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Programmes pour les délinquantes

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Mise en œuvre de choix aux établissements régionaux : Propositions de programmes pour les délinquantes ayant des besoins spéciaux

I. Expériences liées aux programmes pour les femmes ayant des besoins spéciaux

Femmes ayant des besoins spéciaux à l'établissement Nova
Questions liées au traitement et Unité pour femmes à l'établissement de Springhill
Femmes ayant des besoins spéciaux à l'établissement Grand Valley
Femmes ayant des besoins spéciaux à la Prison des femmes
Leçons dont il faut tenir compte au moment de la création de nouveaux programmes

 

Femmes ayant des besoins spéciaux à l'établissement Nova

L'établissement Nova est devenu opérationnel en décembre 1995, et il est devenu évident rapidement que certaines femmes avaient de la difficulté à s'adapter, d'un côté, aux nouvelles libertés dont elles jouissaient dans les maisons et, d'autre part, au nouveau degré de responsabilité qu'elles devaient assumer. On craignait que des incidents se produisent parmi les femmes, et il y a eu un certain nombre de passages à l'acte. Les détenues qui se trouvaient à l'établissement Nova durant cette époque ont indiqué qu'elles s'inquiétaient beaucoup des femmes qui fonctionnaient moins bien sur le plan de l'hygiène personnel, des relations interpersonnelles et des compétences psychosociales et qu'elles étaient disposées à les aider. Cependant, elles trouvaient que ce rôle d'intervention auprès des autres délinquantes était une source d'immense pression lorsqu'il fallait l'assurer vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans leur milieu d'habitation et lorsque l'intervention ou le soutien de la part des employées auprès de ces femmes aux besoins spéciaux était minime. Étant donné que les délinquantes qui aidaient ainsi les autres ont elles-mêmes de la difficulté à tolérer la frustration et le stress, il semblait inévitable qu'elles s'en prendraient aux femmes moins bien adaptées. De plus, il y avait des femmes ayant des besoins spéciaux qui demeuraient à la Prison des femmes et qui faisaient l'objet de pressions pour qu'elles soient retransférées à la région de l'Atlantique. Mais, parce qu'on a reconnu que ces femmes ne pouvaient pas vivre dans les maisons créées pour les délinquantes, on a décidé qu'elles resteraient à la Prison des femmes jusqu'au jour où une autre option résidentielle soit créée pour elles à l'établissement Nova.

À cause de cette situation, l'administration à l'établissement Nova a rapidement pris des mesures pour offrir à ces femmes une solution de rechange, et on n'a pas eu le temps de procéder à une planification préalable minutieuse, car dans certains cas, les femmes avaient des besoins immédiats. En mars 1996, on a engagé un thérapeute occupationnel pour qu'il définisse le programme et coordonne sa mise en _uvre et on a affecté des employées à contrat à une maison où les femmes ayant des besoins spéciaux ont été transférées pour que ces employées y assurent un soutien et de la supervision vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cette « maison structurée » a été maintenue jusqu'à la fin de septembre 1996, auquel moment de violents incidents qui sont survenus dans cette maison et dans l'Unité à encadrement renforcé ont causé l'élimination du programme spécial et le transfèrement des femmes impliquées à une nouvelle unité à sécurité maximale au Pénitencier de Springhill. Différents membres du personnel occupant tout un éventail de postes reconnaissent généralement qu'il y avait de graves problèmes dans cette maison durant toute la période, autres que les événements précis à l'origine des incidents - ces problèmes tombent toutefois en dehors du mandat du présent rapport.

Il est important d'examiner les problèmes qui sont survenus et les réalisations qui ont été accomplies par rapport à cette « maison structurée », car on peut en tirer des enseignements pouvant aider aux efforts actuels ayant pour but d'établir des programmes spécialisés à un établissement régional. Dans cette optique, l'auteur s'est entretenu avec deux femmes individuelles qui ont habité dans la maison, des employées engagées à contrat pour assurer le soutien, des intervenantes de première ligne à l'établissement Nova qui étaient responsables des différentes femmes et de leur plan correctionnel, la coordonnatrice de la maison et les membres de l'équipe de gestion qui s'y trouvaient à l'époque (voir l'Annexe A). Il a également examiné les documents décrivant le programme (Shimmel, 1996 et 1997).

Généralement parlant, il y avait beaucoup de conflits dans la maison, les relations étaient toujours difficiles entre les huit femmes, et les passages à l'acte étaient fréquents (Shimmel, 1997). Lorsqu'une femme semblait faire des progrès, d'autres femmes sabotaient ses efforts. La culture de la Prison des femmes était omniprésente en ce sens que « les personnes qui essayaient d'apporter des changements positifs dans leur vie étaient narguées, traitées d'indicatrices ou menacées pour qu'elles se conforment aux autres détenues, qui les accusaient de ne pas respecter `l'ancien' code, en vertu duquel elles maintenaient les rapports de confrontation `nous contre eux' avec les employées » (Shimmel, 1997, p. 3). À cause des situations de crise qui se suivaient sans cesse, il était très difficile pour les employées de disposer du temps et de l'espace nécessaires pour planifier ou instaurer un nouveau programme, puisque la maison était déjà opérationnelle. En dépit de ces circonstances très difficiles, des activités et des programmes ont été élaborés avec le temps : les difficultés interpersonnelles ont été utilisées comme occasions pour les femmes d'apprendre à résoudre les problèmes, on a procédé à des évaluations fonctionnelles, on a adopté des horaires pour les activités quotidiennes et on s'est servi des travaux ménagers pour enseigner des compétences psychosociales. Dans certains domaines de compétence, on a constaté des progrès chez des femmes en particulier (Shimmel, 1997).

