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Comprendre la violence exercée par des femmes : Un examen de la documentation

Problèmes de compréhension de la violence des femmes

Comment comprenons-nous la violence exercée par des femmes ?
Problèmes d'échantillonnage et méthodologie
Convergence différente des disciplines
Pathologie individuelle
Aveuglement à l'égard du sexe
Images populaires des femmes violentes

 

Comment comprenons-nous la violence exercée par des femmes ?

Les statistiques officielles concernant le crime ne donnent, tout au plus, qu'une image brute de la fréquence relative des infractions violentes signalées, commises par des femmes, des types d'accusation, des peines imposées et, dans une certaine mesure, des tendances au cours d'une période. Elles n'aident pas beaucoup à comprendre cette violence. Antérieurement, on a aussi exposé les grandes lignes concernant les problèmes qui proviennent des différences entre les définitions, les limites des catégories juridiques et la variété des comportements qui y sont inclus.

Toutefois, il y a un certain nombre de problèmes supplémentaires qui créent des obstacles particuliers à la compréhension de la violence des femmes. Plusieurs de ces problèmes proviennent d'un manque de compréhension ou d'une prise en considération du sexe. Par rapport à l'interprétation des statistiques officielles, par exemple, on ne peut prendre pour acquis qu'elles reflètent les mêmes expériences et procédés pour les hommes et pour les femmes. Comme cela a été suggéré il y a plus de 25 ans, à propos des statistiques relatives à la santé mentale des femmes, ces statistiques :

« représentent quelque chose qui est réel à propos des problèmes des gens, mais ce qui est réel ne peut être séparé des actions professionnelles et administratives qui rendent ces problèmes sujets à une action judiciaire. Ces opérations transfèrent, rangent, trient et modèlent ce qui arrive en fait aux gens, dans des formes reconnaissables. [Ceci] élimine les variations situationnelles, les contextes, l'actualité, les conditions sociales qui caractérisent une communauté donnée... » (Smith, 1975, p. 102)

Par rapport aux crimes violents, Allen (1987) fait valoir que les rapports faits au tribunal, qui fournissent le fondement d'un procès et d'une sentence, donnent un compte rendu limité et restreint de l'événement, de son histoire ou de l'intention du délinquant. Les explications ou les exposés de la violence incluent rarement les vues du délinquant.

 

Problèmes d'échantillonnage et méthodologie

Un certain nombre de difficultés rencontrées dans l'interprétation des études traitant de la violence des femmes tiennent au choix de l'échantillon et aux méthodes de recueil des données (Wilbanks, 1982; Maden, Swinton and Gunn, 1994). Elles sont souvent fondées sur des populations spécialement choisies ou très petites, comme les patients des cliniques, les patients des hôpitaux, ou des échantillons pris dans les prisons de délinquants condamnés pour des infractions inhabituelles. Même si ces problèmes influencent aussi les études consacrées aux hommes, du fait que le nombre de femmes disponibles pour l'étude est habituellement beaucoup plus faible que celui des hommes, ces exposés donnent, sur les femmes qui utilisent la violence, des renseignements intéressants mais peu représentatifs. On trouve des problèmes semblables dans les textes qui concernent la violence familiale.

De plus, les comparaisons entre les hommes et les femmes sont rendues confuses par les différences dans la manière dont les sexes sont traités par le système de justice pénale. Par exemple, Allen (1987) a démontré que les femmes qui commettent des actes de violence ont plus de chances que les hommes d'être déclarées mentalement inaptes ou déjudiciarisées, en vue d'un traitement psychiatrique, plutôt que d'être incarcérées. De même, différents pays répondent de façon différente à la violence exercée par des femmes dans le cadre de la famille (Greenland, 1987). Il apparaît aussi que les attentes comportementales et les réponses à la violence dans les établissements sont différentes selon les sexes (Mandaraka-Sheppard, 1986).

 

Convergence différente des disciplines

De considérables difficultés proviennent de la façon dont différentes disciplines universitaires expliquent et interprètent le comportement violent. Par exemple, les sociologues considèrent le contexte et la signification sociale reliés à des actes violents (Downes, 1982). Ceci comporte les antécédents ou les événements qui ont conduit à un incident violent, et les interactions entre les participants. La plupart des autres disciplines se concentrent sur les caractéristiques de la personne. Les biologistes et les physiologistes se concentrent souvent sur des explications génétiques et hormonales. Certaines disciplines, comme la psychologie et la psychiatrie, mettent un certain accent sur le développement de la personne ou sur des caractéristiques pathologiques, comme explication d'incidents violents (par exemple, Brownstone and Swaminath, 1989; Daniel, Robins, Reid and Wilfley, 1988). Les psychologues basent souvent leurs études de la violence sur des expériences de laboratoire qui peuvent avoir une application limitée aux situations de la vie réelle.

Le problème de la compréhension de la violence des femmes vient de ce que bien des documents la concernant ont été élaborés à partir d'études relatives aux hommes et généralisées pour les femmes ou les excluant.

