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La colère et les autres émotions chez les femmes: Analyse de la littérature

Émotions connexes

1. L’estime de soi et la colère
2. Le stress et la colère
3. La colère et la santé
4. La dépression et la colère
5. La colère et le comportement à tendances autodestructrices

Les théoriciens et les cliniciens ne distinguent pas toujours clairement la colère de l'hostilité et de l'agression, et ils utilisent parfois les termes de façon interchangeable. En constatant cette confusion qui domine dans une grande partie de la littérature, Thomas (1993c) rappelle qu'il reste important d'établir de telles distinctions. Thomas définit la colère comme "un sentiment fort de détresse ou de désagrément en réponse à une provocation particulière d'une sorte ou d'une autre". Elle la définit comme distincte de l'hostilité, ce qui implique "une attitude mentale antagoniste plus pénétrante et persistante". Person (1993) est du même avis lorsqu’elle évoque le comportement hostile en termes soit de colère non exprimée dans le passé, soit de colère qui a été exprimée, mais qui n'a pas procuré le changement désiré. Elle fait une distinction entre l'agression et la colère quand elle définit l'agression comme "quelque comportement que se soit dirigé envers une autre personne (ou envers la propriété d’une autre personne) avec l’intention de faire du mal, même si l’agresseur n’a pas atteint son but" (White et Kowalski, 1994, p.487). Thomas (1993c) soutient que les théoriciens se trompent quand ils situent la colère et l’agression dans un même continuum, et sous-entendent que si la colère demeure non maîtrisée, elle s’intensifiera jusqu'à ce que la personne commette des actes agressifs. Cette dernière supposition ignore le fait que "le comportement agressif peut exister en l’absence de la colère et vice versa" (p.13; Lewis, 1993; Person, 1993). La définition que présente Campbell (1993) reconnaît le continuum rejeté par Thomas. Campbell réussit à établir une chronologie de l’agression chez la femme qui commence avec une colère contenue et contrôlée, qui se transforme peu à peu en une frustration croissante si la provocation continue et qui est déchaînée sous forme d’agression lorsque la frustration devient intolérable. Se positionnant ainsi, Campbell considère que l’agression des femmes provient de "leur impuissance à maîtriser la force perturbatrice et effrayante de leur propre colère" (p.1). Thomas, qui a mené ses études en même temps que les travaux de Campbell, déclare que les résultats des recherches ne fournissent aucune preuve appuyant cette notion.

En essayant d'établir un rapport entre l'expérience de la honte et de la culpabilité à l’expérience de la colère et de l’agression avouée, Tangney, Wagner, Fletcher et Gramzow (1992) rendent compte de deux études qui portaient sur des étudiants universitaires en premier cycle et constatent que les psychologues n’ont pas toujours réussi à distinguer ces deux puissantes émotions. Alors que ces deux émotions impliquent un affect négatif, le centre d'intérêt de l’affect diffère. La culpabilité apparaît quand la personne agit ou néglige d'agir. Ainsi, le comportement personnel est en quelque sorte évalué de façon extérieure, en dehors du moi. La honte est beaucoup plus dévastatrice, et l'objet visé est le moi considéré dans son ensemble. "La «chose méchante» est vécue comme l’image du «moi méchant»" (p.670), et cela conduit à un sentiment diminué de sa propre valeur, à l’impression de se sentir petit et impuissant. Au cours d’une étude de la littérature traitant de ce sujet, Tangney et al. soutiennent qu’il existe un entendement logique suivant lequel la culpabilité mène à l’empathie, et motive les individus à se confesser, à s’excuser, à faire amende honorable, ou à réparer leur tort, alors que la honte suscite le désir de se cacher, de se faire très petit, ou de disparaître. Tangney et al. suggèrent qu’un premier sentiment de honte nourrit une colère ultérieure, une rage qui revêt un aspect humiliant, pour tenter de se soulager temporairement de cette expérience affaiblissante de la honte. Dans la mesure où la honte implique habituellement un être qui désapprouve, qu’il soit réel ou imaginaire (p.673), cette rage est alors facilement dirigée envers les autres. Cette étude n'énonce pas en détail le sexe des personnes interrogées, et par conséquent l'étude ne fait aucune comparaison entre les hommes et les femmes.

On cite dans la littérature à caractère médical une corrélation importante entre les adultes ayant ressentis la honte au cours de leur enfance, et le mépris et la colère envers les qualités des autres pour lesquelles ces adultes éprouvent en eux-mêmes une honte (Middleton-Moz, 1990). Cette étude révèle le changement de la honte en rage mentionnée ci-dessus, et confirmé par Nathanson (1992) pour qui "le stimulus le plus important de la colère est l’humiliation" (p. 105).

