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Programmes pour les délinquantes

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La colère et les autres émotions chez les femmes: Analyse de la littérature

Autres programmes

Même s'ils n’abordent pas exclusivement la colère, les programmes ou interventions de traitement qui suivent sont présentés en raison de la corrélation qui existe entre le niveau d'estime de soi et la colère, comme il a été noté plus haut, et parce qu'ils mettent l'accent sur le développement de relations posit- ives. Cela appelle obligatoirement une approche créative et non violente à la résolution des conflits.

1. Programmes en plein air

Trois programmes en plein air pour les femmes délinquantes sont exposés dans la littérature («Wilderness Experiences for Women Offenders Program», 1990; Jose-Kampfner, 1991; Stumbo et Little, 1991) en plus d'un quatrième programme thérapeutique en plein air pour les femmes (Crump, 1993, 1994).

Le programme en plein air pour femmes «Wilderness Experiences for Women Offenders Program», financé au commencement par le «Minnesota Department of Corrections», comprenait une excursion en région reculée de trois jours, et une de neuf jours, pour des groupes de huit à douze femmes reconnues coupables de crimes. L'excursion de trois jours, où les femmes étaient logées dans des chalets, comprenait une excursion pédestre en nature, l'apprentissage d'habiletés nécessaires pour le camping ou la construction des feux de camp, la préparation de nourriture et l'apprentissage de méthodes de faire des noeuds. Ces activités servaient à préparer les femmes pour l'excursion de neuf jours qui comprenait l'escalade d'un rocher et une expédition en canot. En plus d'apprendre comment se repérer en région reculée et comment utiliser les cartes et les boussoles, les participantes devaient tenir le rôle de chef de groupe, et prendre collectivement des décisions concernant les routes à prendre et les délais à respecter. Les chefs de l'expédition devaient encourager la maîtrise positive du stress. Tout au long de l'expédition les participantes ont eu l'occasion de :

• prendre conscience de leurs forces, de leurs faiblesses et de leurs habiletés, -considérées comme des éléments de base qui permettent l'apprentissage de nouvelles habiletés;

• apprendre à collaborer en participant à des situations où elles doivent s'entraider et avoir confiance aux autres;

• rechercher une plus grande estime de soi;

• augmenter leur aptitude à prendre des risques;

• développer une image positive de leur corps;

• prendre des décisions en tant qu'individu;

• intégrer leurs désirs et besoins à la prise de décisions en groupe;

• rehausser leur image positive des femmes par la présence de modèles positifs à imiter et d'expériences positives en groupe;

• être dans un environnement où l'on discute de façon positive du racisme, du sexisme et d'autres sujets interpersonnels difficiles; et

• apprendre de nouvelles habiletés de survie en plein air.

Bien que le programme n'ait pas été évalué par des sources reconnues, on reconnaît qu'il offre aux femmes incarcérées un moyen puissant pour maîtriser leur niveau de stress, augmenter leur estime de soi, et apprendre des habiletés qui leur permettent de travailler de façon coopérative avec les autres femmes (Mitten, 1995).

Jose-Kampfner (1991) et Stumbo et Little (1991) signalent que les programmes de visites destinés aux enfants ont connu du succès aux établissements «Huron Valley Correctional Facility» à Ypsilanti, au Michigan, et au «Dwight Correctional Centre» dans l'état d'Illinois. Le programme de visite «Children's Visitation Program (CVP)» a pris naissance au «Huron Valley Correctional Facility» en 1988 et a rendu service à plus de cent enfants et cinquante mères. Le programme permet une interaction entre les mères et leurs enfants plus naturelle que dans les salles de visiteurs des prisons et permet aux mères d'être seules avec leurs enfants, sans la présence d'autres adultes. Un psychologue clinicien est présent durant les visites pour offrir de la thérapie en famille, ainsi que des agents de sécurité sans uniforme. On permet aux enfants de courir librement et de jouer avec les autres enfants. Les visites durent environ trois heures et ont lieu dans les parloirs ordinaires, que l'on transforme temporairement en salles de jeux, ou à l'extérieur lorsque le temps le permet. On y organise des activités de groupe comme le chant ou les contes au début et à la fin de la visite. Les mères et les enfants sont libres de choisir leurs propres activités le reste du temps. Des bénévoles se chargent du transport pour les enfants qui demeurent loin de la prison. Cette interaction permet à la communauté de prendre conscience des problèmes particuliers que connaissent les femmes en prison. Le conseil d’administration du programme est composé de dix détenues élues par leurs paires. En plus de prendre les décisions concernant la décoration de la salle des visites et des sanctions à imposer aux femmes qui contreviennent aux règlements du programme, les membres du conseil apprennent d'autres habiletés, en particulier au niveau de l'organisation, la tenue des dossiers et la résolution des conflits.

