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Programmes pour les délinquantes

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Étude sur le programme mére-enfant

Premier volet
Les stades du développement de l'enfant

1.1 Le Développement physique et moteur
1.2 Le développement de la personnalité
1.3 le développement affectif et social
1.4 Le développement cognitif
1.5 Le développement du langage

Le processus de développement de l'enfant est formé de périodes de croissance rapide accompagnées de changements et de perturbations et de périodes de calme relatif où les changements se produisent d'une manière plus graduelle. Bee et Mitchell (1986). Les auteurs utilisent le terme transition pour nommer les périodes de changements rapides et celui de consolidation pour désigner les périodes où les changements se produisent plus graduellement.

Dans le domaine du développement de l'enfant, il existe plusieurs théories ainsi que plusieurs divergences entre les théories. On peut y dégager certains principes :

Le premier : on s'entend pour diviser le processus du développement de l'enfant entre zéro et six ans en périodes successives qui suivent le même ordre chronologique.

Le deuxième : que le processus de développement se divise en trois grandes étapes :

1. entre zéro et dix-huit mois;

2. entre dix-huit et vingt-quatre mois;

3. entre deux et six ans.

Le troisième : que chacune de ces trois étapes se démarque par des sous-périodes de transitions et de consolidations.

Le quatrième : que le développement normal de l'enfant donne lieu à de nombreuses différences individuelles. Les études mettent en évidence trois grands ordres d'explications pour expliquer les différences :

1. les explications d'ordre génétique;

2. les effets de l'environnement;

3. les différences liées au sexe.

 

1.1 Le Développement physique et moteur

Chez l'enfant entre zéro et six ans, on observe deux grandes étapes dans son développement physique et moteur: la première entre zéro et 3½-4 ans et la deuxième entre 4 ans et 6 ans. Entre zéro et 3½-4 ans, le développement est plus rapide alors qu'à partir de 3½-4 ans, le développement est plus lent mais évolue d'une manière constante.

La majorité des auteurs identifient plusieurs facteurs environnementaux comme des déterminants importants de la croissance physique et motrice: le statut à la naissance, l'alimentation, la maladie, les conditions de vie ainsi que des facteurs transculturels. Ces facteurs peuvent agir d'une manière positive ou négative sur la croissance physique de l'enfant.

Comme le soulignent Bélanger et al. (1979),

la normalité dans ce domaine est large mais chaque enfant va suivre les mêmes étapes fondamentales.

La Croissance Physique

Selon Bee et Mitchell (1986):

La croissance impose des limites aux capacités de l'enfant;

Les limites imposées par la croissance physique affectent l'expérience de l'enfant et en retour, les expériences influeront sur le cours de son développement cognitif et social;

La façon dont les autres nous perçoivent constitue également un facteur qui influe sur le développement physique;

Le développement physique peut affecter la perception qu'a l'enfant de lui-même.

Dans ce domaine, Bee et Mitchell rapportent les résultats de plusieurs études entre autres celles de Tanner (1970); Walker (1962); Sheldm (1940); Smith (1978); Teeple (1978); Faust (1977); Stechler and Halton (1982).

A partir de leurs constats, les auteurs ont identifié certains aspects de la croissance physique importants. Ils sont de deux ordres: externes (la taille et la morphologie) et internes (l'ossature, la musculature, le système nerveux et les hormones). Les lignes qui suivent présentent ces différents aspects.

Les Aspects Externes de la Croissance Physique

La taille :

La croissance de la taille n'est pas continue entre 0 et six ans. Elle se réalise en deux étapes. La première, de la naissance à trois ans, la croissance est rapide et les filles sont légèrement plus petites que les garçons. Durant la deuxième, entre trois et six ans (cette étape continue jusque vers 11 ans) le taux de croissance est plus faible mais constant. Les filles continuent d'être légèrement plus petites que les garçons.

La morphologie :

La tête du nouveau-né est beaucoup plus grande. Elle occupe 25% de la taille à la naissance et 20% à l'âge de deux ans, alors qu'elle ne constitue que 10% de la taille à l'âge adulte. Smith (1978).