Valentis et Devane (1994) ont quant à eux analysé les origines de la rage chez la femme sans marquer une claire distinction entre cette émotion et la colère. La cause première de la rage chez la femme est identifiée comme "une angoisse transformée en une honte" (p.17). Elles la décrivent comme un instinct fondamental au même niveau que la peur, l’agression et le désir sexuel. Elles ajoutent que la rage "est profondément installée dans les gènes humains" (p.19), et qu’elle remonte à la surface pour défendre le moi contre une menace ressentie ou réelle, et donc la rage peut être vécue comme l’expérience d’une menace terrifiante d’anéantissement. Les femmes vivent la rage en la ressentant à travers tout leur esprit et leur corps. La rage refoule ainsi toutes les autres émotions, et peut déclencher des souvenirs appartenant à l’inconscient, des souvenirs clés d’humiliation.

Au cours de deux expériences, Parrot et Smith (1993) ont étudié de façon empirique les différences entre l’envie et la jalousie. Ils soutiennent que ces deux émotions ont été confondues dans la littérature récente malgré le fait que les théoriciens les aient considérées distinctement pendant longtemps. L’envie implique traditionnellement que l'on se sent inférieur par rapport aux autres; elle se réalise lorsque l’autre détient ce que l’on ne possède pas soi-même. L’envie est associée à des sentiments d’infériorité, de convoitise, de ressentiment et de mauvaise volonté, parfois accompagnés de culpabilité. La jalousie, quant à elle, se produit nécessairement au sein de relations impliquant trois personnes. Dans ce contexte, intervient la peur de perdre au profit d’un rival (une rivale) une relation à laquelle la personne attache une grande importance. Les émotions associées sont la peur d’une perte, l’anxiété, la méfiance, et la colère envers la trahison.

 

1. L’estime de soi et la colère

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L’estime de soi et la colère sont inextricablement liées à travers l’ensemble des écrits traitant de ce sujet. Selon un théoricien, "nos émotions, pour parler franchement, ne sont rien d’autre que nos efforts à réaliser et à défendre l’estime de soi" (Solomon, cité dans Saylor et Denham, 1993, p.98). Saylor et Denham observent au cours de leur analyse de la littérature que pour la majorité des théoriciens, les personnes ayant une pauvre estime d’eux-mêmes ont tendance à se mettre en colère plus facilement que les personnes présentant une forte estime de soi. L’explication de cette proposition apparaît dans deux différentes approches. Selon Thomas (1991), lorsque l’estime de soi est faible, les femmes peuvent donner aux événements une interprétation induisant à la colère. Saylor et Denham, de leur coté, se reportent à une étude menée par C.A. Hockett en 1989 selon laquelle "il faut voir la colère comme la cause d’une faible estime de soi, et non voir cette dernière comme une prédisposition à la colère" (p.99). Saylor et Denham ajoutent par ailleurs qu’il existe un facteur qui vient compliquer l'évaluation du lien qui existe entre la colère et l’estime de soi chez la femme. Ce point de vue est partagé par Bernardez-Bonesatti (1978). Il a été inculqué à beaucoup de femmes que la colère est une émotion inacceptable, que son expression par conséquent conduit à un sentiment affaibli de l’estime de soi. La possibilité de l’apparition d’un cercle vicieux est évidente puisqu'une faible estime de soi prédispose les femmes à se mettre en colère, et cette colère conduit à son tour à une faible estime de soi.

Ce cycle devient manifeste dans le cadre d’un débat sur l’estime de soi et la colère considérés dans le contexte du développement social des femmes. En examinant les différences relatives du pouvoir social entre les hommes et les femmes, Crawford et al. (1992) avancent l’idée que les hommes expriment la colère à partir d’une position de pouvoir qu’ils tentent de conserver, et dirigent leur colère vers des personnes inférieures et finissent par obtenir des pouvoirs au cours de ce procédé. La colère des femmes, résulte cependant d’un sentiment de privation de pouvoirs, et "se charge alors d’une nature incontrôlable, passionnée et stérile" (p.183). Il est alors bien possible que la colère des femmes ainsi exprimée provoque des réactions de colère chez ceux qui occupent une place avantageuse devant le pouvoir pour lequel ils sentent une menace. Dans la même optique que cette étude, Belenky, Clinchy, Goldberger et Tarule (1986) ont analysé comment "les grands génies et intellectuels de notre époque ont négligé et dénigré" (avant-propos) les potentialités du savoir des femmes. Ces quatre auteures ont abordé la question de la privation de pouvoirs des femmes et comment elles l’ont vécu, comment cette privation a abouti à des extrêmes d’"abnégation de soi et de dépendance sur des autorités extérieures quant aux instructions" (p.24). Chez les personnes dépourvues de pouvoir et "évaluées selon une norme instituant que la femme devrait être vue mais non entendue" (p.45), et qui nourrissent la crainte de conséquentes sanctions sociales si elles osent exprimer leur colère, il est alors fort probable que l’expression de la colère conduise au même cycle discuté précédemment.

