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Programmes pour les délinquantes

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Stratégie en matière de santé mentale pour les délinquants

Jane Laishes
Santé mentale, Services de santé
2002

RTF

DESCRIPTION DES SERVICES : CONTINUUM DES SOINS

Pour tenir compte des expériences de vie et des besoins des délinquantes, le continuum des soins de santé mentale (Annexe L) devrait comprendre les éléments énumérés ci-après. Il convient de noter que les éléments du continuum n'ont pas changé depuis la Stratégie de 1997. Toutefois, des interventions et des services ont été mis au point en appui à bon nombre de ces éléments essentiels.

1. Services d'évaluation

Dans le cadre de l'évaluation initiale des besoins immédiats, effectuée à l'admission dans un établissement carcéral, toutes les délinquantes qui démontrent des symptômes de problèmes de santé mentale doivent se soumettre à une évaluation complète, pour laquelle un rapport écrit est produit. Cette évaluation doit porter sur les besoins en matière de santé mentale et autres et tenir compte de la réalité culturelle de la principale intéressée (conformément à DC 840 - Services de psychologie - Annexe I). L'évaluation doit incorporer dans un plan de traitement global les besoins en matière de santé mentale cernés et les autres objectifs correctionnels. Elle doit également faire état du niveau et de l'intensité de l'intervention requise ainsi que de la volonté de la délinquante de participer aux diverses formes de traitement. À cette information s'ajoutera éventuellement le plan de traitement, avec commentaires des autres membres de l'équipe interdisciplinaire de soins de santé mentale. Si une délinquante semble présenter d'importants problèmes de santé mentale, son cas peut être renvoyé à un psychiatre ou à d'autres spécialistes pour faire l'objet d'évaluations plus approfondies.

Le rapport d'évaluation doit, sur une base confidentielle, être porté à la connaissance de l'équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale de manière à assurer l'application d'une approche interdisciplinaire dans la gestion des cas requérant des soins de santé mentale.

Psychopathie - Lignes directrices pratiques
Le SCC n'appuie pas la recherche sur la psychopathie chez les délinquantes, peu importe les mesures utilisées, en partie en raison du taux de récidive très faible chez la population de femmes purgeant une peine de ressort fédéral et l'inexistence pratique de récidive violente. De plus, l'évaluation de la psychopathie ne donne guère d'orientation en ce qui a trait à la planification du traitement et rien n'indique que les mesures de la psychopathie sont utiles pour la prévision du risque. Par conséquent, conformément aux dispositions 4h) et 77 de la LSCMLC, il n'est pas opportun d'utiliser les mesures de la psychopathie pour prendre des décisions concernant les délinquantes. De plus, l'évaluation de la psychopathie peut marquer la personne d'un stigmate distinctif diminutif, ce qui va à l'encontre de ce que préconise le principe 1 de la présente Stratégie en ce qui touche le bien-être et l'élimination des stéréotypes.

2. Soins intensifs

Des soins intensifs peuvent devoir être offerts au moment d'évaluer et de traiter les délinquantes souffrant de troubles mentaux aigus (schizophrénie, troubles bipolaires, etc.). L'objectif consiste à régler les dégénérescences mentales graves. La plupart du temps, le traitement vise d'abord à stabiliser les symptômes; il faudra donc avoir recours à des médicaments psychotropes. Une fois les symptômes stabilisés, la délinquante est en mesure de bénéficier d'approches psycho-éducatives pour comprendre et maîtriser son état.

Il est préférable d'offrir ce niveau d'intervention psychiatrique/psychologique dans un établissement résidentiel de soins intensifs comme l'unité Churchill du Centre psychiatrique régional ou dans un hôpital psychiatrique de la collectivité. Dans le cas des établissements de soins de santé mentale dans la collectivité, soulignons cependant que les services et les ressources susceptibles d'être offerts aux femmes le sont en fonction de leur disponibilité. En outre, le fonctionnement de ces établissements ne relevant pas du SCC et le type d'approches et de programmes qu'on y applique peuvent ne pas correspondre à ceux préconisés par la Stratégie.

L'unité Churchill
L'unité Churchill constitue l'option principale du SCC en matière de soins intensifs pour les délinquantes. L'unité est en évolution constante depuis sa création. Le Programme intensif de guérison (PIG) de l'unité Churchill a été élaboré pour répondre aux besoins des femmes représentant habituellement les cas les plus difficiles à gérer dans les établissements ordinaires en raison de leurs problèmes de santé mentale.

