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Programmes pour les délinquantes

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Le rôle parental et les expériences de violence des délinquantes : Examen des évaluations initiales des délinquantes

INTRODUCTION

La présente étude explore et dégage les tendances en ce qui concerne le rôle parental et les expériences de violence des délinquantes en se fondant sur les renseignements consignés dans l'espace réservé aux commentaires sur le domaine des besoins des évaluations initiales des délinquantes (EI). Autant que possible, les renseignements disponibles pour cette étude ont été divisés en catégories correspondant au mode de présentation des conclusions du Sondage auprès des femmes purgeant une peine fédérale, réalisé en 1990 (Shaw et al., 1990), qui portait sur les mêmes problématiques. Une telle catégorisation permet de comparer certains des résultats des deux études. Étant donné que les conclusions du Sondage ont servi à formuler certaines des recommandations au sujet du rôle parental et des expériences de violence des femmes dans le document intitulé La création de choix : Rapport du groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale, il semblait pertinent, afin d'orienter les recherches futures et de mieux cerner les besoins en programmes, de poursuivre la démarche et d'analyser les tendances générales concernant les deux problématiques en question en prenant cette fois un échantillon différent de délinquantes.

Le Sondage auprès des femmes purgeant une peine fédérale consistait à interviewer 170 délinquantes afin d'évaluer les points de vue des femmes elles-mêmes sur leurs expériences d'emprisonnement, leurs besoins en programmes et services, l'endroit où elles auraient préféré purger leurs peines ainsi que les conditions de leur détention (Shaw et al, 1990, p. 1). L'une des constatations les plus importantes du Sondage est la suivante : les deux tiers des femmes qui sont mères étaient également, avant leur incarcération, les principales dispensatrices de soins à leurs enfants. L'une des grandes sources de détresse et de douleur pour les femmes tient au fait qu'elles sont séparées de leurs enfants. À l'époque du Sondage, il n'existait qu'un seul établissement fédéral pour femmes, la Prison des femmes de Kingston; c'est donc dire que bien des femmes étaient éloignées de leurs familles avec lesquelles elles pouvaient difficilement rester en contact compte tenu des difficultés et des coûts de transport. Les femmes affirment également que les conditions de vie dans les établissements ne sont pas adaptées aux visites des enfants.

Le Sondage a aussi permis de découvrir qu'un pourcentage extrêmement élevé de femmes avaient été victimes de violence pendant l'enfance ou la vie adulte ou, dans certains cas, pendant toute leur vie. Les conclusions de ce sondage montrent que 82 % des femmes détenues à la Prison des femmes ont été victimes de violence physique ou sexuelle et que 72 % des femmes sous responsabilité provinciale sont dans la même situation (Shaw et al., 1990, p. 30). Les deux tiers des femmes environ se disent intéressées à participer aux programmes destinés aux victimes d'actes de violence. Cependant, malgré la nécessité reconnue de tenir compte de ces expériences de violence, le Sondage révèle, qu'à l'époque, il n'existait pas suffisamment de programmes conçus expressément pour soutenir les femmes dans leur processus de guérison.

Il est pratiquement impossible de trouver une étude sur les délinquantes qui ne met pas en évidence les problèmes liés à l'exercice du rôle de mère et aux expériences de violence. Dans les écrits, ces deux sujets sont présentés comme étant d'abord et avant tout des " questions féminines ". Cependant, certains aspects de ces problématiques font en sorte que les femmes incarcérées vivent une situation particulière comparativement aux " autres " femmes et il vaut la peine que nous nous y attardions de façon plus précise. Les femmes incarcérées sont séparées de leurs enfants, ce qui a des répercussions sur leur rôle de mère et peut avoir des conséquences de tous genres aussi bien pour les femmes que pour leurs familles et leurs enfants. Des études montrent que la séparation de leurs enfants à cause de l'incarcération fait énormément souffrir les femmes et risque d'avoir une très grande incidence sur leur bien-être (Hairston, 1992; Heney, 1996; Shaw et al., 1990; Wine, 1992). Certaines femmes choisissent de ne plus communiquer avec leurs enfants à cause du stigmate associé à l'emprisonnement et parce qu'elles trouvent les conditions de la vie dans les établissements inadéquates pour les enfants (Hairston, 1992; Shaw et al., 1990). D'autres s'inquiètent du bien-être de leurs enfants à leur nouvelle " maison " et expriment cette inquiétude. Dans bien des cas, ce sont les parents des femmes incarcérées, souvent âgés et aux prises avec leurs propres difficultés, qui deviennent les premiers dispensateurs de soins à leurs petits-enfants (Bloom, 1992; Shaw et al., 1990). Certains prestataires de soins ont indiqué que le fait de devoir s'occuper d'un enfant affecte leur situation financière et les empêche parfois de donner aux enfants les soins dont ils auraient besoin (Bloom, 1992). Sans égard à la fréquence de ses rapports avec son enfant, la mère incarcérée est consciente de tous ces problèmes et ceux-ci peuvent représenter pour elle une source de stress énorme.

