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Comprendre la violence exercée par des femmes : Un examen de la documentation

Étude de l'agression et de la violence exercées par des femmes

A. La violence à la maison
B. Études fondées sur les infractions
C. Études relatives aux établissements

Cette section examine la documentation concernant la violence exercée par des femmes selon trois catégories principales : a) les études de la violence à la maison; b) les études fondées sur les infractions; c) les études concernant les établissements. À l'exception des mauvais traitements aux enfants, la plupart des auteurs s'entendent pour dire que relativement peu d'études ont été publiées au sujet des agressions ou de la violence exercées par des femmes, reflétant la rareté de la violence des femmes, et l'intérêt dominant à expliquer la violence des hommes.

 

A. La violence à la maison

La recherche relative à la violence familiale est rendue difficile par plusieurs des problèmes identifiés à propos de la violence criminelle. Ceux-ci comprennent l'isolement des différentes disciplines comme la médecine, la psychologie ou le travail social, qui oeuvrent dans ce domaine; les limites des explications individuelles; le peu de comptes-rendus par suite de la tradition de la vie privée familiale; les limites des définitions, des méthodes de classification et du recueil des données; l'aveuglement à l'égard du sexe (McCall and Shields, 1986; Schwartz, 1989; Ohlin and Tonry, 1989; Dougherty, 1993; Reiss and Roth, 1993).

L'expression « violence familiale » comprend la prise en compte des mauvais traitements physique, sexuel et psychologique entre n'importe lequel des membres d'une famille mais, en pratique, on se concentre surtout sur la violence physique exercée par des hommes à l'encontre de leur partenaire et des enfants (Ohlin and Tonry, 1989; Strauss, 1987; Light, 1987; MacLeod, 1987; DeKeseredy and Hinch, 1991). Toutefois, un important secteur de discussion s'est récemment concentré autour de la question des contributions relatives des hommes et des femmes à la violence à la maison, permettant à certains chercheurs de prétendre que les femmes font usage de violence à la maison tout autant que les hommes. Par exemple, Straus et Gelles (1990) prétendent, en se fondant sur les données d'une enquête américaine, que « par contraste avec leur comportement hors de la famille, les femmes sont aussi violentes que les hommes dans le milieu familial » (p. 11) et une étude manitobaine de Sommer, Barnes et Murray (1992) avance les mêmes affirmations. Il est toujours nécessaire pour les autres d'affirmer que :

« La violence contre les épouses... est souvent continuelle et sévère et se produit dans un contexte constant d'intimidation et de coercition, et elle est liée de façon inextricable à des tentatives pour dominer et diriger les femmes. » (Dobash, Dobash, Wilson and Daly, 1992, p. 71)

Une bonne partie de la dispute se centre autour de la méthodologie utilisée, en particulier la Conflict Tactics Scale (CTS) élaborée par Gelles (voir Straus and Gelles, 1990), et la supposition que la violence exercée par les hommes et les femmes peut être considérée comme le même phénomène, que leur autorité, leurs responsabilités et leur statut sont les mêmes dans la famille et que leurs modèles de socialisation, en relation avec l'utilisation de l'agression ou de la violence, sont les mêmes (Dobash et al., 1992; Dougherty, 1993; Campbell, 1993). Ainsi, Dobash et al. (1992) soulignent qu'en « mesurant » les incidents violents commis par les maris et les épouses, la CTS néglige de considérer les « intentions, les interprétations et les antécédents des relations entre les personnes » (p. 79) et qu'elle ne peut mesurer la violence à répétition continue associée aux coups. Faith (1993) remarque que l'étude manitobaine (Sommer et al., 1992) a inclus des femmes lançant des objets, mais pas nécessairement contre leur partenaire, dans la définition de la violence.

En se fondant sur le résultat le plus sérieux de la violence à la maison, le meurtre, les preuves soulignent clairement les conséquences fort différentes de cette violence pour les hommes et pour les femmes (Cote, 1991; Dobash et al., 1992; Wilson and Daly, 1993) :

« Les hommes tuent souvent leur épouse après de longues périodes de violence physique accompagnée d'autres formes de mauvais traitements et de coercition; dans ces cas, les rôles sont rarement inversés, si tant est qu'ils le soient jamais. Les hommes accomplissent des familicides, tuant épouse et enfants ensemble; les femmes ne le font pas. De façon habituelle, les hommes poursuivent et tuent la femme qui les a quittés; rarement les femmes en font autant, si tant est qu'elles le fassent. Les hommes tuent leur épouse dans le cadre d'un meurtre-suicide planifié; on n'a presque jamais entendu parler d'actes semblables accomplis par des femmes. Les hommes tuent en réaction à des révélations sur l'infidélité de leur femme; les femmes ne réagissent presque jamais de cette façon, bien que leur conjoint soit souvent adultère. Il y a des preuves écrasantes démontrant qu'une grande proportion des meurtres de leur conjoint accomplis par des épouses sont des actes d'auto-défense, alors que ce n'est presque jamais le cas de ceux commis par des hommes. » (Dobash et al., 1992, p. 81)

Dobash et al. (1992) signalent aussi qu'une partie des affirmations prônant l'équivalence de la violence exercée par les hommes et par les femmes reposent sur des taux identiques d'homicides du conjoint aux États-Unis, une situation qui est particulière à ce seul pays, comme l'ont démontré Wilson et Daly (1993) pour le Canada. C'est aussi un fait bien reconnu que les conséquences de la violence des hommes et des femmes à la maison sont aussi plus sérieuses pour les femmes (Stets and Straus, 1990; Reiss and Roth, 1993). Au Canada, les femmes comptent pour 80 à 90 % des victimes d'agressions et d'agressions sexuelles entre partenaires (Johnson, 1989). Même ceux qui soutiennent que les femmes sont violentes à la maison concluent que « les maris en tant que victimes ne forment qu'un extrêmement petit montant des incidents provoquant des blessures sérieuses mais non mortelles » (Straus and Gelles, 1990).

Faith (1993) indique que ce n'est que récemment que l'on a reconnu la violence entre des partenaires de même sexe, mais qu'il n'y a aucune preuve démontrant que les partenaires « masculinisés » soient plus agressifs que les partenaires « féminisés », ni aucune association entre lesbianisme et violence (Lobell, 1986; Brooks, 1981, cité par Faith, 1993).

Et donc, comme pour toutes les formes de violence, la prédominance de la violence masculine a signifié que la plupart des recherches se sont centrées sur les caractéristiques des hommes qui maltraitent physiquement, sur la démonstration de leur plus grande contribution à la violence à la maison et sur les explications qui soulignent leur pouvoir et leur autorité sur les femmes. On a écrit peu de chose au sujet des femmes qui sont violentes envers leur partenaire, sauf dans le cas de meurtre (Campbell, 1993; Dougherty, 1993). Comme Campbell (1993), Stets et Straus (1990) suggèrent que la violence exercée par les hommes contre leur partenaire est instrumentale, en vue de maintenir leur autorité, tandis que celle des femmes est une expression de leurs frustrations ou de leur stress.

Ce ne sont pas seulement les auteurs féministes, ou les auteurs se plaçant dans la perspective des femmes victimes de mauvais traitements, qui avancent ces opinions. Reiss et Roth (1993) concluent que la théorie féministe qui met l'accent sur la répartition inégale du pouvoir dans la famille est l'une des voies les plus fructueuses conduisant à la compréhension de la violence familiale et à l'élaboration de programmes de prévention et d'intervention.

Enfants maltraités par des femmes

Les chercheurs n'ont pas ignoré les mauvais traitements infligés aux enfants, en tant que problèmes sociaux sérieux demandant compréhension et intervention. Même si les recherches sont considérables, le sexe est rarement un indicateur conceptuel (pour trouver une exception, voir McCall and Shields, 1986).

