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La violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale: Étude fondée sur l'examen des dossiers

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Sommaire

Cette étude visait avant tout à recueillir des données sur l'ampleur de la violence familiale parmi les délinquants de sexe masculin sous la responsabilité du Service correctionnel du Canada. Elle avait également pour objet d'examiner la corrélation entre diverses variables et la violence familiale en vue d'identifier les «marqueurs de risque» de violence familiale. Il y avait lieu de croire que le taux de violence familiale était élevé parmi les délinquants sous responsabilité fédérale, mais nous ne possédions pas de données empiriques permettant d'évaluer l'ampleur de ce problème. Notre étude constitue la première enquête nationale visant à déterminer la fréquence de la violence familiale au sein de cette population carcérale.

Compte tenu des frais élevés liés aux autres méthodes d'enquête (par exemple, des entrevues auprès des détenus et de leur famille) et de leur caractère intrusif, nous avons choisi de procéder par examen des dossiers. Même si l'on considérait que l'examen des dossiers ne permettrait pas de brosser un tableau complet du problème en raison du caractère incomplet des mentions relatives à la violence familiale violence figurant dans les dossiers des détenus, cette méthode était la plus efficiente pour une première étude nationale de cette question. Nous avons examiné les dossiers de 935 délinquants admis dans un établissement du Service correctionnel du Canada en 1992 afin d'étudier la violence familiale au sein de cette population. Les dossiers ont été sélectionnés au hasard et l'échantillon a été stratifié par régions pour que les petites régions soient représentées de manière appropriée. L'échantillonnage visait à constituer un échantillon représentatif des délinquants admis dans un établissement fédéral. Or, on a pu constater que les caractéristiques des détenus de l'échantillon correspondaient bien à celles de la population visée par l'étude en ce qui touche plusieurs variables démographiques. Un cabinet d'experts-conseils a confié à cinq assistants de recherche l'examen des dossiers des délinquants dans les établissements où ces derniers avaient été admis.

Un tiers environ des dossiers dépouillés faisaient état de violence familiale sous quelque forme que ce soit, notamment de la violence physique, sexuelle, ou psychologique. L'examen des dossiers a révélé que plus de la moitié (56,3%) de ces hommes avaient commis des actes de violence envers plus d'un membre de leur famille. Dans environ 80% des dossiers faisant état d'actes de violence familiale, ces actes avaient entraîné une mise en accusation. D'après les études antérieures, les actes de violence familiale ne sont généralement pas signalés et il est plutôt rare que des accusations soient portées. Bien que nous ayons identifié un nombre considérable (un tiers) de détenus qui avaient commis des actes de violence, la forte proportion de mises en accusation donne à penser que nous sous-évaluons la fréquence réelle de la violence familiale dans cette population. Il semble qu'une méthode de recherche visant à mieux repérer les incidents «non officiels» donnerait lieu à un taux plus élevé. La violence envers la compagne constitue le type de violence le plus fréquent. Parmi les détenus qui avaient déjà vécu en couple (mariage ou union de fait), un quart environ (29%) avaient été violents à l'endroit d'une compagne. De fait, un homme sur cinq ayant déjà entretenu une relation affective avait fait l'objet d'une mise en accusation relative à la violence envers une compagne.

Dans la majorité des cas de violence envers la compagne mentionnés dans les dossiers, il s'agissait de violence physique (92,8%). Les auteurs d'actes de violence physique qui s'en étaient pris à leur compagne l'avaient frappée (65,3%), poussée (32,4%), menacée (31,2%), lui avaient donné des coups de pied (12,9%) ou l'avaient étranglée (10,0%). Certains d'entre eux s'étaient servi d'une arme à feu (4,1%) ou d'un couteau (7,1%). Près de la moitié des cas de violence envers la compagne ont entraîné des lésions corporelles nécessitant des soins médicaux. La gravité de la violence conjugale au sein de la population étudiée est encore soulignée par le fait que près de la moitié des auteurs d'actes de violence conjugale faisant partie de l'échantillon avaient agressé plus d'une compagne.

La violence envers un enfant était moins fréquente que la violence conjugale. Néanmoins, 13,3% des dossiers des détenus qui avaient des enfants, des beaux-fils ou des belles-filles faisaient état de violence envers un enfant. Il s'agissait dans la majorité (83,7%) des cas de violence sexuelle. En outre, 87,3% des incidents de violence envers un enfant avaient entraîné une mise en accusation. Il est donc très probable que les données issues de l'examen des dossiers représentent une sous-évaluation du nombre de détenus qui ont fait montre de violence physique ou sexuelle envers les enfants sans jamais être mis en accusation pour cela.

