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Comprendre la violence exercée par des femmes : Un examen de la documentation

Explications du comportement violent des femmes

Explication des agressions commises par des femmes
Expérience de la violence
De victime à délinquante
Alcool et drogues
Résumé

Comme le suggère la précédente section, les explications de la violence varient considérablement entre les disciplines. La documentation met diversement l'accent sur les liens entre agression, colère et violence physique, les facteurs prédisposants et individuels, les facteurs sociaux et économiques et les facteurs situationnels (par exemple, Geen, 1990; Reiss and Roth, 1993). On s'est préoccupé presque exclusivement d'explications concernant la violence des hommes.

Les explications psychologiques ont tendance à mettre de l'avant que l'agression et la violence sont des comportements appris en réaction à des frustrations, pour atteindre des buts, et par l'observation de comportements violents (Boyd, 1988; Reiss and Roth, 1993). Elles attirent l'attention sur des facteurs touchant la personnalité, des aptitudes d'apprentissage cognitif, la socialisation, le développement de la prime enfance, des facteurs sociaux et culturels plus larges comme la pauvreté et la race, et le rôle des facteurs prédisposants, des facteurs situationnels et des facteurs activateurs.

Toutefois, il existe une reconnaissance croissante de la nécessité de prendre en compte les facteurs situationnels et contextuels, et leur interaction avec les facteurs personnels, plutôt que seulement les facteurs caractéristiques, ayant trait à la personnalité, ou démographiques (Goldstein and Keller, 1983). Reiss et Roth (1993, p. 34) soulignent de la même façon que « la prise de conscience de la diversité de la violence et de la complexité de ses causes accroît la sensibilisation à des possibilités d'intervention ». Felson et Tedeschi (1993) esquissent une façon « socio-interactioniste » prometteuse d'aborder l'agression et la violence, qui met l'accent sur l'interaction entre la situation et les caractéristiques interpersonnelles ainsi que sur la signification des événements pour les personnes concernées. Ils n'envisagent pas la manière dont ceci se relie à la violence des femmes. Thomas (1993), dans une étude de l'emploi fait par les femmes de la colère plutôt que de la violence, suggère de façon semblable qu'une théorie unique ne peut jamais être satisfaisante et note que l'on se tourne vers des théories plus intégratives, qui reconnaissent l'importance des processus cognitifs et des significations personnelles attachées aux faits.

Les seules explications, ou presque, qui ont été utilisées traditionnellement pour expliquer les crimes violents commis par des femmes sont biologiques. Ces explications ont constamment mis de l'avant les facteurs hormonaux et le syndrome prémenstruel (d'Orban and Dalton, 1980; Mazur, 1983; Taylor, 1984). Comme cela est indiqué dans la section précédente, un certain nombre de critiques ont contesté la validité de la classification du syndrome prémenstruel comme désordre mental, du fait qu'il existe peu de preuves empiriques qui supportent une association avec des crimes comportant la violence, et qu'elle réduit le comportement des femmes à des émotions « irrationnelles » et à des déchaînements hormonaux, plutôt qu'à d'autres explications de leur fureur ou de leur violence (voir un examen dans Kendall, 1991; Campbell, 1993; Faith, 1993). Comme le fait remarquer Kendall (1991) :

« Les femmes individuelles deviennent le centre de l'enquête, plutôt que les structures fondamentales des institutions existantes qui produisent des sentiments de colère, de frustration de solitude et d'impuissance. Les changements prescrits sont des changements individuels plutôt que des changements sociaux. » (p. 91)

De la même façon, les crimes violents commis par des femmes ont été expliqués dans les tribunaux en termes d'instabilité mentale, de désordre de la personnalité ou de défaut caractériel (Allen, 1987; Sim, 1990).

 

Explication des agressions commises par des femmes

« Les différences dans les facteurs de socialisation pour chaque sexe sont dramatiques, en ce qui a trait à la colère et à l'agression. » (Lerner, 1985, p. 52)

Au cours des dernières années, on s'est de plus en plus efforcé d'essayer de comprendre et d'expliquer la colère, l'agression et la violence démontrées par les femmes, plutôt que la violence en général ou comme une activité principalement masculine. Même si l'expression ou le résultat extérieur de la violence exercée par des hommes ou par des femmes peut en apparence être identique, la signification de cette colère est considérée comme étant très différente, provenant d'un modèle d'éducation différent, d'une chaîne différente de facteurs y conduisant et de réactions différentes à son emploi par les utilisateurs et les observateurs. Une bonne partie de ces travaux se sont concentrés sur les femmes dans les situations de tous les jours et sur les relations (par exemple, Lerner, 1985; Tavris, 1989; Thomas, 1993), et ont souligné l'importance cruciale des modèles de socialisation et d'éducation.