Depuis son début, le programme "a servi non seulement à restaurer les liens entre les mères et les enfants, mais également à améliorer nettement la discipline à la prison" (Jose-Kampfner, 1991, p.132). Dans leurs réponses à un questionnaire, quatre-vingt-dix pour cent de mères ont affirmé qu'elles éviteraient de prendre part à toute activité qui pourrait compromettre les visites du samedi. Soixante-quinze pour cent ont affirmé qu'"effectivement, les visites les avaient empêché d’avoir un mauvais comportement" (p.132). Depuis le début du programme, et pendant les vingt-sept mois suivants, aucune marchandise de contrebande n’a été introduite dans la prison.

Pendant l’été 1988, le camp «Camp Celebration» (Stumbo et Little, 1991) a été installé au «Dwight Correctional Center». Ce programme bénéficiait d'un octroi du gouvernement fédéral d'une durée de trois ans. Le programme, prenant place sur les terrains de la prison, se déroule pendant treize semaines chaque été. Douze mères peuvent accueillir chaque fin de semaine leurs enfants pour une visite de quarante-huit heures, du vendredi en fin d'après-midi jusqu'au dimanche midi. Le programme se compose d'activités de camping habituelles comme les feux de camp, les sketchs et les chansons. Un résident de la communauté avoisinante fournit des animaux de la ferme, un poney, un agneau, et des chèvres pour le plaisir des enfants et ce sont les détenues qui s'en occupent. Semblable au programme de Huron Valley, les vérifications de sécurité se font de façon discrète et aucun problème de sécurité n'est survenu puisque aucune des femmes n'a voulu risquer de perdre le droit de participer au programme en désobéissant aux règlements. Le programme «Camp Celebration» est considéré "faire partie intégrante du programme global sur les méthodes d'élever les enfants" (p.144) puisque "peu de programmes peuvent offrir autant de bénéfices aux femmes pour si peu d'effort de la part du personnel de sécurité". On peut obtenir du Dwight Correctional Center un manuel de camping et un rapport sur les résultats du programme.

Le programme «Wilderness Challenge» (Crump, 1993, 1994) dont les débuts ont eu lieu en 1992 en Nouvelle-Écosse est un programme thérapeutique en plein air pour les femmes victimes de la violence. Le programme consiste en une fin de semaine intensive de trois jours d'expériences de groupe basées sur des exercices de communication en groupe et de recherche d’une plus grande confiance. Ces exercices comprennent le kayak en mer, le canot, et des courses d'obstacles. L'horaire des activités est établi de sorte que les participantes doivent faire appel à un niveau croissant de confiance et de contact physique. Après chaque activité, on étudie les réactions individuelles des participantes au stress et aux conflits. Le programme met l'accent sur le développement d'une atmosphère qui permet une plus grande confiance et du soutien parmi les membres du groupe. Les affrontements qui surviennent naturellement à cause des différents besoins des femmes sont traités dans un environnement qui encourage le respect mutuel. On encourage les femmes à dépasser les limites qu'elles s'imposent, afin d'apprendre de nouvelles choses et d'ailleurs, une importance particulière est accordée au fait de laisser les femmes choisir leur niveau de participation à chacune des activités. Pour assurer le succès des activités, les tâches individuelles et celles du groupe sont décomposées en de plus petites étapes pour les rendre plus faciles à réaliser. Les groupes sont composés d'au plus dix femmes et sont dirigés par des thérapeutes et du personnel de plein air compétents. Ils ont lieu pendant toute l'année dans diverses régions reculées de la Nouvelle-Écosse. Lors d'une évaluation du programme effectuée pendant la phase de démonstration (Mahon, 1994), il a été déterminé que "le programme constitue une approche de traitement d’appoint efficace pour les victimes de violence" (Mahon, 1994, p.1). Voici quelques commentaires des participantes figurant dans le rapport d'évaluation :

Il m'aurait été impossible de faire face à autant de défis si je ne m'étais pas sentie aussi en sécurité. J'ai vérifié beaucoup de choses avant de prendre des risques. Je crois que je suis une femme très intuitive lorsqu'il s'agit de ma propre sécurité. Je gardais constamment à l'esprit le réconfort qui régnait. Je réfléchissais longuement à chaque étape que je franchissais. J’examinais tous les choix qui m’étaient offerts, et je restais ouverte à de nouvelles options. Grâce à la réalisation de cet environnement, je me sentais physiquement en sécurité. Chaque fois que je me sentais en danger, je trouvais réconfort, et cela a nourri ma sécurité émotionnelle...le respect de ma peur.