On a observé des écarts statistiquement significatifs entre les régions en ce qui touche le nombre d'auteurs d'actes de violence identifiés. Le taux de violence familiale était plus élevé dans la région des Prairies et celle de l'Atlantique que dans les autres régions. Dans les Prairies et dans l'Atlantique, les dossiers d'environ 40% des détenus faisaient état de violence familiale. Dans les autres régions, le taux était d'approximativement 30%. Il n'est pas facile d'expliquer à la lumière des données le taux particulièrement élevé enregistré dans la région de l'Atlantique. Par contre, il semble que le taux de violence élevé dans les Prairies soit lié à la concentration de détenuss autochtones dans cette région. Dans l'ensemble, les détenus autochtones avaient été identifiés comme auteurs de violence familiale plus souvent (51,9%) que les délinquants non autochtones (31,2%).

D'après les renseignements consignés dans les dossiers des détenus de l'échantillon, la moitié (50,2%) d'entre eux avaient été victimes ou témoins de violence dans leur famille pendant leur enfance. Plus précisément, 25% avaient été victimes de violence physique pendant leur enfance et environ 12%, de violence sexuelle. En règle générale, le «père» (c'est-à-dire le père naturel, le père adoptif ou un tuteur du sexe masculin) était l'auteur de ces actes de violence. Dans la plupart des cas, les actes de violence dont les délinquants avaient été victimes ou témoins avaient commencé avant qu'ils atteignent l'âge de 5 ans et s'étaient poursuivis jusqu'à ce qu'ils soient âgés de 12 à 16 ans.

Près du tiers (29%) de tous les dossiers examinés faisaient état d'actes de violence familiale dont avaient été témoins les détenus pendant leur enfance. Il s'agissait le plus souvent (67,5%) d'actes de violence conjugale, mais assez souvent (63,5%) de violence envers un autre enfant.

Conformément aux résultats des recherches sur la violence conjugale, on a observé une corrélation entre le fait d'avoir été victime ou témoin de violence durant son enfance et celui de se livrer par la suite à des actes de violence au sein de sa famille. Ainsi, le taux de violence envers la compagne ou envers un enfant était plus élevé parmi les délinquants qui avaient été victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance. Même si les détenus de l'échantillon ayant été victimes de violence dans leur enfance étaient plus nombreux que ceux qui en avaient été témoins, on a observé une forte corrélation entre la violence familiale exercée à l'âge adulte et la violence subie pendant l'enfance. Cette , constatation appuie le modèle d'intervention axé sur l'apprentissage social qu'élabore à l'heure actuelle le Service correctionnel du Canada.

Il existe aussi une corrélation considérable entre, d'une part, les problèmes d'alcool et le diagnostic de troubles mentaux et, d'autre part, la violence familiale exercée. Ces constatations confirment aussi les résultats des recherches antérieures sur la violence conjugale. Ces corrélations ont une incidence évidente sur l'identification des hommes qui ont besoin de suivre un programme de traitement ou de prévention axé sur la violence conjugale. On a observé une corrélation plus faible en ce qui touche le niveau de scolarité et la stabilité en matière d'emploi. Par ailleurs, la corrélation entre les antécédents criminels et la violence familiale n'était pas très forte. Néanmoins, une corrélation positive et significative a été observée entre l'âge et la violence familiale exercée par les détenus de notre échantillon. Probablement parce que les plus jeunes détenus (ceux de moins de 30 ans) n'avaient pas encore été identifiés comme auteurs d'actes de violence conjugale ou qu'ils avaient été exposés à commettre des infractions pendant moins d'années, le taux de violence déterminé à la lumière de leurs dossiers était moins élevé que dans le cas des détenus plus âgés. Il y a donc lieu de croire qu'un grand nombre de détenus plus jeunes qui feront ultérieurement l'objet d'une surveillance dans la collectivité sont susceptibles de commettre des actes de violence familiale après leur mise en liberté.

Même s'il est probable que les données issues de l'examen des dossiers ont donné lieu à une sous-évaluation de l'ampleur de la violence familiale chez les détenus sous la responsabilité du Service correctionnel du Canada, notre étude a permis d'identifier un grand nombre d'auteurs d'actes de violence familiale parmi les délinquants récemment admis dans un établissement fédéral. Nous pouvons maintenant affirmer qu'un tiers au moins des détenus de l'échantillon ont usé de violence envers leur famille. De plus, un marqueur de risque important en matière de violence familiale est associé à près de la moitié des détenus sous responsabilité fédérale : ils ont été victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance. Combinés à d'autres données indiquant que les auteurs d'actes de violence familiale manquent aux conditions de leur liberté sous condition dans une plus grande proportion que les autres détenus, les résultats de notre étude font nettement ressortir la pertinence de poursuivre au sein du Service correctionnel du Canada l'élaboration et la mise en oeuvre des programmes s'inscrivant dans le cadre de l'Initiative de lutte contre la violence familiale.