Les Aspects Internes de la Croissance Physique

L'ossature et la musculature :

La structure du corps est constituée par le squelette qui n'est pas totalement achevé au moment de la naissance. L'ossature continue donc de se développer après la naissance. Le développement des os de la main et du poignet par exemple, sera complété à l'adolescence. Ce n'est qu'à l'âge de deux ans que les fontanelles (os du crâne) seront ossifiées.

C'est le développement des os, des bras et des jambes qui est le plus apparent. C'est au terme de l'adolescence seulement qu'ils auront achevé leur croissance. Le processus d'ossification étant très lent pour certaines parties du corps celui des jambes notamment suppose un fait très important, qu'il faut du temps avant que l'enfant puisse se tenir assis et marcher. C'est ce lent processus qui permet au bébé par ex. d'adopter des positions telles que poser ses pieds dans sa bouche ou derrière sa tête.

On observe aussi des changements au niveau des muscles qui changent en longueur et en épaisseur. La croissance musculaire se poursuit d'une manière continue tout au long de l'enfance. Bien que l'on observe ici encore des différences individuelles, les garçons sont généralement plus forts que les filles.

Le système nerveux :

Le système nerveux n'est pas achevé au moment de la naissance. La partie la plus développée est le mésencéphale situé à la base du crâne. Celle-ci est responsable de fonctions de base qui sont innées: l'attention, l'habituation, le sommeil, l'éveil et l'élimination.

La partie la moins développée est le cortex cérébral qui contrôle des fonctions dites supérieures comme la perception, le mouvement et les aspects de la pensée et du langage. Le cortex est présent à la naissance mais les cellules qui le composent ne sont pas reliées les unes aux autres. Le processus sera en partie réalisé à 6 mois mais définitivement achevé à deux ans.

Les hormones :

Durant la petite enfance, c'est l'hormone thyroxine qui est produite en plus grande quantité au cours des deux premières années. Le processus coïncide avec la croissance rapide de la taille et de la masse du jeune enfant.

De la naissance à trois ans

Commençons par les comportements réflexes. Certains réflexes dits "primitifs" sont présents à la naissance. Bélanger et al. (1979) indiquent que c'est

"la présence ou l'absence des réflexes qui sert de guide dans l'évaluation du développement neurologique puisqu'il y a un calendrier fixe qui régit l'apparition ou la disparition de la plupart des réflexes".

Ce fait est confirmé par la majorité des études dans le domaine. Les réflexes présents à la naissance vont disparaître au cours de la première année. Les données présentées ici ont été tirées de Bee et Mitchell (1986).

Comportement Age de disparition
Tourne la tête, ouvre la bouche, commence les mouvements de succion. 9 mois
Étend les jambes, les bras et les doigts, cambre le dos, recule la tête. 3 mois
Ferme le poing si vigoureusement qu’on peut le soulever et le mettre en position debout qund les deux poings sont fermés sur un bâton. 2 à 3 mois.
Exécute des mouvements de nage bien coordonnés. 6 mois
Tourne la tête de côté; prend la posture de "l"escrimeur"; étend bras et jambes de son côté préféré et fléchit les membres opposés. 2 à 3 mois
Met les orteils en éventail, pied tourné vers l’intérieur. 2 à 9 mois.
Fait des mouvements d’ébauche de pas qui ressemblent à la march bien coordonnée. 4 à 8 semaines
Retire le pied. 1 mois

Le développement moteur chez l'enfant procède par étapes successives et selon un ordre chronologique précis.

Le développement physique et moteur normal procède selon un ordre prédéterminé... Chaque nouvelle activité maîtrisée par un bébé le prépare à aborder la suivante dans l'ordre prédéterminé de l'apparition des habiletés motrices. Bélanger et al. (1979).

Les données présentées ici ont été tirées de Bélanger et al.(1979).

Age (mois) Développement moteur
1 Dresse la tête pendant quelques secondes.
2 Soulève la tête lorsque placé sur le ventre (dégage le menton).
3 Frappe bien du pied.
4 Soulève la tête et la poitrine lorsque placé sur le ventre.
5 Se tient la tête droite sans inertie.
6 Se soulève sur les poignets.
7 Se roule du ventre sur le dos.
8 S'assoit sans appui.
9 Tourne de la tête aux pieds sur le plancher.
10 Se tient debout quand on le soutient.
11 Se soulève pour se mettre debout.
12 Marche ou se déplace de côté dans son parc.
13 Se tient debout sans appui.
14 Marche sans aide.
15 Grimpe dans l'escalier.
16 Pousse un carosse, un cheval de bois, etc.
17 Ramasse un jouet sur le plancher sans tomber.
18 Grimpe sur une chaise.
19 Grimpe dans l'escalier et le redescend.
20 Saute.
21 Court.
22 Monte les escaliers en marchant.
23 S'assoit à table.
24 Monte et descend les escaliers en marchant.

