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Programmes pour les délinquantes

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Mise en œuvre de choix aux établissements régionaux : Propositions de programmes pour les délinquantes ayant des besoins spéciaux

IV. Modèle de programme de réadaptation psychosociale (RPS) pour les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives

Origine conceptuelle de la réadaptation psychosociale
Les besoins des femmes et l'applicabilité des méthodes de réadaptation psychosociale
But et objectifs du programme
Critères d'admission et processus d'évaluation
Planification de la réadaptation psychosociale (RPS)
Caractéristiques du milieu d'habitation
Attentes au chapitre des activités quotidiennes et enseignement des compétences au duplex RPS
Le travail, l'apprentissage, les programmes de loisir et les compétences
Gestion du comportement dans le milieu d'habitation
La stigmatisation par opposition au soutien et à l'enseignement assurés par les codélinquantes
Établissement de liens en vue de la réinsertion sociale
Effectifs, qualifications et rôles
Formation, soutien et communication parmi les effectifs
Évaluation du programme
Mise en _uvre d'un programme pilote
Obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace

 

Origine conceptuelle de la réadaptation psychosociale

Du point de vue conceptuel, la réadaptation psychosociale trouve son origine dans l'incapacité du système de santé mentale d'aider les clients souffrant de déficiences à surmonter la perturbation psychosociale causée par une grave maladie mentale ou affective, par de graves problèmes comportementaux et par les méthodes de traitement traditionnelles de ces problèmes (c'est-à-dire l'hospitalisation et l'administration de médicaments, Nel, 1994). La médecine traditionnelle voit le rétablissement comme un processus qui suit la guérison d'une maladie (défini fréquemment en fonction des médicaments prescrits), mais, à cause des antécédents de ces clients, le rétablissement ne se fait pas spontanément dès leur « traitement ». Au lieu de cela, leur rétablissement et leur réintégration à la communauté sont entravés par ...

    · les restrictions auxquelles ils font face sur le plan des ressources, des compétences et du soutien,

    · leur isolement et leurs sentiments de désespoir causés par l'hospitalisation/incarcération,

    · leurs schèmes comportementaux déviants acquis durant la période d'hospitalisation,

    · la perte des possibilités d'apprentissage et de soutien dans la communauté causée par leur hospitalisation.

Avec le temps, ces caractéristiques causent chez les individus concernés des troubles chroniques qui sont définis comme des comportements pathologiques de nature physiologique ou psychologique (Anthony, 1990, Nel, 1994). Le dysfonctionnement qui en résulte limite, de son côté, la capacité de la personne touchée d'assumer des rôles sociaux normaux et de fonctionner de façon indépendante au sein de la communauté. Ces individus perçoivent l'hospitalisation comme « normale » et éprouvent des sentiments de désespoir vis-à-vis de leur rétablissement. Les femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives incarcérées dans les pénitenciers fédéraux ont des caractéristiques et des antécédents semblables et ont également passé des périodes à l'écart où elles étaient isolées de la communauté.

L'approche de réadaptation psychosociale du rétablissement a été adoptée en réponse (1) aux expériences et aux exigences des clients demandant à participer au traitement et à bénéficier d'une plus grande autodétermination dans ce contexte, (2) à la reconnaissance que des valeurs fondamentales comme l'espoir, la prise en charge de soi et la détermination sont des éléments essentiels au rétablissement et (3) à l'importance que revêtent l'acquisition de compétences précises et la création de soutiens environnementaux spécifiques en tant que moyens pour surmonter les déficiences et pour permettre aux individus d'assumer des rôles sociaux normaux et de fonctionner normalement dans la communauté. La réadaptation et le rétablissement requièrent ces trois caractéristiques. En outre, « par rétablissement, on entend ce que font les personnes atteintes de déficience et ... par réadaptation, ce que font les personnes qui interviennent auprès d'elles pour faciliter leur rétablissement » (Anthony, 1993).

Les années 1980 ont vu la combinaison de trois modèles de programmation appliqués dans le domaine de la réadaptation psychosociale, intervention qui a évoluée et qui s'est étendue pour devenir aujourd'hui l'approche conceptuelle la plus courante appliquée en Amérique du Nord pour aider les personnes souffrant de graves déficiences et troubles affectifs. Une approche très populaire est la « réadaptation psychiatrique », un modèle élaboré à l'Université de Boston et mis au point par William Anthony, par ses collègues et par ses clients (Anthony, Cohen et Farkas, 1990). Les clients sont assujettis à un processus de réadaptation individualisé qui est géré par des spécialistes et qui met l'accent sur l'autodétermination, des valeurs fondamentales, l'enseignement de compétences et la création de soutiens environnementaux ayant pour but de surmonter les déficiences. Ce processus particulier a été adapté au contexte canadien à l'hôpital psychiatrique de Brockville, qui offre maintenant, à l'échelle nationale, des programmes de formation portant sur l'application de cette approche (Nel, 1994).

Une deuxième approche de la réadaptation psychosociale, connue sous le nom de « modèle clubhouse », a été élaborée suite à la fondation de Fountain House à New York durant les années 1960 (Beard, Propst et Malamud, 1982). Il s'agit d'un modèle centré sur le groupe qui met l'accent sur le travail comme un moyen favorisant le respect et comme constituant une activité positive. La prestation de services à d'autres et l'entraide sont perçus comme des éléments cruciaux du processus de rétablissement. Initialement, les clients collaborent avec le personnel pour offrir des services concrets aux autres clients et ensuite dans la communauté, où ils sont rémunérés pour leur travail. L'application de ce modèle auprès de personnes souffrant de déficience affective et des séquelles de leur hospitalisation a fourni de bons résultats dans tout un éventail de contextes et de communautés un peu partout en Amérique du Nord (Anthony et Blanch, 1987).

Une troisième grande approche psychosociale a été baptisée « affirmation de soi en société » et consiste à dresser un plan de réadaptation psychosociale et à fournir les ressources nécessaires pour permettre à des personnes de faire la transition d'un établissement à une résidence dans la communauté (Stein et Test, 1986). Cette approche s'écarte des modèles de santé mentale antérieurs en ce sens qu'une équipe de professionnels dans la communauté accepte de collaborer avec le client pour lui enseigner les compétences requises et de lui fournir le soutien environnemental nécessaire (par exemple, aide à domicile 24 heures sur 24) pour s'assurer qu'il peut demeurer dans la communauté.

Des éléments de ces trois approches se retrouvent dans la proposition de programme dont il est question ici. Il est recommandé que les valeurs fondamentales et les techniques de la réadaptation psychiatrique guident le processus de planification et de traitement individualisés, que le travail et l'activité utile reposent sur le modèle « clubhouse », afin de donner aux femmes la possibilité d'acquérir de l'estime de soi et d'assumer des rôles sociaux et productifs, et que les concepts du modèle d'affirmation de soi en société soient utilisés pour faciliter le retour et la réinsertion des femmes dans la communauté à la fin de leur peine.

 

Les besoins des femmes et l'applicabilité des méthodes de réadaptation psychosociale

Les femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives telles que décrites dans la partie II ont des lacunes considérables en ce qui concerne les compétences psychosociales et ont des comportements déviants qui font qu'il leur a été impossible de fonctionner dans la communauté et dans les groupes aux établissements régionaux. Elles ont passé de longues périodes dans des hôpitaux psychiatriques ou des pénitenciers. Lorsqu'elles sont mises en liberté et retournent à la communauté, leurs sentiments de désespoir et leur manque de compétences, de soutien et de ressources les amènent à récidiver, et elles retournent à un environnement institutionnel qui leur est familier et où l'on prendra soin d'elles. Initialement, lorsqu'elles sont placées dans des maisons ordinaires aux établissements régionaux, les autres femmes ont de la sympathie pour elles, à cause de leur manque de compétences fondamentales et de leur besoin d'être guidées, mais cette sympathie se transforme en irritation et colère lorsque ces autres délinquantes, faisant déjà face elles-mêmes à beaucoup de stress, sont obligées de composer avec le manque de compétences et les problèmes comportementaux de ces femmes 24 heures sur 24. Ces femmes finissent par être stigmatisées, manipulées et rejetées au moins par un certain nombre des autres délinquantes, attitudes dont elles ont déjà fait l'expérience auparavant dans la communauté ou dans d'autres établissements. Elles peuvent y réagir en passant à l'acte et, à ce moment-là, ne peuvent rester dans les maisons ordinaires et doivent être transférées à des installations à niveau de sécurité maximale comportant une structure et une surveillance plus rigoureuses, même si elles n'ont pas besoin de mesures de sécurité renforcées et ne posent pas de risque élevé lorsque la structure et le soutien prévus pour elles sont appropriés. À cause de leurs antécédents et de leurs besoins, ces femmes requièrent un soutien à long terme assuré par des prestataires professionnels de soins au moment de leur libération, si l'on veut qu'elles parviennent à rester dans la communauté, quoiqu'on puisse espérer que ce soutien diminue avec le temps à mesure que leur confiance en soi et leurs compétences augmentent. Ces femmes ont fréquemment un certain nombre de forces, dont il faut tenir compte au moment de l'élaboration du modèle de programme :

    · Préférences et aversions précises pour des tâches pratiques. Souvent, il y a des tâches et des compétences très particulières que ces femmes aiment et d'autres qui ne leur plaisent pas ou qu'elles craignent. Ainsi, une femme peut aimer nettoyer, tandis qu'une autre est très heureuse lorsqu'elle fait du piquage, mais la première peut refuser de cuisiner tandis que la deuxième ne voudra peut-être pas nettoyer. Les programmes créés doivent bâtir sur leurs forces et leur enseigner des compétences sur une base individuelle.

    · Changements d'humeur et réactivité aux activités et à l'environnement. Ces femmes sont d'humeur très changeante et sont fortement influencées par leur milieu immédiat. En leur offrant un soutien, en créant un environnement uniforme pour elles et en leur donnant un sentiment de sécurité, on peut faciliter l'adoption d'un comportement positif chez elles, tandis que la présence de stress dans l'environnement ou la difficulté d'une tâche particulière peut les amener à passer à l'acte et à perdre le contrôle.

    · Une attention positive et l'établissement de relations fondées sur la confiance constituent d'importants facteurs de motivation. Ces femmes sont typiquement prosociales en ce sens qu'elles veulent attirer l'attention de celles qui les entourent et feront des efforts pour l'obtenir. Elles ont de la difficulté à créer des relations reposant sur la confiance en raison de leurs expériences passées mais une fois qu'elles réussissent à le faire, ces relations peuvent représenter pour elles la clé du changement et du rétablissement.

    · Plus grande confiance en soi et satisfaction grâce à l'apprentissage de compétences pratiques. Les femmes font l'apprentissage et l'acquisition des compétences lentement dans le cadre de séances d'instruction et d'exercices répétitifs centrés sur des tâches précises. Elles attachent une grande valeur à l'attention qui leur est accordée personnellement dans le cadre d'un processus d'enseignement individualisé qui personnalise leur succès et qui leur profite beaucoup.

    · Les attitudes criminogènes sont moins dominantes et sont susceptibles d'être modifiées. Ces femmes ont abouti dans le système correctionnel à cause de leur incapacité à s'adapter à la communauté, à cause de leur manque de compétences, de soutien et de ressources et à cause de troubles affectifs qui les ont poussées à adopter des attitudes et des modes de vie antisociaux. Lorsqu'elles ont ces attitudes, leur désir d'attention positive peut représenter un moyen pour les rendre plus prosociales.

    · La musique, les arts et l'expression créative constituent de bonnes méthodes de communication. Un grand nombre de ces femmes ont une affinité et un don particulier pour la communication par l'intermédiaire des arts créateurs.

Les femmes qui ont cette constellation de besoins souffrent fréquemment des limites décrites ci-après et dont il y a lieu de tenir compte dans le modèle de programme :

    · Sentiments de désespoir et d'impuissance. À cause de leurs échecs passés et leur incapacité à fonctionner dans différents milieux dans la société, auxquels s'ajoute leur expérience de dépendance et de manque de choix en établissement, ces femmes perdent espoir et ne pensent pas que l'avenir peut être différent. Elles se sentent réconfortées lorsque d'autres s'occupent d'elles. Il faut surmonter ces sentiments de désespoir, si l'on veut que la personne croisse et apprenne. Pour ce faire, il faut faire appel à des employées compétentes et mettre à la disposition des délinquantes un environnement résidentiel qui leur offre des choix pratiques. Des valeurs fondamentales positives visant à leur redonner espoir doivent faire partie intégrante de toutes les activités et doivent être adoptées et appliquées activement par le personnel. Même s'ils sont très limités, les succès antérieurs de l'individu doivent être explorés, pour définir le potentiel de réussite de cette personne dans des milieux précis dans la communauté à l'avenir.

    · Les échecs antérieurs et le manque de confiance en soi constituent des obstacles à l'apprentissage et à la croissance. Les nouvelles tâches et les nouveaux environnements évoquent des sentiments d'échec et, par conséquent, les programmes d'apprentissage et le changement doivent se faire en petites étapes lentes et graduelles dans le cadre desquelles on met l'accent sur les succès personnels remportés.

    · Réactivité à des environnements à stress élevé. Les femmes tendent à réagir rapidement et de façon impulsive aux situations et milieux stressants en adoptant un comportement difficile. Elles ont besoin d'un programme et d'une structure physique qui peuvent limiter le stress et prévoir des mesures de sécurité en cas de crise.

    · Les relations avec les autres délinquantes sont des sources de stress à cause de lacunes dans les relations interpersonnelles. Il est très important pour ces femmes d'établir des contacts avec les autres, mais la difficulté qu'elles ont à établir des relations et à résoudre des problèmes causent des conflits interpersonnels et créent un environnement stressant qu'elles sont incapables de gérer. Même lorsque le groupe est de taille moyenne (de six à huit personnes), la confusion sur le plan interpersonnel et le potentiel de conflit augmentent. Les compétences doivent être enseignées individuellement.

    · Mauvaise réaction aux programmes de groupe à moins que de l'aide individuelle leur soit assurée. À cause de leurs besoins uniques et parce qu'elles ont des craintes lorsqu'il s'agit d'apprendre de nouvelles tâches, ces femmes ont besoin qu'on leur accorde de l'attention individuellement. Elles ont de la difficulté à se concentrer sur la formation et à assimiler celle-ci lorsqu'elle est présentée en groupe.

    · Lacunes au chapitre des capacités cognitives et capacité d'attention limitée. Il faut reconnaître ces limites dans le cadre des programmes en adoptant une approche individualisée et holistique et en permettant des interactions officieuses tout en prévoyant une certaine souplesse.