Les études des mauvais traitements aux enfants, effectuées par des féministes, se sont concentrées presque uniquement sur des perpétrations faites par des hommes, une démarche qui, de l'avis de Gordon (1987), devrait être dépassée. Dougherty (1993, p. 94) fait remarquer que les mauvais traitements aux enfants par des femmes ont été « pratiquement ignorés » par les chercheurs qui adoptent un point de vue basé sur la femme, ne gardant comme explications que « des facteurs psychiatriques sexuellement neutres et des défauts dans la structure du caractère ».

« Défendre les femmes contre la violence est si urgent que nous craignons que les femmes ne perdent leur statut de `victimes' méritantes, si nous reconnaissons les agressions commises par les femmes elles-mêmes. Cette complexité est particulièrement marquée dans le cas des mères, parce qu'elles sont simultanément victimes et victimisantes, dépendantes et source de dépendance, faible et puissante. » (Gordon, 1987, p. 69)

Il y a néanmoins des exceptions, comme le suggère Washburne (1983) :

« Les féministes ont reconnu que les femmes sont à l'occasion violentes envers les hommes et elles comprennent que la violence est le résultat de pressions sociétales et interpersonnelles sur les femmes. La violence des femmes envers les enfants a besoin d'être reconnue et étudiée dans le même contexte. Les mauvais traitements exercés par des femmes envers des enfants proviennent directement de leur propre oppression dans la société et dans leur famille. » (p. 291)

Aucune définition de l'enfance maltraitée n'a été généralement acceptée (Garbarino, 1989; Lenton, 1990) et il n'existe pas de cohérence dans l'emploi de termes qui peuvent inclure l'abandon, les mauvais traitements, l'agressivité, les sévices, la violence physique et même la violence éventuelle. Certains chercheurs incluent la fessée dans la violence, d'autres l'en excluent. Cette incohérence crée des problèmes méthodologiques et théoriques (Keller and Erne, 1983).

L'ampleur de la violence des femmes envers des enfants

Puisque les femmes assurent la plus grande part du soin des enfants, elles sont donc moins exposées à figurer dans les statistiques concernant les mauvais traitements. Ainsi, en Angleterre et dans le pays de Galles, Heidensohn a mentionné (1992) que, de 1983 à 1987, les mères naturelles étaient impliquées dans 33 % des cas de mauvais traitements physiques et les pères naturels dans 29 % des cas. Cependant, en tenant compte de la personne avec qui vivait l'enfant, les pères étaient impliqués dans 61 % des cas et les mères dans 36 %. Comme le fait remarquer Gordon :

« Étant donné que les hommes passent généralement beaucoup moins de temps avec les enfants que les femmes, ce qui est remarquable, ce n'est pas que les femmes soient violentes avec les enfants mais que les hommes soient responsables de près de la moitié des mauvais traitements aux enfants. » (1987, p. 69)

Aux États-Unis, Gelles (1987) a étudié la violence exercée contre les enfants dans un petit échantillon de familles connues des organismes et de la police pour leur violence, et dans un groupe qui n'avait pas cette identification. La plupart des actes violents comportaient la fessée ou les gifles. Sans surprise, il a trouvé que les mères, qui assurent principalement la garde et la discipline, étaient le parent le plus agressif physiquement. Les études portant sur les programmes de traitement des enfants maltraités ont aussi trouvé une surreprésentation des femmes, puisqu'ils ont tendance à se tenir de jour, lorsque les pères ne peuvent y participer (Dougherty, 1993). De plus :

« Les femmes sont toujours concernées, parce que même si les hommes sont les coupables, les femmes sont habituellement les principales gardiennes qui, par définition, n'ont pu, dans une certaine mesure, protéger les enfants. » (Gordon, 1987, p. 69)

Toutefois, et le fait est intéressant, tandis que s'accroît le nombre de ménages monoparentaux tenus par une femme, le taux de violences sévères dans la famille décroît. Ethier, Palacio-Quintin et Jourdan-Ionescu (1992) font valoir que les trois-quarts des cas de mauvais traitements aux enfants comprennent l'abandon plutôt que la violence.

Néanmoins, certaines mères sont violentes avec leurs enfants. D'après Gordon (1987), cela signifie que « les recherches concernant les mauvais traitements aux enfants deviennent plus intéressantes et plus stimulantes pour les féministes ». La question devient donc « qu'est-ce qui motive la fureur des femmes et leur abus de pouvoir ? ».

Les mères qui infligent de mauvais traitements à leurs enfants sont le plus souvent l'objet d'études cliniques qui tendent à être « aveugles à l'égard du sexe », en négligeant de prendre en considération les différences entre les expériences des hommes et celles des femmes dans la famille (Milner and Crouch, 1993). Les études à base individuelle n'ont pas identifié un profil psychologique clair des parents qui maltraitent leurs enfants (Lenton, 1990); Milner et Crouch (1993) concluent que moins de 10 % de tous ceux qui maltraitent les enfants aux États-Unis souffrent de désordres psychiatriques. Les caractéristiques des parents qui maltraitent des enfants, identifiés dans ces études, comprennent une hyperréaction aux écarts de conduite des enfants (Bradley and Peters, 1991), un sens d'incompétence générale, une perte de la maîtrise de sa propre vie, une détresse et une dépression généralisées, l'angoisse, la solitude, des troubles occasionnels de la pensée et une inaptitude à faire face aux exigences ordinaires, pour ne pas mentionner les exigences extraordinaires. (Meier (1995), dans Dougherty, 1993, p. 102). Dougherty remarque que :

« La manifestation de ces types particuliers de comportement et d'émotions par des femmes est mieux comprise comme la manifestation d'un état général chez les femmes qui se conforment aux attentes normatives que le patriarcat a fixé pour elles, plutôt que comme la manifestation d'un caractère anormal partagé par les parents infligeant de mauvais traitements. » (p. 103)

Les explications intergénérations suggèrent que la majorité des femmes qui maltraitent leurs enfants sont elles-mêmes maltraitées, qu'elles peuvent recréer un style disciplinaire qui comporte la violence, qu'elles héritent des mêmes réalités sociales comme la pauvreté ou l'isolement qui conduisent à la frustration et à l'agression, ou réagissent agressivement à la détresse d'un enfant qui leur rappelle la leur (Lenton, 1990; Ney, 1988). Cependant, comme l'a souligné l'étude de la section précédente, le passage de l'état de victime à celui de victimisante n'est ni direct ni clair. Oldershaw, Walters et Hall (1989, p. 258) citent des données qui révèlent « des tendances agressives, non complaisantes » chez des enfants maltraités, aucune différence entre des enfants maltraités et des enfants qui ne le sont pas, ou trouvent que des enfants maltraités sont plus accommodants que les autres.

Les explications culturelles suggèrent que certaines cultures peuvent sanctionner la violence envers les enfants. Lenton (1990) mentionne que certains parents croient souvent qu'ils « disciplinent » leurs enfants de la bonne façon, et non qu'ils les « maltraitent ». Pour ce qui est des facteurs situationnels, DeKeseredy et Hinch (1991) signalent que les sociologues canadiens ont consacré peu de temps à étudier l'enfance maltraitée. Toutefois, les études sur le rôle du stress (Milner et Crouch, 1993), du désavantage socio-économique (Ethier et al., 1992-1993; Friedrich et Wheeler, 1982), de l'isolement et du manque de soutien (Lovell et Hawkins, 1988) ont toutes apporté des résultats clairs. Dans l'ensemble, dans un examen approfondi des théories sociales et structurales concernant la violence familiale, McCall et Shields (1986) concluent que même si elles peuvent ou non expliquer la violence, elles « éclairent la manière dont la violence est possible dans la famille » (p. 99).

