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Programmes pour les délinquantes

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Mise en œuvre de choix aux établissements régionaux : Propositions de programmes pour les délinquantes ayant des besoins spéciaux

Résumé et liste des recommandations

Dans des rapports récents portant sur les femmes purgeant une peine fédérale (Laishes, 1997; Rivera, 1996; Whitehall, 1995), on souligne sans cesse l'importance de créer des programmes spéciaux et des options résidentielles dans les établissements régionaux pour les femmes qui ont des besoins spéciaux dans le domaine de la santé mentale. Il est nécessaire d'offrir d'autres programmes à ces femmes pour qu'elles puissent fonctionner avec succès dans l'environnement le moins restrictif possible, plutôt que d'avoir à rester dans des établissements à niveau de sécurité maximale. Le but de la présente étude consiste à examiner les besoins des femmes qui requièrent des options résidentielles et des programmes spéciaux et à formuler des recommandations et des propositions de programmes précises pour faciliter leur hébergement en toute sécurité dans les établissements correctionnels à niveau de sécurité moyenne ou minimale.

La recherche s'est limitée aux régions de l'Atlantique et de l'Ontario, car il a été constaté dès le début de l'étude que c'est dans ces deux régions que l'on trouve le plus grand nombre de femmes ayant des besoins spéciaux qui pourraient être hébergées dans des établissements régionaux, si des programmes spéciaux y étaient instaurés. Les modèles de programme recommandés pourraient être adoptés dans d'autres établissements régionaux. Dans le cadre de la recherche, on a examiné des ouvrages et des dossiers de détenues et on a mené de nombreuses entrevues avec des détenues, des intervenant(e)s dans la communauté et des membres du personnel à différents niveaux organisationnels à l'établissement Nova, à l'Unité des femmes à l'établissement de Springhill, à l'établissement Grand Valley et à la Prison des femmes à Kingston.

I. Leçons tirées des expériences du passé

On peut tirer un certain nombre de leçons importantes d'une étude de l'expérience acquise au cours des deux dernières années concernant la gestion des femmes ayant des besoins spéciaux au sein de pénitenciers dans les régions de l'Atlantique et de l'Ontario, leçons qu'il y a lieu d'intégrer aux propositions de nouveaux programmes :

1. Besoins divers et incompatibles : Les femmes « ayant des besoins spéciaux » souffrent de différentes constellations ou combinaisons de problèmes distincts pour lesquels il faut prévoir des approches distinctes au chapitre des programmes. Les femmes qui ont des besoins très variés peuvent être incompatibles dans des environnements à plus faible sécurité, ce qui peut entraîner des situations explosives.

2. Les problèmes dans les relations représentent un aspect de première importance : Ces femmes ont des relations instables et extrêmement émotionnelles, ce qui rend la gestion de gros groupes très difficile, voire dangereuse. Il faut satisfaire à leurs besoins au moyen d'interactions individuelles ou en les plaçant dans de petits groupes, et il faut s'assurer notamment qu'on peut séparer ces femmes les unes des autres.

3. Programmes d'apprentissage individuels et intensifs : Ces femmes ont des tendances comportementales qui sont enracinées et qui datent de longtemps, et toute évolution de ces tendances est très lente et doit se faire au moyen de programmes et d'exercices adaptés de façon individuelle à leurs modes d'apprentissage et à leurs forces.

4. Personnel « sur les lieux » offrant un soutien uniforme : Les expériences ont été les plus positives lorsque des employées se trouvaient régulièrement en présence des femmes dans leurs unités et pouvaient établir des relations qui leur profitaient. Ces femmes ont de la difficulté à établir de solides relations avec les employées, si ces dernières ne sont pas présentes et qu'il faut aller les trouver.

5. Création d'une équipe multidisciplinaire ayant des connaissances spécialisées dans le domaine de la santé mentale : Étant donné la complexité de leurs problèmes, il est extrêmement difficile et fatigant pour les employées d'intervenir auprès de ces femmes. Le personnel doit posséder tout un éventail de connaissances spécialisées et les employées ont besoin d'adopter une approche axée sur le travail d'équipe pour pouvoir offrir un soutien efficace les unes auprès des autres et aux femmes individuelles. Il est essentiel de posséder de telles connaissances dans le domaine de la santé mentale ainsi que de l'expérience dans le secteur correctionnel, et les employées ont constamment besoin d'être formées et de recevoir du soutien. Il est essentiel que les employées communiquent efficacement entre elles car sinon les femmes individuelles monteront les employées les unes contre les autres.

6. Il est nécessaire d'adopter un mandat distinct et reconnu pour les programmes dans le contexte plus général de l'établissement : Il est nécessaire d'établir, pour les programmes spécialisés, une structure et un contexte particuliers, qui prévoient des procédures qui s'écartent de celles appliquées à l'échelle de l'établissement. Il faut reconnaître et accepter cette nécessité dès le début.

7. Il est nécessaire d'adopter des options de gestion du comportement qui permettent la mise à l'écart thérapeutique des détenues (séances de silence thérapeutique) : Les femmes qui possèdent des connaissances cognitives limitées ou qui passent à l'acte à cause de troubles affectifs extrêmes ont souvent besoin d'un court séjour ou d'une période passée à l'écart dans un contexte thérapeutique similaire aux options offertes dans un établissement psychiatrique, plutôt que d'être placées formellement en isolement.

8. Les installations doivent être conçues en fonction des besoins liés aux programmes : La conception des installations doit être adaptée aux besoins des femmes et refléter la structure des programmes. La conception doit également être souple, puisque les programmes et les besoins évolueront probablement avec le temps.

9. Il faut prendre des mesures en réponse à la stigmatisation des détenues et à la création de stéréotypes: Les détenues qui participent à des programmes spéciaux seront inévitablement victimes de stigmatisation et il faut prendre des mesures précises pour reconnaître et réduire ce phénomène.