Les enfants dont les mères sont emprisonnées vivent parfois de plus grands changements dans leur vie quotidienne que ceux dont les pères purgent une peine dans un établissement correctionnel. Lorsque la mère est la seule dispensatrice de soins à ses enfants, cela signifie que ces derniers perdent non seulement la principale personne qui s'occupe d'eux, mais qu'ils ont aussi de fortes chances de devoir déménager et peut-être même de changer d'école et d'amis (Stanton, 1980; Watson, 1995; Wine, 1992; Woodrow, 1992). Toutefois, ce ne sont pas toutes les femmes qui sont les premières dispensatrices de soins à leurs enfants avant d'être incarcérées. Certaines ont abandonné ou perdu la garde de leurs enfants avant l'incarcération (Golberg et al., 1997; Shaw et al., 1990). Il y a aussi des femmes qui ont conclu des ententes informelles avec des membres de leur famille afin que ces derniers dispensent des soins journaliers à leurs enfants. Pourtant, le fait que certaines femmes ne vivent pas à temps plein avec leurs enfants avant l'incarcération ne signifie pas automatiquement qu'elles n'ont pas maintenu le contact avec ceux-ci et qu'elles ne souffrent pas de les voir parfois moins souvent parce qu'elles sont emprisonnées.

En dernier lieu, il faut mentionner que, comme c'est le cas pour les " autres " femmes, la femme qui a des démêlés avec la loi et est incarcérée n'a pas nécessairement investi dans le rôle de mère; certaines refusent tout simplement cette responsabilité. Certaines féministes affirment que la construction sociale du rôle maternel découle de l'idéologie androcentrique et peut, à bien des égards, opprimer et marginaliser les femmes et représenter un " fardeau " pour la mère (Allen, 1984; Moody-Adams, 1997; Purdy, 1997; Valeska, 1984). Par contre, d'autres féministes (Garcia Coll et al., 1988; Ruddick, 1984; Whitback, 1986) font remarquer que, au-delà ou en dépit des structures oppressives de la société patriarcale qui façonnent la socialisation des filles et des garçons, des valeurs intrinsèques sont liées au fait d'être mère, d'éduquer les enfants et d'en prendre soin, et que les femmes attachent à ces valeurs une très grande importance. Comme le suggère le titre du livre de Garcia Coll, Surrey et Weingarten (Mothering Against the Odds, 1998), il existe des valeurs et des mécanismes qui incitent les femmes à devenir mères en dépit des difficultés qu'elles vivent. Les analystes féministes de la maternité soulignent qu'il est important de reconnaître la complexité du problème de même que les expériences et perspectives multiples des femmes incarcérées.

Le fait que la proportion de délinquantes ayant vécu des épisodes de violence soit plus élevée (Laishes, 1997), par comparaison avec la population générale, indique à quel point les problèmes de violence occupent une place centrale dans leur vie. Les expériences de violence affectent la vie des femmes à tous les niveaux. Certains auteurs établissent un lien entre les expériences de violence que les femmes ont vécues et le risque qu'elles aient des démêlés avec la justice (Chesney-Lind, 1997; Comack, 1996; Shaw et al., 1990; Widom, 1989, cité dans Pollock, 1996). D'autres études se sont intéressées principalement aux problèmes de santé mentale qui découlent des expériences de violence vécues pendant l'enfance et la vie adulte de même qu'aux nombreuses difficultés pouvant être rattachées à de telles expériences. Ainsi, afin de composer avec les émotions intenses et accablantes associées à la violence, certaines femmes sombrent dans la torpeur psychologique (Comack, 1996; Herman, 1992), se mettent à avoir des pensées suicidaires ou deviennent inaptes à exprimer leurs émotions (Heney, 1996), consomment de l'alcool ou des drogues et basculent dans la dépression (Lundy, 1991; Miller et al., 1993; Morrow et Smith, 1995; Prather et Minkow, 1991; Windle et al., 1994). Enfin, certaines études montrent à quel point la façon dont les femmes vivent leur incarcération peut être influencée par des expériences antérieures de violence. Les aspects restrictifs de l'incarcération peuvent raviver chez les femmes le souvenir de la violence qu'elles ont vécue et faire naître en elles une impression de perte de contrôle et de pouvoir sur leur propre vie (Heney, 1996; Pollack, 1993; Vallée et Cadieux, 1995). D'un autre côté, des études montrent également que, compte tenu des conditions extrêmement difficiles et rebutantes de leur vie " à l'extérieur ", certaines se sentent " à l'abri " et " protégées " en prison (Arbour, 1996; Heney, 1996; Vallée et Cadieux, 1995).