(p.11)

J’ai appris à me faire confiance à nouveau. J’ai vu et apprécié les grandes qualités, les difficultés et la douleur chez chaque individu du groupe. Je ressens moins de crainte, je ne suis pas effrayée par les autres...J’ai commencé à me sentir moins isolée. (p.15)

Je sais maintenant qu’il existe des gens et des endroits dont je n’ai aucune raison d’avoir peur. J’ai assez confiance en moi-même pour savoir que j’ai la force d’affronter la vie quoi qu'il arrive désormais.(p.12)

Ce programme peut être adapté à divers groupes de populations, et il est mis à la disposition des organismes publics et privés chargés de fournir des traitements de ce type.

2. Méthode interactionnelle modifiée axée sur le thème

Trente femmes volontaires ont participé à l'expérimentation de cette méthode dont l’objet principal portait sur la colère des femmes (Gettle, 1985). L'objectif fixé était d'en évaluer les résultats pour ce qui a trait à la prise de conscience de la colère et de l’estime de soi. Ce programme comprend huit séances de groupe d’une durée de deux heures chacune ayant pour thème général la "Découverte et la compréhension de ma colère" (p.39-40). Les principes de base sur lesquels repose cette méthode sont formulés comme suit : "une attitude ouverte de l’individu vers les autres, une ouverture de la part des autres dans le partage mutuel de leurs sentiments, et l’expérience de...se rassembler et partager ses sentiments autour d’un thème" (p.41). Les résultats de cette approche n’ont révélé aucune amélioration importante quant à la prise de conscience de la colère ou de l’estime de soi même s'il est mentionné dans le journal des participants "qu’une modification a eu lieu en ce qui concerne la reconnaissance et l’expression de la colère" (p.70).

3. «The friendship group»

Dans cette méthode, il s'agit de faire intervenir "une association de mini-conférences, d’exercices, des tches à accomplir en dehors du programme, des devoirs et un suivi individuel dirigé par les chefs de groupe" (Lovell, 1991, p.9). Le contenu du manuel du programme «The Friendship Group» a fait l’objet de tests effectués au sein d'établissements tels que des centres de garderie thérapeutique et des centres de consultation parentale. Ce sont des organismes chargés de la protection de l'enfance qui ont proposé et identifié les sujets sachant que ces mêmes personnes éprouvaient de graves difficultés dans leurs rôles parentaux. Dans certains cas, les participantes avaient déjà perdu la garde des enfants. Les facteurs relatifs aux problèmes parentaux sont reconnus comme étant les suivants : les mauvais traitements subis à une époque antérieure, les membres de la famille d'origine responsables de mauvais traitements, et l’isolement social. En tenant compte de ces facteurs, le programme s’est principalement intéressé à "l’apprentissage d’aptitudes expérientielles" afin que puisse être abordé le problème de l’isolement et celui du soutien social, tout en encourageant les parents à développer l’aptitude d'être un ami sur lequel on peut compter. Les séances se sont concentrées sur les thèmes suivants : l'éclaircissement des valeurs, les situations d’instabilité et les frontières du moi, l’affirmation de soi, la capacité de faire face à des difficultés et aux critiques négatives, savoir comment refuser et faire des demandes. D’après les résultats des séances de suivi, les personnes ayant participé jusqu’à la fin au programme de six semaines, n’ont pas essayé d’utiliser les nouvelles habiletés qu'elles ont apprises pour s’engager dans de nouvelles relations amicales, mais ont eu plutôt tendance à "apprécier leurs relations amicales déjà existantes selon une optique différente" (p.5). Leurs rapports sociaux leur sont devenus bien plus enrichissants, et grâce à cela, les participants se sont rendus compte qu'ils pouvaient être moins dépendants de leur entourage familial et s’éloigner alors de tous les vieux problèmes qui y sont rattachés.

