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Programmes pour les délinquantes

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Détenues sous responsabilité fédérale - Projet d'entrevue de détenues dites à sécurité maximale : faire du temps sans se laisser faire par le temps

9 IDENTIFICATION ET BESOINS DES DÉTENUES DITES «À SÉCURITÉ MAXIMALE»

Les entrevues ont permis d'examiner les questions concernant les impressions du personnel concernant l'identification et les besoins des détenues dites «à sécurité maximale». En règle générale, ces questions concernaient la compréhension qu'avait le personnel des méthodes, des fondements et des raisons pour lesquelles les femmes sont classées à sécurité élevée, ainsi que leurs impressions concernant les besoins des détenues dites «à sécurité maximale» avec lesquelles ils travaillent.

En résumé, le personnel était généralement d'avis que selon le comportement, l'attitude et les besoins, les détenues dites «à sécurité maximale» peuvent être et sont différenciées des détenues dites «à sécurité moyenne et minimale». De plus, le personnel considérait importante la capacité d'attribuer différentes cotes de sécurité aux délinquantes, soutenant qu'il existe des différences dans les populations de détenues dites «à sécurité minimale, moyenne et élevée» et que le système de classement fournit une gamme d'options pour l'intervention. En particulier, différentes cotes de sécurité offrent une meilleure sécurité (ou surveillance) et une plus grande structure pour celles qui ont des cotes plus élevées.

    Les détenues dites «à sécurité maximale» sont celles qui attaquent continuellement le personnel, qui dérangent sans cesse, qui ne peuvent fonctionner dans un autre milieu et quelques-unes de ces femmes sont aussi des détenues ayant des besoins spéciaux. Elles [les détenues dites «à sécurité maximale»] ne respectent pas les règlements... elles prennent constamment de la drogue, des choses comme cela - c'est une décision consciente de leur part de se conduire comme cela.

    Il y a une attitude ici - il y a une question d'attitude ici - et une femme doit être disposée à se débarrasser de cette attitude avant d'être prête à baisser sa cote. Elle doit vouloir faire face aux problèmes et jusqu'à ce qu'elle le veuille bien, elle continuera d'essayer d'utiliser, elle continuera de s'immiscer... elle continuera de présenter cette attitude.

    Ces femmes [détenues dites «à sécurité maximale»] exigent beaucoup de surveillance.

Tout le personnel qui participe à la prise des décisions sur les cotes de sécurité a identifié les trois aspects de l'évaluation des détenues (adaptation au milieu carcéral, risque d'évasion et sécurité du public) comme étant essentiels aux examens des cotes de sécurité. Quelques membres du personnel de première ligne étaient moins informés sur ces deux derniers aspects; cependant, ils connaissaient bien les problèmes d'adaptation au milieu carcéral. La majorité de ceux qui prennent part aux examens de la cote de sécurité ont reconnu qu'il y a une certaine subjectivité lorsqu'on applique ces trois aspects; toutefois, ils ont trouvé que comme critères, ces aspects fournissaient une mesure utile pour les examens de la cote de sécurité. En fait, un certain nombre de membres du personnel ont exprimé qu'ils appréciaient cette possibilité de subjectivité dans la mesure où elle leur donnait la latitude de tenir compte des contextes individuels pendant l'examen des cotes de sécurité des femmes. Dans la plupart des cas, le personnel croyait que les détenues dites «à sécurité maximale» avaient une cote appropriée. Un grand nombre des membres du personnel ont admis avoir eu de la difficulté à distinguer une détenue dite «à sécurité maximale» d'une détenue dite «à sécurité maximale» qui souffre de problèmes de santé mentale.

    Lorsque je regarde les évaluations des détenues selon le niveau de sécurité, je prends mon Manuel de gestion des cas de sorte que lorsque nous examinons les éléments de l'adaptation au milieu carcéral, du risque d'évasion et de la sécurité du public, je tiens compte de chacun d'entre eux afin de déterminer quels facteurs s'appliquent à la détenue qui fait l'objet de l'examen. Je prends cela très au sérieux... mon opinion est qu'aucune des femmes qui sont ici n'a une cote de sécurité qui n'est pas appropriée.

    Les procédures dévaluations des détenues selon le niveau de sécurité sont appropriées... les [détenues dites «à sécurité maximale»] ont besoin d'un milieu sécuritaire... C'est raisonnable, ce sont les normes nationales et si on les respecte, c'est au moins une norme que l'on peut tous accepter.