Le PIG a été élaboré par le SCC (aucun programme semblable n'avait encore été offert par le SCC ni par une autre autorité compétente) et est offert au Centre psychiatrique régional de Saskatoon (Saskatchewan) depuis septembre 1996. Le traitement est axé sur la compréhension et la transformation des pensées et des comportements qui sont souvent à la source des problèmes de santé mentale et mise à cette fin sur l'acquisition par la délinquante de nouvelles compétences et stratégies d'adaptation. Cette acquisition se fait d'une façon formelle, dans le cadre des différentes composantes du programme, et d'une façon informelle, par les interactions et l'imitation des comportements positifs des membres du personnel (environnement thérapeutique).

L'unité Churchill compte 12 places de traitement à l'intention des délinquantes sous la responsabilité du SCC qui ont besoin des services d'un hôpital psychiatrique, qu'il s'agisse de délinquantes qui acceptent de recevoir le traitement ou de délinquantes réputées admissibles à des soins psychiatriques. Les cas d'admission sont classés selon l'ordre de priorité suivant : a) soins psychiatriques d'urgence; b) soins psychiatriques continus; c) évaluation complète et traitement spécialisé; et d) demandes spéciales d'assistance en provenance des établissements régionaux. L'approche de traitement est très personnalisée, et un accord de traitement individualisé est élaboré avec chaque patiente. Le traitement est mis en œuvre dans le cadre d'un contrat comportemental à court terme, et les progrès à l'égard du traitement sont surveillés quotidiennement et cumulés au fil du temps. Une fois que les délinquantes ont réalisé les objectifs de traitement ou lorsqu'on a tiré le meilleur parti possible du traitement pour l'instant, les délinquantes retournent à un établissement ordinaire.

Milieu de vie structuré
Le milieu de vie structuré (MVS) est un modèle d'intervention se situant entre les soins intermédiaires et les soins intensifs. Il procure une option de traitement pour les délinquantes classées au niveau de sécurité minimale et moyenne qui ont d'importantes limites cognitives ou des problèmes de santé mentale influant sur leur comportement, permettant ainsi de répondre à leurs besoins dans les établissements régionaux.

La mise en œuvre de la stratégie axée sur le concept de MVS a exigé la construction de duplex sur les terrains des quatre établissements régionaux pour femmes, chacun comportant des unités résidentielles, des locaux réservés aux programmes, deux salles de retrait thérapeutique et des bureaux pour le personnel. Une équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale a été constituée, et ses membres ont été formés pour y offrir une surveillance et un soutien intensifs et des programmes correctionnels, de réadaptation et de santé mentale spécialisés, 24 heures sur 24.

Seules les délinquantes qui en font la demande sont placées dans un MVS si, après évaluation, elles satisfont aux critères d'admission et lorsqu'il a été établi qu'il s'agit de l'option de traitement la plus appropriée en ce qui concerne leurs besoins en matière de santé mentale. Les femmes placées dans un MVS ont accès au reste de l'établissement, à ses activités et à ses programmes. Le cas échéant, les délinquantes ayant des besoins spéciaux et qui font partie de la population carcérale générale peuvent bénéficier de leur participation aux programmes spéciaux offerts en MVS. Les services de soutien et les services administratifs du MVS sont aussi mis en commun avec le reste de l'établissement.

Le MVS constitue un environnement thérapeutique en ce sens qu'il intègre les principes et les pratiques de la thérapie comportementale dialectique (TCD) et de la réadaptation psychosociale (RPS). Grâce au double accent mis sur l'interaction et le traitement, le MVS offre des possibilités uniques pour l'apprentissage par imitation et la prestation de soins de grande qualité grâce aux rapports efficaces et à l'uniformité des soins. Les deux interventions offertes en MVS sont les suivantes :

