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Programmes pour les délinquantes

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Détenues sous responsabilité fédérale - Projet d'entrevue de détenues dites à sécurité maximale : faire du temps sans se laisser faire par le temps

Sommaire

Le présent rapport rend compte des résultats d'une étude parrainée par le Service correctionnel Canada (SCC). Cette étude visait à identifier les mesures nécessaires pour répondre adéquatement aux questions et aux besoins de détenues dites « à sécurité maximale » et à faciliter la réduction de la cote de sécurité des femmes de « maximale » à « moyenne ». On a cherché, au moyen d'entrevues, à connaître les points de vue et les expériences de détenues non autochtones, dites «à sécurité maximale», qui purgent une peine fédérale, afin de mieux comprendre leur situation personnelle et celle qui prévaut dans l'établissement carcéral.

L'information contenue dans le présent rapport est celle qu'ont fourni quatorze des quinze femmes qui composaient cette population non autochtone, dans le cadre d'entrevues volontaires qui ont lieu en février 1998. Ces femmes étaient détenues soit à la Prison des femmes de Kingston (Ontario), soit à l'établissement de Springhill en Nouvelle-Écosse. On a analysé les données au moyen d'une méthode thématique en fonction des sujets abordés au cours des entrevues. Le cas échéant, les renseignements pertinents ont été analysés et intégrés à partir du Système de gestion des détenus (la base de données informatisée du SCC) et d'autres dossiers du SCC sur ces détenues dites « à sécurité maximale ». Le rapport comprend aussi des renseignements recueillis au cours des entrevues et des groupes de discussion organisés avec du personnel opérationnel et de première ligne du SCC dans chaque établissement où les femmes ont été interviewées. Une méthode qualitative a été utilisée car c'est celle-ci qui convenait le mieux au petit nombre de détenues et qui correspondait le mieux à l'objectif de cette étude. Les méthodes qualitatives mettent l'accent sur l'importance d'analyser les expériences subjectives des individus et leur compréhension des événements qui se sont produits au cours de leur vie. Bref, elles accordent davantage d'importance à la signification qu'à la mesure.

On a examiné les questions suivantes dans le cadre de la présente étude :

  • l'opinion des détenues dites «à sécurité maximale» au sujet de la raison d'être de leur cote de sécurité élevée et leurs points de vue concernant les critères d'une telle cote;
  • les facteurs de risque et de besoins des détenues dites « à sécurité maximale » et les points de vue sur la manière de les traiter;
  • l'identification des facteurs qui motivent les détenues dites « à sécurité maximale » à travailler à faire réduire leur cote de sécurité et à participer aux programmes;
  • les points de vue sur le rôle que devrait adopter le SCC pour faciliter la réduction des cotes de sécurité de « maximale » à « moyenne »;
  • les opinions sur les politiques, les procédures et les programmes actuels du SCC pour permettre aux femmes de réduire leur cote de sécurité;
  • la détermination des caractéristiques du personnel et des établissements qui facilitent, entravent ou favorisent la réduction des cotes de sécurité élevée.

Le présent rapport comporte quatre parties. La partie A présente une vue d'ensemble, des renseignements généraux pertinents à cette étude, une explication des objectifs et de la méthodologie de recherche et une description des mesures et procédures relatives aux cotes de sécurité. Elle comporte également des données démographiques et d'autres renseignements généraux particuliers à la population carcérale dite « à sécurité maximale », dont traite ce rapport.

Dans la partie B sont présentés les résultats d'entrevues faites avec les 14 détenues. La présentation des résultats comprend un résumé des données pour l'ensemble de la population interviewée ; suit un compte-rendu séparé et plus détaillé des réponses fournies par les femmes de deux segments de population carcérale (décrits ci-dessous). Pour aider à clarifier et à mettre en évidence les résultats de l'étude, de nombreuses citations provenant directement des femmes interviewées accompagnent la présentation des données (on a donné des pseudonymes aux femmes).

Bien que la présente étude s'intéresse avant tout aux points de vue des détenues non autochtones dites « à sécurité maximale », le point de vue du personnel a été jugé essentiel au succès de la présente initiative et est résumé dans la partie C. Les commentaires du personnel sont présentés de façon plus générale sous forme de grands thèmes : Identification et besoins des détenues dites à « sécurité maximale », Interventions et Besoins et questions du personnel. Ici aussi, on a intégré à la présente section des citations provenant des employés interviewés (cependant, on n'a pas précisé le poste occupé par chaque employé).

La partie D résume et développe les conclusions de l'étude, et propose d'autres perspectives de recherche.

