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Comprendre la violence exercée par des femmes : Un examen de la documentation

Types de crimes violents commis par des femmes

Ampleur des crimes violents commis par des femmes
L'imposition de la peine aux délinquantes violentes
Est-ce que les crimes violents commis par des femmes sont en augmentation ?
Race et classe sociale
Résumé

La différenciation par sexe des taux d'actes de violence commis par des hommes et par des femmes est logique, les hommes surpassant les femmes par un très large écart. Il en est ainsi dans les pays, au cours des temps, à tous les âges et en relation avec différents types de violence. Ceci se relie à tous les types de comportement violent ou agressif, y compris les brutalités à l'école, dans les sports, dans la rue, à la maison, parmi les patients des hôpitaux ou les populations carcérales. La seule exception est la récente reconnaissance d'une plus grande parité (mais non une égalité) entre les taux d'homicides domestiques parmi les hommes et les femmes de race noire aux États-Unis et dans les mauvais traitements aux enfants, exercés à la maison.

Des débats importants se sont aussi centrés sur l'ampleur du fait selon lequel les femmes se servent de violence contre leur partenaire à la maison, en comparaison des hommes. Le poids de l'opinion est que la violence des hommes contre leur partenaire est plus fréquente, plus importante et plus sérieuse envers les femmes que la violence des femmes envers leur partenaire (Dobash, Dobash, Wilson and Daly, 1992; Wilson and Daly, 1992, 1993; Reiss and Roth, 1993). Cette question est examinée plus loin dans cet examen. Pour ce qui est de la violence criminelle enregistrée aux États-Unis en 1991, 89 % des personnes arrêtées pour des actes de violence étaient des hommes et 11 %, des femmes (FBI, 1991, selon Reiss and Roth, 1993).

En 1989, en Angleterre et au pays de Galles, 89 % des infractions violentes ont été commises par des hommes et 11 % par des femmes (Heidensohn, 1992).

En 1991, au Canada, 88 % des personnes accusées de crimes violents étaient des hommes et 12 %, des femmes. Ceci s'est traduit par 110 000 accusations portées contre des hommes, en comparaison de 13 000 portées contre des femmes (d'après Statistique Canada, dont font état Johnson and Rodgers, 1993).

 

Ampleur des crimes violents commis par des femmes

Au Canada, la classification des crimes violents du Code criminel comprend les voies de fait allant des infractions les moins sérieuses, comme la menace d'utiliser la violence ou le fait de pousser ou de bousculer, jusqu'à des attaques sérieuses qui causent des dommages physiques; les agressions sexuelles; les vols qui peuvent comporter la menace d'utiliser la force, le fait de menacer d'une arme, l'utilisation d'une arme et l'emploi de la violence physique; l'enlèvement; l'infanticide, les tentatives de meurtre, le meurtre et l'homicide involontaire coupable. La plupart des crimes violents, 58 % du total, relèvent d'accusations classifiées comme des voies de fait mineures, 11 % sont des agressions sexuelles, 11 % des vols et 7 % « d'autres » infractions, dont 0,24 % de meurtre ou d'homicide involontaire coupable (Statistique Canada, 1994).

Dans l'ensemble, les femmes risquent plus d'être accusées de voies de fait mineures que les hommes. Très peu d'entre elles sont accusées de vol et encore moins d'agression sexuelle (un modèle que l'on retrouve aux États-Unis [Reiss and Roth, 1993; Steffensmeier, 1995]). Parmi les hommes et les femmes, les accusations de meurtre ou d'homicide involontaire coupable sont rares et, en 1991, elles ont été portées contre 486 hommes et 48 femmes. Néanmoins, il y a une importante différence dans leur type de relation avec la victime. Dans le cas des femmes accusées d'homicide en 1993, 71 % des victimes étaient rattachées à la délinquance au niveau familial, en comparaison de 24 % dans le cas des hommes (Statistique Canada, 1994 (b)).

 

L'imposition de la peine aux délinquantes violentes

Actuellement, au Canada, des données nationales concernant l'imposition des peines par les tribunaux ne sont pas disponibles. Les informations qui existent suggèrent que la majorité des femmes trouvées coupables d'infractions violentes reçoivent une peine à purger en milieu ouvert; une petite proportion d'entre elles reçoivent une peine sous responsabilité provinciale de moins de deux ans de prison et une proportion encore plus petite une peine sous responsabilité fédérale de deux ans ou plus.