Bee et Mitchell (1986) quant à eux indiquent deux tendances générales du développement moteur au cours des premières années de la vie.

La première: que les habiletés se développent de la tête vers les membres inférieurs (développement céphalo-caudal).

La deuxième: que les habiletés se développent du centre du corps vers l'intérieur (développement proximo-distal).

Cette théorie confirme ce qui a été dit précédemment.

Plusieurs études, entre autres celle de Dennis (1960), indiquent que si le milieu n'offre pas l'occasion d'exercer les différentes séquences du développement, on peut observer des retards dans leur développement. L'étude de Dennis a été réalisée auprès d'enfants iraniens dans un orphelinat. Elle est abondamment citée dans les études sur le sujet. A trente-six mois, l'enfant aura normalement grandi de 10cm au cours de la dernière année.

Entre trois et six ans

Entre trois et six ans, le développement n'est plus aussi rapide que durant la période précédente. La croissance de l'encéphale est presque terminée. Selon Bee et Mitchell (1986), il n'y a pas apparition d'aptitudes motrices importantes durant cette période.

La taille continue de s'accroître au rhythm de 5 à 8cm par année jusqu'à ce qu'il parvienne à la poussée de croissance qui caractérise la puberté. L'enfant n'aura plus le petit bedon proéminent qui le caractérise. Le tronc s'allonge en même temps que les bras et les jambes. Les proportions se rapprochent progressivement de celles de l'adulte. Bélanger et al. (1979). Les systèmes nerveux et musculaire sont en pleine maturation de même que le squelette. L'ossification s'accélère et les os durcissent. Toutes les premières dents sont poussées et l'enfant peut mastiquer n'importe quoi. Bélanger et al. (1979).

Selon les auteurs, l'alimentation a une forte influence sur la croissance, l'épaisseur et la forme des os. On a observé que la négligence dans ce domaine affecte le développement osseux et la circonférence de la tête. Les problèmes dentaires sont aussi plus fréquents chez les enfants mal nourris. On souligne que :

la petite stature peut refléter une tendance familiale. Néanmoins, un arrêt de croissance peut être relié à une maladie, un mauvais fonctionnement de l'hypophyse ou à des conditions de privation affective.

Ici encore des différences individuelles sont observées mais les garçons sont généralement à cet âge plus forts et plus développés que les filles. La coordination s'accroit en particulier celle de la motricité fine.

 

1.2 Le développement de la personnalité

Le concept de soi est un concept clé autour duquel se recoupe un vaste ensemble de théories dans le domaine du développement du moi et de la personnalité. Il existe quatre théories sur les origines de la personnalité. Chacune de ces théories vise à expliquer les causes des différences individuelles.

1. la théorie du tempérament

2. la théorie psychanalytique

3. la théorie de l'apprentissage

4. la théorie du développement cognitif.

1. Selon la théorie du tempérament (entre autres Thomas et Chess (1977); Buss et Plomin (1975); Rothbart et Derryborry (1981)). Les tendances fondamentales du comportement sont héréditaires et elles persistent durant toute la vie.

2. Selon la théorie psychanalytique (Freud et Erikson), l'interaction entre les besoins et les pulsions des enfants et les réactions des personnes entourant l'enfant joue un rôle central.

Les travaux de recherche tendent largement à confirmer l'importance des premiers attachements. Ce sont les études de Sroufe (1978); Waters Wippman et Sroufe (1979); Arend, Gove et Sroufe (1979) qui sont cités dans ce domaine. Les auteurs ont démontré que les enfants attachés faiblement durant la première année de leur vie ont ensuite plus de difficulté à établir des liens avec leurs pairs. La relation initiale avec la personne qui prend soin de l'enfant (d'habitude la mère) est extrêmement importante, tout comme la période vers quatre ou cinq ans durant laquelle apparaît le complexe d'Oedipe.