II. Principes et procédures de programmes spécialisés de santé mentale

Les programmes spécialisés de santé mentale, y compris les propositions de programmes décrites dans le présent rapport, doivent être structurés et administrés en conformité avec la Stratégie en matière de santé mentale pour les délinquantes (Laishes, 1997). Les principes clés de la stratégie sont le bien-être, l'accès, l'orientation axée sur la femme, la participation des clientes et l'application des mesures les moins restrictives. La Stratégie en matière de santé mentale précise un certain nombre d'autres éléments/principes essentiels pour la prestation des services de santé mentale qui sont particulièrement pertinents dans le contexte de ces propositions : structure et environnement uniformes, intégration et communication efficaces de l'information, établissement de liens avec d'autres services et avec la communauté et formation et éducation de qualité des employées.

III. Identification des femmes ayant des constellations précises de besoins spéciaux

Les délinquantes qui sont incarcérées actuellement dans les établissements à sécurité maximale et qui pourraient être hébergées dans les établissements régionaux à condition qu'on y affecte des ressources additionnelles et différentes devant servir à leur offrir des programmes peuvent être distinguées les unes des autres d'après les constellations des besoins qui les caractérisent. D'une part, il y a les femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et, de l'autre, celles qui ont des besoins causés par de la détresse affective. Il se peut qu'un troisième groupe de femmes incarcérées actuellement dans des environnements à sécurité maximale aient besoin de programmes intensifs pour les aider à changer des attitudes et des comportements antisociaux, mais lorsqu'elles sont prêtes à en bénéficier, elles peuvent participer aux programmes réguliers offerts aux établissements régionaux. Les efforts visant à mettre ensemble des femmes appartenant à ces différents groupes se sont avérés peu appropriés et ont créé des situations explosives.

Il y a lieu d'appliquer deux modèles de programme distincts : un modèle de programme de réadaptation psychosociale (RPS) pour les femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et un modèle de thérapie comportementale dialectique (TCD) pour les femmes qui ont des besoins causés par de la détresse affective et qui ont de graves problèmes comportementaux. Il y a peu de femmes ayant ces besoins qui souffrent d'épisodes aigus d'une grave maladie mentale. Si les nouveaux modèles de programme recommandés dans le présent document sont mis en _uvre, les ressources et les établissements actuels devraient pouvoir satisfaire aux besoins de ces délinquantes.

IV. Modèle de programme de réadaptation psychosociale (RPS) pour les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives

Du point de vue conceptuel, la réadaptation psychosociale trouve son origine dans l'incapacité du système de santé mentale d'aider les clients souffrant de déficiences à surmonter la perturbation psychosociale causée par une grave maladie mentale ou affective, de graves problèmes comportementaux et les méthodes de traitement traditionnelles de ceux-ci (c'est-à-dire l'hospitalisation et l'administration de médicaments, Nel, 1994). Les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives incarcérées dans les pénitenciers fédéraux ont certaines caractéristiques communes, ont des antécédents semblables et ont toutes passé des périodes de leur vie en établissement. Leur réintégration à la communauté est entravée par

    · les restrictions auxquelles elles font face sur le plan des ressources, des compétences et du soutien,

    · leur isolement et leurs sentiments de désespoir causés par l'hospitalisation/incarcération,

    · leurs schèmes comportementaux déviants acquis durant la période d'hospitalisation,

    · la perte des possibilités d'apprentissage et de soutien dans la communauté causée par leur hospitalisation.

Les années 1980 ont vu la combinaison de trois modèles de programmation appliqués dans le domaine de la réadaptation psychosociale ayant donné lieu à une méthode de traitement efficace dont le but est de faciliter le rétablissement de ces personnes : (1) la « réadaptation psychiatrique » (Anthony, Cohen et Farkas, 1990), (2) le « modèle Clubhouse » (Beard, Propst et Malamud, 1982) et (3) l'« affirmation de soi en société » (Stein et Test, 1986). L'intervention RPS a évoluée et s'est étendue pour devenir aujourd'hui l'approche conceptuelle la plus courante appliquée en Amérique du Nord pour aider les personnes souffrant de graves déficiences et troubles affectifs. L'approche de réadaptation psychosociale du rétablissement a été adoptée en réponse (1) aux expériences et aux exigences des clients demandant à participer au traitement et à bénéficier d'une plus grande autodétermination dans ce contexte, (2) à la reconnaissance que des valeurs fondamentales comme l'espoir, la prise en charge de soi et la détermination sont des éléments essentiels au rétablissement et (3) à l'importance que revêtent l'acquisition de compétences précises et la création de soutiens environnementaux spécifiques en tant que moyens de surmonter les déficiences et de permettre aux personnes d'assumer des rôles sociaux normaux et à fonctionner normalement dans la communauté. On trouve ci-dessous un aperçu des questions précises dont il est essentiel de tenir compte dans l'élaboration d'un programme de réadaptation psychosociale efficace, ainsi que des recommandations précises concernant la mise en _uvre d'un tel programme.

Approche conceptuelle de réadaptation psychosociale : L'approche axée sur la réadaptation psychosociale est le modèle de programmation le plus approprié, voire le plus efficace, pour les femmes qui ont des lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives, car il leur permet d'être hébergées dans l'environnement le moins restrictif au sein d'un établissement régional. Cette approche doit être adaptée au milieu pénitentiaire régional par des employées formées dans l'application de l'approche axée sur la réadaptation psychosociale. Un nombre disproportionné de femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et cognitives incarcérées dans des pénitenciers canadiens sont originaires de la région de l'Atlantique du Canada.