Il y a un clair consensus, parmi toutes les personnes interrogées, pour ce qui est des éléments clés ayant contribué ou nui au fonctionnement de la maison structurée. Les différents aspects ayant posé des problèmes et les secteurs où l'on a obtenu des résultats sont décrits ci-après. Lorsqu'on étudie et analyse les difficultés, il faut mettre l'accent sur les leçons constructives que l'on peut tirer de cette expérience pour l'avenir. L'auteur a constamment eu l'impression qu'aussi bien le personnel administratif que le personnel chargé de l'exécution des tâches ont fait leur possible pour surmonter des difficultés systémiques, qui les obligeaient à prendre des dispositions d'urgence pour s'occuper des femmes ayant de besoins spéciaux dont il n'était aucunement question dans la vision et le plan original, tels qu'exposés dans le document La création de choix.

Secteurs à problèmes

(1) Les types de femmes placées ensemble. Tout le monde avec qui on s'est entretenu a souligné que la principale cause des problèmes était la présence à la maison de femmes très différentes ayant de la difficulté à s'entendre. Il s'agit du principal aspect souligné par la coordonnatrice lorsqu'elle a parlé de son expérience. En particulier, il y avait une grande variété de difficultés, de besoins et d'incompatibilités parmi ces femmes ayant des besoins spéciaux. On a groupé ces délinquantes en trois catégories, comportant chacune des problèmes particuliers. Certaines femmes étaient fort limitées sur le plan intellectuel et présentaient de graves lacunes au point de vue des compétences psychosociales, des compétences sociales élémentaires et de l'hygiène. Elles étaient évaluées comme souffrant d'une déficience mentale limite ou légère. D'autres avaient une intelligence normale, mais éprouvaient de graves problèmes de santé mentale et souffraient de troubles émotionnels extrêmes, avaient un comportement autodestructeur persistant, souffraient de dissociation, avaient de fausses perceptions de soi-même et des autres, etc. Finalement, on trouvait, dans cette maison, des femmes qui y avaient été placées parce qu'elles intimidaient et manipulaient leurs codélinquantes dans les maisons ordinaires et parce qu'elles étaient considérées comme des risques de sécurité qui nécessitaient une surveillance plus étroite. Le respect du « code des détenues » était extrêmement important pour ces femmes. Le regroupement de ces femmes dans un petit milieu a créé une « spirale comportementale» négative. Les femmes fonctionnant moins bien ont réagi aux graves troubles affectifs des femmes souffrant de problèmes de santé mentale en passant aux actes par l'adoption de comportements autodestructeurs similaires. Les femmes souffrant de graves troubles affectifs se faisaient intimider ou taquiner par d'autres et explosaient. Les femmes appliquant le code de la Prison des femmes réagissaient par des sentiments de colère et un comportement agressif vis-à-vis des employées qui essayaient de les aider et de s'impliquer, le personnel n'avait pas eu la formation requise, et la maison n'était pas aménagée pour permettre la prise de mesures de sécurité efficaces. Généralement parlant, la maison structurée constituait le seul milieu d'habitation surveillé existant et, par conséquent, le critère d'admission que l'on a fini par appliquer était qu'il fallait avoir besoin de surveillance, plutôt que la nécessité pour les délinquantes d'être hébergées dans un milieu résidentiel particulier ou de participer à un programme particulier.

Le personnel reconnaissait ces difficultés à l'époque et veut absolument éviter que ce genre de femmes soient de nouveau placées ensemble. Les employées à contrat et les intervenantes de première ligne trouvent qu'elles ont dépensé d'énormes quantités d'énergie et ont fait de gros efforts pour être bienveillantes au-delà de ce qu'on attend normalement de titulaires occupant le type de poste qu'elles occupaient, pour intervenir auprès des femmes placées dans cette installation résidentielle. Lorsque les incidents violents se sont finalement produits, les employées hiérarchiques avaient l'impression qu'on les blâmait pour la façon dont elles s'étaient occupées des incidents alors qu'elles estimaient qu'on aurait dû reconnaître le fait qu'elles les avaient empêchés pendant très longtemps, étant donné le type de délinquantes placées ensemble et la situation explosive qui régnait dans la maison. Quelle que soit la nature des événements précis à l'origine des incidents et les différents points de vue s'y rapportant, il subsiste, parmi certaines employées, de profonds sentiments de rancune qui refont surface lorsqu'on leur soumet une nouvelle proposition relative au traitement de ces femmes. Ces employées expliquent que philosophiquement et professionnellement, elles sont prêtes à s'occuper des femmes ayant des besoins spéciaux à l'établissement régional, mais elles sont d'avis qu'il n'y a pas assez de ressources pour s'en occuper et qu'à cause de contraintes opérationnelles, on placera de nouveau ensemble des femmes incompatibles.

