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Programmes pour les délinquantes

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Mise en œuvre de choix aux établissements régionaux : Propositions de programmes pour les délinquantes ayant des besoins spéciaux

II. Identification des femmes ayant des besoins spéciaux

Même si l'on a reconnu que les circonstances et caractéristiques individuelles des femmes ayant des besoins spéciaux dus à des troubles fonctionnels ou à des problèmes de santé mentale sont très différentes, ces femmes ont fini par être regroupées ensemble aux fins des activités de recherche et de planification (Rivera, 1996; Whitehall, 1995), telles qu'elles se rapportent à leurs besoins « élevés » et à leur incapacité à fonctionner dans les unités résidentielles et à participer aux programmes sous leur forme actuelle dans les établissements régionaux. Cette catégorisation par l'exclusion a, à certains moments, eu pour effet qu'elles ont été regroupées comme s'il y avait des points communs significatifs entre elles pouvant donner lieu à l'instauration de programmes communs. De plus, lorsque des programmes spéciaux sont ainsi mis sur pied, il y a des pressions opérationnelles qui amènent le personnel à transférer à ces programmes quiconque a besoin de surveillance accrue, pratique qui, à son tour, peut créer des groupes de personnes incompatibles ou ayant des besoins opposés (par exemple, la maison structurée à l'établissement Nova). Un grand nombre des membres du personnel et des femmes purgeant une peine fédérale avec qui on s'est entretenu ont affirmé qu'il est essentiel de définir différentes constellations ou ensembles de besoins et de formuler différentes propositions de programmes en se fondant sur ces constellations de besoins.

Le concept « Constellation de besoins spéciaux » a été défini et utilisé durant les entretiens comme un outil utile sur lequel on pouvait se baser pour regrouper les besoins et formuler des propositions de programmes (Earl, 1998). Conformément à ce concept, trois constellations de besoins spéciaux sont représentées au moyen de cercles qui se chevauchent de sorte à produire ce que les mathématiciens appellent un diagramme de Venn (voir la figure 1). Plus particulièrement, un premier cercle des besoins spéciaux représente les femmes qui ont une déficience mentale ou des capacités intellectuelles limites et qui souffrent d'une déficience au chapitre des compétences psychosociales de base, un deuxième cercle représente les femmes souffrant de problèmes affectifs particuliers dus à des sentiments de détresse extrêmes et persistants ou à une grave maladie mentale, et un troisième cercle représente celles qui sont extrêmement méfiantes et ont un comportement antisocial. Alors que certaines femmes peuvent être catégorisées comme ayant des besoins qui se limitent essentiellement à un cercle, d'autres peuvent être classées dans la partie chevauchante de deux, voire de trois cercles. Les besoins changent avec le temps et par rapport aux exigences et caractéristiques de l'environnement carcéral, de sorte qu'il soit possible qu'une personne se déplace d'un cercle à un autre. L'intensité des besoins peut également varier, et on peut espérer, à tout le moins pour certaines femmes, que leurs besoins diminueront au point qu'elles puissent être placées dans les maisons existantes sans avoir besoin de programmes et de structures spécialisés, acquérant par le fait même une plus grande autonomie et une plus grande responsabilité. Finalement, n'importe quel concept prévoyant le regroupement de ces femmes doit reconnaître que chaque personne est unique et qu'il y a inévitablement des interactions complexes et des points communs entre les groupes.

Figure 1 : Ensembles de besoins spéciaux parmi les femmes
purgeant une peine fédérale

La discussion qui suit et qui porte sur le nombre de femmes faisant partie de chacun des groupes définis selon les besoins différents auxquels elles font face est basée sur l'information recueillie durant de courtes discussions avec les délinquantes et des entrevues avec les employées qui interviennent auprès d'elles de façon intensive et sur les résultats de l'étude de certains dossiers. Il ne s'agit pas là d'une méthode appropriée pour prendre des décisions individuelles de placement, qui devraient dépendre plutôt des choix faits par les femmes et auxquelles il faut arriver en appliquant le processus d'évaluation multidisciplinaire complet proposé pour chaque programme. Toutefois, cet examen fournit un contexte numérique qui permet d'obtenir une idée approximative du nombre de délinquantes faisant partie des différents groupes et de définir le type et l'ampleur des programmes nécessaires.