Exploitation sexuelle des enfants

Les renseignements concernant l'exploitation sexuelle des enfants par des femmes sont rares, qu'ils proviennent de rapports relatifs à des crimes, des enquêtes auprès d'échantillons cliniques ou de populations prises au hasard, bien qu'il y ait des indications d'un intérêt croissant pour cette question. Le Virginia Child Protection Newsletter (VCPN) (1989) rend compte que 4 % des délinquants participants à Dallas à un programme de traitement contre l'inceste étaient des femmes, ainsi que 4 % des auteurs d'exploitation mentionnés dans un échantillon de femmes pris au hasard. Les études qui existent sont ordinairement fondées sur de très petits échantillons, par exemple chez Johnson (1989), ou des études de cas unique, comme par exemple chez Higgs, Canavan et Meyer (1992). Knopp et Lackey (1987) ont collationné 44 programmes de traitement d'auteurs d'exploitation sexuelle et fourni un rapport détaillé de certains problèmes de mesure de fréquence. Finkelhor et Russell (1984), en se fondant sur deux études de fréquence, ont estimé que quelque 14 % des violences sexuelles contre des garçons ont été commises par des femmes et 6 % des agressions contre des filles. Toutefois, les définitions utilisées dans ces études sont souvent vagues ou trop inclusives. C'est ainsi qu'une étude mentionnée par Finkelhor et Russell (1984) classe des femmes comme auteur de violence sexuelle si elles permettent que leurs enfants subissent des violences sexuelles.

Mathews, Matthews et Speltz (1991) font la distinction entre les femmes qui ont été contraintes à commettre des infractions par des hommes, celles qui l'ont « appris » sans coercition et celles qui ont des antécédents conséquents de violence sexuelle familiale.

On trouve certaines indications selon lesquelles il est plus probable que les femmes commettant des agressions sexuelles aient été elles-mêmes agressées sexuellement que ne le furent les agresseurs masculins. Knopp et Lackey (1987) ont trouvé qu'entre 93 % et 100 % des femmes en traitement, ayant commis des agressions, ont été agressées sexuellement. Johnson (1989) étudie certains documents dans son étude personnelle de 13 filles, âgées de 4 à 13 ans, dans un programme concernant les agresseurs sexuels. Elle a trouvé que toutes celles incluses dans son étude ont été agressées sexuellement, la plupart par des membres de leur famille, et qu'elles viennent de familles ayant des antécédents d'agressions sexuelles et physiques, et de toxicomanie. Néanmoins, il est évident que la plupart des femmes qui ont fait l'expérience d'agression sexuelle dans leur enfance, ne se livrent pas elles-mêmes à des agressions. Higgs et al. (1992) suggèrent que ceci s'explique par les modèles de socialisation des femmes qui insistent sur les soins et l'éducation.

C'est pourquoi, la plupart des auteurs indiquent une constellation de facteurs associés à la violence à la maison, y compris le stress, l'apprentissage social et la transmission familiale de la violence, l'isolement social, la toxicomanie et la pauvreté. Peu d'entre eux insistent sur les effets différentiels de ces facteurs sur les femmes.

 

B. Études fondées sur les infractions

En ce qui concerne les crimes violents, les quelques études portant sur la violence des femmes se sont habituellement portées sur des faits spectaculaires comme le meurtre et l'infanticide. D'autres formes de violence, comme les voies de fait et le vol, ou la violence exercée par des filles, ont été ignorées dans une large mesure.

Filles et adolescentes

« Les études concernant l'expression naturelle de la violence par les filles sont pratiquement inexistantes. » (Campbell, 1982, p. 138) Les rares études faites sur les brutalités à l'école (Pulkkinen and Saastamoinen, 1986) suggèrent que, comme pour les autres formes de comportement agressif, elles sont deux fois plus répandues chez les garçons. De manière traditionnelle, les études portant sur la délinquance ont exclu les filles. Parmi celles qui ont comparé les garçons et les filles, apparaît avec évidence un niveau beaucoup plus faible de comportement violent chez les filles que chez les garçons (par exemple, Gomme, 1985, dans Simourd and Andrews, 1994; Kersten, 1990).

Campbell (1982, 1986, 1993) a étudié sous tous ses aspects la motivation des combats chez des filles d'ouvriers. D'après elle, on a tendance à interpréter les batailles chez les adolescentes comme « une activité chaotique reflétant une pathologie individuelle ou une socialisation inadéquate », plutôt que comme un comportement significatif établissant leur place dans l'ordre social (Campbell, 1982, p. 138). Elle conclut qu'en Angleterre et au pays de Galles, ces combats, comme ceux des garçons, contribuent à établir et à maintenir publiquement le respect de soi et un statut social. Elle signale qu'aux États-Unis, on estime qu'environ 10 % des membres de bandes sont des femmes (1993, p. 125) et que cela a toujours été une caractéristique de la vie des bandes. Elle a trouvé que les filles des bandes de New York étaient moins concernées que les garçons par l'emploi de l'agression et de la violence criminelle pour obtenir de l'argent. Leur emploi de l'agression visait à maintenir leur statut et leur réputation et à se protéger elles-mêmes de la victimisation. La bande leur offrait acceptation et sécurité. Campbell fait valoir que la crainte de perdre l'une et l'autre est transformée en belligérance — un glissement de l'agression expressive à l'agression instrumentale :

« La maîtrise de soi et le fait de réfréner la colère ne préviennent nullement de la victimisation. Elles en viennent donc à voir l'agression comme un moyen de dominer d'autres personnes. Elle devient instrumentale... L'incontestable loi de la rue, c'est de se battre ou d'être battu. Le raisonnement qui conduit les femmes à cette utilisation instrumentale de l'agression n'est pas limité aux bandes. Partout où les femmes sont aux prises avec une exploitation brutale qui détruit leur croyance dans les valeurs de confiance et d'intimité, elles y seront poussées. » (p. 140)

Cependant, cette expérience américaine ne saurait être regardée comme universelle. Lagree et Fai (1989), parlant des filles dans les bandes de rue de Paris, ont conclu qu'elles occupaient une position subordonnée en relation avec les hommes jeunes de la bande, reflétant la répartition des rôles d'après les sexes dans la société des ouvriers d'où elles provenaient. Elles ne participaient pas à des combats et, en fait, en étaient exclues.

L'attention récente des médias américains s'est concentrée sur l'apparition des « bandes de filles », associées au trafic de la drogue et à la violence (Maher and Curtis, 1995). Chesney-Lind (1992, dans Faith, 1993), comme d'ailleurs Maher et Curtis, fait remarquer que leur existence a, dans une grande mesure, fait l'objet d'une promotion par les médias, et qu'il existe peu de preuves à l'appui d'une nouvelle vague de femmes violentes. Même si les filles s'engagent dans des actes violents dans les rues, elles courent plus de risques d'être les cibles que les initiatrices.

Infanticides/meurtres d'enfants

Comme cela a été indiqué plus avant, dans ce domaine, l'interprétation des différences selon le sexe est difficile parce qu'il est plus probable que les femmes s'occupent des enfants, même en tant que mères célibataires, et passent plus de temps avec eux. Reiss et Roth (1993) signalent qu'aux États-Unis, les bébés et les jeunes enfants courent plus de risques d'être tués par leur mère que par leur père, en partie à cause du rôle de gardiennage plus important des mères. Les morts d'enfant seront aussi plus probablement le résultat d'une combinaison de circonstances et d'acteurs, comme par exemple un parent individuel, les deux parents, un petit ami, des beaux-parents et des grands-parents, des parents adoptifs et des gardiennes d'enfants (Greenland, 1987). Elles peuvent être le résultat d'un événement unique ou d'une longue histoire d'enfant battu ou abandonné. Dans des cas rares, elles peuvent être identifiées avec une pathologie sévère (par exemple, le syndrome de Munchausen, Schreier and Libow, 1993).

Greenland (1987) a entrepris une étude détaillée de la mort d'enfants par mauvais traitements ou l'abandon, au Canada, au Royaume-Uni et aux États-Unis, et des nombreux problèmes de recherche dans ce domaine. Parmi les 100 cas examinés en Ontario, il a trouvé qu'un peu plus de femmes que d'hommes étaient responsables de la mort d'enfants, qu'elles avaient tendance à être plus jeunes que les auteurs masculins de ces meurtres et que les enfants étaient plus sujets à mourir par abandon que par suite de mauvais traitements. Les hommes étaient davantage les auteurs de blessures physiques infligées aux enfants. Au Royaume-Uni, parmi 68 morts, leurs auteurs étaient plus fréquemment des hommes.