(2). Nombre relativement élevé de délinquantes et problèmes dans les relations. Une deuxième série de difficultés reliée à la première était attribuable au grand nombre de femmes hébergées dans la maison, au manque de compétences interpersonnelles chez ces femmes et à des problèmes dans les relations entre celles-ci. C'était surtout les femmes qui fonctionnaient moins bien qui souffraient constamment d'instabilité dans leurs relations. Les alliances changeaient sans cesse, deux femmes se disputaient et refusaient de se fréquenter une semaine et, la semaine d'après, étaient les plus grandes amies. Les conflits et les alliances avaient préséance sur tous les autres aspects et compliquaient énormément le travail des employées lorsqu'elles essayaient d'enseigner des compétences pratiques aux femmes. Les membres du personnel dans le domaine correctionnel qui ont travaillé aussi bien avec des femmes qu'avec des hommes signalent tous que les femmes s'intéressent beaucoup plus aux relations interpersonnelles et qu'elles y accordent une plus grande priorité. Cela a eu pour effet de créer de graves problèmes au sein d'un groupe de six à huit délinquantes, qui souffraient de lacunes particulières au niveau de la gestion des relations et qui avaient des interactions avec d'autres délinquantes dans un environnement restreint où elles ne pouvaient s'isoler les unes les autres. Même si le personnel a essayé de se servir des conflits pour enseigner des compétences interpersonnelles et la façon de résoudre les problèmes, il s'agit là d'un processus long qui doit être soutenu, particulièrement lorsqu'on a affaire à des femmes aux capacités intellectuelles limitées. À cause de la vitesse à laquelle les conflits se déclaraient, les employées ne pouvaient intervenir assez rapidement pour tenter de les résoudre conjointement avec les délinquantes.

(3). Formation, expérience et communication parmi les employées. Parce qu'il était nécessaire que la maison surveillée soit rapidement prête à accueillir des délinquantes, il a fallu engager des employées à contrat de l'extérieur du Service correctionnel qui, généralement, n'avaient aucune expérience du domaine correctionnel et des questions liées à la sécurité. À cause des pressions venant de leur milieu de travail et leur statut en tant qu'employées engagées à contrat, il a été difficile de leur offrir une formation plus poussée une fois qu'elles ont été engagées. On les a propulsées dans un milieu particulier, où elles ont essayé de désamorcer les situations de crise alors que leur expérience était limitée et qu'elles ne possédaient pas les connaissances spécialisées clés requises dans le domaine correctionnel et de la santé mentale. De plus, on n'a pas établi de bons liens de communication avec les intervenantes de première ligne qui étaient déjà sur place et qui continuaient d'assumer la responsabilité pour les fonctions de gestion des cas et qui avaient établi de solides rapports personnels avec des délinquantes individuelles. Ainsi, une intervenante à contrat indiquait qu'il y avait peu d'occasions pour elle de communiquer ses perceptions au sujet des différentes femmes et de leurs besoins à l'équipe de gestion des cas, même si elle passait huit heures par jour avec ces femmes et que le contact de l'équipe avec celles-ci était nettement plus limité. D'un autre côté, certaines intervenantes de première ligne, ayant suivi une formation particulière et ayant de l'expérience dans le domaine des services sociaux, ont signalé qu'au moment où elles ont obtenu le poste, elles s'attendaient à offrir davantage un soutien aux femmes et à s'occuper davantage des programmes et qu'au lieu de cela, elles s'étaient retrouvées dans une situation où elles accomplissaient uniquement des fonctions de sécurité. Elles auraient aimé accomplir les tâches de soutien confiées aux intervenantes à contrat et pourtant, elles n'en ont pas eu la possibilité, étant donné la nécessité d'accomplir d'autres fonctions. Les différences dans les rôles accomplis par les intervenantes à contrat et les fonctions des intervenantes de première ligne et la variété dans les relations établies ont également amplement fourni l'occasion à des femmes individuelles de monter les membres du personnel les uns contre les autres.

(4). Mise en _uvre de programmes spéciaux dans un contexte plus étendu à l'établissement. Une autre série de problèmes a été causée par la nécessité de mettre en _uvre des programmes spécialisés et de s'écarter des procédures habituelles lorsqu'il n'y avait pas de mandat prédéfini et de justification pour l'application du programme dès le début. Les employées affectées à la maison, manquant d'expérience au sein du système correctionnel, pouvaient seulement repérer le besoin de s'écarter des pratiques régulières et présenter des requêtes à cet effet, à mesure que les problèmes se déclaraient. Puis, elles devaient attendre un certain temps pendant que les requêtes remontaient la filière administrative, où l'on s'inquiétait sérieusement des éloignements par rapport aux procédures normalisées appliquées à l'échelle de l'établissement. Ainsi, les horaires quotidiens fixés spécialement pour les femmes hébergées dans la maison irritaient les autres délinquantes à l'établissement, de qui on s'attendait qu'elles respectaient les procédures normalisées adoptées par l'établissement pour les horaires. Par ailleurs, étant donné que les femmes habitant dans la maison participaient également à des programmes réguliers et avaient des contacts avec des employées partout au sein de l'établissement, toutes les intervenantes de première ligne travaillant les quarts réguliers par rotation devaient être informées des approches et des programmes destinés tout particulièrement à ces femmes. Il s'agissait d'une procédure difficile et longue pour la coordonnatrice et les employées à contrat, rien que du point de vue du grand nombre de personnes impliquées. Finalement, la sécurité représente inévitablement une priorité sur le plan opérationnel au sein d'un établissement et était la raison pour laquelle certaines femmes étaient placées dans la maison. Toutefois, d'autres femmes hébergées dans la maison avaient d'importants besoins sur le plan affectif ou au chapitre des programmes sans nécessiter de rigoureuses mesures de sécurité, qui représentaient en fait un obstacle aux efforts visant à les aider à fonctionner de façon plus indépendante.