Besoins liés aux compétences de base et capacités cognitives. Les femmes qui font partie de ce groupe ont des capacités intellectuelles limitées et ont d'importants besoins au chapitre des compétences interpersonnelles, sociales, psychosociales et d'autonomie élémentaires. Il y a actuellement six femmes venant de la région de l'Atlantique qui sont incarcérées dans des installations à niveau de sécurité maximale à l'établissement de Springhill et à la Prison des femmes dont les besoins semblent correspondre essentiellement à ceux tombant dans cette catégorie. Il s'agit de femmes aux besoins élevés/aux risques faibles qui demeurent dans des établissements à niveau de sécurité maximale parce qu'elles ont besoin de surveillance et de soutien de la part du personnel à un degré qui n'est pas offert actuellement dans les établissements régionaux. Aux deux établissements, le personnel est d'avis que l'on peut satisfaire aux besoins de ces femmes dans les installations régionales si les ressources y sont disponibles et si ces femmes sont prêtes à faire la transition. Trois délinquantes à l'établissement de Springhill ont exprimé le désir d'être transférées à l'établissement Nova si c'était possible. Une quatrième délinquante est inuit et a demandé à être transférée au pavillon de ressourcement pour autochtones, et il reste à voir si on pourrait l'y accueillir. Elle a exprimé le souhait d'être transférée à l'établissement Nova plutôt que de rester à l'établissement de Springhill. Une autre délinquante a eu des problèmes à l'établissement Nova et vient d'être transférée de l'établissement de Springhill à la Prison des femmes, par choix personnel. Elle a passé le plus clair de sa vie dans des environnements hautement structurés en établissement et se sent confortable à ces endroit et, par conséquent, pourrait hésiter à déménager dans un proche avenir et pourrait facilement « passer à l'acte » si on la transférait contre sa volonté. Il y a également deux femmes incarcérées actuellement à l'établissement Nova qui font partie de cette catégorie. L'une d'elles s'est bien adaptée dans une maison ordinaire à cet établissement, en grande partie grâce à l'important soutien que lui assurent les autres résidentes qui y habitent. L'autre femme n'est à l'établissement Nova que depuis quelques semaines, et il faut attendre de voir si elle réussira à s'habituer à ce milieu d'habitation régulier. Ces deux délinquantes pourraient bénéficier d'un programme précis sur les compétences psychosociales qui pourrait être créé au moment de la mise sur pied d'un nouveau programme à l'établissement Nova pour cette catégorie de délinquantes. Cependant, si elles peuvent fonctionner efficacement au sein des maisons ordinaires grâce au soutien que leur offrent leurs codélinquantes, cela pourrait accroître leur autonomie. Une de ces femmes en particulier est épaulée par quelques détenues qui pourraient avoir de la difficulté à continuer à lui offrir un si grand soutien.

Une étude officieuse des femmes se trouvant à l'Unité des femmes ayant des besoins spéciaux à la Prison des femmes et venant de l'extérieur de la Région de l'Atlantique, effectuée de concert avec la psychologue en chef et le directeur des programmes, M. Fred Tobin, a révélé qu'il y a une femme dont les capacités cognitives sont clairement limitées et qui a besoin de programmes de base et trois autres qui ont des besoins au chapitre des compétences de base, qui ont de la difficulté à fonctionner dans la vie courante et qui souffre de considérables troubles d'apprentissage. Un examen effectué conjointement avec l'équipe de gestion à l'établissement Grand Valley et portant sur les femmes ayant de graves problèmes au sein de cet établissement a indiqué qu'à cet endroit, il y a deux délinquantes ayant des besoins considérables au niveau des compétences de base et souffrant de problèmes comportementaux et dont les capacités intellectuelles sont à la limite de ce qui est considéré comme normal.