Le débat au sujet des orientations ventilationnistes exposé ci-dessus, est également présent dans la littérature traitant de la colère et de l’estime de soi. L’approche selon laquelle la décharge de la colère permet d’avoir une meilleure estime de soi (Hockett, 1989, cité dans Saylor et Denham) est systématiquement remise en question (Tavris, 1982; Lerner, 1985; Saylor et Denham, 1993). Lors d’entretiens avec Kirmer (1990), Lerner soutient que les thérapeutes "accordent trop d’importance à l’expression des sentiments en tant que tel, comme si le fait de ressentir l'émotion constituait un traitement curatif" (p.12). Lerner avait déjà souligné que la décharge de la colère prise à part, ne résout pas les problèmes sous-jacents mais conduit en réalité à une estime de soi plus basse. Les études menées par Brown (cité dans Tavris, 1989) et Saylor et Denham (1993) apportent des preuves soutenant la thèse de Lerner. Lerner (1985) préconise que pour développer un plus fort sentiment de soi, il est essentiel que les femmes traduisent leur colère en des déclarations directes et non réprobatrices qui établissent nettement les limites.

Saylor et Denham (1993) confirment par leur analyse que le fait de discuter de la colère de façon non réprobatrice mène à une plus grande estime de soi. Elles ajoutent en outre qu’il existe un lien entre une plus grande estime de soi et une tendance amoindrie à se mettre en colère, à nourrir une colère provocatrice d’événements, et d'une façon plus significative, à transformer la colère en des symptômes physiques. Saylor et Denham énoncent également une autre relation très intéressante selon laquelle une faible estime de soi, la décharge de la colère et son refoulement sont toutes trois liées, quoique la relation dominante reste celle de la décharge. Ces recherches ont abouti à des conclusions similaires que ce soit avec un échantillon de sujets de groupes psychiatriques, de groupes médicaux ou non-médicaux.

 

2. Le stress et la colère

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Thomas et Donnellan (1993) ont effectué une des premières études dont l’objet consistait à évaluer les relations entre des niveaux élevés du stress de la vie moderne et la colère croissante chez la femme. Alors que les études précédentes soutiennent l’existence de cette relation, il est à remarquer qu’en réalité, ces recherches portaient principalement sur des groupes d’étudiants ou d’hommes, et que par conséquent les conclusions ne s'appliquent pas nécessairement aux femmes. Aucune étude antérieure n’a abordé de façon approfondie la question des rapports entre les modes particuliers de l’expression de la colère et le stress. Thomas et Donnellan confirment dans leur recherche qu’un stress plus élevé s’associe à des niveaux supérieurs de colère. Il est par la suite plus probable que l’expression de cette colère se manifeste sous forme de symptômes physiques, ou qu'elle soit déchargée sous forme de reproches, plutôt que d'être refoulée ou qu'on en discute de façon constructive.

Cette étude énonce qu’il existe certaines associations, certes d’une importance moindre, entre le soutien communautaire et l’expérience de la colère. Certains indices laissent penser que la colère s’intensifie avec "le sentiment de ne pas se sentir aimé, un entourage plus restreint, des relations interpersonnelles de plus courtes durées, et des rencontres moins fréquentes avec son entourage" (p.121). Les femmes d’âge mûr avaient plus tendance à refouler leur colère, alors que les femmes plus jeunes semblaient être plus prédisposées à décharger leur colère ouvertement. Les femmes les plus occupées, celles qui doivent assumer la triple responsabilité d’épouse, de mère et de travailleuse, se présentent comme les moins sujettes à la colère. Parmi les plus coléreuses, se trouvent en premier lieu les célibataires endurcies et ensuite les femmes au foyer. Les travailleuses sans enfants et les femmes divorcées travailleuses avec enfants manifestent la même tendance à se mettre en colère. Ces travaux ont été effectués à l’aide de données transversales dans le cadre d’un plan d’introspection non-experimental. Grâce à cela, les résultats étaient cohérents. Il n’en reste pas moins que les auteures de la recherche étaient peu disposées à conclure que le stress provoque la colère ou qu’une plus grande colère augmente le niveau de stress.

Cette étude tend surtout à souligner l’importante nécessité d’une analyse plus poussée du stress indirect identifié par les femmes. En effet, lorsqu'on demandait aux femmes de nommer leur principale source de stress, elles répondaient très souvent en évoquant le stress d’autres personnes appartenant à leur entourage social; "les femmes ont porté le fardeau des autres comme si c’était le leur" (p.128). Il a été recommandé aux intervenants médicaux d’utiliser la reconstruction cognitive pour aider les femmes à considérer les agents stressants comme "des défis qu’elles se devaient d’affronter et surmonter" (p.128).

Une étude américaine a examiné l’agression des femmes au foyer (alors vue distinctement de la colère) et ses rapports avec le stress familial qui inclut la planification financière, la responsabilité principale pour le soin des enfants et l’isolation sociale de la famille nucléaire. Cette recherche a montré que l’agression de femmes reste faible tant que de très hauts niveaux de stress ne sont pas atteints. (Straus, cité dans Campbell, 1993). Le rôle du foyer dans la diminution de la maîtrise de soi habituelle est vu comme un autre facteur qui contribue à l’agression des femmes (Campbell, 1993). Pour les femmes qui travaillent à l’extérieur de la maison, qui vivent le stress habituel du travail aggravé par des commentaires condescendants et le harcèlement sexuel, et qui craignent un éventuel congédiement, il s’avère pratiquement impossible d'exprimer ouvertement leur frustration. Dans les endroits publics, elles sont conditionnées par les attentes de la société à s’efforcer au fond d’elles-mêmes de maîtriser leur colère. Leur frustration se réalise enfin au foyer, là où elles trouvent un environnement où existent moins d’interdits (Campbell, 1993). Dans les prochains paragraphes est discuté le niveau exacerbé du stress vécu chez les femmes battues, et chez les femmes qui vivent dans un foyer où elles ne trouvent aucun soutien.