(5). Problèmes causés par la structure matérielle. La seule installation dont on disposait dans l'immédiat pour héberger les femmes ayant des besoins spéciaux était une maison ordinaire, qui avait été conçue dans un but différent et qui présentait par conséquent des difficultés inhérentes. Par exemple, la maison était équipée de sorte à être conforme aux normes appliquées dans la communauté et, à ce titre, incluait toute une gamme d'articles allant d'ampoules à des produits chimiques servant à l'entretien qui offraient amplement la possibilité aux délinquantes d'adopter des comportements autodestructeurs difficiles à surveiller. Les employées à contrat, particulièrement au début, étaient obligées de passer un temps considérable à compter des articles dont l'élimination aurait été conseillée dans le cadre de la conception d'une maison conçue tout spécialement pour accueillir des femmes ayant un comportement plus violent envers elles-mêmes ou envers les autres. La présence de deux étages rendait également difficile la surveillance discrète et plus intensive des femmes, et les escaliers présentaient un danger pour les femmes aux capacités intellectuelles et physiques limitées. Ces femmes avaient également besoin de plus d'espace pour s'isoler les unes des autres, mais ces maisons avaient été conçues de sorte à créer un environnement de vie communautaire.

(6). Stigmatisation et stéréotypes. Au sein de la population carcérale générale à l'établissement Nova, la maison structurée est devenue rapidement connue sous le nom de « maison des folles », à cause des problèmes comportementaux d'un type ou d'un autre qui semblaient distinguer ces résidentes des autres détenues. Les femmes aux capacités intellectuelles réduites avaient inévitablement fait l'expérience de ce genre de stigmatisation pendant de longues périodes de leur vie, mais il s'agissait d'une expérience plus nouvelle pour certaines des femmes qui s'y trouvaient pour des raisons de sécurité ou à cause de problèmes de santé mentale (du moins, pour ce qui était de l'ampleur de la stigmatisation venant des autres délinquantes). Une femme souffrant de graves problèmes de santé mentale a expliqué qu'elle a réagi à ces stéréotypes en passant à l'acte. La coordonnatrice a signalé (Shimmel, 1997) que des femmes individuelles semblaient fréquemment passer à l'acte pour qu'on les transfère ailleurs, ce que les incidents qui sont survenus en septembre 1996 ont eu pour résultat.

(7). Restrictions quant à l'élaboration d'une vision cohérente et issue d'un consensus. Étant donné que le programme a été établi d'urgence et que les femmes habitaient déjà dans la maison, il a été extrêmement difficile d'obtenir un consensus général et une vision claire pour le programme parmi les membres de l'équipe de gestion et les intervenantes de première ligne. Une proposition de programme précise a été formulée, mais on n'a pas eu le temps d'en discuter pour clarifier les idées présentées et favoriser l'adoption d'une vision commune, portant notamment sur la relation à établir entre le programme et l'établissement dans son ensemble. Par conséquent, différentes employées ont appliqué différents critères reflétant la nature de leur poste et de leurs responsabilités pour prendre les décisions relatives au programme ou au traitement dispensé aux femmes individuelles.

Forces du programme de vie structurée

En dépit de la diversité et de l'ampleur des difficultés décrites plus haut, il est important de souligner que les personnes interrogées ont aussi parlé de plusieurs forces que présentait le programme et de quelques réalisations de celui-ci. Ces éléments nous fournissent également de l'expérience utile dont nous pourrons nous servir pour bâtir les programmes de l'avenir.

1). Application d'un modèle de traitement des problèmes de santé mentale. On était d'avis que l'approche du traitement des problèmes de santé mentale consistant à créer des relations offrant un soutien aux délinquantes et à leur enseigner à résoudre les problèmes dans des situations réelles, dans un contexte axé davantage sur le traitement, avait du potentiel ou était utile pour quelques-unes des femmes, particulièrement celles qui ne possédaient pas suffisamment de compétences pratiques ou qui souffraient de graves problèmes de santé mentale. Même si les difficultés décrites plus haut ont entravé l'application de ce modèle, les employées ont acquis de l'expérience avec le temps, ce qui leur a donné de l'espoir que la situation pourrait continuer à s'améliorer. Les employées à contrat trouvaient que le temps passé à simplement « être en présence » des femmes durant les premiers mois leur avait permis d'établir des relations personnelles relativement solides avec certaines de ces femmes, et que ces relations auraient pu créer les bases qui les auraient incitées à changer et à croître. Malheureusement, la dynamique des relations et la combinaison des délinquantes qu'on trouvait dans la maison structurée étaient telles qu'elles ont souvent empêché que ces relations favorisent la croissance chez ces délinquantes.

2). Expertise dans le domaine de la santé mentale. La nomination au poste de coordonnatrice d'une thérapeute occupationnelle qui avait des antécédents dans le domaine de la santé mentale et qui offrait un soutien individuel et de la formation aux employées à contrat dans le secteur de la thérapie occupationnelle et de la santé mentale était perçue comme une excellente décision. Un certain nombre de personnes interrogées appuyaient cette approche et soulignaient qu'il est crucial d'engager des personnes qui possèdent un éventail de connaissances spécialisées dans le domaine de la santé mentale si l'on veut assurer l'efficacité d'un programme destiné aux femmes ayant des besoins spéciaux.

3). Succès remportés dans l'enseignement des compétences psychosociales. Les employées ont signalé que certaines personnes, particulièrement celles qui souffraient de lacunes sur le plan cognitif, ont acquis des compétences psychosociales précises et une certaine confiance en soi, grâce au programme sur les compétences psychosociales qui faisaient partie du programme plus général. Ce programme a été perçu comme efficace, lorsque les participantes pouvaient faire des exercices individuels qui étaient répétés ou lorsque les employées travaillaient avec de petits groupes constitués de femmes compatibles. En réalité, deux femmes qui étaient hébergées à la maison ont réussi à faire la transition à des maisons ordinaires à l'établissement Nova.

