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Programmes pour les délinquantes

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Étude sur le programme mére-enfant

Quatrième volet : Quelques suggestions pour rendre le programme plus efficace

A. Conclusion
B. Collaboration inter-organismes

 

A. Conclusion

Le lecteur se souviendra que la présente revue de littérature voulait aussi répondre à des questions plus spécifiques. La première, porte sur le type d'hébergement à privilégier (hébergement à temps plein ou à temps partiel). La deuxième, portait sur les risques pour l'enfant de grandir dans un établissement pour FPPF et les moyens à proposer pour minimiser les effets négatifs. Pour répondre à ces questions, nous avons voulu dépasser le portrait déficitaire de la vie sociale en milieu carcéral. Ce sont d'autres concepts que nous voulons placer au centre de ce questionnement.

D'abord en premier lieu, on a pu voir l'importance accordée à la théorie de l'attachement mère-enfant aujourd'hui et à l'impact de cette relation sur l'adaptation psycho-sociale de l'enfant. Par ailleurs, la notion de stade de développement est elle aussi au coeur des débats actuels. Ainsi donc, selon Cloutier et Renaud (1990), parce qu'elle introduit une chronologie des acquisitions chez l'enfant, la notion de stade est un instrument précieux pour poser les problèmes. Dans cette perspective, la période de la petite enfance et la période pré-scolaire ayant été qualifiées comme des périodes "critiques" pour l'enfant, les auteurs s'entendent pour dire que c'est la stabilité et la continuité d'une figure significative qui permettront à l'enfant de s'investir au monde extérieur. D'un autre côté, le maintien de l'enfant dans des milieux "à risque" avec de mesures de soutien préventives appropriées apparaissent aujourd'hui comme des solutions valables dans les milieux de prévention lorsque la sécurité physique de l'enfant n'est pas en jeu (Durand et al. (1989). Par ailleurs, nous avons découvert, on peut se référer ici aux travaux réalisés par le Centre Rosalie Jetté, que les nombreux besoins physiques, cognitifs, sociaux et affectifs peuvent interférer dans la relation mère-enfant. En d'autres termes, que la qualité de la relation mère-enfant et sa stabilité seraient la conséquence du mode de fonctionnement de la mère et de l'enfant et de leur "situation de vie" et que seule l'analyse en profondeur de ces "situations" peut permettre de cibler les modalités des dispensation de services les plus appropriés à leurs besoins (type d'hébergement, par exemple). La complexité des situations de vie de la mère et de l'enfant fait de chaque dyade mère-enfant un cas unique d'où la nécessité d'évaluer systématiquement tous les cas d'inscription-admission avec des outils d'évaluation reconnus.

En bref, il est impossible de présumer à l'avance de la pertinence d'un type d'hébergement par rapport à un autre ni dans quel contexte l'un est préférable à l'autre. Trop de facteurs peuvent interférer une décision. Par contre, la durée de l'incarcération de la mère, l'âge de l'enfant, ses antécédents de placement, la présence de problèmes graves de comportement tant chez l'enfant que chez la mère, par exemple la toxicomanie, sont des facteurs importants dont on devra tenir compte dans le choix du type d'hébergement à privilégier selon Andrée Fontaine, psycho-éducatrice au Centre Rosalie Jetté. Les séjours occasionnels ou les visites régulières de l'enfant dans certains cas pourraient devenir les seules mesures préventives pouvant être envisagées dans le but d'entretenir les liens mère-enfant lorsque la complexité et la gravité de la situation l'exigera.

Les principes qui devraient guider le comité responsable d'inscription-admission d'une dyade mère-enfant, dans le but de définir un plan de services adapté:

le volontariat de la mère

une évaluation de sa capacité parentale.

• Il existe un instrument fiable et valide à cet effet, celui de Magura et Moses (1986) "The child-Being Scales" qui a été adapté par Laurendeau (1989) et Foucault (1992) dans différents contextes

une évaluation de l'attachement mère-enfant.

• Il existe aussi un instrument fiable et valide, le Q-SORT des comportements maternels, Peterson et Moran (1990)

une étude du réseau social et du réseau de soutien de la mère (familial ou autre).