Résumé des principaux résultats

¬ L'une des principales conclusions de la présente étude est que la population de détenues non autochtones dites à « sécurité maximale » est hétérogène. Il serait trompeur et problématique de considérer cette population comme un tout. Elle peut se distinguer en fonction des trois sous-populations identifiables suivantes, qui ne s'excluent pas mutuellement :

  • les femmes qui ont un comportement antisocial et des attitudes criminelles;
  • les femmes qui ont des besoins spéciaux découlant de sérieux problèmes émotionnels et de santé mentale;
  • les femmes qui ont des besoins spéciaux provenant de limites cognitives et de déficience quant aux habiletés de base.

Soulignons que la composition des sous-populations et des segments de population est subjective. Il est très utile de considérer les segments de population pour comprendre les différences générales entre les questions, les besoins, le traitement et la gestion de la population de détenues dites « à sécurité maximale », sans toutefois oublier la subjectivité, la fluidité et le contexte.

En ce qui concerne les sous-populations définies ci-dessus, les données de l'étude nous permettent de tirer plusieurs autres conclusions. Tout d'abord, bien que les détenues dites « à sécurité maximale » dans chacune des sous-populations doivent être considérées comme ayant toutes des besoins spéciaux (et élevés) d'une nature quelconque, les besoins des femmes appartenant aux deux dernières catégories sont particulièrement aigus. Ensuite, les données tirées des entrevues avec les délinquantes et le personnel indiquent que ces sous-groupes ont besoin de programmes et de logement distincts.

¬ L'étude révèle une incidence beaucoup plus grande de comportements agressifs chez les détenues dites « à sécurité maximale » que chez les détenues dites « à sécurité moyenne » ou « minimale ». Les résultant de l'étude suggèrent qu'on pourrait rendre ces délinquantes plus responsables de leurs comportements agressifs.

¬ Le « code des détenues » revêt une importance particulière chez une part importante des femmes interviewées, en particulier lorsqu'elles ne se soucient peu de réduire leur cote de sécurité. Lorsqu'elles adhèrent fortement au code, les femmes estiment que ce qu'elles font lorsqu'elles sont incarcérées n'a pas d'importance, ce qui est problématique quant aux efforts de réhabilitation déployés par ces femmes. Le titre du présent rapport laisse entendre qu'une participation positive dans la façon de « purger sa peine » est essentielle pour modifier les comportements et les attitudes de façon à réduire la cote de sécurité. Par conséquent, pour administrer les délinquantes, il est indispensable de trouver des moyens pratiques de combattre et de vaincre le code des détenues.

¬ La présente étude a révélé plusieurs conclusions intéressantes au sujet des besoins identifiés par les détenues non autochtones dites « à sécurité maximale ». Les deux tiers des femmes ont spontanément signalé un ou plusieurs besoins qui coïncidaient avec les domaines cibles de l'identification et de l'analyse des besoins des détenus (IABD) du SCC.

Le domaine de l'orientation personnelle et affective de l'IABD a été identifié comme un besoin par l'ensemble des femmes interviewées; cette question a aussi souvent été évoquée par le personnel. De plus, bon nombre des femmes ont insisté sur ce domaine en parlant de leurs propres besoins, et en particulier de leurs difficultés relatives à l'impulsivité et à la gestion de leur colère. On peut donc penser que les détenues non autochtones dites « à sécurité maximale » ont besoin d'un soutien important dans l'apprentissage de stratégies de gestion de leurs problèmes relationnels, dans le choix d'objectifs réalistes et dans la gestion des conflits, des crises et des émotions. Une meilleure gestion de leurs émotions aiderait les détenues à réduire leur cote de sécurité et à s'intégrer avec succès à la vie communautaire des maisons à sécurité moyenne et minimale dans les établissements régionaux.

Enfin, lorsqu'on a demandé aux femmes de s'exprimer au sujet de leurs besoins criminogènes, il s'est avéré qu'il existait moins de 50 % de convergence entre les perceptions des détenues et les besoins identifiés par l'IABD. Il y a donc possibilité de créer un plus grand consensus ou une meilleure compréhension envers les femmes quant à l'identification des besoins criminogènes faite par le SCC et celle faite par elles-mêmes, de même que quant aux liens existants entre les besoins de ces dernières et leur comportement criminel.

¬ Plusieurs conclusions ont trait au système et au processus actuels de classement des délinquantes dites « à sécurité maximale ». Les renseignements obtenus de l'examen des dossiers du Système de gestion des détenus et des discussions avec le personnel révèlent qu'il existe des différences dans le comportement, les risques et les besoins des délinquantes classées « à sécurité maximale » et celles qui sont considérées à sécurité moyenne ou minimale. L'examen des dossiers des femmes interviewées dans le cadre de la présente étude révèle qu'environ les deux tiers sont considérées comme à haut risque et comme ayant des besoins élevés.

