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Programmes pour les délinquantes

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La zoothérapie dans les établissements correctionnels

LES ASPECTS THÉRAPEUTIQUES DE LA ZOOTHÉRAPIE DANS UN ÉTABLISSEMENT

B. Interviews - Lexington Correctional Center

Cet établissement à sécurité moyenne compte 800 détenus. Une vingtaine participent actuellement au programme, pour lequel il y a une liste d'attente sans cesse croissante. Le programme The Friends for Folks est extrêmement populaire à cet établissement et même les personnes qui n'y participent pas sont très enthousiasmées par celui-ci. Le but du programme est de dresser des chiens qui assureront une assistance aux personnes âgées et aux personnes handicapées. Les chiens dressés sont ensuite confiés à des personnes âgées et des foyers de soins infirmiers. Les détenus ont dressé certains chiens à ramasser des articles que peuvent avoir laissé tomber des personnes en fauteuil roulant et d'autres, à alerter les malentendants à la sonnerie du téléphone ou de la porte. La présence des animaux a d'une manière générale suscité une plus grande communication parmi les détenus et contribué à détendre l'atmosphère dans l'établissement.

Nous avons interviewé pour ce projet le coordonnateur du programme Friends For Folks, le sergent Jack Cottrell, et trois détenus qui participent au programme; ces personnes ont toutes fait une contribution précieuse. Les détenus se sont montrés très ouverts et enthousiastes pendant l'interview. L'annexe II renferme une liste des questions qui leur ont été posées.

James

James, qui purge deux peines à perpétuité, participe au programme depuis six ans. Il a décidé de participer parce qu'il n'avait « rien à faire », et il a maintenant l'impression de ne pas perdre son temps. Il lui a fallu attendre un an avant que sa demande ne soit acceptée. Les cours donnés dans le cadre du programme lui ont permis d'acquérir les techniques de toilettage de chiens et des connaissances en santé canine. Il a même approfondi ses connaissances du toilettage et du dressage des chiens grâce à ses propres lectures, et il communique ses connaissances aux autres. Son succès dans ce programme l'a incité à achever sa formation générale et à suivre des cours par correspondance au niveau collégial. Bref, son succès dans ce programme et l'accroissement de sa confiance en soi l'ont incité à viser d'autres buts.

Le programme a également eu des répercussions sur le plan affectif. Avec son chien, James a l'impression de pouvoir exprimer ses sentiments plus souvent sans craindre que les autres y voient un signe de faiblesse. Avant sa participation au programme, il avait l'impression de n'avoir rien à perdre. Étant donné qu'une bonne conduite est une condition préalable à la participation au programme, on a constaté une différence tangible dans la façon dont il maîtrise sa colère. Maintenant, lorsqu'il est frustré, il se calme pour réfléchir et mettre de l'ordre dans ses pensées étant donné qu'une mauvaise réaction pourrait compromettre sa participation au programme. Le changement le plus important que James a constaté en lui-même depuis qu'il a commencé le programme est sa capacité de communiquer. Auparavant, il préférait être seul, mais maintenant, avec l'aide de son chien, il se sent plus à l'aise dans ses rapports avec les autres détenus.

