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Programmes pour les délinquantes

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Mise en œuvre de choix aux établissements régionaux : Propositions de programmes pour les délinquantes ayant des besoins spéciaux

V. Thérapie comportementale dialectique et programmation pour les femmes qui souffrent de détresse affective

Base conceptuelle de la thérapie comportementale dialectique
Origines de l'approche TCD
Applicabilité de la TCD aux délinquantes souffrant de détresse affective et ayant de graves problèmes comportementaux
But et objectifs du programme de thérapie comportementale dialectique
Critères d'admission et processus d'évaluation
Suppositions fondamentales sur lesquelles repose la thérapie comportementale dialectique (TCD)
Objectifs de la TCD en matière de modification du comportement
Composantes du traitement TCD
Caractéristiques du milieu d'habitation
Attentes au chapitre des activités quotidiennes et application des compétences
Le travail, l'apprentissage, les programmes de loisir et les compétences
Gestion du comportement dans le milieu d'habitation
Transition à des maisons ordinaires
Établissement de liens en vue de la réinsertion sociale dans la communauté
Effectifs, qualifications et rôles
Formation, soutien et communication parmi les effectifs
Évaluation du programme
Obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace

 

La thérapie comportementale dialectique représente l'une des principales approches d'intervention auprès de femmes ayant des troubles de la personnalité limitrophe en Amérique du Nord dont l'efficacité a été confirmée par des recherches cliniques consistant à effectuer des essais comparatifs (voir Linehan, 1993). On y a eu recours dans des contextes de psychiatrie légale et elle semble la plus prometteuse parmi les approches dont on dispose actuellement pour intervenir auprès de femmes dont les problèmes et comportements affectifs sont très problématiques et résistent fortement à toute tentative de changement, surtout dans le cas de femmes qui ont des schèmes de comportements autodestructeurs ou suicidaires persistants. Il est proposé que l'on se serve de ce modèle comme fondement d'un programme de traitement structuré et pour la création d'un milieu d'habitation à l'établissement Grand Valley à Kitchener, en Ontario, qui 1) accueilleraient des femmes se trouvant déjà à l'établissement Grand Valley qui ne peuvent s'adapter à l'existence dans les maisons ordinaires à cause de la détresse affective et des graves problèmes comportementaux dont elles souffrent (l'unité à encadrement renforcé à l'établissement Grand Valley est actuellement complet) et 2) permettraient à certaines femmes incarcérées actuellement dans les établissements à niveau de sécurité maximale (c'est-à-dire à la Prison des femmes) de recevoir les services nécessaires dans des installations régionales. La raison pour laquelle on propose l'établissement Grand Valley est que c'est en Ontario qu'on trouve le plus grand nombre de femmes souffrant de ce genre de problèmes et que la priorité a été accordée au placement des femmes ayant des besoins élevés mais présentant de faibles risques dans l'environnement le moins restrictif approprié. Cette approche pourrait être adoptée dans n'importe quel établissement régional ou établissement à niveau de sécurité maximale, si elle s'avère valable et si le nombre des délinquantes qui en ont besoin le justifie.

La majorité des femmes qui souffrent d'une grande détresse affective souffrent d'une combinaison de problèmes caractérisés par un comportement autodestructeur, quasi-suicidaire ou suicidaire, un « dérèglement » affectif, de graves problèmes interpersonnels, une perception de soi instable et faible et de distorsions et de troubles cognitifs. Le modèle TCD convient à ces personnes, dont la répartition dans les différents établissements est représentée dans le Tableau 2. Cependant, il reste un petit groupe de femmes souffrant de détresse affective (quatre personnes à l'heure actuelle) qui souffrent des symptômes aigus d'une grave maladie mentale. Il y a lieu de s'attarder à ces cas avant de passer à la description du modèle TCD proposé pour les femmes ayant des problèmes comportementaux.

Les femmes souffrant de phases aiguës de graves maladies mentales ne pourraient participer à un programme de thérapie comportementale dialectique, à moins qu'elles satisfassent aux critères comportementaux établis, une fois que l'on a réussi à contrôler les symptômes aigus de leur maladie. En supposant que les programmes RPS et TCD sont adoptés, les ressources existantes devraient servir à gérer les besoins de ce petit groupe de femmes. Dans les établissements régionaux, il serait approprié soit d'utiliser l'unité à encadrement renforcé tout en prévoyant une surveillance par une psychologue et une psychiatre, soit de renvoyer les cas à un hôpital psychiatrique, si les difficultés rencontrées étaient extrêmes. À la Prison des femmes, on trouve des options similaires et une plus grande expertise dans le domaine de la santé mentale pour s'occuper des femmes qui ont cette constellation de besoins et qui doivent être incarcérées au niveau de sécurité maximale. Une fois que les symptômes aigus sont contrôlés, il est important d'évaluer 1) si ces femmes peuvent être transférées à une maison ordinaire dans un établissement régional, 2) si elles peuvent participer aux programmes RPS ou TCD, compte tenu des problèmes additionnels qu'elles présentent ou 3) si elles requièrent les mesures de traitement et la structure offertes par un établissement à niveau de sécurité maximale.

Il n'y a aucune indication selon laquelle ce nombre très restreint de femmes souffrant d'une grave maladie mentale aux symptômes aigus aura besoin dans un avenir prévisible de ressources allant au-delà de celles dont on dispose aujourd'hui. Il y a une interrelation négative entre les graves comportements criminels et les graves maladies mentales. Même si l'abandon du recours aux établissements psychiatriques auquel on assiste actuellement pourrait avoir pour conséquence qu'un plus grand nombre de ces femmes se retrouvent dans des situations difficiles dans la communauté, ces maladies sont typiquement perçues comme se prêtant bien à un traitement prodigué par des professionnels de la santé mentale. Il est probable que ces femmes recevront des soins lorsqu'elles se trouvent dans une situation de crise et moins probable qu'elles aboutiront dans le système correctionnel. Par ailleurs, certaines des femmes qui ont commis des actes criminels seront probablement déclarées non coupables pour cause d'aliénation mentale et placées dans une unité de psychiatrie légale ou générale.

Table 2 : Femmes souffrant de détresse affective-
Comparaison des femmes souffrant d'une grave maladie mentale et des femmes ayant de graves problèmes comportementaux

 

Établissement Nova

Établissement de Springhill

Prison des femmes

Établissement Grand Valley

Totaux

Femmes souffrant de problèmes aigus de santé mentale au niveau de sécurité moyenne      

2

2

Femmes souffrant de problèmes aigus de santé mentale au niveau de sécurité maximale    

2

 

2

Détresse affective : possibilités de transfèrement au niveau de sécurité moyenne  

1

3

4*

8

Femmes souffrant de détresse affective au niveau de sécurité maximale  

1

1

 

2

Totaux  

2

6

6

14

* Il est très difficile de savoir quel est le nombre de femmes appartenant à cette catégorie étant donné que les employées à l'établissement Grand Valley ont fait état de quatre autres femmes souffrant d'une assez grande détresse affective qui, pour l'instant, fonctionnent mieux dans des maisons ordinaires où elles bénéficient de soutiens spéciaux. Il se peut que ces femmes aient besoin d'un plus grand soutien avec le temps se présentant sous la forme d'un milieu d'habitation spécial, alors que celles qui actuellement ne peuvent s'adapter à l'existence dans une maison ordinaire pourraient faire des progrès. Étant donné les changements rapides qui surviennent dans la stabilité émotionnelle des femmes ayant cette constellation de besoins, il est difficile de prédire si une délinquante particulière devra être placée dans un milieu particulier dans plusieurs mois.

S'il y a un aspect des ressources destinées aux femmes souffrant d'une grave maladie mentale qui laisse clairement à désirer, c'est l'absence, dans les établissements régionaux, d'infirmières qui ont suivi une formation supplémentaire et qui possèdent de l'expérience additionnelle dans le domaine psychiatrique. Il s'agit d'une lacune lorsque le personnel est appelé à s'occuper de femmes atteintes d'une grave maladie mentale, même si le nombre de ces femmes est limité, et est extrêmement problématique dans le contexte des fonctions générales accomplies par les infirmières auprès de l'entière population des délinquantes, que celles-ci aient des besoins spéciaux ou non. Il y a un chevauchement constant des questions de santé, de santé mentale et de toxicomanie lorsqu'on s'occupe de femmes ayant besoin de services de santé aux établissements régionaux, et par conséquent, les infirmières doivent avoir été formées dans ces trois secteurs. Par exemple, les infirmières sont les premières employées à intervenir et à évaluer les incidents d'automutilation et à prendre les mesures qui s'imposent à cet égard et elles doivent pouvoir repérer les différences subtiles entre les plaintes physiques légitimes et les requêtes faites par des délinquantes qui souhaitent se droguer ou attirer l'attention. Toute omission d'adopter une approche holistique en vertu de laquelle les infirmières doivent posséder des connaissances dans le domaine de la santé et dans le domaine de la santé mentale contrevient aux principes clés à la fois du document La création de choix et du document Stratégie en matière de santé mentale pour les délinquantes.

Conclusion : En supposant que de nouvelles ressources soient créées pour les programmes TCD et RPS, les ressources affectées actuellement au domaine de la santé mentale sont suffisantes pour desservir le petit nombre de femmes souffrant d'une grave maladie mentale, sauf que les connaissances en psychiatrie laissent fortement à désirer parmi les infirmières aux établissements régionaux.
Recommandation 15 : Les nouvelles infirmières recrutées aux établissements régionaux devraient être obligées d'avoir suivi une formation ou de posséder de l'expérience en psychiatrie. Les infirmières qui y travaillent actuellement devraient se voir offrir un programme poussé de formation sur place ayant pour but d'améliorer leurs connaissances spécialisées appropriées dans les domaines de la santé mentale et de la toxicomanie afin d'être mieux en mesure d'intervenir auprès des délinquantes. Il serait utile de faire appel aux infirmières psychiatriques que l'on trouve actuellement à la Prison des femmes pour qu'elles aident à définir le programme de formation.

 

Base conceptuelle de la thérapie comportementale dialectique

Linehan (1993) a conceptualisé cinq secteurs de « dérèglement » où les femmes ayant des troubles de la personnalité limitrophe font état de graves problèmes comportementaux :

    · dérèglement affectif : instabilité affective, problèmes de gestion de la colère, etc.

    · dérèglement interpersonnel : relations intenses et instables, efforts pour éviter les pertes, etc.

    · dérèglement comportemental : comportement quasi-suicidaire, autodestructeur, impulsivité, etc.

    · dérèglement cognitif : raisonnement rigide et dichotomique, troubles cognitifs, etc.

    · dysfonctionnement personnel : sentiments chroniques que l'existence est « vide », image de soi faible et instable, etc.

Linehan met tout particulièrement l'accent sur la nécessité de réagir aux comportements d'automutilation et autodestructeurs, problèmes comportementaux particulièrement fréquents chez les délinquantes souffrant d'une grave détresse affective. Linehan (1993) examine leurs difficultés dans une perspective biosociale où la vulnérabilité émotionnelle et le dérèglement affectif constituent des prédispositions biologiques combinées à un « environnement d'invalidation », où la femme apprend à mal définir ses expériences affectives ou à ne pas y faire confiance. Des antécédents de mauvais traitements physiques ou d'exploitation sexuelle sont typiques chez les femmes ayant ce genre de problèmes et, à de nombreux égards, le fait d'être maltraité sur le plan physique ou sexuel constitue la forme la plus extrême d'invalidation.

Linehan souligne la nature hautement « réactive » et instable du comportement manifesté par ces femmes, qui oscille entre les états suivants :

    · vulnérabilité émotionnelle (sensibilité extrême et incapacité de supporter les émotions) et invalidation de soi (tendances à nier ses émotions, à accepter les interprétations d'événements données par les autres et à simplifier les problèmes);

    · passivité active (attitude d'impuissance face aux problèmes et incitant l'individu à chercher à obtenir de l'aide d'autrui et compétence apparente (impression donnée par l'individu qu'elle peut se débrouiller toute seule);

    · crises constantes et inhibition des sentiments de chagrin (incapacité de ressentir des émotions, torpeur face aux événements qui surviennent).

 

Origines de l'approche TCD

L'approche TCD et l'intervention auprès de ces femmes reposent sur trois traditions philosophiques et thérapeutiques :

(1). Approches cognitives-comportementales : La TCD bâtit sur les approches cognitives-comportementales qui ont été mises au point au cours des deux dernières décennies et qui se sont avérées utiles dans le traitement d'un vaste éventail de problèmes psychologiques et de santé mentale. Ces approches de l'apprentissage et du changement qui sont systématiques, détaillées et organisées ont donné aux intervenants un solide cadre dont ils peuvent se servir pour s'attaquer aux graves problèmes dont souffrent leurs clients de concert avec ces derniers, surtout dans les situations où ces mêmes clients sont motivés à surmonter leurs difficultés.

(2). Approches humanistes des relations : Linehan (1993) est convaincue que la stricte application d'approches de traitement cognitives-comportementales, qui mettent l'accent sur le changement, est insuffisante pour ces femmes, qui craignent beaucoup le changement et qui ont besoin d'être validées et acceptées. Par conséquent, Linehan souligne aussi la nécessité de bâtir des relations fondées sur la confiance avec les clientes et de les accepter en tant qu'individu. Il est essentiel de trouver des façons de valider leurs comportements tout en cherchant à les modifier. Les intervenants doivent éviter de blâmer la victime pour les problèmes dont elle souffre et qui sont dus à des facteurs biosociaux.

