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Programmes pour les délinquantes

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Détenues sous responsabilité fédérale - Projet d'entrevue de détenues dites à sécurité maximale : faire du temps sans se laisser faire par le temps

10 INTERVENTIONS

10.1 Approche d'équipe multidisciplinaire
10.2 Logement et surveillance
10.3 Gestion des cas et interventions au moyen des programmes

    Vous ne voulez pas regarder cette population avec un esprit étroit.

    Peu importe ce que vous faites avec elles, peu importe ce que vous leur dites, peu importe ce que vous leur communiquez, elles doivent prendre leurs propres décisions. Et, lorsqu'elles prennent leurs propres décisions, elles commencent à faire cet effort.

Le personnel a considéré qu'il existait plusieurs possibilités d'intervention auprès de la population de détenues dites «à sécurité maximale», afin d'évaluer leurs besoins, de les aider à réduire leur cote de sécurité et d'améliorer leurs conditions de détention. Les formes préférées d'intervention ont reconnu les divers niveaux d'intensité et les méthodes nécessaires pour bien cibler et atteindre cette population, l'importance d'une approche d'équipe multidisciplinaire et le besoin d'innovation et de créativité. Dans ce contexte particulier, les interventions particulières comportent les programmes de base du SCC, d'autres programmes, les services de psychologie, la surveillance et les activités de loisirs. Le personnel a signalé que les interventions dans cette population seraient inévitablement coûteuses et intenses et qu'on ne pouvait trop souligner l'importance d'avoir un personnel dévoué, spécialisé et familier.

 

10.1 Approche d'équipe multidisciplinaire

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L'importance d'une approche d'équipe, tout particulièrement d'une approche d'équipe multidisciplinaire, pour s'occuper de cette population a été soulignée dans les entrevues avec le personnel. Une approche multidisciplinaire tire parti de l'expertise des représentants individuels d'un certain nombre de secteurs ou de disciplines. Dans un contexte correctionnel, une équipe multidisciplinaire engloberait des représentants de la direction de l'établissement, de la gestion de cas, de la sécurité, des services de santé, de la psychologie, des programmes et d'autres membres du personnel qui ont des rapports avec les détenues. Le fondement de l'approche est une consultation coopérative qui établit le contexte du soin et de la gestion intégrés des détenues.

L'approche multidisciplinaire est essentielle - de cette façon vous avez de l'information sous de nombreux angles. Ce qui est dangereux, c'est de n'avoir qu'une ou deux opinions sur un rapport.

Une vue holistique de la manière dont nous traitons les femmes est indispensable ici... L'équipe multidisciplinaire est essentielle et le fait qu'il y a communication - un partage d'information, de façon à ne pas travailler seul - est extrêmement important pour la gestion de ces détenues [dites «à sécurité maximale»] - qu'il s'agisse d'une femme de type USD [unité spéciale de détention] ou d'une femme qui est schizophrénique ou n'importe quoi qui se trouve entre les deux.

Comme l'indiquent les citations qui précèdent, certains des avantages d'une approche d'équipe multidisciplinaire englobent le partage de connaissances et d'information de diverses sources et d'expériences, ainsi que la réduction des sentiments d'isolement du personnel dans l'exercice d'un travail exigeant. Dans le cadre de cette approche, le personnel des deux établissements a fait des commentaires sur l'organisation de réunions multidisciplinaires (au moins hebdomadaires) pendant lesquelles chaque détenue fait l'objet d'un examen. Le personnel a considéré que ces examens sont essentiels à la surveillance des progrès et des besoins des femmes.

Chaque semaine - nous examinons la situation de chaque délinquante, nous pouvons nous le permettre en raison du faible nombre - mais nous examinons le cas de chaque délinquante - avec le psychologue, l'AGC, habituellement si l'agent chargé du cas est présent ce jour-là, on traitera de ce cas... nous obtenons beaucoup d'information de cette façon.

En plus de la collaboration fournie dans le cadre de cette approche, le personnel a souligné l'importance de répondre aux femmes en équipe d'une façon cohérente et intégrée.

L'une des choses les plus importantes pour elles [les détenues dites «à sécurité maximale»] est la manipulation et vous devez modifier cela - et il faut le concept de l'équipe en entier pour s'attaquer à ce genre de problème... nous devons assurer la cohérence.

