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Programmes pour les délinquantes

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Comprendre la violence exercée par des femmes : Un examen de la documentation

Introduction

Pourquoi la violence des femmes a-t-elle été négligée ?
La documentation
Définition de la violence

Cet examen de la documentation a été préparé à la demande du SCC, dans le cadre de l'Initiative concernant les délinquantes sous responsabilité fédérale. Il a été conçu pour être d'assez grande envergure et équitable sur le plan des disciplines traitées et, de plus, pour examiner les programmes particuliers et les méthodes d'évaluation destinés aux femmes délinquantes qui ont agi avec violence.

Dans les délais impartis pour cette étude, cet examen ne pouvait être complet; il ne pouvait pas non plus traiter certains problèmes fondamentaux concernant une définition et une compréhension en profondeur d'un comportement violent. Il s'efforce plutôt de faire ressortir les opinions et les interprétations principales reliées à la violence exercée par des femmes, et la documentation disponible la plus récente et la plus utile, qui peut servir de guide pour l'élaboration de programmes. Cette recherche n'a pas été très fructueuse, ce qui témoigne de la rareté des travaux dans ce domaine.

Cet examen a pris en considération les publications concernant la violence exercée par des femmes, parues de 1984 à 1994, ainsi que les documents traitant de la compréhension de l'utilisation faite par les femmes de la colère et de l'agression. À la demande du SCC, les domaines de recherche ont compris la criminologie, la sociologie, la psychologie, la psychiatrie, le travail social et l'éducation (voir l'annexe). Ce rapport traite d'un certain nombre d'aspects :

• l'étendue de la violence exercée par des femmes et les différentes formes qu'elle revêt dans la société et le système correctionnel;

• les problèmes reliés à la compréhension de la violence des femmes;

• les explications quant au pourquoi et au comment la violence surgit chez les femmes, selon différentes perspectives;

• les études particulières de la violence exercée par des femmes;

• les instruments d'évaluation élaborés spécialement pour mesurer le comportement violent des femmes;

• les programmes visant ces femmes, qui ont été élaborés et évalués;

• la manière dont ces programmes peuvent être instaurés.

En rapport avec les questions de justice pénale, on a établi depuis longtemps que les exposés de crimes violents reçoivent beaucoup plus d'attention dans les médias que les crimes non violents (Roberts and Doob, 1989). Même si l'on peut avancer que cela se justifie sur le plan du droit du public d'être informé de ces questions, l'effet général en est d'accroître la sensibilité du public à l'égard de la violence, de créer l'impression qu'elle se produit avec une fréquence beaucoup plus grande que ce ne l'est en réalité et de susciter des craintes inutiles au sujet de son accroissement. Le but de cette étude n'est pas de soulever des craintes à propos de la violence exercée par des femmes, mais de tenter de la comprendre.

 

Pourquoi la violence des femmes a-t-elle été négligée ?

Comme l'a noté Frances Heidensohn (1992), « il n'existe aucun doute au sujet du potentiel de violence des femmes ». Certes, la question de la violence exercée par des femmes a été négligée ou évitée au cours des dernières années, comme un certain nombre d'auteurs l'ont fait remarquer (par exemple, Krug, 1989; Simpson, 1991; Morris et Wilczynski, 1993; Dougherty, 1993; Campbell, 1993; Shaw, 1995). Ceci reflète en partie le fait que les hommes ont été et sont encore les principaux responsables de la violence. Mais cela provient aussi de l'accent mis, fort légitimement, sur la violence exercée contre les femmes et le besoin de sensibiliser la société à son étendue et à sa gravité.

Pour les féministes, en particulier, il a été difficile d'accepter le problème de la violence des femmes. Puisque l'attention du public et des intellectuels a tendance, comme toujours, à se concentrer sur le meurtre, au cours des 15 dernières années, la plupart des discours et des écrits concernant l'utilisation de la violence faite par des femmes se sont occupés des femmes se trouvant dans des relations de mauvais traitements et qui en ont tué l'auteur. En conséquence, la violence des femmes a été largement placée dans le cadre d'une réponse à une situation de mauvais traitements ou à la suite d'expériences de mauvais traitements.