Au total, il semble qu'il y ait actuellement six femmes dans la région de l'Ontario et jusqu'à huit femmes dans la région de l'Atlantique qui ont des besoins qui tombent dans cette catégorie (voir le Tableau 1). Dix de ces 14 délinquantes sont maintenant incarcérées dans des établissements à niveau de sécurité maximale. Le nombre de femmes venant de la région de l'Atlantique du Canada qui font partie de cette catégorie est disproportionné, lorsqu'on tient compte du nombre d'habitants dans cette partie du Canada et du nombre de femmes incarcérées dans le système fédéral qui en sont originaires. Une délinquante seulement est issue de la culture des Premières nations, ce qui représente une faible proportion lorsqu'on la compare aux pourcentages d'autochtones parmi les femmes purgeant une peine fédérale. Ces chiffres fluctueront avec le temps, à mesure que des femmes individuelles sont mises en liberté et que d'autres arrivent dans le système. Même si certaines de ces femmes ne purgent pas des peines à long terme, elles ont tendance à récidiver relativement vite dans la communauté, puisqu'elles ont passé beaucoup de temps dans des établissements et sont incapables de fonctionner lorsqu'elles jouissent d'une plus grande autonomie. À moins que d'importants changements surviennent dans les systèmes de soutien communautaires et dans la capacité de ces femmes de fonctionner, il est probable qu'elles seront des résidentes à long terme du système pénitentiaire. Il est peu probable que le nombre de délinquantes faisant partie de ce groupe diminuera considérablement avec le temps, si aucun changement majeur n'est apporté aux services correctionnels et de soutien.

Tableau 1 : Nombre de femmes ayant des besoins spéciaux
en Ontario et dans la région de l'Atlantique

 

Établissement Nova

Établissement de Springhill

Prison des femmes

Établissement Grand Valley

Totaux

Besoins au chapitre des compétences de base et capacités cognitives - possibilité d'un transfèrement à un établissement à niveau de sécurité moyenne

2*

4

5-6**

2

13-14

Besoins au chapitre des compétences de base et capacités cognitives - établissements à niveau de sécurité maximale    

0-1

 

0-1

Détresse affective - possibilité de transfèrement à un établissement à niveau de sécurité moyenne  

1

3***

6@

10

Détresse affective - établissements à niveau de sécurité maximale  

1

3

 

4

Besoins liés aux attitudes et aux comportements - établissements à niveau de sécurité maximale  

2

12****

 

14

Totaux

2

8

24

8

42

* Ces femmes ont besoin de programmes spéciaux mais n'ont pas nécessairement besoin d'être hébergées dans un milieu d'habitation différent.

** Deux de ces femmes, y compris celle dont l'inclusion à cette catégorie est entourée d'incertitude, viennent de la région de l'Atlantique du Canada.

*** Une de ces femmes vient de la région de l'Atlantique du Canada.

**** Certaines de ces femmes attendent d'être reclassées et transférées à l'établissement à niveau de sécurité moyenne Grand Valley, tandis qu'il y a également, à l'établissement Grand Valley, des femmes qui pourraient nécessiter un transfèrement à la Prison des femmes, qui est un établissement à niveau de sécurité maximale.

@ Il est difficile d'évaluer le nombre de femmes faisant partie de cette catégorie, du fait que les employées à l'établissement Grand Valley ont fait état de quatre autres femmes souffrant de profonde détresse affective qui, pour l'instant, se portent mieux grâce aux soutiens spéciaux dont elles bénéficient dans les maisons ordinaires. Il se pourrait que ces femmes aient besoin d'un plus grand soutien ou que celles qui ne parviennent pas à fonctionner normalement maintenant pourraient cesser d'avoir besoin d'un tel soutien.