Mais vous savez d'après moi ce que c'est - c'est toujours la cohérence... la cohérence doit être constante, tout le monde doit les traiter de la même façon. Ainsi... elle voit que même si elle est contrariée, on la traite toujours bien, on la traite comme n'importe quel être humain et elle obtient la même histoire - pas nécessairement une histoire - mais les mêmes propos de chacun : comporte-toi bien et tu sortiras d'ici.

Bref, le personnel a exprimé le désir de travailler en équipes multidisciplinaires et a appuyé la valeur de ce travail lorsqu'il a affaire aux détenues dites «à sécurité maximale».

Au début, je ne voulais pas nécessairement travailler ici. Je voulais travailler dans l'établissement pour hommes - mais plus je travaille ici, plus je trouve le travail gratifiant, dans un sens. Parce que je participe réellement au concept d'équipe.

Toutefois, quelques membres du personnel ont mentionné la difficulté de mettre pleinement en application l'approche d'équipe.

Le sentiment général est que bien que nous ayons commencé avec un concept d'équipe, ils [les cadres supérieurs] ont beaucoup de responsabilités... les décisions que prenait auparavant l'unité sont à présent prises par des gestionnaires délégués de façon hiérarchique par note de service - alors nous avons perdu le concept d'équipe. La dynamique change s'ils ne peuvent pas passer du temps dans l'unité... ils ont perdu l'habitude de nous faire participer au processus.

 

10.2 Logement et surveillance

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Un autre secteur auquel le personnel a accordé de l'importance en ce qui concerne les interventions portait sur le logement des détenues dites «à sécurité maximale». Deux questions étaient tout particulièrement saillantes : qu'il y ait une séparation physique des segments de population et que le milieu physique permette de surveiller la population.

Le personnel a considéré essentielle la capacité de séparer les populations, tant en ce qui concerne le logement que les programmes. Le personnel a souligné que différents segments de la population étaient en fait incompatibles - des personnes de chaque segment souvent se dérangeaient et s'agaçaient mutuellement.

Ça devient réellement difficile si vous les gardez toutes ensemble... Il faut séparer les différents groupes de détenues, parce que c'est là que vous avez des ennuis... Celles qui fonctionnent à un niveau plus élevé sont très frustrées à cause de celles qui fonctionnent à un niveau inférieur, mais certaines d'entre elles n'ont pas les mécanismes d'adaptation pour traiter avec les personnes d'un niveau beaucoup plus bas. Quelques-unes ne comprennent pas pourquoi elles agissent de la sorte.

S'ils mélangent les femmes ayant des besoins spéciaux qui fonctionnent à un niveau élevé avec les détenues dites «à sécurité maximale» - tout ce qu'ils feront sera d'aggraver le problème entier qu'ils essaient de régler - et ceci agacera les détenues dites «à sécurité maximale», fera en sorte qu'elles s'immiscent de nouveau, qu'elles recommenceront la lutte du pouvoir - ceci ne fonctionnera pas...ce sera l'enfer, il y aura constamment des hurlements, des cris, de la bagarre, ceci, cela, beaucoup d'ingérence - le gros poisson mange le petit poisson.

La capacité de physiquement séparer les segments de population ne signifie pas qu'il ne devrait y avoir aucune occasion d'interaction entre les segments. En fait, plusieurs membres du personnel ont signalé que de telles occasions seraient bénéfiques pour tous les intéressées. De plus, certains membres du personnel ont affirmé que de loger ces segments de population, séparément mais à proximité les uns des autres, offrait certains avantages, comme utiliser efficacement les ressources et éviter de rendre les femmes de ces segments pathologiques ou déviantes. Offrir de telles occasions permet de reconnaître les besoins en santé mentale des femmes du segment PG et d'aider à réduire le stigmate des femmes du segment PBS. Enfin, le personnel a signalé que des groupements de différents segments de population n'étaient pas fixes et qu'à différents moments, en raison de diverses circonstances, on pourrait considérer qu'une femme convient mieux à un segment particulier.

Les détenues dites «à sécurité maximale» de la population générale ont quelque chose à offrir aux femmes qui ont des besoins spéciaux en ce qui concerne l'effet stabilisateur... elles ont aussi étonnamment beaucoup de compassion pour les femmes qui ont des besoins spéciaux.