Stephen

Stephen est le compagnon de cellule de James. Il purge actuellement une peine à perpétuité commuée. Il a expliqué l'incidence profonde que le programme a eue sur lui. Il se rend maintenant compte qu'il n'est pas le centre de l'univers, qu'il doit tenir compte des autres. Auparavant, il consommait beaucoup de drogues et il est convaincu que, si ce n'était des chiens, il serait mort. Il a aussi une bonne raison de ne pas consommer de drogues : si jamais on en trouvait en sa possession, il serait exclu du programme. Selon lui, celui-ci lui a permis d'améliorer sa capacité de régler des problèmes et ses rapports avec le personnel. Il partageait aussi l'avis de James quant au fait que les animaux constituaient un moyen sûr d'exprimer ses émotions d'une manière saine, et il a maintenant une vue plus positive de la vie puisqu'il a une raison de vivre. Avant de participer au programme, sa vie gravitait autour des drogues et de l'alcool. Grâce au programme, il a appris à être responsable de lui-même et des autres. Il ne peut pas changer son passé et la vie qu'il a vécue, mais il dresse maintenant des chiens pour aider les autres; il essaie de contribuer du mieux qu'il peut à la société. À l'achèvement du programme, les détenus reçoivent un certificat qui ne constitue toutefois pas l'équivalent d'un certificat de toiletteur accrédité. Stephen croit également que le soin et le dressage d'autres animaux, comme des chevaux et des oiseaux, peuvent avoir les mêmes effets thérapeutiques et professionnels que le travail avec des chiens.

Stephen a expliqué que durant les séances de dressage, on récompense les chiens non pas avec des friandises mais plutôt avec des signes d'affection. Il affirme que son chien est maintenant sa grande priorité et qu'il est désormais d'humeur plus égale à cause de son travail avec son chien. Stephen a fait écho à l'opinion générale selon laquelle il est extrêmement difficile de se séparer des animaux après les avoir dressés. Il a toutefois ajouté qu'il était bon que les propriétaires gardent le contact en écrivant quelquefois des lettres.

Darryl

Darryl purge une peine de 250 ans. Il estime que l'expérience que lui a donnée le programme est dans son intérêt et dans celui des autres. D'après lui, le processus de dressage des chiens est « calmant ». Darryl a dit qu'avant de participer au programme, il était constamment bouleversé et contrarié à cause de la solitude qu'il ressentait et de la colère que suscitaient en lui ses erreurs passées. À son avis, le programme lui a permis d'exprimer de façon constructive les émotions négatives qu'il avait emmagasinées. Darryl ne pouvait trop insister sur l'incidence marquée que ce programme avait eue sur lui. Il a expliqué qu'il avait maintenant hâte de se réveiller le matin et de vivre. Le programme a été pour lui une leçon de respect, à savoir qu'il faut traiter les autres, y compris les chiens, de la manière dont on veut être traité. Il communique même davantage avec le personnel.

Darryl a ajouté que l'unité à laquelle il appartient est d'une « classe supérieure » à cause de sa participation au programme. Seulement 20 des 160 détenus qui en font partie participent directement au programme, mais celui-ci se répercute sur l'ensemble de l'unité. Tous les détenus veulent voir les chiens, les flatter ou jouer ou se promener avec eux. Darryl a ajouté que les chiens l'avaient aidé à surmonter l'obstacle de l'origine raciale dans ses communications avec les détenus et qu'il comptait maintenant des amis de différentes cultures. Il a parlé avec enthousiasme de la possibilité de travailler avec d'autres types d'animaux, notamment des animaux de ferme. Les animaux, a-t-il affirmé « sont l'état le plus proche de la liberté ».

Sergent Cottrell

Le sergent Cottrell a également fait part de ses vues sur le programme Friends For Folks. Avant sa participation au programme, il a dressé des chiens policiers à participer à des fouilles pour trouver des preuves et des narcotiques sur les lieux d'un crime. Malgré sa longue expérience des animaux, il avait des doutes quant à l'utilité de programmes de zoothérapie pour des détenus. Il a depuis changé d'idée après avoir constaté les avantages énormes que le programme procurait aux détenus, au personnel, à la collectivité et aux animaux, étant donné que les animaux employés pour le programme ne sont pas désirés et auraient probablement été mis à mort. Maintenant, ils peuvent jouer un rôle utile en tant que chiens de service auprès de certains membres de la collectivité (p. ex., personnes âgées, personnes handicapées, malentendants). Le sergent Cottrell a constaté que les détenus étaient d'humeur plus égale et s'entendaient mieux avec le personnel.