Greenland insiste sur la diversité des circonstances de ces morts et sur l'importance d'étudier une population totale plutôt que les cas les plus extrêmes. Dans les deux échantillons, il attribue la plus grande proportion des morts au « syndrome des enfants battus », suivi par l'abandon d'enfant et l'homicide (c'est-à-dire un seul fait qui n'est pas relié à des antécédents de mauvais traitements). Dans les deux pays, il a également identifié les gardiennes d'enfants et les personnes s'occupant temporairement des enfants, comme un groupe particulier. Certains de ces facteurs associés aux enfants à risque élevé et à leurs parents ont aussi été identifiés. Il en conclut que, dans les trois pays, la proportion de décès attribuables à la maladie mentale était faible et qu'il existe un lien indéniable entre les morts par mauvais traitements aux enfants et abandon, et la pauvreté et les tensions familiales.

Morris et Wilczynski (1993), dans leur étude des mères qui tuent leurs enfants, indiquent qu'en 1989, en Angleterre et au pays de Galles, les enfants de moins d'un an comptaient pour 12 % de toutes les morts. La plupart de ces enfants avaient été tués par leurs parents. Entre 1982 et 1989, une analyse de tous les cas dont le suspect était un parent, soit 493 au total, indique que près de la moitié des enfants ont été tués par leur mère. Comme le soulignent les auteurs, ceci est en net contraste avec les autres types d'homicides pour lesquels les hommes sont plus nombreux que les femmes.

Ce qui ressort aussi à l'évidence des travaux de Wilczynski et de Morris, ainsi que de ceux d'autres auteurs (par exemple, Allen, 1987 (a) et (b)), est la façon différente dont ces hommes et ces femmes sont traités par les tribunaux. Parmi les individus accusés à l'origine de meurtre, plus de la moitié des pères ont été condamnés à l'emprisonnement, en comparaison de 10 % des mères. La grande majorité de ces mères ont été condamnées par la suite sous une accusation plus faible et ont obtenu des ordonnances de mise en probation ou en hôpital (psychiatrique). Ceci s'est fait en général sur la base d'une responsabilité réduite (au moment du crime, elles souffraient d'une anomalie mentale). Parmi les cas pour lesquels l'accusation d'origine était celle d'homicide involontaire coupable, à peine plus de la moitié des mères ont été condamnées à l'emprisonnement, en comparaison de la majorité des pères. Ainsi, dans l'ensemble, le système de justice pénale en Angleterre et au pays de Galles est moins enclin à condamner pour meurtre les mères qui tuent leurs enfants et moins enclin à les condamner à l'emprisonnement. Les auteurs suggèrent qu'aux États-Unis ces mères sont plus sujettes à recevoir une peine d'emprisonnement.

Ces mères qui sont condamnées à une peine d'emprisonnement ont tendance à être considérées comme de « mauvaises » mères, par contraste avec les autres mères qui sont, à part cela, de « bonnes mères », souffrant de certaines formes de troubles de la personnalité ou de dépression. Morris et Wilczynski concluent que cette tendance à considérer le comportement violent des femmes comme non naturel ne contribue finalement pas à aider les femmes. Comme Greenland (1987), ils font valoir que les raisons pour lesquelles des mères peuvent tuer leurs enfants sont « nombreuses et variées », et que des femmes « normales » peuvent tuer leurs enfants lorsqu'elles « sont confrontées à des circonstances sociales et économiques suffisamment difficiles » (p. 215). L'accent mis sur la pathologie des mères détourne l'attention de la pauvreté et de l'isolement dans lesquels ces mères vivent bien souvent et de leur manque de pouvoir social et économique dans une société qui considère toutes les femmes comme des mères naturelles, ainsi que le font valoir ces auteurs.

Husain, Anasseril et Harris (1983) ont trouvé, dans une étude consacrée à 23 femmes ayant commis des homicides, admises pour une évaluation dans un hôpital psychiatrique, que celles qui ont tué un enfant étaient beaucoup plus jeunes que les autres. Korbin (1989), dans une étude portant sur neuf femmes emprisonnées pour avoir tué leur enfant, suggère que les morts suivent un modèle de mauvais traitements aux enfants, que les femmes ont donné des signaux avertisseurs à des professionnels, à des membres de la famille et aux voisins, après des incidents antérieurs, et qu'elles ont rationalisé et minimisé les mauvais traitements pour elles-mêmes. Son travail confirme ceux d'autres chercheurs dans ce domaine, en soulignant la « pléthore de conditions défavorables et les facteurs de risques », dans les antécédents et les circonstances réelles de la vie des femmes, y compris leurs antécédents personnels de mauvais traitements. En se basant sur d'autres travaux touchant ce domaine (par exemple, Daro, 1987; Fontana and Alfaro, 1987), elle suggère que la prévision de ces incidents mortels peut être impossible, mais que des interventions et l'éducation devraient être orientées au-delà des familles individuelles, vers les réseaux communautaires qui peuvent les soutenir, et rechercher les circonstances qui peuvent conduire à ces événements.

Meurtres et homicides involontaires coupables

Comme cela a déjà été mentionné antérieurement, le comportement violent des femmes le plus rare a reçu la plus grande attention. Il y a plus de dix ans, dans une étude des femmes victimes et auteurs d'homicides, Wilbanks (1982) faisait remarquer le manque relatif de bons exposés concernant les meurtres commis par des femmes et la confiance accordée à la mythologie ou à des stéréotypes sexuels au sujet des femmes, qui étaient généralement utilisés pour expliquer ces meurtres. De nouveau, indiquait-il, et comme Allen (1987) l'a aussi montré de manière convaincante, les explications des meurtres commis par des hommes l'ont été habituellement en se référant à une piètre socialisation ou à des facteurs économiques et financiers, alors que pour les femmes on se réfère à l'instabilité mentale ou à la pathologie.

Wilbanks a également noté les problèmes de l'interprétation « officielle » des données concernant les meurtres ou les homicides involontaires coupables, étant donné que l'accusation ou la condamnation elle-même reflète l'interprétation d'un événement qui, en d'autres circonstances, aurait pu être vu comme un accident; celle des limitations des études cliniques qui « expliquent » la motivation individuelle et celle des limitations des études basées sur les prisons qui étudient les caractéristiques des populations carcérales de femmes qui tuent. Toutes ces études souffrent de sérieux préjugés, suggérait-il. Les procédures sélectives qui ont pour résultat de faire porter une accusation, le type d'accusation, le verdict de culpabilité et le type de peine, tout cela filtre les cas qui peuvent donner un tableau plus équilibré des femmes dont les actions ont débouché sur une mort.

Comme cela a été indiqué, on a reconnu depuis longtemps que lorsque des femmes commettent un meurtre, il implique habituellement un proche partenaire ou un parent (Rasche, 1990; d'Orban, 1990). Depuis le début des années 1980, les études consacrées aux homicides commis par des femmes se sont accrues considérablement, la plupart d'entre elles étant américaines (Husain, Anasseril and Harris, 1983; Weisheit, 1986; Browne, 1986, 1987; Ewing, 1986; Goetting, 1987, 1988; Walker, 1989; Daly and Wilson, 1988, 1992; Wilson, Daly and Wright, 1990; Block, 1990; Jurik and Winn, 1990; Bannister, 1991; Silverman and Kennedy, 1993). La grande majorité de ces exposés, comme l'étude de la violence dans la famille le suggère, situent les meurtres commis par des femmes dans le contexte des antécédents de mauvais traitements subis dans leur famille, et comme des actes d'auto-défense (Browne and Williams, 1989).

