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Programmes pour les délinquantes

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La colère et les autres émotions chez les femmes: Analyse de la littérature

Modalités et programmes de traitement

1. L'approche cognitive-behavioriste
2. Psychothérapie se basant sur la théorie développementale axée sur le soi
3. Sommaire des lignes directrices de traitements

L’un des signes caractéristiques d'une personne en bonne santé est sa capacité à tolérer l’hostilité occasionnelle (Malmquist, cité dans Meyer, 1988). Les interventions dont le but était d’aider les personnes à reconnaître et à maîtriser leur colère, "ont accusé en fait un retard considérable" (Deffenbacher et Stark, 1992, p.158) sur les traitements relatifs aux problèmes émotionnels tels que la dépression et l’anxiété. Cette constatation, que confirment par ailleurs Lopez et Thurman (1986), correspond à la réalité malgré le fait que le débat sur la colère soit un thème très présent dans les livres traitant de psychologie ou d'auto-aprentissage psychologique destinés au public général. Cette réalité existe également en dépit de "l’importante place qu’occupe la colère dans le fonctionnement des individus, que se soit sur le plan psychologique, social, pédagogique, professionnel ou physique" (Deffenbacher et Stark, 1992, p.158). Ces constatations reflètent la rareté des recherches dans ce domaine.

En 1975, a eu lieu la première étude sur la diminution de la colère sous contrôle des variables expérimentales (Novaco, cité dans Deffenbacher et Stark, 1992). Cette étude a évalué un programme d'inoculation contre le stress qui faisait appel à la relaxation et aux approches cognitives. Par la suite, Novaco, l’auteur de cette étude, souligne dans sa critique de la littérature effectuée en 1985, "l’absence pratiquement complète d’évaluations empiriques au sujet des interventions contre la colère avant qu’apparaissent les thérapies behavioristes et cognitives-behavioristes" (Novaco, cité dans Thomas, 1990, p.208). Ensuite, il recommande "qu’il faudrait se montrer prudent avec les traitements existants, jusqu’à ce que soient effectuées de plus amples études sous contrôle des variables expérimentales" (Novaco, cité dans Thomas, 1990, p.212).

Comme il est remarqué dans le paragraphe précédent, l’opinion largement répandue selon laquelle le traitement de la colère a pour objectif d’aider les personnes à reconnaître et à décharger leurs sentiments d’hostilité, se trouve sérieusement remise en question. À cela il faut ajouter le fait que pour les cliniciens (Meyer, 1988), c’est cette même acceptation qui est responsable du grand nombre de traitements inefficaces de la colère. De son côté, Greenspan (1993) considère que l’expression de la colère prise isolément ne suffit pas à susciter chez les personnes certaines habilités, et ajoute ensuite que l’expression de la colère est "tout au mieux une demi-vérité et une dangereuse falsification" (p.315). Gaylin (cité dans Wilt, 1993) quant à lui s’adresse aux thérapeutes et leur recommande de prêter plus d’attention à l’interdépendance des émotions dont la complexité se trouve fréquemment sous-estimée. Chez Wilt, il est mentionné le cas où une personne ressent en même temps de la rage et de l’amour envers un enfant lorsque celui-ci (celle-ci) se met dans des situations dangereuses. Le traitement de la colère comprend "l’identification des réactions à la colère, quelles soient adaptatives, mésadaptées ou défensives du moi, ainsi que la mise en application de traitements conçus expressément pour des problèmes précis" (Wilt, 1993, p.234). Il existe certains cas où les femmes peuvent avoir besoin d’une première intervention grâce à laquelle elles pourraient aborder la question du refoulement de la colère, et utiliser ensuite des techniques de relaxation qui leur permettraient d'employer la verbalisation comme moyen efficace de s'exprimer.

Une analyse de la littérature et une enquête menée auprès des thérapeutes de ce domaine ont évoqué l'existence de quelques programmes pour le traitement de la colère et le traitement d’autres émotions connexes chez les femmes. Dans plusieurs de ces programmes, soit la colère est indiquée en tant que composante minime et généralement brève par rapport à l’ensemble du programme (par exemple Carlson, n.d.; Saxe 1993), soit elle est considérée comme faisant partie d’une thérapie de groupe suivie Campbell, 1989). Cependant, il n'est fait nulle part référence à des programmes de traitement conçus expressément pour la colère, et cela confirme une fois de plus la rareté des études effectuées jusqu’à présent. Jusqu'à 1986, aucune étude publiée ne mentionne l'existence de programmes de maîtrise de la colère chez les femmes délinquantes (Wilfley, Rodon, et Anderson, 1986). Les prochains paragraphes présentent un résumé des programmes et modalités de traitement relevés au cours de cette analyse de la littérature.