1) Thérapie comportementale dialectique (TCD)
La thérapie comportementale dialectique (TCD) est un régime de traitement psychothérapeutique qui se prête bien pour les personnes présentant des troubles émotifs graves et démontrant une combinaison de difficultés caractérisées par un comportement autodestructeur ou suicidaire, des troubles affectifs, de graves difficultés relationnelles, une image de soi négative et fluctuante ainsi que des distorsions et des troubles cognitifs. Ce traitement a fait ses preuves auprès des personnes chez qui l'on a diagnostiqué le trouble de la personnalité limite (Linehan, 1993).
La TCD vise d'une façon toute particulière l'acquisition d'habiletés pour remédier aux dérèglements sur les plans des émotions, des relations, des cognitions et des comportements. La TCD cherche à aider les personnes à apprendre à mieux reconnaître et à corriger les schémas comportementaux, émotifs et cognitifs qui sont à la source de leurs problèmes importants de la vie quotidienne.
Le SCC a adapté la TCD pour qu'elle puisse s'appliquer à une population carcérale en contexte psycho-légal (notamment par la modification de documents publiés sur la TCD et la préparation d'autres documents pour son utilisation à l'intérieur de ses installations). Le SCC a conçu et mis en œuvre deux modèles : le modèle complet de la TCD (appliqué en MVS) et le modèle général de la TCD (à l'intention de la population générale). Par ailleurs, le SCC a conçu un modèle hybride de TCD qui sera mis en œuvre dans les unités de garde en milieu fermé de ses établissements régionaux pour femmes.
Afin de faciliter la mise en œuvre de la TCD dans un contexte psycho-légal, le SCC a aussi élaboré un programme de formation national sur la TCD comportant des modules spécialisés pour chacun des modèles. Cette formation et la consultation de suivi sont assurées par le personnel des Services de santé de l'AC. Des programmes d'évaluation en profondeur ont été conçus pour assurer le suivi permanent de l'efficacité de ce traitement.
Le modèle complet offre une approche intensive et coordonnée d'évaluation et de traitement. Dans le contexte d'un environnement thérapeutique, quatre grandes composantes de traitement sont offertes : psychothérapie individuelle, acquisition d'habiletés en TCD, services de soutien et d'encadrement 24 heures sur 24, et services-conseils assurés par l'équipe responsable de la TCD. Le modèle général, quant à lui, a deux principales composantes : la psychothérapie individuelle et l'acquisition d'habiletés en TCD. En ce qui concerne le modèle de TCD appliqué dans les unités de garde en milieu fermé, il compte en plus les services de soutien et d'encadrement comme composante de traitement. Les modules du programme d'acquisition d'habiletés sont condensés et distincts.
2) Réadaptation psychosociale (RPS)
La réadaptation psychiatrique, aussi appelée réadaptation psychosociale (RPS), se veut une stratégie globale d'aide aux personnes atteintes d'une maladie mentale grave et persistante, y compris les personnes ayant des besoins d'apprentissage en compétences de base et des difficultés cognitives. Les objectifs de la RPS sont d'aider ces personnes à cerner leurs besoins personnels, à exploiter leurs points forts et à maximiser leur potentiel en encourageant leur indépendance sur les plans professionnel, social et personnel. Le concept de la RPS se veut une réponse à l'incapacité du régime de soins de santé mentale à surmonter la dévastation psychosociale qu'entraîne une maladie mentale ou émotive grave, de problèmes de comportement graves et des méthodes de traitement traditionnelles (par ex. placement en institution et médicamentation) (NEL, 1994). Le retour dans la collectivité des délinquantes ayant des besoins d'apprentissage en compétences de base et des difficultés cognitives se trouve facilité par :
  • l'acquisition de compétences permettant de réduire les comportements problématiques et de compétences relatives aux activités quotidiennes;
  • la constitution d'un réseau de soutien et l'aménagement d'occasions d'intégration communautaire.

Suivi/Soutien

Les membres du personnel de l'administration centrale surveillent et appuient la mise en œuvre de la TCD et de la RPS, tant sur place que par le truchement de formations continues, de consultations et de correspondance. L'attention porte, en général, sur la mise en place d'un bon environnement thérapeutique et sur la conformité aux modèles de traitement. Ce processus de suivi se distingue de la composante d'évaluation en ce sens qu'il s'intéresse spécifiquement à la conformité des philosophies du programme et de l'application/intervention clinique.

3. Soins intermédiaires

La formule de soins intermédiaires permet aux détenues ayant de graves problèmes de santé mentale de vivre au sein de la population générale tout en recevant les traitements, au moyen de counselling individuel, de thérapies en groupe ou d'une combinaison d'interventions. Toutefois, les thérapies en groupe ne sont pas offertes dans certains établissements, faute d'un nombre suffisant de participantes.