Bien peu de ces exposés prennent en considération le meurtre d'un partenaire qui ne se conforme pas à ce modèle. Comme le remarquent Dobash et Dobash (1994) :

« Il y a quelques exceptions, bien entendu, à ce modèle... mais ces cas sont relativement rares en comparaison du modèle général... et ne poseraient pas un défi au modèle dominant établi statistiquement des homicides familiaux qui sont commis dans le contexte de la violence masculine. » (p. 17)

Aux États-Unis, il y a aussi un certain nombre d'études qui examinent en détail le taux apparemment élevé d'homicides parmi les femmes de race noire (par exemple, McClain, 1982-1983; Mann, 1990 (b)) et les liens avec l'usage de l'alcool ou de la drogue par les femmes condamnées pour le meurtre de leur partenaire (Mann, 1990 (a); Goetting, 1987; Brownstein et al., 1994; Blount et al., 1994). Ce dernier suggère que la toxicomanie des deux parties est davantage présente dans les situations où les femmes tuent un partenaire infligeant de mauvais traitements, que parmi les femmes victimes de mauvais traitements qui ne le font pas.

Peu d'exposés tiennent compte des meurtres en dehors de la situation familiale. Un certain nombre d'auteurs ont signalé que les meurtres multiples ou en série sont presque toujours, si ce n'est exclusivement, commis par des hommes (Skrapec, 1993; Gresswell and Hollin, 1994). D'autres exposés incluent des études discursives de cas notoires et leur interprétation par la presse et le public, dont le cas d'Aileen Warnos, caractérisé comme la première femme tueuse en série (Birch, 1993; Skrapec, 1993).

Études canadiennes de meurtres et d'homicides involontaires coupables

Au Canada, on a effectué un certain nombre d'études portant sur les homicides conjugaux d'hommes et de femmes (par exemple, Daly and Wilson, 1993; Wilson, Daly and Wright, 1990; Cote, 1991; Silverman and Kennedy, 1993), d'études « documentaires » de femmes qui tuent (par exemple, Priest, 1992; Vallee, 1986), de récits biographiques et autobiographiques (Walford, 1987; MacDonald and Gould, 1987) et d'études descriptives empiriques (Silverman and Kennedy, 1987, 1988, 1993; Nouwens, 1991; Moyer, 1992). Moyer, Nouwens, Silverman et Kennedy ont aussi documenté les différences entre les taux d'homicides commis par des femmes autochtones et non autochtones, et les liens entre les meurtres et l'alcool ou la toxicomanie.

Silverman et Kennedy (1993), en utilisant des données des années 1961 à 1990, compilées à partir de rapports de police relatifs à des meurtres, signalent que « la tendance des taux de meurtres commis par des femmes... est très stable depuis le début des années 1970 » (p. 146), tandis que ceux commis par des hommes ont considérablement augmenté. Ils confirment en outre que la plupart des homicides commis par des femmes ont lieu dans un contexte familial, 75 % des femmes délinquantes tuant des membres de leur propre famille, 40 % un partenaire et 22 % un enfant. Elles ont tendance à être relativement jeunes et les deux tiers d'entre elles sont mariées ou vivent en cohabitation. Presque toutes tuent seules (89 %) et seulement une victime (95 %). Les deux tiers sont de race blanche (65 %), mais 28 % sont des Autochtones.

Cette surreprésentation des femmes autochtones (et des hommes) est examinée de près par Sharon Moyer (1992) dans une étude comparative des meurtres et des homicides involontaires coupables commis par des Autochtones et des non-Autochtones, entre 1962 et 1984. En se servant des rapports de police sur ces incidents, elle a trouvé que 30 % de toutes les femmes suspectes étaient autochtones en comparaison de 18 % des hommes suspects. De plus, il y a eu une augmentation de la proportion des femmes autochtones suspectes entre 1962 et 1984, celle-ci passant de 12 % à 22 %, alors que parmi les femmes non autochtones, les taux ont peu augmenté (de 10 % à 12 %). Les rapports de police montrent également que les femmes autochtones étaient moins enclines à tuer quelqu'un dans une situation familiale que les femmes non autochtones (57 % en comparaison de 72 %). Parmi les jeunes délinquantes (ou celles de moins de 18 ans), il y a eu également une plus forte augmentation de la participation de filles autochtones au cours de la période de vingt années, que chez les non autochtones, bien qu'il soit important de souligner que le nombre total de jeunes délinquantes concernées était très petit (125).

Même si les renseignements concernant les condamnations sont très limités au Canada, Moyer suggère certaines différences importantes dans la façon dont les tribunaux traitent les femmes autochtones et non autochtones. Une analyse des données des tribunaux portant sur les années 1976 et 1980 a démontré que les femmes non autochtones étaient plus sujettes à être trouvées inaptes à subir un procès que les femmes autochtones, et que 21 % des premières ont été déclarées non coupables pour des motifs d'aliénation mentale, en comparaison de 2 % des femmes autochtones. Par ailleurs, lorsque les deux groupes de femmes ont été condamnées, plus de femmes autochtones ont été déclarées coupables d'homicide involontaire coupable et ont été condamnées à des peines plus courtes que les femmes non autochtones. Ces dernières ont été plus souvent condamnées à des peines d'emprisonnement à perpétuité pour des meurtres au premier degré ou au deuxième degré. Néanmoins, plus de la moitié des femmes des deux groupes ont été condamnées à une peine à purger en milieu ouvert ou à une peine sous responsabilité provinciale de moins de deux ans.

Nouwens (1991) fait état de modèles de condamnations et de sentences semblables, dans un examen de tous les cas de femmes ayant été condamnées à une peine sous responsabilité fédérale entre 1971 et 1990, pour motif de meurtre ou d'homicide involontaire coupable. Même si cette étude exclue les femmes qui n'ont pas été condamnées à une peine sous responsabilité fédérale, sur les 293 femmes de l'échantillon, 61 % d'entre elles étaient caucasiennes, 34 % autochtones (y inclus les femmes métis et les inuit) et les 5 % restant d'autres races. Elle a trouvé que 91 % des femmes autochtones ont purgé des peines en raison d'homicide involontaire coupable plutôt que de meurtre, en comparaison de 64 % des femmes non autochtones. Leurs peines étaient également plus courtes, dans une moyenne de 3,7 années en comparaison de 5,7 années pour les femmes non autochtones et, du fait que peu d'entre elles ont été déclarées coupables de meurtre au premier degré ou au deuxième degré, très peu ont été condamnées à des peines d'emprisonnement à perpétuité. Les femmes autochtones avaient aussi tendance à être plus jeunes que les autres et plus sujettes à purger leur première peine d'incarcération sous responsabilité fédérale.

Toutefois, comme l'a fait remarquer Moyer (1992), ces documents descriptifs ne peuvent faire entrer en ligne de compte les contextes sociaux dans lesquels les faits sont survenus, ni les changements sociaux et économiques qui ont affecté la vie des femmes autochtones au cours des 20 à 30 dernières années.

Sur la base d'un examen des dossiers de 85 femmes purgeant, en 1989, des peines sous responsabilité fédérale pour meurtre ou homicide involontaire coupable, la diversité des circonstances immédiates apparaît avec évidence (Shaw, 1992). Certaines ont tué un partenaire infligeant de mauvais traitements, ou une connaissance à la suite d'avances sexuelles; certaines ont tué un amant ou un membre de la famille d'un amant; d'autres ont tué quelqu'un dans une situation très complexe après des journées de beuveries ou d'usage de drogue et n'ont souvent aucun souvenir de l'événement; d'autres encore ont tué des clients ou des connaissances comme des souteneurs ou des vendeurs de drogue; peu d'entre elles ont tué un enfant, encore que ce ne soit pas toujours le leur; quatre femmes ont été déclarées coupables de meurtre en tant que partenaires d'un vol.

Walford (1987) et Priest (1992) tracent la biographie de femmes condamnées pour meurtre ou homicide involontaire coupable, au Canada. Eux aussi soulignent la variété des circonstances et des occasions concernées, illustrant que l'acte peut avoir été « accidentel » ou planifié, le résultat d'un long passé de mauvais traitements ou une réaction à une frustration insoutenable. Cependant, Priest se sent encore obligé de diaboliser et de distinguer les « meurtrières authentiques » des autres. Comme le fait remarquer Faith (1993), d'une manière générale, la plupart des documents concernant les femmes qui ont commis des meurtres ou des homicides involontaires coupables signalent le caractère ordinaire de la plupart des femmes qui le font et non leurs caractéristiques extraordinaires ou anormales.

