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La colère et les autres émotions chez les femmes: Analyse de la littérature

Les fonctions positives de la colère

Alors que les manifestations de la colère peuvent souvent se révéler problématiques, et que "pendant des siècles entiers, la colère était considérée comme un péché, une faiblesse, ou une folie et qu’elle devait être évitée ou contenue" (Thomas, 1990), l’ensemble des écrits à ce sujet s’accorde à dire que la colère peut représenter chez la femme une fonction importante. La colère est en premier lieu un instrument qui sert à transmettre un message (Potter-Efron et Potter-Efron, 1991), elle signale que quelque chose ne va pas bien (Lerner, 1985; Potter-Efron et Potter-Efron, 1991, Denham et Bultemeier, 1993). La colère peut jouer un rôle éducateur (Estés, 1992; Denham et Bultemeier, 1993), et faire prendre conscience que "toute sorte d’émotion, y compris la rage renferme un savoir, une perspicacité, que certains appellent la connaissance intuitive" (p.352). Par l'entremise de la colère, les femmes peuvent apprendre à identifier certains problèmes (Lerner, 1990), mobiliser leur énergie afin de répondre à une menace ressentie (Person, 1993). Elles peuvent également découvrir des moyens qui leur permettent de changer, de se développer et se protéger (Estés, 1992, Thomas, 1993c). Dans cette optique, la colère dirigée vers la société considérée dans son ensemble ou vers une injustice individuelle devient alors une source de pouvoir (Bishop, 1994).

Thomas (1993c) fait remarquer qu’il existe certaines situations où l’expression de la colère constitue un bienfait pour la santé. Il a été constaté que chez les femmes atteintes d’un cancer, l’espérance de vie est plus grande si ces dernières expriment leur colère. Au cours d’entrevues effectuées auprès de femmes, Valentis et Devane (1994), ont vu se manifester des comportements de rage comme moyen de survie, et aussi comme une technique cruciale qui permette aux femmes de se regrouper et de recréer des liens avec leur propre personne. Comme le signalent Saylor et Denham (1993), "tout aussi désagréable que la colère puisse paraître à beaucoup d'entre nous, on la préfère encore à l'anxiété puisque le coupable est toujours l'autre" (p.98).