Dans une étude de grande ampleur consacrée à l'utilisation de la colère par les femmes dans des situations quotidiennes, Thomas (1993) indique que la plupart des travaux antérieurs concernant la colère sont basés sur des populations d'hommes et sur des expériences dans des situations de laboratoire, et ont négligé de tenir compte même des différences fondamentales entre les hommes et les femmes dans la façon d'exprimer leur colère.

Comme le fait remarquer Lerner (1985, p. 1), « on a longtemps détourné les femmes de la conscience et de l'expression directe de la colère ». Stanko (1990, p. 10) indique que « les hommes gèrent le danger d'une manière bien différente de celle des femmes; ils apprennent à traiter avec le danger physique, habituellement en compagnie d'autres hommes », à mesure qu'ils accumulent de l'expérience dans leur enfance, leur adolescence et leur état adulte. Peu d'auteurs ont envisagé les conséquences de ces différents modèles de socialisation pour les femmes délinquantes (Darke, 1987; Campbell, 1993).

Au cours des vingt dernières années, la psychologue Anne Campbell a centré son attention sur l'emploi de l'agression par les femmes, en essayant au départ de comprendre le comportement agressif des femmes détenues et des jeunes filles délinquantes. La question qui l'intéressait est devenue non plus pourquoi un petit nombre de femmes commettent des crimes violents mais, « comment la plupart des femmes évitent-elles les batailles ? » (p. 2). Dans Men, Women, and Aggression (1993), qui regroupe la plupart des textes psychologiques concernant les différences entre les sexes ainsi que son propre travail, elle souligne certaines des principales façons par lesquelles les hommes et les femmes comprennent et utilisent la colère et l'agression, en reconnaissant la nature sexuée de leur expression et de leurs origines. Elle indique que pour les hommes, l'agression est « un moyen d'exercer un contrôle sur d'autres personnes, lorsqu'ils sentent le besoin de récupérer le pouvoir ou l'estime de soi ». Pour les femmes c'est « un manque temporaire de maîtrise provoqué par une pression irrésistible et aboutissant à un sens de culpabilité » (p. viii). C'est, pour les femmes, un manque de maîtrise de soi, et pour les hommes un moyen d'imposer leur emprise, qui provoque rarement un sens de culpabilité.

Campbell fait valoir que les théories psychologiques formelles ont toujours rivalisé pour établir une théorie unique de l'agression, mais on devrait reconnaître maintenant que des théories distinctes sont nécessaires pour expliquer les agressions commises par les hommes et par les femmes. Ainsi, en esquissant quelques explications psychologiques et sociologiques de l'agression, elle distingue entre l'agression commise par des hommes, comme agression instrumentale — un moyen d'imposer son emprise sur les autres, et l'agression commise par des femmes, comme agression expressive — une libération de la tension accumulée.

Les théories pour lesquelles l'agression est expressive — qu'elles soient psychologiques ou sociologiques — mettent habituellement l'accent sur les facteurs de socialisation et l'élaboration de contrôles sociaux ou personnels de nos instincts fondamentaux, ou la crainte de la punition si nous n'arrivons pas à les contenir. On nous a appris à réfréner nos instincts et à développer la maîtrise de soi. Par contraste, les théories de l'agression instrumentale supposent que les personnes utilisent l'agression non parce qu'elles perdent leur sang-froid, mais à cause des avantages évidents qu'offre l'agression. Ceux-ci peuvent comprendre des récompenses sociales comme le respect, une image de soi rehaussée ou des récompenses matérielles. On a décrit cette agression instrumentale comme « un pouvoir coercitif — l'emploi de menaces ou de punitions pour obtenir la soumission ou la satisfaction des demandes, qu'il s'agisse d'argent, de gratification sexuelle ou de changement politique » (Campbell, 1993, p. 13).

Campbell indique que le procédé par lequel les hommes et les femmes en viennent à comprendre l'agression est fondé sur des théories communes ou des « représentations sociales » qui guident notre perception du comportement agressif (les femmes le voyant comme étant stressant ou déplaisant, les hommes comme un défi), des impressions que nous en ressentons (la peur en regard de l'indignation) et de la façon dont nous nous comportons (pleurer, crier ou jeter des objets en regard d'attaquer un provocateur). Ces représentations sociales sont apprises et renforcées tout au cours de la vie, de manières très différentes pour les hommes et pour les femmes.