Voies de fait et vols

Pat Carlen (1988) est l'une des rares auteurs qui n'a pas hésité à examiner le potentiel de violence des femmes, mais elle le fait dans le cadre de leur expérience de développement en tant que femmes adultes. Dans son étude de la carrière criminelle de 39 femmes ouvrières en Angleterre et au pays de Galles, elle a trouvé :

« qu'il y en avait parmi elles qui avaient commis toute la gamme des crimes les plus sérieux, dont des coups portés à des grands-mères ou à des bébés, des agressions, des vols à main armée, des incendies volontaires... » (p. 17)

Ceci n'est pas surprenant, étant donné qu'elle a choisi spécifiquement un échantillon lui permettant d'examiner la vie de détenues incarcérées pour une longue période. Un certain nombre d'entre elles ont été, adolescentes, membres de bandes mixtes turbulentes, dans lesquelles les batailles n'étaient qu'une source d'excitation. Elles avaient vécu dans des zones où prédominait la pauvreté et où le crime et la bataille étaient un mode de vie. Vingt-deux de ces 39 femmes avaient été placées dans des maisons pour enfants, retirées à la garde de leurs parents en raison de leur comportement ou pour des motifs familiaux, plutôt que pour avoir enfreint la loi. Elles ont choisi la délinquance comme une réaction au fait de se trouver elles-mêmes exploitées par suite de leur origine ouvrière, leur absence de disposition pour se conformer aux attentes concernant leur sexe et, dans certains cas, leur race. Carlen fait valoir que leur expérience dans un centre de garde, en particulier, a eu des conséquences très négatives.

Quatorze des 39 femmes ont été condamnées pour violence contre la personne (mais trois seulement pour vol). Interrogées pour savoir où elles avaient appris à se battre, la plupart ont dit qu'elles ont été contraintes à se battre ou à proférer des menaces de violence en vue de survivre dans le milieu familial, la vie des rues, le centre de garde, la surveillance de l'assistance, la maison de redressement (garde d'adolescents), la police ou la prison. Elles soulignent qu'elles n'ont utilisé la violence, en tant qu'adultes, que lorsqu'elles se sont senties menacées.

Warren et Rosenbaum (1986), dans une étude de suivi des femmes de Californie qui, adolescentes, ont été détenues pour leur situation et un comportement délictueux, a trouvé que toutes ont été des délinquantes adultes, dont 35 % ont été arrêtées en raison d'infractions violentes. D'un autre côté, les deux tiers de celles qui ont été arrêtées comme adolescentes en raison de violence n'ont plus été arrêtées comme adultes. Aux États-Unis, l'accroissement de la violence commise par des hommes et des femmes utilisateurs de cocaïne a fait l'objet de préoccupations plus récentes. Maher et Curtis (1995) examinent certaines de ces recherches dans leur étude portant sur les femmes et la cocaïne sous forme de crack, à New York, et ils citent Inciardi (1986) prétendant que la « nouvelle femme criminelle » est arrivée. Ceci est contredit par d'autres recherches (par exemple, Goldstein et al., 1991), qui indiquent que parmi les utilisateurs hommes, il y a une augmentation de l'emploi de la violence, mais que parmi les utilisatrices femmes il y a une augmentation de la victimisation. Mayer et Curtis confirment les constatations de Goldstein et concluent qu'il n'y a guère de preuves de l'existence d'une « Gansta » urbaine de femmes violentes :

« Ce sont les contextes quotidiens dans lesquels ces femmes travaillent qui fournissent la propension élevée à la violence, mais pas les femmes elles-mêmes. » (p. 161)

Peu de recherches ont été réalisées à propos des femmes accusées de vol. Immarigeon et Chesney-Lind (1992) signalent (encore que ce soit à partir d'études remontant jusqu'en 1977) que le rôle des femmes dans les vols est moins actif que celui des hommes et qu'elles n'en sont habituellement pas les initiatrices. Une étude plus récente de Sommers et Baskin (1991), mentionnée dans Maher et Curtis (1995), suggère que les drogues et des antécédents de prostitution sont des facteurs importants dans les vols commis par des femmes aux États-Unis.

Au Canada, Loucks et Zamble (1994), dans une étude choisie, ont indiqué des proportions plus élevées de femmes purgeant des peines sous responsabilité fédérale pour voies de fait, que d'hommes, et des niveaux plus faibles pour vols. Seules deux études ont pris spécifiquement en considération le vol. Girouard (1988) a examiné les caractéristiques des infractions commises par 13 femmes purgeant des peines pour vol, au Québec, en 1985. Il conclut que, tout en étant largement surpassée par le nombre d'hommes ayant commis des vols, la participation de ces femmes était généralement aussi sérieuse que celle des hommes, exigeant des combinaisons variées de planification, d'intimidation et d'agression. Plus des trois quarts ont agi avec un partenaire masculin mais n'en ont pas pour autant tenu un rôle marginal.

Dans la deuxième étude, plus large, Savard et Biron (1986) ont interrogé 19 femmes condamnées pour des crimes violents non familiaux, au Québec. Ils ont exclu les infractions impliquant un membre de la famille ou des cas faisant état d'aliénation mentale. Onze ont été condamnées pour vol à main armée, cinq pour homicide involontaire coupable, deux pour tentative de meurtre et deux pour enlèvement; mais ils soulignent que ces infractions violentes étaient une exception dans leur modèle de comportement délinquant. Même parmi celles ayant d'importants antécédents d'infractions, l'utilisation de la violence était sporadique et rare. Les preuves de violence et d'exploitation sexuelle dans leur enfance, les fugues hors de la maison et la survie dans la rue par le moyen de la drogue, du vol et de la prostitution étaient beaucoup plus communes.

 

C. Études relatives aux établissements

Peu d'études portant sur les populations de délinquants dans les établissements ont pris en considération les femmes violentes. Elles ont inclus des études descriptives de base de populations carcérales de femmes (Robertson, Bankier and Schwartz, 1987; Long, Sultan, Keifer and Schrum, 1984; Shaw, 1992, 1994); les différences entre les femmes délinquantes violentes et non violentes (Balthazar and Cook, 1984); les comparaisons entre les populations de délinquants sérieux d'hommes et de femmes (Loucks and Zamble, 1994); les enquêtes de diagnostics psychiatriques dans des populations carcérales d'hommes et de femmes (Maden, Swinton and Gunn, 1994), et de diagnostic psychiatrique et de violence (Brownstone and Swaminath, 1989).

Balthazar et Cook (1984) n'ont trouvé aucun facteur différenciant les femmes condamnées pour des infractions violentes et non violentes. Les exposés les plus détaillés ont tendance à être ceux fondés sur les évaluations psychiatriques et utilisant des mesures psychologiques ou psychiatriques normalisées. En général, elles se concentrent sur des diagnostics actuels ou passés de pathologie et sur des facteurs démographiques individuels, qui ne sont pas replacés dans le contexte de la vie des femmes. Plusieurs se fixent sur la découverte de longue date de niveaux plus élevés de troubles psychiatriques chez les femmes, par comparaison avec les populations carcérales d'hommes.

Un des exposés des plus récents et des plus détaillés préparé par Maden et al. (1994 (a), 1994 (b)) est fondé sur des échantillons de populations carcérales d'hommes et de femmes en Angleterre et au pays de Galles. On y reconnaît certains des problèmes des études portant sur des populations carcérales, dont le traitement différent des hommes et des femmes dans les tribunaux, qui influence les différences entre les sexes dans les populations carcérales, que les études d'échantillons sont partiales envers ceux qui purgent des peines de longue durée et que le personnel d'établissement individuel peut influencer les niveaux des diagnostics enregistrés. Les auteurs remarquent une fréquence plus élevée de troubles de la personnalité, de névroses, de handicaps mentaux, de toxicomanie et de blessures volontaires parmi les femmes que parmi les hommes; mais ils insistent sur le fait que ce ne sont pas toutes les femmes détenues qui souffrent de plus de désordres que les détenus masculins, ni que toutes avaient un plus grand besoin d'un traitement psychiatrique. Leur seule conclusion, en rapport avec les infractions violentes, est la relation de celles-ci avec des blessures volontaires (des tentatives de suicide ainsi que des coupures).

