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Programmes pour les délinquantes

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Détenues sous responsabilité fédérale - Projet d'entrevue de détenues dites à sécurité maximale : faire du temps sans se laisser faire par le temps

PARTIE D : DISCUSSION

Cette étude a traité d'une lacune reconnue dans les ouvrages de recherche sur les détenues dites «à sécurité maximale». Sa valeur particulière réside dans son approche qualitative et l'occasion qu'elle offre à toutes les personnes interviewées, tout particulièrement les détenues, de faire part de leur expérience et de partager leurs points de vue. Ce processus soutient l'engagement du SCC de faire entendre ces opinions.

Cette recherche a fourni une description des détenues non autochtones dites «à sécurité maximale» et de leurs besoins. Par l'intermédiaire de ce processus, notre compréhension de ces femmes s'est accrue. La partie D résume les principales conclusions de cette étude, offre une analyse et donne une orientation pour toute considération future.

L'une des plus importantes conclusions qui se dégage des résultats de ce projet concerne hétérogénéité de la population de détenues non autochtones dites «à sécurité maximale». Considérer cette population seulement dans son ensemble est trompeur et problématique. Cette population se distingue plus facilement en fonction des trois sous-populations identifiables, mais non mutuellement exclusives :

      1. celles qui ont un comportement antisocial et des attitudes criminelles;

      2. celles qui ont des besoins spéciaux découlant de sérieux problèmes émotionnels et de santé mentale;

      3. celles qui ont des besoins spéciaux provenant de limites cognitives et de déficience d'habiletés de base.

Des données de cette étude justifient qu'on considère distinctement les réponses des femmes selon les segments de population. Il est clair que les réponses des délinquantes concernant leurs infractions, leurs besoins et leurs expériences carcérales, ainsi que les réponses du personnel au sujet de la compréhension de ces femmes et de leurs relations avec elles, différencient les segments de population.

En ce qui concerne les segments de population susmentionnés, des données de cette étude appuient plusieurs autres conclusions. Premièrement, bien que les détenues dites «à sécurité maximale» de chaque segment de population susmentionné devraient être considérées comme ayant des besoins spéciaux (et élevés) d'un genre ou d'un autre, les besoins des femmes dans les deux dernières sous-populations sont extrêmement élevés (représentées dans cette étude par le segment PBS). Deuxièmement, des renseignements provenant des entrevues avec les délinquantes et le personnel indiquent clairement que ces segments de population ont besoin de programmes et d'hébergement séparés.

Une autre conclusion de cette étude porte sur le système actuel et le processus de classement des détenues dites «à sécurité maximale». Les renseignements tirés de l'examen du dossier du SGD et des discussions du personnel ont indiqué que des distinctions en matière de comportement, de risque et de besoins existent entre les détenues qui ont une cote élevée et celles qui ont une cote moyenne ou minimale. Pour sélectivement différencier les femmes classifiées «à sécurité maximale», il est important de souligner que celles qui ont cette cote font l'objet d'un examen fondé sur les évaluations obtenues en rapport avec les trois aspects suivants: l'adaptation au milieu carcéral, le risque d'évasion et de sécurité du public. Pour être plus clair, les femmes ne sont pas cotées à sécurité élevée seulement en raison de leurs sérieux problèmes émotionnels et de santé mentale et de leurs limites cognitives ou faibles performances. En fait, il est important de noter qu'il y avait, par exemple, un nombre égal de femmes cotées à sécurité élevée et moyenne dans l'unité de besoins spéciaux à la Prison des femmes pendant la durée des entrevues. Bref, pas toutes les femmes qui ont des besoins élevés en matière de santé mentale sont classées à sécurité élevée.

En ce qui concerne l'évaluation, l'examen du dossier du SGD des femmes faisant partie de cette étude a indiqué qu'environ les deux tiers étaient désignées comme «risque élevé/besoins élevés». Pour ce qui est des aspects de leur évaluation selon le niveau de sécurité, presque toutes les femmes dans cette étude avaient une cote élevée pour l'adaptation au milieu carcéral. Il est intéressant de noter que, pour certaines de ces femmes, des changements antérieurs au comportement carcéral ont entraîné des changements correspondants dans leur cote de sécurité (c.-à-d. que des cotes inférieures pour l'adaptation au milieu carcéral se sont traduites par une cote de sécurité moyenne).