    · Difficulté à transférer les compétences à de nouveaux environnements. Une personne peut faire l'apprentissage et la démonstration d'une compétence dans un environnement donné, mais être obligée de la réapprendre lorsqu'elle arrive dans un autre environnement. Ainsi, il est de loin préférable d'enseigner les compétences dans l'environnement où elles seront utilisées. Il s'agit là d'un aspect très problématique, étant donné que l'objectif prioritaire consiste à préparer les femmes à vivre dans des milieux dans la communauté, mais qu'il faut leur enseigner les compétences au sein d'un pénitencier.

    · Difficulté à établir des relations fondées sur la confiance. Il faut du temps pour établir des relations fondées sur la confiance, qui sont essentielles au fonctionnement autonome et à la réussite des délinquantes, qui peuvent avoir beaucoup de difficulté à en créer. Il est difficile pour elles de faire la transition à de nouveaux environnements, lorsqu'elles perdent les relations établies et que les craintes causées par les échecs antérieurs reviennent. Il est impératif que des personnes à qui elles font confiance les aident durant leur transition au nouvel environnement, qu'il s'agisse d'un établissement régional ou d'un établissement dans la communauté, si l'on veut qu'elles s'ajustent bien. Il est important que les personnes assurant le soutien adoptent de solides valeurs et possèdent de bonnes compétences interpersonnelles pour pouvoir établir de telles relations.

    · Des soutiens à long terme dans la communauté sont nécessaires pour assurer le succès de la réinsertion sociale. Il est important que les femmes bénéficient de soutiens à long terme dans la communauté, mais à cause des périodes passées en établissement et de leurs problèmes comportementaux, il y a très peu ou pas de personnes vers qui ces femmes peuvent se tourner. Typiquement, les services sociaux n'offrent pas de soutiens à long terme et cherchent à retirer les services avec le temps. Si ces soutiens sont retirés, ces femmes passent à l'acte dans la communauté.

L'adoption d'un modèle de réadaptation psychosociale représente la meilleure solution pour intervenir auprès de ces femmes, et un nombre considérable de recherches en ont prouvé l'efficacité (Anthony, 1990). Toutefois, il faut adapter cette approche en tenant compte du fait que ces femmes sont différentes des autres personnes ayant de graves difficultés affectives puisque leur manque de compétences et leurs problèmes comportementaux les ont amenées à enfreindre la loi, tandis que les autres individus ayant des caractéristiques similaires n'ont pas agi ainsi. Leur incarcération à long terme les a exposées à des types de comportements différents de ceux qu'elles auraient appris dans d'autres types d'établissement.

Il est essentiel pour l'équipe multidisciplinaire et l'administration d'adopter un modèle conceptuel de réadaptation psychosociale commun qui leur offrira une structure et un cadre de programme clairs auxquels ils pourront se référer lorsqu'ils seront appelés à gérer les interrelations complexes que l'on retrouve chez les femmes ayant ces besoins et problèmes particuliers. Ces délinquantes sont extrêmement exigeantes, et les membres du personnel ont constamment besoin de s'entraider, de former une solide équipe et de bénéficier de soutien de la part de l'administration pour assurer le respect des valeurs fondamentales positives et la planification et l'acquisition de compétences complètes essentielles au succès de leurs efforts.

 

But et objectifs du programme

Le but du programme de réadaptation psychosociale (RPS) est d'aider les délinquantes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et des problèmes comportementaux à bien s'adapter aux installations pénitentiaires régionales tout en faisant l'acquisition des compétences qui leur permettront d'être plus satisfaites et de mieux réussir dans un milieu communautaire surveillé au moment de leur mise en liberté, de sorte à réduire la probabilité de récidive.

Objectifs. En participant au programme de réadaptation psychosociale (RPS), les délinquantes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives...

    · amélioreront leurs compétences psychosociales de base dans les secteurs où elles en ont besoin;

    · pourront fonctionner dans un établissement régional sans constamment passer à l'acte en réponse aux difficultés auxquelles elles font face;

    · dresseront et respecteront un plan correctionnel en vue de leur mise en liberté dans la communauté qui réduira la probabilité qu'elles récidiveront;

    · auront une meilleure estime de soi;

    · exprimeront de la satisfaction en ce qui concerne l'environnement dans lequel elles vivent, lorsqu'elles le comparent à leurs expériences antérieures.

Conclusion : L'approche axée sur la réadaptation psychosociale est le modèle de programmation le plus approprié, voire le plus efficace, pour les femmes qui ont des lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives, car il leur permet d'être hébergées dans l'environnement le moins restrictif au sein d'un établissement régional. Cette approche doit être adaptée au milieu pénitentiaire régional par des employées formées dans l'application de l'approche axée sur la réadaptation psychosociale. Un nombre disproportionné de femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et cognitives incarcérées dans des pénitenciers canadiens sont originaires de la région de l'Atlantique du Canada.
Recommandation 1 : Mettre en _uvre l'approche axée sur la réadaptation psychosociale pour les délinquantes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives par l'adoption d'un modèle de programme précis adapté aux établissements régionaux et incluant les éléments pertinents de l'approche de réadaptation psychiatrique, du modèle « clubhouse » et de l'approche « affirmation de soi en société ». Ce modèle doit tenir compte des forces et des limitations des femmes qui ont cette constellation de besoins et comporter un but précis et une série d'objectifs. Le modèle de réadaptation psychosociale devrait être mis sur pied initialement sous forme d'un projet pilote à l'établissement Nova à Truro, en Nouvelle-Écosse.

 

Critères d'admission et processus d'évaluation

Voici les critères à utiliser pour sélectionner les délinquantes qui seront admises au programme :

1. Il faut que la délinquante accepte de plein gré de participer au programme. Il faut reconnaître que les femmes qui ont ce genre de besoins sont extrêmement changeantes quant à leur disposition à participer à n'importe quel programme ou série d'activités et, par conséquent, il faut graduellement obtenir leur approbation par l'établissement de relations fondées sur la confiance dans le cadre desquelles elles sont encouragées à prendre le temps nécessaire pour comprendre les choix qui leur sont offerts. Elles doivent comprendre également qu'il n'y aurait probablement pas d'autres options résidentielles pour elles dans un établissement régional, puisqu'elles ne peuvent être hébergées dans une maison ordinaire sans surveillance. Leur décision de ne pas consentir à la participation devrait également se faire graduellement et elles devraient en discuter avec une personne en qui elles ont confiance.

2. Classement au niveau de sécurité moyenne ou minimale.

3. Formulation, par l'équipe d'évaluation multidisciplinaire, d'une recommandation concernant la participation. C'est l'équipe responsable de l'évaluation des candidates aux programmes de santé mentale spécialisés à l'établissement régional qui se chargerait de formuler cette recommandation. L'équipe se servirait des techniques d'évaluation de la santé mentale et du risque existantes et obtiendrait de l'information supplémentaire ou remplirait des évaluations additionnelles selon le besoin pour s'assurer que l'individu satisfait aux critères suivants :

    a. Lacunes et besoins considérables pour un ou plusieurs des aspects suivants dans le domaine des compétences psychosociales :

    - autonomie, (par exemple, hygiène personnelle et apparence, autogestion de la santé, éducation sexuelle, organisation du temps, etc.);

    - tâches ménagères, (par exemple, préparation des repas, nettoyage, lessive, budgétisation, etc.);

    - aptitudes fondamentales à la communication, (par exemple, règles de la bienséance, affirmation de soi, interaction sociale appropriée, résolution des problèmes dans les relations, etc.);

    - compétences fondamentales d'adaptation, (par exemple, gestion du stress et de la colère, compétences fondamentales de résolution des problèmes, façons appropriées d'obtenir de l'aide, etc.);

    - compétences fondamentales liées au travail, (par exemple, durée d'attention et capacité d'accomplir des tâches jusqu'à la fin, fiabilité, respect de normes, etc.);

    - compétences au chapitre des loisirs, (par exemple, capacité de gérer son temps libre, acquisition de compétences pratiques, etc.).

    b. La délinquante doit souffrir de difficultés d'apprentissage et de lacunes sur le plan cognitif à tel point que l'acquisition de compétences nécessite une intervention individualisée ou un environnement où l'enseignement est dispensé à de petits groupes.

    c. La délinquante a besoin de surveillance et d'un soutien constants, assuré par le personnel dans l'environnement social dans lequel elle est placée, afin de faciliter la résolution des problèmes, de gérer les relations avec les codélinquantes et d'éliminer les comportements peu appropriés.

L'équipe multidisciplinaire chargée de l'évaluation des candidates aux programmes de santé mentale spécialisés doit inclure les personnes suivantes :

    · psychologue

    · coordonnatrice du programme de réadaptation psychosociale

    · infirmière autorisée ayant suivi une formation ou possédant de l'expérience dans le domaine de la psychiatrie

    · thérapeute occupationnelle

    · intervenante chargée de la réinsertion sociale

    · directrice ou directrice adjointe

    · agente de liberté conditionnelle chargée de l'évaluation initiale

    · dirigeante d'équipe ou directrice des programmes

    · coordonnatrice du programme de thérapie comportementale dialectique (s'il est offert à l'établissement)

Le processus d'évaluation doit inclure une évaluation formelle des capacités cognitives effectuée par la psychologue, si une telle évaluation n'a pas déjà été effectuée. Il est prévu qu'en raison du critère 3b décrit plus haut, les femmes admises auront des capacités intellectuelles qui les placeront au bas de la catégorie des capacités normales, à la limite de cette catégorie ou dans la catégorie des personnes souffrant de déficience mentale. Le processus d'évaluation devrait inclure également une évaluation des compétences psychosociales de base qui devrait être effectuée par la thérapeute occupationnelle, si une telle évaluation n'a pas été faite, afin de définir les besoins en vertu du critère 3a décrit plus haut. La coordonnatrice du programme des compétences psychosociales doit rencontrer la délinquante pour lui décrire le programme, pour évaluer ses problèmes comportementaux et pour établir si elle est une bonne candidate en vue de son intégration éventuelle au groupe de femmes avec qui elle habiterait. La psychologue devrait présider l'équipe multidisciplinaire chargée de l'évaluation des demandes d'admission, et il faut faire tous les efforts possibles pour que les recommandations formulées dans le cadre du programme le soient d'un commun accord. Ce processus ne devrait pas durer plus de deux semaines, si la délinquante concernée vient directement du système judiciaire.

Durant les entrevues qui ont été menées dans le cadre de la présente recherche, les employées ont formulé l'opinion selon laquelle la pire menace qui pourrait compromettre la mise en _uvre d'un programme efficace est la possibilité qu'on contourne les critères d'admission à cause de pressions opérationnelles exercées à l'échelle nationale ou régionale pour qu'on admette au programme une délinquante qui ne devrait pas y être admise, simplement parce que cette femme a besoin d'une surveillance plus rigoureuse à l'établissement régional. Le regroupement de femmes incompatibles ayant des capacités et des besoins très divers était perçu comme la principale raison à l'origine de l'échec qui est survenu à la maison à gestion structurée créée à l'établissement Nova. Le personnel à l'établissement Nova tenait absolument à ce que cette erreur ne soit pas répétée. Il est impératif que le programme définitif qui sera approuvé soit documenté et que l'on adopte par écrit des critères d'admission officiels et un processus décisionnel clairement défini pour les admissions au programme.

Conclusion : Il est essentiel, pour assurer le succès du programme, d'établir des correspondances entre les besoins des détenues et les buts et la structure du programme. En plaçant ensemble des détenues incompatibles, on compromettra et mettra sérieusement en danger l'efficacité du programme. Il s'agit d'un problème particulièrement important étant donné les pressions opérationnelles qui sont exercées pour qu'on affecte au programme des femmes qui n'y conviennent pas simplement à cause de la nécessité de les assujettir à des degrés plus élevés de surveillance.
Recommandation 2 : Il y a lieu d'établir un processus d'évaluation multidisciplinaire officiel comportant des critères d'admission pour évaluer les demandes d'admission au programme et pour s'assurer que les femmes qui y sont admises y consentent, sont classées au niveau de sécurité moyenne ou minimale, ont un nombre considérable de lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et ont besoin de surveillance de la part du personnel. Il faut élaborer une description de programme officielle et approuvée qui comporte des critères d'admission clairs exigeant que les employées à l'établissement régional prennent la décision finale quant aux admissions.

 

Planification de la réadaptation psychosociale (RPS)

La planification de la réinsertion sociale doit reposer sur un ensemble de valeurs fondamentales et de principes de base et se présenter sous la forme d'un processus à trois phases comportant huit grands secteurs d'intervention auprès des clientes (voir l'Annexe B; Nel, 1994). Les quatre valeurs fondamentales précisent qu'il faut que l'approche (1) soit centrée sur les clientes, (2) ne porte aucun jugement, (3) soit encourageante et (4) permette aux clientes de se prendre en charge. Voici les dix principes qui doivent guider l'application de l'approche :

    1. Étapes logiques. L'intervention auprès de l'individu commence lorsque la cliente est insatisfaite de ses circonstances actuelles et lorsque le besoin de changement la motive à fixer une série d'étapes de planification logiques.

    2. Concepts concrets. Les concepts sont concrets, observables et mesurables.

    3. Individualisation. L'intervention de réadaptation est adaptée à chaque cliente.

    4. Processus reposant sur des buts. Les buts fixés par la cliente servent à définir les efforts de réadaptation.

    5. Satisfaction par opposition aux succès. Il faut tenir compte à la fois des souhaits de la cliente (dont dépendront ses sentiments de satisfaction) et les attentes dans son milieu (dont dépendront les succès remportés).

    6. Soutien par opposition à l'acquisition de compétences. On peut réduire le dysfonctionnement en améliorant les compétences ou les soutiens, qui constituent des éléments reliés entre eux.

    7. L'acquisition des compétences et la création des soutiens requis sont particuliers à l'environnement et aux rôles. L'intervention en réponse au dysfonctionnement est très précise et facilite l'acquisition de compétences et la création de soutiens en fonction de l'environnement précis dans lequel les buts devront être atteints.

    8. Obligation de rendre compte. On formule des plans de réadaptation tout en fixant des délais et tout en précisant les personnes responsables pour l'exécution de tâches précises. Le plan « appartient » à la cliente et la praticienne doit lui rendre des comptes.

    9. Relation cliente/praticien. Pour mener à bien la réadaptation, la cliente et la praticienne forment un partenariat. Pour pouvoir continuer à assurer l'intervention, qui est longue et ardue, il faut créer des liens étroits et une relation fondée sur la confiance.