(3). Théorie dialectique : Le dernier grand élément de cette approche repose sur la conceptualisation des difficultés qu'éprouve l'individu en tant que réactions extrêmes à des problèmes, y compris sa tendance d'osciller d'une extrême à une autre. Faisant intervenir les principes de la philosophie dialectique orientale, Linehan souligne la nécessité de valider des stratégies divergentes et possiblement contradictoires dans l'approche d'un problème, comme thèse et antithèse, dans le but de les consolider en une synthèse qui reconnaît la validité des deux extrêmes. L'individu doit apprendre à équilibrer des approches antithétiques et trouver un juste milieu. Des exercices visant à augmenter la conscience des clientes jouent un rôle important dans le cadre de ce traitement.

 

Applicabilité de la TCD aux délinquantes souffrant de détresse affective et ayant de graves problèmes comportementaux

Un nombre considérable de femmes qui souffrent de détresse affective caractérisée par de graves problèmes comportementaux ont été incapables de fonctionner dans les milieux d'habitation en groupe aux établissements régionaux ou dans la communauté. Leur grave détresse affective provoque des « crises constantes » qui bouleversent les autres se trouvant dans le même milieu et les amène à former des relations intenses et instables. Le fait qu'elles ont tendance à s'automutiler mène au besoin de surveillance, à des problèmes dans le milieu où elles habitent et au besoin d'une intervention cohérente de la part du personnel afin de réduire la probabilité que leurs comportements empirent avec le temps. Cette tension accrue entraîne une aggravation cyclique de la détresse ressentie par ces femmes et par les autres personnes dans leur entourage et favorise l'adoption d'un comportement plus problématique et une fréquence accrue des incidents d'automutilation au point que le milieu d'habitation devient très instable et explosif. Dans la communauté, ces femmes ont souvent manifesté des schèmes similaires de comportement difficile et ont été traitées de façon intermittente par le système de santé mentale. Cependant, les professionnels du domaine de la santé mentale deviennent souvent frustrés et ont des sentiments d'impuissance parce qu'ils ont le sentiment que leurs efforts visant à éliminer les problèmes dont souffrent ces femmes sont en vains et, par conséquent, il se peut que l'on refuse de traiter ces femmes ou de les admettre dans les unités psychiatriques des hôpitaux. La criminalité peut constituer une autre façon pour ces femmes d'obtenir un accès à des professionnels qui les soigneront. Souvent, ces femmes ont des attitudes antisociales qui les poussent à se comporter d'une façon contraire à la loi.

Ces femmes ont souvent des forces dont il faut tenir compte au moment de l'élaboration du modèle de programme :

· Capacité de bien fonctionner à des moments précis dans des environnements particuliers : Les femmes qui souffrent de ce genre de problèmes peuvent très bien s'adapter à certains régimes et à certaines circonstances, alors qu'elles sont incapables de fonctionner dans d'autres situations, en dépit de leur « compétence apparente ». Une intervention thérapeutique utile dans ces cas-là est de maximiser et de renforcer leur compétence, afin de la généraliser aux autres circonstances et aux autres milieux.

· Les relations fondées sur la confiance offrent une structure et un soutien : Linehan (1993) souligne qu'il s'agit là d'un atout clé qu'il faut renforcer en créant des relations individuelles fondées sur la confiance avec ces femmes dans le cadre du processus de traitement. On obtient les meilleurs résultats lorsque ces femmes attachent de la valeur à d'autres personnes ou peuvent compter sur les thérapeutes auxquels elles font confiance et qui sont capables d'intervenir efficacement dans leurs crises et satisfaire à leurs exigences tout en leur fournissant le soutien nécessaire pour leur enseigner de meilleures stratégies d'adaptation.

· Les humeurs et les états mentaux sont déclenchés par des facteurs internes et environnementaux : Ces femmes sont d'humeur très changeante et sont fortement influencées par leur milieu immédiat. En leur offrant un soutien, un environnement uniforme et un sentiment de sécurité, on les encourage à adopter un comportement positif, tandis que la présence de tension dans l'environnement ou des difficultés dans les relations entraînent un comportement autodestructeur ou l'incapacité à faire face aux problèmes.

· Grand besoin des autres et facilement influençables par les pairs : Ces qualités représentent des atouts, à condition que ces femmes habitent dans des environnements où elles ont des contacts avec des pairs aux attitudes prosociales. Par exemple, une femme à l'établissement Nova a fait des progrès remarquables au cours de l'année écoulée, en grande partie parce qu'elle a pu se séparer d'une partenaire qui semblait avoir une influence extrêmement négative sur son comportement.

· Bonne réaction à la structure si elle n'est pas perçue comme hostile : La structure donne aux femmes un sentiment de sécurité qui les aide dans les efforts qu'elles font pour améliorer leurs compétences d'adaptation et favorisent également l'établissement de relations interpersonnelles reposant sur la confiance. Toutefois, si ces femmes ou leurs pairs voient ces structures comme hostiles (c'est-à-dire comme créant une atmosphère de « nous » contre « eux »), elles risquent d'éprouver de forts sentiments négatifs vis-à-vis du programme et des employées.

· Capacités cognitives normales et supérieures à la normale : Typiquement, les femmes qui souffrent de ce genre de problèmes ont des problèmes affectifs plutôt que cognitifs. Leurs capacités cognitives peuvent les aider à évoluer et à changer.

· Les attitudes criminogènes sont moins dominantes et peuvent être modifiées : Ces femmes se sont retrouvées dans le système correctionnel principalement à cause de leur incapacité à s'adapter dans la communauté, à cause de la difficulté qu'elles ont à s'adapter et à résoudre les problèmes, à cause de leur manque d'appuis et de ressources et à cause de leurs déficiences sur le plan affectif, plutôt qu'à cause de leurs attitudes et mode de vie antisociaux. Là où elles ont adopté ces attitudes, leur désir de créer des relations reposant sur la confiance et leur sensibilité aux influences exercées par leurs pairs peuvent servir à les encourager à adopter une perspective plus prosociale.

· La musique, l'art et l'expression créatrice constituent des méthodes utiles de communication : La plupart de ces délinquantes ont un grand don et une grande aptitude pour la communication à travers les arts créateurs, peut-être parce que leurs expériences émotionnelles sont si profondes et si riches.

Les femmes qui ont ce genre de besoins souffrent souvent des limitations ou des lacunes décrites ci-dessous pour ce qui est de leurs compétences et ressources et il faut tenir compte de ces facteurs au moment de l'élaboration du modèle de programme :

· Sentiments de désespoir et d'impuissance : À cause de leur vulnérabilité émotionnelle, des crises qu'elles piquent constamment, des problèmes d'adaptation et des échecs antérieurs qu'elles ont vécus dans le cadre de relations qui leur fournissaient un soutien, ces femmes ont l'impression que les choses ne s'amélioreront jamais, ce qui représente chez elles une importante motivation pour leur comportement suicidaire. Il faut parvenir à surmonter les sentiments de désespoir de la délinquante si l'on veut que cette personne évolue et apprenne. Pour ce faire, il faut faire intervenir des employées compétentes et créer un milieu d'habitation reposant sur des valeurs fondamentales positives et prosociales qui font partie intégrante de toutes les activités et dont le personnel fait la démonstration.

· Grande réactivité émotionnelle et difficulté à reconnaître et à régulariser les émotions : Du fait qu'elles ont de la difficulté à reconnaître, à nommer et à régulariser leurs émotions, ces femmes adoptent des comportements extrêmes et impulsifs. L'enseignement de compétences à cet égard constitue un élément important des efforts visant à assurer à ces femmes le soutien et le traitement dont elles ont besoin.

· Les relations avec les pairs sont une source de stress, étant donné la piètre qualité de ces relations et les lacunes au chapitre de la résolution des problèmes : Le contact avec les autres est très important pour ces femmes, mais la difficulté qu'elles ont à établir des relations et à résoudre les problèmes causent des conflits interpersonnels et créent un environnement stressant dans lequel elles sont incapables de fonctionner. Même la constitution d'un groupe de taille moyenne (de six à huit personnes) crée de la confusion au niveau des relations interpersonnelles et des risques de conflit.

· Réactivité à des environnements hautement stressants : Ces délinquantes tendent à réagir rapidement et de façon impulsive aux situations et aux milieux stressants en adoptant des comportements difficiles, et plus particulièrement autodestructeurs. Elles ont besoin d'une structure de programme et d'un degré de surveillance qui peuvent réduire les niveaux de stress et assurer l'intervention d'employées. Cependant, il faut aussi que ce milieu favorise leur autonomie et les encourage à se servir de leurs nouvelles habiletés d'adaptation.

· Stratégies peu adéquates pour faire face au stress : L'une des principales raisons pour lesquelles ces femmes ont des problèmes comportementaux est qu'elles ne possèdent pas de bonnes habiletés d'adaptation. Souvent, le comportement autodestructeur est une façon inefficace et dangereuse de faire face au stress. Il est impératif de leur enseigner de solides compétences dans ce domaine.

· Les échecs du passé et la faible confiance qu'elles ont en elles-mêmes constituent des obstacles à leur apprentissage et évolution : Les nouvelles tâches et les nouveaux environnements sont associés aux échecs antérieurs et, par conséquent, les programmes d'apprentissage et le changement doivent se faire lentement et en petites étapes, mettant l'accès sur des réussites personnelles.

· Difficulté à maintenir des relations à long terme reposant sur la confiance : Même si les femmes ayant ce genre de besoins attachent énormément de valeurs aux relations reposant sur la confiance, souvent, elles sont tellement exigeantes que les autres personnes finissent par les rejeter. Il s'agit là d'un problème particulièrement difficile pour les intervenantes qui s'occupent de femmes lorsque ces intervenantes ne bénéficient pas d'un grand soutien de la part de leurs pairs et des surveillantes.

· Difficulté à faire la transition à de nouveaux environnements en l'absence des personnes avec qui elles ont établi des relations durables : Il faut du temps pour établir des relations fondées sur la confiance, qui sont essentielles à l'apprentissage des habiletés d'adaptation dont les délinquantes ont besoin pour pouvoir fonctionner de façon autonome et réussir. Les délinquantes peuvent avoir beaucoup de difficulté à créer ces relations. Il est difficile pour elles de faire la transition à de nouveaux environnements, lorsqu'elles perdent les relations établies et que les craintes causées par les échecs antérieurs reviennent. Elles sont souvent incapables de demander de l'aide à des inconnus ou à des personnes en qui elles n'ont pas confiance. Il est important que les personnes à qui elles font confiance les aident durant leur transition au nouvel environnement, qu'il s'agisse d'un établissement régional ou d'un établissement dans la communauté, si l'objectif est de s'assurer qu'elles s'ajusteront bien. Il est important que les personnes assurant le soutien adoptent de solides valeurs et possèdent de bonnes compétences interpersonnelles pour pouvoir établir de telles relations.

La thérapie comportementale dialectique convient particulièrement bien dans le cas des femmes ayant cette constellation de besoins et de problèmes comportementaux, surtout en raison de leurs schèmes de comportements d'automutilation et autodestructeurs. Cependant, il se peut qu'il y ait certaines différences entre ces femmes et celles pour qui la TCD a été conçue à l'origine en ce sens que les femmes qui nous concernent ici ont eu de graves démêlés avec la justice à cause de leurs problèmes comportementaux. Les travaux de Linehan ont été accomplis dans un contexte du domaine de la santé mentale. Cependant, la hiérarchie des objectifs comportementaux d'intervention qui font partie de l'approche Linehan est facile à modifier si nécessaire pour accorder une plus grande priorité aux comportements antisociaux que ces femmes adoptent.

Il est également impératif d'adopter un modèle de thérapie comportementale dialectique commun que peuvent partager les membres d'une équipe d'intervention multidisciplinaire, puisque ces délinquantes sont extrêmement exigeantes et que les membres du personnel ont besoin d'un soutien constant les uns des autres et doivent formés une équipe solide et bien gérée pour assurer le respect des valeurs fondamentales positives et l'acquisition des compétences complètes essentielles au succès du programme. Les employées sont souvent divisées quant au traitement approprié à dispenser à ces femmes, allant de celles qui sont peut-être partisanes du soutien inconditionnel à celles qui estiment qu'il faut adopter une attitude plus dure, plus conflictionnelle. L'une des forces particulières de l'approche dialectique est que celle-ci reconnaît les éléments de vérité dans ces attitudes opposées chez le personnel, tout comme elle reconnaît les extrêmes dans le comportement des femmes. Ainsi, les membres du personnel disposent d'un cadre qui leur permet de faire la synthèse de leurs opinions divergentes et de les interpréter. Les employées et l'administration ont besoin d'une structure et d'un cadre de programme clairs auxquels ils peuvent se reporter pour gérer les interrelations complexes que l'on retrouve chez les femmes ayant ce genre de besoins et de problèmes.

 

But et objectifs du programme de thérapie comportementale dialectique

Le grand but du programme de thérapie comportementale dialectique (TCD) est d'offrir un soutien aux délinquantes souffrant de détresse affective et ayant de graves problèmes comportementaux pour qu'elles puissent fonctionner dans les établissements pénitenciers régionaux tout en faisant l'acquisition des compétences qui leur permettront de faire la transition à une maison ordinaire à ces mêmes pénitenciers ou dans la communauté et d'y éprouver des sentiments de satisfaction et de réussite, qui réduiront par le fait même la probabilité de récidive chez elles.