Cette étude établit qu'il y a une incidence beaucoup plus élevée de voies de fait en établissement commises par des détenues dites «à sécurité maximale» en comparaison avec des détenues dites «à sécurité moyenne ou minimale». Il est important de reconnaître l'importance de ce comportement violent et de le mettre en contexte d'une manière pragmatique ou opérationnelle lorsqu'on a affaire aux détenues non autochtones dites «à sécurité maximale» et qu'on planifie pour elles. L'absence d'une telle reconnaissance et d'une telle mise en contexte pourrait avoir un certain nombre de conséquences, dont les suivantes :

  • une chance ratée d'interventions positives favorisant le changement;
  • une occasion ratée de mieux comprendre cette population par rapport à ce qu'elle est. Cette compréhension pourrait, à son tour, aider à élaborer un paradigme comportemental qui pourrait être utilisé pour mesurer les incidents de voies de fait;
  • en l'absence d'une telle compréhension, il y a une plus grande probabilité que des incidents de voies de fait soient vus comme des comportements pathologiques ou déviants;
  • l'omission de reconnaître et de mettre en contexte le fait que ce comportement violent peut miner la confiance tant du personnel que des autres délinquantes, peut ajouter considérablement à la tension du milieu tant en ce qui concerne le personnel que les délinquantes et, par inadvertance, s'avère être au détriment des délinquantes.

Il est intéressant de noter que, bien que les délinquantes se rendent compte de la plus grande fréquence de comportements violents dans l'établissement, elles ont tendance à en minimiser les répercussions en ce qui concerne les blessures infligées aux autres et son importance comme facteur de leur cote de sécurité plus élevée. Les résultats de l'étude suggèrent qu'on pourrait travailler à accroître la responsabilité des délinquantes envers leur comportement violent.

Un autre point essentiel relatif aux cotes élevées d'adaptation au milieu carcéral concerne le «code des détenues». Les entrevues avec les délinquantes et le personnel ont révélé que, surtout pour les femmes du segment PG, respecter et faire respecter le code des détenues était très important pour elles, tout particulièrement lorsqu'elles ne souhaitaient pas réduire leur cote de sécurité. De toute évidence, il y a un lien entre le respect du code des détenues et les démonstrations de comportement agressif (étant donné que le recours à la violence et la tolérance d'un tel comportement font partie du code), ainsi que l'adoption d'une mentalité de «nous et eux». Toutefois, un tel respect du code pourrait aussi être lié à la recherche de sources externes pour l'estime de soi et l'approbation des autres. Par inadvertance, ce respect du code renforce de façon mésadaptée que le code «fonctionne» pour ces délinquantes. Un grand respect du code implique que les femmes croient que ce qu'elles font pendant leur incarcération n'a aucune conséquence; ceci constitue un problème pour les femmes qui s'efforcent réellement de se réhabiliter. Le titre de ce rapport suggère que de s'intéresser positivement à la manière dont «on purge sa peine» est considéré essentiel au changement de comportement et des attitudes nécessaires à la réduction de la cote de sécurité. Par conséquent, trouver des moyens pragmatiques de remettre en question et de briser le code des détenues d'une manière pragmatique est d'une importance fondamentale pour la gestion de ces délinquantes; affronter constamment ces pensées et ces habitudes de comportement négatives d'une façon axée sur le processus permettra à ces femmes de se concentrer sur elles-mêmes et sur leurs besoins individuels.

Un certain nombre de constatations intéressantes concernant les femmes non autochtones dites «à sécurité maximale», identifiées comme secteurs de besoins, ont été révélées dans cette étude.

