmes qui purgent une peine de longue durée. Cette démarche présente des avantages certains

puisqu'elle peut aider le personnel à comprendre les difficultés que vivent ces femmes. Elle peut aussi renseigner sur la façon dont le personnel doit intervenir pour appuyer les femmes et sur les programmes qu'il faudrait offrir à chaque étape pour répondre aux besoins des délinquantes. Toutefois, toute démarche qui compartimentalise le vécu des femmes doit être examinée de près et utilisée avec prudence. En effet, elle risque d'entraîner une catégorisation des femmes, et d'empêcher celles-ci d'exprimer leur propre point de vue. Toutefois, si elle est employée uniquement pour mieux comprendre les difficultés et la douleur qui accompagnent l'obligation de purger une peine de longue durée, cette démarche peut se révéler utile tant au personnel qu'aux femmes elles-mêmes.

Une des principales recommandations du Rapport Perron était la suivante : "Que le SCC adopte un modèle de gestion des longues sentences en fonction des quatre (4) phases identifiées [...] et que les modules de programmes et services soient élaborés en fonction des caractéristiques et besoins propres à chacune des phases". [6 Rapport Perron, recommandation 1.] 6

D'après le Rapport Perron, les peines de longue durée comportent quatre étapes : l'adaptation; l'intégration au milieu carcéral; la préparation à la mise en liberté; le retour dans la société.

1. Adaptation

Objectifs : aider le [7 Les auteurs du Rapport Perron n'ont pas eu recours à un language inclusif du masculin et du féminin, mais il est présumé que ses conclusions s'appliquent aussi aux délinquantes.] 7 détenu à accepter sa peine. Le guider et l'appuyer dans son adaptation à sa nouvelle existence. S'occuper expressément de ses besoins en ce qui concerne tous les aspects du plan correctionnel.

Programmes : évaluation, information, orientation, famille/collectivité, appui.

2. Intégration au milieu carcéral

Objectifs : trouver un moyen d'amener le détenu à purger sa peine en tirant pleinement parti des possibilités de croissance personnelle qui s'offrent en milieu carcéral.

Programmes : formation/emploi, croissance personnelle, famille/collectivité, réévaluation et réorientation.

3. Préparation à la mise en liberté

Objectifs : préparer le détenu à vivre progressivement dans la société et en harmonie avec celle-ci en tant que citoyen respectueux des lois.

Programmes : formation/emploi, croissance personnelle, collectivité interne/externe [8 Dans le rapport, l'expression collectivité interne désigne la présence accrue de membres de la collectivité dans la prison. La collectivité externe désigne le fait de donner progressivement accès à la collectivité aux détenus.] 8, réévaluation et réorientation.

4. Retour dans la société

Objectifs : aider le détenu à s'adapter à la vie à l'extérieur.

Programmes : formation/emploi, croissance personnelle, collectivité. [9 Rapport Perron, p. 75-83.] 9

Il est question, dans le Rapport Perron, d'un processus de gestion pour le délinquant purgeant une peine de longue durée et du fait que les programmes doivent traduire les besoins des détenus qui se manifestent aux diverses phases de la peine.

D'autres modèles sont articulés autour du même genre de phases, l'adaptation psychologique constituant le critère central. [0 Lee Axon examine par exemple le modèle psychologique d'adaptation de Camille Grahanm Camp, basé sur les travaux effectués par Kubler-Ross auprès des patients en phase terminale. Camp distingue cinq étapes : · Le déni - refus par les délinquants d'accepter leur longue peine; · Le deuil - étape à laquelle les délinquants commencent à accepter la réalité de leur situation; · La révolte - étape à laquelle les agents sont considérés comme l'ennemi (les délinquants peuvent exprimer à cette étape des sentiments d'hostilité et de frustration); · L'adaptation - les délinquants commencent à coopérer (c'est souvent à cette étape que les délinquants sont institutionnalisés); · La socialisation - processus d'actualisation de soi. Il est aussi question des étapes que traversent les délinquants au cours de leur peine de longue durée dans d'autres modèles comme celui du programme Lifesavers de Palmer (1984), appliqué à l'établissement de Warkworth, et le modèle du syndrome du caméléon, employé en Caroline du Nord et désigné ainsi pour traduire les changements que doivent effectuer les délinquants purgeant une peine de longue durée pour se protéger contre leur environnement hostile.] 0 Il ressort toutefois de l'analyse des

recherches que le modèle le plus important pour les délinquantes est celui de Maria Christina Jose. Cette dernière s'est basée sur des recherches effectuées auprès de délinquantes purgeant une peine de longue durée et elle a utilisé et décrit les expériences des femmes elles-mêmes. Dans son ouvrage intitulé Women Doing Life Sentences: A Phenomenological Study, elle décrit les étapes que doivent franchir les femmes purgeant une peine de longue durée "avant d'accepter le sens de leur incarcération".

1. Déni et isolement

Selon Maria Christina Jose, la plupart des femmes refusent d'admettre qu'elles seront incarcérées longtemps. La plupart des participantes croyaient que leur avocat en appelait du jugement et qu'elles allaient par conséquent être libérées sous peu. L'auteur soutient que le déni peut se manifester sous diverses formes. Ainsi, beaucoup de femmes continuent à se considérer comme des personnes libres la première année et refusent de se voir comme des prisonnières. Elles refusent de se mêler aux autres détenues ou de participer aux activités; elles s'isolent et se replient sur elles-mêmes.