 

1. L'approche cognitive-behavioriste

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Les recherches effectuées précédemment par Novaco ont donné lieu par la suite à toute une série d’études qui se sont intéressées aux traitements contre la colère basés sur des méthodes de relaxation et des approches cognitives (Moon et Eisler, 1983; Hazaleus et Deffenbacher, 1986; Lopez et Thurman, 1986; Deffenbacher, Story, Stark, Hogg, et Brandon, 1987; Deffenbacher, Story, Brandon, Hogg, et Hazaleus, 1988; Deffenbacher et Stark, 1992). Chacune de ces études, à l’exception de celle de Moon et Eisler, a porté sur des échantillons composés à la fois d’étudiants et d’étudiantes universitaires. Moon et Eisler ont quant à eux fait uniquement intervenir des sujets hommes. À côté de cet ensemble d’investigations, Perry (1991) rend compte des résultats très satisfaisants d’un traitement dans lequel une femme internée après avoir été accusée d’incendie criminel, a suivi trente-neuf semaines d'un programme individualisé sur le contrôle de la colère, et a participé durant la même période à un programme de formation en groupe d’une durée de douze semaines portant sur la maîtrise de la colère.

Bien que les expérimentations n’aient pas porté sur des échantillons cliniques, les études ont bien démontré l’efficacité des méthodes de relaxation et des approches cognitives pour la diminution de la colère. La recherche de Novaco en 1975 consistait à comparer un traitement combinant à la fois la relaxation et l’approche cognitive (méthode de l’inoculation contre le stress) avec un autre traitement dans lequel il s'agissait soit de méthode employant la relaxation, soit de l’approche cognitive. Cette étude a conclu que le premier traitement (combinaison relaxation-approche cognitive) était préférable à condition d’être suivi d’une approche cognitive. Les effets de la relaxation se sont révélés restreints en raison d’une pauvre conception de l’intervention (Hazaleus et Deffenbacher, 1986). Dans leur étude Hazaleus et Deffenbacher (1986) ont déterminé que l’intervention cognitive et la méthode de relaxation sont toutes les deux efficaces, et ce à un même niveau. Deux autres recherches (Deffenbacher et al., 1988; Deffenbacher et Stark, 1992) ont montré en revanche qu’il n’y avait aucune différence d’efficacité entre l’approche cognitive et le traitement combinant la relaxation et le traitement cognitif. L'intervention cognitive-relaxation et l'apprentissage de compétences psychosociales ont été comparés dans une étude de 1987 par Deffenbacher et al. Ils en conclurent alors que même si les deux types d’interventions réussissent très bien à diminuer la colère, les sujets ayant reçu le traitement relaxation-cognitif réagissent mieux à leur traitement que les sujets ayant suivi l’apprentissage de compétences psychosociales. De leur part, Moon et Eisler (1983) ont comparé la formation sur l’inoculation contre le stress avec l’apprentissage de compétences psychosociales et de méthodes de résolution de problèmes. D’après leur conclusion, chacun de ces traitements "a donné des résultats considérables en réussissant à diminuer les composantes cognitives de la colère" (p.503), même si les effets se sont manifestés de différentes façons. Les sujets ayant suivi le traitement cognitif, ont réussi à diminuer leurs pensées provocatrices de colère sans pour autant arriver à augmenter leur niveau d’affirmation de soi. Les sujets ayant suivi un traitement visant la résolution de problèmes, ont par contre réussi à ces deux niveaux, et déclarent qu’ils se sentaient plus en mesure de réduire leurs pensées coléreuses et de s'affirmer. Ces dernières personnes, ainsi que les sujets ayant suivi un apprentissage de compétences psychosociales "ont manifesté malgré la présence de stimuli incitant à la colère, une amélioration de leur capacité de s'affirmer dans un contexte social" (p.505). Un exposé sommaire de toutes ces méthodes de traitements pourrait s’avérer être profitable.

Apprentissage de compétences psychosociales :

Au cours d’une interaction collective d’une durée de huit séances, on présentait au groupe une description et un modèle des compétences psychosociales et les sujets, regroupées en dyades, devaient les mettre en pratique au moyen de jeux de rôles (Deffenbacher et al., 1987). Les sujets recevaient également des tâches à réaliser entre chaque séance. Les thèmes principaux de ces séances comprenaient : la communication et les capacités d’attention, la rétroaction constructive et la rétroaction négative, savoir réfléchir à des options dans des situations difficiles, l’affirmation de soi en apprenant comment ne pas hésiter à formuler des demandes raisonnables et à refuser celles qui ne le sont pas.

