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Programmes pour les délinquantes

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Stratégie en matière de santé mentale pour les délinquants

Jane Laishes
Santé mentale, Services de santé
2002

RTF

BESOIN D'UNE STRATÉGIE EN MATIÈRE DE SANTÉ MENTALE PROPRE AUX FEMMES POUR LES DÉLINQUANTES

« [TRADUCTION] Les femmes dans la société américaine vivent des expériences qui sont nettement différentes de celles des hommes. En effet, bon nombre de ces expériences, dont les agressions sexuelles, la violence familiale, la pauvreté et la discrimination, nuisent à leur santé mentale et physique. » (American Psychological Association)

Les résultats de l'enquête sur la santé mentale de 1989, menée à la demande du SCC (dans La création de choix, 1990), révèlent que les types de problèmes de santé mentale et les effets de ces derniers sont différents chez les hommes et les femmes, et que certaines difficultés éprouvées par les délinquantes sur ce plan peuvent être le corollaire direct d'expériences antérieures, p. ex. agressions sexuelles, mauvais traitements, voies de fait, toxicomanie et pauvreté.

Dans l'ensemble, les troubles psychiques graves, à l'exception de la personnalité antisociale, frappent plus souvent les femmes que les hommes. On constate également que la maladie mentale ne touche pas les femmes de la même façon que les hommes. Les cas de dépression sont environ deux fois plus fréquents chez les femmes que chez les hommes (les délinquantes sous responsabilité fédérale risquent trois fois plus de souffrir d'une dépression moyenne ou grave que les hommes incarcérés). Les hommes sont plus portés à afficher un comportement physique ou sexuel menaçant ou violent, tandis que les femmes ont davantage tendance à s'infliger des sévices et sont davantage enclines à l'automutilation, en se tailladant les poignets par exemple (voir Annexe D - Différences entre les sexes en matière de santé mentale).

En outre, il existe des différences notables au niveau de la santé mentale des délinquantes et de celle des femmes en général. Une étude (Ross, 1988) a comparé des femmes incarcérées à d'autres femmes libres dans la collectivité appartenant à la même catégorie d'âge et au même groupe ethnique. On a remarqué que les détenues avaient beaucoup plus tendance à souffrir de troubles mentaux, dont la schizophrénie, la dépression majeure, la toxicomanie, le trouble des fonctions psychosexuelles et la personnalité antisociale que les autres femmes. Une étude réalisée en Nouvelle-Zélande, dans laquelle on a comparé des délinquantes à des femmes vivant dans la collectivité, révélait que plusieurs types de troubles mentaux étaient plus importants chez les délinquantes, notamment la schizophrénie, la dépression majeure et le stress post-traumatique (Brinded et coll., 2001). Au Royaume-Uni, on a également constaté que les délinquantes souffraient davantage de schizophrénie et de névroses que les femmes non incarcérées (Department of Health du Royaume-Uni, 1997). Les troubles de la personnalité et la dépendance à l'alcool et aux drogues sont également très présents chez les délinquantes, mais moins que chez les délinquants. D'autres études ont en outre révélé que les femmes incarcérées avaient été plus souvent victimes d'agressions sexuelles dans leur enfance et de violence physique intense que ne l'avaient été les femmes dans la population générale (voir Annexe E - Comparaison des problèmes de santé mentale chez les femmes incarcérées et les femmes dans la collectivité).

Les conclusions mentionnées ci-dessus sont conformes aux résultats des études descriptives réalisées par le SCC concernant les troubles mentaux chez les délinquantes. Le rapport La création de choix fait état des résultats d'un sondage mené en 1989 auprès de 170 des 203 délinquantes purgeant une peine de ressort fédéral et dont il ressort ce qui suit : les deux tiers des délinquantes avaient des enfants et, dans plus de 70 % des cas, elles les avaient élevés seules pendant une partie de leur vie, sinon toute leur vie; 80 % avaient été victimes de mauvais traitements, 68 %, de violence physique et 54 %, d'abus sexuels; 69 % ont indiqué que la toxicomanie avait joué un rôle déterminant dans leur infraction ou leurs antécédents criminels; 90 % des femmes autochtones incarcérées avaient subi des sévices et 61 % avaient été agressées sexuellement (Shaw, 1990).

