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Programmes pour les délinquantes

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Les Femmes Purgeant Une Peine De Longue Durée: Analyse Des Recherches

Annexe 3 : Délinquants purgeant une Peine de longue durée : Détermination Des Besoins

INTRODUCTION

Le 13 juillet 1994, d'après le recensement mené à cette date, 51 femmes purgeaient une peine d'emprisonnement à perpétuité et 19 autres, une peine de 10 ans ou plus. Comme il est important que les programmes et les activités générales soient adaptés aux besoins de ce groupe, il faut cerner les domaines dans lesquels des changements significatifs peuvent être apportés.

CONTEXTE

La gestion des délinquants purgeant une peine de longue durée a traditionnellement été source de préoccupation. Plusieurs études ont en effet abouti à la conclusion que cette population était généralement laissée pour compte par les responsables des services correctionnels. Les détenus purgeant une peine de longue durée correspondent à un faible pourcentage de la population carcérale totale, et les programmes offerts tendent à ne pas être adaptés aux besoins que crée une incarcération prolongée. En 1990, le Groupe d'étude sur les longues sentences a présenté plusieurs recommandations (Rapport Perron) au sujet de la gestion de ces détenus. Il faut explorer l'application de celles-ci au vécu des femmes purgeant une peine de longue durée et voir également comment on pourrait répondre aux besoins de ces dernières dans le contexte de la stratégie générale des programmes envisagés pour les nouveaux établissements régionaux.

MESURES PRISES

Les recherches sur les besoins et le vécu des délinquants purgeant une peine de longue durée permettent de cerner les problèmes. Un certain nombre d'études ont en effet été menées sur le sujet. C'est pourquoi l'on a décidé de rédiger un document de travail donnant un aperçu des recherches. Une ébauche a été produite pour présenter les besoins des femmes purgeant une peine de longue durée et la façon dont la stratégie générale des programmes répond à ces besoins. Pour être sûr que les constatations présentées dans le document de travail rendent compte du vécu des femmes, on les a soumises à ces dernières, qui ont été invitées à dire si elles traduisaient bien leurs besoins.

À cette fin, une interview de groupe avec des femmes purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité ou une peine de longue durée a été menée à la Prison des femmes le 14 septembre 1994. On dénombre actuellement à cet établissement 22 femmes qui purgent une peine d'emprisonnement à perpétuité et 13 qui purgent une peine de 10 ans ou plus. L'interview a été menée séparément avec les deux groupes. Environ 18 femmes purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité ont participé à la première séance tandis que quatre femmes purgeant une peine de longue durée ont participé à la seconde. Étant donné la similarité des deux groupes quant aux observations faites et aux préoccupations exprimées, il a paru opportun de combiner les constatations.

QUESTIONS

Les interviews n'ont pas été très structurées. On voulait ainsi donner aux femmes l'occasion de faire part des questions qu'elles jugeaient importantes. Les questions et leur justification sont les suivantes :

1) Les constatations des études au sujet des besoins des délinquants purgeant une peine de longue durée traduisent-elles votre expérience en tant que détenue purgeant une peine de longue durée?

Justification : L'interview avait pour but principal de déterminer si les études traduisaient fidèlement les besoins des femmes.

2) Y a-t-il des programmes précis qui s'imposent à l'étape prélibératoire de l'incarcération?

Justification : Il n'était presque pas question, dans les études, des besoins des délinquants purgeant une peine de longue durée durant l'étape prélibératoire. En posant cette question directement aux femmes on espérait avoir une idée des mesures requises.

3) Y a-t-il d'autres questions et préoccupations qui n'ont pas été mentionnées et que vous jugez importantes?

Justification : Il s'agissait de déterminer si d'autres questions n'avaient pas été laissées de côté par les études. Comme les femmes seront transférées dans de nouveaux établissements, il est important, par exemple, de cerner les problèmes que ce transfèrement peut soulever.