3. La théorie de l'apprentissage social entre autres Sears, Maccroby et Levin (1957); Patterson (1975); Ladd (1981) explique les différences de personnalité selon les principes fondamentaux de l'apprentissage. Le concept de programme partiel de renforcement permet d'expliquer les effets qu'ont sur les enfants la discipline imposée par les parents ou par exemple que les enfants développent des comportements agressifs et qu'ils intègrent les stéréotypes sexuels par l'observation de modèles à la télévision. Bee Et Mitchell (1986).

4. La théorie basée sur le développement cognitif considère le concept de soi comme un Schème à travers lequel l'information nouvelle est assimilée. Le concept de soi, une fois bien établi, devient un agent de médiation qui affecte le choix des activités, les comportements et les sentiments de l'enfant. Bee et Mitchell (1986).

Bee et Mitchell résument leur hypothèse comme suit :

Le tempérament sert de fondement au moyen duquel croît la personnalité. Il affecte directement le comportement, en plus d'influencer les réactions des autres personnes envers l'enfant. Ces deux phénomènes affectent le concept de soi de l'enfant, ce qui permet la consolidation du mode de comportement qui lui est propre.

Entre zéro et dix-huit mois

Les premiers mois de la vie voient se développer le "moi existentiel". Selon les auteurs Lervis et Brooks (1978); Lervis et Brooksbunn (1979); Lervis 1981, pendant cette période l'enfant prend conscience qu'il est distinct des autres. Cette conscience de soi est bien établie dès l'âge de 18 mois. Bee et Mitchell (1986).

Il s'agit de la première étape du développement du moi et de la personnalité. Cette période coïncide avec le stade oral de Freud et celui de la confiance ou de la méfiance fondamentale d'Erikson. Durant cette période, la relation mère-enfant contribue d'une façon importante au sentiment de confiance qu'éprouve le bébé. La qualité de la relation a plus d'importance que sa quantité. Bélanger et al. (1979).

Entre dix-huit mois et six ans

Entre l'âge de dix-huit et vingt-quatre mois commence à se développer ce que Lervis et Brooks ont appelé "le moi différentiel". Selon les auteurs, l'enfant commence à se comparer à d'autres personnes à partir de certains aspects tels la taille, l'âge, le genre.

Entre 18 mois et six ans c'est "le concept de genre" qui est utilisé pour désigner une autre dimension par rapport à laquelle les enfants vont se définir.

Ces périodes coïncident avec les concepts de stade anal et stade phallique (phase prégénitale) de Freud et à ceux d'autonomie, de honte, de doute et d'initiative par opposition à la culpabilité chez Erikson.

Selon Freud entre 18 mois et 3 ans, la façon dont on procède à l'entraînement de la propreté détermine si l'on peut dépasser ce stade (Bee et Mitchell, 1986). Deux facteurs peuvent contribuer à façonner une "personnalité anale": le souci de la propreté et la croyance que les excréments sont des dons à un parent. Dans le premier cas, on peut obtenir une personnalité obsédée par la propreté, pédant, obsessivement précis. Dans le deuxième, l'individu peut devenir d'une saleté provocante, avare et obsessivement matérialiste. (Bélanger et al., 1979).

Durant cette même période, selon Erikson, la période appelée "négativisme" chez l'enfant de deux ans est normale. Pendant cette période, l'enfant se détache de sa mère pour s'affirmer.

L'enfant d'âge pré-scolaire (trois ou quatre ans), est fasciné selon Freud par les différences anatomiques entre fille et garçon et entre adulte et enfant. L'enfant de cet âge veut savoir comment se fabriquent les bébés et comment se fait l'acte sexuel. C'est aussi durant cette période que Freud situe le complexe d'Oedipe, le complexe de castration et le complexe d'Électre.

Pour Erikson, l'enfant d'âge pré-scolaire continue d'essayer d'acquérir et de conserver un sentiment d'autonomie amorcé pendant la période de négativisme.

Selon Bélanger et al. la théorie d'Erikson maintient que la principale crise évolutive de la période pré-scolaire est centrée sur le développement d'un sens de l'initiative ou de la culpabilité. La solution heureuse de ce conflit permet à l'enfant d'entreprendre, de planifier et d'exécuter des activités.