Besoins dus à de la détresse affective. Cette constellation de besoins est en soi très variée, mais désigne tout genre de personne qui souffre de problèmes qui sont dus essentiellement à de graves problèmes de santé mentale comme la dépression, la dissociation, l'angoisse extrême, l'automutilation persistante, la schizophrénie, la psychose maniaco-dépressive, les troubles alimentaires, etc. Leur capacité à accomplir des compétences psychosociales de base et leurs capacités cognitives, qui sont dans la moyenne, les séparent du groupe précédent pour ce qui est de leurs besoins. Toutefois, il est plus difficile de les distinguer des femmes ayant des besoins élevés qui peuvent faire partie du troisième groupe, qui est caractérisé par des attitudes de méfiance et des comportements antisociaux. Certaines des caractéristiques comportementales telles la dépression, l'automutilation, l'angoisse extrême, etc. se manifestent chez la plupart des femmes incarcérées dans un pénitencier à certains moments à cause de la pression et du stress dus à l'environnement et à leur situation personnelle. De plus, les femmes qui sont peut-être en colère et méfiantes et qui adhèrent au « code des détenues » dans un contexte donné ou durant une certaine période peuvent, si elles se trouvent dans une situation différente, chercher à obtenir de l'aide et parler de leurs graves problèmes de santé mentale. Ou, à l'inverse, les femmes qui initialement ont cherché à obtenir de l'aide en réponse à de graves problèmes de santé mentale peuvent se mettre en colère et passer à l'acte lorsque leurs besoins ne sont pas satisfaits.

Sans pour autant oublier ces différents aspects, signalons qu'il y a des femmes ayant une constellation de besoins distincts chez qui les problèmes de santé mentale sont si profonds, persistants et extrêmes qu'elles ont besoin d'un plus grand soutien et d'une surveillance plus rigoureuse que ce qui est possible au sein des maisons ordinaires aux établissements régionaux, sans qu'elles aient nécessairement besoin d'être incarcérées dans un environnement à niveau de sécurité maximale. Si elles demeurent dans les maisons ordinaires, elles s'isolent, présentent un risque élevé d'automutilation, voire de suicide, et sont incapables de gérer leur propre détresse affective et causent de graves bouleversements dans les relations interpersonnelles, ce qui peut aboutir à de la violence. On peut distinguer ces femmes de celles qui tendent à adopter des attitudes et des comportements antisociaux et qui ont besoin d'un niveau de sécurité plus élevé, qui ont besoin de participer à des programmes correctionnels de base et pour qui il faut prévoir de claires conséquences en réponse à leurs actes. Par exemple, Tobin (1997b) a mené une vaste étude multidisciplinaire pour définir les besoins des 26 femmes à la Prison des femmes en se servant de plus d'une centaine de variables. Trois ensembles de variables ont été définis à cette occasion : éléments ayant trait aux comportements criminels et aux systèmes de croyances, éléments ayant trait aux besoins liés au traitement et aux compétences psychosociales visées par les programmes correctionnels de base et éléments liés aux facteurs affectifs et psychologiques ou aux troubles mentaux majeurs. D'après les résultats d'une analyse corrélationnelle, on peut classer les 26 femmes dans deux catégories de besoins. « Le premier groupe peut être défini comme constitué des personnes dont le système de croyances est à caractère criminel et qui ont un certain nombre de lacunes sur le plan des compétences psychosociales, des capacités d'adaptation, etc... La deuxième catégorie est constituée des femmes qui essentiellement ont des problèmes de santé mentale » (Tobin, 1997b).

Dans la catégorie des délinquantes ayant des besoins liés à des problèmes affectifs/de détresse, il y a deux sous-catégories, dont la première est constituée de délinquantes souffrant de graves maladies mentales causant des épisodes psychotiques et la deuxième, de délinquantes qui expriment des sentiments de détresse aigus par leurs paroles et leurs tendances comportementales. Actuellement, il y a deux femmes à la Prison des femmes qui souffrent de psychose persistante et qui manifestent des symptômes actifs et on estime que, dans les deux cas, il sera nécessaire, dans un avenir prévisible, qu'elles demeurent dans cet environnement à niveau de sécurité maximale. Deux femmes à l'établissement Grand Valley ont été qualifiées par l'équipe de gestion comme ayant des épisodes de psychose active et comme souffrant de détresse dans les maisons ordinaires. Il n'y a aucune femme chez qui une grave psychose représente le principal facteur aux fins d'intervention dans la région de l'Atlantique, même si deux femmes qui font partie du groupe des délinquantes ayant des besoins au chapitre des compétences de base décrits plus haut ont été diagnostiquées comme souffrant de schizophrénie. Dans leur cas toutefois, elles n'ont pas manifesté de symptômes psychotiques ces dernières années.