 

Questions liées au traitement et Unité pour femmes à l'établissement de Springhill

Les femmes ayant des besoins spéciaux ou classés au niveau de sécurité maximale ont été transférées de l'établissement Nova à une unité à sécurité maximale à l'établissement de Springhill, unité qui a été rééquipée d'urgence à cette fin. Les femmes y demeurent depuis, et McDonagh (1998) a récemment mené des entrevues auprès d'elles, pour savoir quelle est leur perception de leur nouveau milieu, quels sont leurs besoins et quelles sont les raisons qui les ont amenées à se retrouver dans un établissement à niveau de sécurité maximale. L'auteur a passé deux jours à cette unité où il s'est entretenu avec des membres du personnel et avec des détenues ayant des besoins spéciaux, a examiné des dossiers et a lu des rapports (Tobin, 1997). Il y a eu quelques sérieux passages à l'acte à cette unité au cours des 18 mois depuis qu'elle existe et les délinquantes, ainsi que les employées, signalent qu'elles sont extrêmement mécontentes de sa taille réduite et du manque de possibilité de participer à des programmes. Il s'agit d'une unité « en vase clos », dont les petites aires résidentielles sont collées les unes contre les autres et d'où on peut voir toutes les autres unités, et le bureau du personnel se trouve au milieu. À cause des problèmes et des incompatibilités qui persistent parmi les détenues, il est arrivé que de petits groupes aient dû être isolés les uns des autres de temps à autre. On trouve, à l'unité, des dispositifs de verrouillage qui permettent d'isoler physiquement les détenues, mais les bruits se propagent dans les autres aires et peuvent constituer des sources de provocation.

En dépit des nombreuses difficultés, certaines des femmes, particulièrement celles qui ont de graves problèmes de santé mentale ou d'importants besoins sur le plan de la sécurité, signalent maintenant que leur incarcération dans ce nouvel environnement a eu certaines conséquences positives pour elles. La petite taille de l'unité, la présence régulière et la capacité d'intervention immédiate d'un petit nombre d'employées, les relations entre les détenues et ces employées, la capacité de limiter la présence de drogues, la présence d'une structure rigoureuse, et l'isolement par rapport aux pressions exercées par une population plus nombreuse de femmes purgeant une peine fédérale ont incité certaines femmes qui venaient à l'origine de la Prison des femmes à laisser tomber le « code » et à se montrer disposées à participer aux programmes et aux efforts de réinsertion sociale. De l'autre côté, les possibilités limitées de participer à des programmes, l'environnement exigu et les mesures de sécurité rigoureuses n'ont pas aidé certaines des femmes ayant des capacités mentales réduites qui ont besoin de programmes d'enseignement de compétences de base. La gestion des conflits et des crises a fourni des idées sur ce qui pourrait être utile dans le cadre de programmes futurs et, sur ce point, la situation ressemble beaucoup à celle de l'établissement Nova.

 

Femmes ayant des besoins spéciaux à l'établissement Grand Valley

L'auteur n'a passé qu'une seule journée à l'établissement Grand Valley, l'établissement régional situé à Kitchener, en Ontario, pour y mener des entrevues et y faire des recherches. Il ne disposait donc pas de suffisamment de temps pour se faire une idée complète des problèmes et des perceptions des employées et des détenues, comme il a pu le faire pendant les nombreuses journées qu'il a passées à l'établissement Nova et à l'établissement de Springhill. La recherche effectuée s'est limitée à une longue rencontre avec l'équipe de gestion, à une rencontre avec les représentants du Comité des détenues, du Comité consultatif de citoyens et de la Société Elizabeth Fry et à un court examen des dossiers de certaines des femmes qui lui avaient été communiqués par l'équipe de gestion.

En ce qui concerne l'intervention auprès des femmes ayant des besoins spéciaux incarcérées dans leur établissement, les personnes interrogées à l'établissement Grand Valley partageaient un grand nombre des points de vue et préoccupations des employées, des membres du Conseil consultatif régional et des détenues à l'établissement Nova. On s'accordait pour dire qu'il y a certaines femmes à l'établissement Grand Valley qui ont besoin de programmes spéciaux et dont les besoins ne sont pas satisfaits, à cause d'un manque de ressources humaines, d'options en matière de programmes et d'installations. D'après l'équipe de gestion, il y a 18 femmes qui ont besoin d'appuis spécialisés et que présentent toutes sortes de problèmes : comportement autodestructeur, efforts désespérés pour se faire remarquer ou pour obtenir de la drogue, dépression et isolement, épisodes psychotiques, troubles de la personnalité limitrophe, graves problèmes sur le plan des relations personnelles, faibles capacités cognitives et lacunes au chapitre des compétences de base. Un bref examen des dossiers a corroboré les opinions exprimées par les personnes interrogées concernant la diversité et la gravité des difficultés.

Les représentantes des détenues ont indiqué sans équivoque qu'il était peu approprié et injuste que les femmes ayant des besoins spéciaux et les autres femmes soient obligées de vivre dans le même milieu. Elles aussi ont exprimé le point de vue que les délinquantes sont prêtes et disposées à aider les détenues ayant des capacités mentales plus réduites dans la limite du raisonnable, mais qu'elles étaient incapables de s'en occuper 24 heures sur 24 lorsqu'elles habitent dans la même maison. Elles trouvaient également qu'il est peu approprié pour les femmes ayant des besoins spéciaux d'être limitées à l'Unité à encadrement renforcé, où il n'y a pas suffisamment de programmes pour satisfaire à leurs besoins.