    Recommandation 1 : Mettre en _uvre l'approche axée sur la réadaptation psychosociale pour les délinquantes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives par l'adoption d'un modèle de programme précis adapté aux établissements régionaux et incluant les éléments pertinents de l'approche de réadaptation psychiatrique, du modèle « clubhouse » et de l'approche « affirmation de soi en société ». Ce modèle doit tenir compte des forces et des limitations des femmes qui ont cette constellation de besoins et comporter un but précis et une série d'objectifs. Le modèle de réadaptation psychosociale devrait être mis sur pied initialement sous forme d'un projet pilote à l'établissement Nova à Truro, en Nouvelle-Écosse.

Critères d'admission et processus d'évaluation : Il est essentiel, pour assurer le succès du programme, d'établir des correspondances entre les besoins des détenues et les buts et la structure du programme. En plaçant ensemble des détenues incompatibles, on compromettra et mettra sérieusement en danger l'efficacité du programme. Il s'agit d'un problème particulièrement important étant donné les pressions opérationnelles qui sont exercées pour qu'on affecte au programme des femmes qui n'y conviennent pas simplement à cause de la nécessité de les assujettir à des degrés plus élevés de surveillance.

    Recommandation 2 : Il est nécessaire d'instituer un processus en vertu duquel les candidates au programme sont évaluées officiellement et par écrit par une équipe multidisciplinaire qui, pour ce faire, doit se fonder sur un certain nombre de critères : consentement donné par la délinquante, classement au niveau de sécurité moyenne ou minimale, nombre considérable de lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et besoin de surveillance de la part du personnel. Par ailleurs, il y a lieu d'élaborer une description de programme officielle et approuvée comportant de clairs critères d'admission en vertu desquels il appartient au personnel à l'établissement régional de prendre les décisions définitives concernant les admissions.

Planification individuelle dans le cadre du programme : Les techniques de planification de la réadaptation psychosociale incluent plusieurs approches traditionnelles de planification dans le domaine de la santé mentale telles que la nécessité d'évaluer soigneusement les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et la nécessité de leur offrir une formation structurée visant à leur enseigner des compétences. Ces techniques diffèrent des approches traditionnelles sur plusieurs points : l'établissement d'un but précède l'enseignement des compétences, l'accent est mis sur le besoin de surmonter les obstacles afin que l'individu s'engage à changer, on adopte des valeurs fondamentales explicites et les techniques appliquées sont centrées tout particulièrement sur la cliente.

    Recommandation 3 : Les programmes individuels destinés aux femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives devraient reposer sur le processus de réadaptation psychosociale, dans le cadre duquel des praticiennes faisant partie du personnel et sachant comment appliquer l'approche établissent des partenariats avec les délinquantes sur une base individuelle. Pour faciliter ce processus, il est nécessaire de créer, entre les délinquantes, des relations de soutien mutuel et de faire appel à un petit nombre d'employées qui demeure constant.

Caractéristiques du milieu d'habitation : Il est important de placer les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives dans un environnement où elles font partie d'un groupe à taille restreinte qui à la fois leur offre un milieu ressemblant à un foyer conforme aux normes de la communauté et assure leur protection au cas où certaines d'entre elles passeraient à l'acte. Il est nécessaire d'obtenir les points de vue du personnel et des délinquantes pour établir un juste équilibre entre les différents critères de conception de ce milieu d'habitation.

Recommandation 4 : Concevoir et construire un duplex comportant deux modules pouvant accueillir jusqu'à quatre femmes de chaque côté à l'établissement régional, en se fondant sur la structure et les critères proposés comme point de départ de la planification. Au moment de la conception de ce duplex, les architectes doivent tenir compte des connaissances spécialisées des employées et des opinions de délinquantes appropriées. Il faut engager une coordonnatrice de programme le plus rapidement possible, afin qu'elle puisse faciliter la participation du personnel et des délinquantes à la conception de ce milieu d'habitation. Un comité constitué de l'architecte principal, du constructeur, de la directrice de l'établissement et de la coordonnatrice du programme RPS prendra les décisions finales concernant toutes les phases du processus de conception et de construction du duplex.

Attentes au chapitre des activités quotidiennes et enseignement des compétences : Le milieu d'habitation est un important contexte dans lequel ces femmes peuvent faire l'apprentissage de compétences fondamentales et assumer des responsabilités pratiques, mais il sera nécessaire pour les employées de leur offrir une aide et un soutien à cette fin. Le processus d'apprentissage fournit les meilleurs résultats lorsqu'il est structuré et se fait délibérément dans le cadre de l'exécution de tâches de la vie quotidienne et lorsque la communication continuelle de rétroaction en fait partie intégrante. Les problèmes sur le plan des communications interpersonnelles seront constants et représenteront un précieux véhicule pour l'apprentissage des compétences de résolution des problèmes.

Recommandation 5 : Les employées devraient planifier la formation sur les compétences de sorte à profiter des activités quotidiennes qui sont accomplies dans le cadre de la vie quotidienne courante pour enseigner ces compétences. Il faut aussi voir les communications et les relations interpersonnelles comme des occasions d'enseigner des compétences sociales. Les plans d'action relatifs à l'enseignement des compétences devraient reposer sur le plan de réadaptation psychosociale. Il y a lieu de tenir des réunions structurées quotidiennement pour faciliter la gestion des tâches quotidiennes, les interactions et l'exécution des responsabilités à la maison.

Le travail, l'apprentissage, les programmes de loisir et les compétences : Typiquement, ces femmes craignent les nouvelles situations d'apprentissage étant donné les échecs qu'elles ont essuyés dans des situations de groupe. D'un autre côté, elles apprécient souvent des tâches valables, structurées et pratiques qui leur permettent d'obtenir de la rétroaction positive et grâce auxquelles leurs efforts sont reconnus. Elles ont des dispositions particulières pour l'art et la musique.

