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Programmes pour les délinquantes

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Rapport sur les cas d'automutilation à la Prison des femmes de Kingston

Partie 5 : Conclusion

    La présente étude permet surtout de constater dans quelle mesure les questions ayant trait à la sécurité supplantent celles reliées à la santé mentale. En ce qui concerne les cas d'automutilation et de comportement suicidaire, ils demeurent, dans une large part, la responsabilité des agents de correction. À cause de cette situation, ce personnel qui n'a pas reçu la formation voulue pour traiter des questions de santé mentale, subit un stress excessif. À ce jour, les principales préoccupations ont trait aux aspects touchant la sécurité et l'administration par rapport à la question des traitements.

    Il faut que l'établissement entreprenne d'utiliser les ressources à sa disposition. Bon nombre des recommandations du présent rapport ont été énoncées depuis longtemps par les deux psychologues et par le personnel des services de santé de l'établissement. Si ces voix sont restées sans écho, c'est que depuis toujours on opte pour une attitude réactionnelle plutôt que préventive face aux problèmes de santé mentale. Jusqu'ici on a surtout fait appel aux psychologues pour désamorcer les situations « explosives » et négligé de les faire participer à la formulation des politiques. Il faut mettre un terme à cette façon d'agir. Il importe de reconnaître que chaque politique peut avoir une incidence sur le bien-être émotionnel des détenues et que pour cette raison, il faut accorder aux psychologues un pouvoir égal sinon supérieur à celui des responsables de la sécurité dans le processus d'établissement des politiques. L'apport des services de psychologie pourrait permettre d'éviter un grand nombre des problèmes qui surgissent chaque fois qu'une nouvelle politique est mise en œuvre.

    Ensuite, il faut porter une attention particulière au nombre atterrant de détenues qui ont subi des mauvais traitements durant l'enfance. Le système carcéral s'occupe de femmes qui, alors qu'elles étaient enfants, ont été privées du droit fondamental de disposer de leur propre corps. Bien des méthodes qui ont cours dans l'établissement font en sorte que ces femmes éprouvent ces mêmes sentiments d'abandon et d'impuissance. Une telle situation est déjà pénible pour les personnes n'ayant pas subi ces agressions; pour celles qui en ont été victimes, la résurgence de ces sentiments d'impuissance de leur enfance est insoutenable. Sans une transformation du système, une fois libérées ces femmes seront des victimes à double titre. On ne peut logiquement s'attendre à ce qu'elles puissent atteindre leur plein potentiel dans la société après ce qu'elles ont vécu. II faut de plus se rendre compte que les recommandations contenues dans le présent rapport sont des mesures provisoires. Il faudra éventuellement prendre des dispositions afin que les détenues qui ont subi des agressions durant l'enfance soient logées dans des locaux destinés spécialement à leur fournir des traitements. En attendant, toutes les mesures prises ne sont que des palliatifs.

    Le traitement des questions reliées à la santé mentale exige en bout de ligne de modifier la répartition du personnel. L'énoncé de Mission reconnaît que si l'on aide les délinquants à se développer sur les plans personnel et social, cela accroît leur potentiel pour devenir des citoyens respectueux des lois (p. 10). Cet objectif ne peut être atteint qu'en s'assurant que les personnes que les détenues côtoient quotidiennement ont la formation voulue pour les aider à s'épanouir. L'ajout de travailleurs sociaux au personnel de sécurité offrirait aux détenues des occasions d'interactions positives tout en atténuant le stress que subissent présentement les agents de correction lorsqu'ils ont à assumer le rôle du travailleur social. De même, plusieurs des recommandations du présent rapport portent sur le recours au personnel des services de santé. Comme la mise en œuvre des recommandations doit entraîner une participation accrue de ces services, il faut aussi prévoir l'ajout de personnel infirmier.

    La mise en œuvre des recommandations proposées aura pour effet de réduire le nombre de situations qui exacerbent chez les détenues les sentiments d'impuissance et de manque de maîtrise de leur propre personne, ce qui, par le fait même, réduira le nombre de cas d'automutilation. La proposition voulant que l'on considère l'automutilation comme un problème relevant des domaines de la psychologie et de la santé plutôt que de ceux de la sécurité et de l'administration, vise aussi à réduire le nombre de ces cas. En confiant la détenue aux services de psychologie et de santé plutôt que de la placer en isolement, on lui fournit des occasions systématiques de traverser des périodes difficiles sur le plan affectif dans un climat positif en compagnie de la (des) personne(s) la (les) plus apte(s) à répondre à ses besoins particuliers. La possibilité pour la détenue d'obtenir le soutien immédiat de ses pairs, du personnel infirmier et des psychologues se présente comme une autre solution que l'automutilation pour surmonter ses difficultés. J'ai pu constater d'expérience que lorsqu'une femme qui a recours à l'automutilation se voit offrir d'autres moyens pour atténuer l'anxiété et surmonter les sentiments de détresse et d'impuissance, elle choisit la solution la plus saine. Je crois donc que les changements proposés peuvent permettre de réduire le nombre de celles qui ont ce comportement.

    L'automutilation est la manifestation d'une détresse due à des agressions sexuelles subies durant l'enfance. Elle révèle au Service correctionnel qu'une forte proportion de la population carcérale sous sa responsabilité a connu cette souffrance psychologique. L'énoncé de Mission traduit l'évolution d'une attitude désormais orientée vers la réadaptation plutôt que vers l'aspect punitif. Pour y arriver, il faut tenir compte des répercussions de facteurs tels que les agressions subies durant l'enfance, autant comme éléments intervenant à l'étape où une femme entre dans le système carcéral, que comme points essentiels dont il faut se préoccuper pour s'assurer qu'une fois libérée, elle ne sera pas à nouveau incarcérée. Ce n'est que lorsque la ligne de pensée inspirant l'énoncé de Mission se traduira dans la pratique, que les délinquants pourront donner un sens à la peine qu'ils purgent et vivre l'épreuve dans la dignité (p. 7).