CONSTATATIONS

Il a été question, dans le document de travail, de plusieurs besoins des femmes purgeant une peine de longue durée. Voici les observations que les participantes ont faites à ce sujet.

Besoin cerné : la formation du personnel

D'après les recherches, le personnel devrait recevoir une formation sur les besoins propres aux délinquantes purgeant une peine de longue durée.

Observations

• Les femmes étaient d'accord avec cette constatation. À leur avis, le personnel doit être plus sensible aux difficultés qu'elles vivent en raison de la durée de leur peine. Selon elles, il faudrait au moins que leur agent de gestion de cas soit parfaitement informé des restrictions juridiques et ait une connaissance suffisante du processus de révision judiciaire.

• Les femmes ont également signalé que le fait d'affecter un agent de gestion de cas exclusivement aux délinquantes purgeant une peine de longue durée serait avantageux et pour l'agent et pour la délinquante. De cette manière, les agents de gestion de cas ne seraient pas portés à accorder la priorité aux délinquantes purgeant une courte peine et à laisser pour compte celles qui purgent une peine de longue durée. De plus, l'agent affecté aux délinquantes purgeant une peine de longue durée acquerrait de l'expérience en ce qui concerne les contraintes juridiques et le processus de révision judiciaire.

Besoin cerné : les programmes

D'après les études, les programmes ne répondent souvent pas aux besoins des délinquantes purgeant une peine de longue durée. Ils tendent à être courts et ils ne sont souvent offerts que vers la fin de la peine.

Observations

• Les femmes étaient de cet avis. Elles ont précisé qu'en raison de la nature de leur crime, on devrait leur accorder la priorité dans des programmes comme ceux de maîtrise de la colère.

• Les femmes ont déclaré que, dans certains cas, les programmes étaient donnés en séances d'une journée complète et qu'il n'y avait pas de lien entre le vécu et le programme. Cela ne permet pas de réfléchir à ce qui a été appris; il est en outre difficile d'assimiler l'information communiquée en si peu de temps.

• Selon les femmes, il faudrait offrir des programmes portant expressément sur les droits juridiques des parents.

• Enfin, les femmes ont dit avoir besoin de programmes sur la révision judiciaire. Celle-ci constitue leur objectif premier étant donné qu'elle peut offrir une issue.

Besoin cerné : un travail valable

Selon les recherches, les délinquantes purgeant une peine de long durée éprouvent un vif besoin d'accomplir un travail valable.

Observations

• Les femmes ont convenu qu'il s'agissait là d'un aspect important. Elles veulent exercer des emplois qui leur permettront d'acquérir les compétences nécessaires pour subvenir à leurs besoins dans la collectivité. Elles ont aussi besoin de se sentir productives.

• Les femmes croyaient pouvoir aider celles qui arrivent en établissement, étant donné qu'elles ont vécu le processus de l'incarcération. Elles peuvent appuyer et renseigner celles qui viennent d'être condamnées.

• Les femmes souhaitaient avoir des programmes, comme celui du système de la copine, qui leur permettraient d'aider d'autres détenues à s'orienter dans l'établissement.

Besoin cerné : la mobilité

Selon les recherches, la possibilité de passer d'un établissement à un autre est importante parce qu'elle permet de combattre l'ennui et la monotonie d'avoir à purger une peine au même endroit.

Observations

• Selon les femmes, cette constatation ne s'applique pas à elles pour l'instant. Il y a, à leur avis, des questions beaucoup plus pressantes dont il faut s'occuper. Une fois celles-ci réglées, il se peut que la mobilité prenne plus d'importance.

• En outre, les femmes aiment vivre au même endroit puisque cela leur donne l'impression d'avoir leur espace à elles.

Besoin cerné : l'étape prélibératoire et la mise en liberté

Il y a très peu de recherches sur cette question.