    Recommandation 6 : La définition d'activités précises à accomplir individuellement ou au sein d'un petit groupe en conformité avec le plan de réadaptation psychosociale dressé pour chacune des délinquantes devrait offrir à celles-ci des possibilités de participer aux programmes réguliers, à des projets de travail et de service précis et à des activités artistiques favorisant l'expression de soi et la prise de conscience et d'acquérir un sentiment d'appartenance au milieu d'habitation. Ces programmes devraient reposer sur la philosophie « clubhouse » de sorte à favoriser la reconnaissance des délinquantes grâce au travail et aux services qu'elles accomplissent et de sorte à leur enseigner des compétences au moyen d'expériences pratiques.

Gestion du comportement dans le milieu d'habitation : Ces femmes ont des problèmes comportementaux qui remontent à loin et qui se manifesteront inévitablement et auxquels il faut réagir efficacement dans le contexte de l'équipe. Il risque d'y avoir de sérieux conflits parce que, d'une part, on met l'accent sur les choix et la prise en charge, qui représentent les éléments fondamentaux des efforts visant à donner à ces femmes de l'espoir et de la confiance en soi et à les amener à s'intéresser à leur propre vie et, de l'autre, il est nécessaire d'instaurer des programmes de gestion du comportement et de prendre des mesures qui peuvent être nécessaires en réponse aux comportements difficiles.

    Recommandation 7 : Le personnel doit établir un équilibre entre, d'une part, la nécessité de donner de l'espoir aux délinquantes et de leur permettre de se prendre en charge, aspects inhérents à la réadaptation psychosociale, et, d'autre part, le besoin de réagir aux problèmes comportementaux des délinquantes. Pour établir l'équilibre approprié, il faut adopter certaines attentes définies par le groupe hébergé dans la maison, appliquer des mesures « naturelles », organiser des réunions de l'équipe multidisciplinaire, amener le personnel à réfléchir aux valeurs et au style d'interaction et offrir un continuum d'options permettant aux délinquantes de s'isoler les unes des autres.

Silence thérapeutique : Les femmes qui ont des lacunes sur le plan cognitif peuvent perdre le contrôle de leur comportement et passer à l'acte, de sorte qu'il soit nécessaire d'intervenir et de les isoler à court terme dans un endroit verrouillable de l'extérieur et de prendre de claires mesures à leur égard, que cette intervention dure quelques minutes ou quelques heures. Cependant, l'isolement de longue durée va à l'encontre du but recherché, parce que la délinquante oublie pourquoi elle se retrouve dans cette situation et risque de se sentir encore plus désespérée et dépendante et de perdre tout espoir. Souvent, le recours à l'isolement ne convient pas aux circonstances, mais l'utilisation, pendant une courte période, d'une des options de silence thérapeutique est nécessaire si l'on veut éviter d'avoir à recourir à l'isolement.

    Recommandation 8 : La possibilité de placer les femmes en silence thérapeutique doit constituer un élément essentiel de la conception du duplex afin de permettre aux femmes d'apprendre à mieux gérer les situations stressantes et de s'isoler à un endroit sûr lorsqu'elles présentent un danger pour elles-mêmes. Il faut élaborer des procédures précises par écrit pour surveiller le recours à cette méthode, et les employées doivent suivre une formation sur son application. L'administration de médicaments peut également constituer un outil utile pour aider les femmes dans des situations stressantes, mais doit faire l'objet d'une surveillance rigoureuse et être régie par procédures écrites.

La stigmatisation par opposition au soutien et à l'enseignement assurés par les codélinquantes : Ces femmes peuvent être perçues de différentes façons par les autres délinquantes et les autres membres de la communauté carcérale. Les sentiments éprouvés à leur égard peuvent aller de dédain et de rejet à de la solidarité. Si les femmes participant au programme RPS sont gravement stigmatisées par les autres, elles refuseront de participer au programme et passeront à l'acte pour perturber son déroulement. De l'autre côté, d'autres délinquantes se sont dit prêtes à les aider et à travailler avec elles individuellement dans un contexte structuré et limité dans le temps.

    Recommandation 9 : La stigmatisation de ces délinquantes et les stéréotypes répandus à leur sujet présentent une grave menace pour le succès du programme et devraient être minimisés ou limités au moyen de mesures visant à créer un programme d'entraide des délinquantes, à éduquer les autres délinquantes, à encourager un sentiment d'appartenance parmi les femmes placées dans la maison, à respecter les critères d'admission et à assurer l'intégration des délinquantes aux programmes réguliers.

Établissement de liens en vue de la réinsertion sociale : Le processus de mise en liberté que l'on trouve actuellement dans le système correctionnel est peu efficace dans le cas des femmes ayant des lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives, du fait qu'il ne permet pas de maintenir des relations constantes pour les femmes une fois qu'elles retournent à la communauté. Il faut adopter un processus en vertu duquel on exige et assure l'établissement de plans individualisés, prévoyant notamment l'éducation des membres des réseaux de soutien dans la communauté.

    Recommandation 10 : Il faut créer un modèle de rechange pour la mise en liberté en vertu duquel une agente de réinsertion sociale établit de solides relations avec les délinquantes individuelles à l'établissement et puis se sert de ces relations pour faire le lien avec le milieu assorti des appuis nécessaires dans lequel ces délinquantes se retrouveront par la suite dans la communauté. Il faut prévoir suffisamment de fonds pour rendre possible ce processus de réinsertion sociale dans la communauté. L'agente de réinsertion sociale doit travailler à partir de l'établissement afin de pouvoir établir, avec les délinquantes individuelles, les solides relations essentielles à la réussite des efforts faits dans cette optique.

Effectifs, qualifications et rôles : Pour que le programme soit efficace, il faut faire appel à des employées très compétentes et profondément convaincues. Elles doivent s'engager à la fois à intervenir auprès de femmes difficiles et à appliquer le modèle de programme RPS. Bien que l'affectation d'employées à un programme destiné à ces femmes ayant des besoins particuliers dans le domaine de la santé mentale coûte cher, l'affectation d'un nombre insuffisant d'employées ou d'employées mal formées aboutira à un échec. Le niveau de dotation recommandé est inférieur à celui dans un établissement à niveau de sécurité maximale où ces femmes seraient incarcérées autrement.