Il semble qu'en raison des ressources très limitées dans le domaine de la psychologie et de la santé mentale que l'on trouve à l'établissement Grand Valley et qu'à cause de l'adoption d'un modèle de counseling individuel en vertu duquel les détenues demandent du counseling individuel lorsqu'elles en ressentent le besoin, certaines des femmes ayant de graves problèmes font partie de la population carcérale générale et ne font l'objet que de très peu de surveillance. Souvent, les femmes qui ont de graves problèmes de santé mentale ne cherchent pas à obtenir des services de consultation externe de leur propre chef ou de façon appropriée. Il se peut qu'elles aient besoin d'un traitement multidisciplinaire dans un établissement médical où l'on s'occupe d'elles à tout le moins indirectement, peu importe leur hésitation à obtenir de l'aide, plutôt que de services de consultation externe, dans le contexte duquel les visites sont hebdomadaires et laissées à leur discrétion. Le modèle des services de consultation externe peut fonctionner tel que prévu et offrir des choix dans la majorité des cas, mais risque de ne pas satisfaire aux besoins des femmes ayant des problèmes comportementaux ou de santé mentale plus graves.

L'équipe de gestion à l'établissement Grand Valley s'est fermement engagée à essayer de maintenir les femmes ayant des besoins spéciaux à l'établissement au niveau de sécurité moyenne et de s'en occuper. Les membres de l'équipe étaient d'avis qu'il est peu approprié de transférer des femmes classées au niveau de sécurité moyenne à l'unité de sécurité maximale à la Prison des femmes, uniquement parce qu'on ne dispose pas des ressources requises pour les aider à l'établissement Grand Valley et qu'ils le feraient uniquement s'il n'y avait aucune autre possibilité sans danger pour ces femmes. Les circonstances décrites par l'équipe de gestion étaient semblables à celles que l'on trouvait à l'établissement Nova avant qu'y surviennent les incidents violents à la suite desquels les femmes aux comportements les plus extrêmes ont été transférées à l'établissement de Springhill. La principale différence entre l'établissement Nova et l'établissement Grand Valley est que l'on trouve, au sein de celui-ci, deux fois plus de cellules dans l'Unité à encadrement renforcé, où les mesures de sécurité sont plus rigoureuses et vers où ont été transférées les femmes ayant des besoins plus prononcés. Même s'il ne semble pas que cette installation soit appropriée à long terme ou constitue l'environnement le moins restrictif pour ces femmes, on y trouve les moyens de sécurité et de contrôle nécessaires pour gérer une situation difficile. Dans deux autres cas, l'établissement Grand Valley a transféré des femmes classées au niveau de sécurité moyenne et ayant des besoins prononcés à l'unité de sécurité maximale destinée aux femmes ayant des besoins spéciaux à la Prison des femmes. Ici aussi, il semble que les femmes sont incarcérées à cet endroit parce qu'il n'y a pas d'environnement moins restrictif où l'on trouve le programme et les options résidentielles qui permettent de leur offrir le soutien nécessaire en toute sécurité. Dans l'ensemble, il faut s'inquiéter de ce que le regroupement de femmes aux besoins élevés et aux comportements difficiles très différentes les unes des autres et la nécessité pour le personnel de consacrer beaucoup d'énergie aux efforts visant à éviter les situations de crise alors qu'il dispose de ressources insuffisantes risquent de créer les éléments qui, à l'établissement Nova, ont abouti à un grave incident violent.

 

Femmes ayant des besoins spéciaux à la Prison des femmes

L'auteur a passé trois jours à la Prison des femmes où il s'est entretenu avec des détenues et avec des membres du personnel, a observé des réunions de l'équipe de gestion, a examiné des dossiers et a lu des documents d'information décrivant les programmes récemment mis sur pied (Tobin, 1996 a et b; 1997 a et b). À l'origine, on avait l'intention de fermer la Prison des femmes et de transférer les délinquantes qui s'y trouvaient à une unité spéciale au Centre de traitement régional (CTR) au Pénitencier de Kingston pour hommes. Cependant, suite à une action intentée en justice par certaines des délinquantes s'opposant à ce transfèrement contre leur volonté et par la Société Elizabeth Fry, le Service correctionnel du Canada a accepté de permettre à ces délinquantes de rester à la Prison des femmes jusqu'au moment où il pourra mettre à leur disposition une autre installation sans qu'il soit nécessaire de les transférer à ce pénitencier réservé aux hommes. Par conséquent, les employées qui étaient censés travailler au CTR ont été mutées à la Prison des femmes en juin 1997. Au cours des neuf derniers mois, ces employées ont assumé la responsabilité des programmes et ont collaboré avec le personnel correctionnel qui se trouvait déjà à la Prison des femmes. Étant donné que les nouveaux employées y sont depuis peu de temps et à cause des problèmes enracinés que l'on trouve chez les femmes dont elles s'occupent, il est difficile d'évaluer les résultats des nouveaux programmes. Cependant, plusieurs membres du personnel et délinquantes pensent que le nouveau modèle a du potentiel.