La deuxième sous-catégorie de femmes souffrant de « détresse aiguë » est relativement plus importante. Ces femmes font face à différents problèmes qui incluent la dépression, l'angoisse extrême, l'automutilation et les comportements autodestructeurs, l'abus de substances intoxicantes, l'instabilité émotionnelle, des sentiments de colère mal gérés, des problèmes interpersonnels extrêmes et une fausse perception de soi. Le qualificatif « personnalité limitrophe » est maintenant très répandu dans les ouvrages psychiatriques, surtout lorsqu'il est question de femmes et a été appliqué à un grand nombre d'entre elles. Le fait de qualifier ainsi des personnes au moment du diagnostic est une question qui continue à être sujette à controverse, et ce qui importe le plus dans ce contexte est que ces femmes expriment et manifestent des combinaisons uniques de besoins et de problèmes comportementaux qui sont de nature émotionnelle et qui les empêchent de s'adapter à la vie dans les maisons ordinaires aux établissements régionaux, mais qui pourraient être gérés dans des environnements à niveau de sécurité moyenne à l'aide de programmes appropriés. Dans un certain nombre de cas, elles ont abouti dans le système correctionnel parce que les services de soutien et de traitement en établissement médical pour des problèmes de santé mentale ont été réduits ou rendus inaccessibles pour elles dans la communauté. La gravité et la durée de leur peine varient, mais ici aussi, celles qui purgent des peines plus courtes seront probablement réincarcérées relativement vite, si on ne s'occupe pas de leurs troubles affectifs et si on ne leur offre pas de solides mécanismes de soutien dans la communauté.

Il y a deux femmes à l'établissement de Springhill qui, d'après les employées, ont des besoins affectifs élevés. On estime que l'une d'elles pourrait être placée dans un environnement à niveau de sécurité moyenne si elle bénéficiait d'importants soutiens, tandis qu'on pense que l'autre délinquante devrait être placée dans un environnement à niveau de sécurité maximale dans un avenir prévisible. Deux autres femmes à l'établissement de Springhill sont perçues différemment par différentes répondantes, mais on pense généralement qu'elles pourraient s'adapter aux maisons ordinaires à l'établissement Nova lorsqu'elles seront prêtes à être transférées à un environnement à niveau de sécurité moyenne. Actuellement, personne à l'établissement Nova n'est incapable de fonctionner dans les maisons ordinaires à cause de sentiments de détresse aiguë, quoique deux femmes qui auraient été considérées comme faisant partie de cette catégorie aient été mises en liberté au cours de l'année écoulée.

En Ontario, à la Prison des femmes, trois femmes étaient perçues comme ayant des besoins élevés dus à des sentiments de détresse aiguë et comme pouvant fonctionner dans un environnement à niveau de sécurité moyenne à condition qu'on y augmente le soutien et les programmes. Une femme y souffre de détresse affective aiguë et est considérée comme ayant besoin d'être placée dans un environnement à niveau de sécurité maximale. L'équipe de gestion à l'établissement Grand Valley a également repéré six femmes qui ne parviennent pas à s'adapter à la vie dans les maisons ordinaires, à cause de détresse affective aiguë. Trois de ces femmes se trouvent actuellement à l'Unité à encadrement renforcé pour qu'elles y bénéficient d'un soutien accru et y fassent l'objet d'une surveillance plus rigoureuse. Quatre délinquantes présentent des risques considérables d'automutilation. En outre, l'équipe de gestion à l'établissement Grand Valley a mentionné quatre autres femmes qui sont passées par des périodes où elles étaient incapables de faire partie de la population générale carcérale ou avaient besoin d'aide particulière de la part des employées dans le domaine de la santé pour pouvoir rester dans les maisons ordinaires.