    Recommandation 11 : Il est essentiel d'affecter au programme des employées qui possèdent de solides compétences interpersonnelles et de solides valeurs, tout en veillant à sélectionner des personnes qui possèdent de l'expertise et des perspectives variées dans des domaines différents. Le programme fournira les meilleurs résultats si l'on crée une petite équipe multidisciplinaire dont les membres peuvent s'entraider et assurer une intervention uniforme auprès de ces femmes. La composition fondamentale de l'équipe devrait être comme suit : une coordonnatrice de programme et une agente de réinsertion sociale, deux intervenantes RPS affectées aux quarts de jour et de soir, une employée de sécurité la nuit et une psychologue, une thérapeute occupationnelle et une consultante chargée de l'évaluation du programme travaillant toutes les trois à temps partiel. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter d'avoir recours à des intervenantes RPS à temps partiel, car leur présence intermittente rendra la communication et la coordination plus difficiles. Les employées affectées aux quarts de nuit devraient accomplir uniquement des fonctions de sécurité et de supervision.

Formation, soutien et communication parmi les effectifs : Une bonne formation et un solide soutien assurés au personnel sont essentiels si l'on veut assurer le succès du programme et pouvoir attirer et garder un personnel compétent.

    Recommandation 12 : Le personnel de base doit participer à un programme de formation de huit semaines comprenant six semaines de formation sur la réadaptation psychosociale, une semaine de formation sur l'approche « clubhouse » et l'approche « affirmation de soi en société » et une semaine consacrée à la constitution de l'équipe, à la planification et à l'évaluation du programme et à l'étude de sujets précis dans le domaine de la santé mentale. Il y a lieu d'offrir un court programme de formation aux employées auxiliaires. Il faut prendre un engagement permanent et prévoir les ressources nécessaires pour que les membres du personnel communiquent entre eux et bénéficient du soutien nécessaire.

Évaluation du programme : L'évaluation du programme est essentielle pour améliorer le programme et pour en rendre compte.

    Recommandation 13 : Soit un membre de l'équipe ayant des connaissances spécialisées dans le domaine de l'évaluation, soit un(e) consultant(e) de l'extérieur devrait concevoir et mener l'évaluation du programme, tout en consultant l'équipe d'intervention et les délinquantes.

Obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace : Les problèmes suivants pourraient constituer de graves obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace et doivent par conséquent être reconnus et faire l'objet de mesures stratégiques visant à les éliminer dès le début : Incapacité à recruter ou à garder un personnel hautement qualifié, conflits avec les politiques et exigences s'appliquant à l'échelle du pénitencier, incapacité de l'équipe d'intervention et des membres de la direction à l'établissement de contrôler les décisions en matière de planification, transition rapide et peu efficace des femmes individuelles qui sont transférées d'établissements à niveau de sécurité maximale.

    Recommandation 14 : Il faut adopter des stratégies précises dès le début afin d'éviter ces obstacles.

V. Thérapie comportementale dialectique et   programmation pour les femmes qui souffrent de détresse affective

La thérapie comportementale dialectique représente l'une des principales approches d'intervention auprès de femmes ayant des troubles de la personnalité limitrophe en Amérique du Nord dont l'efficacité a été confirmée par des recherches cliniques consistant à effectuer des essais comparatifs (voir Linehan, 1993). La majorité des femmes qui souffrent d'une grande détresse affective souffrent d'une combinaison de problèmes caractérisés par un comportement autodestructeur, quasi-suicidaire ou suicidaire, un « dérèglement » affectif, de graves problèmes interpersonnels, une perception de soi instable et faible et des distorsions et des troubles cognitifs. Le modèle TCD a été appliqué dans des contextes légistes et semblent l'approche la plus prometteuse parmi les approches existantes d'intervention auprès de ces femmes. Un nombre disproportionné de femmes souffrant de ce genre de problèmes se trouvent en Ontario. Par conséquent, il est proposé que l'on se serve de ce modèle comme fondement d'un programme de traitement structuré et pour la création d'un milieu d'habitation à l'établissement Grand Valley à Kitchener, en Ontario. Ce programme 1) desservirait des femmes se trouvant déjà à l'établissement Grand Valley qui ne peuvent s'adapter à l'existence dans les maisons ordinaires parce qu'elles souffrent de détresse affective et de graves problèmes comportementaux et 2) permettrait à certaines femmes incarcérées actuellement dans les établissements à niveau de sécurité maximale de recevoir les services nécessaires dans des installations régionales.

Avant de passer à la description du modèle de programme TCD, il convient de noter qu'il reste un petit groupe de femmes souffrant de détresse affective (quatre personnes à l'heure actuelle) qui souffrent des symptômes aigus d'une grave maladie mentale et qui ne pourraient participer à un programme TCD. En supposant que de nouvelles ressources soient crées pour les programmes TCD et RPS, les ressources affectées actuellement au domaine de la santé mentale sont suffisantes pour desservir le petit nombre de femmes souffrant d'une grave maladie mentale, sauf que les connaissances en psychiatrie laissent fortement à désirer parmi les infirmières aux établissements régionaux.

    Recommandation 15 : Les nouvelles infirmières recrutées aux établissements régionaux devraient être obligées d'avoir suivi une formation ou de posséder de l'expérience en psychiatrie. Les infirmières qui y travaillent actuellement devraient se voir offrir un programme poussé de formation sur place ayant pour but d'améliorer leurs connaissances spécialisées appropriées dans les domaines de la santé mentale et de la toxicomanie afin d'être mieux en mesure d'intervenir auprès des délinquantes. Il serait utile de faire appel aux infirmières psychiatriques que l'on trouve actuellement à la Prison des femmes pour qu'elles aident à définir le programme de formation.