  • Premièrement, lorsqu'on leur a demandé ce qui est à l'origine de leur incarcération, les deux tiers des femmes ont fourni volontairement des renseignements qui correspondaient avec l'un ou plusieurs des domaines de l'IABD.
  • Deuxièmement, en ce qui concerne les femmes identifiant leurs propres besoins, la majorité des femmes ont spontanément nommé un ou plusieurs besoins qui coïncidaient avec les domaines de l'IABD. Toutefois, il y avait des différences marquées quant à l'étendue et à la nature des besoins exprimés par les femmes des deux segments. Les femmes du segment PG s'intéressaient surtout aux besoins relatifs à leur orientation personnelle et affective et, dans une moindre mesure, aux besoins relatifs à leur toxicomanie. Inversement, les femmes du segment PBS ont mentionné un moins grand nombre de besoins et ceux qu'elles ont identifiés étaient souvent d'une nature plus fondamentale (p. ex. vie sociale).
  • Troisièmement, l'IABD se rapportant à ces femmes a déterminé qu'elles éprouvaient des difficultés dans de nombreux domaines. Le domaine de l'orientation personnelle et affective a été identifié pour toutes les femmes des deux segments. De plus, les besoins dans ce domaine ont été déterminés comme étant «considérables» pour la majorité de la population à sécurité élevée. Bien que les femmes du segment PG aient eu plus de besoins identifiés par l'IABD que les femmes du segment PBS, lorsque des besoins ont été identifiés pour les femmes du segment PBS, ils étaient beaucoup plus souvent des «besoins considérables».
  • Enfin, lorsqu'on a posé des questions aux femmes concernant leurs perceptions de leurs besoins criminogènes, l'accord dans les deux segments de population étaient moins de 50 p. 100. Par conséquent, le concept de ce qui constitue pour ces femmes un «besoin» soulève en soi un point intéressant Plus particulièrement, il semble qu'on pourrait accroître la compréhension ou l'accord qui règne chez les femmes en ce qui concerne ce que le SCC considère être «les secteurs de besoins» criminogènes et ce que les femmes estiment être leurs «besoins» et le rapport entre ces besoins et leur criminalité.

Le domaine de l'orientation personnelle et affective de l'IABD a été identifié comme besoin chez toutes les femmes qui ont participé à cette étude ; il était aussi un thème important signalé par le personnel. De plus, toutes les femmes du segment PG ont surtout mentionné ce domaine lorsqu'elles ont identifié leurs propres besoins, reconnaissant tout particulièrement leurs difficultés en matière d'impulsivité, d'adaptation et de maîtrise de soi. Ceci suggère que les détenues non autochtones dites «à sécurité maximale» ont besoin de beaucoup d'aide dans l'apprentissage de stratégies pour traiter des problèmes interpersonnels, établir des buts réalistes et faire face aux conflits, aux crises et aux émotions. En l'absence de telles stratégies d'adaptation, les manifestations comportementales de colère et d'impulsivité chez ces femmes, qui leur donnent souvent un certain contrôle sur les rapports aux autres dans leur milieu, se reflètent par leur manque d'adaptation au milieu carcéral. Bref, il est important que ces délinquantes apprennent des habiletés d'adaptation structurées pour faire face aux crises de santé mentale ainsi que des stratégies d'adaptation générales et des habiletés de la vie quotidienne pour leur adaptation sociale. Ces habiletés les aideraient à réduire leur cote de sécurité et permettrait de s'insérer avec succès dans le milieu de vie communautaire des détenues dites «à sécurité moyenne et minimale» logées dans les établissements régionaux.

En ce qui concerne les secteurs de besoins identifiés pour la planification correctionnelle, les données d'entrevue suggèrent qu'une plus grande participation de la part des femmes à l'élaboration de leurs plans correctionnels pourrait accroître leur intérêt et le sentiment que leur plan leur appartient. Encore une fois, c'est un secteur où on pourrait tenir compte des écarts entre les besoins identifiés par le SGD et ceux que les femmes identifient elles-mêmes et considèrent pertinents. De plus, on a déterminé que ces femmes avaient des besoins dans la plupart des secteurs de domaines cibles de l'IABD et, pour la plupart, étaient conscientes que ces domaines cibles avaient été visés par des programmes. Par conséquent, même si elles étaient conscientes que certains de ces besoins avaient été évalués par ordre de priorité, elles considéraient leur plan correctionnel comme étant écrasant et pas très précis. Aussi, est-il suggéré que les plans correctionnels des détenues dites «à sécurité maximale» soient dressés de façon à être davantage graduels. Par exemple, leurs plans correctionnels pourraient être structurés par phases, axés sur la compréhension et les efforts une phase à la fois. En revanche, ceci permettrait le renforcement positif à l'achèvement de chaque phase plutôt qu'un sentiment écrasant que leurs efforts sont futiles.