4. «Nobody There : Making Peace With Motherhood»

Au cours d'une analyse critique d'une étude de 1993 intitulée «Common Threads», la Société Elizabeth Fry d’Edmonton (1994) a établi qu'il existait un manque de connaissances et un service accusant de sérieuses lacunes lorsqu'il s'agit d'aider les femmes qui ont soit perdu la garde de leur enfant, soit l’ont volontairement refusé. Les chercheurs ont étudié la supposition soutenue préalablement selon laquelle les femmes perdent la garde de leurs enfants à la suite d’une arrestation. Ils soulignent que la garde est très souvent retirée bien avant tout acte enfreignant la loi. Au cours de cette étude, huit femmes ont participé à deux entrevues. Leurs récits ont été rassemblés et publiés afin que puissent être mieux comprises d'autres femmes qui se retrouvent dans des situations similaires afin de "permettre à la Société et aux autres organismes du même genre de répondre avec plus de sensibilité aux besoins éprouvés par les femmes qui font appel à leurs services" (p.1)

Les trois quarts des femmes interrogées ont évoqué l'expérience d'un traumatisme antérieur, notamment des violences sexuelles. En outre, un mauvais traitement physique et émotionnel, "la négligence des parents, le divorce, le départ définitif de l'un des parents et l’incarcération, la violence familiale, la prise en charge par les services sociaux, les changements répétés de foyer" (p.145) caractérisent tout autant les jeunes années de la vie de ces femmes. Leurs récits lourds de traumatismes continuels, révèlent tout un ensemble de problèmes communs chez les réchappées de traumatisme : incapacité à faire confiance, "une faible estime de soi, une grande anxiété, un manque d’empathie, des tendances suicidaires, un comportement agressif, la consommation excessive d’alcool, des problèmes d’adaptation scolaire et au sein de la société" (Galambos, cité dans Elizabeth Fry Society, 1994, p.145). En faisant référence à Terr (1991) lorsqu’elle écrit que la rage et la passivité excessive "remplacent peu à peu la capacité à faire confiance" (p.145), cette étude suggère que les femmes risquent également de perdre leur aptitude à croire qu’elles ont la possibilité de choisir et de contrôler leurs propres vies. Dans ce groupe d'étude, six femmes sur huit sont tombées enceintes jeunes (elles étaient alors âgées entre quatorze et dix-sept ans), en raison sans doute de leur état vulnérable sur le plan émotif à cet âge. Maintenant qu’elles ont des enfants, elles doivent faire face aux difficultés conséquentes, et revivent alors les difficultés qu'elles ont connues avec leurs propres mères. Comme dans l’étude Common Threads, les femmes de l’étude Elizabeth Fry ont dû d'abord "sombrer aux niveaux les plus bas" (p.180) avant d'arriver à s’engager dans des efforts qui leur permettraient de changer le sort de leur vie. Elles ont dû affronter un point décisif au moment de devoir "abandonner ou perdre la garde de leurs enfants ou perdre une relation à laquelle elles tenaient; devenir honteuses de leur problème de toxicomanie dont d'ailleurs elles ont également peur ou honteuses de leur incarcération; et commencer à craindre leur propre mort" (p.180).

Les recommandations présentées dans cette étude au sujet des actions à entreprendre sont trop nombreuses pour pouvoir toutes les citer dans la présente analyse. Ce qui en ressort de façon consistante se reflète dans la recommandation qu'il faut comprendre les effets d'un traumatisme survenu tôt dans leur vie sur la maternité, les relations intimes, et les problèmes personnels, et de mettre en place des services pouvant répondre à tous ces points. Les prochains paragraphes exposent certaines de ces recommandations :

• Organiser des programmes de cohabitation pour les femmes incarcérées ayant de jeunes enfants, et qui suivent un traitement contre la toxicomanie. Si les enfants sont trop âgés pour cohabiter, ou s'il s'avère impossible de transformer l’établissement pour les besoins du programme, élaborer un programme de visites régulières afin d’assurer que le contact mère-enfant a toujours lieu pendant la durée de la peine ou du traitement.