Les études de la prime enfance suggèrent qu'il y a peu de différences entre la colère et les tendances agressives des jeunes enfants, garçons ou filles; mais lorsqu'ils grandissent et qu'ils commencent à reconnaître l'identité de leur sexe, leur socialisation se fait de façon différente. Ainsi, dès l'enfance, on apprend aux garçons quand et comment utiliser l'agression, alors que l'on apprend aux filles comment la réprimer :

« Ce qu'il y a de plus remarquable au sujet de la socialisation de l'agression chez les filles, c'est son absence. Les filles n'apprennent pas la bonne manière d'exprimer leur agression; elles apprennent tout simplement à ne pas l'exprimer. » (Campbell, p. 20)

D'un autre côté, les garçons sont témoin d'agressions et de combats dès leur jeune âge et, même si, au départ, on peut les décourager de s'en servir, cela devient une importante expérience de l'essayer et de se défendre par eux-mêmes — l'agression et la force étant considérées comme une composante essentielle de l'âge viril, et ce fait est renforcé par les adultes autour d'eux ainsi que par la culture environnante. « Ce qui est appelé « force de caractère » chez les garçons est dénommé « peu féminin » chez les filles. » (Symonds cité par Lerner, 1985).

En analysant les expériences quotidiennes de colère et d'agression des femmes, Campbell démontre comment l'agression expressive se développe à partir de la maîtrise d'une colère initiale, à travers une période de disputes ou de pleurs qui peuvent libérer la colère si la situation s'améliore, mais qui peuvent conduire à l'utilisation de l'agression physique si le problème se maintient ou s'accroît — une explosion qui, de nouveau, agit comme un moyen de détente. L'étape finale en est une de culpabilité ou d'embarras causés par le déchaînement qui, s'il est remarqué, sera sujet à la censure publique.

COLÈRE > PLEURS > GESTES > CULPABILITÉ
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retenue et maîtrise de soi

la dispute donne un sens de libération agression si la frustration se poursuit ou augmente embarras le résultat

«Les femmes pleurent plutôt que de frapper non à cause de leurs hormones, de l'histoire de leur renforcement ou de leur rôle de personnes qui prennent soin des autres, mais parce qu'elles voient l'agression comme un échec personnel... » (Campbell, 1993, p. 85)

Par contraste, les exposés de l'expérience masculine de l'agression montrent qu'elle est plus sujette à se produire dans un emplacement public, et au milieu d'un groupe, de faire fonction de renforcement de la masculinité et de la valeur personnelle, et d'être justifiée et glorifiée « comme une extension des rencontres physiques routinières de l'adolescence » (Campbell, 1993, p. 66; Stanko, 1990). Hans Toch (1969, 1994), dans son étude classique de la violence dans les prisons pour hommes, et James Gilligan (1992), sur la base d'une expérience de travail de 25 ans dans un établissement pour hommes à sécurité maximale et dans un hôpital prison, font aussi ressortir cette analyse du rôle de l'agression pour les hommes, particulièrement en tant que soutien de la valeur personnelle.

Le point central d'une bonne partie de cette analyse du comportement de la femme est la maîtrise de soi que les femmes utilisent pour retenir colère et agression. Les études de la colère commune montrent que les hommes et les femmes rendent compte de sentiments de colère avec la même fréquence, bien que parmi les femmes elle soit moins sujette à se développer en agression. De plus, les hommes peuvent utiliser l'agression sans être en colère. Campbell suggère que le viol et le vol, deux crimes qui sont commis presque toujours par des hommes, sont deux exemples d'un comportement agressif qui n'est habituellement pas associé à la colère.

La capacité des femmes à l'empathie apparaîtrait comme l'une des principales explications de l'expérience féminine de culpabilité, lorsque des femmes sont en colère ou agressives. L'empathie est aussi l'un des facteurs qui est considéré comme central dans les thérapies de maîtrise de l'agressivité et elle est une dimension importante de la notion de personnalité antisociale parmi les délinquantes violentes.

Campbell ainsi que Lerner indiquent très clairement que parmi les sexes eux-mêmes, il y a également de grandes différences dans les personnalités et l'éducation, qui entraînent une propension plus ou moins forte à expérimenter la colère et à agir agressivement. On reconnaît aussi que les hommes et les femmes peuvent parfois utiliser l'agression ou la violence de manière instrumentale ou expressive. Néanmoins, c'est le constant renforcement des manières de se comporter des hommes et des femmes qui contribue à maintenir ces représentations sociales très différentes, de la colère et de l'agression.