Objectifs. En participant au programme thérapie comportementale dialectique (TCD), les délinquantes souffrant de détresse affective et de graves problèmes comportementaux...

    · amélioreront leurs compétences au chapitre de l'adaptation, de la résolution des problèmes et de la communication dans les secteurs où elles en ont besoin;

    · pourront fonctionner dans un établissement régional sans constamment passer à l'acte en réponse aux difficultés auxquelles elles font face;

    · dresseront et respecteront un plan correctionnel en vue de leur mise en liberté dans la communauté qui réduira la probabilité qu'elles récidiveront;

    · auront une meilleure estime de soi.

Conclusion : L'approche de thérapie comportementale dialectique est le modèle de programmation le plus approprié, voire le plus efficace, pour les femmes qui souffrent de détresse affective et graves problèmes comportementaux, car il leur permet d'être hébergées dans l'environnement le moins restrictif au sein d'un établissement régional. Un nombre disproportionné de femmes ayant cette constellation de besoins sont originaires de l'Ontario.
Recommandation 16 : Mettre en _uvre l'approche de thérapie comportementale dialectique pour les délinquantes souffrant de détresse affective et ayant de graves problèmes comportementaux à l'établissement Grand Valley à Kitchener, en Ontario, par l'adoption d'un modèle de programme précis adapté aux établissements régionaux. Ce modèle doit tenir compte des forces et des limitations des femmes qui ont cette constellation de besoins et comporter un but précis et une série d'objectifs. Étant donné les ressources cliniques limitées que l'on trouve actuellement à l'établissement Grand Valley et les exigences élevées auxquelles doivent satisfaire les ressources qui y sont disponibles actuellement, il est recommandé que des employées supérieures de la Prison des femmes qui connaissent les approches TCD agissent comme expertes-conseils auprès de l'établissement Grand Valley pour aider à mettre sur pied le programme TCD.

 

Critères d'admission et processus d'évaluation

Voici les critères à utiliser pour sélectionner les délinquantes qui seront admises au programme :

1. Il faut que la délinquante accepte de plein gré de participer au programme. Il faut reconnaître que les femmes qui ont ce genre de besoins sont extrêmement changeantes quant à leur disposition à participer à n'importe quel programme ou série d'activités et, par conséquent, il faut graduellement obtenir leur approbation par l'établissement de relations fondées sur la confiance dans le cadre desquelles elles sont encouragées à prendre le temps nécessaire pour comprendre les choix qui leur sont offerts. Leur décision de ne pas consentir à la participation devrait également se faire graduellement et elles devraient en discuter avec une personne en qui elles ont confiance.

2. Classement au niveau de sécurité moyenne ou minimale.

3. Formulation, par l'équipe d'évaluation multidisciplinaire, d'une recommandation concernant la participation. C'est l'équipe responsable de l'évaluation des candidates aux programmes de santé mentale spécialisés à l'établissement régional qui se chargerait de formuler cette recommandation en s'assurant que l'individu satisfait aux critères suivants :

    a. L'individu a des lacunes et besoins considérables au chapitre des compétences de résolution des problèmes, des communications interpersonnelles et des habiletés d'adaptation, qui se manifestent par la présence de graves problèmes comportementaux au niveau des émotions, des relations interpersonnelles, des comportements observables, des capacités cognitives et de la conception de soi. Cet individu aura probablement un comportement autodestructeur.

    b. Ce sont des besoins et un dérèglement sur le plan affectif plutôt que des attitudes et un mode de vie criminogènes qui constituent les principales causes de l'incarcération et du passage à l'acte.

    c. Le personnel doit assurer un soutien et de la surveillance constants dans un milieu d'habitation dans le but de résoudre des problèmes, de gérer l'interaction avec les pairs ou de réagir aux comportements non appropriés.

    d. L'individu possède des compétences psychosociales de base et peut accomplir des tâches ménagères.

    e. L'individu possède des capacités cognitives normales et ne se trouve pas dans la phase aiguë d'une grave maladie mentale.

L'équipe multidisciplinaire chargée de l'évaluation des candidates au programme de santé mentale spécialisé doit inclure certains postes précis et des spécialistes appartenant à différentes disciplines :

    · psychologue

    · infirmière autorisée ayant suivi une formation ou possédant de l'expérience en psychiatrie

    · coordonnatrice du programme de thérapie comportementale dialectique

    · directrice ou directrice adjointe

    · agente responsable de l'évaluation initiale ou agente de gestion des cas

    · dirigeante d'équipe ou directrice des programmes

    · agente de réinsertion sociale pour le programme TCD

    · coordonnatrice du programme de réadaptation psychosociale (si ce programme existe à l'établissement)

Fréquemment, Linehan affirme que son approche convient bien aux personnes qui souffrent de « troubles de la personnalité limitrophe ». Cette catégorie diagnostique n'est pas utilisée strictement en tant que critère d'admission pour ce programme pour différentes raisons. Premièrement, Linehan (1993) critique à raison les catégories diagnostiques typiques comme étant motivées cliniquement et idéologiquement et recommande l'adoption d'une approche comportementale révisée tenant compte des différents ensembles de problèmes sur le plan des émotions, des relations interpersonnelles, des comportements observables, des capacités cognitives et de la conception de soi. Deuxièmement, le diagnostic des « troubles de la personnalité limites » a posé des problèmes au cours des dernières années, car c'est en quelque sorte devenu une mode de s'en servir pour désigner les femmes que le système de santé mentale n'a pas vraiment réussi à traiter. Finalement, la notion de « troubles de la personnalité » laisse sous-entendre que le sujet comporte certaines caractéristiques permanentes moins susceptibles de pouvoir être traitées et de changer, ce qui va à l'encontre d'une approche comportant des valeurs fondamentales positives qui visent à encourager un changement comportemental favorable. Il est préférable de confier le choix des critères d'admission à une équipe multidisciplinaire qui possède l'expertise nécessaire pour évaluer les délinquantes et leurs problèmes comportementaux sur une base individuelle.

Inévitablement, étant donné les caractéristiques des délinquantes, on constatera chez celles-ci une variété de besoins dus à leur détresse affective et une variété d'attitudes et de comportements antisociaux, et il se pourrait qu'il soit difficile de décerner les besoins auxquels il y a lieu d'accorder la priorité. Ces principaux besoins peuvent également changer avec le temps et selon les expériences que vit la femme. Il est logique de commencer par les femmes qui manifestent le plus clairement une constellation de besoins causés par de la détresse affective. La TCD offre la possibilité de s'occuper des besoins des femmes ayant des attitudes et un comportement antisociaux si elles sont prêtes à établir une relation thérapeutique et à s'engager à suivre un traitement. Or, il est moins probable que l'on retrouve ces qualités chez les femmes qui ont de graves attitudes antisociales. Les femmes dans cette situation qui s'opposent fermement au traitement thérapeutique pourraient facilement saboter l'environnement et réduire ses avantages pour les femmes à qui il convient. Avec le temps, les employées feront l'acquisition de compétences et d'expérience concernant l'application de la TCD et seront mieux en mesure d'évaluer la marge de man_uvre qu'offre cette approche.

Conclusion : Il est essentiel pour assurer le succès du programme d'établir des correspondances entre les besoins des détenues et les buts et la structure du programme. En plaçant ensemble des détenues incompatibles, on compromettra et mettra sérieusement en danger l'efficacité du programme. Il s'agit d'un problème particulièrement important étant donné les pressions opérationnelles qui sont exercées pour qu'on affecte au programme des femmes qui n'y conviennent pas simplement à cause de la nécessité de les assujettir à des degrés plus élevés de surveillance.
Recommandation 17 : Il y a lieu d'établir un processus d'évaluation multidisciplinaire officiel comportant des critères d'admission pour évaluer les demandes d'admission au programme et pour s'assurer que les femmes qui y sont admises y consentent, sont classées au niveau de sécurité moyenne ou minimale, possèdent de bonnes habiletés d'adaptation, de communication et de résolution des problèmes et ont besoin de surveillance de la part du personnel. Il faut élaborer une description de programme officielle et approuvée qui comporte des critères d'admission clairs exigeant que les employées à l'établissement régional prennent la décision finale quant aux admissions.

 

Suppositions fondamentales sur lesquelles repose la thérapie comportementale dialectique (TCD)

Linehan (1993, pp. 106-107) estime que les suppositions énoncées ci-après (valeurs fondamentales) représentent une partie essentielle de l'approche TCD :

    1. Les clientes font de leur mieux.

    2. Les clientes veulent s'améliorer.

    3. Les clientes ont besoin de faire davantage leur possible, faire de plus gros efforts et être plus motivées à changer.

    4. Les clientes ne sont pas responsables de tous leurs problèmes mais c'est quand même à elles qu'il appartient de les résoudre.

    5. La vie des clientes est insupportable telle qu'elle se présente actuellement.

    6. Les clientes doivent apprendre de nouveaux comportements dans tous les contextes pertinents.

    7. Les efforts des clientes ne peuvent échouer dans le cadre de la thérapie.

    8. Les employées ont besoin de soutiens pour intervenir auprès de ces femmes.

Parmi les thèmes sous-jacents aux pratiques de traitement, il y a la nécessité pour les intervenantes d'adopter sans cesse une approche positive et d'éviter à blâmer les femmes pour leurs comportements et leurs problèmes. Il est important également de faire en sorte que la délinquante accepte et prenne l'engagement de réduire les comportements qui lui font du tort et d'essayer de bâtir un meilleur avenir, même si elles ne peuvent pas s'imaginer que leurs efforts seront couronnés de succès.

 

Objectifs de la TCD en matière de modification du comportement

Dans le cadre de la TCD, on définit une hiérarchie d'objectifs de changement comportemental réparties en trois phases de traitement, en vertu desquels on passe d'objectifs à priorité élevée à des objectifs à priorité réduite à mesure que les femmes ont davantage le contrôle de leurs comportements (Linehan, 1993; p. 167).

    · Prétraitement : Orientation du traitement et approbation mutuelle des objectifs

    · Phase 1

    1. Réduction du comportement suicidaire

    2. Diminution du comportement nuisant à la thérapie

    3. Diminution des comportements nuisant à la qualité de vie

    4. Renforcement des compétences comportementales

        · Prise de conscience

        · Efficacité sur le plan interpersonnel

        · Régulation affective

        · Tolérance de la détresse

        · Autogestion

    · Phase 2

    5. Diminution du stress post-traumatique

    · Phase 3

    6. Augmentation du respect de soi

    7. Réalisation de buts individuels

Dans le cas des délinquantes, de graves problèmes comportementaux ou attitudes antisociales à l'établissement (par exemple, toxicomanie, agression, langage injurieux, etc.) seraient probablement inclus à l'objectif de « diminution des comportements nuisant à la qualité de vie » qui sont ceux qui « réduisent sérieusement toute possibilité » de mener une « vie raisonnablement bonne » (Linehan, 1993; p. 177). Ces comportements rendent moins probables, pour la délinquante, le classement à des niveaux de sécurité inférieurs et la mise en liberté anticipée, et réduisent sa capacité de demeurer dans la communauté sans commettre d'actes criminels.

Cette hiérarchie d'objectifs comportementaux fournit une liste des priorités sur laquelle il faut se concentrer dans le cadre du programme de traitement, même s'il y a des distinctions à établir quant aux buts auxquels accorder la priorité pour chacune des composantes du traitement. Un avantage particulier de cette approche est que l'on met l'accent sur des priorités comportementales sur lesquelles on s'entend, puisque typiquement, ces femmes ont constamment des crises qui font qu'il est très facile aussi bien pour le personnel que pour les délinquantes de perdre de vue les priorités au chapitre du traitement.

 

Composantes du traitement TCD

1. Counseling individuel et enseignement individuel des compétences : Cette composante consiste à tenir des séances de counseling individuelles de façon régulière tout en adoptant une approche TCD et tout en se concentrant sur des objectifs comportementaux. La priorité est d'établir une relation constructive fondée sur la confiance et de mettre l'accent initialement sur la nécessité de réduire le comportement d'automutilation et de faire en sorte que la personne continue de suivre le traitement. Pour qu'elle continue à suivre le traitement, il faut, entre autres, que la cliente et la conseillère respectent l'engagement pris. À cette fin, on conclut des ententes, on formule des attentes claires et on reconnaît les comportements difficiles manifestés par la délinquante et par la conseillère l'une par rapport à l'autre. La conseillère doit valider et aider la femme à gérer ses problèmes constants, tout en l'enseignant à appliquer les compétences fondamentales (voir plus loin) aux problèmes auxquels elle fait face quotidiennement. Il est proposé que ces séances se tiennent une ou deux fois par semaine de façon régulière avec une psychologue qualifiée. Il est essentiel de posséder des connaissances dans le domaine comportemental et d'avoir suivi une formation clinique avancée pour accomplir cette fonction, étant donné que des questions à grande complexité clinique se présentent et qu'il y a toujours le risque de suicide. Il est important pour la psychologue d'établir des limites dans le cadre des relations, de sorte à éviter qu'elle devienne responsable pour les problèmes qu'éprouve la femme et perde de vue son rôle premier, qui consiste à fournir à la délinquante le soutien nécessaire lui permettant de faire l'apprentissage de nouvelles compétences et de parvenir à fonctionner de façon autonome.