Les théories motivationnelles devraient être examinées en ce qui concerne leur pertinence à cette population et leur incidence possible sur le changement du comportement et de l'attitude. Une augmentation du contenu motivationnel pourrait être intégrée de façon générale dans tous les programmes actuels, ainsi qu'appliquée, de façon précise, à des programmes et des interventions de motivation nouveaux et spécialisés. La théorie motivationnelle permet aussi de comprendre les différences notées dans les types de besoins identifiés par les femmes et par le SCC. De façon plus claire, les types de besoins et de questions que les femmes voient comme pertinents et vraisemblablement dont elles voudraient traiter sont essentiellement des besoins physiologiques et des besoins en matière de sécurité (théorie de la hiérarchie des besoins) ou des besoins d'existence (théorie «ERG»). À l'opposé, le SCC s'intéresse aux besoins de croissance. Bref, les délinquantes ont tendance surtout à se concentrer sur les besoins «actuellement visés» tandis que les programmes du SCC ont tendance à souligner les besoins «visés quant à l'avenir». Pour favoriser l'avancement des plans correctionnels des détenues dites «à sécurité maximale», il serait utile d'examiner certains programmes de rapprochement entre ces deux points de mire divergents. Un élément clé de tels programmes serait clairement la motivation.

Beaucoup d'information a été recueillie dans cette étude sur tous les aspects des programmes, dont le contenu, les options, l'accessibilité et la mise en _uvre. Les données provenant des entrevues ont signalé ce qui suit :

  • des stratégies de programmes distinctes, tant en ce qui concerne le contenu que la mise en _uvre des programmes, sont exigées compte tenu de la variabilité dans les sous-populations relativement à des aspects comme les capacités cognitives des femmes, leur champ d'attention et la mesure dans laquelle elles peuvent maîtriser leurs réactions émotionnelles;
  • les programmes doivent être très structurés;
  • les programmes doivent englober une compréhension des besoins particuliers et très différenciés des détenues dites «à sécurité maximale»;
  • les programmes doivent être intensifs, surtout pour les femmes du segment PG;
  • il faut examiner les modèles de programmes plus individuels. Par la suite, pour chaque modèle individuel, il faudrait consacrer du temps à la participation éventuelle à un modèle de groupe;
  • lorsque les programmes de base actuels sont considérés trop difficiles pour certaines personnes (élément surtout souligné parles femmes du segment PBS), des adaptations sont nécessaires pour rendre les programmes de base plus adéquatement accessibles. Un bon exemple se trouve à la Prison des femmes, où le programme de résolution de problèmes et d'habiletés d'adaptation a été amorcé pour les femmes qui trouvaient trop difficiles les programmes de base d'apprentissage cognitif des habiletés;
  • les programmes doivent activement chercher à atteindre des objectifs d'estime de soi plus élevés qui sont clairement énoncés dans la mise en _uvre et le contenu. Des programmes d'estime de soi spécialisés pourraient être considérés;
  • il est nécessaire que des programmes intensifs traitent des attitudes et des comportements agressifs et de solutions de rechange à la violence. Encore une fois, de tels programmes doivent être adaptés aux besoins particuliers des différentes sous-populations, compte tenu des différences dans les causes sous-jacentes et dans la manifestation d'une telle violence;
  • plus de programmes doivent être offerts aux délinquantes de l'établissement de Springhill;
  • les femmes qui ont terminé leur douzième année devraient avoir accès à des cours d'auto-apprentissage (p. ex. habiletés en informatique).

L'incidence des relations interpersonnelles entre les détenues et le personnel est une autre conclusion qu'appuie la présente étude. Toutes les femmes ont souligné que les relations avec le personnel avaient, dans une très large mesure, des répercussions sur leur niveau de sécurité, tant de façon positive que négative. Les femmes percevaient que les attitudes négatives du personnel représentaient un manque de respect en plus d'être intimidantes, de diminuer leur sens du moi, de les frustrer et parfois de les provoquer délibérément. À la longue, les conséquences de relations négatives entre les détenues et le personnel peuvent être cause de conflit et entraîner des inculpations. Les relations interpersonnelles positives entre les détenues et le personnel ont été identifiées par les délinquantes et le personnel comme faisant partie intégrante d'un milieu carcéral positif ainsi que de l'adaptation positive des délinquantes au milieu carcéral et des changements dans leurs comportements et leurs attitudes. En ce qui concerne l'atteinte de ces objectifs, les facteurs suivants ont été considérés tout particulièrement importants :

  • communication ouverte entre les détenues et le personnel;
  • tolérance zéro de tout comportement inopportun et délibérément provocateur de la part du personnel;
  • renforcement positif des détenues et du personnel - les deux ont besoin de savoir quand ils font bien;
  • personnel régulier dans l'unité;
  • style de surveillance uniforme pour lequel le personnel est présent, accessible et répond aux besoins individuels.