Le rôle de l'équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale établie par l'établissement (DC 850 - Services de santé mentale- Annexe H) consiste à exercer un suivi des besoins des délinquantes aux prises avec un problème de santé mentale et requérant ce niveau d'intervention. L'équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale détermine les besoins et les services nécessaires, exerce un suivi des soins offerts et note sur une base régulière les progrès cliniques des différentes patientes. Afin de faciliter le suivi, il est recommandé de charger un des membres de l'équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale de coordonner la prestation des soins de santé mentale pour chaque patiente requérant ce niveau d'intervention.

Les interventions de soins intermédiaires comprennent les suivantes :

  • Stabilisation et gestion des symptômes
  • Acquisition d'habiletés - apprentissage en relations sociales et interpersonnelles; acquisition d'habiletés cognitives; formation (p. ex., thérapie comportementale dialectique et réadaptation psychosociale)
  • Groupes thérapeutiques2 (p. ex., sensibilisation à l'utilisation rationnelle des médicaments, soutien et conformité; survivantes d'actes de violence; troubles de l'alimentation; comportement autodestructeur; maîtrise de la colère et gestion du stress)
  • Traitement d'affections multiples (santé mentale et toxicomanie)
  • Prévention des rechutes

Le suivi et la prévention des rechutes des délinquantes qui étaient hébergées en MVS ou qui ont participé au programme intensif de guérison du CPR sont essentiels pour assurer le soutien et le maintien des changements obtenus en cours de traitement.

4. Soins ambulatoires

Les soins ambulatoires font appel aux groupes thérapeutiques ainsi qu'aux services de maintien, de prévention des rechutes et de psychoéducation. Ces services offrent des soins thérapeutiques pour des problèmes bien précis (par ex. troubles de l'alimentation) et des interventions à court terme dans les cas de détresse psychologique associés à un phénomène situationnel qui les empêche temporairement de bien fonctionner (par ex. décès dans la famille, liberté conditionnelle refusée ou conflits interpersonnels).

Les services de soins ambulatoires doivent être coordonnés par l'équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale. Le plan de traitement d'une délinquante peut être établi par la délinquante et son psychologue ou son intervenant de première ligne attitré en collaboration avec l'équipe interdisciplinaire.

Le traitement peut comprendre notamment :

  • Résolution des crises
  • Programmes de traitement en groupe de besoins spéciaux (p. ex., maîtrise de la colère et du stress; résolution de conflits; survivantes de traumatismes et d'actes de violence3; toxicomanie; troubles de l'alimentation; estime de soi; aptitudes parentales; comportement auto-destructeur; prévention des rechutes; rencontres du cercle thérapeutique animées par des Aînés)

Certains établissements organisent de tels groupes en fonction des besoins ponctuels des délinquantes. La nature des groupes peut également varier selon la disponibilité dans la collectivité de spécialistes pouvant offrir un programme particulier à l'intérieur d'un établissement.

Comme pour les soins intensifs, le suivi et la prévention des rechutes des participantes au Programme intensif de guérison ou au MVS constituent des éléments essentiels du programme de soins ambulatoires pour que les changements obtenus grâce au traitement soient maintenus.

Les délinquantes requérant des soins intensifs peuvent participer aux programmes de traitement en groupe dans la mesure où le groupe répond à leurs besoins et sous réserve du nombre de participantes, de la dynamique du groupe et des considérations opérationnelles.

5. Services de psychothérapie/counselling

Des services psychologiques et de counselling individuel devraient être offerts aux délinquantes intéressées pour les aider à régler certains problèmes personnels (DC 840 - Services de psychologie - Annexe I). Le counselling joue un rôle très important pour les femmes aux prises avec différents problèmes personnels et des traumatismes qu'elles ne peuvent régler seules. Les psychologues tentent de leur faire réaliser toute la mesure dans laquelle leurs expériences passées affectent leur comportement actuel et de les inciter à améliorer leurs habiletés d'adaptation et, par ricochet, leur état de santé mentale. S'il existe un groupe de counselling pour son problème, la délinquante est encouragée à joindre le groupe. Toutefois, lorsque la taille de l'installation est petite, la participation à des groupes de thérapie peut ne pas être nécessairement recommandée pour des raisons de confidentialité4. La psychothérapie et le counselling peuvent également constituer un complément important pour les délinquantes participant aux volets de groupe des soins intermédiaires ou ambulatoires.