Apprentissage de méthodes de résolution de problèmes :

Les participants de cette étude (Moon et Eisler, 1983) devaient en premier lieu définir un problème qui suscite la colère, proposer ensuite plusieurs possibilités de solutions, et en dernier lieu ils devaient mettre en application et évaluer la solution qui leur semblait le mieux réunir toutes les chances de réussite. Cette tâche était précédée d’une discussion initiale sur la colère. Au cours de cette discussion, il était rappelé que la colère fait naturellement partie de la vie, qu’il faut reconnaître la possibilité d’un affrontement efficace, la nécessité de résister à l’envie d’agir impulsivement ou s'empêcher d’agir sous la provocation de la colère, d'apprendre à délimiter et énoncer les problèmes qui engendrent la colère.

Habiletés d'affrontement faisant appel au traitement cognitif-relaxation :

Cette méthode implique une formation dans les domaines de la relaxation progressive et des habiletés d'affrontement par la relaxation, en voici quelques exemples : (a) une profonde expiration au signal de la relaxation (après 3 à 5 inspirations, relaxation), (b) la relaxation sans tension (se détendre en se concentrant sur la tension et puis relâcher la tension des muscles sans exercices de relâchement de tension), (c) la relaxation maîtrisée à partir d'un signal (se détendre en répétant lentement le mot "relâchez-vous"), (d) des images de relaxation (visualiser soi-même en situation détendue ) (Deffenbacher et Stark, 1992, p.160). Dans les habiletés de restructuration cognitive enseignées, faisaient partie l’identification et la modification d'un monologue exigeant et surgénéralisé. La mise en application des habiletés implique "(a) se préparer à un événement suscitant la colère, (b) confronter une situation de colère modérée, (c) confronter un événement qui suscite la colère restée non résolue, ou pendant lequel la personne a limité l’expression de sa colère, (d) confronter un niveau élevé de colère, (e) confronter les pires difficultés qu'un individu puisse rencontrer face à la colère" (p.160).

Habiletés d'affrontement par la relaxation :

Ce traitement est analogue au traitement cognitif-relaxation, à la seule différence qu’il s’agit ici de donner plus d’importance aux habiletés de relaxation.

 

2. Psychothérapie se basant sur la théorie développementale axée sur le soi

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Cette approche de traitement, élaborée par Wilt en 1993, reconnaît que "les facteurs physiologiques du développement ainsi que les influences du milieu" (p.236) interviennent tous deux dans le développement humain, en sachant que les bases de la croissance sont alors établies dès le début du développement de l’enfance. Avec l'aide du thérapeute, la cliente est encouragée à examiner et modifier les blocages qui entravent le développement complet de son potentiel, et elle doit arriver à "construire des structures émotionnelles plus saines, ainsi que des schèmes cognitifs" (p.236). Avant d’aborder de front la colère ou la rage, les individus sont guidés vers la recherche d’une plus grande force et vers une meilleure compréhension de leur processus de développement, ainsi qu’une meilleure compréhension des mécanismes de défense manifestés pour combattre l’anxiété, celle qui s’associe peu à peu à la colère.

Le problème central identifié correspond à l’importance fondamentale que les femmes accordent aux rapports humains. Ces relations se trouvent compliquées en raison de l’incitation culturelle qui pousse les femmes à tenir des rôles de gardienne, et qui les récompense parce qu’elles prennent soin des autres bien avant de penser à elles-mêmes. S’attaquer à ce précepte culturel par lequel naissent les effets négatifs de la communication directe de la colère chez la femme, apparaît ainsi d’une importance capitale.

Les techniques exposées dans les prochains paragraphes, n'interviennent qu'après avoir établi des rapports thérapeutiques. Il est par ailleurs essentiel de réussir avant toute chose à maîtriser la crise initiale qui est la cause de la présence de la cliente dans le programme. Deux traitements sont également présentés sous forme d’aperçu : un traitement destiné aux femmes sujettes à la colère, et un autre programme destiné à celles qui intériorisent la colère. Dans les lignes directrices de ces traitements, sont considérés les éléments suivants : l’utilisation d’instruments cognitifs tels que des génogrammes ayant lieu avant la stimulation de la mémoire pour faciliter l’identification des schèmes problématiques au sein de la famille immédiate; l’analyse sociale qui positionne la femme à l’intérieur de son milieu et qui aborde la question des contraintes sociales et culturelles l'ayant affecté. Passé l’étape où le rapport entre la thérapeute et la cliente est établi, les problèmes de la colère et de la rage relatifs à la famille d'origine peuvent alors être examinés. Il est en outre souligné que dans les situations sous-jacentes de la "colère profonde" (p.245), les véritables problèmes dus à une perte et à une blessure s’associent souvent à un fort sentiment de tristesse causé par un manque d’attention et de soins dont la personne avait besoin. Les techniques d’action calmante sont utilisées pour diminuer certaines des réactions physiologiques dues à la colère comme la diminution de "la tension artérielle, l’activité cérébrale, et la contraction musculaire" (p.246). Pour finir, il faut mentionner les techniques d’affirmation de soi conseillées dont l'objectif est d’enseigner des réactions d’adaptation à la colère.