    10. Solides compétences interpersonnelles (chez les praticiennes). Les techniques de réadaptation se composent de techniques de traitement de l'information qui peuvent seulement être utiles si la praticienne possède les compétences interpersonnelles nécessaires pour créer et maintenir des relations basées sur la confiance qui rendent possibles cet échange de renseignements. (Nel, 1994, pp. 11-12)

Les valeurs fondamentales et les principes de base servent à définir un processus qui tient compte des forces et des limites des délinquantes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives. Cette approche assure l'application d'un processus individualisé reposant sur des valeurs et centré sur les compétences qui est dicté par les buts fixés par la délinquante. L'intervention proprement dite se divise en trois phases durant lesquelles la praticienne et la délinquante se concentrent sur huit modules. Ces modules sont organisés comme suit :

    PHASE UN : Évaluation des exigences de réadaptation

    1. Évaluation et élimination des obstacles qui empêchent la délinquante à s'engager à changer. Fréquemment, on constate chez les délinquantes des obstacles immédiats qui les empêchent à prendre l'engagement de changer, notamment : manque de conscience de soi, manque de conscience de ce qui les entoure, absence d'un sentiment d'autoefficacité, manque de perception de l'aide venant d'autrui et manque de confiance dans la praticienne. Il se peut qu'il soit nécessaire de dresser et de mettre en _uvre des plans d'action pour surmonter ces obstacles et le manque de conscience avant que la personne soit en mesure d'articuler les besoins de changement ou d'envisager la fixation de buts.

    2. Définition de la demande de réadaptation. Cette étape consiste à explorer la satisfaction que ressent la personne en ce qui concerne les environnements dans lesquels elle vit, apprend, entretient des relations avec d'autres et travaille et la mesure dans laquelle cette personne espère ou perçoit le changement comme une possibilité, dans l'un ou plusieurs de ces environnements.

    3. Définition du but de la réadaptation et choix de l'environnement où l'atteindre. La personne explore la nature des changements qui accroîtront sa satisfaction et ses réussites et définit l'environnement précis qui sera le plus susceptible de favoriser ces changements. À la fin de ce processus, on fixe un objectif consistant à assumer un rôle précis dans un milieu précis.

    4. Évaluation de l'utilisation des compétences. Cette étape consiste à explorer et à définir les compétences particulières que la personne devra posséder pour pouvoir accomplir un travail, vivre, fréquenter d'autres personnes ou apprendre dans un milieu précis, tel que défini par le but.

    5. Évaluation des ressources. Cette tâche consiste, d'une part, à définir les types de ressources et de soutiens dont la cliente a besoin pour atteindre les niveaux de satisfaction et de réussite prévus dans l'environnement où elle est censée atteindre ses buts et, d'autre part, à établir la disponibilité de ces ressources et de ces soutiens.

    PHASE DEUX : Planification des interventions de réadaptation

    6. Établissement du plan de réadaptation. Il s'agit de la « carte routière » qu'il faut établir pour rendre possibles les interventions de réadaptation et atteindre le but fixé dans l'environnement précisé.

    PHASE TROIS : Interventions de réadaptation

    7. Acquisition de compétences. On applique le processus d'enseignement des compétences qui consiste à décomposer les compétences en des étapes plus réalisables et à les enseigner en séquences logiques, au moyen de plans de leçons et par la communication de rétroaction considérable.

    8. Coordination des ressources. On adopte des stratégies pour palier aux lacunes repérées au chapitre des ressources devant servir normalement à fournir les appuis nécessaires à la délinquante. Pour ce faire, il se peut qu'il soit nécessaire de défendre les droits de cette délinquante et de mener des négociations pour s'assurer qu'elle aura accès aux ressources existantes, pour coordonner l'utilisation de ces ressources de nouvelles façons ou pour créer de nouvelles ressources. (Nel, 1994, pp. 13-17)

Ces techniques de réadaptation psychosociale diffèrent d'un grand nombre des approches de planification des programmes de santé mentale traditionnels sur plusieurs points très importants :

· Les compétences ne sont pas évaluées ni enseignées avant que la délinquante définisse le changement (but) vers lequel ses efforts tendront. Par conséquent, le but favorise l'enseignement de compétences plutôt que la participation à des « programmes » visant à enseigner aux délinquantes des compétences dont elles ont besoin selon l'opinion d'autres personnes. L'enseignement des compétences et le développement des ressources sont individualisés. Avant de définir le but, on encourage une prise de conscience chez la délinquante et l'élimination des obstacles au changement.

· Les buts ne sont pas fixés durant une séance ou deux, mais plutôt dans le contexte d'une relation individuelle permanente établie entre la praticienne et la femme, relation qui est structurée à travers un long processus d'évaluation. La difficulté que présentent les efforts visant à créer de l'espoir chez ces femmes et à éliminer les obstacles au changement est reconnue et prise en considération dans le processus. Seule une praticienne compétente peut s'en charger.

· Des valeurs fondamentales positives visant à donner espoir aux délinquantes et à les encourager à se prendre en charge sont intégrées délibérément à tous les processus d'évaluation, qui sont appliqués de sorte que les structures précises d'exécution des tâches correspondent aux caractéristiques des clientes.

· Les buts, compétences, ressources et plans sont articulés autour du rôle et adaptés à l'environnement précis que choisit l'individu. Le processus est appliqué séparément pour les environnements et rôles psychosociaux, d'apprentissage, de travail et de socialisation. Typiquement, les tâches à assumer dans le domaine psychosocial constituent la principale priorité de ces femmes.

Pour pouvoir appliquer cette approche dans le contexte du programme proposé, il est nécessaire de prévoir les éléments suivants :

1. Un groupe principal d'employées dévoué à ce processus qui intervient auprès des femmes individuelles de manière uniforme et régulière. La création et le renforcement des relations et les activités de réadaptation s'inscrivent dans le cadre d'un processus permanent qui est à la fois officiel et officieux et qui nécessite beaucoup d'interaction.

2. Des effectifs qui ont suivi une formation portant tout particulièrement sur l'approche et qui savent l'appliquer auprès des délinquantes.

3. Un plan de réadaptation psychosociale doit être intégré au plan correctionnel et le remplacer en vue de la mise en liberté.

Conclusion : Les techniques de planification de la réadaptation psychosociale incluent plusieurs approches traditionnelles de planification dans le domaine de la santé mentale telles que la nécessité d'évaluer soigneusement les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives et la nécessité de leur offrir une formation structurée visant à leur enseigner des compétences. Ces techniques diffèrent des approches traditionnelles sur plusieurs points : l'établissement d'un but précède l'enseignement des compétences, l'accent est mis sur le besoin de surmonter les obstacles afin que l'individu s'engage à changer, on adopte des valeurs fondamentales explicites et les techniques appliquées sont centrées tout particulièrement sur la cliente.
Recommandation 3 : Les programmes individuels destinés aux femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives devraient reposer sur le processus de réadaptation psychosociale, dans le cadre duquel des praticiennes faisant partie du personnel et sachant comment appliquer l'approche établissent des partenariats avec les délinquantes sur une base individuelle. Pour faciliter ce processus, il est nécessaire de créer, entre les délinquantes, des relations de soutien mutuel et de faire appel à un petit nombre d'employées qui demeure constant.

 

Caractéristiques du milieu d'habitation

Il est nécessaire pour les femmes qui ont les besoins décrits plus haut d'habiter au sein d'un petit groupe et de bénéficier de la présence régulière d'employées, afin de réduire le stress auquel elles font face et pour qu'on dispose du temps et de l'espace requis pour appliquer le processus de réadaptation psychosociale. Il est proposé que l'environnement créé se présente sous la forme d'un duplex à un étage, composé de deux modules dans chacun desquels seraient hébergées jusqu'à quatre femmes. Ce complexe...

    · devrait ressembler à une maison dans la communauté,

    · devrait comporter le moins d'objets dangereux possible au cas où des résidentes passeraient à l'acte,

    · devrait offrir la possibilité de prendre des mesures de sécurité au cas où des résidentes passeraient à l'acte,

    · devrait offrir aux résidentes un « continuum » d'options et de locaux grâce auxquels elles peuvent assumer un degré plus élevé ou moins élevé de responsabilité, selon les circonstances, pour faire face au stress et aux comportements potentiellement explosifs ou autodestructeurs.

Il faut faire appel à des architectes, à des employées (y compris à des intervenantes de première ligne et à la coordonnatrice du programme RPS) et à des délinquantes pour soigneusement planifier l'aménagement des lieux afin de créer un duplex ayant l'apparence d'une maison ordinaire tout en réduisant au minimum les objets dangereux qu'on y trouve et tout en prévoyant des mesures de sécurité en cas d'urgence. Les architectes doivent suivre les conseils pratiques qui leur sont donnés par des employées expérimentées quant aux caractéristiques détaillées des éléments à inclure dans le duplex, à savoir le type d'ampoules, la taille des couloirs, la possibilité de verrouiller différents secteurs, etc. Il faut engager une coordonnatrice pour le programme le plus rapidement possible et la charger d'obtenir et de faciliter la participation des employées et des délinquantes à la conception du duplex. Pour ce qui est de ce dernier groupe, la coordonnatrice doit rendre visite notamment aux femmes qui sont incarcérées dans les établissements à niveau de sécurité maximale et qui pourraient être transférées au duplex, et les informer des possibilités de placement futur à cet endroit et chercher à obtenir leur participation.

On trouve, à la figure 3, la conception proposée pour le duplex, qui répond aux critères suivants :

· Un maximum de quatre clientes est hébergé dans chacun des deux modules afin que les groupes demeurent de taille restreinte, et le fait de coller deux modules l'un contre l'autre permet à un seul groupe d'employées de surveiller tout le monde. La séparation des deux modules offre de la souplesse, en ce sens qu'elle permet de séparer les femmes incompatibles. Même si quatre personnes par côté représentent un petit nombre, il faut reconnaître que si l'on augmente la taille du groupe, on augmente de façon exponentielle les problèmes pouvant résulter des nouvelles relations créées, qui vont au-delà du simple ajout d'une personne.

· Il s'agit d'une installation qui a l'apparence d'un foyer, qui est attrayante et bien éclairée et où les femmes peuvent décorer les murs, disposent de mobilier confortable et peuvent s'occuper de plantes. La conception de l'intérieur devrait permettre aux femmes de facilement faire des choix concernant l'apparence de leur foyer, tout en permettant à un groupe de femmes qui y serait hébergé par la suite d'y apporter des changements (par exemple, par l'utilisation de babillards ou de cadres dans lesquels les images peuvent être remplacées). Il faut encourager la musique dans cet environnement, en mettant à la disposition des femmes un petit orgue électrique pouvant servir d'instrument d'accompagnement lorsqu'elles chantent.

· Il faut prévoir de nombreux espaces distincts où il fait silencieux pour les femmes, tout en veillant à ce que les employées y aient un accès raisonnable afin qu'elles puissent surveiller les lieux.

· Il faut prévoir des locaux de silence thérapeutique (voir plus loin), et ces locaux devraient être séparés des autres au moyen d'espaces réservés au personnel. Les délinquantes pourraient se rendre à ces locaux lorsqu'elles en ressentent le besoin ou lorsque le personnel détermine que c'est nécessaire, conformément aux politiques et procédures. Le secteur de silence thérapeutique doit comporter des toilettes afin que la femme qui s'y trouve ne soit pas obligée de retourner au secteur d'habitation principal.

· Il faut prévoir deux petites salles de bain pour les résidentes, au cas où elles auraient des problèmes d'hygiène ou auraient besoin d'être éduquées à ce sujet. Les délinquantes dans cette situation ont besoin d'une salle de bain juste pour elles.

· Il y a lieu d'installer de l'isolant de haute qualité contre le bruit entre les deux modules du duplex, entre les chambres à coucher et au coin de détente/tranquillité, afin de réduire la possibilité qu'une détenue en contrarie une autre. Le coin de tranquillité doit être une salle attrayante, paisible et relaxante ayant un bon éclairage naturel.

· Il faut pouvoir verrouiller les chambres à coucher lorsqu'une femme passe aux actes et qu'il est nécessaire d'éloigner les autres femmes.

· Il faut prévoir une cuisine entièrement équipée aux fins de préparation de tous les repas, et cette cuisine devrait donner sur le reste de la maison mais pouvoir être verrouillée lorsque c'est nécessaire (par exemple, des portes doubles pourraient en interdire l'accès).

· Il y a lieu d'aménager, à côté de la cuisine, une salle à manger avec une table où seront pris les repas.

Figure 2 : Plan d'étage proposé pour le duplex RPS

· Il faut prévoir, de chaque côté, un jardin où les femmes peuvent créer leur propre endroit où s'asseoir et peut-être même un potager, séparé du reste de l'établissement. Il n'est pas nécessaire d'isoler le jardin au moyen d'une clôture, mais on peut le délimiter pour éviter que les détenues qui sont seules soient interrompues.

· Il faut aménager des petits bureaux pour la coordonnatrice et l'agente de réinsertion sociale (ARS, voir plus loin) ainsi qu'un bureau commun dont se serviront à la fois les intervenantes RPS et le personnel clinique affectés au duplex, de sorte que les rôles assumés par les employées soient entièrement intégrés au milieu et maximisent l'interaction entre les délinquantes et le personnel. Il faut prévoir une porte donnant accès sur l'extérieur à partir de la salle de détente réservée au personnel, afin que celui-ci puisse arriver au duplex et le quitter sans qu'il soit nécessaire de le traverser.

· L'espace réservé au personnel devrait être divisé en deux au moyen du mur principal séparant les deux modules du duplex, et il faut installer une porte opaque entre les deux sections pour maintenir la séparation des deux modules, tout en permettant au personnel de se déplacer rapidement entre ceux-ci. L'espace réservé au personnel devrait être intégré autant que possible à l'environnement d'habitation des deux côtés du duplex par la construction de murs à mi-hauteur. Les articles qu'il y a lieu de conserver sous clé devraient être placés dans une armoire ou un tiroir verrouillé dans l'aire réservée au personnel ou entreposés dans l'un des bureaux. Cet espace à conception ouverte réservé au personnel assure la présence continue du personnel dans le milieu d'habitation et favorise son accessibilité aux délinquantes et les interactions avec elles. De plus, les employées disposeront de leur propre salle de bain et d'une petite salle de détente, ce qui les encouragera à prendre des pauses sur place.

· Le duplex comporterait aussi une salle polyvalente de réunion et de programmes. On pourra s'en servir pour offrir des programmes individualisés ou comme salle de réunion pour les employées, afin que les rencontres puissent se tenir sur place, ce qui permettra aux intervenantes RPS d'assister aux réunions tout en surveillant les délinquantes. Il y a lieu d'installer dans cette pièce une séparation mobile permettant de la couper en deux au besoin.