Pourtant, tous les actes violents commis par des femmes ne sont pas une réponse directe à des relations de mauvais traitements. Les femmes peuvent se servir de la violence dans d'autres situations, contre des enfants, contre des connaissances, contre des personnes ayant autorité sur elles et, en de rares occasions, contre des personnes étrangères. Refuser d'admettre l'emploi de la violence par des femmes ou éviter d'en tenir compte leur rend un très mauvais service (Carlen, 1985; Worrell, 1990; Simpson, 1991; Campbell, 1993; Allen, 1987; Shaw, 1995). Anne Worrell (1990) a fait valoir que cela ne nous aide pas à comprendre les femmes que de les voir toujours dans un rôle soumis, et de voir les hommes dans un rôle dominateur. Sally Simpson (1991) le souligne avec force :

« La notion simpliste selon laquelle les hommes sont violents et les femmes ne le sont pas contient un grain de vérité, mais elle passe à côté de la complexité et de la texture de la vie des femmes. » (p. 129)

Ce qu'il est important de souligner est que le fait d'éviter de prendre en considération la violence exercée par les femmes encourage un effet de « choc en retour », par lequel certains enquêteurs se sentent incités à « prouver » que les femmes sont tout aussi violentes que les hommes; ceci contribue à la fiction selon laquelle les femmes qui sont violentes doivent être, de quelque manière, des phénomènes extraordinaires; ceci, également, refuse aux femmes toute action ou tout choix dans leur vie et, ce qui est peut-être le plus critique, laisse à la société et au système judiciaire une faible compréhension de leur comportement, ou des conseils sur la façon dont on devrait réagir à leur égard ou les aider.

 

La documentation

Le plus grand nombre de préoccupations concernant le comportement violent se concentrent sur la violence exercée par des hommes. La plus grande partie de la documentation traitant de la violence est fondée sur la violence masculine. On a porté peu d'attention à la violence exercée par des femmes. La raison la plus évidente (mais ce n'est pas la seule) de ce manque de convergence tient au fait que les femmes commettent peu d'actes violents en comparaison des hommes.

Les sources disponibles au Canada pour une recherche documentaire sont surtout américaines ou nord-américaines. Les livres et les articles identifiés sont majoritairement américains. Il est important d'être conscient de cette prédominance en prenant en considération la pertinence des conclusions dans le contexte du Canada. Comme on l'a fait remarquer récemment, les États-Unis sont plus violents que la plupart des autres pays industrialisés :

« Les taux d'homicides aux États-Unis dépassent de beaucoup ceux de tout autre pays industrialisé. Pour d'autres crimes violents, les taux aux États-Unis sont parmi les plus élevés au monde et dépassent de manière importante les taux du Canada... » (Reiss and Roth, 1993, p. 3)

Les États-Unis différent également du Canada sur d'autres points, comme l'utilisation plus importante de l'emprisonnement et la durée des sentences prononcées, la composition raciale et ethnique du pays, le niveau des activités criminelles liées à la drogue, la disponibilité des armes à feu et les méthodes de détermination de la peine. Gilfus (1992) fait remarquer que la moitié des femmes incarcérées aux États-Unis proviennent de groupes raciaux et ethniques minoritaires (principalement afro-américains et hispaniques). En élaborant des programmes pour les femmes qui ont été condamnées, il est donc essentiel de reconnaître les caractéristiques particulières de la société canadienne, qui la distinguent de celle des États-Unis ainsi que d'autres pays, et qui affectent les types de crime ainsi que les caractéristiques de celles qui finissent en prison. Après tout, il n'y a qu'environ 300 femmes purgeant actuellement une peine sous responsabilité fédérale au Canada et un nombre égal en liberté conditionnelle dans la communauté.