Toutes les femmes ont des besoins en matière de santé mentale. C'est important de ne pas stigmatiser le milieu. Nous pouvons tous apprendre des autres - et il y a toujours des composants des deux - des parties des deux groupes dans les deux populations...

En ce qui concerne le besoin de logement des détenues dites «à sécurité maximale» pour appuyer une intervention et une surveillance efficaces, ceci est tout particulièrement important compte tenu des facteurs d'adaptation au milieu carcéral si importants dans cette population. En particulier, le milieu physique doit permettre au personnel de facilement surveiller les femmes. Souvent le milieu physique et le modèle de dotation en personnel se complètent pour offrir des occasions de structure et de surveillance.

À part des programmes comme intervention, certainement la structure est importante... on a besoin d'une structure intensive, d'une surveillance intensive et non seulement des agents de correction.

Les femmes [détenues dites «à sécurité maximale»] ont besoin de plus de surveillance et de structure et on se demande si elles peuvent fonctionner sans cela.

Ce qui a fait une grosse différence dans cette population a été une plus grande facilité de surveillance... les nombres inférieurs sont aussi bons parce que ces femmes ont plus besoin d'attention individuelle... être capable de mieux les surveiller a aussi signifié que l'endroit est plus propre - moins de drogue et d'ingérence.

Je pense qu'elles [détenues dites «à sécurité maximale»] ont des rapports de meilleure qualité - il y a plus de structure ici - en raison de l'agencement des lieux, elles voient toujours le personnel ici... nous pouvons leur donner le temps dont elles ont besoin - nous avons suffisamment de personnel pour cela.

Du côté de la surveillance et de la structure, le personnel a souligné l'importance de lignes directrices relatives à l'établissement de limites et d'attentes concernant les détenues dites «à sécurité maximale».

Sans lignes directrices, les femmes en souffrent - elles en souffrent énormément parce qu'elles n'ont pas à être responsables de leurs actes et nous ne les faisons pas en assumer la responsabilité... cela les blesse parce qu'une fois que vous dérangez leur routine, elles sont toute troublées - mais il faut avoir une bonne routine en place et elles doivent s'y plier.

En ce qui concerne les règles et les lignes directrices, nous réitérons quelque chose qui aurait toujours dû exister... de manière à créer de l'ordre pour que les choses qui doivent se faire se fassent...la routine doit compléter le travail.

Le personnel de correction, tout particulièrement celui de l'établissement de Springhill, a jugé qu'une surveillance favorisant les contacts était un point fort de leurs interventions correctionnelles.

...nous sommes toujours présents - elles savent qu'en tout temps elles peuvent venir à notre porte, ou nous allons à leur cellule et elles peuvent nous parler ou nous poser des questions - ou demander des conseils - nous sommes à leur disposition. Nous offrons notre présence - littéralement - ça aide - nous sommes là - nous nous intéressons à elles et à leurs familles.

De plus, ce modèle de surveillance habilite les femmes en les encourageant à prendre leurs propres décisions.

Nous accentuons l'importance pour elles de s'occuper d'elles-mêmes - vous pouvez soutenir les autres détenues, mais vous devez prendre vos propres décisions, vous pouvez quand même appuyer les autres - mais en fin de compte vous devez faire les choses pour vous-mêmes.

  • Le personnel de première ligne aux deux établissements a exprimé sa fierté de pouvoir offrir des occasions d'apprentissage par observation ou modelage.

Il y a beaucoup de discussions face à face avec les membres du personnel. Ils offrent un grand soutien aux détenues. Il y a eu de nombreuses interventions en temps de crise et par un simple soutien et leur présence lorsqu'une détenue en a eu besoin - ce fut très utile pour stabiliser un bon nombre de comportements.

Je crois aussi que le personnel donne aux détenues la communication dont elles ont besoin, l'interaction dont elles ont besoin, le soutien émotionnel. Et, être capable d'être un modèle à émuler positif est très important.

 

10.3 Gestion des cas et interventions au moyen des programmes

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En ce qui concerne les interventions relatives aux détenues dites «à sécurité maximale», le personnel a souligné qu'une plus grande adaptation, créativité et innovation étaient nécessaires en vue de la gestion des cas et l'élaboration et la mise en _uvre de programmes pour cette population.