Lerner (1985) analyse les modes prévisibles de la maîtrise de la colère quand l’anxiété et le stress se trouvent à des niveaux élevés. Il est possible que la colère se transforme en larmes, en sentiment de blessure, qu’elle mène la personne à douter d’elle-même, à se soumettre docilement, ou encore que la colère se transforme en reproches qui n’aboutissent à aucun résultat. Les femmes peuvent se distancer, abandonner leurs responsabilités ou se surcharger de travail. Crawford et al. (1992) abordent explicitement la question de la colère lorsqu’elle s’accompagne de pleurs, et avancent qu’elle constitue ainsi une caractéristique typique de "l’impuissance et de la privation de pouvoirs" (p.174) ressenties quand une femme subit une injustice. Les larmes accompagnent la colère au cours de situations où survient une différence de pouvoirs entre une femme et l’objet de sa colère, quand "l’action nous est refusée [parce que] nous nous trouvons en face de sources de frustration trop puissantes" (p.174). Alors que les larmes ont été longtemps considérées à contresens comme un signe de tristesse, elles sont en fait "un signal de vertu de la colère [de la femme] en même temps que l'intensité de la blessure" (p.176). Quand Crawford et al. suggèrent que la colère est l’expression de la frustration et de la privation de pouvoirs chez les femmes, elles soutiennent "[qu’une] personne en position de pouvoir n’éprouve pas le besoin de se mettre en colère" (p.182), et que la colère chez les femmes sera considérablement amoindrie si elle était légitimement admise et reconnue.

 

3. La colère et la santé

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Bien que les études actuelles démontrent clairement que la colère augmente avec le stress, de plus amples recherches sur la question de l'effet de la colère sur la santé des femmes sont nécessaires (Thomas et Atakan, 1993). Les femmes ont été ignorées dans plusieurs des recherches (Modrcin-McCarthy, et Tollett, 1993) où il était question de la relation entre un affect négatif et le développement de maladies diverses (Bleiker, van der Ploeg, Mook, et Kleijn, 1993). Il suffit de prendre l’exemple des recherches sur les maladies cardio-vasculaires qui se sont principalement intéressées aux hommes et ce de façon approfondie, alors qu’elles ont pratiquement négligé les femmes (Emerson et Harrison, 1990; «Information Morning, 1995). D’autres recherches ont récemment démontré que ces types de maladies n’étaient pas particulières aux hommes (Baker, Dearborn, Hastings et Hamberger, 1984; «Information Morning» Radio SRC, Halifax, 26 janvier 1995). Les femmes qui ne reconnaissent pas la colère, ou sujettes à des niveaux élevés de colère, en plus des maladies cardio-vasculaires, souffrent fréquemment de maux de tête (Epstein et Kaplan, 1983; Munhall, 1992), de maux de ventre (Epstein et Kaplan, 1983), d’asthme, d’arthrite (Friedman Booth-Kewley, cité dans Modrcin-McCarthy et Tollett, 1993), d’hypertension (Modrcin-McCarthy et Tollett, 1993), d’insomnie, d’ulcères, de maux de dos et d’obésité (Munhall, 1992). Les taux de cancers du sein se révèlent plus élevés à la fois chez les femmes ayant exprimé ouvertement leur colère une ou deux fois au cours de leur vie, et chez les femmes manifestant de fréquents accès de colère, alors que les taux sont inférieurs chez les femmes qui expriment leur colère de façon moins extrême (Greer et Morris, cité dans Thomas, 1993a). Ces dernières remarques exposent donc comment la colère est transformée en "une pathologie socialement acceptable" (Munhall, 1992, p.488), qui est traitée alors que la colère demeure quant à elle sans reconnaissance.

En plus de la dénégation ou du refoulement de la colère, son expression ouverte est associée à des symptômes psychosomatiques. Dans des comportements tels que l’obscénité, l’impolitesse, ou la condescendance, combinés à une hostilité croissante, l’expression inopportune de la colère est reconnue en tant que facteur de risque pour des maladies coronariennes (Musante, MacDougall, Dembroski, et Costa, cité dans Modrcin-McCarthy et Tollett, 1993).