Dans les milieux correctionnels, une détention structurée, prévisible et sécuritaire est essentielle à des relations interpersonnelles positives entre les détenues et le personnel. Dans les résultats actuels, le concept de surveillance et de structure doit être décomposé lorsqu'il est appliqué de façon opérationnelle à la gestion de ce groupe de femmes. Une plus grande structure n'est pas nécessairement mauvaise ou négative; plutôt que de la voir comme restrictive ou pénalisante, il serait utile de bâtir la surveillance et la structure pour ce groupe de femmes comme étant nécessaires et utiles. La surveillance et la structure doivent être interprétées comme bonne pratique. En fait, les femmes qui s'intéressaient à la réduction de leur cote de sécurité étaient de cet avis. Lorsque la surveillance et la structure sont prévenantes, prévisibles et uniformes, les délinquantes savent clairement ce qu'on attend d'elles et sont capables, à leur tour, de concentrer leurs efforts sur elles-mêmes plutôt que de diluer leur attention sur des tentatives de contrôler ou de manipuler un milieu moins défini.

Une autre constatation importante de cette étude concernait la valeur d'une approche multidisciplinaire à la gestion de cette population. Il est clair qu'un grand nombre de secteurs de besoins identifiés des détenues non autochtones dites «à sécurité maximale» étaient interreliés et, en tant que tel, cette étude appuie une approche intensive, polyvalente, multidisciplinaire et holistique aux interventions et aux programmes pour ces femmes. Bien que les complexités d'une telle approche doivent traiter de questions différentes par rapport aux sous-populations, à la base toutes les interventions et tous les programmes doivent cibler les facteurs affectifs, cognitifs et comportementaux. La fondation d'une approche multidisciplinaire est une consultation coopérative qui, à son tour, établit le contexte pour le traitement et la gestion intégrés des détenues. Une telle consultation exige la participation de diverses disciplines en matière de soins et de gestion des détenus et l'échange interactif d'information entre tous les intéressés. Les résultats de cette étude appuient le besoin d'une approche intégrée à la gestion de ces délinquantes. Les interventions devront porter sur diverses questions et ces interventions, à leur tour, exigeront un personnel multidisciplinaire dévoué et hautement spécialisé qui traitera de la nature complexe des besoins manifestes d'une majorité de ces femmes. Parmi les avantages qu'offre une approche d'équipe multidisciplinaire est la capacité des membres de l'équipe de travailler en étroite collaboration de façon plus souple avec d'autres spécialistes. Un autre avantage est que les membres individuels de l'équipe peuvent jouer des rôles multiples (y compris, par exemple, l'enseignement, la consultation et l'évaluation).

Compte tenu des besoins de cette population en matière de santé mentale, les cadres supérieurs, le personnel correctionnel et le personnel de traitement sont mis au défi de comprendre les questions de santé mentale et de troubles psychologiques et l'association de telles questions au comportement criminel et à l'adaptation au milieu carcéral. Tant les délinquantes que le personnel ont fait des commentaires sur le besoin d'autres programmes de formation, surtout dans les domaines des questions qui concernent les femmes et les problèmes psychologiques et les problèmes de santé mentale. Des renseignements provenant du personnel indiquent que par le biais des initiatives d'éducation déjà en place, le personnel en est venu à voir les comportements qui semblent résistants, oppositionnels ou exigeant comme ayant une composante contextuelle de troubles psychologiques ou de santé mentale ou encore de facteur conjoncturel.