Base conceptuelle de la thérapie comportementale dialectique : L'approche TCD et l'intervention auprès de ces femmes reposent sur trois traditions philosophiques et thérapeutiques : Approches cognitives-comportementales, (2) approches humanistes des relations, et (3) théorie dialectique . D'après Linehan (1993), l'approche TCD repose sur huit principes essentiels (valeurs fondamentales). Elle souligne la nécessité pour les praticiens et praticiennes d'appliquer continuellement une approche donnant espoir aux femmes et d'éviter de blâmer celles-ci pour leur comportement et problèmes. Il est important également de faire en sorte que la délinquante accepte et prenne l'engagement de réduire les comportements qui lui font du tort et d'essayer de bâtir un meilleur avenir, même si elles ne peuvent pas s'imaginer que leurs efforts seront couronnés de succès.

Dans le cadre de la TCD, on définit une hiérarchie d'objectifs de changement comportemental réparties en trois phases de traitement, en vertu desquels on passe d'objectifs à priorité élevée à des objectifs à priorité réduite à mesure que les femmes ont davantage le contrôle de leurs comportements. Cette hiérarchie d'objectifs comportementaux fournit une liste des priorités sur lesquelles il faut se concentrer dans le cadre du programme de traitement, même s'il y a des distinctions à établir quant aux buts auxquels accorder la priorité pour chacune des composantes du traitement. Un avantage particulier de cette approche est que l'on met l'accent sur des priorités comportementales sur lesquelles on s'entend, puisque typiquement, ces femmes ont constamment des crises qui font qu'il est très facile aussi bien pour le personnel que pour les délinquantes de perdre de vue les priorités au chapitre du traitement.

    Recommandation 16 : Mettre en _uvre l'approche de thérapie comportementale dialectique pour les délinquantes souffrant de détresse affective et ayant de graves problèmes comportementaux à l'établissement Grand Valley à Kitchener, en Ontario, par l'adoption d'un modèle de programme précis adapté aux établissements régionaux. Ce modèle doit tenir compte des forces et des limitations des femmes qui ont cette constellation de besoins et comporter un but précis et une série d'objectifs. Étant donné les ressources cliniques limitées que l'on trouve actuellement à l'établissement Grand Valley et les exigences élevées auxquelles doivent satisfaire les ressources qui y sont disponibles actuellement, il est recommandé que des employées supérieures de la Prison des femmes qui connaissent les approches TCD agissent comme expertes-conseils auprès de l'établissement Grand Valley pour aider à mettre sur pied le programme TCD.

Critères d'admission et processus d'évaluation : Il est essentiel, pour assurer le succès du programme, d'établir des correspondances entre les besoins des détenues et les buts et la structure du programme. En plaçant ensemble des détenues incompatibles, on compromettra et mettra sérieusement en danger l'efficacité du programme. Il s'agit d'un problème particulièrement important étant donné les pressions opérationnelles qui sont exercées pour qu'on affecte au programme des femmes qui n'y conviennent pas simplement à cause de la nécessité de les assujettir à des degrés plus élevés de surveillance.

    Recommandation 17 : Il y a lieu d'établir un processus d'évaluation multidisciplinaire officiel comportant des critères d'admission pour évaluer les demandes d'admission au programme et pour s'assurer que les femmes qui y sont admises y consentent, sont classées au niveau de sécurité moyenne ou minimale, ont de grands besoins au chapitre de l'adaptation, de la communication et de la résolution des problèmes et ont besoin de surveillance de la part du personnel. Il faut élaborer une description de programme officielle et approuvée qui comporte des critères d'admission clairs exigeant que les employées à l'établissement régional prennent la décision finale quant aux admissions.

Composantes du traitement TCD : Le programme TCD est composé de quatre composantes reliées entre elles, dont la coordination globale doit être assurée avec efficacité par une équipe multidisciplinaire.

    Recommandation 18 : La mise en _uvre des différentes composantes du programme TCD, à savoir le counseling et l'encadrement individuels, la formation en groupe portant sur les compétences, les réunions quotidiennes et la consultation officieuse du personnel, doit être coordonnée par une équipe multidisciplinaire ayant suivi une formation particulière portant sur la façon d'appliquer l'approche. Le programme TCD devrait être accessible également pour un nombre limité de femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective qui peuvent fonctionner dans des maisons ordinaires en bénéficiant du soutien supplémentaire prévu en vertu du programme.

Caractéristiques du milieu d'habitation : Il est important de placer les femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective et de graves problèmes comportementaux dans un environnement où elles font partie d'un groupe à taille restreinte qui à la fois leur offre un milieu ressemblant à un foyer conforme aux normes de la communauté et assure leur protection au cas où certaines d'entre elles passeraient à l'acte. Il est nécessaire d'obtenir les points de vue du personnel et des délinquantes pour établir un juste équilibre entre les différents critères de conception de ce milieu d'habitation.

Recommandation 19 : Il faut concevoir et construire un duplex comportant deux modules pouvant accueillir jusqu'à quatre femmes de chaque côté à l'établissement régional, en se fondant sur la structure et les critères proposés comme point de départ de la planification. Au moment de la conception du duplex, les architectes doivent tenir compte des connaissances spécialisées des employées et des opinions de délinquantes appropriées. Il faut engager une coordonnatrice de programme le plus rapidement possible, afin qu'elle puisse faciliter la participation du personnel et des délinquantes à la conception de ce milieu d'habitation. Un comité constitué de l'architecte principal, du constructeur, de la directrice de l'établissement et de la coordonnatrice du programme TCD prendra les décisions finales concernant toutes les phases du processus de conception et de construction du duplex.