Durant les entrevues et durant ses observations, l'auteur a fait les constatations suivantes :

Nombreux effectifs multidisciplinaire: On trouve, à la Prison des femmes, un grand nombre de femmes qui sont les plus difficiles à gérer au Canada, et on y a donc besoin d'un grand nombre de ressources humaines. Les importants effectifs à la Prison des femmes sont composés d'employées qui viennent d'une diversité de disciplines dans le domaine de la santé mentale : soins infirmiers psychiatriques, psychologie, techniciennes des sciences comportementales, aumônerie, médecins conseils, etc. Cette situation est frappante en ce sens que l'on ne trouve ni à l'établissement Grand Valley ni à l'établissement Nova un nombre de ressources proportionnel au nombre de femmes qui y sont incarcérées et proportionnel à la gravité de leurs difficultés. Grâce à ce nombre élevé de ressources humaines, à la Prison des femmes, on peut faire de considérables progrès dans le cadre des programmes et dans le cadre de l'intervention auprès des femmes. Des personnes ayant suivi une formation en soins psychiatriques représentent un grand atout dans un tel environnement, alors que typiquement, les infirmières qui travaillent dans les installations régionales ont seulement reçu une formation portant sur la prestation de soins physiques. En dépit de cela, elles sont toutes inévitablement appelées à s'occuper à la fois de problèmes physiques et de problèmes psychiatriques. À la Prison des femmes, il y a également des techniciennes en sciences comportementales qui apportent une contribution extrêmement précieuse au programme. Les intervenantes de première ligne affectées aux installations régionales tendent à avoir suivi une formation plus poussée dans le domaine de la santé mentale et des services sociaux que le personnel correctionnel à la Prison des femmes, ce qui pourrait compenser pour l'absence des connaissances spécialisées que possèdent les techniciennes (surtout si ces intervenantes reçoivent une formation supplémentaire). Cependant, en raison des fonctions à accomplir, les intervenantes de première ligne n'ont pas le temps de se concentrer sur les aspects du traitement comme peuvent le faire les techniciennes. Les techniciennes se chargent aussi de la prestation de programmes qui, aux installations régionales, sont confiés à des entrepreneurs individuels de la communauté.

Approche multidisciplinaire appliquée par l'équipe : Le programme repose tout particulièrement sur une approche multidisciplinaire consistant à accorder une attention particulière à la communication entre les membres des différentes disciplines et à la coordination des méthodes d'intervention appliquées à des femmes individuelles. Cette façon de procéder offre un soutien au personnel et lui permet d'obtenir des perspectives différentes, de sorte qu'une ou deux personnes ne se sentent pas entièrement responsables de l'intervention auprès des femmes ayant de graves problèmes. Les femmes ayant des besoins spéciaux font face à un ensemble complexe de problèmes, de questions et de comportements, de sorte que l'approche axée sur le travail d'équipe semble essentielle, puisqu'elle permet de prendre en considération les points de vue de différents membres du personnel pour arriver à la meilleure interprétation possible des expériences et des difficultés de ces femmes.

Programmes spécialisés et individualisés: En raison de l'approche adoptée dans le cadre des programmes et parce qu'elle dispose d'un grand nombre de ressources humaines, l'équipe peut offrir un soutien et des programmes aux femmes ayant des besoins spéciaux, d'une façon plus individualisée. Cette spécialisation semble profiter aux délinquantes, et l'on peut éviter de créer, entre les femmes, les relations incompatibles qui ont causé tant de problèmes à l'ancienne maison structurée à l'établissement Nova. La Prison des femmes est en voie de créer une autre unité dans le but de subdiviser l'unité des délinquantes ayant des besoins spéciaux, où l'on trouve actuellement onze femmes, en se basant sur son expérience de la diversité des besoins et de l'importance d'offrir des programmes différents à des groupes différents. Plus particulièrement, un groupe aura plus de liberté et fera l'objet de moins de surveillance de la part du personnel que l'autre groupe.

Importance des relations établies avec le personnel: D'après les entrevues menées par McDonagh (1998), la présence, la majorité du temps, d'agentes correctionnelles sur les lieux au sein de l'unité des délinquantes ayant des besoins spéciaux a, dans de nombreux cas, favorisé l'établissement de liens positifs entre les femmes et le personnel et a encouragé l'adoption d'attitudes prosociales parmi les femmes. McDonagh n'a pas constaté l'établissement de liens aussi solides ni les effets positifs de tels liens dans l'unité de sécurité maximale adjacente, où le personnel correctionnel n'est pas sur place. Un autre élément important contribuant à l'établissement des relations est le rôle joué par les techniciennes en sciences comportementales, du fait que ces dernières peuvent passer du temps de façon officieuse avec les femmes et leur offrir à ces occasions du soutien et des programmes qui leur profitent.

Options multiples prévoyant de l'espace personnel dans les situations tendues - Séances de silence thérapeutiques: À la Prison des femmes, on a adopté une procédure de silence thérapeutique en vertu de laquelle les femmes peuvent demander à être placées ou être placées par le personnel dans une cellule vide ou dépouillée de son contenu à l'unité pour leur propre protection, surtout lorsqu'elles ont un comportement autodestructeur. Les femmes ont relativement souvent recours à cette option, et il semble qu'elle permette de désamorcer les situations de crise et d'éviter le placement des femmes en isolement. Malheureusement, à cause de la configuration des lieux, les femmes doivent être placées dans des cellules faisant partie de l'unité et ne comportant aucun isolant contre le bruit, de sorte qu'elles continuent à entendre les propos des autres femmes dont elles ont peut-être besoin d'être éloignées. Les employées reconnaissent l'importance qu'il y a à disposer de plusieurs options lorsqu'une femme qui souffre de stress a besoin d'être isolée, pour l'amener à assumer une plus grande responsabilité pour les efforts qu'elle doit faire pour combattre ses sentiments sans passer à l'acte. Heney (1990) signalait que 97 p. 100 des femmes faisant partie d'un échantillon de femmes interrogées à la Prison des femmes et dont la majorité avaient eu des comportements autodestructeurs par le passé ont indiqué que l'isolement ne constituait pas une mesure appropriée en réponse à l'automutilation et était perçu par les femmes comme une punition.