    Je sais que les gens sont inconfortables avec le fait que nous ne devrions pas mettre une détenue «en sécurité maximale» si elle à des problèmes de santé mentale... Je pense qu'on peut trop s'empêtrer dans ces appellations - la réalité est que ces femmes ont besoin d'être dans un milieu qui donne une sécurité maximale, une surveillance intensive... Je peux accepter cette appellation - la question est comment gérer la détenue... nous pouvons ajouter au processus d'évaluation du niveau de sécurité - nous pouvons ajouter plus spécifiquement les questions de santé mentale - et nous pouvons avoir toute une section juste sur cette discussion - je ne pense pas que cela change l'évaluation selon le niveau de sécurité des femmes - nous pouvons le reconnaître comme un problème, je pense que c'est important.

Presque tout le personnel considérait les questions relatives à l'adaptation au milieu carcéral comme éléments prédominants du classement selon le niveau de sécurité des détenues; le personnel croyait que la violence dans l'établissement, les difficultés de comportement et la mesure dans laquelle on respectait les plans correctionnels étaient le point central du processus d'examen de la cote de sécurité.

    Nous avons une détenue qui a constamment des hauts et des bas en raison de l'adaptation au milieu carcéral - de nombreuses mises en accusation dans l'établissement et une très mauvaise attitude - c'est un autre cas qui ne tire pas à conséquence... Il y a en fait deux [autres] femmes ici - pour lesquelles l'établissement est leur foyer. Lorsque leur date de libération d'office approche, elles font quelque chose pour perdre leur place et avoir à attendre la date suivante... elles n'arriveront jamais à leur date de libération d'office, elles sont simplement pétrifiées à l'idée de sortir.

    Elles doivent respecter leur plan correctionnel et le faire avec succès, s'adapter au milieu carcéral et [suivre] les programmes qui sont jugés nécessaires pour elles ou qu'elles estiment aussi nécessaires pour elles-mêmes.

    Bref, les entrevues ont révélé un accord fondamental entre le personnel et les détenues concernant leurs perspectives quant aux fondements d'une cote de sécurité élevée. Notamment, le comportement difficile en établissement (y compris les voies de fait et le non-respect du plan correctionnel) figurait au premier plan. Les désaccords dans les points de vue du personnel et des femmes concernaient principalement les questions relatives au reclassement. En particulier, des préoccupations concernant la durée de la cote de sécurité élevée ont été soulevées. Par exemple, il faut se rappeler que certaines femmes estimaient que les conséquences de leurs actes ne devraient affecter leur cote de sécurité élevée que pendant une courte période de temps; le personnel croyait que les conséquences du comportement des détenues devraient être d'une durée assez longue pour avoir un effet de dissuasion.

    Il doit y avoir quelque chose en place pour que ces femmes se rendent compte qu'il y aura des conséquences qui ne disparaîtront pas du jour au lendemain... Nous savons qu'une délinquante qui avait obtenu une cote de sécurité moyenne a fait exprès pour frapper un agent afin d'obtenir de nouveau sa cote de sécurité maximale - maintenant, quel genre d'option est-ce? Ça ne me donne pas une très bonne impression lorsque je sais que ce type d'option existe pour les délinquantes... il doit y avoir des lignes directrices qui seront établies et elles devront les respecter... les femmes doivent être tenues responsables de ce qu'elles font... elles doivent commencer à assumer leurs responsabilités pour leurs actes et être responsables d'elles et des conséquences qui en découlent.

Le personnel interviewé a identifié au moins deux segments de population dans la population de détenues non autochtones dites «à sécurité maximale» : les détenues «typiques» dites «à sécurité maximale» (segment PG) et les détenues dites «à sécurité maximale» qui ont des besoins spéciaux (segment PBS). Plusieurs membres du personnel ont aussi signalé que ce dernier segment se composait de deux groupes de femmes : celles qui ont de graves problèmes de santé mentale et les femmes qui ont de faibles performances cognitives. Comme on le précisera ci-dessous, le personnel a aussi considéré certains des besoins des détenues dites «à sécurité maximale» de ces différents segments comme étant très distincts.

    Vous avez les détenues typiques dites «à sécurité maximale» et vous avez les détenues dites «à sécurité maximale» à besoins élevés qui ont des problèmes de santé mentale et vous avez les détenues dites «à sécurité maximale» de faibles performances ou qui ont des besoins faibles. En ce qui concerne le comportement criminogène et le comportement en établissement, elles présentent toutes un risque élevé et ont des besoins élevés mais à divers degrés et différents niveaux - et ce n'est pas seulement au point de vue criminogène.

