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ÉLABORATION DE PROGRAMMES À L'INTENTION DES SURVIVANTES DE TRAUMATISMES ET D'ACTES DE VIOLENCE

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ÉLABORATION DE PROGRAMMES À L'INTENTION DES SURVIVANTES DE TRAUMATISMES ET D'ACTES DE VIOLENCE

DOCUMENT D'ÉTUDE

 

BASÉ SUR LA

SÉANCE DE REMUE-MÉNINGES

8 ET 9 JUIN 1994

 

Service Correctionnel du Canada

Janvier 1995

 

TABLE DE MATIÈRES

 

Introduction

But de la séance

Plan du document d'étude

Autres questions

Question no 1 : Programmes individuels ou programmes de groupe

Question no 2 : Programmes adaptés au traumatisme subi

Question no 3 : Confidentialité et communication de renseignements

Question no 4 : Titres de compétences des animatrices

Question no 5 : Exigences relatives à l'exécution des programmes

Question no 6 : Délinquantes purgeant une peine de longue durée

Question no 7 : Évaluation

Question no 8 : Recherches

Annexe 1 - Liste de recommandations des spécialistes dans la collectivité

Annexe 2 - Liste des sujest qui pourraient éventuellement être étudiés dans les programmes pour survivantes

Annexe 3 - Liste des participants

 

Introduction

Lorsque le groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale a été formé en 1989, les effets de la victimisation et son incidence sur la vie des survivantes - tant celles en liberté que celles purgeant une peine fédérale - étaient bien compris. En 1990, l'approbation, par le gouvernement, du Rapport du groupe d'étude, La création de choix , et des recommandations contenues dans ce rapport, ont permis d'accroître la compréhension et la sensibilisation de tout le personnel du Service correctionnel du Canada (SCC) à l'égard de ces questions, ce qui s'est traduit par l'utilisation d'une nouvelle approche, qui a gagné la faveur générale, pour traiter les problèmes propres aux survivantes incarcérées dans les établissements correctionnels. On a conclu à la nécessité d'adopter une approche plus spécialisée pour aider les survivantes, et l'on a augmenté les fonds réservés aux programmes offerts dans ce domaine à la Prison des femmes.

L'Initiative de lutte contre la violence familiale, mise en oeuvre par le gouvernement fédéral et, ultérieurement, le Rapport du Comité canadien sur la violence faite aux femmes et l'Enquête de Statistique Canada sur la violence faite aux femmes ont permis de mieux comprendre les effets dévastateurs de cette plaie sociale.

Les femmes purgeant une peine fédérale sont responsables devant la société et devant elles-mêmes pour les crimes qu'elles ont commis et elles paient leur dette par leur incarcération. Les femmes ne sont pas responsables de la violence qu'elles ont subie; cependant, cette violence a des répercussions majeures sur la manière dont les survivantes se perçoivent, sur leurs aptitudes et sur leurs attitudes dans leurs relations personnelles et dans la société en général. En aidant les femmes à aller au-delà de la victimisation, à prendre conscience de leur colère et de leurs autres émotions et à les comprendre, on améliore leurs chances de vivre une vie plus sûre, plus heureuse et plus productive.

Survivre à la violence est une affaire personnelle : aucun lien direct n'a été établi entre la victimisation et le comportement criminel. Cependant, nombre de conséquences de la victimisation peuvent influer sur les choix qu'une personne fait. Il s'agit d'un problème grave pour toutes les femmes, particulièrement les femmes purgeant une peine fédérale, dont 60 à 90 pour cent ont été victimes de violence de la part de membres de leur famille d'origine (naturelle ou d'accueil) ou de leur conjoint 1.

Les programmes à l'intention des survivantes de traumatismes et d'actes de violence doivent faire partie intégrante des programmes offerts dans chacun des pénitenciers pour femmes car ils permettent aux femmes de comprendre leur victimisation, de comprendre le contexte dans lequel elle se produit, tant sur le plan social que politique, d'apprendre à accepter leur impuissance face à la violence qui leur a été faite et leur force et leurs capacités à l'égard des mesures qu'elles décident de prendre.

 

But de la séance

Bien que le SCC comprenne relativement bien la dynamique du comportement des détenues victimes de violence ainsi que les problèmes découlant des traumatismes et des actes de violence qu'elles ont subis grâce au travail du personnel de la Prison des femmes, du groupe d'étude et de sa participation même à l'Initiative de lutte contre la violence familiale, il ne dispose pas de ressources spécialisées dans le domaine de l'intervention. Ces ressources se retrouvent dans la collectivité, plus particulièrement dans les groupes de femmes, et dans les organismes d'aide aux victimes d'actes criminels.

Le Service correctionnel du Canada (SCC) a réuni plusieurs spécialistes, oeuvrant dans la collectivité, pour une “séance de remue-méninges” en vue de faciliter l'élaboration d'un cadre et de lignes directrices pour les programmes destinés aux survivantes de traumatismes et d'actes de violence qui seront offerts dans les nouveaux établissements. Cette séance, d'une durée de deux jours, a été tenue à Ottawa les 8 et 9 juin 1994. La liste des participantes est présentée à l'annexe 3.

Le cadre et les lignes directrices permettront aux membres du personnel des pénitenciers fédéraux pour femmes de chercher dans leur collectivité des programmes qui répondent aux besoins des femmes purgeant une peine fédérale. Cette initiative permettra également aux établissements et aux collectivités, ainsi qu'aux femmes, tant celles qui sont incarcérées que celles qui sont en liberté, d'établir des relations.

 

Plan du document d'étude

Durant la séance, on a traité et étudié un grand nombre de sujets et de questions sous divers angles. Dans le présent document, on indique les principales questions étudiées, on résume les discussions 2 et on cite les recommandations faites par les membres qui ont participé à la séance. Les recommandations sont intégrées dans le corps du document et elles sont résumées dans l'annexe 1. L'annexe 2 contient une liste des sujets qui pourraient éventuellement être étudiés dans le cadre des programmes pour survivantes.

Voici les questions étudiées dans le présent document :

1. Programmes individuels ou de groupe

2. Programmes adaptés au traumatisme subi

3. Confidentialité et communication des renseignements

4. Titres de compétences des animatrices

5. Exigences relatives à la prestation des programmes

6. Délinquantes purgeant une peine de longue durée

7. Évaluation

8. Recherches.

 

Autres questions

On a soulevé deux autres questions importantes sur lesquelles il n'y a effectivement (cet objectif n'étant pas prévu dans le mandat du groupe) ou apparemment pas eu consensus : le recrutement d'employés de sexe masculin et l'approche thérapeutique par opposition à l'approche directive - l'approche médicale par opposition à la sensibilisation.