Des études au sujet de la colère et les habitudes de santé des femmes abordent la question des relations exactes qui existent entre la colère et la santé (Johnson-Saylor, cité dans Modrcin-McCarthy et Tollett, 1993; Modrcin-McCarthy et Tollett, 1993). Ces deux études ont montré un rapport entre les mauvaises habitudes de santé et l’expression de la colère. Johnson-Saylor a trouvé que plus l'hostilité était grande moins les habitudes de santé étaient saines. Modrcin-McCarthy et Tollett ont découvert que les femmes qui répriment la colère, ou qui l’expriment de façon somatique sous forme de douleurs corporelles, observent également des mauvaises habitudes de santé (p.166). Les auteures mentionnent une étude menée par Pope, Wiebe et Smith en 1992 selon laquelle "les personnes hostiles dirigent leur hostilité aussi bien vers elles-mêmes que vers les autres, et de ce fait entretiennent un très mauvais contrôle de leur propre santé" (p.166). Par ailleurs, Modrcin-McCarthy et Tollett postulent que les personnes sont persuadées qu’elles sont très peu capables d’influer sur leur santé et ou sur leur expression de la colère. Ces personnes sont effectivement, comme l’indique le titre de l’article de Modrcin-McCarthy et Tollett, en mauvaise santé, en pauvre forme physique, et trop coléreux pour se soucier de leur état. Pour améliorer la santé chez les femmes, la meilleure recommandation consiste à encourager l’expression de la colère à travers des groupes de discussion, en plus des exercices physiques (Modrcin-McCarthy et Tollett, 1993).

Une autre étude relativement intéressante a également traité de la colère et des problèmes de santé chez les femmes (Siblerud, Motl et Kienholz, 1994). D’après cette étude, la présence de mercure dans les amalgames d’argent a des effets sur les neurotransmetteurs du cerveau, et peut probablement constituer un facteur étiologique pour des niveaux élevés de colère, de dépression et d’anxiété. Les femmes ayant un amalgame dentaire ont sensiblement plus de vapeur de mercure dans la cavité buccale que celles sans amalgame

dentaire et ont montré des niveaux plus élevés dans leur tendance à exprimer la colère sans avoir été provoquée, et expriment leur colère plus fréquemment.

 

4. La dépression et la colère

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Une grande partie de la littérature sur le sujet (Tavris, 1982; Tavris, 1989; Thomas, 1991; Droppleman et Wilt, 1993) remet complètement en question la traditionnelle croyance dont l’origine remonte à Freud (Droppleman et Wilt, 1993), selon laquelle la dépression correspond à de la colère repliée sur soi-même. La supposition conséquente suivant laquelle la libération de la colère procure une amélioration de la santé est de la même façon contestée (Tavris, 1982; Lerner, 1985; Gershon, Cromer et Klerman, cité dans Thomas, 1990; Lerner, dans Kirmer, 1990; Thomas et Atakan, 1990; Thomas, 1990; Thomas, 1991; Nathanson, 1992; Moreno, Fuhriman, et Selby, 1993). Il existe cependant d’autres faits démontrant que les femmes qui expriment la colère de manière peu convenable, augmentent leur risque de faire une dépression (Thomas et Atakan, 1990), ou finissent par aggraver leur état de dépression (Tavris, 1989; Droppleman et Wilt, 1993). Selon une étude effectuée par Moreno et al. (1993), dans laquelle participaient des hommes et des femmes, "la colère peut dissimuler une dépression sous-jacente" (p.521). Moreno et al. rappellent que l’hostilité chez les personnes dépressives peut être un signe avant-coureur d’état suicidaire, et conseillent fortement aux cliniciens de porter une extrême attention à la colère et à l’hostilité au moment d’évaluer les risques suicidaires des clients.

Alors que Greenspan (1993) épouse d’une part la croyance classique d’après laquelle la dépression correspond à de la colère repliée en soi-même, et ajoute que "les spécialistes traditionnels de la dépression chronique admettent effectivement que la colère déplacée...et dirigée vers le moi...constitue la principale dynamique" (p.190), elle déclare d’autre part qu’un tel déplacement est "un aspect inévitable de l’identité de la femme dans la société patriarcale" (p.190). La tendance croissante de la dépression chez la femme (Notman, 1989; Bleiker et al., 1993; Campbell, 1993) est vue en partie comme une conséquence du développement de la femme qui "prône la passivité" et qui ouvre "relativement peu de voies vers...une maîtrise active" (Notman, 1989, p.230) de l’agression.

En étudiant le sujet d'une perspective développementale, Jack (1991) écrit que "les psychologues à l’écoute des femmes et se basant soit sur la perspective développementale, soit sur une orientation médicale, soit d’un point de vue psychanalytique, s’accordent tous à dire que l’orientation des femmes vers les relations est la composante centrale de l’identité de la femme et de son activité émotionnelle" (p.3). Jack avance l’argument que si un tel rapprochement [ Voir aussi Belenky et al. (1986) et Gilligan (1982) pour des études sur les femmes du point de vue de leur développement.] constitue une priorité chez les femmes, alors "il est facile de comprendre pourquoi une personne ferait n’importe quoi, allant même jusqu’à modifier le moi, pour créer et conserver des liens intimes" (p.11). C’est Harriet Goldor Lerner dans son article de 1987 intitulé «Female depression: Self-sacrifice and self-betrayal in relationships», qui offre le meilleur exposé du lien entre la modification du moi et l’expression de la colère dans un contexte relationnel. Elle écrit dans cet article : "Les sentiments de dépression, d’une faible estime de soi, de la trahison de soi, et même de la haine de soi sont inévitables lorsque les femmes se battent mais continuent de se soumettre à des circonstances injustes, quand elles se plaignent mais entretiennent des relations qui trahissent leurs propres croyances, leurs valeurs, et leurs buts personnels, ou quand elles se retrouvent dans le rôle du stéréotype populaire de la garce, de celle qui harcèle de critiques, de la femme amère ou destructrice" (cité dans Jack, 1991, p.230).