    En ce qui concerne les détenues dites «à sécurité maximale», le personnel a signalé que l'Évaluation initiale du délinquant, en général, et l'IABD, en particulier, étaient utiles pour évaluer certains besoins et pour dresser , en partie, les plans correctionnels des détenues. L'IABD cerne sept domaines qui sont considérés associés à la récidive criminelle. Brièvement, ces besoins criminogènes sont des facteurs de risque dynamiques associés à la réduction de la récidive lorsque des programmes appropriés les visent. Toutefois, le personnel ne s'est pas fié au résultat de l'IABD comme fondement des évaluations continues selon le niveau de sécurité. Le personnel a souligné que de nombreuses femmes qui avaient commis des infractions violentes ou avaient des besoins élevés à l'admission obtenaient assez rapidement une baisse de leur cote lors des évaluations du niveau de sécurité, souvent en raison d'une bonne adaptation au milieu carcéral.

Par exemple, plusieurs employés ont fait remarquer l'importance de savoir qu'on avait attribué à une femme un niveau élevé de besoins pour la toxicomanie. Ces connaissances sont importantes, non pas pour son niveau de sécurité, mais pour son plan de programmes. Cependant, si une femme consommait de la drogue et se livrait à des activités relatives à la drogue dans la prison, alors ils considéraient cette information comme étant pertinente pour la réduction de la cote de sécurité, parce que de telles activités se refléteraient de diverses façons dans l'évaluation de l'adaptation au milieu carcéral. Comme l'a dit un membre du personnel :

Cela ne change rien pour moi si quelqu'un a des problèmes de consommation de drogue ou non - peut-être veulent-elles s'en occuper pendant qu'elles sont ici, peut-être que non. Mais si la drogue pénètre dans la prison et qu'une détenue frappe un garde d'un coup de pied à la figure parce qu'elle [la détenue] est par terre et essaye de dissimuler la drogue dans son pantalon - ça c'est un problème - vous pouvez appeler cela drogue ou violence - c'est la même chose, mais ça demeure un problème.

En ce qui concerne les besoins des cas, le personnel était d'avis que toutes les femmes de cette population avaient des besoins relatifs au contrôle de leurs impulsions et de piètres habiletés de résolution de problèmes ou d'adaptation. En ce qui concerne les femmes des différents segments de population, le personnel croyait que les besoins principaux des détenues du segment PG concernaient la toxicomanie, les compétences cognitives, la maîtrise de soi et la gestion des émotions, tandis que ceux des femmes du segment PBS portaient sur la vie sociale et les compétences psychosociales de base.

Dans la discussion des besoins des détenues dites «à sécurité maximale», le personnel a souvent soulevé l'importance de traiter des besoins des femmes en ce qui concerne la réinsertion sociale ou les questions de mise en liberté dans la communauté. Le personnel a soutenu que cet aspect présentait des questions difficiles pour la population de détenues dites «à sécurité maximale». Ces questions allaient de l'adoption par la détenue dite «à sécurité maximale» d'une position selon laquelle elle refuse de faire abaisser sa cote de sécurité élevée et ainsi de bénéficier de certaines des différences environnementales offertes aux détenues dites «à sécurité moyenne et minimale», à l'état de préparation de la mise en liberté d'une femme dans la communauté à partir d'un milieu à sécurité élevée, si elle a maintenu ce niveau tout au long de son incarcération.

La réinsertion sociale est une question primordiale - un besoin qui se fait tellement sentir à l'heure actuelle - ces femmes ont tendance à aller vers ce qu'elles connaissent.

J'ai entendu des détenues dire que c'est angoissant - de vivre à l'extérieur. Elles s'y refusent. Ici, on leur dit quoi faire, quand le faire, quand manger. On leur donne leurs repas - elles n'ont pas à décider de telles choses - c'est angoissant pour elles de penser à avoir à faire cela. Ainsi, certaines d'entre elles veulent garder leur cote de sécurité maximale.

Pour ces femmes, la route est longue entre la communauté et la sécurité maximale.

Enfin, le personnel a souligné que les détenues dites «à sécurité maximale» ont toutes besoin de surveillance intensive et de structure. Les membres du personnel étaient persuadés qu'il incombe au SCC d'assurer la sécurité de la population carcérale, ainsi que celle du personnel. On doit mentionner que bien que les détenues interviewées aient reconnu le besoin de surveillance et de structure, les impressions au sujet de l'intensité et des raisons de celles-ci différaient entre les détenues et le personnel.

Elles sont ici parce qu'elles ont mal agi - elles ont attaqué des gardiens ou d'autres détenues - qu'elles aient ou non des problèmes mentaux.