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Programmes pour les délinquantes

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Rapport sur les cas d'automutilation à la Prison des femmes de Kingston

Partie 1 : Ampleur du problème

1.1 Réponses des détenues

    Sur les 44 détenues interviewées, 26 (59 p. 100) ont révélé s'infliger volontairement des blessures ou l'avoir déjà fait. Vingt-quatre (92 p. 100) parmi celles-ci ont dit s'être tailladées. Bon nombre d'entre elles ont indiqué s'être volontairement heurté la tête ou infligé des brûlures, avoir jeûné et ou s'être scarifié la peau en plus de se taillader. Les autres, soit 8 p. 100, ont déclaré s'être surtout infligé volontairement des blessures en se heurtant la tête violemment.

    À partir de ces données, il est difficile de déterminer l'ampleur exacte du problème d'automutilation à la Prison des femmes de Kingston. Les réponses obtenues lors des entrevues et le nombre de femmes arborant des cicatrices sur le corps indiquent qu'une large proportion de la population de cet établissement s'inflige volontairement des blessures à un moment ou à un autre. Ce ne sont cependant pas toutes ces femmes (60 p. 100) qui le font régulièrement. En outre, certaines des répondantes (16 p. 100) ont dit ne pas l'avoir fait récemment. C'est peut-être que ces dernières ont surmonté les problèmes qui les poussaient à recourir à cette pratique, et que par conséquent il ne faut plus les inclure dans les données sur l'automutilation. Par contre, en septembre et en octobre de cette année, on a noté des cas de femmes s'étant tailladées alors qu'elles ne l'avaient pas fait depuis des années. Ces incidents se sont produits durant une période où le climat était particulièrement tendu dans l'établissement. On peut en déduire que même si une femme trouve d'autres solutions que l'automutilation, dans les situations de grande tension et sans les traitements voulus, il est toujours possible qu'elle y ait à nouveau recours. Cet argument plaide en faveur de l'inclusion de ces répondantes dans les données sur l'automutilation. Peu importe que l'on détermine l'ampleur du phénomène selon le nombre de cas qui surviennent durant une période de temps défini, ou suivant le nombre de cas latents, il est évident que le problème de l'automutilation touche un grand nombre de détenues à un moment ou à un autre durant leur incarcération. Il est intéressant de noter que la totalité des détenues ont appuyé le programme sur l'automutilation, qu'elles s'y adonnent ou non.

 

1.2 Réponses du personnel chargé de la sécurité

    Chez les agents de correction, les opinions divergent grandement sur l'ampleur du problème dans l'établissement. Selon certains d'entre eux, de 2 à 3 p. 100 seulement de la population de l'établissement y ont recours. D'autres fixent ce taux à 70 p. 100. La moyenne s'établit à 18 p. 100 (DS = 16, 8 p. 100). L'écart s'explique en grande partie par les façons différentes de définir l'automutilation. Pour certains agents de correction, les cicatrices sont un indice d'automutilation, alors que pour d'autres, seules les femmes y ayant eu recours récemment entrent dans la statistique. En outre, quelques agents de correction déterminent s'il s'agit ou non de cas d'automutilation selon la gravité des blessures. De cette façon, seules les blessures profondes sont considérées comme étant de l'automutilation. On juge ainsi que les blessures plus superficielles indiquent un comportement manipulateur ou un moyen d'attirer l'attention.

    Aucune corrélation n'a pu être établie entre la durée de l'emploi à la Prison des femmes et l'estimation de la fréquence des cas d'automutilation. Aucun lien n'a pu être établi non plus entre les réactions face à l'automutilation et la fréquence estimée de ces cas.

    Il est important de noter l'écart entre le nombre de cas d'automutilation déclarés par les détenues et le nombre de cas rapportés par de nombreux membres du personnel de la sécurité. Il est possible, dans certains cas, que des détenues faisant état de blessures auto-infligées aient eu ce comportement avant leur venue à la Prison des femmes de Kingston. Cela explique assurément quelques-uns des écarts. De plus, un certain nombre de femmes qui s'infligent intentionnellement des blessures ne le déclarent pas par crainte d'être placées en isolement. Les détenues parlent alors de taillades discrètes. Ainsi, certains cas d'automutilation ne font l'objet d'aucune enquête officielle. Enfin, les détenues affirment que la gravité des blessures importe peu dans la définition du comportement. Il se peut donc que les façons différentes de définir le phénomène expliquent en partie les écarts entre le nombre de cas déclarés par les détenues et le nombre de cas estimés par plusieurs agents de correction.

 

1.3 Hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation

    Lors de mes visites à la Prison des femmes en février, un certain nombre de personnes ont mentionné qu'il semblait se produire des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation durant certaines périodes. Les détenues et les agents de correction ont été interrogés afin de connaître leur avis sur les raisons de cette situation.

1.3.1 Réponses des détenues au sujet des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation

        Cinquante pour cent des détenues ont déclaré que le climat de tension au sein de l'établissement en était la cause. Les changements aux politiques, l'attitude de certains agents de correction et les mesures punitives imposées collectivement ont été cités le plus souvent comme étant des causes de tension. Dix-sept pour cent des répondantes ont affirmé que lorsque survient un cas d'automutilation, cela augmente leur propre douleur et par le fait même la possibilité qu'elles en fassent autant. Une détenue a résumé ces sentiments de la façon suivante :

En prison, les amitiés sont plus fortes. Lorsque quelqu'un vous tenant à cœur se taillade, cela vous touche profondément parce que vous vivez les mêmes problèmes que cette personne. Si c'est votre amie qui s'inflige pareilles blessures, sa détresse vous bouleverse. Donc, en plus de vos propres problèmes vous devez subir la douleur de votre amie et c'est insupportable.

    Quatorze pour cent des détenues ont dit ne pas savoir ce qui engendrait des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation. Les autres réponses ne révélaient rien de particulier. Ainsi, la plupart des détenues ont désigné des facteurs conjoncturels pour expliquer ces hausses soudaines.

 

1.3.2 Réponses du personnel de la sécurité au sujet des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation

    Trente pour cent des agents de correction ont désigné le climat de tension dans l'établissement comme étant la cause des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation. Ces réponses rejoignent celles des détenues selon lesquelles les changements aux politiques, l'attitude de certains agents de correction et les mesures punitives imposées collectivement sont les causes du climat de tension. Quinze pour cent des agents de correction ont désigné la drogue comme étant un facteur déterminant des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation. Un autre 15 p. 100 ont exprimé l'avis que la pression qu'exerce l'intervention indésirable des pairs en est la cause. Dix pour cent des agents de correction ont fait état d'un phénomène de « réaction en chaîne » accompagnant l'automutilation. Parmi les autres motifs évoqués dans les réponses, il y a la colère (7,5 p. 100) et la solidarité (7,5 p. 100). Les autres réponses n'ont rien révélé de particulier. Même si un bon nombre des membres du personnel de la sécurité ont soutenu que des facteurs conjoncturels entrent en ligne de compte en ce qui a trait à l'automutilation, la majorité d'entre eux ont exprimé l'avis qu'il s'agissait de problèmes d'ordre personnel (drogues, imitation du comportement d'une autre, colère) ou de difficultés reliées aux rapports interpersonnels (intervention indésirable et pression des pairs, solidarité).