Certaines indications laissent penser que l’aptitude à aborder la colère sur une base rationnelle permet de diminuer la probabilité de la dépression (Droppleman et Wilt, 1993), mais cette corrélation semblait tellement minime dans l’étude en question que les auteures ont hésité à conclure sur une relation causale. Une autre recherche menée en 1989 par Riley, Triber et Woods, montre que les femmes souffrant de névrose traumatique d'effroi, et les femmes dépressives, sont moins disposées à aborder leur colère que les femmes n’ayant eu aucune expérience similaire au trauma (cité dans Droppleman et Wilt, 1993). Droppleman et Wilt confirment dans leur étude que "plus les femmes sont déprimées, plus elles courent le risque de manifester des symptômes physiques si elles se mettent en colère" (p.221). Elles ajoutent également que le fait de revenir sans cesse sur des pensées coléreuses a pour effet d’intensifier la dépression, cette dernière proposition rejoint la conclusion évoquée précédemment. Même si le lien entre la colère et la dépression chez les femmes est "souvent abordé très superficiellement, et traité de façon inadéquate" (p.232), elles concluent leur analyse sur une remarque positive en déclarant que les femmes peuvent se servir de leurs expériences afin de surmonter les obstacles qui les empêchent de fonctionner et aller encore plus loin dans leur développement.

 

5. La colère et le comportement à tendances autodestructrices

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La colère intervient dans les divers types de comportement à tendances destructrices chez les femmes. L’impuissance que ressentent les femmes trouve expression dans l’automutilation (Bass et Davis, 1988; Courtois, 1988; Favazza et Conterio, 1989; Herman, 1992; Greenspan, 1993), dans les habitudes alimentaires suscitant des problèmes de santé (Woodman, 1980; Pendleton, Moll, Tisdale, et Marler, 1990; Smith, Hillard, Walsh, Kubacki, et Morgan, 1991; Arnow, Kenardy, et Agras, 1992; Russell et Shirk, 1993), dans l’usage excessif d’alcool et de drogues (Gustafson, 1991; Potter-Efron et Potter-Efron, 1991; Grover et Thomas, 1993; Seabrook, 1993), et aussi à travers des tendances suicidaires (Grumet, 1988; Grossman, 1992; Greenspan, 1993).

a. L’automutilation

L’automutilation, souvent considérée à tort comme un geste suicidaire (Herman, 1992), constitue une réponse précise à l’anxiété et procure un soulagement éphémère à une douleur émotive (Favazza et Conterio, 1989). L’automutilation et les mauvais traitements infligés aux enfants possèdent un certain lien (Courtois, 1988; Favazza et Conterio, 1989; Herman, 1992); l’automutilation est associée à "une rage impuissante" (Courtois, 1988, p.303) qui est dirigée plus vers le moi que vers l’agresseur. Pour certaines personnes, elle devient "un moyen d’anesthésier la partie de leur corps qui subit les mauvais traitements. Ces personnes détournent alors leur propre attention en faisant appel à une autre sorte de douleur" (Courtois, 1988 p.303). Pour d’autres, l’automutilation devient une intériorisation de l’hostilité venant de l’agresseur, alors que la réchappée continue de se faire mal (Bass et Davis, 1988). Une troisième motivation de l’automutilation consiste à chercher un sentiment d’apaisement dans l’espoir de diminuer la tension qui entoure les souvenirs des mauvais traitements (Courtois, 1988; Favazza et Conterio, 1989; Herman, 1992). Dans sa recherche, Herman présente des récits rapportés par des réchappées où elles déclarent qu’elles se font mal pour se donner une preuve de leur existence, et soutient que l’automutilation est une forme d’autoprotection, et non comme une tentative suicidaire, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

D’après les recherches de Favazza et Conterio (1989), un grand nombre de femmes manifestant un comportement d’automutilation présentent également des "troubles alimentaires" (p.283) et sont alcooliques. Favazza et Conterio précisent d’autre part qu’aucune sorte de thérapie n’a donné de résultats satisfaisants lorsqu’il s’agissait d’aider les sujets de leur étude.

b. Le comportement alimentaire

Au cours d’une analyse de la littérature, Russell et Shirk (1993) ont remarqué que parmi les nombreuses études consacrées au lien entre la suralimentation et les émotions, très peu d’entre elles avaient en fait examiné la colère d’une manière précise ou abordé le problème chez les femmes en particulier (p.177). À la suite d’une grande étude portant sur 535 sujets, Russell et Shirk ont découvert que l’alimentation constituait une réponse à presque toutes les émotions, et que "l’injustice, le ressentiment, la discrimination et l’ostracisme" (p.181) apparaissaient comme les facteurs les plus communs responsables du déclenchement de la consommation de nourriture. Un grand nombre de femmes participant à l’étude ont reconnu que l’alimentation s’associait d’après elles à la "drogue par excellence" (p.184). Cette recherche conclut que la colère, considérée en tant que facteur intervenant dans l’obésité des femmes, justifie la nécessité d’entreprendre de plus amples études et permettre ainsi la mise au point d’un traitement adéquat.