La plupart des femmes ont souligné que le fait d'avoir une cote de sécurité élevée avait une incidence sur la manière dont elles purgeaient leur peine. Les incidences les plus souvent mentionnées par les femmes concernaient le placement en établissement et la restriction de mouvement. De plus, environ un tiers des femmes ont exprimé l'opinion que leur cote de sécurité élevée réduisait leurs chances de participer à des programmes et croyaient que leur niveau de cotation signifiait qu'elles étaient privées de possibilités offertes aux autres détenues sous responsabilité fédérale. Enfin, plus de la moitié des femmes dites « à sécurité maximale » comprenaient mal la raison d'être de leur cote de sécurité, ce qui indique qu'il y a lieu de mieux les informer à ce sujet.

La plupart des femmes estiment que la responsabilité de réduire les cotes de sécurité est partagée entre la détenue et le SCC. Changer son comportement et son attitude et se conformer à son plan correctionnel ont été jugés comme étant la responsabilité individuelle des détenues, tandis que la mise en _uvre de programmes pertinents, la volonté de modifier sa perception des détenues et la reconnaissance des tentatives de changement d'une détenue ont été considérées comme la responsabilité primaire du personnel.

Plus des trois quarts des détenues dites « à sécurité maximale » ont indiqué qu'il y avait eu des périodes pendant lesquelles elles n'avaient pas souhaité réduire leur cote de sécurité élevée ou s'étaient activement comportées de façon à obtenir ou à garder une cote de sécurité élevée. Ce constat est important puisqu'il met en évidence la différence entre les difficultés liées à la gestion des femmes qui sont satisfaites d'avoir une cote de sécurité élevée et les questions relatives à l'aide à apporter aux femmes qui souhaitent réduire leur cote de sécurité.

¬ Pour ce qui est des besoins au chapitre des plans correctionnels, les données obtenues des entrevues révèlent qu'une plus grande participation des femmes dans l'élaboration de leurs plans correctionnels permettrait peut-être d'améliorer leur motivation et leur intérêt. Les femmes détenues perçoivent les plans correctionnels comme trop contraignants et mal ciblés. Aussi, est-il suggéré d'élaborer des plans par étape pour les délinquantes dites « à sécurité maximale », ce qui permettrait de faire le point et d'encourager les femmes à l'issue de chaque étape.

¬ On doit étudier les théories sur la motivation afin de savoir si elles s'appliquent à la population carcérale et connaître leur impact potentiel sur les changements dans les comportements et les attitudes. On pourrait augmenter le contenu motivationnel de l'ensemble des programmes actuels et l'intégrer à de nouveaux programmes et à de nouvelles mesures axées sur la motivation. La théorie sur la motivation aide aussi à comprendre les différences existant entre les besoins identifiés par les femmes et ceux identifiés par le SCC. On remarque que les questions et les besoins que les femmes jugent pertinents et pour lesquels elles souhaitent des changements sont surtout d'ordre physiologique, sécuritaire ou matériel tandis que le SCC insiste plutôt sur les besoins axés sur l'avenir et la croissance, surtout en ce qui concerne les programmes.

¬ La présente étude a recueilli beaucoup de données au sujet des différents aspects des programmes, notamment le contenu, les options, l'accessibilité et le mode de prestation. Voici quelques-unes des conclusions :

  • Il faudrait mettre en _uvre en ce qui concerne les programmes différentes stratégies, tant sur le plan du contenu que du mode de prestation, étant donné la variabilité des sous-populations au chapitre des habiletés cognitives, de la durée d'attention et de la capacité de contrôler ses émotions;
  • Les programmes doivent être structurés et intensifs et tenir compte des besoins particuliers et variés des détenues dites « à sécurité maximale »;
  • Il faudrait étudier davantage des modèles de programmes axés sur les besoins individuels;
  • Dans les cas où un programme de base est jugé trop contraignant pour certaines détenues, on pourrait le modifier de façon à les rendre plus accessibles;
  • Les programmes doivent comprendre des objectifs d'amélioration de l'estime de soi qui soient bien définis quant au contenu et à l'application ;
  • Des programmes intensifs sont nécessaires pour traiter les attitudes et les comportements agressifs et proposer des solutions de rechange à la violence;
  • On devrait proposer aux femmes qui ont terminé leur 12ème année des cours d'apprentissage autonome (par exemple des cours d'informatique).

¬ Toutes les femmes ont insisté sur le fait que leurs interactions avec le personnel influaient considérablement, de façon favorable ou défavorable, sur leur cote de sécurité.