· Les portes à l'avant et à l'arrière du duplex devraient être munies d'un système de sonnerie qui préviendra le personnel si des délinquantes quittent le bâtiment ou y entrent.

Conclusion : Il est important de placer les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives dans un environnement où elles font partie d'un groupe à taille restreinte qui à la fois leur offre un milieu ressemblant à un foyer conforme aux normes de la communauté et assure leur protection au cas où certaines d'entre elles passeraient à l'acte. Il est nécessaire d'obtenir les points de vue du personnel et des délinquantes pour établir un juste équilibre entre les différents critères de conception de ce milieu d'habitation.
Recommandation 4 : Concevoir et construire un duplex comportant deux modules pouvant accueillir jusqu'à quatre femmes de chaque côté à l'établissement régional, en se fondant sur la structure et les critères proposés comme point de départ de la planification. Au moment de la conception du duplex, les architectes doivent tenir compte des connaissances spécialisées des employées et des opinions de délinquantes appropriées. Il faut engager une coordonnatrice de programme le plus rapidement possible, afin qu'elle puisse faciliter la participation du personnel et des délinquantes à la conception de ce milieu d'habitation. Un comité constitué de l'architecte principal, du constructeur, de la directrice de l'établissement et de la coordonnatrice du programme RPS prendra les décisions finales concernant toutes les phases du processus de conception et de construction du duplex.

 

Attentes au chapitre des activités quotidiennes et enseignement des compétences au duplex RPS

Les tâches psychosociales quotidiennes telles la cuisine, le nettoyage, la lessive et la budgétisation devraient relever de la responsabilité des délinquantes, mais devraient se faire en collaboration avec les membres du personnel, dans la mesure où c'est approprié compte tenu des compétences et des besoins d'apprentissage de ces femmes. Il est prévu qu'étant donné que les lacunes au chapitre des compétences figurent parmi les critères d'admission au programme, le personnel jouera un rôle important en aidant les femmes à accomplir ces tâches. À mesure que les femmes individuelles améliorent leurs compétences, l'intervention du personnel pourrait diminuer et les femmes pourraient assumer une plus grande responsabilité à cet égard. Il faut offrir le plus grand nombre de choix et d'options possibles à ces femmes dans l'exécution de leurs tâches quotidiennes (par exemple, options relatives aux tâches de nettoyage, etc.). Il faut s'assurer que le budget des repas inclut des fonds pour la nourriture qui sera consommée par les membres du personnel, afin que ces derniers puissent prendre leurs repas avec les femmes sans réduire les ressources dont disposent les délinquantes. Si les employées participent à la préparation des repas mais se sentent mal à l'aise au moment où elles le prennent parce qu'elles accablent le budget, cet exercice ne sera pas très utile et créera de la distance entre le personnel et les délinquantes.

Il faut établir un lien entre les rôles et responsabilités des femmes individuelles et les soutiens dont elles bénéficient par rapport aux tâches de la vie quotidienne et leur plan de réadaptation psychosociale, soit en établissant ce lien avec le deuxième module RPS, dans le cadre duquel les délinquantes surmontent des obstacles au changement et prennent conscience des possibilités de transfert à un environnement résidentiel différent, soit en utilisant le module d'enseignement des compétences une fois qu'un objectif aura été fixé par rapport à leur milieu d'habitation futur. La thérapeute occupationnelle aidera le personnel dans la planification et l'exécution des fonctions liées aux tâches de la vie quotidienne. Les expériences pratiques liées à l'exécution des tâches quotidiennes devraient constituer le mécanisme principal utilisé pour l'enseignement des compétences et peuvent être structurées délibérément comme un processus d'apprentissage pour les femmes ayant des besoins particuliers. Les relations interpersonnelles et les interactions sociales au sein de la maison offriront également des occasions pratiques d'enseigner des façons positives de communiquer, de s'adapter aux situations qui se présentent et de résoudre les problèmes au niveau élémentaire. Il y a lieu d'établir un lien entre, d'un côté, ces expériences et le processus d'enseignement et, de l'autre, les plans de réadaptation des délinquantes dans leur milieu d'habitation et de socialisation. La psychologue et la thérapeute occupationnelle aideront le personnel à dispenser ces programmes aux femmes dans ces domaines.

Le degré de structuration des horaires quotidiens fixés pour les femmes individuelles variera selon leurs capacités telles que définies dans les plans de réadaptation individuelle, mais ces femmes disposeront du plus grand choix possible, dans la mesure où elles sont capables de faire des choix en toute sécurité et sans danger pour les autres. Ici aussi, étant donné les lacunes considérables au chapitre des compétences, il se pourrait qu'au début, on soit obligé de structurer les horaires.

Les occasions qui s'offrent à des femmes individuelles d'avoir des interactions avec les autres délinquantes et les membres du personnel et de s'adonner à des loisirs ensemble en dehors des programmes officiels représentent une grande priorité et un excellent moyen pour établir les relations fondées sur la confiance que nécessite l'intervention aux fins de réadaptation psychosociale. Les employées affectées à la maison seront tenues de participer, dans la mesure du nécessaire, à des interactions récréatives positives et de faciliter ce genre d'activité.

Conclusion : Le milieu d'habitation est un important contexte dans lequel ces femmes peuvent faire l'apprentissage de compétences fondamentales et assumer des responsabilités pratiques, mais il sera nécessaire pour les employées de leur offrir une aide et un soutien à cette fin. Le processus d'apprentissage fournit les meilleurs résultats lorsqu'il est structuré et se fait délibérément dans le cadre de l'exécution de tâches de la vie quotidienne et lorsque la communication continuelle de rétroaction en fait partie intégrante. Les problèmes sur le plan des communications interpersonnelles seront constants et représenteront un précieux véhicule pour l'apprentissage des compétences de résolution des problèmes.
Recommandation 5 : Les employées devraient planifier la formation sur les compétences de sorte à profiter des activités quotidiennes qui sont accomplies dans le cadre de la vie quotidienne courante pour enseigner ces compétences. Il faut aussi voir les communications et les relations interpersonnelles comme des occasions d'enseigner des compétences sociales. Les plans d'action relatifs à l'enseignement des compétences devraient reposer sur le plan de réadaptation psychosociale. Il y a lieu de tenir des réunions structurées quotidiennement pour faciliter la gestion des tâches quotidiennes, les interactions et l'exécution des responsabilités à la maison.

 

Le travail, l'apprentissage, les programmes de loisir et les compétences

Les plans de réadaptation psychosociale définiront la participation d'une délinquante aux programmes de travail, d'apprentissage et de loisir et, par conséquent, il est impossible de savoir exactement quelles expériences d'apprentissage seront offertes. Cependant, on peut déjà formuler un certain nombre de directives générales, en se basant sur l'évaluation globale des besoins de ces femmes, tels que définis durant les entrevues menées avec elles et avec les membres du personnel.

· Intégration aux programmes réguliers par opposition aux programmes spécialisés. Il y a lieu d'encourager la participation des délinquantes aux programmes correctionnels et d'éducation de base destinés à la population carcérale générale, pour autant que cette participation profite à la délinquante individuelle et soit reliée au plan RPS. Typiquement, il est nécessaire pour ces femmes de recevoir de l'aide d'une bénévole ou d'une autre délinquante pour pouvoir participer aux programmes ordinaires. Du moins dans certains cas, il est probable que le plan RPS nécessitera la mise sur pied de programmes individualisés ou de programmes offerts à de petits groupes au sein de la maison, parce que le contenu de ces programmes n'est pas offert dans le cadre des programmes réguliers ou parce que la méthode d'enseignement appliquée dans le cadre de ceux-ci est trop compliquée pour la délinquante concernée. Ces interventions individualisées ou assurées dans le cadre d'un petit groupe nécessiteront une planification minutieuse et des connaissances spécialisées dans des disciplines comme la thérapie occupationnelle, la psychologie et les soins infirmiers. Les employées à la section des programmes à la Prison des femmes ont réuni un vaste éventail de matériaux pédagogiques et ont mis sur pied, pour les femmes se trouvant à l'Unité des délinquantes ayant des besoins spéciaux, de simples programmes qui pourraient s'avérer très utiles durant la planification et la prestation des programmes dans le contexte qui nous intéresse ici.

· Besoin de mettre l'accent sur les arts créateurs et les activités de prise de conscience de soi. Il est important pour ces femmes d'être conscientes d'elles-mêmes et un grand nombre d'entre elles ont des dispositions musicales et artistiques. Ces programmes procurent les meilleurs résultats lorsqu'ils sont dispensés à de petits groupes ou sur une base individuelle, et il faut tenir compte de la nature de ces programmes au moment de l'évaluation des effectifs à affecter aux programmes en général. Ces femmes devraient également être encouragées à participer aux programmes de loisir plus généraux à l'établissement, dans la mesure où c'est approprié.

· Sentiment d'appartenance au milieu d'habitation. Des sentiments de fierté et d'appartenance au duplex sont importants pour ces femmes, car ils leur donnent confiance en elles et créent chez elles une impression d'autoefficacité. Elles ont toujours habité dans des milieux où elles n'avaient aucun contrôle par rapport à leur environnement. Les employées devraient faciliter l'organisation, de concert avec les femmes, de projets qui les incitent à s'intéresser davantage à leur milieu d'habitation tout en accomplissant une activité utile ( par exemple, en aménageant un potager, en améliorant l'apparence interne de la maison, en organisant de petits événements sociaux pour les autres membres du groupe ou pour souligner des événements spéciaux). Il serait extrêmement utile d'assurer au personnel une formation portant sur les approches « clubhouse » telles qu'appliquées dans le contexte de l'intervention auprès de personnes souffrant de déficiences, car elle leur fournirait un fondement philosophique pour ce genre de travail. Il y a lieu d'organiser, tous les jours, des réunions structurées qui réuniraient les membres du petit groupe vivant ensemble et où l'on discuterait des préoccupations quotidiennes sur le plan pratique.

· Meilleure estime de soi et réalisations personnelles grâce à des projets de travail et de service. Les projets de travail formeront probablement un élément important des plans RPS et devraient être définis en fonction de ceux-ci. Le service peut se présenter sous la forme de projets dont l'accomplissement donne un sentiment de fierté aux délinquantes par rapport à leur milieu d'habitation (création d'un potager). De façon générale, il faut mettre l'accent sur le travail et le service assurés en appliquant la philosophie « clubhouse » en vertu de laquelle les projets de travail :

    · sont visibles et appréciés par les autres personnes dans le duplex ou au sein de la population carcérale plus générale;

    · sont clairs, structurés et réalisables pour la délinquante, dont les réalisations sont évidentes;

    · offrent de nombreuses occasions d'obtenir des succès immédiats et de faire des progrès manifestes;

    · sont appréciés dans la communauté (par exemple, que l'on vend des items ou des services en dehors du pénitencier);

    · peuvent varier avec le temps, pour permettre l'apprentissage d'une diversité de tâches.

Depuis toujours, le nettoyage constitue une tâche courante dans les pénitenciers, mais ce genre d'activité ne satisfait pas nécessairement aux critères susmentionnés, surtout lorsqu'elle est accomplie dans les secteurs moins visibles. Les efforts des délinquantes risquent de ne pas être reconnus, et cette activité ne comporte aucun résultat très visible et n'offre pas la possibilité de recevoir de la rétroaction. Par contraste, des tâches plus utiles dans ce contexte peuvent consister à confectionner des objets artisanaux qui peuvent être utilisés, exposés ou vendus dans la communauté (on pense par exemple au tricotage de vêtements pour un enfant d'une autre détenue et à la préparation de nourriture en prévision de certains événements). Il faut soigneusement définir les affectations des délinquantes en se fondant sur leur plan RPS, sur leurs forces et limites et sur les récompenses précises inhérentes à une activité particulière. La thérapeute occupationnelle devrait aider à créer les programmes dans ce secteur, et il faut assurer aux employées une formation sur les approches « clubhouse ».

Il se peut qu'il soit nécessaire de prévoir une certaine aire de travail dans l'aire réservée aux programmes généraux à l'établissement, où l'on pourrait accomplir le travail effectué dans le cadre des projets et entreposer le fruit des activités accomplies. Il y a très peu de place dans l'aire réservée aux programmes à l'établissement Nova, qui devra donc établir quelle est la meilleure façon d'offrir cet espace.

Conclusion : Typiquement, ces femmes craignent les nouvelles situations d'apprentissage étant donné les échecs qu'elles ont essuyés dans des situations de groupe. D'un autre côté, elles apprécient souvent des tâches valables, structurées et pratiques qui leur permettent d'obtenir de la rétroaction positive et grâce auxquelles leurs efforts sont reconnus. Elles ont des dispositions particulières pour l'art et la musique.
Recommandation 6 : La définition d'activités précises à accomplir individuellement ou au sein d'un petit groupe en conformité avec le plan de réadaptation psychosociale dressé pour chacune des délinquantes devrait offrir à celles-ci des possibilités de participer aux programmes réguliers, à des projets de travail et de service précis et à des activités artistiques favorisant l'expression de soi et la prise de conscience et d'acquérir un sentiment d'appartenance au milieu d'habitation. Ces programmes devraient reposer sur la philosophie « clubhouse » de sorte à favoriser la reconnaissance des délinquantes grâce au travail et aux services qu'elles accomplissent et de sorte à leur enseigner des compétences au moyen d'expériences pratiques.

 

Gestion du comportement dans le milieu d'habitation

La mise en oeuvre efficace du programme de réadaptation psychosociale, l'investissement fait par les femmes dans le cadre de ce processus et la structure et le soutien assurés par le personnel et les programmes devraient réduire les problèmes comportementaux avec le temps. Or, ces femmes ont des problèmes comportementaux qui remontent à loin et qui se manifesteront inévitablement et auxquels il faut réagir efficacement dans le contexte de l'équipe. Fréquemment, pour ces femmes, le passage à l'acte est une façon de réagir à des tensions et à des circonstances précises qui se présentent dans leur milieu ou à des changements imprévus dans leur vie, qui sont d'autant plus compliqués du fait qu'elles ne possèdent pas les compétences qui leur permettent de s'y adapter ou de résoudre les problèmes qui surviennent. Dans le cas des femmes ayant des lacunes sur le plan cognitif, les conséquences doivent être immédiates, concrètes, directes, uniformes et naturelles. Tous les membres de l'équipe doivent appliquer uniformément les approches précises adoptées, afin que chaque délinquante sache quelles sont les attentes en des termes concrets.