2. Formation structurée sur les compétences de groupe : Linehan (1993a) a élaboré un programme d'études précis consistant à enseigner des compétences à des groupes dont l'objectif est d'aider les femmes à acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour améliorer leurs habiletés d'adaptation et de résolution des problèmes, de sorte qu'elles puissent atteindre leurs objectifs comportementaux, réduire leur comportement autodestructeur et améliorer leurs niveaux de fonctionnement. Les domaines où elles acquièrent ainsi des compétences fondamentales dans le cadre de ce programme sont les suivants : prise de conscience, tolérance de la détresse, régulation affective, efficacité sur le plan interpersonnel et autogestion. L'acquisition des compétences dans ces secteurs est liée directement aux besoins de ces délinquantes. La formation en groupe devrait se donner deux fois par semaine dans le cadre d'une séance de groupe structurée mettant l'accent sur l'apprentissage des compétences dans un contexte pédagogique plutôt que sur le traitement des problèmes individuels dans un contexte thérapeutique. Cette séance d'apprentissage, pouvant inclure jusqu'à huit participantes, devra être dirigée par deux intervenantes TCD ayant suivi une formation spécialisée sur la façon d'animer les séances de formation en groupe sur les compétences. Il est important que les différents membres du personnel assurent les différents rôles de counseling individuels et de formation de groupe afin de communiquer aux délinquantes les divergences entre les objectifs liés aux deux composantes. Le programme d'enseignement de compétences en groupe se compose d'exposés, d'exercices et de devoirs pertinents consistant à appliquer les compétences nouvellement acquises dans le contexte d'activités et de problèmes quotidiens. Une séance par semaine peut être consacrée à l'étude des devoirs, tandis que la deuxième séance peut servir à présenter des sujets nouveaux. Fréquemment, il est utile pour les femmes de reprendre ce programme, d'une durée de six mois, une deuxième fois afin de mieux comprendre les compétences enseignées.

3. Courtes rencontres quotidiennes des femmes dans le milieu d'habitation : Le but de cette séance est de faciliter la coopération entre les femmes dans le milieu d'habitation, de repérer tout conflit important, d'offrir la possibilité à ces femmes d'appliquer les compétences fondamentales enseignées pour régler les conflits et, finalement, pour organiser les tâches de ménage. Il devrait s'agir également d'une tribune donnant aux femmes le sentiment que leur milieu d'habitation leur appartient et qu'elles en sont responsables. Il se peut qu'il soit nécessaire de structurer l'ordre du jour pour éviter que toute la durée de la rencontre soit consacrée à des crises et à des besoins individuels dont il vaudrait mieux discuter durant des séances de counseling individuelles, mais cela dépendra de la nature précise du groupe de femmes. Ces rencontres devraient être dirigées par les intervenantes TCD.

4. Soutien et consultation du personnel à titre officieux : Linehan (1993) est d'avis que les séances de counseling et d'enseignement des compétences représentent un « champ d'exercice » pour les femmes souffrant de détresse affective, tandis que leurs activités quotidiennes représentent la « réalité ». Par conséquent, tout comme un entraîneur sportif n'envisagerait jamais de manquer le vrai match, de même la conseillère individuelle ou la formatrice enseignant les compétences devrait être disponible (dans des limites raisonnables et convenues) pour pouvoir assurer un encadrement officieux durant les situations de crise qui surviennent quotidiennement dans la vie de ces femmes, que la personne assurant le soutien soit sur les lieux ou qu'on la consulte par téléphone. Cette consultation est cruciale pour aider la femme à appliquer les compétences qu'elle a apprises à des situations réelles. C'est à l'équipe chargée du programme qu'il appartient d'établir qui est responsable des questions particulières pour lesquelles un soutien sera fourni dans le cadre du processus d'encadrement. Dans certains cas, il pourrait s'agir de la psychologue qui se charge d'offrir des séances individuelles, tandis que dans d'autres cas, une intervenante TCD travaillant un quart particulier pourrait s'en occuper. Il est important, à des fins d'encadrement, qu'une intervenante TCD soit régulièrement accessible dans le milieu d'habitation.

Le programme TCD devrait être offert également aux femmes qui ont d'importants besoins à cause de détresse affective et qui peuvent continuer à habiter dans des maisons ordinaires à condition de bénéficier d'un soutien régulier et d'une structure se présentant sous la forme de counseling et d'encadrement individuel, de séances de formation en groupe portant sur les compétences et de la possibilité d'obtenir un soutien du personnel et de le consulter, de façon officieuse. Ces femmes devraient participer à tous les éléments du programme, sans pour autant être placées dans le petit milieu d'habitation. Globalement parlant, il est essentiel qu'il y ait une solide équipe multidisciplinaire surveillant le programme et plus particulièrement les interrelations entre les différentes composantes du traitement.

Conclusion : Le programme TCD est composé de quatre composantes reliées entre elles, dont la coordination globale doit être assurée avec efficacité par une équipe multidisciplinaire.
Recommandation 18 : La mise en _uvre des différentes composantes du programme TCD, à savoir le counseling et l'encadrement individuels, la formation en groupe portant sur les compétences, les réunions quotidiennes et la consultation officieuse du personnel, doit être coordonnée par une équipe multidisciplinaire ayant suivi une formation particulière portant sur la façon d'appliquer l'approche. Le programme TCD devrait être accessible également pour un nombre limité de femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective qui peuvent fonctionner dans des maisons ordinaires en bénéficiant du soutien supplémentaire prévu en vertu du programme.

 

Caractéristiques du milieu d'habitation

Il est nécessaire pour les femmes qui ont les besoins décrits plus haut d'habiter au sein d'un petit groupe et de bénéficier de la présence régulière d'employées, afin de réduire le stress auquel elles font face et pour qu'on dispose du temps et de l'espace requis pour appliquer le processus TCD. Il est proposé que l'environnement créé se présente sous la forme d'un duplex à un étage, composé de deux modules dans chacun desquels seraient hébergées jusqu'à quatre femmes. Ce complexe...

    · devrait ressembler à une maison dans la communauté,

    · devrait comporter le moins d'objets dangereux possible au cas où des résidentes passeraient à l'acte,

    · devrait permettre au personnel d'assurer une surveillance régulière,

    · devrait offrir aux résidentes un « continuum » d'options et de locaux grâce auxquels elles peuvent assumer un degré plus élevé ou moins élevé de responsabilités, selon les circonstances, pour faire face au stress et aux comportements potentiellement explosifs ou autodestructeurs.

Il faut faire appel à des architectes, à des employées (y compris à des intervenantes de première ligne et à la coordonnatrice du programme TCD) et à des délinquantes pour soigneusement planifier l'aménagement des lieux afin de créer un duplex ayant l'apparence d'une maison ordinaire tout en réduisant au minimum les objets dangereux qu'on y trouve et tout en prévoyant des mesures de sécurité en cas d'urgence. Les architectes doivent suivre les conseils pratiques qui leur sont donnés par des employées expérimentées quant aux caractéristiques détaillées des éléments à inclure dans le duplex (par exemple, le type d'ampoules, la taille des couloirs, la possibilité de verrouiller différents secteurs, etc.). Il faut engager une coordonnatrice pour le programme le plus rapidement possible et la charger d'obtenir et de faciliter la participation des employées et des délinquantes à la conception du duplex. Pour ce qui est de ce dernier groupe, la coordonnatrice doit rendre visite notamment aux femmes qui sont incarcérées dans les établissements à niveau de sécurité maximale et qui pourraient être transférées au duplex, et les informer des possibilités de placement futur à cet endroit et chercher à obtenir leur participation. Un comité constitué de l'architecte principal, du constructeur, de la directrice de l'établissement et de la coordonnatrice du programme TCD prendra les décisions finales concernant chacune des phases du processus de conception et de construction.

La figure 3 montre l'aménagement provisoire proposé pour le duplex. Elle est identique à la proposition concernant le duplexe du programme RPS à deux exceptions près. Il ne sera pas nécessaire de pouvoir verrouiller les chambres à coucher, et l'espace réservé au personnel formerait une pièce distincte. Les employées ne seront pas sur place constamment dans le duplex TCD, et il faudra pouvoir interdire les allées et venues dans ce secteur. Le duplex devrait satisfaire aux critères suivants :

· Un maximum de quatre clientes est hébergé dans chacun des deux modules afin que les groupes demeurent de taille restreinte, et le fait de coller deux modules l'un contre l'autre permet à un seul groupe d'employées de surveiller tout le monde. La séparation des deux modules offre de la souplesse, en ce sens qu'elle permet de séparer les femmes incompatibles. Même si quatre personnes par côté représentent un petit nombre, il faut reconnaître que si l'on augmente la taille du groupe, on augmente de façon exponentielle les problèmes pouvant résulter des nouvelles relations créées, qui vont au-delà du simple ajout d'une personne.

· Il s'agit d'une installation qui a l'apparence d'un foyer, qui est attrayante et bien éclairée et où les femmes peuvent décorer les murs, disposent de mobilier confortable et peuvent s'occuper de plantes. La conception de l'intérieur devrait permettre aux femmes de facilement faire des choix concernant l'apparence de leur foyer, tout en permettant à un groupe de femmes qui y serait hébergé par la suite d'y apporter des changements (par exemple, par l'utilisation de babillards ou de cadres dans lesquels les images peuvent être remplacées).

· Il faut prévoir de nombreux espaces distincts où il fait silencieux pour les femmes, tout en veillant à ce que les employées y aient un accès raisonnable afin qu'elles puissent surveiller les lieux.

· Il faut prévoir des locaux de silence thérapeutique (voir plus loin), et ces locaux devraient être séparés des autres au moyen d'espaces réservés au personnel. Les délinquantes pourraient se rendre à ces locaux lorsqu'elles en ressentent le besoin ou lorsque le personnel détermine que c'est nécessaire, conformément aux politiques et procédures. Le secteur de silence thérapeutique doit comporter des toilettes afin que la femme qui s'y trouve ne soit pas obligée de retourner au secteur d'habitation principal.

· Il faut prévoir deux petites salles de bain pour les résidentes.

· Il y a lieu d'installer de l'isolant de haute qualité contre le bruit entre les deux modules du duplex, entre les chambres à coucher et au coin de détente/tranquillité, afin de réduire la possibilité qu'une détenue en contrarie une autre. Le coin de tranquillité doit être une salle attrayante, paisible et relaxante ayant un bon éclairage naturel.

· Il faut prévoir une cuisine entièrement équipée aux fins de préparation de tous les repas, et cette cuisine devrait donner sur le reste de l'unité mais pouvoir être verrouillée lorsque c'est nécessaire (par exemple, des portes doubles pourraient en interdire l'accès).

· Il y a lieu d'aménager, à côté de la cuisine, une salle à manger avec une table où seront pris les repas.

Figure 3 : Plan d'étage proposé pour le duplex TCD

· Il faut prévoir, de chaque côté, un jardin où les femmes peuvent créer leur propre endroit où s'asseoir et peut-être même un potager, séparé du reste de l'établissement. Il n'est pas nécessaire d'isoler ce jardin au moyen d'une clôture.

· Il faut aménager de petits bureaux pour la coordonnatrice et l'agente de réinsertion sociale (ARS, voir plus loin) ainsi qu'un bureau commun dont se serviront à la fois les intervenantes TCD et le personnel clinique affectés au duplex, de sorte que les rôles assumés par les employées soient entièrement intégrés au milieu et maximisent l'interaction entre les délinquantes et le personnel. Il faut prévoir une porte donnant accès sur l'extérieur à partir de la salle de détente réservée au personnel, afin que celui-ci puisse arriver au duplex et le quitter sans qu'il soit nécessaire de le traverser.

· L'espace réservé au personnel devrait être divisé en deux au moyen du mur principal séparant les deux modules du duplex, et il faut installer une porte opaque entre les deux sections pour maintenir la séparation des deux modules, tout en permettant au personnel de se déplacer rapidement entre ceux-ci. De plus, les employées devraient disposer de leur propre salle de bain et d'une petite salle de détente.

· Le duplex devrait comporter aussi une salle polyvalente pour les entretiens individuels et les programmes TCD dispensés en groupe. On pourrait s'en servir aussi comme salle de réunion pour les employées, afin que les rencontres puissent se tenir sur place, ce qui permettra aux intervenantes TCD d'assister aux réunions tout en surveillant les délinquantes. Il y a lieu d'installer dans cette pièce une séparation mobile permettant de la couper en deux au besoin.

· Les portes à l'avant et à l'arrière du duplex devraient être munies d'un système de sonnerie qui préviendrait le personnel si des délinquantes quittent le bâtiment ou y entrent.

Conclusion : Il est important de placer les femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective et de graves problèmes comportementaux dans un environnement où elles font partie d'un groupe à taille restreinte qui à la fois leur offre un milieu ressemblant à un foyer conforme aux normes de la communauté et assure leur protection au cas où certaines d'entre elles passeraient à l'acte. Il est nécessaire d'obtenir les points de vue du personnel et des délinquantes pour établir un juste équilibre entre les différents critères de conception de ce milieu d'habitation.
Recommandation 19 : Il faut concevoir et construire un duplex comportant deux modules pouvant accueillir jusqu'à quatre femmes de chaque côté à l'établissement régional, en se fondant sur la structure et les critères proposés comme point de départ de la planification. Au moment de la conception du duplex, les architectes doivent tenir compte des connaissances spécialisées des employées et des opinions de délinquantes appropriées. Il faut engager une coordonnatrice de programme le plus rapidement possible, afin qu'elle puisse faciliter la participation du personnel et des délinquantes à la conception de ce milieu d'habitation. Un comité constitué de l'architecte principal, du constructeur, de la directrice de l'établissement et de la coordonnatrice du programme TCD prendra les décisions finales concernant toutes les phases du processus de conception et de construction du duplex.