Dotation par des membres des deux sexes

Un grand nombre de participantes étaient d'avis qu'il ne devrait pas y avoir d'employés de sexe masculin dans les établissements, compte tenu de la violence et des traumatismes subis par la majorité des femmes purgeant une peine fédérale, que les hommes, en l'occurrence, occuperaient des postes d'autorité (même si les employés de sexe féminin occuperaient également de tels postes), et que l'expression “milieu pour femmes” signifie “réservé aux femmes”. D'autres considéraient que la présence des hommes était importante pour présenter un reflet plus juste de la société et que les hommes éventuellement recrutés devaient représenter des modèles masculins positifs.

La décision du SCC quant au recrutement d'employés de sexe masculin a été expliquée. La question avait été étudiée conjointement avec les femmes elles-mêmes qui, pour la plupart, étaient d'accord avec le recrutement d'employés de sexe masculin dans la mesure où leur intimité et leur dignité étaient respectées. Les directrices d'établissement sont tenues d'assurer le respect des politiques et des procédures à cet égard. Du point de vue juridique, les hommes sont admissibles aux concours visant à combler des postes dans les nouveaux établissements. Cependant, les critères de sélection établis pour la dotation dans les établissements exigent de tous les candidats (hommes et femmes) qu'ils démontrent leur connaissance des questions qui touchent les femmes, leur professionalisme et leur sensibilisation à ces questions, et leur capacité de travailler dans un milieu de femmes. Une formation spéciale est également prévue à l'intention du personnel sur les questions qui touchent les femmes. Cependant, en dépit de ces précautions, nombre de participantes maintenaient que les employés des établissements devraient exclusivement être des femmes.

Approche d'intervention

Un certain nombre des participantes étaient d'avis que le SCC devrait privilégier une approche “directive” (sensibilisation) en ce qui concerne ses programmes à l'intention des survivantes plutôt qu'une approche “thérapeutique ou médicale”. Dans le cadre de l'approche directive, on met l'accent sur le caractère social et politique de la violence faite aux femmes au lieu de considérer ce problème comme un problème individuel. En l'occurrence, on considère le pouvoir et le contrôle exercés sur les femmes comme une force majeure dont chaque femme doit être consciente lorsqu'elle travaille sur sa propre victimisation. Son expérience de la violence est beaucoup plus reliée à son rôle dans la société qu'à toute caractéristique inhérente à son comportement dans l'exercice de son rôle.

Cette approche sensibilise les femmes à la question des rôles et des comportements et les aide à comprendre que les autres femmes sont tout aussi vulnérables, du seul fait qu'elles sont des femmes. Il s'agit d'aider les femmes qui ont survécu à la violence en les sensibilisant aux inégalités dans le traitement réservé respectivement aux hommes et aux femmes (donc, en suscitant une prise de conscience) et en les aidant aussi à établir des alliances et des relations engagées avec d'autres femmes afin de faire reconnaître leur droit à un traitement égal dans la société. Les femmes qui ont survécu aux mêmes expériences peuvent constituer un réseau et échanger sur cette question, ce qui leur donne une certaine force. Même si elles n'établissent aucun lien entre les croyances “féministes ” et la compréhension de leur rôle dans la société, elles acquièrent néanmoins une force en se joignant à d'autres femmes, à un un réseau d'aide, dans un contexte positif et en toute sécurité.

Celles qui préconisent l'approche directive estiment que l'approche thérapeutique ou médicale démobilise les femmes en ce qu'elle laisse supposer que les femmes “doivent être traitées”, qu'elles sont pour ainsi dire malades et doivent suivre un traitement.

Dans le cadre d'une approche thérapeutique ou médicale, on met l'accent sur l'incident auquel la femme a survécu et on aide cette dernière à surmonter l'épreuve qu'elle a subie, à développer des habiletés d'adaptation et à aller au-delà de sa victimisation personnelle. Certaines des participantes ont utilisé cette approche avec succès. Cependant, l'approche médicale peut méconnaître l'influence du contexte et des pressions et normes sociales sur la situation en mettant indûment l'accent sur l'individu. Selon cette approche, la femme est perçue du point de vue de l'homme, de sa définition du pouvoir et du contrôle, et de sa définition de ce qu'il estime être dans l'“ intérêt ” des femmes. Traiter ces questions en les ramenant au niveau individuel sans s'arrêter à l'influence du pouvoir et du contrôle dans le contexte politique et social global a pour effet de renforcer l'idée que la femme est, d'une manière ou d'une autre, responsable de la violence qu'elle subit.

Selon certains des spécialistes, le fait d'exiger un changement de la part de l'individu, dans le contexte d'une approche directive, peut paralyser certaines femmes. En effet, pour faire cheminer ces femmes, il peut parfois se révéler utile de passer à une approche thérapeutique, celles-ci ayant tendance à extérioriser les problèmes, croyant qu'elles ne peuvent changer. Il est important de nourrir, chez les femmes, la conviction qu'elles peuvent parfois effectivement prendre des décisions et faire des choix, en dépit de l'oppression qu'elles subissent.

Il s'agit d'abord de laisser les femmes exprimer leurs sentiments, puis de les mettre en relation avec d'autres femmes qui ont vécu la même situation. Une thérapeute ou des chefs de groupes féministes appliqueront tous les concepts qu'elles jugent appropriés, sachant, par exemple, que la dépression d'une femme découle de ses propres expériences et de sa situation de femme dans une culture telle que la nôtre. Un animateur compétent saura comment et quand utiliser l'approche la plus appropriée. Il appartient néanmoins aux femmes de déterminer ce qui répond le mieux à leurs besoins.

Les auteurs du document d'étude sont d'avis que les deux approches sont tout à fait valables et que la combinaison de plusieurs éléments des deux approches pourrait peut-être se révéler la plus appropriée dans le cas des femmes purgeant une peine fédérale; cependant, dans toutes ces discussions, il faut se rappeler qu'il appartient principalement aux femmes de déterminer les moyens qu'elles veulent utiliser pour traiter leurs propres problèmes en tant que survivantes.

 

Question no 1 : Programmes individuels ou programmes de groupe

Discussion

Deux genres de programmes peuvent être utilisés dans le cadre des interventions auprès des survivantes : les programmes de groupe et les services de counseling individuel. Un principe politique sous-tend la prestation de programmes de groupe dans le cas des survivantes de violence. Les agressions sexuelles et la violence subies par les femmes sont souvent considérées comme des problèmes sociaux et politiques (c.-à-d. des problèmes “de groupe”) plutôt que des problèmes individuels. Par conséquent, les programmes de groupe pour les survivantes aident les femmes à comprendre que leur expérience n'est pas unique et qu'elle ressemble à celle que vivent nombre d'autres femmes. Ils permettent en outre de briser le silence au sujet de la violence faite aux femmes et favorisent le développement d'un sentiment de solidarité parmi les femmes. Au début, la majorité des femmes appréhendent de participer à un programme de groupe, mais la plupart jugent le programme des plus efficace en ce qu'il les aide à retrouver leur capacité de définir leur vie.