 

Expérience de la violence

Quelles sont les conséquences, pour les femmes, de la plus grande aisance des hommes à traiter avec la violence et à l'employer ? Dans leur vie quotidienne, les femmes risquent beaucoup plus que les hommes la violence exercée par leur partenaire, leurs connaissances, leurs amis, à la maison ou sur leur lieu de travail. Elles courent plus de risques de violence physique et sexuelle exercée par des hommes qu'elles connaissent. Enfants, les filles courent plus de risques de sévices sexuels que les garçons (Reiss and Roth, 1993).

Une des opinions du « sens commun » au sujet de la violence est que son expérience entraînera l'utilisation ultérieure de la violence. Dans un examen approfondi de la documentation concernant les mauvais traitements des enfants et leurs liens avec la délinquance, les agressions, la violence et les mauvais traitements qui s'en suivent, Widom (1989 (a) et (b)) a établi que cela n'est pas inévitable. Ce ne sont pas tous ceux qui ont connu la violence ou des sévices sexuels étant enfants qui en feront nécessairement usage eux-mêmes contre les autres. Et elle conclut :

« Être violenté étant enfant peut accroître le risque de devenir un parent infligeant de mauvais traitements, un délinquant ou un adulte criminel violent. Néanmoins, sur la base des conclusions des documents de la recherche existante, on ne peut pas dire que cette voie est assurée et certaine. » (Widom, 1989 (a), p. 24)

Dans une étude ultérieure des liens entre les enfants maltraités et abandonnés et le comportement d'adultes criminels (1989 (b)), elle a pu montrer que, pour les hommes comme pour les femmes, de tels antécédents ont influencé les risques que des adultes commettent des infractions, mais qu'il a eu un plus grand effet sur les femmes, puisqu'elles ont généralement de faibles taux d'infraction :

« Faire l'expérience dans la prime enfance des mauvais traitements ou de l'abandon a un effet important sur les personnes ayant peu de probabilités de s'engager dans un comportement criminel d'adulte officiellement enregistré. » (p. 265)

Elle a aussi pu démontrer que les hommes (et non les femmes) ayant des antécédents de mauvais traitements durant leur enfance étaient aussi plus enclins à être condamnés pour des infractions violentes, que ceux ne présentant pas ces antécédents. Parmi les femmes, ces antécédents sont aussi associés à une fréquence plus élevée de dépressions et de traitements psychiatriques (Widom, 1989 (b)). Donc, même s'il est évident que la violence est commune dans la vie de nombreuses femmes de la société, un comportement ultérieur violent ou délinquant n'est pas inévitable.

Toutefois, lorsque nous considérons ces femmes qui se trouvent en conflit avec la loi, il est très clair qu'elles ont eu une sévère expérience de la violence, dans l'enfance ou comme adultes. On a fait la même constatation au Canada chez les femmes des populations carcérales fédérales et provinciales, ainsi que chez les femmes en surveillance communautaire (Comack, 1993; Shaw, 1991 (b), 1994).

 

De victime à délinquante

Plusieurs études récentes ont établi les liens entre le passage du statut de victime ou de personne sur la défensive à celui de délinquante ou de victimisante, parmi les femmes délinquantes (Chesney-Lind, 1989; Arnold, 1990; Gilfus, 1992; Higgs, Canavan and Meyer, 1992). Dans une étude américaine, Gilfus (1992) fait valoir que la marginalité économique, sociale et politique contribue à expliquer le fait qu'il y a un chevauchement entre le fait d'être victime de violence et celui d'être condamnée pour une infraction violente :

« En effet, le processus de criminalisation des femmes est rattaché de façon complexe à la position subordonnée de la femme dans la société, où la victimisation par la violence, associée à la marginalité économique rattachée à la race, à la classe et au sexe, brouillent bien trop souvent les frontières entre les victimes et les délinquantes. » (p. 86)

En étudiant les liens entre le fait d'être victime, de survivre et de tomber dans la criminalité, Gilfus a trouvé, dans son étude, que la plupart des femmes incarcérées ont quitté la maison pour échapper à de mauvais traitements physiques ou sexuels, se sont tournées vers des activités illégales, dont la prostitution, en vue de survivre, et ont été à leur tour les victimes d'amis, de clients, de souteneurs, de revendeurs de drogues et de la police.