Attentes au chapitre des activités quotidiennes et application des compétences : Les délinquantes devraient être responsables de l'exécution de tâches quotidiennes tout comme dans les maisons ordinaires. Cependant, étant donné leur instabilité affective et les problèmes qu'elles ont dans les relations, il est probable que des difficultés se présenteront lorsqu'elles devront collaborer et accomplir des tâches ensemble. Ces difficultés représenteront de précieuses occasions d'apprentissage où les employées pourront fournir un encadrement et de l'aide aux délinquantes dans l'application des compétences fondamentales enseignées dans le cadre de la TCD pour régler des problèmes qui surviennent dans leur vie quotidienne. Les interactions officieuses entre les femmes individuelles et entre celles-ci et le personnel et les possibilités de s'adonner à des loisirs ensemble constituent d'importants moyens pour créer des relations fondées sur la confiance et pour offrir des possibilités de résoudre les problèmes et de faciliter l'adaptation par l'application de compétences fondamentales. On s'attendrait à ce que les employées affectées au milieu d'habitation participent à des interactions officieuses positives, afin de bâtir des relations sans favoriser la dépendance.

    Recommandation 20 : Les employées devraient profiter des interactions officieuses pour créer des relations fondées sur la confiance avec les femmes. Il est important de se servir des difficultés causées par des conflits dans les relations et liées aux tâches de la vie quotidienne comme des occasions pour les délinquantes d'appliquer leurs habiletés d'adaptation et de résolution des problèmes dans des situations concrètes. L'intensité de la surveillance assurée par les employées peut varier avec le temps selon le groupe précis de femmes dont il s'agit. Dans le cadre de cette surveillance, il faut établir un équilibre entre la nécessité pour les employées d'établir de solides relations avec les femmes, le besoin de veiller à la sécurité de toutes les personnes présentes et le besoin de favoriser le fonctionnement autonome des femmes.

Le travail, l'apprentissage, les programmes de loisir et les compétences : Il faut s'assurer que les détenues sont entièrement intégrées à la population carcérale générale pour ce qui est des possibilités de s'adonner à des loisirs, car il est prévu qu'elles finiront par être placées dans une maison ordinaire ou dans un milieu d'habitation dans la communauté, où elles ne bénéficieront pas de soutiens.

    Recommandation 21 : À l'exception de leur participation à des volets précis du programme TCD, les femmes logeant dans le duplex participeraient aux programmes généraux prévus dans leur plan correctionnel comme toute autre délinquante.

Gestion du comportement dans le milieu d'habitation : Ces femmes ont des problèmes comportementaux qui remontent à loin et qui se manifesteront inévitablement et auxquels il faut réagir efficacement dans le contexte de l'équipe. Il risque d'y avoir de sérieux conflits parce que, d'une part, on met l'accent sur la prise en charge par les individus de leur comportement par l'application des compétences TCD, qui représente l'élément fondamental des efforts visant à donner à ces femmes de l'espoir et de la confiance en soi et à les amener à s'intéresser à leur propre vie et, de l'autre, il est nécessaire d'instaurer des programmes de gestion du comportement et de prendre des mesures qui, d'après les employées, sont nécessaires en réponse aux comportements difficiles.

Recommandation 22 : Le personnel doit établir un équilibre entre, d'une part, la nécessité de donner de l'espoir aux délinquantes et leur motivation personnelle, aspects inhérents à la thérapie comportementale dialectique, et, d'autre part, le besoin de réagir aux problèmes comportementaux des délinquantes. Pour établir l'équilibre approprié, il faut adopter certaines attentes définies par le groupe hébergé dans la maison, appliquer des mesures « naturelles », organiser des réunions de l'équipe multidisciplinaire, amener le personnel à réfléchir aux valeurs et au style d'interaction et offrir un continuum d'options permettant aux délinquantes de s'isoler les unes des autres.

Silence thérapeutique : Les femmes qui des besoins causés par de la détresse affective risquent de se faire du tort, et il se peut donc qu'il soit nécessaire de les isoler à court terme, qu'elles le demandent ou non, dans un endroit verrouillable de l'extérieur et de prendre de claires mesures à leur égard, que cette intervention dure quelques minutes ou quelques heures. Cependant, l'isolement de longue durée va à l'encontre du but recherché, parce que la délinquante oublie pourquoi elle se retrouve dans cette situation et risque de se sentir encore plus désespérée et dépendante et de perdre tout espoir. Souvent, le recours à l'isolement ne convient pas aux circonstances, mais l'utilisation, pendant une courte période, d'une des options de silence thérapeutique est nécessaire si l'on veut éviter d'avoir à recourir à l'isolement

Recommandation 23 : La possibilité de placer les femmes en silence thérapeutique doit constituer un élément essentiel de la conception du duplex afin de permettre aux femmes d'apprendre à mieux gérer les situations stressantes et de s'isoler à un endroit sûr lorsqu'elles présentent un danger pour elles-mêmes. Il faut élaborer des procédures précises par écrit pour surveiller le recours à cette méthode, et les employées doivent suivre une formation sur son application.

Établissement de liens en vue de la réinsertion sociale : Le processus de mise en liberté que l'on trouve actuellement dans le système correctionnel est peu efficace dans le cas des femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective et par de graves problèmes comportementaux, du fait qu'il ne permet pas de maintenir des relations constantes pour les femmes une fois qu'elles retournent à la communauté. Ces femmes ont besoin de relations continues pour réussir à faire la transition d'un milieu à un autre. Les progrès comportementaux réalisés dans le cadre du programme TCD seront perdus, et il y aura un plus grand risque de récidive, si l'on n'offre pas un solide soutien uniforme durant ces transitions.