• Organiser et proposer des groupes de soutien aux femmes qui se trouvent en cours de procédures judiciaires pour la garde des enfants, sachant qu’elles en ont perdu la garde à la suite de leur incarcération, d’une hospitalisation, ou d’un traitement contre la toxicomanie. En plus du soutien émotionnel, ces groupes devraient faciliter l'accès aux informations écrites et verbales en ce qui concerne le système judiciaire, expliquer aux femmes comment utiliser les services d’un avocat ou de l’aide judiciaire et enfin, aider les femmes à faire valoir leurs droits.

• Offrir un soutien lorsque les mères décident d’abandonner la garde des enfants. Considérer cette décision en vous rappelant que la mère a trouvé la force de cette décision dans l’amour qu’elle porte aux enfants et dans son seul désir de penser à leurs meilleurs intérêts. Rappeler aux enfants tout l’amour que lui porte sa mère et s'assurer qu’il comprend bien comment sa mère a décidé de tout faire pour qu’il ait de meilleures chances dans sa vie. Afin d'aider les mères à s’adapter à la perte des enfants, leur apporter des nouvelles et des photos et, lorsqu’il est possible, les mettre en contact avec d’autres femmes qui ont réussi à surmonter la même épreuve.

• Vérifier que toutes les personnes qui travaillent avec les femmes ayant eu des problèmes avec la justice, possèdent de solides connaissances du système actuel de l’aide sociale à l’enfance. Les mères pourraient ainsi bénéficier d’aide et de soutien quand il s’agit d’affronter les problèmes liés à l’aide sociale.

• S'assurer que toutes les personnes qui travaillent avec les femmes ayant eu des problèmes avec la justice, comprennent et font preuve de sensibilité par rapport à l’énorme douleur et la profonde honte que les mères éprouvent après s’être décidées d’abandonner la garde de leurs enfants, ou bien après l’avoir perdue. Parce que ce sujet est encore considéré comme tabou dans notre société, les personnes qui travaillent avec les femmes n’ont abordé que rarement cette question. Cela devrait susciter d’avantage d’efforts de la part du personnel en encourageant et en soutenant les femmes lorsqu’elles évoquent leur expérience. En outre, ces personnes devraient communiquer avec d’autres femmes dans des situations similaires pour leur offrir un soutien, et si nécessaire, les conseiller si elles gardent en elles une douleur non dissipée. [ Société Elisabeth Fry, 1994, pp.178-179.]

La Société Elizabeth Fry offre ainsi une excellente étude qui contribue à mieux comprendre la corrélation qui existe entre l’expérience d’un traitement violent survenu en bas âge, et un traumatisme ultérieur. L’étude propose des recommandations exhaustives que soutient d’ailleurs fermement l’auteur.

5. «Home Improvement - Tools For Building Better Relationships»

Ce programme a pris naissance au Centre correctionnel pour femmes de Burnaby sur la base de huit sessions de groupe, puis augmentées ensuite à seize parce que plus de temps s’avérait nécessaire pour "élaborer les procédures et des rapports adéquats" (Katz et Hall, 1994) indispensables quand il s’agit d’aborder des problèmes aussi délicats que les traitements violents des adultes et dans les relations parents-enfants. Ce programme est plus efficace s'il est utilisé "en tant que tremplin entre les aptitudes cognitives et un programme d’éducation parentale" (Katz, p.6). Les séances ont principalement porté sur l'identification des traitements violents, du pouvoir et du contrôle, les habiletés de relaxation et de communication, la colère, les relations sexuelles saines, ainsi que les conséquences de traitements violents infligés aux enfants, ou d’en avoir été témoin. Les techniques employées sont entre autres les jeux de rôle, les vidéocassettes, la peinture avec les doigts, et la discussion de groupe. Une partie importante du programme aborde les problèmes liés à la colère. Dans un premier temps, les séances servent à explorer l’approche cognitive-behavioriste de la colère à partir de laquelle les femmes apprennent à diminuer leur colère en modifiant leurs pensées reliées à certaines provocations bien précises. Dans un deuxième temps, il s’agit d’examiner les énoncés concernant l’empathie et le respect, le comportement agressif par opposition à l'affirmation de soi, les disputes équitables et courtoises, la jalousie et la reconstruction de la confiance. Le programme se termine par une séance de suivi sous forme d’une entrevue où il est question dans un même temps de "reconnaître l’épanouissement personnel et d’identifier les sources d’inquiétude" (p.109).