6. Volets s'adressant spécifiquement aux délinquantes autochtones/Services offerts par les Aînés

L'accès à des services offerts par des Aînés est essentiel pour favoriser la guérison et l'amélioration de l'état de santé mentale des délinquantes autochtones. Au pavillon de ressourcement Okimaw Ohci, le contact avec les Aînés est considéré comme la partie la plus importante du programme de services de santé mentale offerts et, dans cet esprit, un Aîné est disponible en permanence sur les lieux. Des services de santé mentale conventionnels sont aussi offerts, sous la forme de counselling offert par un psychologue et de services psychiatriques. L'intégration des services de santé mentale conventionnels et des services équivalents dans la tradition et l'enseignement des Aînés autochtones semble se faire assez facilement, et les délinquantes sont encouragées à profiter du meilleur des deux types de programmes.

Tous les membres du personnel travaillant directement auprès des délinquantes devraient reconnaître l'importance des services de guérison qu'offrent les Aînés aux délinquantes autochtones. L'accès aux Aînés devrait être assuré aux délinquantes et ceux-ci devraient d'ailleurs faire partie de l'équipe interdisciplinaire de prestation de soins de santé mentale de chacune des installations où sont hébergées des délinquantes autochtones.

7. Autres volets

En plus des programmes visant spécifiquement à assurer leur mieux-être mental et répondre à leurs besoins en matière de soins de santé mentale, les délinquantes peuvent aussi avoir besoin de programmes pour les aider à régler d'autres problèmes sur les plans des aptitudes sociales et des habiletés cognitives. Toutefois, comme cela a été mentionné précédemment, il importe que tous ces programmes et services soient interreliés.

Les quatre programmes de base, précisés dans la Stratégie des programmes correctionnels à l'intention des femmes purgeant une peine fédérale (1994), sont offerts aux délinquantes qui en ont besoin. Ces programmes sont les suivants :

  • Programmes pour toxicomanes;
  • Programmes d'acquisition de compétences psychosociales ( y compris maîtrise de la colère, apprentissage cognitif des compétences);
  • Programme d'aide aux survivantes de traumatismes et d'actes de violence;
  • Éducation et alphabétisation.

Suicide et automutilation
Conformément à la DC 843, Prévention du suicide et des automutilations, (Annexe J), chaque établissement doit se doter de procédures afin d'être en mesure de réagir adéquatement aux situations liées au suicide et à l'automutilation, et veiller à sensibiliser les membres de son personnel à celles-ci. La formation du personnel doit porter sur les besoins et sur les problèmes propres aux délinquantes ainsi que sur les interventions requises. L'automutilation ne doit pas être abordée comme une question de sécurité sauf s'il existe des circonstances atténuantes, telles que l'utilisation d'armes. Considérant le lien qui existe entre l'automutilation et l'agression et les troubles de la personnalité (Swinton et Hopkins, 1996), les membres du personnel doivent accorder une attention toute particulière à la forte probabilité que ces incidents surviennent chez les délinquantes présentant des troubles de la personnalité.

Délinquantes sexuelles
Il existe différents types de délinquantes sexuelles et leurs besoins en matière de traitement et de surveillance varient selon les caractéristiques personnelles de chacune, la nature de l'infraction sexuelle commise et leurs plans de libération. Cependant, dans la littérature nord-américaine, les troubles de santé mentale sont rarement cernés comme un problème important chez les membres de ce groupe.

La Division des programmes et de la réinsertion sociale de l'AC a élaboré en 2001 un protocole d'évaluation et de traitement de ces délinquantes afin de répondre à leurs besoins particuliers. Selon le Protocole d'évaluation et de traitement des délinquantes sexuelles, le rôle du psychologue de l'établissement ou de la collectivité est le suivant :

  • Évaluer chaque cas, peu importe la personne qui administre directement le traitement;
  • Coordonner la participation de l'équipe interdisciplinaire de prestations de soins de santé mentale au traitement et à la prestation des modules;
  • Administrer les tests psychologiques requis;
  • Administrer toute évaluation requise aux fins de l'évaluation du risque.