Durant cette période, l'enfant s'identifie à des modèles adultes et adopte des comportements conformes à son sexe. Il existe dans ce domaine plusieurs théories. Toutes s'entendent pour dire cependant que les méthodes d'éducation affectent la personnalité des enfants. Baumind a identifié quatre types d'attitudes parentales qui favorisent le développement de certains traits de personnalité: autoritaire, tolérante, directive et harmonieuse (Bélanger et al., 1979).

 

1.3 le développement affectif et social

Le concept clé dans l'étude du développement affectif et social est celui de "l'attachement". Beaucoup de recherches ont été réalisées dans ce domaine. Les études de Bowlby (1969), (1973), (1980) et D'Ainsworth (1964), (1969) et (1978) y sont largement citées.

Bowlby a défini ce concept comme

un lien affectif, un lien émotionnel important entre deux personnes. L'enfant ou l'adulte attaché à une autre personne se sert de celle-ci comme d'un "lien de sécurité" à partir duquel il explore l'environnement et vers lequel il se tourne pour se réconforter en cas de stress ou de peine. (Bee et Mitchell, 1986).

Ces auteurs font ressortir une distinction importante entre le processus d'attachement comme tel et la manifestation de comportements d'attachement. Le premier constitue le lien fondamental entre deux personnes. Le second représente la manière dont s'exprime ce lien à travers des comportements observables. Cette distinction prend toute son importance selon les auteurs particulièrement dans le cas des attachements du nourrisson, des comportements d'attachement envers les parents, de même que l'attachement des parents envers l'enfant.

Nous présenterons donc en premier temps les grandes lignes du processus d'attachement des parents à l'enfant, dans un deuxième celui de l'attachement de l'enfant aux parents et en troisième lieu nous présenterons le développement des relations sociales entre enfants.

Le Processus d’attachement des Parents À l’enfant

Le processus d'attachement des parents à l'enfant a été divisé en deux phases. La première, la formation du lien initial; la deuxième, la formation des comportements d'attachement.

Première phase : la formation du lien initial

La première étape du processus d'attachement des parents (père et mère) est appelée "lien initial", lien qui se crée à la naissance ou peu après celle-ci. (Bélanger et al.) Les auteurs résument en disant que la force du lien initial s'accroit si les parents ont un contact immédiatement après la naissance.

Deuxième phase : la formation des comportements d'attachement

Durant les premiers mois de la vie de l'enfant va se réaliser la deuxième étape du processus de l'attachement des parents envers l'enfant "la croissance de l'attachement". Cette croissance de l'attachement va dépendre de la répétition de comportements d'attachement. Bee et Mitchell résument comme suit:

... apparaît entre celui-ci et ses parents un système interactif de comportements d'attachement. L'enfant exprime un désir en pleurant et en souriant... De leur côté, les parents entrent dans cette "danse" à deux en se rapprochant du bébé lorsqu'il pleure ou qu'il gazouille, en le prenant dans leur bras... l'élément critique dans la formation d'un véritable attachement semble être la possibilité de développer une réciprocité, c'est-à-dire d'exécuter cette "danse" jusqu'à ce que les partenaires puissent se suivre.

Le processus d’attachement de l’enfant aux parents

Ce processus a été divisé en quatre phases par Ainsworth et al. (1978).

La phase 1 : le préattachement initial

La phase 2 : l'émergence de l'attachement

La phase 3 : l'attachement proprement dit

La phase 4 : les attachements multiples. [Les données qui suivent sont tirées de Bee et Mitchell, 1986.]

Le préattachement initial : entre zéro et trois mois

Durant les trois ou quatre premiers mois de la vie, l'enfant n'est pas "attaché" à une personne particulière. Cette période est appelée phase de préattachement initial et elle est associée à l'incapacité relative de l'enfant à distinguer une personne d'une autre (la discrimination visuelle n'étant pas bien établie avant trois mois environ). L'enfant à cet âge ne manifeste pas de préférence envers un individu plutôt qu'un autre.

Entre trois et six mois : l'émergence de l'attachement

L'enfant âgé entre trois et six mois commence à discriminer ses comportements d'attachement. Comme il est en mesure de distinguer les personnes qui lui sont familières, il commence à leur sourire, à les reconnaître. Mais l'enfant de cet âge n'est pas encore "attaché" à une seule personne.