Il risque d'y avoir de sérieux conflits, d'une part, parce qu'on met l'accent sur les choix et la prise en charge, qui représentent les éléments fondamentaux des efforts visant à donner à ces femmes de l'espoir et de la confiance en soi et à les amener à s'intéresser à leur propre vie et, de l'autre, parce qu'il est nécessaire d'instaurer des programmes de gestion du comportement et de prendre des mesures qui, d'après les employées, sont nécessaires en réponse aux comportements difficiles. Lorsque quelqu'un passe à l'acte, il faut être conséquent et prendre des mesures qui habituellement ont pour effet d'éliminer le contrôle qu'a la personne concernée et d'aggraver sa dépendance. S'il y a un manque d'attention positive dans l'environnement, les conséquences négatives et l'attention qui en résultent peuvent en réalité renforcer le comportement négatif chez des femmes qui n'ont pas reçu assez d'attention positive durant de longues périodes passées en établissement. Par ailleurs, si les interactions entre les employées et des femmes individuelles sont dictées par des plans précisant les comportements à adopter, à ce moment-là, il est difficile ou impossible d'établir, avec ces femmes, des liens véritables fondés sur la confiance. Il est difficile de savoir où s'arrête le besoin de réagir de façon uniforme à certains comportements et où commence le non-respect des valeurs clés du programme de réadaptation psychosociale. Il y a plusieurs éléments qui doivent être présents si l'on veut réussir à établir un juste équilibre entre ces différents aspects :

Règles à suivre à la maison et conséquences naturelles. N'importe quel groupe de personnes a besoin d'un certain nombre de règles fondamentales pour pouvoir habiter ensemble, et ces attentes doivent être clairement définies par les femmes et les employées au milieu d'habitation dès le début. La violation de ces règles pourrait donner lieu à des conséquences naturelles par opposition à des conséquences « personnelles » ayant pour but de contrôler le comportement de la personne concernée. Par exemple, les autres résidentes refuseront de fréquenter une personne qui ne prend jamais un bain, et par conséquent, l'une des attentes à la maison est que les résidentes respectent les règles minimales de l'hygiène. Une femme particulière a peut-être besoin qu'on lui enseigne certaines compétences, qu'on l'encourage et qu'on la félicite pour les efforts qu'elle faits à cet égard, mais au bout du compte l'une des conséquences de son manque d'hygiène pourrait être qu'elle ne peut plus prendre ses repas avec les autres. Une conséquence due à un « comportement personnel » et une conséquence « naturelle » peuvent être très similaires dans certaines situations pour ce qui est du résultat final, mais leur interprétation et la façon dont on y arrive sont très différentes. Dans le premier cas, elle est perçue comme une mesure prise par le personnel pour contrôler le comportement d'une personne, tandis que, dans le deuxième cas, il s'agit d'une attente que partagent tous les membres présents (y compris les membres du personnel) et imposée par le personnel dans le cadre du rôle qu'il est appelé à jouer dans le milieu d'habitation.

Réunions de l'équipe multidisciplinaire et communication au sein de celle-ci. L'élaboration d'approches équilibrées et uniformes en réponse aux problèmes comportementaux est une tâche très difficile que les employées peuvent seulement accomplir s'ils tiennent compte de tous les points de vue et communiquent fréquemment entre eux. L'équipe multidisciplinaire doit se réunir officiellement toutes les semaines afin de discuter des progrès faits par les femmes dans le cadre du programme et pour coordonner les efforts et les activités liées aux projets menés au sein des groupes plus restreints. À ces réunions doivent assister tous les membres du personnel participant au programme, y compris la coordonnatrice, la psychologue, la thérapeute occupationnelle, l'infirmière, l'agente de réinsertion sociale (voir plus loin), autant d'intervenantes RPS que possible et, dans toute la mesure du possible, le plus grand nombre d'employées qui sont impliquées dans les activités en cours. Il faut prendre des mesures particulières pour structurer la participation des intervenantes RPS, et il faut réserver des fonds à cette fin. Voici les possibilités en ce qui concerne la tenue de réunions :

    · tenir les réunions au moment du changement de quart;

    · permettre aux employées assistant aux réunions de prendre un congé compensatoire à une date ultérieure;

    · tenir les réunions lorsque les femmes sont absentes, afin que le personnel travaillant le quart puisse y participer.

Nécessité de réfléchir soigneusement aux valeurs du personnel, aux styles d'interaction et aux valeurs RPS. Il est impératif que les employées réfléchissent à leurs propres valeurs, aux valeurs sur lesquelles reposent la réadaptation psychosociale et à leur propre comportement et style d'interaction lorsqu'ils examinent les interventions précises en réponse à des problèmes comportementaux. Parfois, on peut éviter les problèmes, si le personnel intervient de façon préventive, tandis que dans d'autres circonstances, il peut être important de ne pas faire attention à la situation ou de reconnaître que le comportement est problématique uniquement pour le personnel, plutôt que du point de vue du fonctionnement de l'individu ou de la sécurité du milieu d'habitation. Pour prendre des décisions et dresser des stratégies à cet égard, les membres de l'équipe doivent communiquer entre eux, avoir une vision commune du programme et posséder des connaissances dans le domaine de la réadaptation psychosociale et de la gestion des comportements. La formation et l'établissement d'une solide équipe constituent des éléments importants contribuant à la réussite des efforts déployés.

« Continuum » d'options de silence thérapeutique. Un autre élément clé de la gestion des comportements consiste à travailler avec les femmes individuelles afin d'améliorer leurs compétences d'adaptation et de résolution des problèmes face à des facteurs stressants précis. Il faut leur offrir un continuum d'options qui leur permettent de prendre des mesures pour contrôler leurs comportements ou pour demander de l'aide au personnel. Il faut réserver de l'espace dans le milieu d'habitation où ces femmes peuvent s'isoler lorsqu'elles éprouvent du stress. Ces options devraient inclure les mesures que voici :

    · il faut faire en sorte que la chambre à coucher des délinquantes soit un endroit où elles peuvent se détendre en leur donnant la possibilité de la décorer et de décider de son apparence et en l'isolant contre le bruit venant d'ailleurs dans le milieu d'habitation;

    · il faut prévoir, à l'extérieur de chacun des modules du duplex, un endroit tranquille où les délinquantes peuvent relaxer;

    · il faut prévoir, dans le milieu d'habitation, une salle de détente/tranquillité où les femmes peuvent chercher refuge et qui comporte un mobilier attrayant, qui est bien éclairé et qui est protégé contre le bruit;

    · il faut aménager une chambre sécuritaire de silence thérapeutique que l'on peut verrouiller et surveiller au moyen d'une caméra; une délinquante devrait pouvoir demander à y être placée pour sa propre protection ou y être placée pour cette raison par le personnel en conformité avec des politiques et procédures précises.

Recommandation 7 : Le personnel doit établir un équilibre entre, d'une part, la nécessité de donner de l'espoir aux délinquantes et de leur permettre de se prendre en charge, aspects inhérents à la réadaptation psychosociale, et, d'autre part, le besoin de réagir aux problèmes comportementaux des délinquantes. Pour établir l'équilibre approprié, il faut adopter certaines attentes définies par le groupe hébergé dans la maison, appliquer des mesures « naturelles », organiser des réunions de l'équipe multidisciplinaire, amener le personnel à réfléchir aux valeurs et au style d'interaction et offrir un continuum d'options permettant aux délinquantes de s'isoler les unes des autres.

Silence thérapeutique. Le silence thérapeutique est un élément essentiel de la conception du duplex et doit être régie par des procédures particulières élaborées pour le lieu d'habitation. Les femmes qui ont des lacunes sur le plan cognitif peuvent perdre le contrôle de leur comportement et passer à l'acte, de sorte qu'il soit nécessaire d'intervenir et de les isoler dans un endroit verrouillable de l'extérieur et de prendre de claires mesures à leur égard, que cette intervention dure quelques minutes ou quelques heures. Cependant, l'isolement de longue durée va à l'encontre du but recherché, parce que la délinquante oublie pourquoi elle se retrouve dans cette situation et risque de se sentir encore plus désespérée et dépendante et de perdre tout espoir. Souvent, le recours à l'isolement ne convient pas aux circonstances, mais l'utilisation, pendant une courte période, d'une des options de silence thérapeutique est nécessaire si l'on veut éviter d'avoir à recourir à l'isolement. L'isolement demeure toujours une possibilité, mais seulement en dernier recours et on ne s'attendrait pas à ce quiconque s'en serve. Si l'on y a fréquemment recours dans un cas particulier, les employées devraient mettre en doute l'efficacité du programme établi pour la femme concernée. La psychologue devrait collaborer avec les membres du personnel, tout en consultant l'administration de l'établissement, pour définir par écrit des procédures précises concernant le recours aux périodes de silence thérapeutique. La psychologue devrait consulter également l'équipe chargée des programmes à la Prison des femmes, du fait qu'elle possède de l'expertise et de l'expérience dans le contexte des séances thérapeutiques pour les femmes ayant des besoins spéciaux. Les employées correctionnelles chevronnées qui ne sont pas familières avec les séances de silence thérapeutique risquent de penser que cette méthode pourrait présenter un risque dans les situations où auparavant elles avaient recours à l'isolement. Il sera important d'offrir aux employées une formation sur les séances de silence thérapeutique et un soutien pour les encourager à s'en servir.

Intervention médicale/psychiatrique et utilisation de médicaments. En faisant intervenir des infirmières psychiatriques et en instituant des régimes précis d'administration de médicaments, on peut aider les femmes en situation de crise et leur enseigner des compétences d'adaptation. Dans ce cas-ci, l'administration de médicaments peut représenter une forme de contrainte chimique tout comme les séances de silence thérapeutique peuvent représenter une forme de contrainte physique. Les deux approches procurent des avantages, ont de graves effets secondaires et risquent de limiter les droits de la personne qui en fait l'objet. Historiquement, les pénitenciers ont souligné les avantages de la contrainte physique, tout en minimisant la gravité de ses effets secondaires et violations des droits, mais ont toujours désapprouvé l'utilisation de moyens de contrainte chimique et, dans ce cas-là, ont souligné les dangereux effets secondaires et les atteintes potentielles aux droits des prisonniers. Il est important qu'un nombre considérable des membres de l'équipe possède des qualifications dans le domaine médical, psychiatrique et des services infirmiers afin que l'équipe puisse peser les avantages et les dangers éventuels que présente le recours à des médicaments et élaborer des procédures écrites appropriées relatives à leur utilisation. L'infirmière devrait se charger de formuler ces procédures après avoir consulté des médecins, les autres membres de l'équipe et l'administration. Il faut prendre des dispositions pour que le médecin-conseil participe à au moins une partie de la réunion hebdomadaire de l'équipe multidisciplinaire.

Recommandation 8 : La possibilité de placer les femmes en silence thérapeutique doit constituer un élément essentiel de la conception du duplex afin de permettre aux femmes d'apprendre à mieux gérer les situations stressantes et de s'isoler à un endroit sûr lorsqu'elles présentent un danger pour elles-mêmes. Il faut élaborer des procédures précises par écrit pour surveiller le recours à cette méthode, et les employées doivent suivre une formation sur son application. L'administration de médicaments peut également constituer un outil utile pour aider les femmes dans des situations stressantes, mais doit faire l'objet d'une surveillance rigoureuse et être régie par procédures écrites.

 

La stigmatisation par opposition au soutien et à l'enseignement assurés par les codélinquantes

Les femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et sur le plan cognitif peuvent être perçues de différentes façons par les autres délinquantes et les autres membres de la communauté carcérale. Les sentiments éprouvés à leur égard peuvent aller de dédain et de rejet à de la solidarité. Fréquemment, dans leur passé, ces femmes ont été isolées, rejetées et stigmatisées. L'ancienne maison structurée à l'établissement Nova était connue sous le nom de « maison de folles ». Par contraste, des délinquantes individuelles expriment souvent le désir d'aider ces femmes, si elles ne sont pas obligées d'habiter avec elles 24 heures sur 24. Si les femmes participant au programme RPS sont gravement stigmatisées par les autres, elles refuseront de participer au programme et passeront à l'acte pour perturber son déroulement. Les femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives seront inévitablement perçues comme « différentes » à cause de leur comportement et de leur participation au programme. Toutefois, il faut minimiser ou éviter la stigmatisation causée par ces différences. Il y a un certain nombre de mesures qu'il faut prendre pour combattre la stigmatisation :

· Entraide et enseignement de la part des autres délinquantes. La principale mesure qu'il faut prendre est d'offrir la possibilité à d'autres délinquantes d'intervenir auprès des femmes participant au programme RPS dans le cadre de leurs activités régulières, intervention qui se présente sous la forme d'interaction et de soutien structurés et individuels assurés de plein gré. Ce genre d'intervention peut combattre l'isolement de ces femmes et permettre à leurs codélinquantes de communiquer avec elles d'une façon bienveillante et productive, donnant par le fait même aux deux parties le sentiment d'avoir accompli quelque chose. Les femmes ayant des lacunes au chapitre des compétences de base deviennent des individus uniques qui bénéficient du soutien et qui, de leur côté, peuvent manifester de l'affection. Les délinquantes qui assurent ainsi un soutien peuvent défendre, auprès des autres délinquantes, les intérêts des femmes participant au programme RPS qui ont peut-être de la difficulté à communiquer avec elles. Les délinquantes qui assurent ce soutien ont la satisfaction d'aider d'autres personnes, et les femmes individuelles reçoivent l'attention personnelle dont elles ont besoin pour participer aux programmes ou pour apprendre des compétences.

· Éducation des codélinquantes. Il y a lieu d'éduquer les autres délinquantes à propos de la nature du programme RPS et à propos des besoins des femmes qui y participent, dès qu'elles arrivent à l'établissement. La mobilisation des délinquantes pour les amener à assurer un soutien à ces femmes peut constituer le véhicule utilisé pour amorcer ce processus d'éducation, qui devrait être assuré de façon constante dans le cadre du programme régulier d'orientation des délinquantes. Les délinquantes offrant un soutien aux autres délinquantes devraient jouer un rôle clé dans l'éducation des délinquantes qui arrivent à l'établissement, à l'occasion des séances d'orientation.

· Formation sur l'entraide assurée entre délinquantes. Les employées affectées au programme doivent collaborer avec le Comité des détenues pour concevoir et dispenser un programme de formation destiné aux délinquantes qui se portent volontaires pour intervenir auprès des femmes qui ont des lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives. Il est important que ces délinquantes comprennent les difficultés auxquelles ces femmes font face, leurs besoins en matière de compétences, l'approche sur laquelle repose la réadaptation psychosociale et les façons efficaces d'aider ces femmes.