Ainsi, en 1991, xxx femmes ont été condamnées à la probation pour des infractions violentes, quelque 900 femmes ont été admises dans des prisons provinciales, ayant été condamnées pour des infractions de violence (environ 10 % de toutes les admissions) et environ 150 dans le système fédéral (d'après des données de : Johnson and Rodgers, 1993; Statistique Canada, 1993; le Système d'information sur les détenus, SCC). Une enquête effectuée en Ontario suggère qu'en 1991, 19 % des femmes dans les établissements provinciaux et en surveillance communautaire ont été condamnées ou accusées par suite d'une infraction de violence (Shaw, 1994). Ceci souligne l'assertion voulant que la plupart des accusations de violence portées contre des femmes ne soient pas considérées comme étant de nature sérieuse et qu'elles ne représentent pas une menace pour le public.

Même si le nombre de femmes qui reçoivent une peine sous responsabilité fédérale est très petit, plus de la moitié des femmes de la population fédérale sont condamnées pour des infractions violentes. En 1989, parmi les 203 délinquantes en prison sous responsabilité fédérale, 42 % (85) purgaient une peine pour meurtre, tentative de meurtre ou homicide involontaire coupable, et 27 % (55) pour vol ou voies de fait (Shaw, 1992). Les résultats de cette étude, ainsi que ceux de plusieurs autres examens portant sur les femmes délinquantes, suggèrent qu'en tant que groupe, les femmes condamnées pour des infractions violentes se distinguent de manière très significative de leur contrepartie masculine, pour ce qui est des types de violence concernés, des raisons de leur infraction, de leur relation avec leur victime, des antécédents à leur infraction, de leur niveau de risque pour le public, de leur probabilité de commettre d'autre violence et de leur propre expérience de la violence dans leur enfance et comme adultes (Immarigeon and Chesney-Lind, 1992; Reiss and Roth, 1993).

 

Est-ce que les crimes violents commis par des femmes sont en augmentation ?

Au Canada, au cours des vingt dernières années, le taux d'accusations pour des crimes violents (ainsi que pour d'autres crimes) s'est accru, de manière générale, parmi les hommes, les femmes et les jeunes délinquants. Même si elle représente encore une proportion relativement faible de toutes les infractions, la violence s'est accrue à un rythme plus rapide que les infractions relatives aux biens, ou autres. L'augmentation a été légèrement plus importante chez les femmes que chez les hommes, surtout parce que le nombre de femmes qui commettent des infractions violentes est, en proportion, très petit.

En 1970, 8,1 % de toutes les accusations portées contre des femmes en vertu du Code criminel l'ont été pour des infractions violentes. En 1991, la violence avait atteint 13,6 % de toutes les accusations portées contre des femmes (Johnson and Rodgers, 1993). Même s'il y a eu une augmentation des crimes violents commis par des femmes, le nombre de femmes condamnées pour violence reste encore bien en dessous de celui des hommes et la plus grande partie comprend des voies de fait mineures. Aux États-Unis, Steffensmeier (1995) a étudié l'accroissement des arrestations concernant des violences causées par des hommes et par des femmes, entre les années 1960 et 1990; il en conclut que par rapport aux hommes, les femmes ont montré une légère augmentation des arrestations pour des voies de fait mineures. Toutefois, pour ce qui est des infractions violentes sérieuses (vol, voie de fait grave ou meurtre) le taux demeure stable pour les femmes tandis que celui des hommes est en hausse.

Il y a vingt ans, Freda Adler (1975) faisait valoir que le mouvement de libération des femmes aurait pour résultat une plus grande égalité entre les sexes et prévoyait une augmentation du comportement criminel agressif des femmes. Dans les années 1980, un certain nombre d'études ont organisé leur recherche autour de l'hypothèse voulant que la contribution des femmes aux crimes violents augmenteraient pour cette raison (par exemple, Balthazar and Cook, 1984; Girouard, 1988; Robertson, Bankier and Schwartz, 1987). Néanmoins, comme beaucoup plus d'études l'ont montré, la majorité de l'augmentation des infractions commises par des femmes l'a été en infractions contre les biens et peuvent s'expliquer par leur pauvreté croissante (Carlen, 1988; Box and Hale, 1983; Naffine, 1987; Jurik and Winn, 1990; Johnson and Rodgers, 1993; Steffensmeier, 1995).