Cette étude présente la qualité d’être approfondie, très actuelle, et très pertinente par rapport à chaque thème abordé. Il faut souligner cependant qu'il est possible que la section concernant le thème de la dispute équitable soit peu convenable dans le contexte d'une personne ayant vécu avec un partenaire dont le comportement était violent. Chacune des séances est véritablement détaillée, ce qui facilite énormément la progression de l’apprentissage.

Les auteures ont constaté des résultats considérables chez certaines de ces femmes malgré des problèmes observés au niveau du contrôle du groupe, ainsi qu’une absence de confiance (Katz et Hall, 1994, p.2). Cela s’explique par "de pauvres habiletés psychosociales chez les détenues, leur faible motivation à engager des changements, de faibles aptitudes cognitives, un épanouissement émotionnel insuffisant, ainsi que des attitudes conflictuelles / abrasives" (p.2). Ces femmes sont cependant parvenues à acquérir des connaissances, à engager des premiers changements, ainsi elles ont commencé à reconnaître et à percevoir différemment la présence d’un partenaire violent, ce qu’elles ne pouvaient faire dans le passé, à délimiter leur responsabilité parentale, à réfléchir à leur choix de vie, à contacter les services de soutien dès la fin de leur peine d’emprisonnement, à recréer de nouveaux liens avec les enfants adultes. Il est évident que la majorité de ces changements n’auraient pas eu lieu sans l’intervention d’un tel programme. Le rapport final de cette recherche énonce plusieurs recommandations, notamment celle d’organiser des séances quotidiennes étalées sur une semaine, ou de préférence sur deux semaines, ce qui faciliterait considérablement la recherche d’un degré suffisant de confiance.

6. «Program for Innovative Self-Management»

Bien que ce programme soit particulièrement destiné aux adolescents, les stratégies qui le composent peuvent être appliquées à une population d’adultes. La structure du Programme destiné à l’auto-contrôle créatif (PRISM, de l'anglais «Program for Innovative Self-Management») (Wexler, 1991) s’inspire des théories psychologiques centrées sur le moi. Selon ces théories, le rôle "d'une force motivationnelle fondamentale pour un grand nombre de comportements humains est de préserver un sentiment cohésif du moi" (p.6). En outre, toujours d’après ces concepts, la thérapie du comportement cognitif (mentionnée précédemment), ainsi que l’adaptation d’une hypnothérapie attachent beaucoup plus d’importance aux "manifestations naturelles des réactions propres au client, au lieu de préconiser une direction particulière". Ce programme qui repose sur la combinaison de séances de groupe et de séances individuelles auxquelles viennent s’associer d’autres techniques empruntées à la Gestalt-thérapie, et à celles du psychodrame, reconnaît que les schèmes de comportement d’auto-destruction "traduisent les tentatives d’un nouvel équilibre ou de protéger ce moi vulnérable" (texte sur la couverture du livre). C’est dans cette optique qu'apparaît la rage manifestée chez un enfant traumatisé. En effet, d'après Wexler :

"Lorsque les adolescents montrent un comportement extrêmement déchaîné, agressif, ou auto-destructeur, il ne s’agit pas tout simplement de délinquance ou de caprices. En réalité, c’est le moi dans un état fragmenté qui cherche désespérément à se rétablir." (p.24)

Le programme en milieu hospitalier se compose de seize séances étalées sur quatre semaines. Son objectif est de présenter quatre aptitudes principales de la réflexion d’auto-persuasion : l’affirmation de soi, la maîtrise du corps, la relaxation, et la représentation mentale de situations. En outre, cette approche fait intervenir toute une série de méthodes créatives. Ainsi, la "technique d'arrêt sur image" (p.68) permet à la cliente de "ralentir le temps" (p.69), et d’examiner toutes les options possibles avant d’agir de façon impulsive. Par l’intermédiaire d’une profonde relaxation faisant appel à un "état concentré de méditation" (p.74), la reviviscence d’une situation conflictuelle antérieure permet de ralentir le déroulement de l’action et de se rendre alors compte que "le comportement `hors contrôle` ne relève pas d’un simple automatisme" (p.74). Une fois que les différentes alternatives ont été explorées, il est rappelé aux clientes que "leur premier choix de comportement traduit en fait leur désir de prendre soin d’eux-mêmes en faisant tout leur possible à ce moment-là" (p.75-76). Il s’agit ensuite de choisir de nouvelles options et de s'efforcer de parvenir à des réalisations différentes qui donneront lieu à des conséquences plus positives. S’il s’avère que la durée du programme est insuffisante ou que la procédure effraie vraiment le client, il est possible d’obtenir des résultats semblables sans avoir recours à la représentation mentale de situations, mais plutôt en utilisant des techniques de jeux de rôle et d’analyse.