Les programmes de groupe peuvent se révéler plus efficaces en ce qu'ils permettent aux femmes de se sentir moins isolées et qu'ils les sensibilisent au lien entre leur expérience et la structure sociale (cette approche est favorisée par les participantes). Il est beaucoup plus difficile d'obtenir ces résultats individuellement et le processus, en l'occurrence, est beaucoup plus long. Cependant, toutes les délinquantes devraient avoir la possibilité de choisir entre un programme de groupe ou un programme de counseling individuel pour traiter les problèmes liés à la violence qu'elles ont subie et leur victimisation. Après avoir participé aux programmes de groupe, elles devraient également avoir la possibilité d'obtenir des services de counseling individuel si elles le désirent. Certaines d'entre elles peuvent avoir besoin de ces services pendant leur participation aux programmes de groupe.

Les programmes de groupe devraient refléter l'approche et le style des programmes communautaires. Cela signifie que la participation d'intervenantes communautaires est souhaitable, tant en ce qui concerne les animatrices que les participantes : plus les groupes seront variés, plus les femmes tireront parti de l'expérience. En effet, les délinquantes peuvent ainsi prendre conscience de l'expérience et de la vie de nombreuses autres femmes, ce qui contribue à créer un esprit de solidarité. Elles sont mieux à même de comprendre qu'elles vivent la même expérience que ces femmes et que la violence faite aux femmes est un problème social et politique plutôt qu'un problème individuel. Elle réalisent qu'elles ne sont pas seules à vivre cette situation.

On ne saurait trop insister sur la nécessité de s'assurer la collaboration des responsables des programmes et des services de soutien communautaires, étant donné que la création d'un réseau d'entraide est une étape très importante lorsqu'il s'agit de surmonter la victimisation. Le SCC devrait avoir recours aux groupes qui existent déjà dans la collectivité pour les femmes qui peuvent quitter l'établissement. Il devrait en outre encourager les groupes communautaires à tenir leurs réunions dans les établissements afin d'assurer des services aux femmes qui ne sont pas admissibles à une mise en liberté. Cette initiative serait particulièrement utile dans le cas des délinquantes qui purgent une peine de longue durée et qui ne pourront obtenir une libération conditionnelle anticipée.

Si les femmes purgeant une peine fédérale participent à des groupes de survivantes dans la collectivité, elles doivent pouvoir assumer certaines responsabilités qui vont de pair avec leur participation à ces groupes. Il est normal que les membres du groupe (non délinquantes) offrent leur aide aux autres membres du groupe communautaire. Il s'agit de rassembler, au sein du groupe communautaire, des personnes qui ont des intérêts et des problèmes communs, et les détenues devraient pouvoir faire partie d'un tel réseau. Ces dernières devraient pouvoir contacter facilement les autres membres du groupe pour obtenir leur aide et établir des liens d'amitié, et les membres de la collectivité devraient, elles aussi, pouvoir contacter les détenues dans l'établissement.

Dans le même ordre d'idées, les participants ont souligné la nécessité de prévoir des groupes et des services spécifiquement destinés aux lesbiennes, puisque certaines des préoccupations de ces femmes diffèrent de celles des hétérosexuelles. Il ne sera peut-être pas possible de former deux groupes distincts pour les lesbiennes et les hétérosexuelles; cependant, le principal objectif est de permettre aux femmes d'entrer en contact et d'établir des relations avec des ressources et des groupes communautaires qui peuvent répondre à leurs besoins particuliers. Il faudrait également contacter des groupes communautaires de femmes de différentes origines et cultures afin que les besoins particuliers des femmes qui sont de race différente ou qui appartiennent à une minorité visible soient dûment traités.

Par ailleurs, un autre point de vue a été exprimé lors de la séance, à savoir que les groupes devraient être formés sans égard à la culture, à l'origine ethnique et à l'orientation sexuelle des femmes, que la formation de groupes distincts en fonction de l'orientation sexuelle, de l'origine ethnique et culturelle ou de la confession religieuse ne pourrait servir qu'à compartimenter et à isoler les femmes encore davantage au lieu de les réunir.

Les questions qui suivent sont également importantes 3 en ce qui concerne les programmes de groupe :

1. les femmes doivent savoir quand divulguer certains renseignements, et quand le climat de confiance a été établi dans le groupe

2. il faudrait également assurer aux autres employées et femmes purgeant une peine fédérale des services spéciaux - éducation ou sensibilisation à l'égard des questions touchant les survivantes - de façon à les sensibiliser aux émotions que les participantes pourraient éprouver et puissent y réagir d'une manière appropriée, tant pour les femmes que pour elles-mêmes.

Recommandations

1. Toutes les femmes doivent avoir la possibilité de choisir entre un programme de groupe ou un programme de counseling individuel.

2. Le SCC devrait avoir recours aux groupes qui existent déjà dans la collectivité dans le cas des femmes qui peuvent quitter l'établissement.

3. Le SCC devrait encourager les groupes communautaires à offrir leurs services dans l'établissement même dans le cas des femmes qui sont confinées au pénitencier et, par ailleurs, ces dernières devraient pouvoir établir des relations avec des membres du groupe qui ne relèvent pas du SCC.

4. Il faudrait entrer en contact avec des groupes de femmes de différentes origines et cultures et avec des groupes de lesbiennes afin que les femmes puissent établir des relations avec des groupes communautaires dont le style de vie s'apparente au leur et qui sont mieux à même de répondre à certains de leurs besoins.

 

Question no 2 : Programmes adaptés au traumatisme subi

Discussion

Les membres du groupe s'entendaient pour dire que deux genres de programmes devraient être offerts : un programme d'éducation ou de sensibilisation (la participation de toutes les femmes dans un tel programme devrait être encouragée) et un programme de soutien de groupe plus intensif. Les deux genres de programmes devraient comprendre les éléments suivants, à savoir le partage de l'information, le développement d'habiletés et le rétablissement.

L'exécution de programmes spécifiquement adaptés aux différents traumatismes subis n'est pas considérée nécessaire à des fins d'éducation. Les questions qui touchent toutes les survivantes découlent réellement de la violence faite aux femmes et, par conséquent, elles ont de nombreux points en commun. Cependant, il est important que le chef du groupe soit familiarisé avec toutes les formes de violence et d'abus. Sur le plan des services thérapeutiques, les groupes les plus efficaces intègrent les différentes clientèles mais ils reconnaissent la nécessité de recourir à des services de soutien différents. Il est essentiel d'établir des liens et des relations en ce qui concerne toutes les formes de violence et l'animatrice doit avoir les connaissances nécessaires pour pouvoir le faire.

Les groupes de soutien et d'intervention doivent être axés sur les solutions et encourager la création de ressources parmi les femmes, l'élaboration de mécanismes d'adaptation, l'acquisition de compétences, l'éducation et l'établissement d'un réseau d'entraide, de même qu'ils doivent aider les femmes à surmonter le traumatisme qu'elles ont subi.