Vers six ou sept mois jusqu'à environ deux ans : l'attachement proprement dit

Vers l'âge de six ou sept mois, il y a une seule personne vers qui le bébé dirigera ses comportements d'attachement. C'est le premier changement important.

Le deuxième est que le bébé de cet âge est capable de se déplacer à quatre pattes et de se rapprocher de la personne qui prend soin de lui et envers laquelle se manifeste l'attachement. Cette personne devient pour l'enfant un "lieu de sécurité". C'est aussi durant cette période que va se manifester "la résistance à la séparation de la personne préférée" et "la peur des étrangers".

Vers l'âge de deux à trois ans : les attachements multiples

Vers l'âge de deux à trois ans, la majorité des enfants sont "attachés" à plus d'une personne de leur entourage : au père, aux grands-parents, aux proches, aux personnes de la garderie. Les comportements d'attachement envers ces personnes sont les mêmes que ceux jadis dédiés à une seule personne. Ils deviennent pour l'enfant un "lieu de sécurité" vers lequel il se tournera pour obtenir du réconfort en période de chagrin. Cependant, il se tournera toujours vers son adulte préféré, lorsqu'il le peut. Les enfants vers quatre ans dans des circonstances normales sont capables de quitter plus aisément la "personne préférée".

Les Relations sociales entre enfants

Le troisième volet de ce chapitre porte sur les relations sociales entre enfants. Nous nous attarderons ici à présenter les principaux stades du développement des relations sociales entre enfants de la petite enfance jusqu'à l'âge de six ans. Mentionnons tout d'abord que ce type de relation entre enfants est une partie importante de leur développement social.

Petite enfance [Les données qui suivent sont tirées de Bee et Mitchell, 1986.]

Très tôt dans sa vie, l'enfant est conscient qu'il existe d'autres enfants. Très tôt aussi, vers 10 ou 12 mois, il va pouvoir jouer avec eux.

... ils se touchent, s'imitent et s'échangent des sourires... ils préfèrent encore s'amuser avec des jouets mais ils joueront avec d'autres enfants s'il n'y a pas de jouets.

Entre 1 an et demi et trois ans

A partir de cet âge et durant cette période, ils font preuve de véritables interactions sociales sans toutefois développer des attachements à d'autres enfants. La qualité des interactions de jeu se modifie. Selon Piaget, elle passe du jeu parallèle au jeu coopératif. On peut observer aussi que dès l'âge de deux ans, l'enfant est capable de comportements altruismes (aider un autre enfant, lui offrir un jouet, réconforter).

Vers quatre ou cinq ans

Les enfants de cet âge sont capables d'établir des "amitiés spécifiques" ... nous savons qu'à quatre et cinq ans, les enfants expriment des comportements plus positifs et moins négatifs envers leurs amis qu'envers les enfants qui ne sont pas leurs amis. Masters et Furman (1981) ... ces amitiés sont peu stables et sont fortement associées à la proximité et aux intérêts communs de jeu. Berndt (1981)

On peut observer durant ces périodes particulièrement vers l'âge de 2 ans, des comportements sociaux négatifs de nature agressive ou dominatrice. L'agression physique atteint son maximum vers l'âge de trois ans ou quatre ans; l'agression verbale s'y substitue graduellement chez les enfants plus âgés.

 

1.4 Le développement cognitif

Pour expliquer le développement cognitif, il n'existe pas de théorie unique. Pour notre propos, nous examinerons la théorie de Piaget qui a été conçue comme une théorie des stades du développement. D'après Bee et Mitchell, la théorie de Piaget s'étudie à partir de l'évolution de l'enfant dans six domaines: la permanence, la différenciation, l'utilisation des symboles, la logique, la réversibilité et la classification.

Pour Piaget on peut observer trois grands stades du développement cognitif. La première, de la naissance à environ 2 ans, cette période est appelée "stade sensori-moteur". Entre deux et six ans, durant la période pré-scolaire, donc, c'est la période dite "stade préparatoire" et la troisième période entre 6 et 11 ans voit apparaître le "stade opératoire complet".

Chez l'enfant âgé entre zéro et six ans, il y a deux stades importants: la période sensori-motrice et la période préopératoire.