· Sentiment d'appartenance et caractère attrayant du milieu d'habitation. Les femmes qui sont des candidates au programme doivent participer à l'aménagement de leur lieu d'habitation dès le début, et les employées doivent faciliter leurs efforts de décoration et d'amélioration des lieux dès le moment où elles commencent à y habiter. Le duplex a été conçu de façon à être plus attrayant que les autres maisons (c'est-à-dire, groupe plus restreint, salle de détente/de tranquillité, espace privé à l'extérieur, etc.) et les femmes individuelles comprendront les avantages d'y être transférées. Il faut mettre l'accent sur ces éléments, et les employées doivent s'évertuer à créer, parmi les femmes qui y habitent, un sentiment d'appartenance au milieu d'habitation, tout en les amenant à comprendre pourquoi le milieu où elles se retrouvent est adapté à leurs besoins.

· Participation à des programmes réguliers. Les femmes participant au programme RPS devraient avoir la possibilité de participer aux programmes réguliers et aux programmes de loisir, dans la mesure où cela sert leurs intérêts. Les employées doivent être particulièrement attentives pour éviter qu'il soit nécessaire d'appliquer les procédures de sécurité normalisées dans le cas des femmes participant au programme, par exemple, l'utilisation d'escortes qui réduirait sérieusement la capacité de ces femmes de participer à des programmes réguliers à cause d'un manque de personnel. Lorsqu'une certaine surveillance est essentielle, l'équipe multidisciplinaire devrait trouver des solutions de rechange originales. Elle pourrait, par exemple, faire appel aux délinquantes qui assurent de l'entraide ou à des bénévoles, communiquer avec les employées dans le secteur des programmes, etc.

· Respect des critères d'admission. Tout écart par rapport aux critères d'admission et toute participation au programme de femmes ayant de meilleures capacités cognitives ou n'ayant pas de lacunes évidentes au chapitre des compétences de base nuiront à l'image de la maison comme un lieu d'éducation positif et lui donneront la réputation d'être un endroit où sont placées les délinquantes qui passent à l'acte.

Recommandation 9 : La stigmatisation de ces délinquantes et les stéréotypes répandus à leur sujet présentent une grave menace pour le succès du programme et devraient être minimisés ou limités au moyen de mesures visant à créer un programme d'entraide des délinquantes, à éduquer les autres délinquantes, à encourager un sentiment d'appartenance parmi les femmes placées dans la maison, à respecter les critères d'admission et à assurer l'intégration des délinquantes aux programmes réguliers.

 

Établissement de liens en vue de la réinsertion sociale

Les femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives auront besoin d'un quelconque soutien permanent dans la communauté durant le restant de leur vie. Il est impératif de reconnaître que si le système correctionnel ne fournit pas lui-même ce soutien ou ne s'assure pas que d'autres le font, le système correctionnel sera inévitablement obligé de garder ces femmes dans un pénitencier, ce qui coûte cher et fait du tort à ces femmes et à la société, à cause de la perpétration des nouvelles infractions qu'elles commettront. De plus, si l'on se fie aux opinions exprimées durant les entrevues avec le personnel et les détenues et aux recherches effectuées par d'autres chercheurs (Kendall, 1995), le plan correctionnel et le processus de libération actuels présentent de graves problèmes pour les femmes faisant partie de la population carcérale générale, notamment à cause d'un manque de continuité, de communication et de collaboration entre le pénitencier et les ressources communautaires, qu'elles fassent partie ou non du système correctionnel. Ce processus est encore plus problématique dans le cas des femmes qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives, parce qu'elles ont beaucoup plus de difficulté à s'ajuster à de nouveaux milieux et à de nouvelles relations et à faire le transfert de leurs compétences et des relations entre les différents milieux. Les transitions doivent se faire lentement et être facilitées par la présence de relations stables pour réussir. La procédure actuelle de mise en liberté relativement impersonnelle qui consiste à confier la personne libérée à de nouveaux agents de correction et à de nouveaux responsables du soutien dans de nouvelles juridictions favorise la récidive parmi ces femmes. Il est nécessaire d'adopter un modèle de rechange basé sur l'« approche de l'affirmation de soi en société », conceptualisée et appliquée par Stein et Test (1985).

L'agente de réinsertion sociale principale doit jouer un rôle constant dans le cadre du programme en établissement, de sorte qu'on accorde la plus haute priorité à la création d'une solide relation avec chacune des femmes pour les aider à faire la transition à la communauté. Il n'est pas possible d'établir ce genre de relation avec ces femmes si cette agente se trouve dans la communauté et peut seulement se rendre à l'établissement périodiquement. Toutefois, il est possible pour une agente affectée ainsi à l'établissement qui entretient de solides liens avec une délinquante donnée de se rendre dans la communauté où habite cette dernière et d'établir de solides relations avec les organismes et intervenants qui lui offrent un soutien communautaire, dans le but de faciliter cette transition.

Agent de réinsertion sociale. On propose la création d'un poste dont le titulaire aurait des fonctions précises dans le cadre du programme RPS et dont le rôle principal consisterait à faire le lien entre l'intervention auprès de la femme au sein du pénitencier et le système de soutien dont elle bénéficiera au moment de sa mise en liberté dans la communauté. Voici les responsabilités clés rattachées au poste d'« agente de réinsertion sociale » :

    · Bâtir une relation fondée sur la confiance sur une base individuelle avec les délinquantes au moyen d'interactions officieuses et officielles.

    · Participer au processus de planification de la réadaptation psychosociale défini pour la délinquante dans le cadre du partenariat créé entre celle-ci et l'intervenante RPS responsable de son cas. Le contexte dans lequel la délinquante devra atteindre les buts fixés à l'endroit où elle habite devra reposer sur ses critères personnels. Il faut déployer des efforts considérables pour déterminer ce qui a fourni de bons résultats et ce qui a échoué par le passé et évaluer ce que la personne concernée est capable et incapable de faire.

    · Participer à l'établissement des plans d'action, à l'enseignement des compétences et à l'établissement des programmes individualisés de concert avec chacune des délinquantes, selon le besoin.

    · Créer des contacts dans la communauté où la délinquante sera mise en liberté et visiter cette communauté pour exiger, négocier et coordonner la mise sur pied de systèmes qui fourniront un soutien à la délinquante une fois qu'elle sera libérée, conjointement avec celle-ci et en se fondant sur son plan RPS.

    · Assurer la formation et l'éducation des personnes et des organismes qui offriront un soutien à la délinquante une fois qu'elle aura été mise en liberté pour les informer des besoins, des buts et des antécédents de cette délinquante.

    · Assumer la responsabilité première pour les fonctions de gestion du cas une fois que la délinquante est admise au programme RPS;

    · Accompagner la délinquante au moment de sa mise en liberté et lui offrir le soutien nécessaire à l'endroit où elle habite pendant une période de transition, selon le besoin. Pour ce faire, il se peut qu'il soit nécessaire de passer un certain nombre de jours dans la communauté où la délinquante est mise en liberté.

    · Rendre régulièrement visite à la délinquante dans la communauté où elle a été mise en liberté tout en surveillant et tout en continuant à éduquer les employées clés qui font partie du système de soutien communautaire.

    · Repérer, éduquer et aider les intervenantes clés dans les centres dans la communauté vers où les femmes déménagent typiquement au moment de leur libération. Étant donné qu'un grand nombre des femmes qui sont de possibles candidates pour ce programme viennent de Terre-Neuve, les soutiens prévus dans la ville de St. John's seront particulièrement importants.

L'agente de réinsertion sociale jouera un rôle essentiel en maximisant la probabilité de réussite des efforts faits par la femme pour s'ajuster au réseau de soutien au moment de sa mise en liberté, ce qui aura pour effet de réduire les risques de récidive. La personne qui occupe ce poste devra posséder de solides compétences interpersonnelles pour pouvoir créer des relations fondées sur la confiance avec les femmes, devra être en mesure d'appliquer une approche positive, persistante et directe pour obtenir les ressources nécessaires et faire preuve d'excellence dans la coordination et l'éducation des intervenantes offrant les appuis nécessaires dans la communauté.

Ressources financières à affecter à la réinsertion sociale. Chaque processus de mise en liberté dans la communauté et chaque plan RPS seront adaptés tout particulièrement aux besoins de la délinquante et seront définis en fonction des ressources qui existent au niveau local, des personnalités et des organisations individuelles et des arrangements particuliers pris. Les centres correctionnels communautaires typiques, où l'on trouve un grand nombre de résidents qui vivent ensemble, dont la majorité sont de sexe masculin, sont en général des endroits qui se prêtent mal au transfert des délinquantes au moment de leur libération. Afin de faciliter la réinsertion sociale et l'établissement de bons plans de libération, il faut prévoir des fonds dans le budget affecté au programme RPS pour les activités suivantes :

    · voyages fréquents à différentes communautés dans toute la région, et plus particulièrement à Terre-Neuve;

    · formation d'intervenantes clés dans la communauté pour leur enseigner l'approche RPS;

    · si nécessaire, recrutement à contrat d'intervenantes additionnelles qui offriront des appuis aux femmes, lorsque la période de transition entre l'établissement et la communauté se prolonge.

Efforts visant à créer un partenariat avec les services de santé mentale et communautaires provinciaux. Aussi bien en Nouvelle-Écosse qu'en Ontario, les ministères provinciaux responsables des services de santé et des services communautaires reconnaissent l'importance des activités de réadaptation psychosociale du point de vue conceptuel et philosophique, et on y trouve certains programmes, mais les restrictions financières ont fort diminué leur disposition à offrir des services aux délinquantes étant donné que les services offerts actuellement sont déjà surchargés par leurs propres clients. Une stratégie que l'on pourrait adopter serait de collaborer avec des décideurs provinciaux clés à l'établissement de nouveaux programmes mixtes qui pourraient, dès le début, desservir des clients venant de ces différents secteurs.

Conclusion : Le processus de mise en liberté que l'on trouve actuellement dans le système correctionnel est peu efficace dans le cas des femmes ayant des lacunes au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives, du fait qu'il ne permet pas de maintenir des relations constantes pour les femmes une fois qu'elles retournent à la communauté. Il faut adopter un processus en vertu duquel on exige et assure l'établissement de plans individualisés, prévoyant notamment l'éducation des membres des réseaux de soutien dans la communauté.
Recommandation 10 : Il faut créer un modèle de rechange pour la mise en liberté en vertu duquel une agente de réinsertion sociale établit de solides relations avec les délinquantes individuelles à l'établissement et puis se sert de ces relations pour faire le lien avec le milieu assorti des appuis nécessaires dans lequel ces délinquantes se retrouveront par la suite dans la communauté. Il faut prévoir suffisamment de fonds pour rendre possible ce processus de réinsertion sociale dans la communauté. L'agente de réinsertion sociale doit travailler à partir de l'établissement afin de pouvoir établir, avec les délinquantes individuelles, les solides relations essentielles à la réussite des efforts faits dans cette optique.

 

Effectifs, qualifications et rôles

Effectifs. On propose que les effectifs indiqués ci-après soient affectés au programme RPS pour un groupe de huit délinquantes au maximum. Ces nouveaux effectifs viendraient s'ajouter à ceux qui existent déjà au pénitencier. Voici quelle serait la composition de ces effectifs :

    · 1 coordonnatrice de programme à plein temps

    · 2 intervenantes RPS affectés aux quarts du jour et du soir, sept jours par semaine (l'une de ces intervenantes RPS doit être une infirmière autorisée ayant de l'expérience en psychiatrie)

    · 1 employée de sécurité qui travaille durant le quart de nuit sept jour par semaine (nécessité de pouvoir appeler une deuxième employée au besoin)

    · 1 thérapeute occupationnelle qui passe trois jours par semaine à l'établissement

    · 1 psychologue, qui passe deux jours à l'établissement par semaine

    · 1 agente de réinsertion sociale à plein temps

    · 1 médecin qui passe deux à trois heures par semaine à l'établissement

    · personnes-ressources : psychiatre, aumônier, Aînés des Premières nations et autres personnes-ressources dans la communauté

    · employées à contrat se trouvant à l'établissement un jour par semaine pour y dispenser des programmes spécialisés (par exemple, art, musique et formation sur les compétences)

    · 1 consultante dans le domaine de l'évaluation qui passe un jour par semaine à l'établissement (de préférence, il devrait s'agir de la psychologue ou de la thérapeute occupationnelle, qui passerait une journée de plus à l'établissement, si elle possède les compétences voulues)

Ces effectifs sont élevés comparés à ceux que l'on trouve actuellement dans les établissements régionaux. Toutefois, il faut reconnaître que le but du programme est de transférer aux établissements régionaux des délinquantes ayant des besoins élevés se trouvant actuellement dans des établissements à niveau de sécurité maximale. Ces effectifs sont peu élevés lorsqu'on les compare aux ressources affectées actuellement aux établissements à niveau de sécurité maximale. C'est en grande partie parce qu'il y avait une insuffisance de ressources humaines que ces femmes n'ont pas été incarcérées dans des établissements régionaux ou, lorsqu'elles y étaient incarcérées, ont eu de graves problèmes.

Rôles et qualifications de la coordonnatrice de programme. La coordonnatrice devrait posséder les qualifications minimales suivantes...

    · diplôme universitaire dans le domaine des sciences sociales, des services sociaux ou de la santé,

    · expérience du système correctionnel,

    · compétence et intérêt évidents en ce qui concerne les femmes ayant de graves problèmes/déficiences,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · intérêt pour l'approche de réadaptation psychosociale et disposition à l'appliquer,

    · solides compétences organisationnelles et interpersonnelles permettant de gérer l'équipe multidisciplinaire et de l'aider à accomplir ses fonctions.

Il se pourrait que la personne à qui l'on demande d'agir comme coordonnatrice soit déjà employée en tant qu'intervenante de première ligne ou à un niveau supérieur au pénitencier et qu'elle ait montré, dans le cadre de l'exécution de fonctions antérieures, qu'elle possède ces qualifications. Même s'il serait préférable que cette personne possède des connaissances spécialisées ou de l'expérience dans le domaine de la santé mentale, il faut accorder la priorité au recrutement d'une personne qui possède de solides compétences interpersonnelles, qui s'intéresse à ce groupe et à cette approche et qui possède des valeurs fondamentales pertinentes et des compétences organisationnelles. Les compétences de réadaptation psychosociale peuvent être enseignées dans le cadre de la formation assurée au personnel décrite plus loin.

La coordonnatrice devrait consacrer la moitié de son temps aux fonctions de leadership, de coordination et d'administration et l'autre moitié du temps à l'intervention directe et à la prestation de programmes auprès des délinquantes. La coordonnatrice devrait participer régulièrement au programme en intervenant personnellement. La coordonnatrice devrait être chargée de l'administration générale du programme et devrait collaborer avec les membres du personnel et avec les délinquantes pour le définir.