Cette approche a permis d’obtenir des résultats satisfaisants en ce qui concerne le traitement des adolescents éprouvant des troubles de comportement alimentaire, un comportement suicidaire, une faible estime de soi, de fortes réactions émotionnelles, et un comportement d’auto-mutilation.

7. Récits de contes à partir du modèle de Jung

Pour conclure un débat comme celui des approches de traitement de la colère, le mieux serait sans doute de se pencher sur les travaux de Clarissa Pinkola Estés (1992), analyste et conteuse, dont les recherches s’inspirent du modèle de Jung. Selon cette auteure, "les femmes à bout de souffle, peuvent retrouver leur vitalité grâce à des fouilles `archéologiques et psychiques` de grande envergure qu'ils peuvent effectuer dans leur monde caché" (p.3). En accordant beaucoup plus d’importance à la psychologie clinique et à la psychologie du développement, Estés fait appel à "l’élément de guérison le plus simple et à la portée de tous, à savoir - les contes" (p.14), qu’elle considère comme "médicament" (p.15).

Lorsque Estés se base sur les caractéristiques du conte mythologique axé sur le changement, elle sous-entend ainsi que les femmes possèdent en elles-mêmes l’habileté nécessaire pour guérir leur rage et leur colère si elles s’efforcent de "chercher une force de guérison sage et calme..., de relever le défi d’explorer les territoires psychiques, que personne n’a jusque là approchés..., d’effacer complètement leurs vieux sentiments, leurs pensées obsédantes." (p.351), et de se rendre compte que la puissance du moi pourrait être utilisée dans la recherche des causes de la rage, et dans la recherche de ses utilisations. Pour Estés, "le monde pourrait s’écrouler tout autour de nous, le thérapeute que chacun de nous est en son for intérieur reste inaltérable, et conserve son calme afin de trouver la meilleure façon de procéder" (p.354). La colère apparaît ainsi "comme une force créatrice... qui permet le changement, le développement, et la protection" (p.354).

En accordant une importance particulière au rôle éducateur de la rage, Estés affirme que "les [femmes] sont à la recherche d’un savoir qui leur permette de décider quand elles peuvent laisser libre cours à une colère appropriée, et quand elles ne doivent pas le faire" (p.363), et l’auteure présente une ordonnance destinée aux femmes qui se trouvent "prises dans les filets d’une ancienne rage" (p.368). Estés utilise cette ordonnance dans ses travaux depuis de longues années. D'après l’auteure, cela consiste à quatre niveaux d’indulgence :

1. renoncer - ne pas s’en occuper

2. supporter - s’abstenir de punir

3. oublier - rayer de la mémoire, refuser de ruminer

4. pardonner - renoncer à ce qui nous est dû (p.370)

Estés recommande que tout ce travail soit accompli de façon progressive sur une période de plusieurs années, et surtout pas selon le tout ou rien préconisé par notre culture. Estés décrit les différentes étapes en ces termes : (1) "s'arrêter de penser pendant une certaine période à la personne ou à l’événement" (p.370), (2) "s’abstenir de punir inutilement, [ce qui] renforce l’intégrité de l’action et de l’âme" (p.370), (3) "oublier intentionnellement en refusant de faire appel à de violents moyens" (p.371), et (4) prendre une "décision délibérée et refuser d’entretenir un ressentiment" (p.372). Ces étapes, vues sous la forme de la narration, s’apparentent aux techniques des programmes mentionnés dans les paragraphes précédents, ce sont par exemple [ Conversation personnelle avec Catherine Lambert, thérapeute à Halifax: elle a dirigé des ateliers résidentiels auprès de réchappées, victimes de violence. Elle rend compte de la force puissante de l’approche narrative pour la thérapie des femmes qui ont raconté leurs expériences grâce à un processus intégré avec d’autres femmes, elles ont ainsi réussi à voir leur colère de façon constructive et axée sur le changement.] : les techniques d’action calmante, les réflexions d’auto-persuasion, et les décisions de ne pas ruminer des pensées suscitant la colère.