Stade sensori-moteur : de la naissance à environ 2 ans

Pour analyser les changements qui caractérisent le stade sensorimoteur, Piaget décrit six sous-stades du développement de la pensée.

Bee et Mitchell résument ainsi le stade sensori-moteur :

Durant la période sensori-motrice, la pensée de l'enfant porte sur son monde immédiat alors même qu'il développe les aptitudes qui lui seront utiles dans l'avenir.

Le stade préparatoire : de deux à 7 ans

L'enfant accède au stade préparatoire de la pensée vers l'âge de deux ans. Il en sort vers l'âge de six ans. Bee et Mitchell résument ainsi le stade préparatoire :

La période préparatoire est une période de transition durant laquelle la pensée devient moins égocentrique et l'aptitude à classer des concepts et des objets devient de plus en plus efficace.

 

1.5 Le développement du langage

Tous les enfants de tous les pays passent par les mêmes stades fondamentaux dans l'acquisition du langage Bélanger et al. (1979). Dans ce domaine, il existe aussi des différences individuelles. Certains ordres d'explications ont été développées pour expliquer ces différences: les explications d'ordre génétique, les explications d'ordre environnemental et les différences liées au sexe bien qu'elles soient mineures.

Pour présenter les stades du développement du langage nous nous sommes servis de l'étude réalisée par Bélanger et al. (1979). Les auteurs établissent une distinction entre la compréhension du langage et le langage préverbal et le langage verbal chez l'enfant de la naissance à environ 3 ans. Nous reproduisons ici les différents stades du développement. Les données sont tirées de Bélanger et al. (1979).

La compréhension du langage

Les enfants apprennent à comprendre le langage avant d'être capables de le parler. Eleanor et George Kaplan (1971) distinguent cinq stades dans le développement de cette compréhension :

1. Quelques minutes seulement après la naissance, les nouveau-nés peuvent déterminer d'où les sons proviennent. Ils peuvent également distinguer les sons sur la base de la fréquence, de l'intensité, de la durée et du temps.

2. Les nouveau-nés de 2 semaines reconnaissent la différence entre la voix et les autres sons.

3. A deux mois environ, les bébés perçoivent les indices émotionnels; ils cherchent à se soustraire aux voix coléreuses, et sourient et gazouillent en réaction aux intonations amicales. Ils sont capables de distinguer les voix familières et celles qui ne le sont pas, et les voix d'hommes des voix de femmes.

4. A 6 mois environ, les bébés sont sensibles à l'intonation et au rythme, et réagissent de façon intelligente aux phrases d'une langue étrangère qui sont prononcées sur un ton global familier.

5. Vers la fin de la première année, les bébés peuvent distinguer les phénomènes, ou sons individuels, de leur langue. Ils sont capables de différencier les mots qui ne se distinguent que par le son initial (comme bon et son).

Le langage préverbal

Voici les stades du langage qui précèdent le premier mot (Lenneberg, 1967; Eisenson, Auer et Irwin, 1963) :

1. Pleurs indifférenciés. Les premiers pleurs sont une réaction réflexe produite par la phase expiratoire de la respiration.

2. Pleurs différenciés. Après le premier mois l'observateur attentif peut souvent déceler, grâce aux articulations, aux intensités et à la hauteur variées des pleurs d'un bébé, si celui-ci a faim, s'endort, est en colère ou ressent des douleurs. Les pleurs sont en train de devenir des moyens de communication plus précis.

3. Gazouillement. A 6 semaines environ, les mouvements au hasard des mécanismes vocaux produisent des sons simples, appelés gazouillement. Ces cris perçants, ces roucoulements et ces chevrotements surviennent d'habitude lorsque le bébé est heureux et repu. Les premiers sons sont des voyelles; la première consonne est b. On est parvenu à évoquer un gazouillement au moyen de stimuli visuels avant le quinzième jour (Stechler, Bradford et Levy, 1965), mais généralement cela survient plus tard.

4. Le babillage. Le babillage met en jeu une «gymnastique vocale» qui commence vers le troisième ou quatrième mois alors que le bébé joue à répéter divers sons simples de voyelles et de consonnes: «ma-ma-ma-ma-», «da-da-da-da», «bi-bi-bi-bi». Ils sont plus susceptibles de babiller quand ils sont repus et seuls. Les enfants sourds babillent de façon normale au début, mais ils s'en désintéressent vite, car ils ne peuvent pas s'entendre (Clifton, 1970). D'un point de vue piagétien, le bébé babille d'abord pour le plaisir de la chose (réaction circulaire secondaire).