Rôles et qualifications des intervenantes RPS. Les intervenantes RPS devraient posséder les qualifications minimales suivantes...

    · diplôme universitaire dans le domaine des sciences sociales, des services sociaux ou de la santé, ou l'équivalent,

    · compétence et intérêt manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes ayant de graves problèmes/déficiences,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · solides compétences interpersonnelles,

    · intérêt pour l'approche de réadaptation psychosociale et disposition à l'appliquer.

Il faut accorder la préférence à des employées qui travaillent déjà à l'établissement, si toutes les autres qualifications sont identiques, étant donné qu'un certain nombre d'intervenantes de première ligne se sont dites intéressées par des responsabilités ayant trait davantage aux programmes. Il serait nécessaire pour les personnes intéressées de postuler ces postes, et elles seraient interviewées et sélectionnées dans le cadre d'un processus de recrutement officiel. Il faudra recruter des intervenantes RPS occasionnelles pour qu'elles occupent de temps à autre des postes dans le cadre de la rotation du personnel et puissent prendre la relève rapidement si des intervenantes RPS affectées au programme à plein temps démissionnent en ne donnant qu'un court préavis ou prennent des congés. Ces intervenantes RPS occasionnelles devraient recevoir toute la formation sur la RPS, mais pourraient être assignées à d'autres fonctions à l'établissement dans la mesure où c'est possible lorsqu'on n'aura pas besoin d'elles dans le cadre du programme. Globalement parlant, l'affectation des employées devrait être organisée de sorte à réduire au minimum le recours régulier à des intervenantes à temps partiel, qui augmentent la taille de l'équipe et rendent plus difficiles l'uniformité et la communication.

Les intervenantes RPS devraient être affectées exclusivement au programme pendant trois ans et être affectées aux quarts de jour et de nuit. À la fin de cette période, la coordonnatrice déciderait, de concert avec l'intervenante RPS, si cette dernière devrait accomplir ce rôle pendant encore une période ou assumer de nouvelles fonctions à l'établissement. Cela permettrait d'assurer la rotation du personnel et offrirait un répit à ces intervenantes, puisque l'intervention auprès de ces délinquantes peut être extrêmement épuisante avec le temps. Cela favoriserait également l'échange d'idées et de concepts entre les employées affectées au programme RPS et les employées qui travaillent avec les détenues au sein de la population carcérale générale.

Le rôle de l'intervenante RPS devrait consister à offrir un soutien direct et officieux aux femmes dans leur lieu d'habitation, à assumer la responsabilité au premier chef pour les efforts de réadaptation psychosociale auprès d'une ou de deux femmes individuelles, à surveiller le lieu d'habitation et à fournir de l'aide dans le cadre des programmes spéciaux offerts au lieu d'habitation conjointement avec d'autres membres du personnel. Les intervenantes RPS relèveraient de la coordonnatrice du programme et seraient obligées de participer au programme complet de formation sur la réadaptation psychosociale.

Employées de sécurité la nuit. Les femmes qui habitent dans le complexe dans le cadre du programme de RPS ont besoin d'être surveillées la nuit à des fins de sécurité, de soutien et de supervision. Les effectifs de nuit devraient être établis séparément, de sorte qu'il n'y ait aucune rotation entre les équipes de nuit et les équipes de jour et de soir. Les intervenantes RPS affectées aux quarts de jour et de soir ont essentiellement pour tâche de bâtir de solides relations avec les femmes et de leur fournir de l'aide dans le cadre des programmes. Durant la nuit, on n'a pas l'occasion d'intervenir ainsi, et il s'agit plutôt d'accomplir des fonctions de sécurité et de surveillance. Si les intervenantes de jour et de soir sont affectées au quart de nuit, il faudra affecter un plus grand nombre d'intervenantes RPS au duplex, ce qui signifie qu'il y aura plus d'employées avec lesquelles les femmes hébergées dans la maison devront établir des relations étroites et que ces employées seront moins souvent présentes durant les heures d'activité. Or, une telle situation ne satisferait pas aux besoins des délinquantes, qui ont de la difficulté à établir des relations avec un plus grand nombre d'employées et qui ont besoin d'une intervention qui ne fluctue pas et qui est assurée par une petite équipe. En outre, dans pareille situation, il devient plus difficile pour les employées de communiquer entre elles et de se consulter officieusement, surtout lorsqu'il s'agit d'organiser une réunion hebdomadaire à laquelle la plupart des employées travaillant le quart de jour assisteraient. Par conséquent, les employées affectées au duplex la nuit devraient être différentes, et leur rôle consisterait à intervenir auprès des femmes qui se réveillent ou qui sont bouleversées. Il doit s'agir d'employées ordinaires du Service correctionnel du Canada qui peuvent assurer l'intervention nécessaire auprès des femmes selon le besoin.

Il faudrait affecter au moins une employée de sécurité au duplex la nuit. Il y aurait lieu d'y affecter une deuxième employée si les femmes sont particulièrement bouleversées ou si les effectifs à l'établissement la nuit étaient tels qu'une deuxième personne ne pourrait se rendre rapidement au duplex en cas d'urgence.

Rôles et qualifications du psychologue. La psychologue devrait posséder les qualifications suivantes :

    · accréditation ou demande d'accréditation en tant que psychologue,

    · compétence et intérêts manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · intérêt témoigné pour l'approche de réadaptation psychosociale et disposition à l'appliquer,

    · compétences interpersonnelles efficaces dont elle a fait la démonstration.

La psychologue ferait profiter l'équipe de ses connaissances spécialisées au chapitre des évaluations officielles et dirigerait le comité multidisciplinaire d'examen des admissions. La psychologue agirait également comme consultante clé auprès du personnel et auprès de l'équipe multidisciplinaire pour ce qui est de la conception des programmes de traitement et de gestion du comportement individualisés. On s'attendrait à ce que la psychologue établisse de solides liens avec les délinquantes individuelles et participe à la mise en _uvre des programmes pratiques.

Rôles de l'infirmière et du médecin. Il est essentiel qu'une infirmière autorisée ayant suivi une formation ou possédant de l'expérience dans le domaine de la psychiatrie fasse partie de l'équipe, et l'on pourrait exiger que l'une des intervenantes RPS possède cette qualification. Si tel était le cas, cette intervenante se verrait confier un plus grand nombre des quarts durant la semaine. L'infirmière se chargerait de coordonner la prestation des soins de santé et l'intervention des médecins auprès des femmes participant au programme. La formulation de plaintes concernant des problèmes physiques et le désir de consommer de la drogue sont très courants parmi les femmes dont il est question dans la présente partie du document. Il est difficile mais important de faire la distinction entre la consommation légitime de médicaments et le simple désir de consommer de la drogue, et il est difficile pour les médecins, durant les courtes séances de consultation, de se faire une idée complète de la situation en l'absence d'une infirmière bien informée. L'infirmière devrait être présente dans toute la mesure du possible lorsque des délinquantes individuelles voient le médecin durant les séances de consultation, afin de savoir quels ont été les propos échangés. L'infirmière doit veiller à ce que l'équipe adopte une approche uniforme dans le contexte des traitements médicaux. Il incombera également à l'infirmière de jouer un autre rôle important dans le cadre du programme en transmettant de l'information sur les soins de santé et les médicaments, en offrant des programmes dispensés individuellement et en petits groupes aux femmes et en conseillant les employées qui s'occupent de ces questions.

Le médecin doit faire partie intégrante de l'équipe multidisciplinaire, et il faut lui accorder un certain temps pour qu'il puisse assister du moins à une partie des réunions de l'équipe multidisciplinaire et être informé ainsi des importantes questions qui se présentent dans le domaine de la santé, et ce, sur une base hebdomadaire. Le médecin devrait être responsable au premier chef de l'élaboration des politiques et des procédures médicales et consulter l'infirmière dans ce contexte. Les renvois à des spécialistes devraient passés par le médecin, afin que le traitement repose sur une approche « holistique ».

Rôles de la thérapeute occupationnelle. La thérapeute occupationnelle devrait posséder les qualifications suivantes :

    · accréditation en tant que thérapeute occupationnelle,

    · compétence et intérêt manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · intérêt pour l'approche de réadaptation psychosociale et disposition à l'appliquer,

    · compétences interpersonnelles efficaces dont elle a fait la démonstration.

La thérapeute occupationnelle jouera un rôle essentiel dans le cadre de l'enseignement individualisée et en petits groupes des compétences par rapport au plan RPS. La thérapeute occupationnelle fournira des conseils et un appui aux intervenantes RPS et aux autres membres de l'équipe pour ce qui est de l'enseignement de compétences aux femmes individuelles et accomplira également d'importantes fonctions d'évaluation en déterminant si les femmes sont de bonnes candidates pour le programme.

Étant donné le rôle de leadership qu'elle est appelée à jouer dans le domaine de l'enseignement des compétences, la thérapeute occupationnelle doit posséder d'excellentes compétences interpersonnelles et de solides valeurs et de l'expérience. Les programmes de formation de thérapeute occupationnel fournissent typiquement aux personnes qui terminent le programme un grand nombre des capacités clés qu'il faut posséder pour pouvoir bien enseigner les compétences dans le cadre d'un programme de réadaptation psychosociale. Toutefois, l'ordre dans lequel ces compétences sont appliquées dans le domaine de la réadaptation psychosociale et la philosophie adoptée dans ce contexte s'écartent considérablement d'un grand nombre des approches de thérapie occupationnelle habituelles. Par conséquent, il est particulièrement important pour la thérapeute occupationnelle d'être ouverte à l'approche RPS et de participer pleinement au processus de formation.

Agente de réinsertion sociale. L'agente de réinsertion sociale devrait posséder les qualifications suivantes :

    · diplôme universitaire dans le domaine des sciences sociales, des services sociaux ou de la santé,

    · compétence et intérêt manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes ayant de graves difficultés/déficiences,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · solides compétences interpersonnelles et de défense des intérêts,

    · initiative en matière de résolution des problèmes,

    · formation ou expérience dans la mise sur pied et la coordination de ressources communautaires,

    · intérêt pour l'approche de réadaptation psychosociale et disposition à l'appliquer.

Le rôle de l'agent de réinsertion sociale a été décrit plus haut.

Spiritualité. Dans le domaine de la réadaptation psychosociale, le rétablissement est perçu comme un processus holistique fondé sur des valeurs positives. Un grand nombre des femmes qui sont de possibles candidates au programme ont déjà pris un engagement spirituel dans leur vie, et il s'agit là d'un important atout qu'il faut renforcer en tenant compte de leurs intérêts. L'aumônier devrait jouer un rôle utile à cet égard en établissant des relations individuelles avec les femmes et en augmentant leur spiritualité.

Soutien en réponse à la diversité culturelle. Étant donné que le groupe des délinquantes participant au programme est restreint, une femme individuelle venant des Premières nations, d'origine afro-canadienne ou appartenant à une autre minorité distincte sera probablement isolée de son propre contexte culturel dans le milieu d'habitation. Il est essentiel de faire appel à des personnes-ressources qui peuvent comprendre la culture à laquelle appartient la femme qui se trouve dans cette situation et qui peuvent lui offrir l'appui nécessaire, et cette intervention doit faire partie intégrante du processus de planification RPS. Il faut faire en sorte également que des personnes clés offrant les soutiens nécessaires puissent participer à certaines parties de la formation sur la réadaptation psychosociale afin de comprendre l'approche appliquée et reconnaître ses forces et limitations compte tenu des antécédents culturels de la femme.

Soutien assuré par des bénévoles. La connaissance des possibilités offertes dans la communauté constitue un élément essentiel de l'approche RPS, car elle aide les femmes à définir leurs objectifs et à planifier leur avenir. Ce processus est difficile dans un contexte pénitentiaire, étant donné les politiques et procédures de sécurité qui y sont appliquées et qui limitent l'accès d'une femme à la communauté. Les bénévoles venant de la communauté peuvent jouer un rôle important en intervenant auprès des femmes dans le cadre de programmes individuels. Dans un même temps, elles peuvent aider les femmes à étendre leurs horizons en parlant d'elles-mêmes et en partageant leurs idées qui reflètent la vie dans la communauté.

Conclusion : Pour que le programme soit efficace, il faut faire appel à des employées très compétentes et profondément convaincues. Elles doivent s'engager à la fois à intervenir auprès de femmes difficiles et à appliquer le modèle de programme RPS. Bien que l'affectation d'employées à un programme destiné à ces femmes ayant des besoins particuliers dans le domaine de la santé mentale coûte cher, l'affectation d'un nombre insuffisant d'employées ou d'employées mal formées aboutira à un échec. Le niveau de dotation recommandé est inférieur à celui dans un établissement à niveau de sécurité maximale où ces femmes seraient incarcérées autrement.
Recommandation 11 : Il est essentiel d'affecter au programme des employées qui possèdent de solides compétences interpersonnelles et de solides valeurs, tout en veillant à sélectionner des personnes qui possèdent de l'expertise et des perspectives variées dans des domaines différents. Le programme fournira les meilleurs résultats si l'on crée une petite équipe multidisciplinaire dont les membres peuvent s'entraider et assurer une intervention uniforme auprès de ces femmes. La composition fondamentale de l'équipe devrait être comme suit : une coordonnatrice de programme et une agente de réinsertion sociale, deux intervenantes RPS affectées aux quarts de jour et de soir, une employée de sécurité la nuit et une psychologue, une thérapeute occupationnelle et une consultante chargée de l'évaluation du programme travaillant toutes les trois à temps partiel. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter d'avoir recours à des intervenantes RPS à temps partiel, car leur présence intermittente rendra la communication et la coordination plus difficiles. Les employées affectées aux quarts de nuit devraient accomplir uniquement des fonctions de sécurité et de supervision.

 

Formation, soutien et communication parmi les effectifs

Formation du personnel. La réadaptation psychosociale est une approche précise et logique qui nécessite des intervenants qui croient à certaines valeurs, comprennent chaque élément de l'approche et possèdent les compétences nécessaires pour appliquer celle-ci. Les employées affectées aux différentes tâches doivent posséder de solides valeurs et compétences interpersonnelles et doivent recevoir une formation poussée afin d'être en mesure d'appliquer l'approche auprès de femmes qui ont de graves problèmes et qui peuvent être très exigeantes à l'égard du personnel.

