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Programmes pour les délinquantes

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Rapport sur les cas d'automutilation à la Prison des femmes de Kingston

Introduction

    Le présent rapport s'appuie sur une étude visant à orienter l'élaboration d'un programme thérapeutique à l'intention des détenues de la Prison des femmes de Kingston qui s'infligent volontairement des blessures. Une étude préliminaire (février 1989) m'a permis de constater que ma définition de la gamme des comportements reliés à l'automutilation et de la dynamique en cause concorde avec ce que vivent les personnes mises en contact avec le phénomène dans le cadre de leur travail au sein du système carcéral. Le modèle dont je m'inspire s'appuie sur le critère selon lequel l'automutilation est une stratégie d'adaptation se manifestant suite aux mauvais traitements subis durant l'enfance (généralement d'ordre sexuel). L'enfant victime d'agressions sexuelles trouve le plus souvent la résignation dans un sentiment de culpabilité. En se culpabilisant, la victime peut s'imaginer exercer un certain contrôle sur une situation où elle n'a pas le pouvoir d'agir; elle se dit que puisqu'elle est responsable de ce qui lui arrive, alors elle peut aussi y mettre un terme. Les agressions sexuelles répétées auxquelles s'ajoute ce sentiment de culpabilité constant créent chez la victime une attitude fataliste. Le fait de croire que le malheur doit nécessairement se produire à des moments précis donne lieu à une forme extrême d'anxiété. S'infliger volontairement des blessures, c'est vouloir exercer un contrôle sur l'intensité de la douleur que l'on croit devoir inévitablement subir, et sur le moment où elle doit survenir. Dès que la douleur intervient (en se tailladant par exemple), l'anxiété diminue. Ainsi, dans la mesure où l'automutilation entraîne une diminution de l'anxiété, elle constitue un comportement adaptatif et imaginatif (voir la figure 1 où ce processus apparaît sous une forme schématique).

    Dans l'étude préliminaire de février 1989 portant sur l'automutilation, j'ai désigné l'intervention dans les cas d'automutilation, la réduction du nombre de cas d'automutilation et la détermination du comportement suicidaire, comme étant les principales questions devant être traitées. À cette fin, l'étude s'est ainsi déroulée :

  • On a interviewé des détenues afin de mieux comprendre les aspects expérientiels du phénomène de l'automutilation dans le contexte carcéral.

Figure 1. L'automutilation comme stratégie d'adaptation

MAUVAIS TRAITEMENTS

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La dynamique des mauvais traitements (d'ordre sexuel) subis durant l'enfance porte la victime à se culpabiliser, ce qui est un moyen de se convaincre qu'elle exerce un certain contrôle sur une situation où elle n'a pas le pouvoir d'agir. Cela découle en grande partie des sentiments ambivalents que la victime éprouve à l'endroit de l'agresseur (un personnage-clé), dont les menaces sont faites soit de façon manifeste, soit de façon voilée.

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MAUVAIS TRAITEMENTS RÉPÉTÉS

 

L'effet cumulatif des agressions (sexuelles) répétées durant l'enfance et le sentiment de culpabilité qui en résulte incitent la victime à croire que le malheur est inévitable.
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La conviction que le malheur est inévitable donne lieu, à des moments précis, à une extrême anxiété se manifestant parfois par de la torpeur ou de  l'engourdissement.

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S'infliger volontairement des blessures, c'est vouloir exercer un contrôle sur l'intensité et le moment de la douleur que l'on croit devoir inévitablement subir.

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S'infliger volontairement des blessures, c'est vouloir exercer un contrôle sur l'intensité et le moment de la douleur que l'on croit devoir inévitablement subir.

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En faisant appel à la douleur (par ex. en se tailladant) l'anxiété s'atténue

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Dans la mesure où l'automutilation entraîne une diminution de l'anxiété, elle constitue un comportement adaptatif et imaginatif.

 

  • En tout, 45 détenues ont été interviewées. À cause de la barrière des langues, l'information tirée de l'une des entrevues n'a pas été incluse.
  • Le personnel chargé de la sécurité (agents de correction) a été interviewé afin d'évaluer les questions et les préoccupations ayant directement trait à l'automutilation chez les détenues. Au total, 41 membres du personnel de sécurité ont été interviewés. Trois autres personnes ont refusé de l'être.
  • Des interviews ont été menées auprès de groupes de personnes concernées en vue de déterminer la stratégie la plus efficace pour dresser un cadre de mise en œuvre des mesures recommandées. Dans ces groupes on retrouvait du personnel du service de psychologie, des services de santé et du Centre régional de traitement. Les discussions avec ces personnes ont porté sur la mise en œuvre et l'exécution du programme et sur les besoins de formation.

 

    Les questions posées au cours des entrevues visaient à recueillir de l'information ayant trait à l'élaboration de lignes de conduite pour chacun des trois secteurs désignés (soit l'intervention dans les cas d'automutilation, la réduction du nombre de cas d'automutilation et la détermination du comportement suicidaire).

    Le rapport comprend six parties. La première partie consiste en un examen de l'ampleur du problème de l'automutilation à la Prison des femmes de Kingston. L'examen de la question se fait à partir des réponses des détenues et du personnel de sécurité et renferme des données sur les hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation dans l'établissement. Dans la deuxième partie on décrit la façon actuelle d'intervenir dans les cas d'automutilation, puis on fait état des réactions des détenues et du personnel de sécurité face à ce protocole. La troisième partie du rapport met l'accent sur la réduction du nombre de cas d'automutilation. D'abord on y présente des données sur la proportion du nombre de détenues ayant été victimes d'agressions sexuelles durant l'enfance, ensuite, on analyse les facteurs qui engendrent l'automutilation. La quatrième partie porte sur la détermination du comportement suicidaire. Les conclusions de l'étude figurent dans la cinquième partie du rapport qui se termine à la sixième partie où l'on suggère une orientation pour ce qui reste de la période contractuelle.

    Le rapport est parsemé de recommandations pratiques. Elles ont été conçues de manière à refléter l'esprit de l'énoncé de Mission du Service correctionnel du Canada (février 1989). Trois valeurs fondamentales particulièrement pertinentes de l'énoncé de Mission ont orienté les recommandations :

Valeur fondamentale 1 : Nous respectons la dignité des individus, les droits de tous les membres de la société et le potentiel de croissance personnelle et de développement des êtres humains.

Valeur fondamentale 2 : Nous reconnaissons que le délinquant a le potentiel de vivre en tant que citoyen respectueux des lois.

Valeur fondamentale 3 : Nous estimons que le personnel du Service constitue sa force et sa ressource principale dans la réalisation de ses objectifs, et nous croyons que la qualité des rapports humains est la pierre angulaire de sa Mission (p. 4).

    Chaque fois que c'est possible, je désigne la façon dont une recommandation donnée rend opérationnels les principes directeurs ou les objectifs stratégiques des valeurs fondamentales.