Qualité et structure de l'environnement physique: L'environnement physique à la Prison des femmes a des formes et une apparence oppressives et restrictives qui influencent toutes les personnes qui y sont hébergées et qui y travaillent, comme on l'a signalé dans de nombreux rapports et comme on l'affirme depuis de nombreuses années (par exemple, voir le document La création de choix). Comme l'a fait observer une personne « on sent la douleur dans les murs ». On y ressent du désespoir, et l'atmosphère qui y règne contraste vivement avec celui que l'on trouve dans les établissements régionaux qui ont été conçus pour offrir un environnement contraire. Il semble que cet endroit ne convient surtout pas à des femmes qui ont des besoins spéciaux et qui n'ont pas besoin d'être d'incarcérées dans un établissement à niveau de sécurité maximale. Or, à l'heure actuelle, il n'y a pas d'options sûres et appropriées pour ces femmes dans les installations régionales. Il convient cependant de noter que, pour certaines femmes, cet environnement est leur « chez soi », où elles trouvent les seules relations qu'elles connaissent et où, pour l'instant, elles ont accès à un plus grand nombre d'options en matière de programmation. Le départ des femmes de la Prison des femmes, une fois que des programmes appropriés auront été créés ailleurs, doit se faire au cas par cas et de plein gré, avec l'aide du personnel.

 

Leçons dont il faut tenir compte au moment de la création de nouveaux programmes

On peut tirer un certain nombre de leçons importantes d'une étude de l'expérience acquise au cours des deux dernières années concernant la gestion des femmes ayant des besoins spéciaux au sein de pénitenciers dans les régions de l'Atlantique et de l'Ontario, leçons qu'il y a lieu d'intégrer aux propositions de nouveaux programmes :

1. Besoins divers et incompatibles : Les femmes « ayant des besoins spéciaux » souffrent de différentes constellations ou combinaisons de problèmes distincts pour lesquels il faut prévoir des approches distinctes au chapitre des programmes. Les femmes qui ont des besoins très variés peuvent être incompatibles dans des environnements à plus faible sécurité, ce qui peut entraîner des situations explosives.

2. Les problèmes dans les relations représentent un aspect de première importance : Ces femmes ont des relations instables et extrêmement émotionnelles, ce qui rend la gestion de gros groupes très difficile, voire dangereuse. Il faut satisfaire à leurs besoins au moyen d'interactions individuelles ou en les plaçant dans de petits groupes, et il faut s'assurer notamment qu'on peut séparer ces femmes les unes des autres.

3. Programmes d'apprentissage individuels et intensifs : Ces femmes ont des tendances comportementales qui sont enracinées et qui datent de longtemps, et toute évolution de ces tendances est très lente et doit se faire au moyen de programmes et d'exercices adaptés de façon individuelle à leurs modes d'apprentissage et à leurs forces.

4. Personnel « sur les lieux » offrant un soutien uniforme : Les expériences ont été les plus positives lorsque des employées se trouvaient régulièrement en présence des femmes dans leurs unités et pouvaient établir des relations qui leur profitaient. Ces femmes ont de la difficulté à établir de solides relations avec les employées, si ces dernières ne sont pas présentes et qu'il faut aller les trouver.

5. Création d'une équipe multidisciplinaire ayant des connaissances spécialisées dans le domaine de la santé mentale : Étant donné la complexité de leurs problèmes, il est extrêmement difficile et fatigant pour les employées d'intervenir auprès de ces femmes. Le personnel doit posséder tout un éventail de connaissances spécialisées et les employées ont besoin d'adopter une approche axée sur le travail d'équipe pour pouvoir offrir un soutien efficace les unes auprès des autres et aux femmes individuelles. Il est essentiel de posséder de telles connaissances dans le domaine de la santé mentale ainsi que de l'expérience dans le secteur correctionnel, et les employées ont constamment besoin d'être formées et de recevoir du soutien. Il est essentiel que les employées communiquent efficacement entre elles car sinon les femmes individuelles monteront les employées les unes contre les autres.

6. Il est nécessaire d'adopter un mandat distinct et reconnu pour les programmes dans le contexte plus général de l'établissement : Il est nécessaire d'établir, pour les programmes spécialisés, une structure et un contexte particuliers, qui prévoient des procédures qui s'écartent de celles appliquées à l'échelle de l'établissement. Il faut reconnaître et accepter cette nécessité dès le début.

7. Il est nécessaire d'adopter des options de gestion du comportement qui permettent la mise à l'écart thérapeutique des détenues (séances de silence thérapeutique) : Les femmes qui possèdent des connaissances cognitives limitées ou qui passent à l'acte à cause de troubles affectifs extrêmes ont souvent besoin d'un court séjour ou d'une période passée à l'écart dans un contexte thérapeutique similaire aux options offertes dans un établissement psychiatrique, plutôt que d'être placées formellement en isolement.

8. Les installations doivent être conçues en fonction des besoins liés aux programmes : La conception des installations doit être adaptée aux besoins des femmes et refléter la structure des programmes. La conception doit également être souple, puisque les programmes et les besoins évolueront probablement avec le temps.

9. Il faut prendre des mesures en réponse à la stigmatisation des détenues et à la création de stéréotypes : Les détenues qui participent à des programmes spéciaux seront inévitablement victimes de stigmatisation et il faut prendre des mesures précises pour reconnaître et réduire ce phénomène.