 

Attentes au chapitre des activités quotidiennes et application des compétences

Les délinquantes devraient être responsables de l'exécution de tâches quotidiennes telles la cuisine, le nettoyage, la lessive et la budgétisation en suivant les mêmes règles que celles appliquées dans les maisons ordinaires. Si l'on respecte les critères d'admission tels qu'ils se rapportent aux compétences que les femmes doivent posséder dans ces secteurs, celles-ci ne devraient pas avoir besoin d'aide pratique dans l'exécution de ces tâches. Cependant, étant donné leur instabilité affective et les problèmes qu'elles ont dans les relations, il est probable que des difficultés se présenteront lorsqu'elles devront collaborer et accomplir des tâches ensemble. Ces difficultés représenteront de précieuses occasions d'apprentissage où les employées pourront fournir un encadrement et de l'aide aux délinquantes dans l'application des compétences fondamentales enseignées dans le cadre de la TCD pour régler des problèmes qui surviennent dans leur vie quotidienne. Par rapport au programme RPS, le rôle du personnel consistera à aider les femmes à appliquer des stratégies de résolution des problèmes et d'adaptation plutôt que de leur montrer comment accomplir les tâches. Les employées devraient essayer de régler les problèmes liés aux relations et les autres problèmes qui ont besoin d'être résolus durant les réunions quotidiennes à la maison et permettre aux femmes de régler leurs problèmes elles-mêmes dans toute la mesure du possible, mais il sera toutefois nécessaire de leur offrir un encadrement individuel et d'intervenir dans des situations individuelles. La question de savoir si les employées devraient être présentes durant certaines périodes telles que la préparation des repas dépendra des besoins des femmes et des interactions entre elles. Il se peut que, dans certains cas, il soit préférable de s'absenter à ces moments-là afin de permettre aux femmes d'avoir des interactions toutes seules, tandis que dans d'autres situations, il se peut qu'il soit approprié pour des employées d'assurer une surveillance à distance en demeurant dans le bureau du personnel ou d'être présentes et de participer aux activités sur place.

Alors que, dans le cadre du programme RPS, les employées seront encouragées à prendre leurs repas avec les femmes, dans le contexte du programme TCD, cette décision sera prise chaque jour, dans le but d'établir un équilibre entre le maintien du milieu d'habitation comme un environnement distinct créé pour les femmes et l'avantage que procure l'interaction officieuse entre les femmes et le personnel durant les repas. Il faut tenir compte, dans le budget, de la nécessité de permettre à un membre du personnel de manger avec les femmes, même si cela se produirait moins fréquemment que dans le cadre du programme RPS.

Le degré de structure des horaires quotidiens fixés pour les femmes individuelles variera selon les besoins de celles-ci, mais il faut leur donner la plus grande latitude possible en se fondant sur leur capacité de faire des choix sans danger pour elles ni pour les autres.

Les interactions officieuses entre les femmes individuelles et entre celles-ci et le personnel et les possibilités de s'adonner à des loisirs ensemble constituent d'importants moyens pour créer des relations fondées sur la confiance et pour offrir des possibilités de résoudre les problèmes et de faciliter l'adaptation par l'application de compétences fondamentales. On s'attendrait à ce que les employées affectées au milieu d'habitation participent à des interactions officieuses positives, afin de bâtir des relations sans favoriser la dépendance.

Recommandation 20 : Les employées devraient profiter des interactions officieuses pour créer des relations fondées sur la confiance avec les femmes. Il est important de se servir des difficultés causées par des conflits dans les relations et liées aux tâches de la vie quotidienne comme des occasions pour les délinquantes d'appliquer leurs habiletés d'adaptation et de résolution des problèmes dans des situations concrètes. L'intensité de la surveillance assurée par les employées peut varier avec le temps selon le groupe précis de femmes dont il s'agit. Dans le cadre de cette surveillance, il faut établir un équilibre entre la nécessité pour les employées d'établir de solides relations avec les femmes, le besoin de veiller à la sécurité de toutes les personnes présentes et le besoin de favoriser le fonctionnement autonome des femmes.

 

Le travail, l'apprentissage, les programmes de loisir et les compétences

Il faut s'assurer que les détenues sont entièrement intégrées à la population carcérale générale pour ce qui est des possibilités de s'adonner à des loisirs, car il est prévu qu'elles finiront par être placées dans une maison ordinaire ou dans un milieu d'habitation dans la communauté, où elles ne bénéficieront pas de soutiens.

Recommandation 21 : À l'exception de leur participation à des volets précis du programme TCD, les femmes logeant dans le duplex participeraient aux programmes généraux prévus dans leur plan correctionnel comme toute autre délinquante.

 

Gestion du comportement dans le milieu d'habitation

La mise en oeuvre efficace du programme TCD, l'investissement fait par les femmes dans le cadre de ce processus et la structure et le soutien assurés par le personnel et les programmes devraient réduire les problèmes comportementaux avec le temps. Or, ces femmes ont des problèmes comportementaux qui remontent à loin et qui se manifesteront inévitablement et auxquels il faut réagir efficacement dans le contexte de l'équipe. Dans le cas des femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective, les conséquences doivent être immédiates, concrètes, directes, uniformes et naturelles. Tous les membres de l'équipe doivent appliquer les approches précises adoptées uniformément, afin que chaque délinquante sache quelles sont les attentes.

Il risque d'y avoir de sérieux conflits, d'une part, parce qu'on met l'accent sur la prise en charge par les individus de leur comportement par l'application des compétences TCD, qui représente l'élément fondamental des efforts visant à donner à ces femmes de l'espoir et de la confiance en soi et à les amener à s'intéresser à leur propre vie et, de l'autre, parce qu'il est nécessaire d'instaurer des programmes de gestion du comportement et de prendre des mesures qui, d'après les employées, sont nécessaires en réponse aux comportements difficiles. Lorsque quelqu'un passe à l'acte, il faut être conséquent et prendre des mesures qui habituellement ont pour effet d'éliminer le contrôle qu'a la personne concernée et d'aggraver sa dépendance. S'il y a un manque d'attention positive dans l'environnement, les conséquences négatives et l'attention qui en résultent peuvent en réalité renforcer le comportement négatif chez des femmes qui n'ont pas reçu assez d'attention positive durant de longues périodes passées en établissement. Par ailleurs, si les interactions entre les employées et des femmes individuelles sont dictées par des plans précisant les comportements à adopter, à ce moment-là, il est difficile ou impossible d'établir, avec ces femmes, des liens véritables fondés sur la confiance. Il est difficile de savoir où s'arrête le besoin de réagir de façon uniforme à certains comportements et où commence le non-respect des valeurs clés du programme de réadaptation psychosociale. Il y a plusieurs éléments qui doivent être présents si l'on veut réussir à établir un juste équilibre entre ces différents aspects :

Règles à suivre à la maison et conséquences naturelles. N'importe quel groupe de personnes a besoin d'un certain nombre de règles fondamentales pour pouvoir habiter ensemble, et ces attentes doivent être clairement définies par les femmes et les employées dans le milieu d'habitation dès le début. La violation de ces règles pourrait donner lieu à des conséquences naturelles par opposition à des conséquences « personnelles » ayant pour but de contrôler le comportement de la personne concernée. Par exemple, si une femme ne remplit pas ses obligations au moment de la préparation des repas et que d'autres sont obligées de s'en occuper à la dernière minute, il se pourrait qu'on l'oblige à le préparer deux fois, une fois parce qu'elle a manqué son tour et une autre fois, à cause du dérangement qu'elle a causé aux autres. Il faudra peut-être adopter cette mesure comme politique officielle car sinon, à cause de la dynamique des relations dans le duplex, il se pourrait qu'une femme ne veuille pas invoquer cette mesure lorsqu'elle remplace une amie, tout en exigeant qu'elle s'applique dans un autre cas lorsque c'est une femme qui l'irrite qui ne remplit pas ses obligations. Une conséquence due à un « comportement personnel » et une conséquence « naturelle » peuvent être très similaires dans certaines situations pour ce qui est du résultat final, mais leur interprétation et la façon dont on y arrive sont très différentes. Dans le premier cas, elle est perçue comme une mesure prise par le personnel pour contrôler le comportement d'une personne, tandis que, dans le deuxième cas, il s'agit d'une attente que partagent tous les membres présents (y compris les membres du personnel) et imposée par le personnel dans le cadre du rôle qu'il est appelé à jouer dans le milieu d'habitation.

Approche dialectique équilibrée. Le modèle de thérapie comportementale dialectique prévoit des techniques thérapeutiques précises qui aident les intervenantes à équilibrer et à adapter les stratégies d'intervention en réponse à des comportements extrêmes manifestés par les femmes, afin d'amener celles-ci à adopter des comportements modérés. Donc, les personnes qui l'appliquent doivent établir un équilibre entre l'acceptation et le changement, entre le besoin d'être toujours centrées (en adoptant des positions fixes) et la nécessité de faire preuve de souplesse motivée par des sentiments de compassion et entre l'obligation de s'occuper des délinquantes et la formulation d'exigences à leur endroit dans un esprit de bienveillance (défis fixés pour le bien des délinquantes). L'expertise dont feront preuve les employées dans l'application de ces stratégies dialectiques devrait être particulièrement utile pour établir l'équilibre nécessaire entre ces interventions, compte tenu du conflit qui risque de survenir entre les mesures de contrôle du comportement et celles visant à assurer le fonctionnement indépendant des délinquantes.

Réunions de l'équipe multidisciplinaire et communication au sein de celle-ci. L'élaboration d'approches équilibrées et uniformes en réponse aux problèmes comportementaux est une tâche très difficile que les employées peuvent seulement mener à bien si elles tiennent compte de tous les points de vue et communiquent fréquemment entre elles. Cela est particulièrement important en se sens que les femmes qui ont des besoins élevés causés par de la détresse affective savent exactement comment diviser les employées et causer des conflits entre elles. La théorie dialectique peut jouer un rôle utile dans ce contexte en facilitant le processus de communication entre les employées, car elle reconnaît la validité des différentes interventions et offre au personnel un cadre pour en discuter et pour les intégrer. L'équipe multidisciplinaire doit se réunir officiellement toutes les semaines afin de discuter des progrès faits par les femmes dans le cadre du programme et pour coordonner les efforts et les activités liées aux projets menés au sein des groupes plus restreints. À ces réunions doivent assister tous les membres du personnel participant au programme, y compris la coordonnatrice, la psychologue, la thérapeute occupationnelle, l'infirmière, l'agente de réinsertion sociale (voir plus loin), autant d'intervenantes TCD que possible et, dans toute la mesure du possible, le plus grand nombre d'employées qui sont impliquées dans les activités en cours. Il faut prendre des mesures particulières pour structurer la participation des intervenantes TCD, et il faut réserver des fonds à cette fin. Voici les possibilités en ce qui concerne la tenue de réunions :

    · tenir les réunions au moment du changement de quart;

    · permettre aux employées assistant aux réunions de prendre un congé compensatoire à une date ultérieure;

    · tenir les réunions lorsque les femmes sont absentes, afin que le personnel travaillant le quart puisse y participer.

Nécessité de réfléchir soigneusement aux valeurs du personnel, aux styles d'interaction et aux valeurs TCD. Il est impératif que les employées réfléchissent à leurs propres valeurs, aux suppositions sur lesquelles reposent la TCD et à leur propre comportement et style d'interaction lorsqu'elles examinent les interventions précises en réponse à des problèmes comportementaux. Parfois, on peut éviter les problèmes, si le personnel intervient de façon préventive, tandis que dans d'autres circonstances, il peut être important de ne pas faire attention à la situation ou de reconnaître que le comportement est problématique uniquement pour le personnel, plutôt que du point de vue du fonctionnement de l'individu ou de la sécurité du milieu d'habitation. Pour prendre des décisions et dresser des stratégies à cet égard, les membres de l'équipe doivent communiquer entre eux, avoir une vision commune du programme et posséder des connaissances dans le domaine de la thérapie comportementale dialectique et de la gestion des comportements. La formation et l'établissement d'une solide équipe constituent des éléments importants contribuant à la réussite des efforts déployés.

« Continuum » d'options de silence thérapeutique. Un autre élément clé de la gestion des comportements consiste à travailler avec les femmes individuelles afin d'améliorer leurs compétences d'adaptation et de résolution des problèmes face à des facteurs stressants précis. Il faut leur offrir un continuum d'options qui leur permettent de prendre des mesures pour contrôler leurs comportements ou pour demander de l'aide au personnel. Il faut réserver de l'espace dans le milieu d'habitation où ces femmes peuvent s'isoler lorsqu'elles éprouvent du stress. Ces options devraient inclure les mesures que voici :

    · il faut faire en sorte que la chambre à coucher des délinquantes soit un endroit où elles peuvent se détendre en leur donnant la possibilité de la décorer et de décider de son apparence et en l'isolant contre le bruit venant d'ailleurs dans le milieu d'habitation;

    · il faut prévoir, à l'extérieur de chacun des modules du duplex, un endroit tranquille où les délinquantes peuvent relaxer;

    · il faut prévoir, dans le milieu d'habitation, une salle de détente/tranquillité où les femmes peuvent chercher refuge et qui comporte un mobilier attrayant, qui est bien éclairé et qui est protégé contre le bruit;

    · il faut aménager une chambre sécuritaire de silence thérapeutique que l'on peut verrouiller et surveiller au moyen d'une caméra; une délinquante devrait pouvoir demander à y être placée pour sa propre protection ou y être placée pour cette raison par le personnel en conformité avec des politiques et procédures précises.