« Lorsque les femmes ont été violentées et exploitées aussi sévèrement et aussi souvent que les femmes de cette étude, on doit se demander comment ces expériences de violence affectent le développement des femmes et leur orientation morale au monde. Lorsque la victimisation extrême est accompagnée de pauvreté et de discrimination raciale, les femmes peuvent n'avoir que bien peu d'options pour leur survie selon des avenues légales, et peuvent trouver un sens à l'appartenance et à l'engagement relationnel dans le monde de la criminalité de la rue, lorsqu'elle ne peut être obtenue ailleurs. » (Gilfus, 1992, p. 86)

Ainsi, parmi les femmes qui entrent dans le système judiciaire, l'expérience de la violence dans les situations quotidiennes est plus commune dans certains groupes que dans d'autres. Les femmes ayant un passé économique et social des plus pauvres sont plus sujettes à faire l'expérience journalière de plus de violence que les autres, comme le sont les minorités raciales. Elle peut être causée par des partenaires ou des amis, aussi bien que par des connaissances et des clients, au travail et dans les transactions de la rue. Et, indépendamment de l'enfance, les expériences de violence, de prostitution, d'alcool et de drogue font toutes courir aux femmes impliquées dans de telles activités de plus grands risques de violence qu'aux autres.

 

Alcool et drogues

Le rôle de la toxicomanie dans les agressions et la violence est essentiel pour ce qui est de l'augmentation des réactions agressives et de la levée des inhibitions (Reiss and Roth, 1993). Maden, Swinton et Gunn (1994 (a)) notent une fréquence plus élevée de problèmes de toxicomanie en Angleterre et au pays de Galles parmi les populations carcérales de femmes que parmi celles d'hommes (22 % et 10 % respectivement). Brownstein et al. (1994), sur la base d'un petit groupe de femmes purgeant des peines pour meurtre ou homicide involontaire coupable dans l'État de New York, soulignent la prévalence de la toxicomanie comme un facteur important de leurs infractions; d'autres études américaines concernant des femmes accusées de meurtre le font aussi (Goetting, 1987; Mann, 1990 (a)). Steffensmeier (1995) fait remarquer qu'une plus grande proportion de femmes incarcérées que d'hommes ont commis leurs infractions sous l'influence de drogues ou de l'alcool.

La toxicomanie parmi les délinquantes sous responsabilité fédérale a été étudiée de façon approfondie par Lightfoot et Lambert (1991) et par Kendall (1993), mais pas en relation avec un comportement violent. Loucks et Zamble (1994), dans une comparaison préliminaire entre les hommes et les femmes détenus sous responsabilité fédérale, ont trouvé des taux plus élevés d'alcoolisme parmi les hommes, et de toxicomanie chez les femmes. Moyer (1992) a remarqué une fréquence beaucoup plus élevée de l'association de l'alcool à des accusations de meurtre ou d'homicide involontaire coupable parmi les Autochtones que parmi les non-Autochtones. Seabrooke (1993) a examiné de près la relation entre l'alcool, les drogues, l'usage du tabac et la colère parmi les femmes d'une communauté et il a découvert que l'utilisation de médicaments de prescription était plus élevée chez les femmes qui se sentaient en colère et parmi les femmes âgées qui boivent davantage. La plupart des chercheurs voient la toxicomanie parmi les femmes comme symptomatique d'autres aspects de leur vie (par exemple, Lightfoot et Lambert, 1992).

 

Résumé

Les études de la violence exercée par les hommes semblent se déplacer des explications par une théorie unique vers des façons de l'aborder plus intégrées, qui tiennent compte des caractéristiques situationnelles, des facteurs sociaux et économiques ainsi que des facteurs interpersonnels. On porte de plus en plus attention à l'élaboration d'une compréhension de l'utilisation faite par les femmes de la colère, de l'agression et de la violence, tout en reconnaissant que la plupart des travaux dans ce domaine ont été élaborés en se fondant sur les hommes. On identifie des modèles différents de socialisation et d'éducation pour les hommes et pour les femmes, qui encouragent les hommes à utiliser l'agression et les femmes à la réprimer. L'emploi de l'agression par les femmes se caractérise comme étant principalement expressive, et son utilisation par les hommes instrumentale, pour obtenir la suprématie. Ainsi, l'emploi de la colère et de l'agression, les manières de les exprimer, les réactions à leur usage et les renfoncements sociaux de ces comportements sont très différents pour les deux sexes. L'expérience de la violence dans l'enfance ne conduit pas inévitablement à son utilisation une fois adulte; néanmoins, une proportion élevée des femmes qui se trouvent dans le système de justice pénale auront fait l'expérience de certaines formes de mauvais traitements physiques ou sexuels dans l'enfance ou comme adultes. Les études à base carcérale montrent un lien entre la victimisation des filles et la criminalisation, les rendant plus vulnérables à la violence des rues. L'alcool et particulièrement l'usage des drogues sont clairement associés à la violence exercée par les femmes.