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La colère et les autres émotions chez les femmes: Analyse de la littérature

Mythes à propos de la colère des femmes

Dans une étude publiée par Sandra P. Thomas en 1993, plusieurs mythes sur la colère des femmes sont exposés. Cette étude attire l'attention sur le fait que les chercheurs ont négligé la colère des femmes, et qu’ils sont ainsi responsables du manque de preuves empiriques pour réfuter "les mythes, la croyance populaire et la désinformation" (p.4) qui continuent de dominer.

Selon Thomas, de tous les mythes et les théories non mises à l'épreuve, celle qui est la plus commune est que les femmes éprouvent de la difficulté à reconnaître et à exprimer leur colère. Cette conclusion revêt une importance significative chez Tavris (1982) qui d'ailleurs la réfute. Tavris postule que même si les femmes ressentent la colère d'une manière différente des hommes, "aucun des deux sexes n'a l'avantage d'être plus capable "d'identifier" la colère lorsqu'ils la ressentent ou de la libérer lorsqu'elle a été ressentie" (p.185). Chaque fois que les femmes éprouvent réellement de la difficulté à reconnaître et à exprimer leur colère, l'explication donnée correspond à une différence de statut et de pouvoir plutôt qu'à une différence de sexe (Tavris, 1982; Crawford, Kippax, Onyx, Gault, et Benton, 1992). Une étude dont le sujet était le sexe et l'identité du rôle du sexe en relation avec l'expression de la colère avance l'idée que le sexe n'est un facteur ni dans l'expression de la colère ni dans la tendance à réprimer sa colère (Kopper et Epperson, 1991). Une récente analyse des perspectives théoriques concernant l'expérience de la colère chez la femme et chez l'homme a conclu que la colère en tant que fonction de sexe n'a pas été testée convenablement; il n'est pas clair comment les hommes et les femmes diffèrent, si tant est qu'il y ait une différence dans leurs sensations et dans leurs expressions de la colère (Sharkin, 1993).

Le refoulement de la colère chez la femme est expliqué de diverses façons dans la littérature. Une des plus élémentaires explications suggère que derrière l'expression de la colère il y a la crainte de possibles représailles (Lerner, 1985; Jack, 1991; Crawford et al., 1992; Campbell, 1993), il y a la crainte de se voir privée du soutien apporté par la socialisation des femmes (Bernardez-Bonesatti, 1978) ou la crainte de voir s'éloigner l'amour et les relations proches que les femmes recherchent (Bernardez-Bonesatti, 1978; Lerner, 1985; Jack, 1991; Wilt, 1993). Selon Lerner (1985), les femmes craignent leur propre colère parce qu’en laissant apparaître que quelque chose ne va pas bien, cela sous-entend la nécessité d’un changement. Jack (1991) fait remarquer que ce besoin d'agir constitue une menace à l'ordre établi dans la vie des femmes, et par conséquent, les femmes le craignent. On empêche également aux femmes d'exprimer leur colère à cause de leur obligation de se comporter en "bonne petite femme" (Jack, 1991), et en "femme respectable" (Lerner, 1985) plutôt que d'être vue comme peu féminine ou la "garce" (Tavris, 1982; Lerner, 1985).

Bernardez-Bonesatti (1978) prétend que notre société autorise les femmes à exprimer leur colère s'il s'agit de défendre des personnes plus vulnérables qu'elles mêmes, mais que la société les freinent dans leur expression de la colère si les femmes veulent le faire pour elles-mêmes. Cette réprimande est née de la notion puérile de mère omnipotente, une croyance maintenue à la fois par les hommes et par les femmes dans leurs âges adultes, sous-entendant que le pouvoir libéré des femmes est considéré dévastateur (p.215).

À cause d’obligations culturelles ou de facteurs environnementaux ressentis, la colère est souvent associée de façon inexacte à l'égoïsme (Jack, 1991), au sentiment de blessure (Tavris, 1982; Valentis et Devane, 1993), à la tristesse, et à l'inquiétude (Tavris, 1982), ou est transformée en des tentatives pharisaïques pour obtenir le contrôle (Kraus, 1991) ou encore, en d'autres formes socialement acceptables "telles que les maux de tête, l'insomnie, les ulcères d'estomac, le mal de dos, et l'obésité; des maux qui sont souvent traités bien qu'ils soient dépourvus de conditions préexistantes" (Munhall, 1993, p.487-488). Munhall attire l'attention sur les sérieuses répercussions de la transformation de la colère en des formes socialement acceptables. Si la condition acceptable est traitée alors que la colère sous-tendante demeure sans solution, la condition acceptable réapparaît inévitablement.

Greenspan (1993) constate le sexisme inhérent dans la catégorisation des diagnostics largement utilisée pour les patientes qui souffrent de troubles psychiatriques. Par exemple, l'une des plus "dégradantes catégories qui existe dans tout le lexique psychiatrique" (p. XXIX) correspond au trouble de la personnalité limite, qui était alors caractérisé par des manifestations très fortes et très fréquentes de la colère dans l'édition courante du «Diagnostic and Statistical Manual-III-R». Greenspan suggère que les femmes en colère sont des proies faciles pour ce diagnostic.