On a également discuté de la question des groupes ouverts et des groupes fermés. Un groupe fermé est un groupe rassemblant les mêmes participantes au début qu'à la fin (le programme est généralement d'une durée déterminée), c'est-à-dire qu'il est impossible de se joindre au groupe pendant la durée du programme. Un groupe ouvert admet des participantes en tout temps durant le programme; il s'agit souvent d'un programme continu, qui n'a pas de date de fin. Les deux genres de programmes offrent différents avantages et servent différentes fins (bien que les deux doivent de préférence être dirigés par une ou deux animatrices d'expérience). Les groupes ouverts se prêtent mieux à l'apprentissage autodirigé, tandis que dans les groupes fermés, les participantes se sentent plus en confiance et se livrent plus facilement aux animatrices et aux autres membres du groupe, elles se sentent moins vulnérables et laissent davantage libre cours à leurs émotions. Un groupe ouvert, en revanche, met l'accent sur l'aspect cognitif et solidaire plutôt que sur l'aspect émotif et personnel; cependant, le facteur temps et la continuité des groupes ouverts constituent un élément important. Les femmes qui ont fait partie d'un groupe durant une certaine période peuvent aider les nouvelles participantes à s'intégrer au groupe; les anciennes apprennent à mieux comprendre et aider les autres, de même qu'elles améliorent leur estime de soi grâce à ce processus. Toutefois, dans les deux genres de programmes, c'est peut-être l'animatrice qui joue le rôle le plus important en ce qu'elle doit créer un climat de confiance et favoriser l'expression des émotions au sein du groupe. Tant le contenu personnel que le contenu émotionnel dépendent de la compétence de l'animatrice.

On a suggéré d'acheter le livre intitulé The Courage to Heal 4 à l'intention des femmes qui ne sont pas prêtes à participer à un programme de counseling individuel ou de groupe. L'animatrice peut également suggérer d'autres documents de référence, tant pour les femmes qui participent au programme que pour celles qui n'y participent pas.

Pourvu qu'elles respectent les règles du groupe, les femmes devraient pouvoir quitter le groupe si elles le désirent, mais elles devraient avoir la possibilité de le réintégrer ultérieurement puisqu'elles seules savent si et quand elles sont prêtes à prendre les mesures nécessaires pour surmonter leur victimisation.

Recommandations

1. Deux genres de programmes devraient être offerts: un programme d'éducation ou de sensibilisation et un programme davantage axé sur l'intervention. Le programme d'éducation ou de sensibilisation devrait être offert aux femmes comme première étape pour traiter les questions qui touchent les survivantes de traumatismes et d'actes de violence, suivi de programmes et de services plus intensifs.

2. Pour les besoins du programme d'éducation, il n'est pas nécessaire d'établir une distinction entre les différents genres de traumatisme subis.

3. Tous les groupes qui traitent des questions touchant les survivantes devraient être axés sur les solutions et encourager la mobilisation des ressources parmi les femmes.

4. Tant les groupes ouverts que les groupes fermés peuvent être efficaces. Il appartient aux femmes de décider du genre de programme qui leur convient.

5. Toutes les femmes devraient avoir accès à des services de counseling individuel.

6. Il faut promouvoir l'accès au livre intitulé The Courage to Heal et aux bandes enregistrées.

7 Les animatrices devraient déterminer les livres et les documents qui devraient être mis à la disposition des femmes pour leur faciliter le processus de guérison. Les niveaux de scolarité et d'alphabétisation doivent également être pris en compte.

 

Question no 3 : Confidentialité et communication de renseignements

Discussion

Plusieurs questions importantes se posent quant à la confidentialité et à la communication des renseignements, notamment la divulgation des renseignements et leur transmission.

En l'occurrence, nous faisons face à un problème de victimisation et non d'agression. Aucun lien direct n'a été établi entre la victimisation et le comportement criminel et celle-ci ne doit pas être traitée comme tel. Il appartient donc exclusivement à la femme d'informer le SCC de la situation 5. Il est tout à fait inacceptable d'obliger la femme à le faire. Peu importe que la délinquante ait décidé de participer à un programme de groupe ou à un programme de counseling individuel pour traiter les problèmes reliés à la violence qu'elle a subie dans le passé, elle ne doit pas être tenue de divulguer ses antécédents de victimisation pour pouvoir être admise au programme (l'autre avantage de cette approche réside dans le fait que l'animatrice n'est pas perçue par les délinquantes comme faisant partie intégrante du “ système ”, ce qui aide à établir un climat de confiance entre les animatrices et les participantes). De plus, les délinquantes ne doivent pas être punies ou récompensées (par exemple, un “ point de plus ” en vue de leur mise en liberté sous condition) pour leur participation aux programmes à l'intention des survivantes.

Les discussions ont également porté sur les renseignements que le SCC peut demander à l'animatrice et ceux que l'animatrice peut demander au SCC.

On était généralement d'avis que l'animatrice ne doit pas nécessairement être informée de tout changement majeur de la situation d'une participante, qu'elle sera dûment informée soit par la participante elle-même au cours du programme de groupe ou par le groupe si elle-même ne peut se présenter à la séance. Dans le cadre de certains programmes offerts par les établissements, si la participante est très perturbée avant une séance, l'animatrice en sera informée, mais les raisons des difficultés (renseignements confidentiels) ne seront pas divulguées. Le SCC est lié par la Loi sur la protection des renseignements personnels dans les circonstances. D'autres animatrices jugeaient préférable que la participante explique elle-même la situation plutôt que d'être informées par le personnel. De cette manière, les risques de rumeurs sont moindres et l'équilibre dans la force du groupe est maintenu.

Avant de participer à un programme, la femme doit absolument être informée des renseignements qu'elle devra communiquer. L'animatrice est tenue de négocier avec la future participante les attentes que le groupe a à son égard et les attentes qu'elle-même peut avoir à l'égard du groupe.

La communication des renseignements au SCC constitue un autre volet qui a fait l'objet de discussions relativement longues. Les auteurs ont constaté que les spécialistes dans la collectivité et les représentants du SCC participant à la séance de remue-méninges ne s'entendent pas encore au sujet de la communication des renseignements au SCC.

Les spécialistes dans la collectivité étaient d'avis que compte tenu du critère décrit dans le deuxième paragraphe de la présente section, à savoir que la décision de divulguer au SCC les antécédents de victimisation appartient à la femme, pourquoi alors le SCC a-t-il besoin de comprendre pourquoi une femme décide d'abandonner le programme. Ce qui importe, c'est que la femme puisse prendre elle-même les décisions à cet égard et qu'elle puisse le faire sans craindre des représailles ou sans avoir à justifier sa décision en bonne et due forme. Il s'agit peut-être là du seul pouvoir qu'elle peut exercer sur la situation. Étant donné qu'aucun lien direct n'a été établi entre la victimisation et le comportement criminel, la femme doit se sentir libre de participer ou non au programme; elle ne doit pas être forcée de le faire. Il s'agit simplement d'informer le SCC qu'elle a décidé de ne pas poursuivre le programme pour le moment. Si des menaces de voies de fait ont été proférées à son endroit ou à l'endroit d'autres personnes, il faut en informer le SCC, mais exception faite de cette situation, aucun renseignement ne doit être divulgué au SCC.