• Il existe un instrument fiable et valide le ASSIS de Barrera (Arizona Social Support). Cet instrument a été traduit et adapté par Lepage (1984)

un récit de vie de l'enfant et l'évaluation de ses capacités cognitives, physiques, affectives et sociales

une évaluation bio-psycho-sociale de la situation de la mère.

• A cet effet, le Centre Rosalie Jetté possède des outils adaptés et valides:

le consentement du Directeur de la protection de la jeunesse ou du Tribunal de la jeunesse

une évaluation supervisée de la dyade mère-enfant dont la durée peut varier entre deux et trois mois.

L'objectif de l'évaluation supervisée de la dyade est de permettre à l'enfant de se familiariser progressivement avec le contexte de l'aménagement des services correctionnels et de maintenir le lien mère-enfant. Pendant cette période, l'enfant devrait habiter en dehors de l'établissement. Cette activité pourrait se dérouler dans le cadre plus large de la garderie de l'établissement avec des éducateurs spécialement formés à cet effet. Si la mère peut sortir en dehors de l'établissement, l'évaluation pourrait se faire en centre de jour. Les principales activités qui sont offertes dans ce type de programmes sont: des visites supervisées de la dyade mère-enfant, des activités permettant le développement des capacités parentales, un suivi individuel, des activités élaborées dans un contexte de support à l'amélioration de la relation mère-enfant. Ce type d'activité permet le dépistage et la prévention des cas d'abus et de négligence.

Lorsque le processus d'inscription-admission sera terminé, le comité en charge de ce processus serait en mesure de décider du type d'hébergement à privilégier et d'établir un plan de services personnalisé selon les besoins et les difficultés spécifiques ciblés par le processus d'évaluation. Ce plan de services personnalisé devrait s'inscrire dans le cadre plus large des programmes et services offerts à l'ensemble des FPPF.

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A ce stade, on peut présumer que la majorité des mères pourront faire face à leur rôle parental et développer des liens affectifs harmonieux avec leur enfant quel que soit le type d'hébergement. Certaines situations propres au milieu carcéral peuvent cependant provoquer chez la mère de graves difficultés. Comme c'est le cas dans la collectivité, certaines mères n'arriveront à développer leurs compétences qu'avec une aide extérieure (C.R. J. (1992)). Les facteurs de risques qui font partie de l'étiologie de la négligence sont en effet présents et d'une façon encore plus aiguë dans ce milieu (stress, support social de piètre qualité, tolérance à la violence, nombreux besoins socio-affectifs et cognitifs, faible scolarité, etc.). De plus, lorsque les mères auront été sensibilisées entre autres à la nécessité d'offrir des modèles d'identification complémentaires de qualité à leurs enfants, le milieu environnant risque de générer du stress et provoquer des difficultés d'adaptation chez les mères et par voie de conséquence sur les enfants.

La possibilité pour les enfants et leurs mères d'être logés tous ensemble dans une ou deux maisons plutôt que d'être répartis dans tout l'établissement, nous apparaît être une des solutions à mettre en place afin de minimiser ces effets négatifs.

Par ailleurs, comme la majorité des mères vivant dans la collectivité, les mères PPF devront compter sur la présence d'un réseau de support social significatif (familial ou autre) pour améliorer leurs capacités parentales, augmenter leur bien-être psychologique, acquérir les connaissances nécessaires pour prendre soin de leur enfant et s'adapter à leur situation. Comme nous l'avons mentionné précédemment, les mères auront plus de chance de s'adapter plus facilement si elles peuvent compter sur un réseau de soutien qui se manifestera dans quatre domaines spécifiques :

1. acquérir des connaissances et des habilités requises pour prendre soin d'un enfant;

2. validation de leur façon d'agir avec l'enfant;

3. partage d'émotions diverses parfois inattendues et intenses qui les envahissent;

4. accès à des ressources matérielles et humaines répondant à leur situation personnelle (Lepage et Guay (1985)).