5. Lallation ou imitation imparfaite. Durant la seconde moitié de leur première année, les bébés deviennent conscients des sons qui les entourent. Ils se taisent pour écouter quand le bruit cesse, ils babillent d'excitation, répétant accidentellement ce qu'ils ont entendu. Puis ils imitent leur propre son.

6. Écholalie ou imitation des sons des autres. Vers 9 ou 10 mois, les bébés imitent consciemment les sons des autres personnes même quand ils ne les comprennent pas. Puisque les bébés issus de la classe moyenne font plus de vocalisations durant ce stade que les bébés de la classe laborieuse (Rheingold, Gewirtz et Ross, 1959), il est probable que la vocalisation des parents encourage celle des enfants. C'est durant les stades 4, 5 et 6 que les bébés acquièrent leur répertoire fondamental de sons. Une fois qu'ils peuvent les produire eux-mêmes et leur donner un sens, ils sont prêts à apprendre leur langue.

7. Jargon expressif. Durant leur deuxième année, bien des enfants utilisent une série d'émissions sonores qui ressemblent à des phrases, avec des pauses, des inflexions et des rythmes; mais les «mots» de ces émissions ne sont qu'un charabia sans signification. Le parler n'est pas encore communicatif.

Le langage verbal

Au moment où ils commencent enfin à prononcer des paroles pourvues de sens, les enfants passent encore par des stades distincts (Eisenson et coll., 1963).

1. Phrase de un mot. François, à l'âge de 1 an, désigne la porte du doigt et dit «dehors». Selon la situation, il peut vouloir dire «je veux sortir» ou «maman est partie». Son mot unique exprime donc une pensée complète.

2. Phrase de plusieurs mots. Vers 2 ans, Georges lie ensemble deux ou plusieurs mots pour faire une phrase. Lorsqu'il voit son père mettre son paletot, il dit: «moi, aller». Les premières de ces phrases sont des combinaisons de noms et de verbes, sans articles, prépositions ou adjectifs. Ce langage télégraphique ne contient que des mots qui véhiculent des significations.

3. Émissions verbales grammaticalement correctes. Les enfants de 3 ans ont une maîtrise impressionnante de la langue. Ils possèdent un vocabulaire de quelque neuf cents mots; ils font de longues phrases qui comprennent toutes les parties du discours et ils ont une bonne compréhension des principes grammaticaux. Ils font peu de cas des exceptions aux règles. Leur vocabulaire et la complexité de leurs phrases augmentent rapidement et constamment.

Le Langage entre 3 et 6 ans

Entre les âges de 3 et 4 ans : les enfants utilisent des phrases «télégraphiques» de trois à quatre mots qui ne comportent que les mots essentiels. Ils posent beaucoup de questions et peuvent donner et suivre des ordres simples. Ils connaissent le nom des réalités familières comme les animaux, les parties du corps et les gens importants. Ils se servent du pluriel et du passé et emploient je, tu et moi correctement. Leur vocabulaire comprend de 900 à 1200 mots.

Entre 4 et 5 ans : les phrases des enfants ont en moyenne de quatre à cinq mots. Ils peuvent dès lors manipuler des prépositions comme sur, sous, dans, à et derrière. Ils emploient plus de verbes que de substantifs; ils connaissent alors et utilisent un total de 1500 à 2000 mots.

De 5 à 6 ans : les enfants commencent à employer des phrases de six à huit mots. Ils sont capables de définir des mots simples et connaissent quelques antonymes. Ils font usage d'un plus grand nombre de conjonctions, de prépositions et d'articles dans leur langage de tous les jours. Ils s'expriment de façon assez grammaticale, même s'ils ignorent encore les exceptions aux règles. Leur langage devient moins égocentrique et plus socialisé, et leur vocabulaire est de 2000 à 2500 mots.

Entre les âges de 6 et 7 ans : le langage des enfants devient assez élaboré. Il utilise dorénavant des propositions composées, complexes et grammaticalement correctes; il fait appel à toutes les parties du discours et comporte un vocabulaire de 3000 à 4000 mots.