Compte tenu de la responsabilité légale du SCC de protéger la société, les délinquantes qui relèvent de lui et la délinquante particulière visée, les représentants du SCC étaient d'avis qu'il faut communiquer aux employés qui interviennent auprès des femmes plus de renseignements que nous ne le ferions dans le cas de tout autre organisme communautaire bénévole. Il ne s'agit pas de communiquer au SCC des renseignements personnels détaillés sur la thérapie mais plutôt des renseignements généraux tels que les progrès réalisés, l'acquisition de compétences, les difficultés que traverse la participante, etc.

Par exemple, il pourrait être utile au SCC de comprendre pourquoi une femme décide d'abandonner le programme afin de pouvoir aider (ou non) de la manière la plus appropriée possible. Si celle-ci a des “ flash-backs ”, il faudrait peut-être en informer le personnel de manière à ce qu'il puisse réagir en conséquence et éviter d'aggraver la situation.

Plus concrètement, si, par exemple, une femme a obtenu une permission de sortir pour pouvoir participer à un programme communautaire à l'intention des survivantes et qu'elle décide d'abandonner le programme, le SCC doit en être informé puisque des changements devront être apportés à sa permission de sortir. Il s'agit de la responsabilité légale du SCC.

Un autre piège dans lequel le SCC est tombé dans le passé et qu'il essayera d'éviter dans l'avenir est le cloisonnement des traitements offerts et des femmes qui participent à tous les traitements disponibles, entraînant des chevauchements qui ne sont connus ni du personnel ni des thérapeutes. L'approche utilisée dans les nouveaux établissements est une approche holistique et intégrée, et les thérapeutes et le personnel doivent être mis au courant de certaines données pour pouvoir aider les femmes à déterminer dûment leurs besoins et la meilleure façon de répondre à ces besoins.

Comme on l'indique clairement dans le document Stratégie des programmes correctionnels à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale , les protocoles relatifs à la communication des renseignements doivent être expliqués en détail dans les contrats conclus avec les organismes communautaires à des fins d'uniformité et de compréhension.

Les auteurs sont d'avis qu'il faudrait poursuivre les discussions à ce sujet avec le personnel du SCC, afin de veiller à ce que le SCC se conforme à la loi et n'exerce aucune coercition à l'égard des femmes qui essaient de régler les problèmes découlant de la violence qu'elles ont subie dans le passé.

Recommandations

1. La divulgation des antécédents de victimisation ne doit pas constituer une condition d'admission au programme.

2. Les délinquantes ne doivent pas être punies ou récompensées pour leur participation aux programmes à l'intention des survivantes.

3. Les femmes purgeant une peine fédérale doivent être dûment informées des obligations relatives à la communication des renseignements avant de participer à un programme.

4. Les protocoles relatifs à la communication des renseignements doivent être décrits dans le contrat initial (conformément à la Stratégie des programmes correctionnels à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale).

5. Il appartient à chacune des animatrices de décider des renseignements à obtenir auprès du SCC sur la participante (sous réserve du consentement de cette dernière, conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels ).

6. Dans les cas où la sécurité d'une personne, de l'établissement ou de l'individu est compromise, le SCC doit être dûment informé par l'animatrice.

 

Question no 4 : Titres de compétences des animatrices

Discussion

L'accréditation professionnelle ne doit pas être considérée comme prioritaire parmi les titres de compétences des animatrices; en effet, les connaissances et les compétences sont plus importantes que ce facteur en l'occurrence. L'accréditation professionnelle ne garantit pas nécessairement que l'animatrice aura les connaissances et les compétences requises. C'est pourquoi ce facteur ne peut être le seul facteur à prendre en considération lors de la sélection des animatrices. Que les contractuelles soient accréditées ou non, elles doivent connaître les règles à respecter (professionnalisme, confidentialité, autonomie, etc.) lorsqu'on intervient auprès des survivantes.

Les programmes doivent être exécutés par des animatrices qualifiées, dûment formées, étant donné que l'efficacité de tout programme correctionnel dépend souvent de la qualité de l'animateur. La liste des caractéristiques de l'animateur idéal est présentée ci-après; il faut cependant souligner qu'il est peu probable que nous puissions trouver deux personnes (voir la page 17) réunissant toutes ces conditions. Les animatrices devraient être choisies en fonction des critères suivants :

•  adhérer aux principes de la Stratégie des programmes correctionnels élaborée à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale

•  avoir une connaissance des techniques d'intervention féministe; croire aux droits des femmes à l'égalité

•  être en relation avec des groupes de défense des droits des femmes, des groupes de lutte pour l'égalité des femmes et d'autres groupes communautaires et travailler en collaboration avec eux

•  utiliser une approche holistique (esprit, corps et âme)

•  avoir une connaissance (et, de préférence, une expérience) de la clientèle et du comportement criminel

•  avoir une formation spécialisée en counseling individuel (si elle est recrutée pour un programme de counseling individuel); avoir une formation spécialisée en animation de groupes (si elle est recruter pour animer des groupes)

•  avoir animé avec succès des groupes de femmes à risque élevé ou ayant des besoins importants

•  être sensible à la dynamique des groupes, être capable de stimuler des groupes et de susciter l'intérêt et la participation des membres tout en maintenant l'attention sur le sujet, être capable de susciter et de maintenir l'enthousiasme

•  être capable d'avoir des relations positives et empathiques avec les femmes tout en ne compromettant pas le respect des règles et des règlements de l'établissement

•  avoir une expérience de vie ou des qualités personnelles qui permettent de comprendre les participantes et de leur témoigner de l'empathie

•  être capable de confronter dans un esprit positif

•  être sensible à l'hétérogénéité du groupe, être capable d'en tenir compte et être capable de répondre aux besoins différents des participantes

•  avoir une connaissance des questions reliées aux traumatismes, au rétablissement, à la douleur, et une connaissance des répercussions de la violence sur les femmes et les enfants

•  avoir des compétences supérieures à la moyenne en communication verbale

•  être capable de gérer son stress

•  avoir une capacité d'écoute active et attentive

•  ne pas viser un but lucratif

•  être capable d'aider les femmes à développer des aptitudes qui leur permettront d'adopter un nouveau comportement de façon à neutraliser leurs comportements de “ victimes ”

•  avoir des compétences supérieures à la moyenne dans les relations interpersonnelles et, en particulier, les compétences sociales et cognitives qu'elles enseignent aux participantes :

a. perspective sociale

b. résolution efficace des problèmes

c. valeurs solides

d. esprit critique et gestion efficace des conflits (jugement sûr, objectivité et souplesse)

e. ouverture d'esprit face aux nouvelles idées

f. respect du point de vue des participantes, de l'établissement et des auteurs des programmes, qui peut ne pas être conforme au leur.

Recommandations

1. Les connaissances et les compétences sont plus importantes que l'accréditation professionnelle dans le cas des animatrices.