L'isolement social ou la piètre efficacité du réseau social en matière de support ont été associés à un ensemble de problématiques dont la négligence affective à l'égard de l'enfant. L'une des mesures que le SCC pourrait prendre pour s'assurer que les mères peuvent compter sur un réseau de support significatif et favoriser la réintégration sociale de la mère et de l'enfant serait de travailler en complémentarité avec des intervenant(e)s non-professionnel(le)s qui ont reçu une formation pour travailler avec des mères à risque. Les actions de ces intervenantes peuvent s'intégrer dans les activités de la vie courante: accompagnement chez le médecin, à l'hôpital, au restaurant, à la piscine, à la bibliothèque. Elles peuvent accompagner les mères dans leur parenté, chez des amis, etc.

A titre de référence, "La fondation de la visite", qui existe depuis 7 ans, a formé des intervenantes non-professionnelles qui travaillent par des activités d'accompagnement et de visite à dynamiser le réseau de soutien de la mère et à développer la compétence parentale.

Ces mesures permettraient:

aux bénéficiaires :

de choisir et de développer des relations positives avec d'autres mères dans leur environnement immédiat, avec des membres de leur parenté, avec des professionnels et des membres du réseau communautaire ou autres.

au SCC :

d'évaluer au fur et à mesure les besoins et de faire les ajustements nécessaires et réviser d'une manière régulière le plan de services.

L'évaluation et la formation

On dispose encore aujourd'hui de peu d'études sur les facteurs de risques institutionnels. Comme le mentionne le rapport du groupe de travail pour les jeunes "Un Québec fou de ses enfants" (1991), les études existantes ne sont cependant "guère éloquentes au sujet des caractéristiques de milieu de vie autres que la famille qui viendraient ajouter aux risques développementaux des enfants". Aussi, selon les auteurs, une grande place devrait être accordée à évaluer la mise en oeuvre des programmes et les impacts et à s'associer un personnel compétent. La composante évaluative et formative a été jugée essentielle à la réussite d'un programme. L'évaluation oblige aussi les promoteurs à s'interroger sérieusement sur les objectifs, sur les moyens et sur les critères. La formation et l'encadrement par ailleurs assurent la stabilité des personnes engagées. "La tendance actuelle à s'associer des personnes à partir du seul critère qu'elles sont disponibles et peu dispendieuses" disent-ils, "devrait être sérieusement revue"... Les personnes engagées dans une action auprès de familles doivent présenter les connaissances et les habiletés nécessaires. L'évaluation et la formation d'un personnel compétent sont des éléments majeurs de réussite d'un programme (Bouchard et al. (1991)).

A cet effet, le Centre Rosalie Jetté constitue dans le domaine de la formation et de l'encadrement une ressource essentielle pour le SCC.

Trois possibilités de collaboration avec le SCC ont été ciblées par le Centre Rosalie Jetté dans le cadre d'une collaboration inter-organismes possible. Nous vous les présentons ici à titre de référence.

 

B. Collaboration inter-organismes

Trois possibilités:

1. Élaboration d'un programme et consultation clinique

Cette possibilité propose qu'une personne des services aux mères et à la petite enfance soit impliquée dans l'élaboration d'un programme adapté à la situation, tout en tenant compte de l'expertise développée auprès de la clientèle.

Contexte de collaboration:

• consultations cliniques par quelques rencontres ou 3 rencontres)

• rencontres régulières pour élaborer un programme (entre 3 mois à 6 mois)

2. Implantation et supervision clinique

Cette possibilité de collaboration est complémentaire à la première possibilité mais demeure facultative. Une intervenante des services (probablement la même) supervise l'implantation du programme, forme le personnel en fonction des objectifs du programme et offre de la supervision clinique au responsable du projet.

Contexte de collaboration:

• formation du personnel clinique (à déterminer)

3. Réalisation des activités cliniques

Par une entente contractuelle, une éducatrice serait prêtée pour la réalisation concrète, dans le quotidien, des activités cliniques. Sur une base de projet expérimental, ce prêt d'éducateur serait à déterminer selon les besoins.

Les possibilités proposées peuvent être réalisées de façon indépendante ou en complémentarité, selon les besoins préalablement identifiés.