Beaucoup de travaux de recherche ont montré que des expériences traumatisantes dans leur passé sont courantes sinon épidémiques chez les femmes incarcérées. Un processus d'identification d'antécédents de mauvais traitements et une évaluation des questions qui en résultent devraient faire partie de la gestion de ces femmes. Ceci devrait considérablement augmenter la probabilité qu'on tienne compte des manifestations de traumatismes passés dans l'équation et permettre d'offrir des occasions de traiter des traumatismes identifiés. De plus, ce processus devrait aussi diminuer dans une large mesure la probabilité que ces questions importantes soient passées sous silence ou segmentées en une compréhension moins holistique. Il est important d'établir un rapport avec l'argument présenté plus tôt concernant le besoin que le milieu correctionnel soit prévisible et relativement sécuritaire. La présence d'un tel milieu est un facteur essentiel à la gestion et au soin des détenues qui ont des antécédents de traumatismes. En l'absence d'un tel milieu, il existe un risque accru de décompensation psychologique avec des problèmes de gestion et des problèmes cliniques correspondants. De plus, bien que le personnel correctionnel reconnaisse les antécédents traumatiques de la majorité de ces délinquantes, il se rend compte que sa compréhension des répercussions de ces traumatismes sur le milieu carcéral est moins claire. Ceci suggère une autre occasion d'approfondir les connaissances du personnel.

Cette étude a révélé plusieurs résultats concernant le milieu physique ou l'hébergement de cette population. De façon plus importante, tel que mentionné plus tôt lorsque nous avons discuté des segments de population, il faut être en mesure dans le milieu physique de séparer les femmes des différents segments de population, tant en ce qui concerne le logement que les programmes. On a aussi besoin d'occasions et d'espace pour le silence thérapeutique. En répondant à ce besoin, il pourrait aussi être utile d'examiner la possibilité de présenter des méthodes de rechange pour aider les femmes en ce qui concerne la relaxation et le silence structuré, comme la méditation, le tai-chi ou le yoga. S'y rattachant existe le besoin de diverses options de gestion physique pour traiter de cette population. Certaines de ces options exigent la capacité de séparer ces femmes et de s'en occuper de façon individuelle et en petits groupes. En tant que tel, il y a un besoin d'espace physique pour accommoder les périodes de silence, le counseling individuel ou les séances de programme, les locaux des programmes de groupe et les deux types d'isolement (isolement préventif et isolement disciplinaire).

Cette étude note un certain nombre de constatations au sujet des détenues non autochtones dites «à sécurité maximale»en ce qui concerne leur cote de sécurité et l'incidence de cet évaluation. De façon générale, les femmes connaissaient leur cote et pouvaient expliquer en partie la raison de cet évaluation. De plus, la plupart des femmes étaient d'accord avec les raisons de leur évaluation, mais critiquaient le processus ou l'intervalle trop long entre les examens. Il est intéressant de noter que la majorité des femmes du segment PG ne se considéraient pas comme étant typiquement des détenues dites «à sécurité maximale» et, tel que déjà mentionné, ont minimisé leurs agissements violents en établissement et les ont jugés comme étant nécessaires. Plus de la moitié des femmes ont estimé qu'il existe un stigmate rattaché à l'évaluation des détenues dites «à sécurité maximale». De même, la majorité des femmes ont indiqué que leur évaluation à un niveau de sécurité élevée avait une incidence sur la manière dont elles purgeaient leur peine, l'effet le plus souvent mentionné par les femmes concernait le placement en établissement et la restriction de mouvement. Aussi, environ un tiers des femmes étaient d'avis que la catégorisation à titre de détenue dite «à sécurité maximale» réduisait leurs chances de bénéficier de programmes et croyaient que leur niveau de classement signifiait qu'elles n'avaient pas accès aux occasions offertes aux autres détenues sous responsabilité fédérale. Ces résultats appuient le besoin d'un plus grand partage d'information avec les délinquantes quant aux restrictions imposées comme conséquence à une cote de sécurité et l'hébergement et les programmes qui leur sont offerts à leur niveau de sécurité plus élevé. De même, des données résultant des entrevues suggèrent que les femmes et le personnel ont besoin de plus d'information sur les raisons d'être des cotes de sécurité. En particulier, les délinquantes doivent connaître les conséquences de certains comportements pour ce qui est de leur cote de sécurité et doivent avoir une idée de la durée relative des conséquences correspondantes. Enfin, plus de la moitié des détenues dites «à sécurité maximale» estimaient mal comprendre comment les cotes de sécurité sont réduites, ce qui suggère une autre occasion de partage d'information.