2. Il faut, dans la mesure du possible, veiller à ce que les animatrices aient les qualités décrites précédemment.

 

Question no 5 : Exigences relatives à l'exécution des programmes

Discussion

Trois (3) questions principales ont été traitées dans le cadre de cette discussion :

a. un programme de groupe doit être dirigé par deux (2) animatrices;

b. les animatrices doivent préconiser l'autonomie; et

c. les animatrices doivent respecter les règles professionnelles.

Le fait d'animer le groupe à deux permet aux animatrices d'avoir une meilleure vue d'ensemble. Chaque animatrice a sa propre expérience, qui contribuera à l'efficacité du programme et à la compréhension des difficultés avec lesquelles les femmes sont aux prises. L'animation du programme à deux illustre le modèle d'“interaction” que le programme vise à inculquer aux participantes. Elle permet également de réduire les risques de malentendus, de donner un exemple de collaboration, d'éviter que les participantes aient l'impression qu'elles ne peuvent avoir recours qu'à une seule “spécialiste” et, enfin, d'éviter qu'elles perçoivent les animatrices comme des personnes étranges ou exceptionnelles. Les animatrices peuvent avoir des compétences dans différents domaines et ainsi offrir davantage aux participantes. De plus, l'animation à deux réduit le risque que des choses échappent aux animatrices et permet à ces dernières de mieux évaluer les situations.

Intervenir auprès de survivantes peut être très exténuant et moralement éprouvant. Il est essentiel pour les animatrices d'avoir recours à une structure d'entraide afin de pouvoir libérer les tensions et le trop-plein. L'animation du programme à deux (2) est l'un des principaux moyens de diluer ce stress.

Les animatrices doivent également respecter les règles professionnelles, susciter la confiance sans menacer mais plutôt d'une manière professionnelle et respectueuse. Les animatrices doivent également être au courant du poste et des fonctions des membres du personnel de l'établissement et des obligations professionnelles qu'elles aussi doivent respecter.

Recommandations

1. Les programmes de groupe à l'intention des survivantes doivent être dirigés par deux animatrices.

2. Les animatrices doivent préconiser l'autonomie et respecter les règles professionnelles.

 

Question no 6 : Délinquantes purgeant une peine de longue durée

Discussion

Une approche étudiée et focalisée s'impose ici. Depuis la séance de remue-méninges, le SCC a effectué une étude intitulée Les femmes purgeant une peine de longue durée - analyse des recherches (décembre 1994), qui porte sur les étapes que franchissent les délinquantes purgeant une peine de longue durée, ainsi que sur les besoins des femmes en matière de gestion. Une partie des renseignements préliminaires qui avaient déjà été préparés ont été communiqués aux participantes au programme. Les premières impressions sont décrites ci-après.

Le problème majeur réside dans le fait que les délinquantes qui purgent une peine de longue durée ne peuvent quitter l'établissement. Il est donc d'une importance capitale d'encourager les groupes communautaires (les groupes de lutte pour l'égalité des femmes constituent un atout précieux dans les circonstances) à se rendre à l'établissement et à y tenir leurs séances avec quelques détenues. Ainsi, des liens pourraient être établis entre l'établissement, la détenue elle-même, et la collectivité et un réseau de soutien créé à l'intention des femmes. Les détenues devraient également avoir accès à des téléphones et à de la documentation afin de maintenir les liens établis.

Les délinquantes purgeant une peine fédérale pourraient éventuellement être formées pour devenir des animatrices de programmes (p. ex. co-animer les programmes d'éducation/sensibilisation). Elles pourraient devenir une ressource précieuse pour les autres femmes.

Un sujet connexe a été traité, soit la rémunération. Le groupe était d'avis que les détenues chargées d'animer un programme d'éducation ou de sensibilisation (une formation et une supervision seraient assurées en l'occurrence) devraient être rémunérées au même titre qu'une animatrice de l'extérieur. Or, cette mesure pourrait poser des problèmes compte tenu de la structure de rémunération en vigueur au SCC, mais cette possibilité reste à examiner.

Recommandations

1. Répondre aux besoins primaires des femmes purgeant une peine fédérale en priorité

2. Inviter des groupes de lutte pour l'égalité des femmes à offrir leurs programmes à l'établissement même.

3. Assurer l'accès à des téléphones de façon à ce que les femmes puissent participer en tant que ressources et que membres à part entière du groupe.

4. Assurer l'accès à de la documentation et à des documents spécialisés pour que les femmes puissent se renseigner sur leur droit à l'égalité dans la société, de même qu'à des renseignements sur des sujets qui touchent les femmes.

5. Assurer une formation en animation à des détenues afin qu'elles puissent éventuellement animer le programme d'éducation/sensibilisation.

6. Examiner et étudier la structure de rémunération des détenues pour celles que seraient éventuellement appelées à animer des programmes.

 

Question no 7 : Évaluation

Discussion

Il pourrait se révéler difficile de recueillir des données normalisées, quantitatives pour ce genre de programme - dans quelle mesure les femmes ont changé, dans quelle mesure leur estime de soi s'est amélioré, etc. L'utilisation d'un prétest et d'un post-test n'a pas été étudiée en détail puisque ces programmes sont considérés davantage de nature personnelle. Cependant, il existe effectivement des outils qui conviennent à ce genre d'évaluation, et les meilleurs d'entre eux devraient être examinés. Si l'on envisage d'effectuer ce genre d'évaluation, il faudrait donner tous les renseignements voulus aux femmes appelées à participer à l'évaluation pour qu'elles comprennent bien l'importance de l'exercice et les motifs qui le sous-tendent.

L'évaluation devrait comprendre trois volets :

1. évaluation du programme et de la participante, par l'animatrice

2. évaluation du programme et de l'animatrice, par la participante et auto-évaluation

3. évaluation indépendante, faite par un service de l'extérieur

Les aspects qui concernent l'animatrice doivent être mentionnés dans le contrat. Le SCC devrait savoir avant le début du programme quel genre de programme sera offert. L'animatrice doit tenir un registre des changements apportés au programme et des raisons à l'appui de ces changements.

Une évaluation indépendante, faite par un service de l'extérieur, constitue également un outil essentiel pour assurer l'élaboration et l'exécution efficaces des programmes. Comme pour tout programme, une évaluation faite par un service de l'extérieur peut aider le SCC à contrôler l'exécution du contrat de façon à vérifier que le programme offert est bien celui qui est décrit dans le contrat.

Recommandations

1. L'évaluation devrait comprendre trois volets :

a. l'évaluation de l'animatrice et du programme par la participante et l'auto-évaluation pourraient être intégrées

b. l'évaluation du programme et des participantes par l'animatrice doivent être prévues dans le contrat

c. une évaluation par un service de l'extérieur aidera le SCC à surveiller dûment l'exécution du contrat.