Elles considéraient que l'attitude négative du personnel constitue un manque de respect à leur égard, les intimide, mine leur confiance en soi, les frustre et, parfois, constitue un acte délibéré de provocation. Au bout du compte, de mauvaises interactions entre le personnel et les détenues peuvent entraîner des conflits et des accusations.

De l'avis, tant des détenues que du personnel, de bonnes relations interpersonnelles entre les détenues et le personnel sont essentielles à la création d'un environnement sain en établissement, ainsi qu'à la bonne intégration des détenues et à l'amélioration de leurs comportements et de leurs attitudes. Pour atteindre ces objectifs, les facteurs suivants ont été jugés particulièrement importants :

  • Une communication ouverte entre les détenues et le personnel;
  • Une tolérance zéro des comportements inappropriés ou délibérément provocateurs chez le personnel;
  • Le renforcement positif des détenues et du personnel;
  • La présence d'employés réguliers sur les unités ;
  • Une surveillance présente, accessible et attentive aux besoins individuels.

    ¬ Dans un milieu correctionnel, un lieu de détention structuré, prévisible et sécuritaire constitue un élément indispensable à la bonne entente entre les détenues et le personnel. Lorsque la surveillance et les structures sont bienveillantes, prévisibles et constantes, les délinquantes savent ce qu'on attend d'elles et peuvent se concentrer sur leur propre cheminement. De plus, l'existence d'un milieu prévisible et, pour ainsi dire, relativement sécuritaire réduit les risques de décompensation psychologique et de problèmes administratifs et cliniques en découlant.

¬ L'étude a permis de formuler plusieurs conclusions en ce qui concerne les installations physiques et l'hébergement de la population visée. En particulier, comme nous l'avons mentionné plus haut au sujet des différentes sous-populations, les installations doivent permettre de séparer les femmes appartenant à différents segments de la population en fonction des conditions d'hébergement et des programmes suivis. Il faut aussi prévoir des occasions et des locaux pour le repos thérapeutique. À cet égard, il doit exister différentes options de gestion des lieux pour mieux répondre aux besoins de la population carcérale, notamment la possibilité de séparer les femmes et de s'occuper d'elles individuellement et en petits groupes. Il faut donc aménager des espaces pour le repos en silence, les séances individuelles de thérapie ou dans le cadre de programmes, de même que des locaux pour les programmes en groupe et pour les deux types d'isolement (isolement administratif et disciplinaire).

¬ La présente étude met aussi en évidence l'utilité de faire appel à une approche multidisciplinaire pour gérer la population carcérale. Il est évident que bon nombre des besoins identifiés pour les détenues non autochtones dites « à sécurité maximale » sont interreliés; c'est pourquoi la présente étude préconise des mesures et des programmes intensifs, multidisciplinaires, complets et à plusieurs volets. Une telle approche devra, bien sûr, tenir compte des problèmes propres à chaque sous-population, mais les mesures et les programmes devront tous tenir compte des facteurs émotifs, cognitifs et comportementaux. Les mesures devront cibler plusieurs problèmes distincts et exigeront un personnel hautement qualifié ayant reçu une formation en approche multidisciplinaire.

¬ Étant donné les besoins au chapitre de la santé mentale de la population carcérale, les directeurs, les personnes soignantes et le personnel correctionnel doivent être sensibilisés aux questions de santé mentale et de troubles psychologiques, et comprendre les liens entre ces éléments, le comportement criminel et l'adaptation au milieu carcéral. Les détenues et les employés ont tous souligné le besoin d'une meilleure formation du personnel, en particulier en ce qui a trait à la problématique féminine et aux problèmes d'ordre psychologique et de santé mentale.

¬ Des recherches ont démontré que de nombreuses détenues ont vécu des événements traumatisants au cours de leur vie. Il importe donc d'identifier les abus dont elles ont pu être victimes et évaluer les problèmes qui en découlent et en tenir compte dans le cadre des méthodes de gestion.

En conclusion, il faut reconnaître les limites que comporte la présente étude, de même que reconnaître les avenues de recherches qu'elle ouvre. La prudence est de mise dans l'interprétation des résultats. En effet, étant donné, la petite taille de l'échantillon et l'évolution de la population carcérale dans le temps, le fait que l'étude repose beaucoup sur des témoignages personnels qui risquent de fausser les données, il importe d'évaluer les résultats avec prudence en tenant compte du contexte particulier de réalisation.

Les résultats de cette étude permettent d'apprécier la complexité des défis à relever pour mieux comprendre et mieux gérer les détenues non autochtones dites « à sécurité maximale » et pour les aider à réduire leur cote de sécurité. Elles soulignent la nécessité de solutions intensives, créatives et originales.