Même si la présente analyse de la littérature n’a trouvé aucune autre étude qui aborde de manière précise la relation entre la colère des femmes et le comportement alimentaire, il faut souligner que la colère se trouve mentionnée parmi d’autres facteurs intervenant dans l'alimentation et le refus de s'alimenter. Arnow et al. (1992) ont en effet mené une étude sur 20 femmes ayant des épisodes d’alimentation excessive, et ont ainsi mis en évidence la manifestation d’émotions négatives survenant avant et après un épisode d’alimentation excessive. Tout soulagement offert par ce comportement se révèle extrêmement éphémère quel que soit le sentiment causatif, que ce soit la colère, l’anxiété ou la tristesse. Woodman (1980) a de sa part effectué une étude sur les types de comportements alimentaires et les traits de la personnalité en prenant vingt femmes obèses pour sujets. Elle a ainsi observé que pour chacune de ces femmes, la colère refoulée s’accompagnait de consommation de nourriture. En adoptant l’approche de Jung, elle avance le concept selon lequel, l’obésité et l’anorexie mentale traduisent "la perte progressive du féminin dans notre culture" (p.23) qui a amené la femme à rejeter son propre corps. Les femmes obèses examinées n’ont exprimé que rarement l’émotion de la rage. Chacune d’elles a déclaré se sentir "enfermée dans une cage" (p.34), poussée par "des instincts compulsifs sur le point d’éclater au grand jour" (p.32). Après avoir été considérée comme un paria dès son plus jeune âge, la femme obèse nourrit en même temps la crainte d’être rejetée et "une colère ainsi qu'un désir de pouvoir compensateurs" (p.32).

Ellyn Kaschak (1992) positionne le débat qu’elle soulève au sujet des types de comportements alimentaires chez les femmes dans le cadre de sa propre analyse, portant sur la place des femmes au sein d’une société dirigée par les hommes. Elle considère que les "soi-disant troubles alimentaires - l’anorexie, la boulimie, et la boulimie-anorexie...sont le point extrême du développement normal du féminin" (p.190). Brown et Jasper (1993) ont confirmé ce point de vue, tout comme Tavris, il y a une dizaine d’années (1982) lorsqu’elle a écrit : "la majorité des personnes sous régime alimentaire devraient non pas se mettre en colère contre leurs parents, mais plutôt contre la société, alors responsable que leur corps soit devenu leur ennemi" (p.101). Lors d’un débat sur la théorie que le conflit du rôle sexuel contribue à un grand nombre de troubles alimentaires chez les femmes contemporaines, Pendleton et al. (1990) ont avancé que la polémique suivante : "à quel point une femme devrait être agressive et indépendante ou le contraire, passive et dépendante" (p.816) ne concerne pas uniquement les femmes boulimiques, mais toutes celles souffrant de diverses troubles et à la recherche d’un traitement psychiatrique. Cette dernière étude n’a pas réussi à décrire précisément les facteurs induisant au développement de la boulimie considérée bien distinctement des autres formes de cas psychiatriques.

Il est mentionné dans la littérature en question que la suralimentation est un moyen socialement acceptable pour calmer la colère (Matsakis, cité dans Russell et Shirk, 1992), acceptation qui vient s’ajouter à l’entendement général selon lequel la suralimentation est vue par les femmes comme un outil de contrôle et un moyen de reprendre le pouvoir (Woodman, 1980; Bass et Davis, 1988; Root, Fallon et Friedrich, cité dans Smith et al., 1991). Valentis et Devane (1994) suggèrent que l’alimentation et le refus de l’alimentation constituent chez l’adolescent une façon d’exprimer sa rage face à la négligence des parents. "Manger, c’est la seule chose que Maman ne peut pas l’obliger à faire" (p.82). D’après l’approche psychanalytique, l’action de se purger chez les personnes boulimiques s’inscrit comme un acte d’autopunition (Schwarz, cité dans Smith et al., 1991). Smith et al. mentionnent une étude effectuée en 1983 par Mintz qui suggère que "le vomissement est considéré depuis longtemps comme une expression symbolique de la rage" (p.285). Dans leur étude, Smith et al. ont comparé les personnes qui se purgent à celles qui ne le font pas. Bien que les différences exposées ne soient pas importantes, ils concluent que les personnes qui se purgent courent relativement plus de risques à être dépressives, à se mettre en colère ou à être égocentriques, et à ces risques vient s’ajouter une plus forte possibilité de comportement autodestructeur. Valentis et Devane (1994) ont évoqué la composante "physiologique et tranquillisante" présente dans l’acte de se purger, et avancent que "se purger revient à se protéger contre le moi et contre sa propre rage" (p.84). Les auteures citent l’exposé de la thérapeute Pam Killen selon laquelle, lorsque les endorphines sont libérées au moment du vomissement, cela a pour effet "d'apaiser la rage et sert d'agent palliatif aux sentiments meurtriers" (p.84).