 

Question no 8 : Recherches

Discussion

Il ne restait guère de temps pour une discussion sur la question des recherches; cependant, quelques points ont été soulevés. On était d'avis que la réaction ou le comportement choisi face à la violence dépend de plusieurs facteurs. Les recherches longitudinales sur un élément particulier pourraient être l'une des quelques méthodes susceptibles d'éclairer les animateurs et les thérapeutes et de leur indiquer de nouvelles techniques d'intervention. On était d'avis qu'en ce qui concerne les recherches dans ce domaine, l'accent pourrait être mis sur les études qualitatives plutôt que sur les études quantitatives.

Les recherches pourraient notamment porter sur :

•  liens entre la violence et les autres problèmes comme la toxicomanie

•  reproduction des schèmes de comportement - par exemple, violence qui passe de génération en génération

•  répercussions de la condition de survivante dans la vie de tous les jours

•  autopunition (y compris les troubles de l'alimentation, etc.)

•  un programme communautaire efficace peut-il être appliqué avec succès dans un pénitencier?

Recommandations

1. Il faudrait étudier et élaborer davantage la question des recherches.

 

Annexe 1 - Liste de recommandations des spécialistes dans la collectivité

 

QUESTION N O 1 : PROGRAMMES INDIVIDUELS OU PROGRAMMES DE GROUPE

1. Toutes les femmes doivent avoir la possibilité de choisir entre un programme de groupe ou un programme de counseling individuel.

2. Le SCC devrait avoir recours aux groupes qui existent déjà dans la collectivité dans le cas des femmes qui peuvent quitter l'établissement.

3. Le SCC devrait encourager les groupes communautaires à offrir leurs services dans l'établissement même dans le cas des femmes qui sont confinées au pénitencier et, par ailleurs, ces dernières devraient pouvoir établir des relations avec des membres du groupe qui ne relèvent pas du SCC.

4. Il faudrait entrer en contact avec des groupes de femmes de différentes origines et cultures et avec des groupes de lesbiennes afin que les femmes puissent établir des relations avec des groupes communautaires dont le style de vie s'apparente au leur et qui sont mieux à même de répondre à certains de leurs besoins.

 

QUESTION N O   2 : PROGRAMMES ADAPTÉS AU TRAUMATISME SUBI

1. Deux genres de programmes devraient être offerts: un programme d'éducation ou de sensibilisation et un programme davantage axé sur l'intervention. Le programme d'éducation ou de sensibilisation devrait être offert aux femmes comme première étape pour traiter les questions qui touchent les survivantes de traumatismes et d'actes de violence, suivi de programmes et de services plus intensifs.

2. Pour les besoins du programme d'éducation, il n'est pas nécessaire d'établir une distinction entre les différents genres de traumatisme subis.

3. Tous les groupes qui traitent des questions touchant les survivantes devraient être axés sur les solutions et encourager la mobilisation des ressources parmi les femmes.

4. Tant les groupes ouverts que les groupes fermés peuvent être efficaces. Il appartient aux femmes de décider du genre de programme qui leur convient.

5. Toutes les femmes devraient avoir accès à des services de counseling individuel.

6. Il faut promouvoir l'accès au livre intitulé The Courage to Heal et aux bandes enregistrées.

7 Les animatrices devraient déterminer les livres et les documents qui devraient être mis à la disposition des femmes pour leur faciliter le processus de guérison. Les niveaux de scolarité et d'alphabétisation doivent également être pris en compte.

 

QUESTION N O 3 : CONFIDENTIALITÉ ET COMMUNICATION DE RENSEIGNEMENTS

1. La divulgation des antécédents de victimisation ne doit pas constituer une condition d'admission au programme.

2. Les délinquantes ne doivent pas être punies ou récompensées pour leur participation aux programmes à l'intention des survivantes.

3. Les femmes purgeant une peine fédérale doivent être dûment informées des obligations relatives à la communication des renseignements avant de participer à un programme.

4. Les protocoles relatifs à la communication des renseignements doivent être décrits dans le contrat initial (conformément à la Stratégie des programmes correctionnels à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale).

5. Il appartient à chacune des animatrices de décider des renseignements à obtenir auprès du SCC sur la participante (sous réserve du consentement de cette dernière, conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels ).

6. Dans les cas où la sécurité d'une personne, de l'établissement ou de l'individu est compromise, le SCC doit être dûment informé par l'animatrice.

 

QUESTION N O 4 : TITRES DE COMPÉTENCES DES ANIMATRICES 6

•  adhérer aux principes de la Stratégie des programmes correctionnels élaborée à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale

•  avoir une connaissance des techniques d'intervention féministe; croire aux droits des femmes à l'égalité

•  être en relation avec des groupes de défense des droits des femmes, des groupes de lutte pour l'égalité des femmes et d'autres groupes communautaires et travailler en collaboration avec eux

•  utiliser une approche holistique (esprit, corps et âme)

•  avoir une connaissance (et, de préférence, une expérience) de la clientèle et du comportement criminel

•  avoir une formation spécialisée en counseling individuel (si elle est recrutée pour un programme de counseling individuel); avoir une formation spécialisée en animation de groupes (si elle est recruter pour animer des groupes)

•  avoir animé avec succès des groupes de femmes à risque élevé ou ayant des besoins importants

•  être sensible à la dynamique des groupes, être capable de stimuler des groupes et de susciter l'intérêt et la participation des membres tout en maintenant l'attention sur le sujet, être capable de susciter et de maintenir l'enthousiasme

•  être capable d'avoir des relations positives et empathiques avec les femmes tout en ne compromettant pas le respect des règles et des règlements de l'établissement

•  avoir une expérience de vie ou des qualités personnelles qui permettent de comprendre les participantes et de leur témoigner de l'empathie

•  être capable de confronter dans un esprit positif

•  être sensible à l'hétérogénéité du groupe, être capable d'en tenir compte et être capable de répondre aux besoins différents des participantes

•  avoir une connaissance des questions reliées aux traumatismes, au rétablissement, à la douleur, et une connaissance des répercussions de la violence sur les femmes et les enfants

•  avoir des compétences supérieures à la moyenne en communication verbale

•  être capable de gérer son stress

•  avoir une capacité d'écoute active et attentive

•  ne pas viser un but lucratif

•  être capable d'aider les femmes à développer des aptitudes qui leur permettront d'adopter un nouveau comportement de façon à neutraliser leurs comportements de “ victimes ”

•  avoir des compétences supérieures à la moyenne dans les relations interpersonnelles et, en particulier, les compétences sociales et cognitives qu'elles enseignent aux participantes :

a. perspective sociale

b. résolution efficace des problèmes

c. valeurs solides

d. esprit critique et gestion efficace des conflits (jugement sûr, objectivité et souplesse)

e. ouverture d'esprit face aux nouvelles idées

f. respect du point de vue des participantes, de l'établissement et des auteurs des programmes, qui peut ne pas être conforme au leur.

Recommandations

1. Les connaissances et les compétences sont plus importantes que l'accréditation professionnelle dans le cas des animatrices.