Recommandation 22 : Le personnel doit établir un équilibre entre, d'une part, la nécessité de donner de l'espoir aux délinquantes et leur motivation personnelle, aspects inhérents à la thérapie comportementale dialectique, et, d'autre part, le besoin de réagir aux problèmes comportementaux des délinquantes. Pour établir l'équilibre approprié, il faut adopter certaines attentes définies par le groupe hébergé dans la maison, appliquer des mesures « naturelles », organiser des réunions de l'équipe multidisciplinaire, amener le personnel à réfléchir aux valeurs et au style d'interaction et offrir un continuum d'options permettant aux délinquantes de s'isoler les unes des autres.

Silence thérapeutique. Le silence thérapeutique est un élément essentiel de la conception du duplex et doit être régie par des procédures particulières élaborées pour le lieu d'habitation. Les femmes qui des besoins causés par de la détresse affective risquent de se faire du tort, et il se peut donc qu'il soit nécessaire de les isoler, qu'elles le demandent ou non, dans un endroit verrouillable de l'extérieur et de prendre de claires mesures à leur égard, que cette intervention dure quelques minutes ou quelques heures. Cependant, l'isolement de longue durée va à l'encontre du but recherché, parce que la délinquante oublie pourquoi elle se retrouve dans cette situation et risque de se sentir encore plus désespérée et dépendante et de perdre tout espoir. Souvent, le recours à l'isolement ne convient pas aux circonstances, mais l'utilisation, pendant une courte période, d'une des options de silence thérapeutique est nécessaire si l'on veut éviter d'avoir à recourir à l'isolement. La psychologue devrait consulter l'équipe chargée des programmes à la Prison des femmes, du fait qu'elle possède de l'expertise et de l'expérience dans le contexte des séances thérapeutiques pour les femmes ayant des besoins spéciaux. Il serait essentiel d'assurer une formation et un soutien au personnel pour lui montrer comment utiliser ces périodes de silence thérapeutique. Dans certains cas, il faudra habituer les femmes qui ont séjourné dans d'autres établissements où le silence thérapeutique était très accessible et volontaire à utiliser des options plus discrètes, puisque le silence thérapeutique ne représente pas une option habituelle dans les maisons ordinaires ou dans les milieux d'habitation dans la communauté.

Recommandation 23 : La possibilité de placer les femmes en silence thérapeutique doit constituer un élément essentiel de la conception du duplex afin de permettre aux femmes d'apprendre à mieux gérer les situations stressantes et de s'isoler à un endroit sûr lorsqu'elles présentent un danger pour elles-mêmes. Il faut élaborer des procédures précises par écrit pour surveiller le recours à cette méthode, et les employées doivent suivre une formation sur son application.

 

Transition à des maisons ordinaires

Il est essentiel d'inclure, aux objectifs du programme, une attente selon laquelle une délinquante donnée fera la transition à une maison ordinaire lorsque son comportement se sera amélioré à tel point qu'elle est capable de fonctionner de façon plus autonome, puisqu'il s'agit là d'une des exigences à satisfaire en vue de la mise en liberté. Dans le milieu d'habitation proposé, il faut adopter comme principe et norme de base que la délinquante quittera un jour le duplex et qu'il est nécessaire de reconnaître ce fait et le sentiment d'accomplissement qui l'accompagne de façon positive. Il se pourrait que chez certaines délinquantes, la résistance à la transition à une maison ordinaire constitue un grave problème, car elles tiendront beaucoup aux relations qu'elles auront établies dans le duplex TCD et craindront tout changement. Il se peut aussi que la situation du duplex, où le groupe est plus petit, leur plaise davantage que celui que l'on trouve dans les maisons ordinaires. Une importante mesure qu'il faudra prendre pour faciliter le déménagement sera de veiller à ce que les relations individuelles créées avec le personnel puissent être maintenues et que la femme puisse continuer à participer aux séances de counseling TCD individuelles et à la formation en groupe des compétences, une fois qu'elle aura quitté le duplex, si cela est approprié. Par ailleurs, les attentes fixées pour les femmes participant au programme TCD au chapitre des tâches quotidiennes devraient être les mêmes que celles fixées pour les femmes qui logent dans les maisons ordinaires et elles devraient être entièrement intégrées à tous les programmes qui correspondent à leurs intérêts et besoins, afin qu'elles puissent établir des relations en dehors du programme TCD. Même si les attentes concernant la transition ultime sont importantes, il est probable aussi que certaines femmes seront mises en liberté avant qu'un tel déménagement ne soit conseillé.

 

Établissement de liens en vue de la réinsertion sociale dans la communauté

Linehan (1993) fait mention de la tendance des femmes ayant des caractéristiques limitrophes à être à leur meilleur dans des relations stables, et à perdre le contrôle en l'absence de telles relations, comme un important attribut du regroupement. Une femme interviewée dans le cadre de cette recherche, qui prévoyait de faire la transition à un établissement à niveau de sécurité moyenne, a directement corroboré cette affirmation en expliquant que sa plus grande crainte était qu'elle aurait à établir des rapports avec de nouvelles personnes et qu'elle aurait beaucoup de difficulté à leur demander de l'aide en cas de problèmes. La crainte de l'abandon est également un sentiment que l'on constate chez ces femmes (Linehan, 1993) et, même s'il est nécessaire pour elles de passer par là, un changement lent dans les relations est préférable à une transition abrupte à un nouveau milieu.

Le processus actuel de mise en liberté dans la communauté, qui est relativement impersonnel et soudain et qui consiste à confier la délinquante à de nouveaux employés correctionnels et personnes-ressources se trouvant dans un autre secteur de la communauté, favorise la récidive chez ces femmes, justement parce qu'il n'assure pas l'uniformité initiale des relations offrant un soutien aux femmes et puis le transfert graduel de ces relations durant la transition aux milieux où les femmes se retrouveront dans la communauté. Si les transitions ne se font pas lentement et ne sont pas facilitées par la présence de relations stables, ces femmes passeront probablement à l'acte par crainte d'être abandonnées.

L'agente de réinsertion sociale principale doit jouer un rôle constant dans le cadre du programme en établissement, de sorte qu'on accorde la plus haute priorité à la création d'une solide relation avec chacune des femmes pour les aider à faire la transition à la communauté. Il n'est pas possible d'établir ce genre de relation avec ces femmes si cette agente se trouve dans la communauté et peut seulement se rendre à l'établissement périodiquement. Toutefois, il est possible pour une agente affectée ainsi à l'établissement qui entretient de solides liens avec une délinquante donnée de se rendre dans la communauté où habite cette dernière et d'établir de solides relations avec les organismes et intervenants qui lui offrent un soutien communautaire, dans le but de faciliter cette transition.

Agente de réinsertion sociale. On propose la création d'un poste dont le titulaire aurait des fonctions précises dans le cadre du programme TCD et dont le rôle principal consisterait à faire le lien entre l'intervention auprès de la femme au sein du pénitencier et le système de soutien dont elle bénéficiera au moment de sa mise en liberté dans la communauté. Voici les responsabilités clés rattachées au poste d'« agente de réinsertion sociale » :

    · Bâtir une relation fondée sur la confiance sur une base individuelle avec les délinquantes au moyen d'interactions officieuses et officielles.

    · Participer au processus de planification de la thérapie comportementale dialectique défini pour la délinquante dans le cadre du partenariat créé entre celle-ci et l'employée responsable de la TCD.

    · Assumer la responsabilité première pour les fonctions de gestion du cas, en consultation avec l'intervenante en TCD responsable de la délinquante, une fois que celle-ci est admise au programme TCD;

    · Créer des contacts dans la communauté où la délinquante sera mise en liberté et visiter cette communauté pour exiger, négocier et coordonner la mise sur pied de systèmes qui fourniront un soutien à la délinquante une fois qu'elle sera libérée, conjointement avec celle-ci et en se fondant sur son plan de libération.

    · Assurer la formation et l'éducation des personnes et des organismes qui offriront un soutien à la délinquante une fois qu'elle aura été mise en liberté pour les informer des besoins, des buts et des antécédents de cette délinquante.

    · Accompagner la délinquante au moment de sa mise en liberté et lui offrir le soutien nécessaire à l'endroit où elle habite pendant une période de transition, selon le besoin. Pour ce faire, il se peut qu'il soit nécessaire de passer un certain nombre de jours dans la communauté où la délinquante est mise en liberté.

    · Rendre régulièrement visite à la délinquante dans la communauté où elle a été mise en liberté tout en surveillant et tout en continuant à éduquer les employées clés qui font partie du système de soutien communautaire.

L'agente de réinsertion sociale jouera un rôle essentiel en maximisant la probabilité de réussite des efforts faits par la femme pour s'ajuster au réseau de soutien au moment de sa mise en liberté, ce qui aura pour effet de réduire les risques de récidive. La personne qui occupe ce poste devra posséder de solides compétences interpersonnelles pour pouvoir créer des relations fondées sur la confiance avec les femmes, devra être en mesure d'appliquer une approche positive, persistante et directe pour obtenir les ressources nécessaires et faire preuve d'excellence dans la coordination et l'éducation des intervenantes offrant les appuis nécessaires dans la communauté.

L'agente de réinsertion sociale s'occuperait de toutes les délinquantes participant au programme TCD, dont quelques-unes auront peut-être participé au programme sans avoir jamais habité dans le duplex, tandis que d'autres auront peut-être été placées dans une maison ordinaire avant leur mise en liberté. Le nombre de femmes ainsi confiées à l'agente de réinsertion sociale ne devrait pas être supérieur à 14, car sinon elle sera incapable d'offrir le soutien nécessaire à ces femmes qui font la transition à la communauté et d'établir pour elles les liens nécessaires au sein de celle-ci.

Ressources financières à affecter à la réinsertion sociale dans la communauté. Chaque processus de mise en liberté dans la communauté et chaque plan correctionnel seront adaptés tout particulièrement aux besoins de la délinquante en fonction des ressources qui existent au niveau local. Les centres correctionnels communautaires typiques, où l'on trouve un grand nombre de résidents, dont la majorité sont de sexe masculin, sont en général des endroits qui se prêtent mal au transfert des délinquantes au moment de leur libération. Afin de faciliter la réinsertion sociale et l'établissement de bons plans de libération, il faut prévoir des fonds dans le budget affecté au programme TCD pour les activités suivantes :

    · voyages fréquents à différentes communautés dans toute la région, pour faciliter l'établissement et la mise en _uvre des plans de libération;

    · voyages occasionnels par des intervenantes clés qui offrent les appuis requis dans la communauté pour les aider à mieux comprendre l'expérience vécue par une femme dans le milieu correctionnel;

    · si nécessaire, recrutement à contrat d'intervenantes additionnelles qui offriront des appuis aux femmes, lorsque la période de transition entre l'établissement et la communauté se prolonge.

Conclusion : Le processus de mise en liberté que l'on trouve actuellement dans le système correctionnel est peu efficace dans le cas des femmes ayant des besoins causés par de la détresse affective et par de graves problèmes comportementaux, du fait qu'il ne permet pas de maintenir des relations constantes pour les femmes une fois qu'elles retournent à la communauté. Ces femmes ont besoin de relations continues pour réussir à faire la transition d'un milieu à un autre. Les progrès comportementaux réalisés dans le cadre du programme TCD seront perdus, et il y aura un plus grand risque de récidive, si l'on n'offre pas un solide soutien uniforme durant ces transitions.
Recommandation 24 : Il faut créer un modèle de rechange pour la mise en liberté en vertu duquel une agente de réinsertion sociale établit de solides relations avec les délinquantes individuelles à l'établissement et puis se sert de ces relations pour faire le lien avec le milieu assorti des appuis nécessaires dans lequel ces délinquantes se retrouveront par la suite dans la communauté. L'agente de réinsertion sociale doit travailler à partir de l'établissement afin de pouvoir établir, avec les délinquantes individuelles, les solides relations essentielles à la réussite des efforts faits dans cette optique. Il faut affecter suffisamment de fonds à ce processus de réinsertion sociale. Il faut également assurer le maintien de relations constantes avec le personnel du programme TCD, lorsque la femme déménage du duplex TCD à une maison ordinaire au sein de l'établissement.