Recommandation 24 : Il faut créer un modèle de rechange pour la mise en liberté en vertu duquel une agente de réinsertion sociale établit de solides relations avec les délinquantes individuelles à l'établissement et puis se sert de ces relations pour faire le lien avec le milieu assorti des appuis nécessaires dans lequel ces délinquantes se retrouveront par la suite dans la communauté. L'agente de réinsertion sociale doit travailler à partir de l'établissement afin de pouvoir établir, avec les délinquantes individuelles, les solides relations essentielles à la réussite des efforts faits dans cette optique. Il faut affecter suffisamment de fonds à ce processus de réinsertion sociale. Il faut également assurer le maintien de relations constantes avec le personnel du programme TCD, lorsque la femme déménage du duplex TCD à une maison ordinaire au sein de l'établissement.

Effectifs, qualifications et rôles : Pour que le programme soit efficace, il faut faire appel à des employées très compétentes et profondément convaincues. Elles doivent s'engager à la fois à intervenir auprès de femmes difficiles et à appliquer le modèle de programme TCD. Bien que l'affectation d'employées à un programme destiné à ces femmes ayant des besoins particuliers dans le domaine de la santé mentale coûte cher, l'affectation d'un nombre insuffisant d'employées ou d'employées mal formées aboutira à un échec. Le niveau de dotation recommandé est inférieur à celui dans un établissement à niveau de sécurité maximale où ces femmes seraient incarcérées autrement.

    Recommandation 25: Il est essentiel d'affecter au programme des employées qui possèdent de solides compétences interpersonnelles et de solides valeurs, tout en veillant à sélectionner des personnes qui possèdent de l'expertise et des perspectives variées dans des domaines différents. Le programme fournira les meilleurs résultats si l'on crée une petite équipe multidisciplinaire dont les membres peuvent s'entraider et assurer une intervention uniforme auprès de ces femmes. La composition fondamentale de l'équipe devrait être comme suit : une coordonnatrice de programme/psychologue, une intervenante TCD affectée aux quarts de jour et de soir, une deuxième psychologue, une agente de réinsertion sociale et une consultante chargée de l'évaluation du programme. S'il est nécessaire d'affecter des employées au duplex la nuit, il doit s'agir d'employées autres que les intervenantes TCD qui participent au programme et leur rôle devrait se limiter à des fonction de sécurité et de surveillance. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter d'inclure des intervenantes TCD à temps partiel à la composition fondamentale de l'équipe, car leur présence intermittente rendra la communication et la coordination plus difficiles. Il se peut qu'il soit difficile de doter le poste de coordonnatrice, et il est recommandé que les employées supérieures à la Prison des femmes, ainsi qu'un professionnel possédant de l'expertise dans le domaine de la TCD participent au processus de recrutement des employées clés.

Formation, soutien et communication parmi les effectifs : Une bonne formation et un solide soutien assurés au personnel sont essentiels si l'on veut assurer le succès du programme et pouvoir attirer et garder un personnel compétent.

Recommandation 26 : Le personnel de base doit participer à un programme de formation portant sur la TCD conçu en consultation avec des spécialistes de la TCD à l'Université de Washington, et à une formation de deux semaines consacrée à la constitution de l'équipe, à la planification et à l'évaluation du programme et à l'étude de sujets précis dans le domaine de la santé mentale. Il y a lieu d'offrir un court programme de formation aux employées auxiliaires. Il faut prendre un engagement permanent et prévoir les ressources nécessaires pour que les membres du personnel communiquent entre eux et bénéficient du soutien nécessaire, et prévoir notamment de la surveillance et un système de soutien des pairs pour les thérapeutes individuelles.

Évaluation du programme : L'évaluation du programme est essentielle pour améliorer le programme et pour en rendre compte.

Recommandation 27: Soit la psychologue, soit un(e) consultant(e) de l'extérieur devrait concevoir et mener l'évaluation du programme, tout en consultant l'équipe d'intervention et les délinquantes.

Obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace : Les problèmes suivants pourraient constituer de graves obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace et doivent par conséquent être reconnus et faire l'objet de mesures stratégiques visant à les éliminer dès le début : Incapacité à recruter ou à garder un personnel hautement qualifié, conflits avec les politiques et exigences s'appliquant à l'échelle du pénitencier, incapacité de l'équipe d'intervention et des membres de la direction à l'établissement de contrôler les décisions en matière de planification et problème de communication au sein de l'équipe et manque de soutien assuré au personnel.

    Recommandation 28 : Il faut adopter des stratégies précises dès le début afin d'éviter ces obstacles.

Conclusion

Les deux programmes proposés, à savoir le Programme de réadaptation psychosociale pour les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et le Programme de thérapie comportementale dialectique pour les femmes souffrant de détresse affective et ayant de graves problèmes comportementaux, représentent d'importantes nouvelles initiatives qui permettront de concrétiser la vision qui a été définie à l'origine dans le document La création de choix, publié par le Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale (1990). Jusqu'à ce jour, les établissements régionaux n'ont offert qu'une seule option d'hébergement aux délinquantes qui n'a pas satisfait aux besoins des femmes ayant des problèmes particuliers de santé mentale. Par conséquent, ces femmes se sont retrouvées dans des situations difficiles et souvent explosives aux établissements régionaux ou ont dû demeurer dans des établissements à niveau de sécurité maximale. Ces deux modèles de programme constituent une importante étape vers la mise en _uvre de choix aux établissements régionaux. Ces choix nécessitent plus de ressources que celles qui sont affectées actuellement aux programmes dispensés aux établissements régionaux, mais en nécessitent moins que celles affectées actuellement aux établissements à niveau de sécurité maximale. Il faut reconnaître que ces modèles seront seulement efficaces, si leur mise en _uvre est confiée à employées compétentes et si une quantité considérable de ressources y sont affectées. Les coûts seront beaucoup plus élevés si ces femmes sont obligées de rester dans les établissements à niveau de sécurité maximale ou si de graves incidents se produisent à cause d'un soutien insuffisant accordé aux établissements régionaux. À long terme, ces programmes promettent d'aider ces femmes à bien faire la transition à la communauté et, à ce titre, profiteront à la fois à elles et à la société.