2. Il faut, dans la mesure du possible, veiller à ce que les animatrices aient les qualités décrites précédemment.

 

QUESTION N O 5 : EXIGENCES RELATIVES À L'EXÉCUTION DES PROGRAMMES

1. Les programmes de groupe à l'intention des survivantes doivent être dirigés par deux animatrices.

2. Les animatrices doivent préconiser l'autonomie et respecter les règles professionnelles.

 

QUESTION N O   6 : DÉLINQUANTES PURGEANT UNE PEINE DE LONGUE DURÉE

1. Répondre aux besoins primaires des femmes purgeant une peine fédérale en priorité

2. Inviter des groupes de lutte pour l'égalité des femmes à offrir leurs programmes à l'établissement même.

3. Assurer l'accès à des téléphones de façon à ce que les femmes puissent participer en tant que ressources et que membres à part entière du groupe.

4. Assurer l'accès à de la documentation et à des documents spécialisés pour que les femmes puissent se renseigner sur leur droit à l'égalité dans la société, de même qu'à des renseignements sur des sujets qui touchent les femmes.

5. Assurer une formation en animation à des détenues afin qu'elles puissent éventuellement animer le programme d'éducation/sensibilisation.

6. Examiner et étudier la structure de rémunération des détenues pour celles que seraient éventuellement appelées à animer des programmes.

 

QUESTION N O 7 : ÉVALUATION

1. L'évaluation devrait comprendre trois volets :

a. l'évaluation de l'animatrice et du programme par la participante et l'auto-évaluation pourraient être intégrées

 

b. l'évaluation du programme et des participantes par l'animatrice doivent être prévues dans le contrat

c. une évaluation par un service de l'extérieur aidera le SCC à surveiller dûment l'exécution du contrat.

 

QUESTION N O 8 : RECHERCHES 7

•  liens entre la violence et les autres problèmes comme la toxicomanie

•  reproduction des schèmes de comportement - par exemple, violence qui passe de génération en génération

•  répercussions de la condition de survivante dans la vie de tous les jours

•  autopunition (y compris les troubles de l'alimentation, etc.)

•  un programme communautaire efficace peut-il être appliqué avec succès dans un pénitencier?

Recommandations

1. Il faudrait étudier et élaborer davantage la question des recherches.

 

Annexe 2 - Liste des sujest qui pourraient éventuellement être étudiés dans les programmes pour survivantes

La liste suivante est basée sur le First Stage Sexual Abuse Group , offert par le Centre pour femmes toxicomanes Amethyst 8, à Ottawa. Elle donne une idée générale de certains des sujets qui doivent être étudiés dans le cadre des groupes de soutien à l'intention des survivantes.

Objectifs :

1. permettre aux participantes de surmonter leur sentiment de honte, d'aliénation et d'irréalité;

2. sensibiliser les participantes au fait qu'elles consommaient des substances intoxicantes (etc.) pour oublier les souvenirs et les sentiments associés à la violence sexuelle qu'elles ont subie; reconnaître leur recours à des mécanismes d'adaptation dans le passé; déterminer de nouveaux mécanismes d'adaptation et d'affirmation de soi et les partager;

3. sensibiliser les participantes aux divers contextes dans lesquels la violence sexuelle est exercée et les aider à comprendre;

4. sensibiliser les participantes aux répercussions que la violence sexuelle a eues et continue d'avoir sur elles et sur leurs relations et déterminer les comportements qu'elles veulent changer;

5. apprendre à fixer ses limites.

Sujets :

· apprendre à connaître les autres membres du groupe; créer un climat sûr et partager en toute confiance

· s'adapter - tourner la page, recommencer une nouvelle vie

· déterminer les effets de la violence

· prise en charge - examiner les buts et les tâches

· s'adapter aujourd'hui - exprimer ses sentiments maintenant

· intégrer la perte

· image du corps

· sexualité et estime de soi

· effets de la violence sur ses relations - déterminer les schèmes de comportement

· comment sommes-nous contrôlés aujourd'hui - comment continuons-nous à essayer de contrôler

Autres sujets9 :

· se rappeler, intégrer la réalité de la violence exercée contre soi et briser le silence

· apprendre à se déculpabiliser

· effets : reconnaître les séquelles

· s'adapter : reconnaître les efforts faits pour survivre

· croire en soi

· tristesse et deuil

· colère

· révélations et confrontations

· pardon

· spiritualité

· accepter et tourner la page

· le processus de changement

 

Annexe 3 - Liste des participants

 

Constance Bennett

Plaidoyer-Victimes (représentante); enseignante, Techniques correctionnelles

Kim Bulger

Conseillère, Centre pour femmes toxicomanes Amethyst

Mary Haylock

Aumônier communautaire, Court Work Services de Coverdale

Lynda Hoyle-Beehler

Agente de gestion des cas, Prison des femmes

Lee Lakeman

Association canadienne des centres contre le viol

Elizabeth Massiah

Office for the Prevention of Family Violence, Comité responsable du programme communautaire, Établissement d'Edmonton

Linda McLaren

Gestionnaire, Élaboration et mise en oeuvre des programmes, Service correctionnel du Canada

Luisa Mirabelli

Agente de programme, Élaboration et mise en oeuvre des programmes, Service correctionnel du Canada

Gail Mooney

Établissement correctionnel de Portage

Kim Pate

Directrice exécutive, Association canadienne des sociétés Elizabeth Fry

Pat Vargas

Étudiante coopérante, Université de Waterloo, Programme pour femmes purgeant une peine fédérale, Service correctionnel du Canada

Lisa Watson

Gestionnaire principal de projet, Programme pour femmes purgeant une peine fédérale, Service correctionnel du Canada


1 Enquête auprès des femmes purgeant une peine fédérale, Shaw et coll., 1990.
2 Le lecteur constatera quelques répétitions, mais les auteurs ont délibérément répété les renseignements en question, compte tenu de leur importance.
3 Certaines de ces questions sont traitées dans la Stratégie des programmes correctionnels à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale, dans la section intitulée Éléments de tout programme correctionnel efficace.
4 Bass, Ellen, et Davis, Laura. The Courage to Heal - A Guide for Women Survivors of Child Sexual Abuse, Harper and Row,1988. On cherche actuellement des documents de référence équivalents en français.
5 Il faut déterminer s'il y a lieu de traiter cette question dans le cadre de l'Évaluation initiale. Le cas échéant, cette initiative n'irait-elle pas à l'encontre de l'opinion soutenue très fermement par les participants à la séance de remue-méninges selon laquelle la décision de divulguer des renseignements sur la violence subie dansle passé est l'unique prérogative des femmes purgeant une peine fédérale.
6 La liste des titres de compétences des animatrices, ainsi que les recommandations, sont présentées ici afin d'en faciliter la consultation.
7 La liste des sujets de recherche éventuels, ainsi que les recommandations, sont présentées ici afin d'enfaciliter la consultation.
8 Centre pour femmes toxicomanes Amethyst, 488, rue Wilbrod, Ottawa (Ontario), K1N 6M8, tél. 613-563-0363, fax 613 565-2175
9 Tirés de Bass, Ellen, et Davis, Laura, The Courage to Heal , Harper & Row, 1988