 

Effectifs, qualifications et rôles

Effectifs. On propose que les effectifs indiqués ci-après soient affectés au programme TCD pour un groupe de huit délinquantes au maximum. Ces nouveaux effectifs viendraient s'ajouter à ceux qui existent déjà au pénitencier. Voici quelle serait la composition de ces effectifs :

    ·1 coordonnatrice de programme/psychologue (ou spécialiste de la TCD) à plein temps

    · 1 intervenante TCD affectés aux quarts de jour et de soir, sept jours par semaine et une intervenante TCD additionnelle pendant les cinq quarts durant la semaine (l'une de ces intervenantes TCD devrait être une infirmière psychiatrique, et on devrait pouvoir faire appel au besoin à une deuxième intervenante TCD)

    · 1 agente de réinsertion sociale

    · 1 psychologue ETP, de préférence 2 personnes partageant le temps de travail à égalité

    · 1 employée de sécurité qui travaille la nuit (peut ne pas être nécessaire, mais cela dépendra de la nature des résidentes dans la maison)

    · 1 consultante dans le domaine de l'évaluation qui passe un jour par semaine à l'établissement (de préférence, il devrait s'agir de l'une des psychologues, qui passerait une journée de plus à l'établissement, si elle possède les compétences voulues)

    · médecin généraliste, psychiatre, aumônier, Aîné(e)s des Premières nations et autres personnes-ressources de la communauté, selon les besoins des délinquantes individuelles

Ces effectifs sont élevés comparés à ceux que l'on trouve actuellement dans les établissements régionaux. Toutefois, il faut reconnaître que le but du programme est de transférer, aux établissements régionaux, des délinquantes ayant des besoins élevés se trouvant actuellement dans des établissements à niveau de sécurité maximale. Ces effectifs sont peu élevés lorsqu'on les compare aux ressources affectées actuellement aux établissements à niveau de sécurité maximale. C'est en grande partie parce qu'il y avait une insuffisance de ressources humaines que ces femmes n'ont pas été incarcérées dans des établissements régionaux ou, lorsqu'elles y étaient incarcérées, ont eu de graves problèmes.

Rôles et qualifications de la coordonnatrice de programme. La coordonnatrice devrait posséder les qualifications minimales suivantes...

    · psychologue agréée ayant de l'expertise en matière des approches cognitives-comportementales ou praticienne diplômée dans le domaine de la santé mentale ayant de vastes connaissances spécialisées et de l'expérience dans le domaine de la TCD,

    · compétence et intérêt évidents en ce qui concerne les femmes souffrant d'une grande détresse affective,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · intérêt pour l'approche de thérapie comportementale dialectique et disposition à l'appliquer,

    · solides compétences organisationnelles et interpersonnelles permettant de gérer l'équipe multidisciplinaire et de l'aider à accomplir ses fonctions.

Il est essentiel que la coordonnatrice du programme soit entièrement dévouée à l'application de l'approche TCD afin qu'elle puisse bien diriger et surveiller l'équipe. Il faut clairement donner la préférence à une personne qui possède également de l'expérience dans le domaine correctionnel. Il se pourrait qu'il soit difficile de recruter une personne compétente qui convient à ce poste, ou aux autres postes de psychologue, parce que les psychologues sont généralement rares au sein des services correctionnels en Ontario. Il sera nécessaire de lancer une campagne de recrutement dynamique et il faudra consulter des personnes qui sont des spécialistes de la TCD un peu partout en Amérique du Nord. Un psychologue titulaire d'un doctorat et possédant de l'expérience dans le domaine correctionnel et comportemental devrait jouer un rôle clé dans le processus de recrutement et de sélection des personnes qui posent leur candidature, tout en consultant les psychologues et les membres de la direction à l'établissement Grand Valley. L'équipe de recrutement doit inclure également une personne qui possède des connaissances particulières TCD et qui est familière avec les réseaux établis dans ce contexte. L'accès aux réseaux en psychologie et dans le domaine de la TCD devrait faciliter la recherche de candidats. Il faut commencer par engager une coordonnatrice, pour que celle-ci puisse jouer un rôle de premier plan dans le recrutement des autres employées qui seront affectées au programme, tout en consultant les membres de la direction à l'établissement Grand Valley et les membres supérieurs du personnel à la Prison des femmes qui connaissent les programmes TCD destinés aux femmes dont il est question dans le présent document.

La coordonnatrice se chargera de la gestion globale du programme et de la surveillance des employées, surtout dans le contexte des aspects du traitement clinique. Dans le cadre de son travail, elle consacrera approximativement la moitié de son temps à diriger et à administrer l'équipe et l'autre moitié à s'occuper d'interventions cliniques auprès des délinquantes. On s'attend à ce que la coordonnatrice assure de la TCD individuelle auprès de quatre femmes. La coordonnatrice devrait collaborer avec les membres du personnel et les délinquantes pour définir le programme.

Rôles et qualifications des intervenantes TCD. Les intervenantes TCD devraient posséder les qualifications minimales suivantes...

    · diplôme universitaire dans le domaine des sciences sociales, des services sociaux ou de la santé, ou l'équivalent,

    · compétence et intérêt manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes souffrant d'une grave détresse affective;

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · solides compétences interpersonnelles dont elle a fait la démonstration,

    · intérêt pour l'approche de thérapie comportementale dialectique et disposition à l'appliquer.

Il faut accorder la préférence à des employées qui travaillent déjà à l'établissement, si toutes les autres qualifications sont identiques. L'une des intervenantes TCD devra être une infirmière ayant suivi une formation en psychiatrie, de sorte que cette expertise fasse partie intégrante de l'équipe.

Il serait nécessaire pour les personnes intéressées de postuler ces postes, et elles seraient interviewées et sélectionnées dans le cadre d'un processus de recrutement officiel. Il faudra recruter des intervenantes TCD occasionnelles pour qu'elles occupent de temps à autre des postes dans le cadre de la rotation du personnel et puissent prendre la relève rapidement si des intervenantes TCD affectées au programme à plein temps démissionnent en ne donnant qu'un court préavis ou prennent des congés. Ces intervenantes TCD occasionnelles devraient recevoir toute la formation sur la TCD, mais pourraient être assignées à d'autres fonctions à l'établissement dans la mesure où c'est possible lorsqu'on n'aura pas besoin d'elles dans le cadre du programme. Globalement parlant, l'affectation des employées devrait être organisée de sorte à réduire au minimum le recours régulier à des intervenantes à temps partiel, qui augmentent la taille de l'équipe et rendent plus difficiles l'uniformité et la communication.

Les intervenantes TCD devraient être affectées exclusivement au programme pendant trois ans et être affectées aux quarts de jour et de nuit. À la fin de cette période, la coordonnatrice déciderait, de concert avec l'intervenante TCD, si cette dernière devrait accomplir ce rôle pendant encore une période ou assumer de nouvelles fonctions à l'établissement. Cela permettrait d'assurer la rotation du personnel et offrirait un répit à ces intervenantes, puisque l'intervention auprès de ces délinquantes peut être extrêmement épuisante avec le temps. Cela favoriserait également l'échange d'idées et de concepts entre les employées affectées au programme de TCD et les employées qui travaillent avec les détenues au sein de la population carcérale générale.

Le rôle de l'intervenante TCD devrait consister à offrir un soutien direct et officieux aux femmes dans leur lieu d'habitation, à assumer la responsabilité au premier chef pour les efforts de thérapie comportementale dialectique auprès d'une ou de deux femmes individuelles et à surveiller le lieu d'habitation selon le besoin. Les intervenantes TCD relèveraient de la coordonnatrice du programme et seraient obligées de participer au programme complet de formation sur la TCD.

Surveillance et affectation aux quarts de nuit. Il est difficile d'évaluer le degré de surveillance nécessaire durant les quarts de nuit, car cela dépendra des besoins individuels que les femmes auront durant le jour au duplex. On s'attend à ce que des vérifications régulières effectuées durant les rondes pourraient suffire pendant une certaine partie du temps, mais si des femmes sont bouleversées, il se peut qu'il soit nécessaire d'assurer une surveillance directe durant toute la nuit au sein de la maison. Il faut qu'il soit possible d'affecter à cette tâche des membres du personnel.

Si l'affectation d'employées la nuit devient un besoin permanent, il ne faut pas affecter aux quarts de nuit des intervenantes TCD participant normalement au programme. Les quarts de nuit ne permettent pas aux employées de remplir leur rôle clé consistant à bâtir des relations et à offrir des programmes aux femmes. Si elles sont affectées aux quarts de nuit, il faudra affecter un plus grand nombre d'intervenantes TCD au duplex, ce qui signifie qu'il y aura plus d'employées avec lesquelles les femmes hébergées dans la maison devront établir des relations intensives et que ces employées seront moins souvent présentes durant les heures d'activité. Or. une telle situation ne satisferait pas aux besoins des délinquantes, qui ont de la difficulté à établir des relations avec un plus grand nombre d'employées et qui ont besoin d'une intervention qui ne fluctue pas et qui est assurée par une petite équipe. En outre, dans pareille situation, il devient plus difficile pour les employées de communiquer entre elles et de se consulter officieusement, surtout lorsqu'il s'agit d'organiser une réunion hebdomadaire à laquelle la plupart des employées travaillant le quart de jour assisteraient. Si cette surveillance est requise de façon régulière, les employées affectées au duplex la nuit devraient être différentes, et leur rôle consisterait à intervenir auprès des femmes qui se réveillent ou qui sont bouleversées. Il doit s'agir d'employées ordinaires du Service correctionnel du Canada qui peuvent assurer l'intervention nécessaire auprès des femmes selon le besoin.

Rôles et qualifications de la psychologue. La psychologue devrait posséder les qualifications suivantes :

    · accréditation ou demande d'accréditation en tant que psychologue,

    · compétence et intérêts manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes souffrant de grave détresse affective,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · intérêt témoigné pour l'approche de thérapie comportementale dialectique et disposition à l'appliquer;

    · compétences interpersonnelles efficaces dont elle a fait la démonstration.

Les psychologues (s'il y en a deux) devraient être chacune responsables de l'intervention individuelle auprès de cinq délinquantes, en plus de participer à d'autres aspects cliniques du programme TCD et de fournir l'appui nécessaire dans ce contexte. Il serait préférable de faire appel à des psychologues qui accomplissent d'autres fonctions à l'établissement, du fait qu'elles seraient toujours sur les lieux.

Agente de réinsertion sociale. L'agente de réinsertion sociale devrait posséder les qualifications suivantes :

    · une maîtrise en travail social ou l'équivalent,

    · compétence et intérêts manifestes en ce qui concerne l'intervention auprès des femmes souffrant de grave détresse affective,

    · valeurs fondamentales, notamment une attitude positive, de l'empathie, du respect pour autrui et la capacité de communiquer avec les autres et de les habiliter, valeurs dont la personne a fait la démonstration dans le cadre de ses fonctions,

    · solides compétences interpersonnelles et de défense des droits des autres dont elle a fait la démonstration,

    · initiative dans la résolution des problèmes,

    · formation ou expérience en matière de mise sur pied et de coordination de ressources communautaires,

    · intérêt témoigné pour l'approche de thérapie comportementale dialectique et disposition à l'appliquer.

L'agente de réinsertion sociale s'occuperait de 14 femmes, et son rôle a été décrit plus haut.

Spiritualité. Dans le domaine de la thérapie comportementale dialectique, le rétablissement est perçu comme un processus holistique fondé sur des valeurs positives. La spiritualité est un important atout qu'il faut renforcer en tenant compte des intérêts des délinquantes. L'aumônier peut jouer un rôle utile à cet égard en établissant des relations individuelles avec les femmes et en augmentant leur spiritualité.

Rôles de l'infirmière psychiatrique. Il est essentiel qu'une infirmière autorisée ayant suivi une formation ou possédant de l'expérience dans le domaine de la psychiatrie fasse partie de l'équipe, et l'on pourrait exiger que l'une des intervenantes TCD possède cette qualification. Si tel était le cas, cette intervenante se verrait probablement confier un plus grand nombre des quarts durant la semaine. L'infirmière se chargerait de coordonner la prestation des soins de santé et l'intervention des infirmières ordinaires et des médecins auprès des femmes participant au programme. La formulation de plaintes concernant des problèmes physiques et le désir de consommer de la drogue sont très courants parmi les femmes dont il est question dans la présente partie du document. Il est difficile mais important de faire la distinction entre la consommation légitime de médicaments et le simple désir de consommer de la drogue, et il est difficile pour les médecins, durant les courtes séances de consultation, de se faire une idée complète de la situation en l'absence d'une infirmière bien informée. L'infirmière doit veiller à ce que l'équipe adopte une approche uniforme dans le contexte des traitements médicaux.

Soutien en réponse à la diversité culturelle. Étant donné que le groupe des délinquantes participant au programme est restreint, une femme individuelle venant des Premières nations, d'origine afro-canadienne ou appartenant à une autre minorité distincte sera probablement isolée de son propre contexte culturel dans le milieu d'habitation. Il est essentiel de faire appel à des personnes-ressources qui peuvent comprendre la culture à laquelle appartient la femme qui se trouve dans cette situation et qui peuvent lui offrir l'appui nécessaire, et cette intervention doit faire partie intégrante du processus de planification de la TCD. Il faut faire en sorte également que des personnes clés offrant les soutiens nécessaires puissent participer à certaines parties de la formation sur la TCD afin de comprendre l'approche appliquée et reconnaître ses forces et limitations compte tenu des antécédents culturels de la femme.