Il est intéressant de noter que la majorité des femmes considèrent la responsabilité de réduire leurs cotes de sécurité comme étant partagée entre la femme et le SCC. Changer son comportement et son attitude et respecter son plan correctionnel sont considérés comme étant une responsabilité qui incombe à la délinquante tandis que qu'offrir des programmes, montrer sa bonne volonté de changer ses perceptions des détenues et reconnaître les tentatives des détenues de modifier leur comportement étaient considérés comme étant la responsabilité première du personnel. La mutualité qui se rattache à ce résultat est encourageante lorsqu'on tient compte des efforts déployés pour aider les femmes à réduire leur cote de sécurité; fondamentalement, les femmes reconnaissent que c'est une responsabilité mutuelle.

Une constatation connexe révèle que plus des trois quarts des détenues dites «à sécurité maximale» ont affirmé que, pendant certaines périodes de temps, elles n'avaient pas été intéressées à réduire leur cote de sécurité élevée ou s'étaient activement comportées de façon à obtenir ou à maintenir cette cote. Il est clair que ce résultat différencie dans une large mesure les défis associées à la gestion des femmes qui ne se soucient pas de leur cote de sécurité plus élevée, des questions relatives à l'aide offerte aux femmes motivées à réduire leur cote. Certaines femmes, pendant diverses périodes, ne seront simplement pas intéressées à réduire leur cote de sécurité et, par conséquent, ne souhaiteront pas changer leur comportement ou leurs attitudes. Ce qui est important ici est que la structure et la surveillance nécessaires soient offerts afin de faciliter et d'encourager les types de changement interne que les femmes ont identifiés comme étant utiles pour changer cette perspective. Une structure et une surveillance de soutien aideront aussi à limiter la distraction que ces femmes se causent à elles-mêmes et aux autres détenues dites «à sécurité maximale». Ce genre de milieu permet aux femmes de se concentrer pleinement sur les changements nécessaires pour réduire leur cote de sécurité.

Avant de terminer ce point, il est important de mettre en contexte les différences entre les segments de population en ce qui concerne leur résistance à la réduction de la cote de sécurité. Les raisons pour lesquelles les femmes du segment PG ne cherchent pas à obtenir une cote de sécurité inférieure concernent généralement l'adhésion active du «code des détenues» ou une indifférence ou acceptation de leur situation actuelle. Inversement, pour les femmes du segment PBS, dont la majorité ne cherchait pas à abaisser leur cote de sécurité au moment des entrevues, leurs raisons concernaient principalement leurs craintes et leurs insécurités relativement au niveau d'indépendance et des habiletés de la vie quotidienne exigés pour fonctionner dans les maisons (c.-à-d. responsabilité pour la cuisine, le nettoyage et la lessive). Pour les membres de ce groupe (et probablement pour toutes les détenues dites «à sécurité maximale»), ceci suggère la nécessité de leur enseigner les habiletés de base de la vie quotidienne avant d'abaisser leur cote de sécurité.

Pour terminer, certaines limites de la présente étude doivent être reconnues et pourraient montrer la voie pour d'autres études qui seront faites à l'avenir. Tel que mentionné au début de ce rapport, il est important de souligner qu'il faut être circonspect lorsqu'on interprète les résultats fournis dans la présente et tenir compte du contexte particulier de la population à l'étude. Compte tenu du très petit nombre de participants à l'étude, du fait qu'il s'agit d'une population relative à un moment donné dans le temps et que l'étude s'appuie sur la divulgation volontaire, qui risque de dépendre des préjugés des répondants, les résultats doivent être examinés avec prudence. L'établissement de liens entre les établissements qui s'occupent des détenues dites «à sécurité maximale» est important pour permettre au personnel d'adapter des pratiques efficaces à leur milieu carcéral. L'orientation de travaux futurs englobera l'évaluation continue de présentation différentielle des besoins et des besoins en matière de santé mentale des segments de population de détenues dites «à sécurité maximale». La présente étude a aussi soulevé des questions intéressantes concernant la manière dont le SCC peut le mieux faciliter ces genres de changements internes que les femmes identifient comme essentiels pour changer leur attitude ou leur comportement et s'efforcer de réduire leur cote de sécurité. Enfin, cette recherche supporte une compréhension de la profonde complexité des défis que représentent la compréhension et la gestion des détenues non autochtones dites «à sécurité maximale» et l'aide offerte à ces femmes pour réduire leur cote de sécurité. Cette étude souligne l'hétérogénéité de cette population et la nécessité de solutions intensives, créatives et uniques.