Une étude portant sur les femmes admises au Centre Remand de Winnipeg (Robertson et al., 1987) néglige de considérer la race comme une variable, alors qu'environ deux tiers de la population carcérale de femmes de la province sont vraisemblablement autochtones (Comack, 1993). Leurs conclusions, en rapport avec les infractions violentes, comportent une association avec la toxicomanie et l'alcoolisme, des antécédents de violence, un passé familial de crime, d'alcoolisme et de mauvais traitements physiques, une éducation et un statut socio-économique pauvres et une enfance perturbée.

Brownstone et Swaminath (1989) ont entrepris une étude rétrospective des femmes délinquantes admises en hôpital psychiatrique en vue d'une évaluation psychiatrique ou en vertu d'un mandat du lieutenant-gouverneur. Plus de la moitié de celles composant l'échantillon ont été accusées d'infraction violente. Ils ont trouvé que les femmes ayant des antécédents criminels de plus longue durée n'étaient pas plus violentes que les autres, et ils n'ont découvert aucune relation entre les types de crime et des diagnostics spécifiques. Ils ont reconnu que leur échantillon n'était pas représentatif et ont suggéré que la violence peut être un événement trop complexe pour que l'on puisse le prévoir en se fondant sur des variables démographiques. Ils suggèrent le besoin d'examiner les antécédents d'exploitation sexuelle et de mauvais traitements physiques ainsi que l'histoire familiale et d'autres facteurs en relation avec la criminalité.

Loucks et Zamble (1994) rendent compte des conclusions préliminaires d'une étude comparant des hommes et des femmes sélectionnés, détenus sous responsabilité fédérale et condamnés pour « crimes sérieux ». Ils n'indiquent pas comment ils ont choisi leur échantillon ni ne définissent « sérieux », et ils remarquent que les femmes incluses n'étaient pas représentatives des délinquantes féminines dans l'ensemble. Les principales différences qu'ils ont notées étaient la fréquence plus élevée de tentatives antérieures de suicide, de dépression et de toxicomanie parmi les femmes que parmi les hommes.

Julie Darke (1987), d'après son étude de 30 femmes délinquantes violentes à la Prison des femmes, souligne les mauvais traitements physiques prolongés et sévères et l'exploitation sexuelle qu'elles ont connus en grandissant, la plupart infligés par des membres de la famille ou des amis. Le plus souvent, mais pas toujours, les assaillants étaient des hommes et ces mauvais traitements se sont poursuivis pendant des périodes allant jusqu'à 15 ans. La réaction des femmes comportait une colère considérable et un manque de confiance dans les gens, surtout les hommes. Elles avaient tendance à se blâmer elles-mêmes pour leurs mauvais traitements passés et avaient le sentiment d'avoir perdu tout contrôle et d'être impuissantes.

« Étant donné les motifs légitimes de colère, on ne saurait être surpris que 73 % de ces femmes aient des problèmes de maîtrise de la colère et d'agression personnelle. Elles connaissent des périodes d'explosion. Dans la rue, les femmes ont tendance à réprimer la colère jusqu'à ce que se produise un événement qui déclenche une sorte d'éruption ou d'explosion. Certaines ne peuvent se permettre d'exprimer leur colère que sous l'influence de l'alcool ou de la drogue. » (Ibid., p. 143)

En prison, elles paraissent passives et renfermées la plupart du temps. La majorité d'entre elles ont des antécédents de dépression, de tentatives de suicide et de taillades, et de toxicomanie.

« Pour soulager leur sentiment d'impuissance, certaines femmes adoptent une apparence d'agressivité et d'invulnérabilité. Sous bien des aspects, cette façade est traditionnellement masculine. On y peut voir, pour certaines de ces femmes, la seule solution pour rompre avec leur rôle féminin stéréotypé de passivité et de vulnérabilité. » (Ibid., p. 144)

La violence dans les établissements

Il est important de faire une distinction entre une condamnation pour une infraction violente et l'utilisation de l'agression ou d'un comportement violent en prison. On reconnaît, par exemple, que les délinquantes condamnées pour meurtre et celles qui purgent des peines de longue durée risquent moins que les autres d'être accusées d'infraction à la discipline en prison (pour une discussion, voir Shaw, 1991 (a); Faith, 1993).

La plupart des études portant sur la violence en établissement, qu'il s'agisse d'hôpitaux, d'hôpitaux psychiatriques ou d'établissements correctionnels, soulignent le fait que les voies de fait sérieuses sont rares et qu'elles sont généralement commises par une petite minorité d'individus (Rice, Harris, Varney and Quinsey, 1989; Zamble and Porporino, 1988; Davies, 1991). Il s'agit habituellement de jeunes hommes dans des hôpitaux psychiatriques, ayant de « faibles aptitudes pour se débrouiller », enclins à s'infliger des blessures ou à tenter de se suicider, renfermés ou déprimés. Rice et al. (1989), en se fondant sur une étude de 15 années de la violence dans les établissements, remarquent que la grande majorité des documents se sont intéressés aux caractéristiques individuelles des auteurs de voies de fait. Ce n'est que plus récemment que l'on a envisagé des explications situationnelles ou structurelles.

Dans un examen récent, Davies (1991) fait valoir également que la violence dans les établissements est un phénomène interactif. La surpopulation, la provocation par le personnel ou d'autres détenus, l'inexpérience du personnel ou la tolérance de la violence sont tous des facteurs institutionnels qui interagissent avec les facteurs individuels et systémiques. Rice et al. ainsi que Davies soulignent le fait que le personnel n'a souvent pas conscience de déclencher un événement, tandis que les patients crient à la provocation. Les voies de fait sont souvent associées à des demandes d'action, des refus de demande ou l'imposition de sanction, de la part du personnel. Les auteurs concluent que les voies de fait résultent d'une interaction entre des facteurs tenant au milieu et des facteurs internes, et ne peuvent s'expliquer par la pathologie du patient.

Rice et ses collègues ont élaboré, sur la base de leurs conclusions, un programme de formation du personnel pour développer des aptitudes à traiter avec les patients et les situations, en se servant avec eux de modes d'interaction non restrictifs, non autoritaires et non provocants, et à identifier les facteurs situationnels associés aux voies de fait.

Violence exercée par des femmes incarcérées

Comme le remarque Axon (1989), plusieurs femmes délinquantes ont de lourds antécédents de mauvais traitements, au cours desquels elles étaient des victimes ou elles n'ont pas appris de moyens adéquats pour traiter avec la violence, ou les deux. « Plusieurs femmes souffrent de chagrin et de fureur ni reconnus, ni exprimés, qui peuvent échapper à leur contrôle. En prison, les conditions de vie sont stressantes et peuvent déclencher les craintes et les émotions sous-jacentes. » (p. 53)

Bien que dans certains pays les accusations d'infraction disciplinaire contre des hommes et des femmes incarcérés puissent être semblables, ou même plus élevées pour les femmes, il existe d'importantes preuves que les femmes sont plus souvent accusées que les hommes de comportement sans gravité et de violence beaucoup moins sérieuse (Lindquist, 1980; Hattem, 1984; Nesbitt and Argento, 1984; Mandaraka-Sheppard, 1986; Shaw, 1991a; Kersten, 1990). On trouve des taux plus élevés d'accusations disciplinaires dans les établissements à plus haute sécurité, dans les établissements de délinquants juvéniles et parmi les jeunes femmes célibataires. Les femmes sont plus enclines que les hommes à agir seules plutôt qu'en groupe. Les femmes qui purgent des sentences plus courtes sont plus souvent accusées que les détenues purgeant une peine de longue durée. Lindquist (1980) a trouvé que les hommes et les femmes ayant des antécédents d'incarcération comme adolescents faisaient davantage l'objet d'accusation que les autres.

