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Programmes pour les délinquantes

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Étude sur le programme mére-enfant

Deuxieme volet : Mise en contexte

A. Le programme mere-enfant proposé dans le plan d'action
B. Problématique

 

A. Le programme mere-enfant proposé dans le plan d'action

Tel que proposé dans le plan de travail projeté, cette section ne présentera pas l'aménagement organisationnel des établissements pour FPPF. Celui-ci est décrit en détail dans l'ébauche no. 4 du plan opérationnel. Il s'agit plutôt ici de présenter sommairement le programme mère-enfant tel qu'il est projeté et décrit dans ce document ainsi que dans celui portant le titre «Examen du travail du sous-comité du CNMO sur les enfants et un plan d'action pour le comité PFPPF» (Mai 1994).

L'aspect opérationnel du programme est présenté ici dans le but d'établir des corrélations avec des paramètres psycho-sociaux et légaux et avec d'autres actions qui se rapprochent des buts projetés par le programme et de faire des suggestions et des propositions qui permettront de minimiser les effets négatifs pouvant découler du contexte propre au milieu carcéral.

Le programme comporte les volets suivants :

1. Séjour à temps plein de l'enfant avec sa mère dans l'établissement.

2. Séjour à temps partiel ou occasionnels de l'enfant dans l'établissement (fins de semaine et jours de congé).

3. Visites de l'enfant dans le cadre des visites publiques et du programme de visites familiales privées à l'établissement.

4. Échanges de visites à l'établissement et à l'extérieur dans le voisinage entre la mère et l'enfant (lorsque l'enfant réside dans un foyer d'accueil ou une maison de placement).

1. Le séjour à temps plein de l'enfant :

But : offrir aux mères l'occasion de satisfaire son rôle de parent quand c'est le meilleur intérêt de l'enfant.

Les critères d'admissibilité de la mère et de l'enfant :

Les critères sont fondés sur les besoins de la mère et de l'enfant.

• La participation au programme est facultative tant pour la mère que pour l'enfant.

• La mère doit avoir un certain degré de responsabilité vis-à-vis de l'enfant (mère biologique, garde légale, permission du tuteur légal, etc.).

• La garde légale de l'enfant ne doit pas faire de problème.

• Les femmes doivent être disposées à prendre soin des enfants 24 heures sur 24 ou à prendre toutes les dispositions nécessaires pour une solution de rechange.

• Le directeur de l'établissement et la mère détermineront ce qui est dans l'intérêt de l'enfant. Ils tiendront compte des points suivants :

• l'existence des liens positifs et stables entre la mère et l'enfant;

• l'évaluation de la santé physique et mentale de la mère, excluant tout handicap. L'utilisation de drogues non prescrites ou d'alcool met fin à l'admissibilité;

• le consentement des autorités judiciaires ou de protection de l'enfance, s'il y a lieu;

• les résultats d'une entrevue d'évaluation afin de déterminer le type de programme, y compris celui qui permet à la mère d'élever son enfant, que la mère préférerait et dont elle pourrait tirer profit et la participation aux programmes convenus;

• un engagement de la mère d'être bénévole à la garderie dans les cas où elle choisira d'utiliser ce service.

• C'est la mère qui établira les plans d'intervention en cas d'urgence (les services d'une gardienne par exemple).

• La mère doit être disposée à collaborer avec les autorités et à faciliter les visites entre l'enfant et d'autres membres importants de la famille, suivant les directives des autorités judiciaires ou de protection de l'enfance.

• Dans les cas où la mère s'est retirée du programme, la réadmission de l'enfant au programme sera refusée à moins que la mère ait cherché à régler toute difficulté à l'origine du retrait.

• Une mère condamnée pour avoir maltraité ou négligé son enfant ne sera pas admissible tant qu'elle n'aura pas obtenu de nouveau des tribunaux son droit de garde, reçu un traitement ou participé à une série de visites avec son enfant.

Admissibilité de l'enfant

Parmi les facteurs qui seront examinés mentionnons :

• une évaluation de la santé de l'enfant;

• le consentement des autorités judiciaires ou de protection de l'enfance, s'il y a lieu;

• des évaluations annuelles ou semi-annuelles de la santé physique et mentale;

• l'âge à déterminer d'après «certains» événements;

• il faut éviter les dérangements dans toute la mesure du possible et tenir compte du besoin de stabilité de l'enfant, d'après les intervenants professionnels compétents, la mère et d'autres membres de la famille;

• le consentement de l'enfant dans toute la mesure du possible.

Opérationnalisation

Les enfants habiteront avec leur mère en établissement dans le contexte des habitations prévues et décrites dans le plan opérationnel.

Les enfants faisant l'objet d'une garde partagée séjournant en établissement à temps partiel (fins de semaine par exemple) sont concernés au même titre que ceux qui séjournent à temps plein.