La libération et l'égalité ne signifient pas grand chose pour une femme célibataire ayant des enfants ou ayant peu de perspectives d'obtenir un emploi valable raisonnablement rétribué (Naffine, 1987). Elles ont encore moins de sens pour des femmes autochtones (ou des femmes de race noire aux États-Unis) élevées dans un environnement de plus en plus violent (Sugar and Fox, 1990; LaPrairie, 1993; Moyer, 1992). Robertson et al. (1987) n'ont pas considéré de tels facteurs dans leur étude concernant les femmes délinquantes au Centre Remand de Winnipeg, dont beaucoup sont probablement des Autochtones. Comme on pouvait s'y attendre, ils ne sont pas arrivés à identifier celle que l'on a décrit comme la « nouvelle femme criminelle ».

Il n'est pas facile de vérifier les explications de l'accroissement des infractions violentes (commises par les deux sexes). On a suggéré qu'une partie de cette augmentation tient à ce que la société canadienne soit, entre autres facteurs, devenue moins tolérante vis-à-vis de la violence et, par conséquent, plus disposée à engager des poursuites pour un comportement violent, en particulier dans le cas de menaces ou de voies de fait moins sérieuses (Bala, 1994; Stanko, 1994; Statistique Canada, 1994). Dans le cas des femmes, ceci peut aussi refléter un déclin des hésitations traditionnelles à poursuivre des femmes en justice (Chunn and Gavigan, 1991). À un niveau plus général, Thomas (1993) cite les changements touchant les types de travail, l'éducation des enfants, et les modèles conjugaux et de divorce, comme pouvant provoquer plus de tensions dans la vie des femmes et des hommes, et entraîner quotidiennement plus de colère et d'agression.

 

Race et classe sociale

Les effets de la race et de la classe sociale et économique ne peuvent être dissociés du sexe, en examinant les crimes violents. Un certain nombre d'études américaines ont indiqué des taux de violence plus élevés parmi les populations noires que parmi les populations blanches (par exemple, Simpson, 1991; Reiss and Roth, 1993; Arnold, 1990). D'autres ont noté qu'aux États-Unis, les femmes noires courent plus de risques d'être accusées d'infractions violentes que les autres femmes (McClain, 1982-1983; Mann, 1990 (b); Simpson, 1991). De même, au Canada, les hommes et les femmes autochtones courent plus de risques d'être accusés et incarcérés pour des infractions violentes que les non autochtones (Moyer, 1992; LaPrairie, 1992: LaPrairie, 1993).

« Depuis que des données ont été recueillies concernant les infractions comparatives des femmes incarcérées autochtones et non autochtones, celles-ci ont constamment révélé que les femmes autochtones sont incarcérées pour des crimes plus violents que les femmes non autochtones. » (LaPrairie, 1993, p. 236)

Ceci s'est produit pendant une période de marginalisation croissante et de désintégration de la société et de la culture autochtones traditionnelles (Sugar and Fox, 1990; Shkilnyk, 1985; LaPrairie, 1992). Comme le souligne LaPrairie (1993) :

« Une grande variété de facteurs économiques, socio-culturels et judiciaires, associés au fait d'être autochtone et femme dans une société dominée par les hommes et les non-Autochtones, contribuent à faire entrer en conflit avec la loi les femmes autochtones. Le comportement violent, souvent montré par des femmes autochtones, est un produit de forces socio-économiques et de facteurs socio-culturels. L'ébranlement des rôles et des valeurs traditionnels des Autochtones, l'acceptation de la violence dans la société, les dispositions discriminatoires de la Loi sur les Indiens et les tensions dans les relations entre les hommes et les femmes ont concouru, pour réduire bien des femmes autochtones à un statut marginal. » (p. 243)

 

Résumé

En conséquence, par rapport aux femmes, il a toujours été important et il continue de l'être, de faire ressortir :

a. que les femmes commettent proportionnellement moins de crimes violents que les hommes;

b. que les infractions violentes forment une très petite proportion de toutes les infractions commises par des femmes;

c. que les types d'infractions violentes pour lesquelles des femmes sont accusées ont tendance à être moins sérieuses que celles des hommes;

d. que la majorité des homicides commis par des femmes comprennent des membres de la famille;

e. que la plupart des augmentations des infractions commises par des femmes représentent des infractions contre les biens et des augmentations d'infractions violentes aux voies de fait mineures;

f. que la race et la classe sociale doivent aussi être prises en compte avec le sexe pour comprendre la violence exercée par des femmes.