Il faut aussi reconnaître que le processus de publication favorise les disciplines universitaires reconnues. Les projets concrets dans les établissements et la communauté, et tout spécialement les programmes basés sur les femmes, ont tendance à ne pas atteindre la circulation publique ou les recherches documentaires.

 

Définition de la violence

La plupart des exposés concernant des comportements violents font la distinction entre violence individuelle et violence collective (par exemple, foules ou bandes), et entre la violence instrumentale ou préméditée et la violence réactive ou expressive. Pour un certain nombre de raisons, il est, cependant, très difficile de donner une définition de la violence sur laquelle tout le monde se mettrait d'accord.

1. Il y a peu de cohérence dans les définitions utilisées par différentes disciplines ou différents chercheurs. La définition de la violence employée dans une importante étude américaine des crimes violents est celle du comportement de personnes qui, intentionnellement, menacent, tentent d'infliger ou infligent aux autres un dommage physique (Reiss and Roth, 1993). D'autres, surtout les auteurs qui se préoccupent de la violence exercée contre les femmes, ne limitent pas leur définition aux dommages physiques. Stanko (1994) décrit la violence comme le fait d'infliger des dommages psychologiques, sexuels, physiques et/ou matériels. Un certain nombre d'études considèrent les blessures volontaires et le suicide comme des comportements violents. Dans les travaux de documentation concernant les enfants molestés, on trouve des points de vues discordants à propos de ce qui distingue la « violence » de la « punition ».

2. Quelle que soit sa définition, la violence comprend une gamme très large et très diversifiée de comportements — allant de la brutalité et des voies de fait mineures aux voies de fait graves causant de sérieuses blessures ou la mort. Elle peut impliquer un comportement physique agressif aussi bien que le fait de lancer ou de fracasser des objets, des colères contrôlées ou des explosions soudaines de fureur, un fait unique comme un meurtre, des mauvais traitements physiques et sexuels constants ou une série de vols prémédités. Elle peut se produire à la maison, dans la communauté ou dans des établissements.

3. Cette diversité crée de sérieux problèmes pour la conceptualisation et la compréhension de la violence. Les statistiques officielles utilisent des catégories qui « regroupent des comportements différents » (Reiss and Roth, 1993, p. 35). Cela veut dire que des faits mineurs sont inclus avec des faits beaucoup plus sérieux, rendant difficile de juger de la sévérité de la « violence ». De même, la classification criminelle des comportements violents structure et donne une « signification » à des événements, d'une manière qui obscurcit la diversité des causes, des intentions, des circonstances et des antécédents de l'événement, ou même l'importance des blessures. Et l'appareil de justice pénal en vient à invoquer ces classifications. Comme le soulignent Reiss et Roth, la plupart des recherches empiriques concernant les crimes violents doivent s'en rapporter à ces catégories et ceci limite notre compréhension de la violence ainsi que notre capacité à élaborer des stratégies préventives.

4. Le contexte dans lequel se place le comportement lui donne aussi un sens et une signification. Les assauts physiques au cours de manifestations sportives organisées ne sont pas classés comme violents, même si leurs conséquences peuvent être semblables à celles de faits qui se passent dans la rue ou à la maison. Les assauts physiques dans les rues sont ce que bien des gens regardent comme des infractions violentes. Jusqu'à récemment, la violence exercée contre les femmes à la maison n'était pas vue, ni traitée comme un acte criminel. Comme le font remarquer la grande majorité des exposés, il faut donc considérer les actes individuels de violence dans le contexte dans lequel ils se placent pour être conceptualisés. La violence, quels que soient ses liens avec des facteurs individuels, est regardée d'abord comme provoquée par la situation et comme le résultat d'antécédents et d'une combinaison de facteurs. Elle n'est jamais un simple événement.

Cet examen se concentre sur la violence exercée individuellement par des femmes. Il considère la violence définie criminellement, la violence à la maison et dans les établissements ainsi que les blessures volontaires.