Thomas (1993c) identifie d'autres mythes selon lesquels les femmes ont recours aux formes passives-agressives de l'expression de la colère, par exemple quand elles ont des airs de mécontentement, se lamentent, manipulent, médisent ou font du commérage, et que la conséquence finale du rejet de la colère ou de son refoulement est la dépression. Cette dernière supposition est clairement mentionnée dans la majorité de la littérature, et est exposée en détail dans les paragraphes suivants. Il existe une croyance connexe à cette dernière supposition suivant laquelle la colère déchargée est nécessairement curative. Ce mythe sans cesse réfuté dans la littérature (Tavris, 1982; Lerner, 1985; Lerner, dans Kirmer, 1990; Thomas, 1990; Thomas, 1991) sera également exposé en détail ci-dessous.

White et Kowalski (1994) suggèrent que la croyance omniprésente selon laquelle les femmes ne sont pas aussi agressives que les hommes est un autre mythe qui doit être déconstruit. Selon elles, l'agression chez les femmes a été ignorée parce qu’on lui a donné une définition étroite, la définissant uniquement en termes d'agression physique. La conséquence que la majorité de l'agression des femmes soit "passée inaperçue et de cette façon soit restée sans appellation...l'agression physique de la femme semble plus inattendue, finit par être classée comme irrationnelle et se voit privée de légitimité" (p.488). White et Kowalski citent quatre grandes analyses de la littérature qui avancent l'argument suivant : "la conclusion que les hommes soient toujours plus agressifs que les femmes ne peut pas être prouvée" (p.489). Deux récents livres (Bjorkqvist et Niemela, 1992, critiqué par Richardson, 1994; Haug, Benton, Brain, Oliver et Moss, 1992, critiqué par Pellis, 1994) cités par White et Kowalski, aboutissent à la même opinion, même si l'analyse de Haug et al., effectuée par Pellis, suggère que même si "le livre réussit à nous libérer de l'influence persistante de tout stéréotype à l'égard des sexes...certains chapitres ont vraiment du mal à cacher leurs rhétoriques politiques, exposent simplement de nouveaux stéréotypes non examinés qui n'ont que très peu d'utilité à l'analyse scientifique, qu'il s'agisse de l'agression ou des différences de sexe" (p.469). L'analyse de Richardson se présente de la même façon dans la mesure où il soutient que: "admettre que les femmes soient capables d'agression n'implique pas nécessairement qu'elles soient aussi agressives que les hommes... En effet, il existe d'importantes preuves scientifiques, très cohérentes, présentes à la fois dans ce livre et dans d'autres documents, qui suggèrent qu'il y a certaines véritables différences entre l'agression de l'homme et celle de la femme en ce qui concerne les aspects suivants de l'agression : son caractère direct, sa fréquence, et sa nocivité" (p.400). Même si White et Kowalski convergent dans leurs analyses féministes, ils proposent qu’en entretenant le mythe de la non-agressivité chez la femme, "le pouvoir de l'homme est conservé" (p. 493) en rendant la femme faible, sans défenses, et à la recherche de la protection de l'homme. "En déconstruisant le mythe de la non-agressivité chez la femme, le piège du dualisme du sexe (homme/femme; puissance/faiblesse; coupable/victime) est reconnu, et de cette façon les avantages que le mythe donne aux hommes s'en trouve diminué" (p.504). Lorsque White et Kowalski déclarent que les données disponibles ne répondent pas clairement à la question de savoir lequel des sexes est le plus agressif, elles attirent ainsi l'attention sur l'agression des femmes considérée en tant que telle (voir aussi Bjorkqvist et Niemela, critiqué par Richardson), en prêtant une attention particulière aux circonstances culturelles, sociales et psychologiques qui entourent l'agression (p.504).

On discute dans la littérature de la supposition courante et grandissante selon laquelle les effets du syndrome prémenstruel expliquent les excès de colère chez la femme. Dans une analyse de la littérature, Harry et Balcer (1987) remarquent le manque de connaissances scientifiques quant à toute association faite entre les phases du cycle menstruel et le crime. Ils soutiennent qu'il n'y a aucune preuve de lien entre les variations des hormones reproductives et le comportement criminel. Ils recommandent que les preuves concernant la menstruation et le crime ne soient pas admises dans les procès criminels. Dans une optique similaire, Campbell (1993) suggère qu'il est prématuré de supposer qu'il existe quelque lien que ce soit, et il mentionne dans sa recherche des problèmes méthodologiques et des preuves indirectes. Il est noté par ailleurs que dans la mesure où les chercheurs incluent deux semaines sur quatre dans la période de vulnérabilité, et cela sans aucune raison évidente, "ce n'est alors pas surprenant que 46 pour cent de femmes reconnues coupables de crimes finissent par commettre ces crimes pendant une période de temps qui s'étale sur la moitié de leur cycle" (Dalton, cité dans Campbell, p.157). Même si les études prennent un caractère de plus en plus systématique, l'hypothèse d'une relation demeure très discutée car d'après certains théoriciens, il existe un sous-groupe de femmes sensibles aux variations hormonales et elles deviennent ainsi sujettes à une anxiété et à une hostilité plus grandes pendant la phase prémenstruelle (Fishbein, 1992).