Une étude réalisée en 1989 dont le taux de participation était de 58,5 % a relevé des troubles mentaux chez 76 délinquantes de la Prison des femmes (Blanchette, 1989).

Le tableau 1 présente sommairement la proportion des délinquantes qui répondaient aux critères rigoureux du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).

Tableau 1 : Délinquantes de la Prison des femmes répondant aux critères rigoureux du DSM concernant les troubles mentaux, 1988.

Trouble Pourcentage
Dépression majeure 32,9 %
Trouble d'anxiété généralisée 19,7 %
Trouble des fonctions psychosexuelles 34,2 %
Personnalité antisociale 36,8 %
Consommation d'alcool/Alcoolisme 63,2 %
Consommation de drogues/Toxicomanie 50 %

En 1992, une évaluation des besoins en matière de santé mentale de 75 délinquantes purgeant leur peine au Centre correctionnel pour femmes de Burnaby (dont 19 p. 100 de la population est composée de détenues sous responsabilité fédérale) a révélé ce qui suit :

  • 49 % des délinquantes souffrent de troubles de la personnalité
  • 67 % sont des toxicomanes et 87 % l'ont été à une étape de leur vie
  • 36 % ont déclaré avoir subi des sévices et 47 % ont été agressées sexuellement dans leur enfance; 19 % ont été victimes d'agressions sexuelles et 69 % de violence conjugale à l'âge adulte
  • 29 % ont déclaré avoir des comportements autodestructeurs comme une tendance à se taillader les poignets
  • 20 % faisaient une dépression au moment où l'étude a été réalisée et 32 % en ont fait une à une étape de leur vie
  • 24 % ont déclaré avoir des troubles d'anxiété et 29 % en ont éprouvé à une étape de leur vie.

Les auteurs de l'étude ont signalé qu'un grand nombre des détenues souffraient de troubles multiples puisque quantité d'entre elles avaient subi des sévices et connu la violence pendant leur enfance et à l'âge adulte (Tien, 1993).

Fruit de la recherche effectuée auprès des délinquantes, le rapport La création de choix note qu'il existe un besoin pressant d'améliorer l'accès des délinquantes aux services de santé physique et mentale. Voici trois raisons principales liées à la prestation de traitements en matière de santé mentale dans les établissements correctionnels (Metzner, 1997) :

  • réduire les effets invalidants des maladies mentales graves pour optimiser la capacité de chaque détenue de participer de plein gré aux programmes correctionnels;
  • atténuer les extrêmes inutiles de la souffrance humaine causés par la maladie mentale;
  • contribuer au maintien d'un milieu carcéral sûr pour le personnel, les détenues, les bénévoles et les visiteurs.

L'enquête mentionnée ci-dessus confirme le besoin de fournir des services psychiatriques tenant compte des besoins particuliers des délinquantes. En vertu de la LSCMLC et des politiques qui en découlent (voir l'Annexe F), les services de santé mentale offerts aux délinquantes doivent tenir compte de la différence entre les sexes mises en évidence par l'étiologie et la classification des problèmes de santé mentale, par la prévalence chez les femmes de certaines catégories de troubles mentaux et par le contexte dans lequel ces problèmes de santé mentale ont commencé à se manifester.

Beaucoup de délinquantes sont issues de milieux marginalisés, souvent marqués par la pauvreté, la discrimination, les mauvais traitements et la toxicomanie. C'est d'ailleurs pour cette raison que les programmes et les services doivent être holistiques, en ce sens qu'ils doivent tenir compte du contexte social des femmes et cibler les facteurs à l'origine de leur comportement criminel. Les services de santé mentale spécifiques aux femmes doivent donc être adaptés aux expériences des délinquantes et aux besoins en santé mentale qui s'ensuivent.

Pour être efficaces, les programmes correctionnels destinés à l'ensemble des délinquantes devraient aussi se fonder sur un modèle d'apprentissage à l'autonomie, dans le cadre duquel les femmes sont sensibilisées à leur situation, découvrent leurs points forts et sont encouragées et aidées à reprendre leur vie en main. Ce processus reconnaît aux délinquantes le droit d'agir et les responsabilise pour leurs actions, tout en prenant en considération le contexte social dans lequel l'infraction a été commise (Kendall, 1993).