Conclusion : Pour que le programme soit efficace, il faut faire appel à des employées très compétentes et profondément convaincues. Elles doivent s'engager à la fois à intervenir auprès de femmes difficiles et à appliquer le modèle de programme TCD. Bien que l'affectation d'employées à un programme destiné à ces femmes ayant des besoins particuliers dans le domaine de la santé mentale coûte cher, l'affectation d'un nombre insuffisant d'employées ou d'employées mal formées aboutira à un échec. Le niveau de dotation recommandé est inférieur à celui dans un établissement à niveau de sécurité maximale où ces femmes seraient incarcérées autrement.
Recommandation 25 : Il est essentiel d'affecter au programme des employées qui possèdent de solides compétences interpersonnelles et de solides valeurs, tout en veillant à sélectionner des personnes qui possèdent de l'expertise et des perspectives variées dans des domaines différents. Le programme fournira les meilleurs résultats si l'on crée une petite équipe multidisciplinaire dont les membres peuvent s'entraider et assurer une intervention uniforme auprès de ces femmes. La composition fondamentale de l'équipe devrait être comme suit : une coordonnatrice de programme/psychologue, une intervenante TCD affectée aux quarts de jour et de soir, une deuxième psychologue, une agente de réinsertion sociale et une consultante chargée de l'évaluation du programme. S'il est nécessaire d'affecter des employées au duplex la nuit, il doit s'agir d'employées autres que les intervenantes TCD qui participent au programme et leur rôle devrait se limiter à des fonctions de sécurité et de surveillance. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter d'inclure des intervenantes TCD à temps partiel à la composition fondamentale de l'équipe, car leur présence intermittente rendra la communication et la coordination plus difficiles. Il se peut qu'il soit difficile de doter le poste de coordonnatrice, et il est recommandé que les employées supérieures à la Prison des femmes, ainsi qu'un professionnel possédant de l'expertise dans le domaine de la TCD participent au processus de recrutement des employées clés.

 

Formation, soutien et communication parmi les effectifs

Formation du personnel. La thérapie comportementale dialectique est une approche précise et logique qui nécessite des intervenantes qui croient à certaines valeurs, comprennent chaque élément de l'approche et possèdent les compétences nécessaires pour appliquer celle-ci. Les employées affectées aux différentes tâches doivent posséder de solides valeurs et compétences interpersonnelles et doivent recevoir une formation poussée afin d'être en mesure d'appliquer l'approche auprès de femmes qui ont de graves problèmes et qui peuvent être très exigeantes à l'égard du personnel. Un programme de formation intensif auquel participeraient la coordonnatrice du programme, les psychologues et les intervenantes TCD devraient inclure ce qui suit :

    · Un programme d'études d'une durée de plusieurs semaines portant sur la TCD

    · Deux semaines consacrées à la constitution de l'équipe, à la planification et à l'évaluation de programmes et durant lesquelles les participantes étudieraient des sujets précis dans le domaine de la santé mentale et feraient l'acquisition de compétences de communication.

Le programme d'études portant sur la TCD devrait être élaboré en consultation avec Marsha Linehan et des spécialistes de la TCD à l'Université de Washington. Dans le cadre du programme, il faut prévoir des séances d'exercices pratiques, de la surveillance et la communication de rétroaction aux participants, en plus de séances de formation formelles. Il sera nécessaire d'élaborer un programme d'étude pour toute l'équipe, mais il se pourrait qu'on doive le compléter en élaborant des séances distinctes pour les différents rôles que seront appelés à jouer les employées :

    · Si elles ont une expérience limitée de la TCD, la coordonnatrice du programme, ainsi que d'autres employées clés, devraient consacrer un certain temps à des visites à des endroits où les programmes TCD sont appliqués auprès de populations correctionnelles. Les spécialistes de la TCD à l'Université de Washington pourraient proposer les populations qu'il serait bon d'examiner à cette fin.

    · Il se peut que les intervenantes TCD aient besoin de suivre un programme de formation leur enseignant les techniques cognitives-comportementales de base, si le programme d'études TCD repose sur celles-ci. Il est possible également que ces intervenantes aient besoin d'une formation et d'une surveillance additionnelles dans le cadre du programme d'enseignement des compétences en groupe.

    · Il faut assurer, aux psychologues menant les séances individuelles auprès des délinquantes, de la surveillance et de la rétroaction directes, éventuellement en enregistrant leurs séances sur cassette vidéo.

Il se pourrait qu'il y ait différentes options quant à la structure d'un programme de formation complet, mais il faut que celui-ci soit détaillé et offre aux employées la possibilité d'apprendre les concepts et les compétences en les appliquant directement auprès de délinquantes. Le gestionnaire principal du projet, aux services de santé mentale à l'Administration centrale, s'est déjà chargé d'organiser un atelier d'introduction portant sur la TCD pour les employés du Service correctionnel du Canada. Il faudra faire appel à ses connaissances spécialisées et aux relations de travail qu'elle a établies avec les formateurs TCD à l'Université de Washington pour définir le processus de formation et coordonner sa mise en _uvre.

Un court programme de formation de deux jours devrait être offert aux employées de sécurité qui travailleront éventuellement la nuit, à l'aumônier, aux infirmières, aux intervenantes assurant des programmes à contrat, aux Aîné(e)s autochtones lorsque cela est pertinent et aux personnes-ressources dans la communauté. Ce programme de formation devrait être organisé et géré par la coordonnatrice du programme TCD. On s'attendrait à ce que les employées engagées en dehors du système correctionnel participent aux programmes de formation habituels portant sur la gestion des détenues dans le système correctionnel auxquels tous les membres du personnel sont tenus de participer.

Soutien et communication. La coordonnatrice du programme, les membres de l'équipe et l'administration à l'établissement doivent reconnaître la grande importance que revêtent les communications et le soutien assuré de façon permanente pour l'équipe, si l'on veut que le programme soit efficace, puisque l'intervention auprès de ces femmes est extrêmement exigeante pour le personnel. Celui-ci peut rapidement perdre de vue le contexte dans lequel il intervient et perdre patience s'il n'y a aucune communication ni aucun soutien au sein de l'équipe et à l'échelle de l'établissement. Il faut créer un processus de surveillance par les pairs pour les employées qui assurent du counseling individuel auprès des femmes, et on pourrait notamment faire appel à cette fin à un(e) thérapeute expérimenté(e) ne faisant pas partie du programme et pouvant donc offrir une perspective indépendante et fraîche. Les employées individuelles doivent prendre l'engagement de ne former qu'une seule équipe et d'assurer de bonnes communications, mais il faut aussi qu'il y ait un contexte administratif dans lequel l'utilisation légitime du temps consacré par le personnel à des réunions de l'équipe, à des consultations officieuses et à l'obtention du soutien requis est reconnue et appuyée. Plus particulièrement, il faut que l'ensemble des employées clés aient régulièrement l'occasion de se rencontrer à un moment précis. Il faut également prévoir des fonds pour permettre le remplacement des intervenantes TCD ou pour en ajouter d'autres.

Conclusion : Une bonne formation et un solide soutien assurés au personnel sont essentiels si l'on veut assurer le succès du programme et pouvoir attirer et garder un personnel compétent.
Recommandation 26 : Le personnel de base doit participer à un programme de formation portant sur la TCD conçu en consultation avec des spécialistes de la TCD à l'Université de Washington, et à une formation de deux semaines consacrée à la constitution de l'équipe, à la planification et à l'évaluation du programme et à l'étude de sujets précis dans le domaine de la santé mentale. Il y a lieu d'offrir un court programme de formation aux employées auxiliaires. Il faut prendre un engagement permanent et prévoir les ressources nécessaires pour que les membres du personnel communiquent entre eux et bénéficient du soutien nécessaire, et prévoir notamment de la surveillance et un système de soutien des pairs pour les thérapeutes individuelles.

 

Évaluation du programme

Étant donné que le programme représente une importante nouvelle initiative créée pour les femmes ayant des besoins élevés, l'évaluation du programme doit faire partie intégrante du processus dès le début et se présenter sous la forme d'une méthode d'évaluation qualitative combinée à une méthode d'évaluation quantitative et être assortie de mesures d'évaluation de l'exécution du programme et de ses résultats. Il y a deux façons d'obtenir l'expertise nécessaire aux fins d'évaluation des programmes. Il serait préférable que la psychologue ou la thérapeute occupationnelle possède des connaissances considérables à ce chapitre (elles pourraient peut-être suivre quelques cours d'éducation permanente) et qu'elles se chargent de la conception et de l'exécution de l'évaluation tout en consultant l'équipe et les femmes concernées. Durant les phases de développement d'un programme, les processus d'évaluation internes procurent des avantages particuliers en ce sens qu'ils encouragent l'équipe à adopter une éthique mettant l'accent sur le besoin d'améliorer constamment la qualité du travail dans le cadre de toutes ses activités, sur une base quotidienne. Cependant, si aucun membre de l'équipe ne possède cette expertise particulière, il faudrait conclure un contrat externe avec un professionnel, qui se chargera de concevoir et d'exécuter les fonctions d'évaluation en consultation avec l'équipe d'intervention et avec les délinquantes. Il est prévu qu'il faudra consacrer une journée par semaine à cette évaluation pendant les deux premières années. Si la psychologue ou la thérapeute occupationnelle s'en chargera, il leur faudra une journée supplémentaire par semaine pour s'acquitter de cette tâche.

Conclusion : L'évaluation du programme est essentielle pour améliorer le programme et pour en rendre compte.
Recommandation 27 : Soit la psychologue, soit un(e) consultant(e) de l'extérieur devrait concevoir et mener l'évaluation du programme, tout en consultant l'équipe d'intervention et les délinquantes.

 

Obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace

Les problèmes suivants pourraient constituer de graves obstacles à la mise en _uvre d'un programme efficace et doivent par conséquent être reconnus et faire l'objet de mesures stratégiques visant à les éliminer dès le début :

1. Incapacité à recruter ou à garder un personnel hautement qualifié. Voici un certain nombre de stratégies pour éviter ce problème :

    · réserver suffisamment de temps pour le processus de recrutement et y accorder suffisamment d'attention en organisant notamment une campagne dynamique de recrutement;

    · veiller à ce que l'on inclue, au comité de recrutement, des personnes qui possèdent de l'expérience directe de l'intervention auprès du type de femmes qui participeront au programme et du genre de programme qui sera mis sur pied;

    · affecter au programme des employées déjà sur place et dont le rendement a été exemplaire dans le cadre des postes de intervenante TCD;

    · accorder la priorité au programme, sur le plan administratif et du point de vue de la gestion des ressources, pour que le personnel reçoive la formation et le soutien nécessaires et pour assurer de bonnes communications.

2. Conflits avec les politiques et exigences s'appliquant à l'échelle du pénitencier. Voici certaines des stratégies que l'on pourrait adopter pour éviter ces problème :

    · adopter une vision claire et une description écrite du programme qui sont reconnues dans tout l'établissement et qui prévoient une autonomie relativement élevée dans le cadre de la gestion du programme;

    · mettre sur pied un processus d'admission officiel, multidisciplinaire et documenté comportant de clairs critères et qui est respecté dans tout l'établissement et aux échelons régional et national;

    · consacrer un certain temps à la planification du lancement du programme pour permettre à l'administration et à l'équipe d'intervention de repérer et de résoudre les conflits possibles entre le programme et les politiques établies;

    · adopter une approche de gestion du programme souple sur le plan administratif et faire confiance au jugement du personnel;

    · créer une équipe d'intervention qui possède de l'expérience dans le domaine correctionnel et qui reconnaît les préoccupations au chapitre des politiques dont il faut tenir compte au sein d'un pénitencier;

    · demander à l'équipe d'intervention d'éduquer continuellement les autres employées et délinquantes à propos de l'objet du programme, des pratiques appliquées dans ce contexte et des défis auxquels on fait face et reconnaître que les autres employées risquent d'éprouver du ressentiment en raison de l'affectation de nouvelles ressources à un nouveau programme, lorsque les ressources dont on dispose actuellement sont limitées;

    · faire participer les personnes impliquées dans le programme aux tribunes de communication organisées régulièrement à tous les niveaux à l'établissement.

3. Incapacité de l'équipe d'intervention et des membres de la direction à l'établissement de contrôler les décisions en matière de planification. Voici un certain nombre des stratégies que l'on peut adopter pour éviter ce problème :

    · Veiller à ce que les employées soient recrutées et affectées à leur poste avant le lancement du programme. Il s'agit notamment de recruter les employées clés le plus rapidement possible, même si elles accomplissent certaines autres fonctions au début, pendant que le processus de planification et de mise en _uvre gagne de la vitesse. Il faut résister à la pression d'agir trop vite étant donné la priorité accordée au transfèrement de femmes individuelles à partir des environnements à niveau de sécurité maximale où elles se trouvent;

    · veiller à ce qu'il y ait des mécanismes efficaces donnant la possibilité au personnel de participer à la conception détaillée du bâtiment, afin que sa structure soit adaptée aux besoins des programmes et aux exigences du point de vue de la sécurité. Si la structure matérielle laisse à désirer, il pourrait en résulter des problèmes permanents pour le programme et le personnel.

    · veiller à créer une certaine marge de manoeuvre pour le programme par rapport aux politiques et procédures, dans tous les cas où c'est approprié.

4. Problème de communication au sein de l'équipe et manque de soutien assuré au personnel. Voici les stratégies que l'on pourrait adopter pour éviter ce problème :

    · Veiller à ce que la coordonnatrice du programme soit une excellente animatrice de groupe et que l'on accorde suffisamment d'attention à la constitution de l'équipe au début et par la suite;

    · réserver suffisamment de temps pour les réunions et la consultation officieuse de l'équipe et veiller à ce que les intervenantes TCD puissent assister aux réunions de l'équipe;

    · assurer une excellente formation au personnel, et s'attendre à ce que tous les employées s'engagent à respecter la philosophie sur laquelle repose la TCD et discuter, dans le contexte de cette philosophie, des points de vue divergents des employées en ce qui concerne les femmes individuelles;

    · créer une atmosphère pour le programme qui permet aux employées de prendre des risques et de commettre des erreurs dans un contexte de travail d'équipe.

    Recommandation 28 : Il faut adopter des stratégies précises dès le début afin d'éviter certains obstacles qui pourraient gêner la mise en _uvre efficace du programme TCD auprès des délinquantes.