Il y a aussi des preuves que, comme dans les établissements d'hommes, les femmes condamnées pour des crimes contre des enfants sont plus sujettes à subir les attaques d'autres détenues (Carlen, 1985; Faith, 1993).

En comparant des établissements pour adolescents et adolescentes, Kersten (1990) a trouvé de grandes différences dans l'ampleur et le type de comportement agressif et violent. Les filles avaient davantage tendance à se blesser volontairement ou à tenter de se suicider et moins tendance à se battre que les garçons. Il y avait aussi des attentes claires à propos du comportement « féminin » et d'un comportement « masculin » qui était pénalisé dans le cas des filles.

Dans la seule étude comparative détaillée de la discipline dans les prisons de femmes, Mandaraka-Sheppard (1986) a démontré que les habitudes organisationnelles, dont les méthodes punitives, la qualité des relations détenus/personnel, l'âge et l'expérience du personnel, un manque perçu d'autonomie et un manque d'encouragement pour un bon comportement étaient les principaux facteurs expliquant les accusations disciplinaires, et non pas l'âge, les antécédents d'infractions ou de comportement violent.

Son étude, portant sur des prisons en Angleterre et au pays de Galles, souligne l'importance des perceptions des événements par les détenus et la dynamique des interactions dans le cadre carcéral. Les détenus voient l'ennui et les provocations comme les principaux facteurs entraînant des batailles et des disputes. Le retrait de leurs droits, le favoritisme, l'injustice ou la victimisation sont vus comme la source principale des affrontements avec le personnel. La violence physique était plus élevée, de façon significative, dans les prisons à haute sécurité, était individuelle plutôt que collective et impliquait des femmes plus jeunes qui ressentaient l'établissement comme un milieu hostile.

« Les détenues qui réagissaient d'une manière provocante et celles dont le comportement prenait la forme de violence physique étaient plus enclines à interpréter les actions des autres, dans le milieu carcéral (qu'il s'agisse du personnel ou des détenus), comme hostiles et menaçantes pour leur autonomie, sans égard à leur degré de puissance estimée et à leur dossier antérieur de violence criminelle. » (Ibid., p. 203)

Mais la comparaison entre les institutions établit clairement que tous les établissements ne provoquent pas le même type de réactions de la part de ces femmes. De plus, Mandaraka-Sheppard insiste sur les conséquences négatives de l'étiquetage des femmes comme manipulatrices, violentes ou dangereuses, qui détermine les attentes du personnel, incite aux interprétations hostiles des actions et induit des résistances :

« La violence physique est bien plutôt le résultat de méthodes pénitentiaires dures, qui provoquent des réactions de défi de la part des détenues, qui en retour prennent la forme d'un comportement manifeste entraînant plus de punitions. » (Ibid., p. 203)

Un certain nombre d'auteurs ont signalé la tendance à médicaliser la violence des femmes dans les établissements et l'utilisation de médicaments pour traiter les femmes perçues comme étant violentes (Mandaraka-Sheppard, 1986; Sim, 1990; Hattem, 1992).

Blessures volontaires et suicides

Plusieurs études concernant les femmes indiquent que celles-ci sont plus enclines à se faire violence à elles-mêmes, sous la forme de tentative de suicide ou de taillades, plutôt qu'à d'autres personnes, et que ceci est particulièrement vrai pour les femmes incarcérées. Kersten (1990) a trouvé, en Allemagne et en Australie, une fréquence plus élevée de suicides et de blessures volontaires dans les établissements d'adolescentes que dans ceux d'adolescents. Loucks et Zamble (1994) signalent des taux plus élevés parmi les délinquantes sous responsabilité fédérale (48 % de tentatives antérieures de suicide) que parmi les détenus sous responsabilité fédérale (13 % de tentatives antérieures de suicide). Darke (1987) mentionne des antécédents de suicide et de taillades parmi les délinquantes violentes de la Prison des femmes. Maden, Swinton et Gunn (1994 (b)) font des constatations semblables parmi les hommes et les femmes incarcérés en Angleterre et au pays de Galles (32 % des femmes se sont antérieurement infligées des blessures ou ont tenté de se suicider et 17 % des hommes en ont fait autant). Ils confirment également d'autres constatations d'après lesquelles les blessures volontaires étaient aussi plus élevées chez les femmes condamnées pour des infractions violentes que chez les autres (Cookson, 1977; Wilkins and Coid, 1991).

Grossman (1992) tient compte de la fréquence disproportionnée de suicides parmi les femmes autochtones dans les populations sous responsabilité fédérale, et souligne l'importance de la reconnaissance de l'effet de l'établissement ainsi que des antécédents de violence et de discrimination qu'ont connus les femmes autochtones. Jan Heney (1990) fait valoir le niveau élevé d'enfants exploités sexuellement et ayant subi de mauvais traitements parmi les femmes de la Prison des femmes, qui se blessent volontairement ou tentent de se suicider.

Résumé

Cette section a passé en revue trois secteurs de recherche concernant la violence féminine : la violence à la maison, les études basées sur les infractions et les études dans les établissements. La documentation illustre les discussions et les différences considérables dans la démarche et les méthodes utilisées, et le manque d'accord concernant les définitions et les mesures.

Une bonne partie de la documentation se rapportant à la violence des femmes à la maison s'occupe de l'ampleur de cette violence et de savoir si les actions des hommes et des femmes peuvent s'équivaloir. Plusieurs auteurs suggèrent une constellation de facteurs associés à cette violence, dont l'apprentissage social et la transmission familiale de la violence, le stress, la pauvreté, l'isolement social et la toxicomanie. Les expériences différentielles des femmes et des hommes dans la famille, pour ce qui est de leur socialisation, de leur utilisation de la colère et de l'agression, et la répartition inégale de l'autorité et du statut sont vus comme les moyens les plus fructueux de compréhension de la violence et d'élaboration de programmes de prévention et d'intervention.

Les études fondées sur les infractions donnent des renseignements très inégaux au sujet de la violence des femmes, reflétant la nature arbitraire de plusieurs catégories. Une bonne partie des documents mettent l'accent sur l'infraction la moins fréquente, le meurtre, et en fonction de ses liens avec la violence familiale. La réaction différentielle des systèmes judiciaires envers les hommes et envers les femmes est évidente. Il n'existe que peu d'études concernant les adolescents, et les voies de fait et les vols commis par des femmes, mais elles suggèrent de lourds antécédents de mauvais traitements, de perturbations familiales, de garde en établissement, de toxicomanie et de crimes de la rue.

Les études dans les établissements, qui examinent la violence des femmes, comportent souvent des enquêtes démographiques et descriptives utilisant des mesures psychiatriques et psychologiques normalisées. Elles ne tiennent pas compte du cadre de la violence des femmes ou des problèmes de pathologisation du comportement des femmes. Parmi les femmes se servant de violence, on trouverait plus communément que chez les autres des antécédents de perturbation familiale et de mauvais traitements, de toxicomanie, de blessures volontaires et de tentatives de suicide.

Et pour finir, l'étude de la violence dans les établissements suggère que les différences entre le comportement des hommes et celui des femmes dans les établissements est en rapport avec la socialisation différentielle des hommes et des femmes, à propos de l'emploi de la colère et de l'agression. Les facteurs associés à la production d'événements disciplinaires, y compris les méthodes de gestion et d'organisation, semblent être semblables dans les établissements d'hommes et de femmes. Même s'il existe de nombreux problèmes dans la comparaison de la violence et de la discipline dans les établissements d'hommes et de femmes, la taille, le style de gestion, les relations détenus-personnel et la formation du personnel apparaissent tous comme des facteurs cruciaux. Dans les établissements de femmes, les différences dans l'utilisation et dans l'expression, par les femmes, de la colère et de l'agression, et les conséquences sévères des expériences passées de mauvais traitements, surtout parmi celles qui sont enclines à utiliser la violence ou les blessures volontaires en prison, renforcent l'importance cruciale de la formation du personnel et des réactions de substitution, à part des programmes élaborés pour les femmes elles-mêmes.