De plus, le(s) membre(s) du personnel ou le psychologue formé pour administrer le traitement aux délinquantes sexuelles sont responsables de :

  • la prestation de modules de traitement sous la direction du psychologue de l'établissement ou de la collectivité (les services d'un psychologue sont requis lorsque l'employé n'est pas un psychologue);
  • la préparation des rapports post-programme conformément aux lignes directrices nationales.

Toxicomanie
Le programme de lutte contre la toxicomanie à l'intention des délinquantes, actuellement en préparation, se veut un modèle de programme multidimensionnel axé sur les besoins des délinquantes. Il comprendra un volet de sensibilisation et de motivation pour toutes les délinquantes, un module central de traitement répondant aux besoins en matière de traitement et d'apprentissage cognitif destiné principalement aux délinquantes ayant des problèmes de toxicomanie classés de moyens à graves, et un programme de suivi qui débutera en établissement et se poursuivra dans la collectivité. Ce programme de suivi, qui sera offert à l'ensemble de la population, se fonde sur des principes de prévention des rechutes. Le modèle s'intéresse aussi à l'environnement et combine diverses avenues pour favoriser le concept de la « constitution d'une communauté ». Le modèle proposé sous-tend une étroite collaboration avec les services de santé et le module central de traitement peut s'il y a lieu faire appel aux services du psychologue (renvoi ou consultation).

Entraide des détenues
Le programme d'entraide des détenues constitue un volet du continuum de soins de santé mentale. Ce programme assure aux délinquantes qui en font la demande des services de soutien à court terme, de l'information et le renvoi à des services plus spécialisés. Les services d'entraide peuvent compléter les capacités de counselling de l'établissement dans les situations suivantes :

  • lorsqu'une détenue se montre réticente à l'égard des interventions des membres du personnel;
  • dans les situations suivant une crise;
  • lorsque les conseillers professionnels ne sont pas disponibles, p. ex. en soirée ou durant les week-ends.

Au cours de l'année 2000, la Direction générale de la recherche a évalué le programme d'entraide des détenues dans les établissements où ce programme était disponible. Dans la foulée de cette évaluation, la Direction générale a recommandé d'élaborer des lignes directrices nationales pour ce programme. Ces lignes directrices ont été finalisées au cours des premiers mois de 2002. Les guides du programme ont également été révisés pour y ajouter, entre autres, un volet sur le deuil et la perte.

8. Services communautaires

Les délinquantes aux prises avec des problèmes de santé mentale devraient être mises en contact avec les services communautaires afin de s'assurer qu'elles ne perdent pas les acquis obtenus lorsqu'elles se retrouveront dans la collectivité et, ainsi, de réduire les risques de récidive.

Les services peuvent comporter l'établissement de liens avec les organismes communautaires compétents tels que les organismes de soins de santé mentale, les logements supervisés, les services d'emploi, l'aide sociale, les programmes d'éducation, les services de traitement de la toxicomanie, les communautés et services autochtones.

Dans la plupart des cas, le type et le nombre des services communautaires offerts peuvent varier, compte tenu de la taille des établissements. Un employé du programme de réinsertion sociale devrait être nommé pour surveiller et coordonner les contacts entre les détenues ayant des besoins en matière de santé mentale et la collectivité. Les stratégies visant à amener la collectivité à collaborer à la réinsertion sociale des détenues doivent être constamment adaptées.


2 Pour les femmes incarcérées, la préférence semble aller aux groupes appliquant des méthodes à caractère psychoéducatif, à savoir qui permettent d'établir des liens sur le plan psychologique d'une façon éducative par opposition à celles qui sondent les traumatismes individuels.

3 Le groupe d'aide aux victimes de traumatismes et d'actes de violence constitue un des principaux programmes offerts dans les établissements pour femmes. Le contexte et la prestation sont à caractère psychoéducatif. Il figure dans la présente énumération parce que ce groupe peut favoriser grandement le bien-être mental des délinquantes.

4 Certaines recherches laissent entendre qu'il peut être préférable de ne pas engager un traitement thérapeutique intensif pour des problèmes comme des agressions sexuelles subies au cours de la période de détention. Un tel traitement est également contre-indiqué pour les femmes ne possédant pas encore la capacité de se maîtriser ou d'autres aptitudes qui permettent de faire face aux souvenirs qui remontent à la surface et aux nouveaux problèmes.