La relation qui existe entre la suralimentation et une agression physique ou sexuelle antécédente est exposée dans la littérature traitant du sujet. Russell et Shirk (1993), se réfèrent à deux études (Root, 1989; Tice, 1991) qui suggèrent la validité de cette corrélation. Selon l’étude de Root, entre 30% et 75% des femmes qui ont échoué dans leur traitement pour la suralimentation et l’usage excessif de drogues et d’alcool, déclarent avoir été déjà agressées, alors que selon Tice, ce même chiffre correspond à 50%. Chez les sujets de Root,

la colère exprimée, parmi d’autres émotions, était présentée comme un problème. Les difficultés qui restaient à résoudre au niveau du traitement concernaient l’apparition de sentiments jusque là dissimulés par le comportement de dépendance. Tice a évoqué la présence de colère intense et d’une faible estime de soi chez les femmes obèses et boulimiques examinées. Elle a également remarqué que les femmes dirigeaient leur colère vers elles-mêmes, vers leur agresseur, et elles la projetaient également sur d’autres hommes. Pour les femmes, l’alimentation est un moyen de refuser les mauvais traitements ou le refoulement des sentiments, y compris la colère. Certaines femmes comptent sur leur poids pour se protéger contre d’éventuelles avances sexuelles. Des documents médicaux apportent la confirmation du lien entre l’agression physique et sexuelle et la surconsommation de la nourriture (Bass et Davis, 1988; Courtois, 1988; Luepnitz, 1988; Herman, 1992; McGillicuddy et Maze, 1993).

c. Consommation excessive d’alcool et de drogues

Les deux dernières décennies ont été marquées par une intensification des recherches dans le domaine de la consommation excessive d’alcool et de drogues chez les femmes. Avant cela, les recherches concernaient principalement les hommes, et soit que ces recherches ignoraient les femmes en tant que sujets d’étude, soit qu’elles les voyaient comme des anomalies quand les résultats se révélaient contradictoires à ceux obtenus chez les hommes (Seabrook, 1993). Très peu d’attention a été consacrée aux recherches sur la colère des femmes et la consommation excessive d’alcool et de drogues.

Seabrook établit dans sa recherche qu’elle juge préliminaire étant donné la rareté des études dans ce domaine, que "les femmes qui consomment de l’alcool expriment leur colère de la même manière que la population générale des femmes" (p.207). Bien que cette étude n’apporte aucune indication quant à la corrélation entre la consommation excessive d’alcool et une plus forte tendance à la colère chez les femmes, il semble certain d’après cette étude qu’un sous-groupe ayant peu de succès à maîtriser leur colère, est peut-être exposé à un risque plus élevé dans le futur de consommation excessive d’alcool. Les alcooliques à risque élevé montrent d’après les résultats de cette recherche une propension supérieure à se mettre en colère, à manifester plus fréquemment des symptômes de colère à travers leur corps, comme des maux de tête, des tremblements, et montrent également une tendance à persister dans leur pensées coléreuses. Ces femmes se montrent d’autre part moins disposées à accepter de discuter de leurs sentiments de colère de façon utile et bénéfique à la santé. L'étude a démontré que les alcooliques à risque élevé ont un moins grand soutien social. Cette dernière constatation contredit les résultats obtenus par Grover et Thomas (1993), d’après lesquels il n’existe aucune différence importante entre le soutien social disponible aux femmes qui consomment de l'alcool ou des drogues de façon excessive et à celles qui ne le font pas.

Les femmes qui manifestent des symptômes de colère (par exemple : un mal de tête qui se déclenche lorsque la personne est en colère) ont révélé avoir une plus forte consommation d’alcool (Grover et Thomas, 1993), et ont l'habitude d'utiliser des médicaments prescrits (Seabrook, 1993). Ces résultats suggèrent la possibilité de certains problèmes inquiétants, à voir l'usage palliatif de médicaments qui masque une détresse sous-jacente, le risque de dose excessive et des interactions de médicaments. Le refoulement de la colère à l’aide de substances chimiques est non seulement considéré socialement acceptable, mais aussi assez courant au sein de notre société. Dans l’étude de Seabrook, aucune relation entre le stress et la consommation d’alcool n’a été établie. Il en est de même pour le lien entre la dépression et l’alcoolisme. Un autre lien, cependant, a été mis en évidence en ce qui concerne l’usage du tabac et la consommation d’alcool, ainsi qu’une certaine tendance chez les consommateurs d’alcool à utiliser également des médicaments en vente libre. Lors d’une étude dont le sujet consistait à examiner sous forme d’expérience l’agression chez les femmes, il a été constaté que la consommation modérée d’alcool n’augmente pas l’agression à condition qu’une autre réponse se présentant comme une alternative soit disponible. (Gustafson, 1991).