 

3. Sommaire des lignes directrices de traitements

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Approches de traitement dans la maîtrise thérapeutique de la colère chez les femmes (concernent les deux groupes de femmes, voir plus bas) :

1. Développer un sentiment du moi, se démarquer des autres, renforcer les frontières du moi.

2. Faciliter une évaluation saine, utiliser un génogramme pour identifier les schèmes de la maîtrise de la colère et les difficultés dues à la séparation de la famille d'origine.

3. Mettre en application une analyse sociale.

4. Résoudre les problèmes de la colère et de la rage rencontrés au sein de la famille d'origine.

5. Dans la recherche de l’individualité, aider la cliente à traverser les situations de panique, d’anxiété et de tristesse, sans oublier de tenir compte du fait que la cliente peut souhaiter et à la fois craindre des rapports trop étroits avec la thérapeute.

6. Faciliter la colère lorsque la cliente évite la réaction à la colère. Enseigner des techniques d’action calmante lorsque la réaction est excessive.

7. Aider la cliente à se concentrer sur la colère pour mieux la clarifier, et prendre les mesures adéquates contre la menace ressentie.

8. Enseigner et renforcer des techniques efficaces pour faire face à la colère.

Les approches de traitement en groupe destinées aux femmes sujettes à la colère :

1. Aider la cliente à se concentrer sur, et éclaircir la véritable cause de sa colère, fréquemment la famille d'origine. Utiliser également des techniques d’action calmante.

2. Aider la cliente à transformer sa colère en quelque chose d’efficace pour qu'elle puisse développer un sens de contrôle.

3. Amener la cliente à utiliser l’intellect au lieu de l’émotion.

4. Diminuer la décharge de la colère en apprenant les techniques d’action calmante.

5. Aider la cliente à utiliser des réactions d'affirmation de soi au lieu de réactions agressives.

Groupe des femmes qui intériorisent la colère :

1. Aider la cliente à prendre beaucoup plus conscience de la colère et des autres sentiments.

2. Faciliter l’expérience et l’expression de la colère.

3. Aider la cliente à percevoir que sa colère est limitée, qu’elle ne doit pas nécessairement devenir une "garce".

4. Aider la cliente à mieux comprendre ses réactions de culpabilité par rapport à la colère et aux réactions inhibitrices des autres.

5. Aider la cliente à faire usage de ses propres habiletés maternelles, déjà très développées, pour s'aider elle-même (Wilt, 1993, p.241).

Certaines différences bien précises et d’importance considérable apparaissent entre ces deux programmes lorsqu’il s’agit de travailler avec l’un et l’autre de ces groupes de femmes, c'est à dire celles qui expriment facilement leur colère et celles qui ont de la difficulté à le faire. Quand les femmes intériorisent la colère, il est probable qu’il faille augmenter la durée du traitement en se rappelant les objectifs suivants : susciter et nourrir un sentiment positif du moi, s’assurer d’une analyse sociale plus approfondie et pouvoir ainsi déterminer les conditions sociales par lesquelles sont nées la peur de l’expression de l’émotion. La réalisation d’un fort sentiment de sécurité doit toujours précéder l’examen de la colère. Cette réalisation doit s’accompagner d’une restructuration cognitive qui facilitera le développement d’une perception saine de l’expression de l’émotion. Pour le groupe de femmes qui se montrent prédisposées à la colère, dès le commencement du traitement, une importance considérable doit être accordée au développement des efforts pour arriver à se concentrer sur et à éclaircir la cause de la colère du moment. Cette approche sera donc plus axée sur la composante cognitive, et consistera en l'àlaboration "d'un plan étape par étape" (p.251) afin d’arriver à une maîtrise efficace de la colère. Des techniques d’action calmante et des techniques de distraction peuvent s’avérer être profitables. La stimulation de la colère refoulée n’est possible que lorsque "la cliente commence à développer un solide sens de maîtrise, d'éclaircissement et de mise en place de frontières" (p.252).