 

Pathologie individuelle

Les démarches qui se concentrent sur les personnes ne se préoccupent pas de voir la violence dans son contexte social ou comme conditionnée par la situation. Ce fait crée déjà des problèmes pour la violence masculine, et ses conséquences sont encore beaucoup plus importantes pour les femmes. Une sérieuse critique de cette façon d'aborder la question tient à ce qu'elle a eu tendance à utiliser des explications du comportement de la femme particulières à son sexe, qui découlent du fait de voir les femmes comme ayant des caractéristiques féminines spécifiques. Les comportements violents ou agressifs chez les femmes sont vus comme anormaux et peu féminins, et pouvant être éventuellement une indication d'instabilité mentale. Sim (1990) a étudié le développement des explications médicales et psychiatriques des infractions et du comportement en établissement des femmes. Par rapport au diagnostic psychiatrique des femmes délinquantes, Chunn et Menzies (1994) indiquent que:

« les décideurs médico-légaux individualisent et dépolitisent la déviance. En recherchant des causes, ils ignorent de façon récurrente les facteurs structuraux et placent la source de la déviance dans la femme elle-même. » (p. 412)

Dorothy Smith suggère que « les idéologies psychiatriques désassemblent comportement et situation » (1975, p. 5).

L'utilisation du syndrome prémenstruel comme explication de la violence des femmes est un parfait exemple de l'individualisation et de la médicalisation du comportement des femmes. Leur violence est vue comme dirigée par des changements hormonaux, l'irrationnel et l'émotionnel, et hors de la maîtrise de la femme individuelle. On a indiqué que ce diagnostic, tout en ayant l'apparence d'une déduction objective, est fondé sur des représentations masculines du comportement approprié des femmes (Caplan, 1991; Kendall, 1991).

 

Aveuglement à l'égard du sexe

Même si les études sociologiques tiennent habituellement compte de la violence et du contexte dans lequel elle a lieu, bien des études portant sur les crimes violents, dans les domaines de la criminologie, de la sociologie et de la psychologie sociale, se sont concentrées sur la violence masculine ou n'ont pas envisagé la possibilité que les femmes et les hommes expérimentent et utilisent la violence pour des raisons différentes et dans des circonstances différentes, ou les deux. Elles n'ont pas considéré que la violence des femmes peut provenir d'une histoire et d'un contexte fort différents, à cause de leur sexe (Heidensohn, 1985).

Ainsi, dans ces disciplines qui ont examiné le contexte de la violence, loin d'utiliser des explications de la violence des femmes spécifiques à leur sexe, on tient souvent pour acquis que l'emploi de la violence est le même par les hommes et par les femmes, ce qui est en quelque sorte « un aveuglement à l'égard du sexe » (Dougherty, 1993). Ce problème est particulièrement caractéristique de beaucoup de documents qui traitent de la violence familiale, y compris les voies de fait sur des enfants, mais également d'études comparatives d'homicide d'hommes et de femmes ou de la violence carcérale. Les études de la violence des femmes ont systématiquement omis de tenir compte des différences reliées au sexe en proposant des modèles pour les hommes et les femmes, dans leurs modèles d'apprentissage, dans leur manière de traiter et d'utiliser la colère, l'agression et la violence, et dans leur accès différent au pouvoir.

 

Images populaires des femmes violentes

Un problème de taille surgit de la difficulté que la société, dans son ensemble, ainsi que les disciplines universitaires ont à voir la violence ou l'agression, ou même la colère, comme composante du caractère féminin. Les stéréotypes traditionnels de la femme nourricière, gentille, passive et soumise refusent d'admettre toute possibilité d'agression ou de comportement violent comme réaction féminine naturelle. Il s'ensuit que l'on a tendance à voir les femmes violentes comme étant, de manière inadéquate et anormale, masculines, malades ou même folles, si elles transgressent le mode de comportement attendu (Heidensohn, 1985; Naffine, 1987; Carlen, 1988; Morris, 1987; Rasche, 1990; Faith, 1993). Ceci est particulièrement vrai des femmes qui tuent des enfants, puisque la notion de la femme élevant des enfants est inextricablement attachée à l'idée de la femme mère. Comme le remarquent Morris et Wilczynski (1993) dans leur étude des mères qui tuent leur enfant :

« Les femmes violentes sont habituellement présentées [par les criminologues] comme des `démons' — elles ont choisi d'agir d'une manière qui contredit les opinions traditionnelles sur les femmes; comme masculinisées — elles ne sont pas de `vraies' femmes; comme `déprimées' — elles ne peuvent pas faire face aux pressions sociales; ou comme `folles' — elles ne savaient pas ce qu'elles faisaient. » (p. 199)

Cette sursimplification des explications de la violence des femmes en a limité notre compréhension (Simpson, 1991; Naffine, 1987; Shaw, 1995).

La tendance à voir les gens comme du genre masculin ou féminin et à imposer des stéréotypes sexuels entraîne des problèmes considérables pour les femmes délinquantes qui ne se situent pas bien dans un rôle « féminin » (Carlen, 1985; Cain, 1989; Kersten, 1990; Birch, 1993; Faith, 1993; Chunn and Menzies, 1994). Comme l'a montré Birch (1993), les médias ont tendance à classer les femmes qui commettent des crimes violents, en victimes ou en démons. En prison, les femmes font l'expérience des conséquences de ces stéréotypes sexuels plus que n'importe qui d'autre, et Faith (1993) démontre comment la violence des femmes en prison est souvent mise sur le même pied que la « masculinité ». Les femmes ne peuvent être vues qu'en relation avec les hommes.

D'un point de vue féministe — un point de vue de plus en plus accepté — une véritable compréhension de la violence des femmes demande de porter une attention spécifique aux caractéristiques particulières de l'expérience des femmes en tant que femmes dans la société (Chesney-Lind, 1989; Cain, 1989; Dougherty, 1993) ainsi qu'aux contraintes qui leur sont imposées par des facteurs de classe et de race, et de voir leur comportement dans ce contexte. Étant donné la variété des comportements qui constituent la « violence » et la nature sexuée de la socialisation, parler de « femmes violentes » n'a guère de sens.