Observations

• Selon les femmes, l'accès à des programmes dès le début de leur peine faciliterait leur retour dans la société.

AUTRES SUGGESTIONS

Les femmes ont aussi fait les suggestions suivantes pour faciliter la gestion de leur peine :

• Il faudrait créer une trousse d'information énumérant tous les programmes disponibles et comportant une description de chaque programme avec une indication de sa durée. (Les femmes ont dit que, bien souvent, elles ne savaient pas en quoi consistaient les programmes, ce qui les empêche de participer pleinement à l'établissement de leur plan correctionnel.)

• Il serait utile de produire un document décrivant l'expérience des femmes qui purgent une peine de longue durée et renfermant des renseignements au sujet de la révision judiciaire. Ce document éliminerait une bonne part de l'incertitude dont souffrent les femmes.

• Les femmes purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité ou une peine de longue durée devraient pouvoir suivre une carrière en établissement. Elles pourraient participer à la prestation de certains programmes.

• Les femmes qui doivent purger une peine de longue durée devraient recevoir un plan correctionnel dès le début de leur peine.

• Étant donné que la plupart des femmes qui purgent une peine de longue durée sont classées au niveau de sécurité le plus élevé, il faudrait leur expliquer clairement ce qu'elles peuvent faire pour passer à un niveau de classement inférieur.

AUTRES PRÉOCCUPATIONS

Les femmes ont fait part de plusieurs questions et préoccupations au sujet des nouveaux établissements. En voici quelques-unes :

• Étant donné qu'il n'y aura pas, aux nouveaux établissements, de périmètre visible, comme un mur de béton, il faut bien préciser ce qui est attendu des femmes. Comme la plupart ont une cote de sécurité élevée, les femmes doivent connaître les restrictions qui leur sont imposées et les privilèges qui leur sont accordés.

• Les femmes ont exprimé des préoccupations au sujet du bruit qui circule actuellement, selon lequel, dans les nouveaux établissements, elles déménageront tous les six mois d'un pavillon à un autre.

• Les femmes voulaient être certaines de ne pas être logées toutes ensemble. Elles ont exprimé le besoin de voir de nouvelles personnes avec lesquelles elles pourraient discuter du monde extérieur.

• Les femmes ont dit qu'il faudrait prévoir un pavillon où il serait interdit de fumer pour celles qui ne veulent pas habiter avec des fumeuses. Certaines ont dit craindre la fumée des autres.

• Les restrictions imposées en ce qui concerne les effets personnels doivent faire entrer en ligne de compte les besoins des délinquantes purgeant une peine de longue durée.

• Les niveaux de rémunération des femmes sont faibles; certaines d'entre elles reçoivent seulement 40 $ toutes les deux semaines.

• Les restrictions imposées quant aux colis doivent aussi faire entrer en ligne de compte les besoins des délinquantes purgeant une peine de longue durée, étant donné que ces envois constituent parfois leur unique rapport avec des membres de leur famille.

CONCLUSION

Dans l'ensemble, les femmes étaient d'accord avec les constatations formulées dans le document de travail qui leur a été présenté. Elles ont toutefois affirmé qu'il n'y avait rien de neuf dans les constatations et recommandations. Il y a longtemps que les femmes purgeant une peine de longue durée expriment ces préoccupations. La mise en oeuvre des recommandations formulées dans le Rapport Perron devait y répondre, mais selon les femmes, elle n'a pas encore été entreprise à la Prison des femmes.

Disposées à faire part de leur expérience, de leurs connaissances et de leurs observations, les femmes qui ont participé à l'interview connaissaient toutefois un degré de frustration évident. Il est donc capital de reconnaître la valeur des constatations et recommandations et de veiller à ce que certains des points soient incorporés à la stratégie globale des programmes.

Les responsables du Programme des femmes purgeant une peine fédérale, à l'Administration centrale du SCC, remercient Mme Pat Vargas de sa contribution à ce document de travail.