2. Colère

La colère constitue la deuxième étape. M.C. Jose soutient que, lorsque les femmes ne peuvent plus continuer à nier leur situation, l'obligation d'accepter la réalité d'une longue peine d'incarcération provoque chez elles un vif sentiment de colère. Il semble que les femmes doivent éprouver ce sentiment avant d'accepter la réalité de la peine. Selon l'auteur, les femmes qui se trouvent à cette étape sont plus susceptibles de :

• se révolter contre les gardes;

• se révolter contre les règles;

• se révolter contre les autres détenues;

• être remplies d'amertume face au monde extérieur (les femmes commencent à perdre leurs liens avec les membres de leur famille et leurs amis ou peuvent même rejeter ces personnes).

À cette étape, les femmes réalisent qu'elles ne sont pas libres et qu'elles doivent se faire aux règlements et aux intrusions quotidiennes. Elles prennent conscience de leur état de prisonnière.

Parfois, elles expriment leur colère parce qu'elles éprouvent un plus grand besoin de s'affirmer, attribuable à leur besoin de contrôler un aspect de leur vie. Étant donné les restrictions imposées par le système carcéral et le contrôle qui est exercé sur elles, les femmes considèrent toute forme de décision autonome comme un luxe. Dans un établissement, les femmes qui expriment leur frustration sont souvent punies pour avoir fait preuve d'un comportement inacceptable. Selon M.C. Jose, les travaux de Kubler-Ross sur la perte et le deuil concluraient à la nécessité d'encourager les sujets (dans l'étude, il s'agissait de patients en phase terminale) à parler de leur colère. [1 Jose, p. 133-150.] 1 Toutefois, dans le cas des femmes incarcérées, il n'y a pas d'endroit ni de moment, d'après elle, où elles peuvent convenablement exprimer leur colère. Elle ajoute que si les femmes pouvaient reconnaître leur colère, leur deuil et leur perte, les établissements auraient peut-être "... moins de "personnes normales inadaptées" et plus d'"êtres humains détenus" qui s'efforcent de s'adapter du mieux qu'ils peuvent à leur vécu en prison". [2 Jose, p. 140-141.] 2

3. Dépression

Selon M.C. Jose, la troisième phase est celle de la dépression. La dépression survient souvent lorsque les femmes se rendent compte qu'elles ne peuvent plus nier la réalité de la durée de leur peine. À cette étape, les femmes doivent faire face à une foule de pertes, y compris la perte de leurs liens avec leurs enfants, leurs amants et leur famille. Certaines d'entre elles deviennent suicidaires tandis que d'autres apprennent à vivre avec la dépression. L'auteur affirme que le personnel encourage souvent les femmes à "voir les choses du bon côté" et à oublier leur dépression. Elle fait valoir que les

responsables et les agents ne veulent pas reconnaître que les femmes traversent une période de dépression et essaient d'écarter cette réalité.

Il y a plusieurs indices de dépression comme l'auto-agression, la somnolence, le désir d'être seule et la volonté d'être laissée ou placée en isolement.

4. Deuil

Le deuil est la quatrième étape d'après le modèle de M.C. Jose. Il commence lorsque les femmes reconnaissent leurs pertes. Voici quelques signes de deuil :

• le fait d'éviter les activités et les gens;

• le refus d'avoir des relations avec des personnes de l'extérieur (il est plus douloureux de voir les êtres chers);

• la peine;

• l'isolement (le désir d'être seule);

• un plus grand sentiment de culpabilité au sujet de la situation et l'expression de cette culpabilité;

• le fait de se sentir davantage coupable des répercussions sur les enfants. [3 Jose, p. 133-150.] 3

5. Acceptation

L'acceptation est la cinquième étape qu'une femme traverse lorsqu'elle purge une peine de longue durée. Selon M.C. Jose, l'acceptation signifie non pas que la femme se complaît en prison, mais plutôt qu'elle est devenue insensible. L'auteur affirme que les femmes ont alors un sentiment de vide, de néant. Elles croient ne pas pouvoir éprouver plus de douleur parce qu'elles sont arrivées au fond de leur peine. Elles se désintéressent du monde extérieur, gagnent ou perdent beaucoup de poids et l'espoir les abandonne souvent.

Selon M.C. Jose, l'espoir est très important pour les prisonniers qui purgent une peine de longue durée. Elle affirme qu'au début, les femmes nourrissent de l'espoir en ce qui concerne leurs appels, révisions et audiences puisque cela signifie la possibilité d'être libérées. Toutefois, après un certain temps, elles perdent espoir; cela se produit ordinairement "après sept ou huit ans d'incarcération". [4 Jose, p. 148.] 4 La perte des liens avec la famille constitue un facteur important pour toutes les femmes incarcérées mais, pour les détenues purgeant une peine de longue durée, la prise de conscience du fait que la rupture risque d'être irrémédiable crée un problème particulier. Pour faire face à cette possibilité, les femmes continuent souvent à voir leurs rôles à l'extérieur comme s'ils étaient demeurés intacts.