La majorité des enfants qui participent aux séjours à temps plein seront d'âge pré-scolaire (entre 0 et 5 ans).

A la maison, la mère est responsable de l'enfant. Elle peut néanmoins bénéficier de l'aide des autres résidentes (faire garder, etc.).

Pendant la journée, les enfants pourront soit:

• demeurer avec leur mère

• fréquenter la garderie de l'établissement

• participer à des programmes pré-scolaires au sein de la collectivité

La nature des activités sera déterminée en fonction des exigences de participation à ce programme résidentiel.

Les modalités de participation de l'enfant aux activités sont les mêmes qui existent dans la collectivité (visites médicales, événements sociaux, culturels et spirituels). Les enfants ne peuvent pas circuler librement partout et seront toujours accompagnés par un adulte. Les enfants pourront fréquenter des établissements communautaires (services de santé, de loisirs, enseignement religieux). Les visites dans la parenté seront tolérées. Lorsque cela sera possible, les mères seront autorisées à accompagner leurs enfants.

L'établissement offrira sur place un service de garderie dirigée par du personnel qualifié.

2. Les séjours à temps partiel ou occasionnels de l'enfant

But : Ce programme vise mais non exclusivement à entretenir les liens mère-enfant établis dans le cadre du programme des séjours à temps plein. Il vise aussi à répondre aux situations d'urgence.

Critères d'admissibilité de la mère et de l'enfant

Les critères d'admissibilité sont les mêmes que dans les cas de séjours à temps plein.

Les séjours à temps partiel sont par exemple les fins de semaine et les jours de congé.

Les séjours occasionnels peuvent prendre la forme d'une fin de semaine par mois ou moins, un congé par année.

Opérationnalisation

Le séjour à temps partiel ou occasionnel prévoit des visites avec coucher. Les enfants auront accès aux mêmes installations que les participants au programme à temps plein.

3. Les visites régulières de l'enfant

But : s'inscrire dans la continuité des activités normales de la vie courante.

Il s'agit ici d'une option qui s'ajoute au programme des visites publiques régulières (par exemple, après l'école). Elles ne sont pas considérées comme un privilège qui peut être refusé.

Critères d'admissibilité : toutes les femmes sont admissibles à l'exception de celles qui se voient refuser le droit de visite par les autorités judiciaires ou de protection de l'enfance. Tous les enfants inscrits sur la liste de visite des femmes sont acceptables.

 

B. Problématique

Les connaissances que l'on possède actuellement sur ce qui est "vraiment nécessaire" au développement d'un enfant sont insuffisantes pour permettre l'établissement de critères indiscutables en la matière. Les données concernant ce qui est souhaitable, quant à la façon d'élever un enfant, varient d'une culture à l'autre et même d'une époque à l'autre à l'intérieur d'une même culture. Korbin (1987). Par ailleurs, compte tenu des différences individuelles, il est difficile de prédire l'impact d'une situation donnée sur un enfant donné et, surtout, de formuler des normes générales à cet égard (Guédon et al.(1989)). La difficulté à définir ce qui est "vraiment bon" pour le développement optimal d'un enfant est un problème avec lequel il faut composer. Par ailleurs, tel que relevé par le CRJ (1992), "Si la majorité des parents peuvent faire face à leur rôle parental et développer des liens affectifs harmonieux avec leurs enfants, certains n'y arrivent qu'avec une contribution extérieure".

En revanche, le problème peut être développé au chapitre de la prévention. En effet, à l'instar de plusieurs programmes de prévention qui existent déjà dans la collectivité, la mission du programme mère-enfant pour FPPF est de favoriser le développement harmonieux de l'enfant ainsi que la relation mère-enfant. Malgré le fait que ce programme s'inscrit dans la continuité du rôle des services correctionnels, son objectif est effectivement de favoriser des relations saines entre les mères et leurs enfants en accordant priorité au bien-être des enfants. Cet objectif s'inscrit déjà dans la continuité du rôle des programmes de prévention déjà existants dans la collectivité et il nous semble inutile de réinventer la roue.

Ces programmes se définissent à partir de la complexité et de la gravité de la situation dans laquelle les parents se trouvent. De façon spécifique, ce sont la gravité de la situation psycho-sociale de la mère (maladie mentale, immaturité affective, toxicomanie, etc.), l'incompétence parentale (ignorance des soins, valeurs particulières), les difficultés d'adaptation au rôle (dépression, rejet de l'enfant, etc.) et la piètre qualité du milieu social environnant qui définissent la nature des services à offrir dans ce type de programmes. Leur but ultime: prévenir la négligence à l'égard des enfants.

Contrairement à la majorité de ces programmes, le programme mère-enfant pour FPPF n'a pas été défini en fonction de cette problématique. L'étude socio-démographique des FPPF et les constatations faites par le groupe d'étude démontrent cependant la gravité des problèmes psycho-sociaux des FPPF :

• 52% purgent une peine de plus de 5 ans

• lourdeur des besoins physiques, cognitifs, sociaux et affectifs

• situation familiale précaire (monoparentalité, violence, discorde, événements traumatiques, etc.)