Nous nous posons la question suivante : Que devons-nous faire avec cette femme pour qu'elle passe à l'étape suivante? Les programmes de base? L'intervention individuelle? Une évaluation psychiatrique? La route pourrait être longue pour qu'elle s'y rende, mais nous pensons immédiatement à cela.

Ce que je faisais ou ne faisais pas ne semblait avoir aucune importance - rien ne semblait fonctionner pour moi et je pensais que quelque chose devrait tôt ou tard marcher. Et je me suis rendu compte que de se débarrasser de la façon traditionnelle de faire les choses et commencer à être plus créatif, un peu plus innovateur... ensuite les choses ont commencé à aller dans la bonne voie.

Il y a une différence marquée entre l'établissement de Springhill et la Prison des femmes en ce qui concerne la disponibilité des programmes appropriés. Tous les employés de l'établissement de Springhill ont reconnu avec regret l'accès limité aux programmes et les restrictions en matière d'emploi et de mouvement (à l'extérieur de leur unité résidentielle) des détenues dans cet établissement.

Étant donné que le nombre de détenues est tellement bas, les programmes sont par conséquent limités parce que pour la plupart des programmes, nous n'avons pas suffisamment de femmes pour former un groupe. De même, en ce qui concerne le travail [occasions d'emploi pour les détenues dans l'établissement] - nous sommes très limités dans ce que nous pouvons permettre. Nous ne pouvons pas leur offrir des emplois intéressants - il y a les petites tâches de nettoyage ou le travail à la bibliothèque pour deux ou trois heures. C'est frustrant parce que certaines d'entre elles veulent vraiment travailler et ne peuvent pas. C'est difficile pour nous d'avoir à faire face à cette situation et nous reconnaissons comment il est difficile pour elles d'avoir à y faire face. C'est la politique qui interdit les établissements correctionnels mixtes12 - qui limite vraiment ce qu'on peut faire avec elles.

Les agents de programme des deux établissements ont identifié les besoins uniques des détenues dans les différents segments de la population; cela représentait un défi particulier pour la gestion des programmes à l'établissement de Springhill, où les détenues des segments PG et PBS participaient ensemble (parfois) aux programmes.

Les agents de programme ont reconnu les questions d'attitude et de motivation et le rôle que peuvent jouer ces facteurs pour limiter le changement positif.

Il y a toute la question d'attitude et de motivation - dont nous ne pouvons forcer ni l'une ni l'autre.

Nous devons faire notre travail - en leur disant et faisant comprendre quels sont les avantages d'une réduction de la cote de sécurité.

Un certain nombre d'autres thèmes révélés dans les entrevues faites avec le personnel sont résumés ci-dessous :

  • le personnel de la Prison des femmes et de l'établissement de Springhill préconisaient le besoin de programmes qui traitent expressément des questions de traumatismes et de mauvais traitements auxquelles les femmes de ce segment de population font face;
  • le personnel appuyait l'élargissement des programmes de loisirs;
  • dans les cas où des BST travaillaient avec des détenues ayant des besoins spéciaux, ces BST et le reste du personnel ont remarqué des améliorations dans la capacité de fonctionnement de ces femmes. En particulier, une amélioration des compétences psychosociales de base a été remarquée;
  • dans les cas où il y avait des BST, les agents de correction ont fait des commentaires favorables sur la possibilité d'avoir recours à ces BST comme ressource en temps de crise;
  • enfin, peut-être à cause du statut relativement récent de l'unité des femmes de l'établissement de Springhill, des pratiques et des attitudes innovatrices du personnel ont été possibles, tout particulièrement chez les agents de correction. Les agents de correction qui travaillent avec la population générale à sécurité élevée à la Prison des femmes ont beaucoup plus tendance à se conformer à leur modèle beaucoup plus traditionnel. Ceci se manifeste particulièrement par une présence et une interaction limitées du personnel dans la rangée. Cependant, la surveillance de la population ayant des besoins spéciaux à la Prison des femmes est beaucoup plus accessible et interactive.

12 Il faut se rappeler de la section 1 que des mesures qui ont été prises (rénovations physiques et personnel séparé) pour assurer que les femmes hébergées dans les unités des établissements pour hommes soient séparées de la population masculine en ce qui concerne le logement, les programmes et les aires de loisirs.