Le document La création de choix : Rapport du groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale, paru en 1990, s'inspire des conclusions du Sondage de même que d'autres études conçues et réalisées tout spécialement pour inventorier les expériences et les besoins des femmes. Ce document, qui s'inscrit dans une démarche centrée sur les femmes, contient des recommandations visant à apporter des modifications aux programmes, aux services et aux établissements pour délinquantes. Après sa parution, le Service correctionnel du Canada (SCC) a procédé à des changements en aménageant quatre établissements régionaux et un pavillon de ressourcement pour les délinquantes autochtones. Cette décision visait entre autres à faire en sorte que les femmes incarcérées puissent être géographiquement plus près de leurs enfants, de leurs familles et de chez elles. Ces établissements sont conçus tout spécialement de façon à ce que le cadre de vie quotidienne des femmes respecte des normes communautaires (Service Correctionnel du Canada, 1992), ressemble davantage " à la maison " pour les enfants et les membres de la famille qui viennent les visiter, et permette aux femmes d'y vivre avec leurs enfants en bas âge ou d'âge préscolaire. Présentement, il y a des enfants qui vivent à temps plein avec leurs mères dans les établissements. En outre, des programmes cherchant à rendre les femmes autonomes et à répondre à leurs besoins particuliers (tels que les programmes de compétences parentales, les programmes axés sur les problèmes de violence, le Programme de soutien par les pairs, etc.) ont été élaborés et mis en _uvre dans les nouveaux établissements, tel que suggéré dans La création de choix.

Presque dix ans se sont écoulés depuis que le Sondage auprès des femmes purgeant une peine fédérale (Shaw et al., 1990) a été réalisé. C'est pour faire le point sur la façon d'aborder des problèmes touchant tout particulièrement les femmes, notamment ceux concernant le rôle de mère et les expériences de violence, qu'a été entreprise la présente étude qui a pris la forme d'un Examen des EI. Les dossiers d'évaluation initiale de 426 femmes ont été examinés et les données ont été codées de façon à permettre, dans toute la mesure du possible, des comparaisons avec les résultats du Sondage et les renseignements obtenus grâce à celui-ci.

Compte tenu des méthodes différentes utilisées dans les deux études, la comparaison des constatations découlant du Sondage et de l'Examen des EI est forcément limitée. Le Sondage se fondait sur des entrevues individuelles avec les délinquantes et avait pour but de réunir et d'évaluer des données sur des aspects précis de leur vie. En revanche, l'évaluation initiale vise à obtenir un " portrait de la délinquante " au moment de son admission dans un établissement et à " déterminer les besoins et les facteurs de risque ", considérant que " les évaluations et tests seront effectués par des prestataires de programmes "(Stratégie des programmes correctionnels à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale, 1994).

L'entrevue d'évaluation initiale des délinquantes n'est pas spécialement conçue pour réaliser une collecte systématique de données et évaluer des éléments comme ceux auxquels s'intéresse la présente étude; lors de cette évaluation, les renseignements recherchés n'ont donc été consignés, dans la plupart des cas, que si les femmes les ont fournis spontanément. En outre, la décision des femmes de révéler de tels renseignements, surtout ceux relatifs à des expériences de mauvais traitements, est influencée par de nombreux facteurs. Ainsi, une femme ne se sent pas toujours à l'aise d'aborder ce sujet au cours de l'entrevue d'évaluation initiale; il se peut aussi qu'elle ne se rappelle même plus les mauvais traitements subis ou encore que la notion de " violence " varie sensiblement d'une femme à l'autre, ce qui signifie alors que le comportement que les unes estiment violent ne l'est pas pour les autres. Il est cependant important de ne pas perdre de vue que le fait de ne pas évoquer de telles expériences ne signifie pas nécessairement qu'une femme ne les a pas vécues.