Le personnel doit suivre une formation de huit semaines et participer à un exercice de constitution de l'équipe étalés sur une période de six mois. Il commence par participer à des séances de constitution de l'équipe et de formation sur la réadaptation psychosociale, qui durent deux semaines. À cette formation doivent participer la coordonnatrice, les intervenantes RPS, la thérapeute occupationnelle, la psychologue et l'agente de réinsertion sociale. Le programme de huit semaines devrait inclure ce qui suit :

    · six semaines de formation sur les techniques de réadaptation psychosociales

    · une semaine de formation sur l'approche « clubhouse » et l'approche « affirmation de soi en société »

    · une semaine consacrée à la constitution de l'équipe, à la planification et à l'évaluation de programmes et à des sujets précis dans le domaine de la santé mentale

Au Canada, le cours de formation sur la réadaptation psychosociale est donné par l'intermédiaire de l'hôpital psychiatrique de Brockville et repose sur les travaux effectués par Anthony (1990). On trouve des formateurs en Nouvelle-Écosse et en Ontario. Le programme d'études structuré est très complet, comporte une série de séances de formation incluant des exposés, des modèles et des exercices, suivies d'un « devoir », qui consiste pour les participants à se servir de chaque module et à appliquer un ensemble de compétences auprès d'une femme individuelle. Les séances d'intervention sont enregistrées sur cassette vidéo à des fins de rétroaction et de surveillance. Il faut prévoir un certain temps entre les modules afin que les participants puissent planifier leur intervention auprès des femmes individuelles.

Un programme de formation portant sur l'approche « clubhouse » est offert en Nouvelle-Écosse par l'intermédiaire de Connections Clubhouse à Halifax, qui applique cette approche depuis plus d'une décennie et dont le programme est considéré comme un modèle au Canada. Le coordonnateur du programme à Connections Clubhouse agira comme animateur d'un atelier donné par M. L.I. Stein, l'un des créateurs de l'approche « affirmation de soi en société » à Halifax en juin 1998. La coordonnatrice du programme RPS devrait prendre les arrangements nécessaires pour assurer l'enseignement des autres sujets clés faisant partie de la formation et portant sur la constitution de l'équipe, différents sujets dans le domaine de la santé mentale et la planification du programme en consultation avec les personnes possédant l'expertise requise au sein du système correctionnel et les secteurs professionnels pertinents.

La formation d'une durée de huit semaines devrait être assurée à deux groupes distincts durant des semaines successives, de sorte que certaines des employées affectées ordinairement au programme puissent s'occuper des femmes durant les semaines de formation. Un court programme de formation de deux jours devrait être offert aux employées de sécurité qui travaillent la nuit, au médecin, aux intervenantes assurant des programmes à contrat, aux Aîné(e)s lorsque cela est pertinent et aux personnes-ressources dans la communauté. Ce programme devrait être organisé et géré par la coordonnatrice du programme de réadaptation psychosociale.

On s'attendrait à ce que les employées engagées en dehors du système correctionnel participent aux programmes de formation habituels portant sur la gestion des détenues dans le système correctionnel auxquels tous les membres du personnel sont tenus de participer.

Soutien et communication. La coordonnatrice du programme, les membres de l'équipe et l'administration à l'établissement doivent reconnaître la grande importance que revêtent les communications et le soutien assuré de façon permanente pour l'équipe, si l'on veut que le programme soit efficace, puisque l'intervention auprès de ces femmes est extrêmement exigeante pour le personnel. Celui-ci peut rapidement perdre de vue le contexte dans lequel il intervient et perdre patience s'il n'y a aucune communication ni aucun soutien au sein de l'équipe et à l'échelle de l'établissement. Les employées individuelles doivent prendre l'engagement de ne former qu'une seule équipe et d'assurer de bonnes communications, mais il faut aussi qu'il y ait un contexte administratif dans lequel l'utilisation légitime du temps consacré par le personnel à des réunions de l'équipe, à des consultations officieuses et à l'obtention du soutien requis est reconnue et appuyée. Plus particulièrement, il faut que l'ensemble des employées clés aient régulièrement l'occasion de se rencontrer. Il faut également prévoir des fonds pour permettre le remplacement des intervenantes RPS ou pour en ajouter d'autres.

Conclusion : Une bonne formation et un solide soutien assurés au personnel sont essentiels si l'on veut assurer le succès du programme et pouvoir attirer et garder un personnel compétent.
Recommandation 12 : Le personnel de base doit participer à un programme de formation de huit semaines comprenant six semaines de formation sur la réadaptation psychosociale, une semaine de formation sur l'approche « clubhouse » et l'approche « affirmation de soi en société » et une semaine consacrée à la constitution de l'équipe, à la planification et à l'évaluation du programme et à l'étude de sujets précis dans le domaine de la santé mentale. Il y a lieu d'offrir un court programme de formation aux employées auxiliaires. Il faut prendre un engagement permanent et prévoir les ressources nécessaires pour que les membres du personnel communiquent entre eux et bénéficient du soutien nécessaire.

 

Évaluation du programme

Étant donné que le programme représente une importante nouvelle initiative créée pour les femmes ayant des besoins élevés, l'évaluation du programme doit faire partie intégrante du processus dès le début et se présenter sous la forme d'une méthode d'évaluation qualitative combinée à une méthode d'évaluation quantitative et être assortie de mesures d'évaluation de l'exécution du programme et de ses résultats. Il y a deux façons d'obtenir l'expertise nécessaire aux fins d'évaluation des programmes. Il serait préférable que la psychologue ou la thérapeute occupationnelle possède des connaissances considérables à ce chapitre (elles pourraient peut-être suivre quelques cours d'éducation permanente) et qu'elles se chargent de la conception et de l'exécution de l'évaluation tout en consultant l'équipe et les femmes concernées. Durant les phases de développement d'un programme, les processus d'évaluation internes procurent des avantages particuliers en ce sens qu'ils encouragent l'équipe à adopter une éthique mettant l'accent sur le besoin d'améliorer constamment la qualité du travail dans le cadre de toutes ses activités, sur une base quotidienne. Cependant, si aucun membre de l'équipe ne possède cette expertise particulière, il faudrait conclure un contrat externe avec un professionnel, qui se chargera de concevoir et d'exécuter les fonctions d'évaluation en consultation avec l'équipe d'intervention et avec les délinquantes. Il est prévu qu'il faudra consacrer une journée par semaine à cette évaluation pendant les deux premières années. Si la psychologue ou la thérapeute occupationnelle s'en chargera, il lui faudra une journée supplémentaire par semaine pour s'acquitter de cette tâche.

Conclusion : L'évaluation du programme est essentielle pour améliorer le programme et pour en rendre compte.
Recommandation 13 : Soit un membre de l'équipe ayant des connaissances spécialisées dans le domaine de l'évaluation, soit un(e) consultant(e) de l'extérieur devrait concevoir et mener l'évaluation du programme, tout en consultant l'équipe d'intervention et les délinquantes.

 

Mise en _uvre d'un programme pilote

Si l'on se base sur les résultats de l'analyse des femmes incarcérées actuellement dans des établissements à niveau de sécurité maximale qui pourraient participer à ce programme (voir la Section II), il est recommandé qu'on applique et évalue ce modèle de programme initialement en aménageant un duplexe comportant huit espaces à l'établissement Nova à Truro, en Nouvelle-Écosse. On trouve actuellement quatre candidates à l'établissement de Springhill et deux candidates originaires de la région de l'Atlantique à la Prison des femmes, dans l'unité réservée aux femmes ayant des besoins spéciaux. En raison du nombre disproportionné de femmes venant de la région de l'Atlantique, l'établissement Nova représente un choix raisonnable. Le programme devra aussi être accessible aux femmes des autres régions qui ont des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives. Il se pourrait que ce soit une bonne idée de commencer par six femmes, trois de chaque côté, afin de donner la possibilité à l'équipe d'intervention à l'établissement d'acquérir de l'expérience en s'occupant d'un petit nombre de femmes. Une fois que le programme est opérationnel, il sera peut-être possible de faire participer, au processus de planification de réadaptation psychosociale et aux programmes pertinents, des femmes individuelles qui possèdent les compétences voulues et qui fonctionnent bien dans une maison ordinaire, où elles continueraient d'être hébergées.

La proposition consistant à lancer à l'établissement Nova un premier programme auquel pourraient participer plusieurs femmes venant d'autres régions est en contradiction avec le concept selon lequel on tente d'incarcérer ces femmes le plus proche possible des communautés d'où elles sont originaires. Cependant, ce programme nécessite beaucoup de ressources et, étant donné le nombre restreint des femmes ayant des besoins au chapitre des compétences de base et des capacités cognitives, il est logique de commencer par le lancement d'un petit programme et de reconnaître qu'il n'est peut-être pas possible d'offrir chaque programme de santé mentale spécial et intensif dans chaque région. La participation au programme est volontaire, mais oblige la femme de déménager en dehors de sa région, si elle veut participer à un programme qui correspond davantage à ses besoins. Or, un grand nombre de ces femmes ne jouissent pas de beaucoup de soutien dans leur communauté, étant donné les difficultés qu'elles éprouvent depuis longtemps et le temps qu'elles ont passé dans des établissements. De plus, les établissement régionaux desservent actuellement des régions extrêmement vastes, ce qui signifie que les femmes incarcérées se trouvent souvent très éloignées de leur communauté. Le fait de se trouver à une distance encore plus éloignée dans une autre région peut ne pas avoir des conséquences significatives sur le plan psychologique. Si le modèle de programme s'avère efficace et s'il y a suffisamment de candidates, on pourrait lancer un deuxième programme dans une autre région afin de donner la possibilité à un plus grand nombre de femmes de rester dans leur propre région. Il se pourrait qu'il soit également possible de mettre en _uvre un modèle de programme modifié dans un établissement à niveau de sécurité maximale, s'il y a suffisamment de femmes ayant ce genre de besoins qui ne peuvent être classées au niveau de sécurité moyenne à cause de graves problèmes comportementaux persistants.

 

Obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace

Les problèmes suivants pourraient constituer de graves obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace et doivent par conséquent être reconnus et faire l'objet de mesures stratégiques visant à les éliminer dès le début :

1. Incapacité à recruter ou à garder un personnel hautement qualifié. Voici un certain nombre de stratégies pour éviter ce problème :

    · réserver suffisamment de temps pour le processus de recrutement et y accorder suffisamment d'attention;

    · veiller à ce que l'on inclue, au comité de recrutement, des personnes qui possèdent de l'expérience directe de l'intervention auprès du type de femmes qui participeront au programme et du genre de programme qui sera mis sur pied;

    · affecter au programme des employées déjà sur place et dont le rendement a été exemplaire dans le cadre des postes de intervenante RPS;

    · organiser une campagne de recrutement enthousiaste qui met l'accent sur l'originalité du programme pour attirer, vers une petite communauté en Nouvelle-Écosse, des personnes possédant des connaissances spécialisées dans différentes disciplines;

    · accorder la priorité au programme, sur le plan administratif et du point de vue de la gestion des ressources, pour que le personnel reçoive la formation et le soutien nécessaires et pour assurer de bonnes communications.

2. Conflits avec les politiques et exigences s'appliquant à l'échelle du pénitencier. Voici certaines des stratégies que l'on pourrait adopter pour éviter ces problème :

    · adopter une vision claire et une description écrite du programme qui sont reconnues dans tout l'établissement et qui prévoient une autonomie relativement élevée dans le cadre de la gestion du programme;

    · mettre sur pied un processus d'admission officiel, multidisciplinaire et documenté comportant de clairs critères et qui est respecté dans tout l'établissement et aux échelons régional et national, en dépit de pressions opérationnelles exigeant la prise de mesures contraires;

    · consacrer un certain temps à la planification du lancement du programme pour permettre à l'administration et à l'équipe d'intervention de repérer et de résoudre les conflits possibles entre le programme et les politiques établies;

    · adopter une approche de gestion du programme souple sur le plan administratif et accepter d'accorder une autonomie raisonnable aux responsables du programme et faire confiance au jugement du personnel;

    · demander à l'équipe d'intervention d'éduquer continuellement les autres employées et délinquantes à propos de l'objet du programme, des pratiques appliquées dans ce contexte et des défis auxquels on fait face et reconnaître que les autres employées risquent d'éprouver du ressentiment en raison de l'affectation de nouvelles ressources à un nouveau programme, lorsque les ressources dont on dispose actuellement sont limitées;

    · faire participer les personnes impliquées dans le programme aux tribunes de communication organisées régulièrement à tous les niveaux à l'établissement.

3. Incapacité de l'équipe d'intervention et des membres de la direction à l'établissement de contrôler les décisions en matière de planification. Voici un certain nombre des stratégies que l'on peut adopter pour éviter ce problème :

    · veiller à ce que les employées soient recrutées et affectées à leur poste avant le lancement du programme. Il s'agit notamment de recruter les employées clés le plus rapidement possible, même si elles accomplissent certaines autres fonctions au début, pendant que le processus de planification et de mise en _uvre gagne de la vitesse. Il faut résister à la pression d'agir trop vite étant donné la priorité accordée au transfèrement de femmes individuelles à partir des environnements à niveau de sécurité maximale où elles se trouvent.

    · veiller à ce qu'il y ait des mécanismes efficaces donnant la possibilité au personnel de participer à la conception détaillée du bâtiment, afin que sa structure soit adaptée aux besoins des programmes et aux exigences du point de vue de la sécurité. Si la structure matérielle laisse à désirer, il pourrait en résulter des problèmes permanents pour le programme et le personnel.

    · veiller à créer une certaine marge de manoeuvre pour le programme par rapport aux politiques et procédures, dans tous les cas où c'est approprié.

4. Transition rapide et peu efficace des femmes individuelles qui sont transférées d'établissements à niveau de sécurité maximale. Voici certaines des stratégies que l'on pourrait adopter pour éviter ce problème :

    · éduquer les employées travaillant dans les établissements à niveau de sécurité maximale existants à propos du programme afin qu'elles puissent le faire connaître, en le décrivant de façon réaliste, à des candidates éventuelles et afin qu'elles puissent établir des attentes appropriées et faciliter le processus de transition;

    · la coordonnatrice du programme pourrait décrire le programme à des femmes individuelles avant qu'elles soient transférées à l'établissement Nova;

    · pendant le transfèrement, les femmes pourraient être accompagnées de membres du personnel auxquels elles font confiance à l'établissement à niveau de sécurité maximale;

    · on pourrait planifier soigneusement les transfèrements et espacer ceux-ci afin que les femmes n'arrivent pas toutes en même temps à l'établissement.

    Recommandation 14 : Il faut adopter des stratégies précises dès le début afin d'éviter certains obstacles qui pourraient gêner la mise en _uvre efficace du programme RPS auprès des délinquantes.