Dans l'ensemble, la région de l'Ontario semble avoir davantage besoin de programmes destinés aux femmes souffrant de détresse affective. La sous-catégorie des délinquantes souffrant d'une « psychose active » est très restreinte et se limite à l'Ontario. Cette sous-catégorie inclut trois femmes à la Prison des femmes et approximativement six femmes à l'établissement Grand Valley qui ont besoin de soutiens particuliers pour pouvoir fonctionner au niveau de sécurité moyenne. Une femme seulement dans la région de l'Atlantique est perçue actuellement comme ayant des besoins causés par des sentiments de détresse aiguë et comme pouvant être hébergée dans une installation régionale offrant des programmes spéciaux.

Besoins liés aux attitudes et aux comportements. Les femmes qui ont cette constellation de besoins sont considérées comme nécessitant des programmes intensifs accompagnés d'une sécurité rigoureuse adaptée à leurs tendances en ce qui concerne leurs attitudes et comportements antisociaux, le risque d'évasion qu'elles présentent et leur ajustement au sein de l'établissement. Même si elles peuvent souffrir de graves problèmes de santé mentale et doivent faire l'objet d'une attention particulière si elles sont transférées à un établissement régional, leur capacité à faire la transition d'un environnement à sécurité maximale à un environnement à sécurité moyenne ne dépend pas de l'existence de programmes intensifs de santé mentale ou d'installations résidentielles spéciales à l'établissement régional. Les aspects clés à prendre en considération à cet égard sont leur disposition à changer et à participer aux programmes de base et leur comportement en établissement. Ces femmes ne sont pas visées par le mandat de la présente étude et n'ont pas été interviewées, et leur cas n'a pas été examiné longuement de concert avec des membres du personnel. On a repéré deux femmes qui font partie de cette catégorie de besoins à l'établissement de Springhill, et il y a maintenant 12 femmes dans la rangée à niveau de sécurité maximale à la Prison des femmes. On s'est entretenu avec ces femmes et leur cas a été étudié de façon approfondie par SkyBlue Morin et Donna McDonagh dans le cadre de leurs études des femmes autochtones et non autochtones classées au niveau de sécurité maximale, projets qui coïncidaient avec le présent projet de recherche.

Résumé de l'analyse des constellations de besoins. Les femmes incarcérées actuellement dans des établissements à niveau de sécurité maximale dont on pourrait s'occuper aux établissements régionaux à condition de disposer de programmes additionnels et de rechange doivent être distinguées les unes des autres en fonction des constellations de besoins qui les caractérisent : il y a des femmes qui font face à des déficiences sur le plan cognitif et qui ont des besoins au chapitre des compétences de base, et il y a celles qui ont des besoins dus à leurs sentiments de détresse affective. Un troisième groupe de femmes incarcérées dans des environnements à niveau de sécurité maximale pourraient avoir besoin de programmes intensifs pour les aider à changer leurs attitudes et leurs comportements, mais lorsqu'elles sont prêtes, elles pourront fonctionner dans le contexte des programmes réguliers aux établissements régionaux. Étant donné que les femmes dans le premier groupe ont des besoins qui sont distincts de ceux des femmes dans le deuxième groupe, deux modèles de programmes distincts sont nécessaires et proposés dans le présent rapport. Les efforts visant à combiner ces deux groupes par le passé se sont avérés peu appropriés et dangereux.

À l'établissement de Springhill et à la Prison des femmes, il y a 13 ou 14 femmes hébergées actuellement dans des environnements à niveau de sécurité maximale qui pourraient être hébergées dans les établissements régionaux, si on leur y offre des programmes spécialisés et de rechange (voir le Tableau 1). Le grand nombre de femmes souffrant de détresse affective à l'établissement Grand Valley sont gérées strictement au moyen de l'Unité à encadrement renforcé, qui comporte huit cellules. Le risque d'un grave accident y est élevé, si on n'offre pas des ressources spécialisées et des installations résidentielles aux femmes qui s'y trouvent déjà. Il y a un nombre disproportionné de femmes ayant des besoins au chapitre des capacités cognitives et des compétences de base qui viennent de la région de l'Atlantique et un nombre disproportionné de femmes ayant des besoins dus à des sentiments de détresse affective originaires de l'Ontario.