• antécédents de mauvais traitements et de négligence

• consommation abusive de drogue et (ou) d'alcool

• automutilation (45% au cours de l'incarcération)

• faible niveau d'instruction (70.5%)

• problème au niveau de l'emploi (62%).

Plusieurs études, entre autres celles de Bouchard (1981), (1991), Biller et Solomon (1986), Zeller (1987) démontrent clairement la relations entre ces caractéristiques (faible niveau d'instruction, monoparentalité, antécédents d'abus et de négligence, immaturité affective, toxicomanie, piètre qualité du milieu social environnant, etc.) et les risques pour les mères et les enfants de vivre de graves difficultés d'adaptation.

Même si un certain nombre de FPPF peuvent n'avoir aucun problème au chapitre des compétences parentales, plusieurs peuvent n'avoir que peu d'information sur le développement de l'enfant et manifester une faible compétence parentale. Par ailleurs, l'environnement social lui-même est à risque parce que l'on est susceptible de rencontrer toutes sortes de problèmes: stress, tolérance à la violence, attitudes délinquantes, langage inapproprié, présence de drogue, seringue..., faible capacité de support en regard du stress vécu, etc.

En bref, on peut dire que les dyades mère-enfant dans le contexte carcéral forment une clientèle que l'on peut qualifier "à risque". On sait par ailleurs que les problèmes se transmettent de génération en génération créant ainsi des lignées d'individus affectés dans leur développement. En outre, il a été établi que de nombreux problèmes et besoins physiques, cognitifs, sociaux et affectifs peuvent interférer dans la relation mère-enfant.

En outre, l'histoire personnelle de chaque dyade mère-enfant présentera des difficultés et des besoins particuliers en raison de plusieurs facteurs : la situation personnelle de la mère (ses problèmes, son projet de vie, la durée de son incarcération, les enjeux reliés à son désir de cohabiter avec l'enfant, le degré de sa capacité parentale, etc.); la situation personnelle de l'enfant (son âge, ses antécédents de placement, la durée de la séparation avec la mère, sa situation actuelle, son degré de maturité, etc.) La "situation de vie" des dyades mère-enfant en milieu carcéral sera "unique" comme c'est souvent le cas en situation de réadaptation (C.R.J. (1992)). En conséquence, plusieurs conditions d'ordre clinique devront être faites.

Considérant l'ensemble de cette problématique, celles du développement de l'enfant et de la relation mère-enfant se situent à la croisée des préoccupations des intervenants et des chercheurs dans les établissements sociaux et communautaires auprès des clientèles de mères à "haut risque". A ce chapitre, plusieurs types de collaboration inter-organismes sont possibles.

SYNTHESE

Nous avons identifié des facteurs de risques qui ont été associés, dans la littérature, à la problématique de la négligence à l'égard des enfants dont la négligence affective. Ces facteurs concernent tout autant les parents que les enfants et le milieu social dans lequel l'enfant évoluera. Nous avons constaté que ces facteurs de risques se retrouvent chez les FPPF dont 80% sont des mères et dans le milieu carcéral d'une façon plus aiguë encore. Leur importance questionne la position de mettre en place un programme à partir d'un point de référence extérieure à cette réalité (Corin et al (1986)). Il est important que le service correctionnel soit très conscient qu'il ne suffit pas "d'enrichir" le milieu pour diminuer les risques.

En revanche, on a pu constater qu'il existe des données démontrant comment des programmes bien structurés peuvent produire un effet préventif et permettre à l'enfant qui évolue dans des milieux à "haut risque" d'y demeurer avec des mesures d'ajustement des comportements des parents et des interventions sur le milieu. Ces mesures font suite aux constats suivants: que la séparation de l'enfant avec sa "vraie famille" risque d'entraîner des effets encore plus négatifs sur son développement psycho-social et que la relation parent-enfant dans le processus de développement est d'une extrême importance. La stabilité et la continuité d'une figure parentale significative d'autre part sont des éléments qui ont été ciblés comme des déterminants majeurs dans la vie de l'enfant, tant pour son développement harmonieux que pour son équilibre (Guédon et al. (1989))

Dans le contexte actuel des programmes et des services dédiés aux dyades mère-enfant à risques, on a pu constater que les intervenants professionnels et non-professionnels travaillent de plus en plus en complémentarité et associent leur savoir à l'intérieur d'un plan de services individualisés. Des collaborations inter-organismes existent tant pour élaborer un type de programme adapté à des besoins spécifiques que pour former des intervenants. Ces principaux constats maintenant nous serviront de guide pour répondre aux questions spécifiquement reliées à la problématique du développement de l'enfant dans le contexte de l'aménagement et des services pour FPPF.